lundi 12 mars 2018

La semaine en bref #10





Lundi:
Le problème quand tu as un Bia Mara juste à côté de chez toi, c'est que la tentation est irrésistible les soirs où tu as la flemme de cuisiner...
 Pour la première fois de ma vie que j'achetais un e-book qui n'existe qu'en e-book, je suis bien tombée: "Knit one, girl two", courte romance entre deux artistes juives (l'une qui peint, l'autre qui teint de la laine) était une vraie lecture feel-good avec ses personnages adorables, ses dialogues merveilleux et son atmosphère bienveillante. J'étais dépitée d'arriver si vite à la fin.

dimanche 11 mars 2018

Soupe de gnocchi aux légumes





J'ai trouvé cette recette sur le blog A beautiful mess; je me permets de la relayer ici en français (et légèrement modifiée par mes soins) pour les non-anglophones. Elle est un peu longue à préparer mais délicieuse, nourrissante et digeste à la fois - végane, même, à condition de zapper le fromage à la fin. 

vendredi 9 mars 2018

"The official grimoire: A magickal history of Sunnydale" (A.M. Robinson)


Du temps où "Buffy contre les vampires" passait sur M6, j'ai traduit pas moins de 34 romans dérivés, plus 4 guides de la série télé. C'est dire si je suis attachée à cet univers et à ses personnages. Comme on peut facilement le deviner si on me connaît un peu, je m'identifiais à fond à Willow, qui connaît la meilleure évolution de toutes au fil des 7 saisons (partiale, moi?). Aussi, j'ai été ravie d'apprendre la sortie d'un très beau livre - pas encore traduit en français -, moitié journal de bord et moitié grimoire magique, qui retrace l'évolution de ma sorcière préférée depuis la mort d'Angel à la fin de la saison 2 jusqu'au moment où toute la bande s'apprête à affronter le First Evil dans le finale de la série. Le texte très soigné fait référence aux principaux événements survenus dans ce laps de temps et montre de quelle façon chacun d'eux influence Willow. Peu à peu, on voit l'adolescente timide du début prendre de l'assurance, oser s'en remettre de plus en plus à la magie et finir par basculer du mauvais côté, puis en revenir péniblement. Les annotations humoristiques de ses amis (rédigées dans autant de calligraphies différentes) parsèment les marges, et l'ensemble est abondamment illustré de dessins ainsi que de quelques photos et éléments collés par-ci par-là. 13 ans après l'arrêt de cette série qui a tant marqué son époque et le paysage télévisuel, j'ai pris énormément de plaisir à me replonger dedans grâce à "The official grimoire: A magickal history of Sunnydale".





jeudi 8 mars 2018

"Le goût d'Emma" (Julia Pavlowitch / Emmanuelle Maisonneuve / Kan Takahama)


Emma a toujours eu un palais exceptionnel, une passion pour la cuisine et un rêve: devenir inspectrice au Guide Michelin. Un jour, alors qu'elle n'y croit plus, elle est invitée à rejoindre l'équipe du célèbre petit livre rouge. Elle sera la seule femme parmi une équipe masculine où ses collègues doutent d'abord qu'elle soit faite pour ce métier. 

Les tournées en province sont longues et épuisantes, ce qui ne facilite pas la vie amoureuse ou de famille. On roule beaucoup; on mange souvent riche et pas toujours bien; il faut mémoriser et respecter une procédure draconienne... Sans parler de la difficulté de faire un retour négatif à des restaurateurs qui se sont parfois lourdement endettés pour leur établissement. 

Mais grâce à son talent et à son implication absolue, Emma impose très vite le respect. Puis, lors de vacances au Japon, elle découvre une cuisine minimaliste qui change radicalement son approche de la restauration et la fait douter d'être encore à sa place au Michelin...

Basé sur l'histoire vécue par Emmanuelle Maisonneuve, qui en signe le scénario avec Julia Pavlowitch, "Le goût d'Emma" propose à la fois une trajectoire de femme passionnante et un coup d'oeil inédit dans les coulisses du plus célèbre guide gastronomique au monde. L'ensemble est servi par les très jolis dessins de Kan Takahama (même si je regrette que beaucoup des décors soient visiblement des photos à peine transformées). Une bédé idéale en cette journée internationales des droits des femmes! 

mercredi 7 mars 2018

"Everything sucks"


En 1996, dans l'Oregon. Trois "nerds" nommés Luke, Tyler et McQuaid font leur rentrée en 3ème au lycée de Boring. Au club d'audiovisuel où ils se sont inscrits, Luke craque pour Kate, la fille du proviseur, qui se demande si elle ne serait pas lesbienne. Très vite, ils réussissent à se mettre à dos les caïds du club de théâtre. Mais les membres des deux associations vont devoir oublier leur rivalité pour tourner un film ensemble...

