jeudi 14 septembre 2017

"Ces jours qui disparaissent" (Timothé Le Boucher)


Que feriez-vous si d'un coup, vous vous aperceviez que vous ne vivez plus qu'un jour sur deux? C'est ce qui arrive à Lubin Maréchal, un jeune homme d'une vingtaine d'années qui, sans en avoir le moindre souvenir, se réveille chaque matin alors qu'un jour entier vient de s'écouler. Il découvre alors que pendant ses absences, une autre personnalité prend possession de son corps. Un autre lui-même avec un caractère bien différent du sien, menant une vie qui n'a rien à voir. 

Pour organiser cette cohabitation corporelle et temporelle, Lubin se met en tête de communiquer avec son "autre" par caméra interposée. Mais petit à petit, l'alter ego prend le dessus et possède le corps de Lubin de plus en plus longtemps, ce dernier s'évaporant progressivement dans le temps. Qui sait combien de jours il lui reste à vivre avant de disparaître complètement?

Récit fantastique ou histoire de personnalités multiples? Je m'en voudrais de vous gâcher la découverte d'un roman graphique d'une telle richesse. "Ces jours qui disparaissent" aborde le thème fondamental de l'identité et de la dualité intérieure par un biais si palpitant qu'il se lit comme un thriller psychologique. Ni essai philosophique ni démonstration psychologique, c'est juste une putain de bonne histoire qui tient en haleine à chacune de ses 200 pages et jusqu'à sa fin magistrale. 

Les personnages sont extrêmement attachants, à commencer par le héros acrobate, rêveur tendre et passionné mais tout à fait détaché des contingences matérielles qui voit sa vie, son art, ses amis, ses amours et sa famille lui échapper peu à peu. Tout le long, mon coeur a saigné pour lui; je me suis révoltée à sa place; je l'ai attendu avec ses proches. Car ce qui fait la poignance du récit, c'est que Lubin est quelqu'un de très aimé - donc, qui a beaucoup à perdre. L'auteur a su l'entourer de figures bien campées, tout aussi vivantes et vibrantes que lui: un des gros avantages d'un format aussi long, c'est qu'il permet de bien développer même les personnages secondaires et de susciter un vrai investissement émotionnel du lecteur.

Au passage, je tiens à saluer l'inclusivité du récit: il met en scène des personnes de couleur et des gays qui ne sont pas là parce parce que l'histoire a besoin de leur taux de mélanine ou de leurs préférences sexuelles, mais juste parce que le monde n'est pas un éternel bastion blanc hétéro. Sans oublier une grosse absolument sublime en la personne d'Alexandra, l'artiste de ruban aérien, dont le poids n'est jamais mentionné ne serait-ce qu'en passant. 

Face à eux, l'Autre qu'il serait très tentant de haïr parce que tel un parasite, il vole la vie du gentil Lubin. Et aussi parce qu'il est presque une caricature de "membre productif de la société", le type qui gagne des tonnes de fric, qui porte des costards, qui a une belle maison avec piscine - l'incarnation de la réussite selon Macron, en somme. Pourtant, si on prend une minute pour se mettre à sa place, on sort très vite de la dichotomie du bon et du méchant, et on commence à choper un sérieux mal de crâne...

Le dessin en ligne claire, dont j'ai craint au début qu'il colle mal avec un scénario aussi dramatique, évite au contraire que l'atmosphère ne devienne trop pesante. Il réserve de très beaux moments de grâce, comme les numéros d'acrobatie de Lubin, et n'empêche pas l'auteur de faire vieillir ses protagonistes d'une façon fort réaliste. Emouvant, intrigant et maîtrisé de bout en bout, "Ces jours qui disparaissent" est LE roman graphique à ne pas rater en cette rentrée 2017. En ce qui me concerne, il rentre directement dans le Top 10 de mes préférés de tous les temps. 

mardi 12 septembre 2017

Ennuyeuse




A un moment de ma vie, j'ai été capable de sauter dans la mer du haut d'une falaise et de prendre des bains de minuit, de faire le grand écart facial et le pied à la main, de sortir avec le ventre à l'air et les fesses très modérément couvertes, de danser toute la nuit et d'aller directement au boulot le lendemain, de baragouiner l'espagnol et de tenir une conversation simple en japonais, de monter à cheval et de plonger avec des bouteilles, de chuter sans me faire mal et de mettre des coups de pied à la hauteur de ma tête, de m'envoyer en l'air un peu partout et souvent dans des endroits pas faits pour ça, de partir à l'étranger à l'arrière d'une moto, de peindre (pas très bien) à l'aquarelle, de manger tout ce que je voulais sans me poser de questions, de faire un gros repas le soir et de dormir quand même la nuit, de me foutre royalement de ce qui se passait dans le reste du monde, de changer de vie sur un coup de tête. 

