mardi 12 décembre 2017

En 2017, la vie aura-t-elle eu plus d'imagination que moi?



Du temps où je tenais un journal papier, j'avais l'habitude, chaque fois que je commençais un nouveau carnet, de l'ouvrir vers le dernier quart et d'y noter mes grandes interrogations du moment en me demandant où j'en serais une fois arrivée à cette page, des mois plus tard. Puis je n'y pensais plus, et chaque fois que j'arrivais à la page en question, je m'émerveillais du chemin parcouru depuis le début de mon carnet, des préoccupations dont je me faisais une montagne et qui s'étaient envolées entre-temps, des choses qui me semblaient sans importance sur le coup et qui avaient pris une place énorme dans ma vie. L'évolution était presque toujours inattendue, parce qu'apparemment, la vie a beaucoup plus d'imagination que moi. 

dimanche 10 décembre 2017

C'était la semaine où... (#49)




...j'ai craqué et acheté mon premier guide sur Hong-Kong et Macao pour préparer les vacances de l'automne prochain. Depuis le temps que j'en rêve, je vais le mitonner aux petits oignons, ce voyage!

...la secrétaire de ma dentiste m'a appelée pour me dire de venir à 11h30 plutôt qu'à 11h45 au nouveau cabinet, mais je suis passée à 11h50. La machine à carte ne fonctionnait pas encore et je n'avais pas mon chéquier; j'ai dû payer en liquide. La feuille de soins ne pouvait ni être télétransmise directement à la CPAM, ni même émise tout de suite pour que je l'emporte. Et une fois à l'autre bout de la ville, je me suis aperçue qu'elle avait oublié de me rendre ma carte Vitale. Je n'ai même pas râlé: je suis prête à accepter bien pire que ça pour un détartrage sans douleur. 

jeudi 7 décembre 2017

Nouveaut(h)é: Chocolat-oranges confites de Maison Bourgeon




Cette année, j'ai été particulièrement sage dans mes achats de thé, me contentant de renouveler mon stock de Yu Zi Hua Cha et de deux ou trois autres variétés que je bois régulièrement. Pour le reste, j'ai tapé dans mes monstrueuses réserves - qui ont bien baissé mais restent encore trop importantes à mon goût. Et puis, en fin d'année, j'ai un peu craqué. 4 sachets de 50g chez Lupicia en octobre; un calendrier de l'Avent Theodor en novembre, et la semaine dernière, deux nouvelles variétés de la Maison Bourgeon. Mais c'est un fournisseur "de chez moi" (enfin, plus exactement, basé à Salon-de-Provence), et la vendeuse était tellement enthousiaste que je me suis laissée tenter. Je n'ai pas encore goûté l'infusion à droite sur la photo; en revanche, j'ai déjà bien pioché dans le paquet de thé noir chocolat-oranges confites que je m'en vais vous présenter.

mercredi 6 décembre 2017

"Les carnets de Cerise T5: Des premières neiges aux Perséides" (Joris Chamblain/Aurélie Neyret)


Pour ce dernier tome de ses aventures, le personnage mystérieux du carnet de Cerise, celui dont elle va s'efforcer de percer le secret, c'est... elle-même. Agée de maintenant 12 ans, la fillette se rend compte qu'elle a presque oublié son papa, mort quand elle était toute petite. Avec l'aide de sa maman, elle va tenter de reconstituer ses souvenirs de l'époque, de comprendre les sentiments qui perdurent dans son coeur depuis lors et la façon dont ils affectent son comportement. Et lorsqu'elle aura enfin fait la paix avec ce passé, sa maman lui offrira un avenir que Cerise n'imaginait même pas...

Depuis le début des "Carnets de Cerise", on sentait à quel point l'absence de son père pesait sur leur petite héroïne et troublait ses relations avec sa maman. Le problème construit petit à petit au fil des tomes précédents trouve ici une résolution à la hauteur de l'ensemble de la série, merveilleusement humaine et émouvante. Les auteurs racontent comment Cerise a rencontré les gens qui comptent le plus pour elle - ses amies Line et Erica, la romancière Annabelle Desjardins - et de quelle manière leurs vies en sont venues à s'emmêler. Ils offrent à la pré-adolescente un ultime retour sur les lieux importants de sa jeune existence avant de lui proposer un nouveau départ des plus excitants. La boucle bouclée, la série s'achève sur un vrai feu d'artifice... ou plutôt, une magnifique pluie de météores. Et ce cinquième et dernier tome confirme ce qu'on pressentait depuis le début: débordants d'imagination, d'aventure, d'amitié et de bienveillance, "Les carnets de Cerise" sont une oeuvre jeunesse absolument incontournable.