10 épisodes de 25 minutes dévorés en 3 soirées: pas de doute, j'ai adoré "Everything sucks". A l'opposé total du nihilisme de "The end of the f***cking world", cette série présente des personnages attachants au comportement réaliste, évoluant dans une atmosphère bienveillante. Ce qui ne signifie pas que tout se passe toujours bien pour eux - comme le titre l'indique. 

mardi 6 mars 2018

Confessions d'une sociopathe






J'ai zéro empathie. 
Et pas beaucoup de compassion non plus. 
(Je suis toujours en train de défendre avec virulence l'une ou l'autre cause, mais ça n'a rien à voir avec l'empathie ou la compassion: d'un point de vue froid et rationnel, je ne supporte tout simplement pas l'injustice.)
J'ai un sens aigu de moi-même. Je sais très précisément comment je fonctionne et pourquoi. Dans la mesure où peu de gens fonctionnent de la même façon, ma connaissance de mes propres ressorts me rend aveugle et sourde à ceux d'autrui. 

lundi 5 mars 2018

"4 3 2 1" (Paul Auster)


C'est l'histoire d'un mec... Non, en fait, ce sont LES histoires alternatives d'un même mec, un descendant d'immigrés russes et polonais nommé Archie Ferguson qui naît dans la banlieue de New York en 1947. Son père - taciturne, bosseur et loyal - tient un magasin d'électroménager en compagnie de ses deux bons à rien de frères aînés. Sa mère - vive et pleine de charme - est une photographe de talent qui ne pourra plus avoir d'autres enfants après lui. Mais à partir de là, la vie d'Archie prend quatre chemins différents selon la manière dont se résoud un drame familial survenu alors qu'il n'est qu'un petit garçon. Il y aura des constantes dans sa vie: la place tenue par la famille Schneiderman et surtout leur fille Amy, l'attrait de Ferguson pour le baseball, ses capacités d'écriture qui le pousseront tantôt vers le journalisme, la poésie ou le roman. Il y aura aussi de grandes variables selon l'université qu'il fréquentera (ou pas), les accidents qui lui arriveront, les opportunités amoureuses qui se présenteront à lui. Mais dans chaque version de son histoire, ce jeune homme qui a une conscience aiguë de lui-même et se trouve parfois bien embarrassé dans ses rapports aux autres est le témoin des grands bouleversements survenus dans l'Amérique des années 50 et 60. 

J'ai un drôle de rapport avec l'oeuvre de Paul Auster: j'en adore une moitié et je déteste l'autre - ses écrits les plus expérimentaux, les plus intellectuels, les plus obscurs. Je l'aime quand il me raconte une véritable histoire avec son style bien particulier, ses longues phrases jamais ampoulées qui font que le regard dévale les pages à toute allure, ses réflexions ultra-introspectives et l'attention exquise portée aux plus minuscules détails de la vie de ses personnages. "4 3 2 1" rentre définitivement dans cette catégorie... et peut-être même un peu trop, ai-je pensé dans les premières centaines de pages de ce roman-fleuve qui en compte plus de mille en grand format très dense. Si je suis très fan du genre "uchronie personnelle", je ne voyais pas bien l'intérêt de raconter quatre existences au fond assez semblables, et qui surtout, diffèrent les unes des autres non pas en raison des choix faits par le héros, mais de circonstances qui échappent tout à fait à son contrôle. Je me demandais ce que faisait l'auteur, ce qu'il cherchait à prouver. La réponse à cette question ne m'est apparue que dans les toutes dernières pages: Paul Auster faisait du Paul Auster, de la mise en abyme basée sur le pouvoir de démiurge de l'écrivain. C'est son grand truc, celui qui finira peut-être par me lasser un jour. Mais toujours pas cette fois.

Traduction de Gérard Meudal

dimanche 4 mars 2018

La semaine en bref #9





Lundi:
 Comme je devais me lever à l'aube blême à 8h ce matin, bien entendu, je n'ai pas réussi à m'endormir avant 3h hier. Il faut dire que je n'arrête pas de décaler mon coucher depuis que je suis à Monpatelin. Dès que je me retrouve seule, les horaires de repas et de sommeil valdinguent par la fenêtre. Y'a des gens que ça fait grossir d'être en couple; moi, c'est un peu mon garde-fou contre le grand n'importe quoi en matière d'hygiène de vie. 
 M'ayant examinée sous toutes les coutures, mon Gentil Généraliste m'informe que tous les grains de beauté, taches brunes, points rouges ou violets et autres fantaisies multicolores apparues sur ma peau au cours des derniers mois sont parfaitement inoffensifs. Voilà qui m'évitera près d'un an d'attente pour un rendez-vous chez ma dermato.
Cet après-midi, la neige s'invite à Monpatelin. J'en ai vu deux fois dans ma vie par ici: quand j'étais en seconde et l'hiver avant d'acheter mon appart'. Du coup, je me fends de ma première story IG (ratée car je n'ai pas trouvé comment faire ce que je voulais, mais tant pis). 