"Parce que je déteste la Corée" (Chang Kang-myoung)


Kyena a 27 ans et aucun avenir en Corée, pense-t-elle: elle n'appartient pas à une famille riche, elle ne sort pas d'une université prestigieuse, donc, elle se pense condamnée à une vie médiocre. Se contenter d'épouser son petit ami et de devenir une mère au foyer ne la tente pas. Et puis, dans son pays, elle a froid tout le temps. Alors, au grand dam de sa famille et de ses amis, elle part s'installer en Australie. Là-bas, elle passe un diplôme de comptabilité et découvre une vie très différente, avec ses règles, ses pièges et ses difficultés propres. Elle habite dans des colocations bondées et ne trouve que de petits boulots pour lesquels elle est surqualifiée; pourtant, elle n'envisage pas de revenir en arrière...

"Parce que je déteste la Corée" avait tout pour me séduire a priori. Je raffole des histoires d'expatriés, surtout quand elles amènent à comparer deux pays dont la culture m'intéresse - ce qui est le cas ici. L'auteur retranscrit très bien, d'une part le mélange de frustration et de résignation qui caractérise actuellement les jeunes Sud-Coréens, d'autre part le racisme anti-asiatique planqué sous l'énergie et la coolitude apparente des Australiens. 

Pourtant, je n'ai pas accroché à la structure désordonnée de ce roman, et encore moins à la personnalité de son héroïne. Hormis sa détermination à vivre en Australie, Kyena n'a aucun trait de caractère particulier, aucun rêve précis, aucune passion qui la rendait attachante ou même vaguement intéressante - tout le contraire de ce qu'on pourrait imaginer en voyant la fille enthousiaste sur la couverture. Elle répète sans cesse qu'elle veut être heureuse, mais sans avoir la moindre idée de ce que ça signifie pour elle et encore moins de plan pour atteindre le bonheur. Du coup, sans me déplaire, le bref récit de ses mésaventures m'a laissée tout à fait froide. 

dimanche 10 septembre 2017

C'était la semaine où... (#36)




...on a goûté la "tisane de bambou aux agrumes" achetée à Pairi Daiza. Composition: litchi, papaye, ananas, mangue, banane. Evidemment, j'ai trouvé ça dégueulasse: je déteste les fruits exotiques.

...on a passé notre première commande chez Uber Eats, avec un code de réduction qui n'a jamais fonctionné. Ce fut l'occasion d'ajouter, à la courte liste des maniaqueries de Chouchou, un niveau d'exigence insensé pour le transport des frites. Je peux pas comprendre, je suis pas belge.

"Grupp" (Yves Grevet)


A la fin du XXIème siècle, les gens portent un implant géré par la société Long Life qui permet de réguler leur santé ainsi que leurs éventuels comportements dangereux et d'intervenir tout de suite en cas de problème, ce qui a permis de faire disparaître de nombreuses causes de mortalité et considérablement allongé la durée de vie. Pourtant, certains jeunes se révoltent contre les restrictions de liberté que cela entraîne. Un jour, l'un des meneurs du mouvement, Scott, 17 ans, est arrêté et envoyé en prison pour six mois. Sa famille, qui ignorait tout de ses activités, tombe des nues...

Moins de liberté pour plus de sécurité, c'est déjà le marché que nous imposent les autorités de nos jours - soi-disant pour nous protéger contre les attentats terroristes, et en réalité, pour mieux contrôler toute forme de dissidence. (Oui, je suis une sale gauchiste, lapidez-moi.) Dans l'avenir imaginé par Yves Grevet, cette logique a été poussée à l'extrême grâce au développement de nouvelles biotechnologies qui permettent d'étouffer dans l'oeuf la plupart des maladies en adoptant une hygiène de vie hyper saine et très strictement surveillée. Bien entendu, les adultes trouvent ça formidable, et c'est la jeunesse bridée dans ses élans qui finit par se rebeller la première contre ce carcan et ses dérives possibles. 