Envies de décembre




aller bruncher au Comptoir Rodin
préparer des potatoes avec cette recette
tester ce velouté de chou Romanesco
acheter ce set de raclette à la bougie
regarder la série de Zabou Breitman, "Paris etc"
prendre des places pour les prochains concerts des Brigitte et d'Etienne Daho
me procurer le grimoire de Willow Rosenberg
essayer le nouveau jeu de piste d'Escape Prod
réserver un escape game sympa à Cologne
me remettre au crochet pour réaliser ce "plaid islandais"
apprendre à faire des stories sur Instagram
remplacer mes produits ménagers par du vinaigre blanc
me trouver un MOOC (ou deux) à suivre pendant l'hiver

lundi 4 décembre 2017

2017, année faussement immobile




La fin de l'année approchant, et mes tendances naturelles étant ce qu'elles sont, j'ai commencé à dresser un bilan de 2017. Et au premier abord, il n'était pas très excitant. Je me suis dit que ça avait été une année où rien n'avait bougé dans ma vie. Je fais le même métier depuis 23 ans; je vis dans les mêmes apparts depuis respectivement 15 et 9 ans; je suis avec le même mec depuis 11 ans. Entre le 1er janvier et le 31 décembre, tout ce que j'aurai réussi à faire, c'est gagner quelques kilos surnuméraires, perdre quelques centimètres de cheveux et m'éloigner encore davantage de ma famille. Tu parles d'un accomplissement. 

dimanche 3 décembre 2017

"Les enfants de Venise" (Luca di Fulvio)


A l'automne 1515, en Italie. L'orphelin Mercurio est devenu bien malgré lui le chef d'une petite bande d'enfants voleurs. Le jour où l'un d'eux est tué par un marchand qu'ils avaient détroussé, les autres s'enfuient de Rome pour échapper à la justice. Dans leur errance, ils tombent sur une bande de soldats revenant victorieux de Marignan. Lanzafame, leur capitaine, a récemment pris sous sa protection un escroc juif qui se fait passer pour un médecin: Isacco da Negroponte. Celui-ci a une fille, Giuditta, dont Mercurio tombe aussitôt amoureux. Mais le sort les fait arriver séparément à Venise, où chacun va devoir se battre pour survivre et se défendre contre ses propres ennemis...

Après le génial "Le gang des rêves", j'avais hâte de découvrir le deuxième roman traduit en français de Luca di Fulvio. Qui, malgré une période et un cadre radicalement différents, présente d'ailleurs beaucoup de similitudes avec le premier. Ici aussi, il est question d'un amour impossible à première vue entre deux jeunes gens que tout sépare. Ici aussi, le garçon est acculé par la misère, forcé de mener une existence criminelle - mais malin, ambitieux et déterminé à réussir. Ici aussi, la fille est juive et sa religion fait partie des obstacles entre eux.

Pour autant, "Les enfants de Venise" n'a rien d'une pâle redite, bien au contraire. Luca di Fulvio campe la Venise du 16ème siècle avec un luxe de détails historiques qui transporte le lecteur dans le temps et l'espace. Sur les traces de personnages secondaires nombreux mais tous très vivants (mon préféré: Scarabello, le chef de gang à la fois cruel et capable de compassion), il dépeint la misère avec un réalisme saisissant, relate la création du ghetto de Venise et l'apparition de la syphilis - appelée "mal français" - qui fait des ravages dans les rangs des prostituées. Amour, haine, fanatisme religieux, cupidité, jalousie, désir de vengeance: il convoque toute la panoplie des passions humaines pour la mettre au service d'une histoire haletante dont les chapitres défilent à toute allure. Parfait mélange d'histoire, de romance, d'intrigue et d'action, "Les enfants de Venise" est ce genre de roman que je conseille à tous les amoureux de littérature. 

Merci aux éditions Slatkine & Cie pour cette lecture.