"La maison aux secrets" (Catherine Robertson)


Depuis que son petit garçon est mort dans un accident dont elle se considère responsable, April Turner mène une vie d'ascète, se refusant tout ce qui pourrait lui apporter la moindre joie. Le jour où elle apprend qu'elle a hérité d'une propriété à l'abandon, elle pense d'abord la faire vendre par le notaire sans même aller la voir, puis donner l'argent à une bonne oeuvre. Mais une attirance irrésistible la pousse à prendre l'avion pour se rendre en Angleterre. Et toute sa réticence ne peut rien contre l'enchantement que l'Empyrée exerce sur elle. Sans compter cette vieille dame surnommée Sunny, qui a bien connu les propriétaires et qui a des tas de choses à raconter sur eux... 

Je suis aussi bonne cliente pour les secrets de famille et les histoires de deuil surmonté que pour les narrations parallèles sur deux époques; ce roman de la Néo-Zélandaise Catherine Robertson ne pouvait donc que me séduire. Grâce à des personnages secondaires haut en couleurs et attachants, April va peu à peu retrouver le goût de la vie.  "La maison aux secrets" est autant le récit de sa renaissance que celui du drame qui a laissé l'Empyrée sans héritier direct. Tandis que le mystère se dévoile par petites touches, le contact avec la nature, couplé à la bienveillance de son nouvel entourage, réveille les sens de cette femme éplorée et finit par venir à bout de ses résistances. Un roman à la fois prenant, émouvant et apaisant. 

Traduction de Fabienne Duvigneau

jeudi 1 mars 2018

Où le froid me rend pompeusement philosophe





Parce que l'hiver et certaines circonstances matérielles me portent à l'introspection (je veux dire: encore plus que d'habitude), je me demandais récemment quelle avait été la meilleure période de ma vie. Mon enfance? Harcèlement scolaire, pas d'amis, sentiment d'inadaptation totale. Mon adolescence? HA HA HA HA HA. Mes études? Seigneur, je détestais tellement cette école et cette ville. Mon entrée dans la vie professionnelle? Trois ans à galérer dans des boulots pas du tout faits pour moi. Le début de ma carrière de traductrice? J'ai enchaîné rapidement une IVG, un mariage précipité et un divorce houleux. L'année passée aux USA? Déprime absolue. Ma trentaine? Une liaison avec un type fraîchement marié avec qui je finirai par vivre malheureuse pendant 7 ans. Ma quarantaine? La mort d'une amie très chère, celle de mes deux chats à un an d'intervalle, puis celle de mon père; corollaire: des crises d'angoisse atroces. Aujourd'hui? On ne peut pas dire que les perspectives professionnelles et financières soient très riantes, que ce soit pour moi ou pour mon compagnon.

mercredi 28 février 2018

Février 2018




Lectures de Février 2018




ROMANS:
- L'année de l'Education sentimentale (Dominique Barbéris) ♥︎♥︎♥︎
- The haunting of Henry Twist (Rebecca F. John) ♥︎♥︎♥︎
- Les années (Annie Ernaux) ♥︎♥︎♥︎
- Le Club de l'Ours Polaire T1: Stella et les Mondes Gelés (Alex Bell) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- A fortune teller told me (Tiziano Terzani)
- Je suis une fille de l'hiver (Laurie Halse Anderson) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- The seven deaths of Evelyn Hardcastle (Stuart Turton) ♥︎♥︎♥︎♥︎♥︎
- 4 3 2 1 (Paul Auster) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- The only story (Julian Barnes)
- Veronica Speedwell T1: A curious beginning (Deanna Raybourn) ♥︎♥︎♥︎
- Les optimistes meurent en premier (Susin Nielsen) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- Veronica Speedwell T2: A perilous undertaking (Deanna Raybourn) ♥︎♥︎
- O Pulchérie (Nathalie Sauvagnac) ♥︎♥︎
- C'est où, le Nord? (Sarah Maeght) ♥︎♥︎
- The Hazel Wood (Melissa Albert) ♥︎♥︎♥︎
- Tir aux pigeons (Nancy Mitford) ♥︎♥︎