Outre son principe très intéressant car très réaliste, j'ai aimé la construction narrative de ce roman. Dans la première partie, on suit Stan, le frère cadet de Scott, tandis qu'il découvre l'existence du Grupp et tente de comprendre ce qui est arrivé à son aîné. Toutes les questions soulevées trouvent leurs réponses dans la deuxième partie, où on rembobine quelques mois pour revivre la même période à travers les yeux de Scott. Enfin, dans la troisième et dernière partie, qui se dirige vers une résolution musclée, on s'intéresse aux autres membres du Grupp et aux talents particuliers qu'ils mettent au service de leur combat. "Grupp": un roman jeunesse qui, malgré son rythme plutôt lent dans les deux premiers tiers, captive et devrait donner à réfléchir à son lectorat cible. 

Merci aux éditions Syros pour cette lecture.

vendredi 8 septembre 2017

"Nous, les déviants "(C.J. Skuse)


Autrefois, Ella, Max, Zane, Fallon et Corey étaient inséparables. Leur enfance magique a pris fin le jour où Jess, la grande soeur de Max qui aimait tant leur raconter des histoires, est morte percutée par un bus. Depuis, leur petite bande a éclaté et ils ne se voient plus, à l'exception d'Ella et Max qui sortent ensemble. Ils forment en apparence un couple idéal: l'athlète douée promise aux jeux olympiques et le fils du plus riche homme d'affaires de la région.

En profondeur, pourtant, un secret ronge Ella, l'emplissant d'une colère brûlante qu'elle ne parvient plus à canaliser sur les pistes de course. Quand les circonstances les réunissent avec leurs anciens amis, la jeune fille décide de donner une bonne leçon à tous ceux qui leur causent ou leur ont causé du tort. Elle ignore encore que la vengeance est une arme à double tranchant...

"Nous, les déviants" est narré à la première personne par Ella. Entre les chapitres, un mystérieux interlocuteur interroge cette dernière à la façon d'un psy ou d'un inspecteur de police pour la faire accoucher de son histoire dramatique. Peu à peu, on découvre ce qui met chacun des cinq amis à la marge, et on dénoue le fil d'une tragédie amorcée des années auparavant. Entrer dans les détails reviendrait à déflorer une intrigue bien sombre pour un roman jeunesse, et néanmoins excellente justement par sa noirceur que l'auteure n'hésite pas à pousser jusqu'au bout.

J'ai adoré le personnage d'Ella, la mécanique psychologique très réaliste de la honte et de la peur qui engendrent le secret qui engendre la colère qui engendre la destruction, les considérations désabusées sur l'enfance et l'amitié, et surtout la fin que j'ai trouvée aussi poignante que belle. Ce n'est assurément pas une lecture qui conviendra à tous les ados, mais ceux qui l'aimeront l'aimeront VRAIMENT. Quant à moi, je m'en vais de ce pas me pencher sur le reste de la bibliographie de C.J. Skuse. 


Merci à La Belle Colère pour cette lecture.

mercredi 6 septembre 2017

"Professeur Goupil" (Loïc Clément/Anne Montel)


Le professeur Goupil vit dans un grand château; il a une piscine en forme de haricot, une salle de cinéma privée, une bibliothèque bien garnie et un lit à quatre places rien que pour lui. La nuit, il se livre à des expériences plus ou moins réussies dans son laboratoire. Par exemple, il essaie de changer des pantoufles-animaux en saucisson sec. Et ça ne donne rien. Du moins, c'est ce qu'il croit jusqu'à ce qu'il se réveille le lendemain et s'aperçoive que les animaux ont pris vie. Goupil le farouche misanthrope se retrouve soudain obligé de cohabiter avec cette horde d'envahisseurs...

Vous connaissez ma très grande affection pour les scénarios signés Loïc Clément et les dessins à l'aquarelle d'Anne Montel. Le duo, qui s'est fait connaître dans la bande dessinée avec "Sha et Salomé: Jours de pluie", "Les jours sucrés" et les deux tomes du "Temps des Mitaines", signe ici un délicieux roman jeunesse dans lequel un personnage bourru et égoïste apprend la valeur de l'amitié et du partage.

Comme toujours, la fantaisie et l'humour tendre qui imprègnent l'univers des auteurs permettent de faire passer un message bienveillant mais jamais mièvre ni moralisateur. Les expressions courroucées du professeur Goupil sont un pur régal, du genre qui fait glousser sous cape à chaque fois qu'on les regarde (ou peut-être que c'est juste moi, parce que je me suis beaucoup reconnue en ce renard asocial?), et on prend un plaisir fou à scruter les illustrations pour en savourer jusqu'au plus minuscule détail.