C'était la semaine où... (#48)




...malgré une pluie battante et le fait que Chouchou ne bossait pas à la maison ce jour-là, je suis allée finir la relecture du tome 3 d'"Archer & Bennett" au Living Room avec un monstrueux scone à l'abricot.

...mon TGV arrivait à Toulon à 18h40. Le bus et le TER que j'aurais pu prendre pour rallier Monpatelin partaient tous les deux à 18h40. Théoriquement, j'aurais donc dû les rater et devoir attendre l'un ou l'autre des suivants. Mais, magie de la ponctualité SNCF! Mon TGV avait à peine 10 mn de retard et le TER une bonne demi-heure; j'ai donc pu le prendre tranquillement et arriver chez moi plus tôt que si les trains avaient tous été à l'heure.

jeudi 30 novembre 2017

Lectures de Novembre 2017




ROMANS/MEMOIRE
- La fin de la solitude (Benedict Wells) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- The ministry of utmost happiness (Arundhati Roy)
- Nous allons tous très bien, merci (Daryl Gregory) ♥︎♥︎♥︎
- Purity (Jonathan Franzen)
- Still life with tornado (A.S. King) ♥︎♥︎
- Par-delà les glaces (Gunilla Linn Persson) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- The diary of a bookseller (Shaun Bythell) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- Deux milliards de battements de coeur (Genki Kawamura) ♥︎
- Les Bourgeois (Alice Ferney) ♥︎♥︎♥︎
- Journal intime d'un chat acariâtre: le retour (Frédéric Pouhier/ Susie Jouffa) ♥︎
- Les Wang contre le reste du monde (Jade Chang) ♥︎♥︎
- En attendant Bojangles (Olivier Bourdeaut) ♥︎♥︎♥︎
- Les enfants de Venise (Luca di Fulvio) ♥︎♥︎♥︎♥︎

BEDE
- Spinning (Tillie Walden) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- Un pigeon à Paris T1 (Lina Foujita) ♥︎
- Les vieux fourneaux T4: La magicienne (Lupano/Cauuet) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- 13 Devil Street T2: 1940 (Benoît Vieillard) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- Le loup en slip T2: Le loup en slip se les gèle méchamment (Lupano/Itoïz/Cauuet) ♥︎♥︎♥︎
- Le mari de mon frère T4 (Gengoroh Tagame) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- Je ne suis pas d'ici (Yunbo) ♥︎♥︎♥︎
- Je suis encore là-bas (Samir Dahmani) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- Isabella Bird, femme exploratrice T1 (Taiga Sassa) ♥︎♥︎♥︎♥︎

DIVERS
- The art of grace (Sarah L. Kaufman) ♥︎
- The no spend year: How you can spend less and live more (Michelle McGagh) ♥︎
- Who thought this was a good idea? (Alyssa Mastromonaco) ♥︎♥︎

mercredi 29 novembre 2017

Evitante




Je viens de finir le mémoire d'Alyssa Mastromonaco, qui fut la Depuy Chief of Staff de Barack Obama à la Maison Blanche. Bien que moins drôle et finalement moins intéressant qu'escompté, son aperçu des coulisses du gouvernement américain sous ce président pour qui j'éprouve une folle admiration m'a fait envie par certains côtés. Gérer efficacement de graves crises nationales, se dire qu'on a été vraiment utile, qu'on a servi tout un peuple en bossant dur - ça doit procurer une immense satisfaction. D'ailleurs, je m'intéresse suffisamment à la politique, et en particulier aux affaires sociales, pour avoir déjà caressé l'idée d'une carrière là-dedans. Mon sens de la justice et de l'équité est sans doute une des forces principales qui m'animent. Le problème, c'est que parallèlement, je suis une introvertie qui déteste être obligée de parler à des inconnus et dont le travail en groupe sape toute l'énergie. Compliqué de se mettre au service d'un public avec lequel on préfèrerait ne jamais être en contact direct. 

lundi 27 novembre 2017

Les conversations absurdes #20


Il est presque minuit. Dans leur lit, nos héros s'embrassent langoureusement, quand soudain, l'homme s'écarte de la femme.
CHOUCHOU, les sourcils froncés: Je devais faire quelque chose d'important.
MOI: Ah?
CHOUCHOU, fouillant sa mémoire: ...Ah oui, je devais me renseigner sur Poppée.
MOI: Qui ça?
CHOUCHOU, impassible: Poppée le marin. (Un bref silence interloqué.) Non, je déconne. Poppée, la deuxième épouse de Néron.
MOI: ...
L'homme se lève, retourne au salon, tape un moment sur son ordinateur et revient dans le lit. 
MOI: C'est bon, on peut recommencer à se faire des bisous, ou il faut aussi que tu vérifies le CV du 4ème meilleur ami de Socrate? 