BEDE/MANGA:
- Petite balade et grande muraille (Maïté Verjux) ♥︎♥︎
- L'enfant et le maudit T1 (Nagabe) ♥︎♥︎♥︎
- Gloutons & dragons T4 (Ryoko Kui) ♥︎♥︎♥︎
- Eclat(s) d'âme T1 (Yuhki Kamatani) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- Destins parallèles - Elle T1 (Daisuke Imai) ♥︎
- Destins parallèles - Lui T1 (Daisuke Imai) ♥︎

DIVERS:
- The year of less (Cait Flanders) ♥︎
- Professeur Goupil est amoureux (Loïc Clément/Anne Montel) ♥︎♥︎♥︎
- T'es sûr qu'on est mardi? (Voutch) ♥︎
- How to be calme (Anna Barnes) ♥︎♥︎♥︎

mardi 27 février 2018

[GAND] "Hello, robot" au Design Museum





J'avoue: livrée à moi-même, il ne me serait pas venu à l'idée d'aller voir une expo sur les robots, et encore moins de me rendre jusqu'à Gand pour ça. Non que les progrès en la matière m'effraient, bien au contraire, mais je ne peux pas non plus dire que le sujet me passionne. "Il y aura le vrai R2D2", a fait valoir Chouchou avec des yeux de Chat Potté. Star Wars, je m'en fous; par contre, je suis chroniquement incapable de résister aux yeux de Chat Potté de mon amoureux. Donc, j'ai vérifié qu'il y avait des escape games et des bars à cocktails décents dans le coin, et une fois rassurée sur l'intérêt de l'expédition, j'ai donné mon accord.

lundi 26 février 2018

Le patois provençal appliqué à la littérature et à la traduction





Avoir la pigne = être fortement agacé
"Quand j'achète un livre à 20€ et qu'il me tombe des mains au bout de 50 pages, j'ai la pigne."

Escagasser = massacrer
"Si mes exemplaires de traductrice étaient emballés un peu plus soigneusement, ils n'arriveraient pas tout escagassés."

dimanche 25 février 2018

"Destins parallèles - Elle" et "Destins parallèles - Lui" (Daisuke Imai)



Une histoire d'amour racontée du point de vue de chacune des deux personnes concernées, à travers des volumes intitulés "Elle" et "Lui" sortant simultanément en librairie. Je trouvais le principe tellement intéressant que je n'ai même pas feuilleté les deux tomes 1 de cette nouvelle série signée Daisuke Imai avant de les acheter. De toute façon, le dessin très correct (sans être extraordinaire) n'aurait pas suffi à me dissuader. 

Non, il a fallu que je me plonge vraiment dans ce manga pour me rendre compte que Chihiro, qui rentre tout juste en fac et se fait embarquer dans l'aventure d'un club photo, est l'incarnation de la nunuche romantique capable de tomber follement amoureuse d'un garçon croisé deux fois avec qui elle a échangé exactement 4 phrases. En plus de ça, elle est timide et complexée - plus insipide, tu meurs. 

Quant au fringant Yukichi, c'est un étudiant de seconde année très imbu de lui-même, agressif, manipulateur et franchement antipathique. Tous les deux incarnent grosso modo le pire des clichés sur la féminité et la masculinité. Certes, cela leur laisse une grande marge de progression personnelle pour les tomes suivants. De plus, le quiproquo sur lequel se base le début de leur histoire semble une excellente idée, propice à un développement plus complexe que celui d'un coup de foudre réciproque. Mais rien à faire: avec des héros aussi horripilants, "Destins parallèles" se poursuivra sans moi.

Traduction de Fabien Nabhan

La semaine en bref #8





Lundi:
 Je suis méga-déçue par la fin de "Bron/broen" - celle que j'avais imaginée était bien mieux. Globalement, je trouve que cette 4ème et dernière saison de la série est de loin la plus faible de toutes, avec une enquête  hyper décevante par rapport aux précédentes.