C'est le genre de bouquin qu'un enfant de 8 ans peut apprécier tout seul, qu'un enfant plus jeune peut se faire lire par ses parents, et que les parents piqueront en douce pour le savourer une fois encore en buvant un milk-shake ou en mangeant un flan au caramel. En fait, "Professeur Goupil" n'a qu'un seul défaut: il se termine beaucoup trop vite! Heureusement, on me souffle à l'oreille que ce n'est que le premier tome d'une série, que le deuxième paraîtra en janvier et que le troisième est déjà en cours de conception.

Merci aux éditions Little Urban pour cette lecture en avant-première!

Envies de septembre




Voir "Maudie" et "Dans un recoin du monde" au cinéma
Commencer la saison 2 de "The good place" le 20, la saison 11 de "The Big Bang theory" le 25
et la saison 2 de "This is us" le 2
...et tester aussi "Young Sheldon"
Tester cette recette de gâteau renversé aux poires qui a l'air simple et délicieuse
Poursuivre le grand tri dans mes placards
Reprendre ma recherche de nouveaux clients - interrompue pendant l'été
Choisir et réserver une excursion journée au départ de Galway pour début octobre
Me creuser la tête pour trouver un endroit sympa où passer les fêtes de fin d'année en amoureux

mardi 5 septembre 2017

La fin de l'anxiété?




Si j'ai toujours été d'un naturel plus inquiet que la moyenne, c'est en 2008, suite au décès d'une amie atteinte d'un cancer, que j'ai commencé à souffrir d'angoisses aiguës. Assez vite, je me suis mise à faire des attaques de panique, et au bout d'un an, j'étais dans un état si pitoyable que j'ai dû accepter de me faire mettre sous anxiolytiques. Pendant six mois, j'ai dormi 12 heures par jour et été complètement abrutie le reste du temps; j'ai aussi bouffé comme quatre et pris dix kilos que je n'ai jamais réussi à reperdre par la suite. Mais je pense vraiment que sur le coup, ça m'a sauvée. J'ai bien fait de les prendre - et encore mieux fait de les arrêter dès que je m'en suis sentie capable. 

lundi 4 septembre 2017

Ronde de poches de la rentrée: les livres envoyés et reçus



Armalite a envoyé "Le parfum des fraises sauvages" d'Angela Thirkell à Sabine (B)
qui a envoyé "Les années" d'Annie Ernaux à Sunalee (B)
qui a envoyé "Amelia" de Kimberly McCreight à Pauline (F)
qui a envoyé "La couleur du lait" de Nelly Leyshon à Rock'n'Laurette (F)

"De l'autre côté" (Stefan Casta)


"Quelqu'un meurt. C'est comme ça que cette histoire commence."
Il suffit d'un accident de voiture - une ambulance qui déboule un peu vite à un carrefour, un renard jailli de nulle part qu'on s'efforce de ne pas écraser - pour que la vie paisible d'Elina et de son père Jörgen vole en éclats. Tandis qu'ils cherchent sans savoir comment à combler le vide béant dans leur famille et leur quotidien, tous deux ont le coup de foudre pour une maison abandonnée située non loin du lieu du drame. Et alors que Jörgen est toujours fauché, les circonstances semblent conspirer pour lui fournir l'argent nécessaire à l'achat de cette maison qui les a comme envoûtés. Pourtant, un voisin les prévient que l'endroit est maudit...

Difficile de ranger "De l'autre côté" dans une catégorie quelconque. Même si ce n'est pas vraiment une histoire de fantômes, il flotte un petit parfum de merveilleux, voire de surnaturel tout au long de ses 400 pages. Le Suédois Stefan Casta sait mettre en évidence la magie de la nature et lui prêter de mystérieuses intentions à travers le renard qui se promène en arrière-plan au fil des saisons. Elina, fille de la ville endeuillée au début du roman, tombe sous le charme d'une vie plus rude à la campagne et y trouve une forme de sérénité illustrée par les poèmes intensément mélancoliques de Pär Lagerkvist (que j'ai maintenant très envie de dévorer): "Un jour, tu feras partie de ceux qui auront vécu il y a longtemps...". Un roman jeunesse inattendu et émouvant. 

dimanche 3 septembre 2017

C'était la semaine où... (#35)




...mon père aurait eu 71 ans. 