dimanche 26 novembre 2017

C'était la semaine où... (#47)




...je me suis enfin décidée à regarder les vidéos de Humans Of New York. C'est une bénédiction mélangée: d'un côté, ça brise le coeur; de l'autre, ça redonne foi en l'humanité. Comme ses photos, mais en pire, parce que chaque épisode est centré autour d'un thème précis et bénéficie d'un montage aussi intelligent que subtil. Le monde a besoin de plus de Brandon Stanton.

...je suis tombée dans ma trad en cours sur un problème digne de "Hodor". Mais dix minutes plus tard, j'avais une solution satisfaisante (et un kilo en moins, perdu sous forme de transpiration).

"Isabella Bird, femme exploratrice T1" (Taiga Sassa)


En mai 1878, l'exploratrice anglaise Isabella Bird, qui a déjà exploré les Montagnes Rocheuses et l'archipel d'Hawaï, se lance dans un nouveau défi: remonter le long de l'archipel du Japon en empruntant des routes peu fréquentées, pour finir son périple sur l'île d'Ezo où elle espère rencontrer le peuple Aïnous.  En se basant sur les récits publiés par cette femme extraordinaire, Taiga Sassa propose un manga instructif sur les moeurs et les conditions de vue du peuple japonais au tout début de l'ère Meiji. L'Isabella qu'elle campe est sympathique en diable, pleine d'enthousiasme et d'énergie. Bien qu'issue  d'un milieu habitué au confort et bourré de préjugés, elle ne rechigne pas devant les difficultés du voyage, et surtout, elle manifeste curiosité et respect aux gens qu'elle rencontre, si différents d'elle soient-ils. Ce premier volume la voit débarquer à Yokohama où elle engage celui qui sera son unique compagnon de route, l'interprète Tsurikichi Ito, puis traverser successivement Edo, Kasukabe et Nikko en multipliant les découvertes. J'attends impatiemment la sortie du second, prévue pour début décembre. 

jeudi 23 novembre 2017

"Les Bourgeois" (Alice Ferney)


Ils se nomment Bourgeois, et leur patronyme est aussi un mode de vie. Ils sot huit frères et deux soeurs, nés à Paris entre 1920 et 1940. Ils grandissent dans la trace de la Grande Guerre et les prémices de la seconde. Aux places favorites de la société bourgeoise - l'armée, la marine, la médecine, le barreau, les affaires -, ils sont partie prenante des événements historiques et des évolutions sociales. De la décolonisation à l'après-Mai 68, leurs existences embrassent toute une époque. La marche du monde ne décourage jamais leur déploiement.

Une chronique familiale étroitement mêlée à l'histoire du XXème siècle en France, voilà qui me semblait alléchant. Très vite, j'ai été séduite par la belle plume quelque peu désuette d'Alice Ferney, et surtout par la grande lucidité avec laquelle elle observe ses personnages à travers le prisme d'événements toujours plus faciles à analyser avec le recul du temps écoulé. Elle pose sur tout et tous un regard perçant, dénué de complaisance mais jamais de compassion, à tel point qu'elle est parvenue à me rendre sympathiques ces gens aisés, de droite, catholiques et militaristes, pas franchement à l'avant-garde des luttes sociales. Car malgré leur rigidité morale et le fait qu'ils incarnent un patriarcat blanc triomphant, "Les Bourgeois" sont mus par une indomptable énergie, et honorables au meilleur sens du terme.

Toutefois, on s'attacherait davantage à eux s'ils étaient moins nombreux: dix enfants pour le couple fondateur, puis quarante petits-enfants, ça ne laisse guère de temps pour développer chacun à titre individuel. Certains passages ne sont que de longues énumérations de mariages et de naissances, et on peine d'autant plus à distinguer les uns des autres que les dialogues sont quasiment absents. Souvent, aussi, l'auteure se perd dans des détails historiques qui, s'ils témoignent de son érudition - ou de l'ampleur de ses recherches préalables - ne servent aucunement le récit. J'avoue n'avoir fait que survoler les chapitres arides consacrés à la guerre d'Indochine et aux soulèvements d'Algérie, lisant juste le nécessaire pour comprendre en quoi ces événements influaient sur la trajectoire des fils Bourgeois impliqués. Pour moi qui aime les petites histoires plus que la grande, c'était assez ennuyeux. En revanche, je me suis délectée des très justes considérations sur les liens familiaux, le passage du temps et l'aveuglement aux grandes catastrophes qui se préparent.