Mardi:
 Partie de Bruxelles plus tôt que d'habitude, je dois changer de train à Marseille et trouve un TER qui m'emmène directement à Monpatelin. Bilan: 2h30 de gagnées à l'arrivée, et la possibilité de faire mes courses au village dès ce soir. "C'est pas votre horaire habituel," commente d'ailleurs ma fleuriste.
 Le journal de Monpatelin m'informe que l'un des trois mariages célébrés le mois dernier a uni deux messieurs. Bon courage à eux dans une commune qui a voté à plus de 60% pour la droite dure au premier tour des dernières présidentielles.
 Je pensais que la foutue retraite complémentaire du RAAP allait grimper de 1% pendant 4 ans, et ça me faisait déjà mal au fondement, mais pas du tout: on était à 4% de nos revenus bruts l'an dernier, on est à 6% cette année, et j'imagine que l'an prochain, on se prend les 8% totaux dans la face. Glups.

samedi 24 février 2018

"Eclat(s) d'âme" (Yuhki Kamatani)


Deux jours avant les vacances d'été, Tasuku, lycéen sans histoire, est "outé" par un camarade indélicat qui a fouillé dans son smartphone et y a trouvé des vidéos gay. Pour ne pas être rejeté par les autres, le jeune homme plaide une blague de son frère et affirme que l'homosexualité le dégoûte. Mais il craint que ce démenti ne suffise pas et que sa vie devienne un enfer, au point qu'il envisage le suicide. Au même moment, il voit au loin une femme se jeter dans le vide. Il se précipite vers l'endroit d'où elle a sauté et découvre, non seulement que l'inconnue est toujours en vie, mais qu'elle est l'hôte d'un curieux salon de discussion...

Après l'émouvant "Le mari de mon frère", les éditions Akata nous proposent un autre manga centré sur les problématiques LGBT - très différent du premier, mais tout aussi intéressant. Ici, le héros est un ado qui peine à accepter son orientation sexuelle, a fortiori, à trouver le courage nécessaire pour l'assumer publiquement dans une culture où elle est encore très mal vue. Les rencontres que fait Tasuku au salon de discussion, où personne ne le juge, vont peu à peu l'aider à mûrir. A partir d'une situation réaliste aussi banale que douloureuse, Yuhki Kamatani tisse une histoire empreinte d'une grande poésie et rehaussée d'une pointe de mystère. La finesse de son graphisme ajoute encore au charme fou de cette série dont j'attendrai impatiemment les prochains tomes.

Traduction d'Aurélien Estager

vendredi 23 février 2018

"Les optimistes meurent en premier" (Susin Nielsen)


Suite à la mort de sa petite soeur, Pétula De Wilde, 16 ans, a contracté à peu près toutes les phobies du monde. Sa peur des germes l'empêche d'avoir la vie sociale d'une fille de son âge, et en secret, elle collectionne les coupures de journaux sur les accidents loufoques. Elle s'est brouillée avec sa meilleure amie qui partageait son amour immodéré des loisirs créatifs; sa mère ne cesse d'adopter de nouveaux chats pour compenser la perte de Maxine, et sa psy impose à son groupe d'art-thérapie des exercices dignes de gamins de sept ans. Bref, Pétula broie sérieusement du noir jusqu'à ce que sa route croise celle de l'homme bionique: Jacob Cohen, qui a perdu un bras et ses deux meilleurs amis dans un accident de voiture...

J'avais lu tellement de bien de ce roman de la Canadienne Susin Nielsen que je m'attendais à être déçue par sa lecture. Et puis, pas du tout: grâce à sa collection de personnages bancals mais hyper-attachants, ainsi que son juste équilibre entre drame et espoir tempéré par une bonne dose d'humour, "Les optimistes meurent en premier" mérite largement tous les compliments qui lui ont été faits. Pétula (que sa mère surnomme "Pétouille") a un sens de l'auto-dérision hilarant, rendu à la perfection par une traduction si dynamique qu'on croirait que l'auteure a écrit directement en français, et on regrette beaucoup de la quitter après 200 pages seulement. Un délice à mettre entre toutes les mains. 

Traduction de Valérie Le Plouhinec

jeudi 22 février 2018

"Les années" (Annie Ernaux)


Née en 1940, l'auteure retrace dans "Les années" toutes les choses marquantes qui se sont passées au cours de sa vie: la fin de la guerre et de la pénurie alimentaire, les débuts de la société de consommation, l'émancipation progressive des femmes... Elle choisit de le faire de façon générale et assez impersonnelle, sous forme de vignettes écrites à la troisième personne du singulier. Parfois, elle intercale sa petite histoire dans la grande, mais là aussi, de manière plutôt détachée - d'abord par la description de vieilles photos, puis d'événements de sa vie abordés d'une façon plutôt superficielle et à travers la distance du "elle" plutôt que l'implication du "je". Résultat: alors que son regard sur les choses est magnifique de justesse et servi par une très belle écriture, j'ai beaucoup peiné à finir ce livre d'à peine 250 pages. Pour moi, ce n'est pas tant un roman qu'une collection d'images disjointes à laquelle je n'ai pas réussi à m'attacher un seul instant.