"1933, une porte vers l'horreur que les nations ont franchie sans savoir ce qu'elles trouveraient de l'autre côté du temps. L'année de l'accession d'Hitler au pouvoir, de l'entrée de François Mauriac à l'Académie Française, l'année à la fin de laquelle Edouard Daladier avait annoncé à la Chambre l'échec de la Conférence sur le désarmement en raison du retrait de l'Allemagne. Comme c'est vertigineux n'est-ce pas de coller ex post les événements remarquables les uns à la suite des autres  et de connaître, puisque tout est consommé, ceux qui furet prémonitoires des drames qu'on a traversés. Et comme on regrette que les avertissements confus qu'ils avaient donnés n'eussent pas été entendus dans le temps où ils pouvaient l'être. Appartenir à une époque, c'est être incapable d'en comprendre le sens, tout nous désigne que le temps où nous vivons forme une tache aveugle, l'angle mort de notre vision intelligente. Assise sur le banc de l'église, je n'avais pas pensé tout cela, je m'étais dit: 1933, une mauvaise année. Et j'avais imaginé la distance, à la fois spatiale et mentale, qui sépare les événements de la grande Histoire et ceux de la vie privée. Le 30 mai 1933, Mathilde Bourgeois avait mis au monde le septième de ses enfants, le petit Jérôme, il était vigoureux, on ne l'entendait pas, il tétait avidement, il faisait de bonnes nuits, et elle avait dû se réjouir de cela plutôt que de se dire: Ce nouveau chancelier, ce M. Hitler, est-il bien convenable pour l'Allemagne? C'est vrai, pensais-je, comment fait-on pour agir et réfléchir, a-t-on le temps de penser à ce qui arrive quand chaque jour apporte sur notre table sa charge de travail et qu'on l'abat, peut-on encore se soucier du monde une fois que l'on a fini de s'occuper de ceux qui habitent sa propre maison?" 

mercredi 22 novembre 2017

Une histoire de cheveux


Quand ma soeur et moi étions petites, ma mère nous coupait les cheveux courts parce que "c'était plus facile à entretenir". En vertu du même principe, elle nous faisait porter des knickers en velours (oui, bon, c'était les années 70). On en avait tellement marre d'être prises pour des garçons qu'on a prié et supplié jusqu'à ce qu'elle nous autorise à nous laisser pousser les cheveux. Je devais avoir une dizaine d'années, et depuis, je ne les ai plus jamais portés courts. A deux ou trois reprises, il m'est arrivé de les couper mi-longs; je l'ai toujours regretté dès ma sortie de chez le coiffeur. 

lundi 20 novembre 2017

C'était la semaine où... (#46)




...tout l'après-midi de lundi, j'ai pensé aux super rouleaux de printemps que j'allais commander le soir chez Knees to Chin pour manger devant "The Big Bang theory" et le "John Oliver Show". Deux minutes après que j'aie payé en ligne, le resto a annulé ma commande. C'est la deuxième fois que ça nous arrive en l'espace de quelques mois. Pas découragée, j'ai réitéré ma tentative le lendemain, et cette fois, c'est passé!

...après le 1348ème problème de livraison depuis le début de l'année (en général, ça vient du transporteur, mais là, il n'y avait pas d'adresse sur le colis, juste le nom et le code postal...), j'ai décidé de ne plus commander de livres papier sur Amazon. Même pas les romans en anglais difficiles à trouver chez Waterstones. Ce qui va faire du bien à mon karma.

dimanche 19 novembre 2017

Le besoin plutôt que l'envie



Depuis que je m'intéresse au minimalisme, je m'interroge beaucoup sur mes réflexes de consommation. Clairement, comme la plupart des gens qui ont la chance d'avoir des revenus suffisants, j'achète les choses non pas parce que j'en ai besoin, ou en tout cas pas seulement, mais plutôt parce que j'en ai envie. Résultat: un gaspillage d'argent et un intérieur encombré. Ainsi, depuis quelques années, je m'efforce de ne plus acquérir que des objets utiles (soit parce que je vais m'en servir souvent, soit parce que leur possession va vraiment m'apporter de la joie - un beau tableau que j'adore et qui m'émeut, par exemple, rentre tout à fait dans cette définition). 

samedi 18 novembre 2017

[ANVERS] "Ai Weiwei - Miroir" au Fotomuseum




Pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas encore, Ai Weiwei est un artiste chinois engagé qui s'est attiré les foudres de son gouvernement, notamment pour la photo où on le voit faire un doigt d'honneur à la place Tian'anmen. Arrêté en 2011 et détenu plusieurs mois dans des conditions assez éprouvantes, il a été mis en liberté conditionnelle et n'a pas pu quitter son pays pendant les 4 années suivantes. De cette période, il a tiré une série de photos assez hallucinante dans laquelle il confronte les agents gouvernementaux chargés de sa surveillance (et visiblement peu discrets), montre les mouchards trouvés chez lui et le bouquet de fleurs fraîches qu'il laissait tous les matins dans le panier d'un vélo devant son immeuble pour protester pacifiquement contre son sort. 

jeudi 16 novembre 2017

"The diary of a bookseller" (Shaun Bythell)


"A dix heures, le premier client a passé la porte: "Les livres ne m'intéressent pas vraiment" fut suivi par "Laissez-moi vous dire ce que je pense de l'énergie nucléaire." A dix heures et demie, ma volonté de vivre n'était plus qu'un lointain souvenir."*

Comme son nom l'indique, "The diary of a bookseller" est le journal d'un libraire. Mais pas n'importe quel libraire: Shaun Bythell possède la plus grande bouquinerie d'Ecosse, située dans le petit village de Wigtown qui accueille chaque année un festival littéraire de renom au début de l'automne. Pendant un an, de février 2014 à février 2015, il a consigné les menus faits de son quotidien professionnel, notamment ses échanges avec les clients aux exigences outrancières ou farfelues, ainsi qu'avec sa vendeuse Nicky, excentrique Témoin de Jéhovah qui classe les livres de Darwin en fiction et se nourrit d'invendus récupérés dans la benne de la coopérative locale. 

Shaun étant Médaille d'Or Olympique de sarcasme et ne se laissant jamais influencer dans ses réactions par ce que d'autres considèreraient comme le B.A. BA de la diplomatie commerçante, cela peut donner des dialogues totalement hilarants - mais aussi, parfois, d'autres où l'auteur semble manquer d'humanité. Sorti de son entourage proche, il s'intéresse si peu aux gens qu'il ne s'aperçoit pas qu'un de ses clients les plus fidèles souffre de la maladie d'Alzheimer, alors même qu'il consigne au fil des mois quantité de détails hurlants. Par ailleurs, son style est assez sec, et beaucoup d'informations dénuées d'intérêt pour le lecteur se répètent d'un jour sur l'autre ou d'une semaine sur l'autre. Ceci peut s'expliquer par le fait que son journal n'était, à la base, pas destiné à la publication - mais à la place de son éditeur, j'aurais expurgé les mentions les plus ennuyeuses. 

Bref. Je ne voudrais pas donner l'impression que je n'ai pas aimé ce mémoire, car c'est tout le contraire. Les explications de Shaun sur la manière dont Amazon est en train de détruire le métier de libraire et dont il a dû s'adapter pour faire survivre son commerce sont hyper intéressantes. J'ai apprécié le récit en filigrane de la vie d'un petit village écossais, le passage des saisons et les fluctuations qu'elles engendrent. Je me suis imaginée fouillant pendant des heures dans cette immense bouquinerie dont les rayons recèlent des trésors. Des dizaines de fois, j'ai ri tout haut de la logique incompréhensible de Nicky ou d'une répartie particulièrement mordante de Shaun. En fait, je n'avais pas encore fini ma lecture que j'étais déjà abonnée à la page Facebook de The Book Shop, me demandais si je n'allais pas souscrire au Random Book Club, et inscrivais sur ma Bucket List qu'à mon prochain passage en Ecosse, je devrais absolument me rendre à Wigtown. 

*traduction par mes soins, cet ouvrage n'étant pas disponible en français pour le moment.