...j'ai rusé comme un Sioux en surfant sur internet afin de ne voir aucun spoiler sur le finale de GoT avant de pouvoir le regarder, lundi soir.

samedi 2 septembre 2017

"Stolen things" (Stephen Parolini)


La mère de Berry s'est enfuie quand elle n'avait que quatre ans, et son père se meurt d'un cancer de l'estomac. Alors, il emmène la fillette de douze ans s'installer chez sa tante Annabelle dans l'idée que celle-ci l'adoptera après sa disparition. Annabelle est une vieille fille bourrue qui vit dans une maison isolée à la campagne et qui n'aime guère les enfants. Sans amis de son âge, en plein déni par rapport à la maladie de son père adoré, Berry se réfugie dans les livres et entreprend d'explorer la forêt voisine. Elle va y faire maintes découvertes surprenantes...

Ca faisait bien longtemps qu'un roman ne m'avait pas autant émue. Il faut dire qu'en plus de taper là où ça fait mal chez moi, "Stolen things" est dans l'absolu une petite merveille de sensibilité, qui utilise les mystères de la forêt pour parler tout en subtilité de choses terriblement réalistes: l'amour, la famille, la mort. En l'espace de quelques semaines, Berry, qui a une relation géniale avec son père, se trouve forcée d'accepter qu'elle va le perdre bientôt, et on ne saura jamais si les rencontres qu'elle fait sont ou pas le produit de son imagination cherchant à remplacer une peur primordiale par une autre peur primordiale, un monde où elle n'a de prise sur rien et dont les règles lui échappent par un autre monde où elle n'a de prise sur rien et dont les règles lui échappent. 

Si la fillette est très clairement l'héroïne de l'histoire, les adultes qui l'entourent - notamment la mère réapparue après une absence de huit ans - sont eux aussi dépeints avec beaucoup de nuance et de délicatesse. Au passage, Stephen Parolini, éditeur avant d'être écrivain, gratifie le lecteur de quelques très jolies considérations sur le pouvoir des livres. Je sais que "Stolen things" est théoriquement un roman jeunesse, mais j'avoue avoir du mal à comprendre comment un(e) ado pourrait le savourer à sa juste valeur. Qui est immense. 

jeudi 31 août 2017

"Pachinko" (Min Jin Lee)


Dans un petit village de pêcheurs au sud de la Corée, sous l'occupation japonaise au début du XXème siècle. Sunja, 15 ans, a perdu son père et tient avec sa mère une modeste pension où toutes deux travaillent très dur pour subvenir aux besoin de leurs clients. Lorsque la jeune fille tombe enceinte d'un yakuza marié, son avenir se trouve compromis. 

Mais Isak, un prêtre chrétien à la santé fragile dont elle s'est occupée pendant qu'il souffrait de pneumonie, lui offre une chance de salut: il l'épousera, donnera son nom à l'enfant et l'emmènera avec elle au Japon pour y commencer une nouvelle vie. A leur arrivée à Osaka, Sunja se rend vite compte qu'ils sont condamnés à une pauvreté et une discrimination perpétuelles dans un pays qui ne veut pas d'eux... 

"Pachinko", c'est une chronique qui s'étend de 1911 à 1989, et qui retrace l'évolution d'une famille d'immigrés coréens au Japon, avec une emphase particulière sur la période très difficile de la Seconde Guerre Mondiale. Le manque d'argent, la faim chaque jour, le racisme ordinaire modèlent tragiquement la vie de Sunja. Pourtant, cette femme fière et dure à la tâche ne baisse pas les bras et, sans se rebeller ouvertement contre son sort, tente toujours de tirer le meilleur parti de la situation. 

Mais si ses deux fils vont réussir à se sortir de la misère grâce au pachinko, un jeu d'argent typiquement japonais, leurs origines les empêcheront à tout jamais d'être considérés comme des gens respectables dans le seul pays qu'ils auront connu. Récit bien documenté, très réaliste et dépourvu de pathos, "Pachinko" montre le Japon sous son jour le moins glorieux, celui d'une xénophobie rampante qui perdure à travers les générations. Il n'a pas encore été traduit en français.

Août 2017



mercredi 30 août 2017

Lectures d'Août 2017




ROMANS
- La beauté des jours (Claudie Gallay) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- Comment Papa est devenu danseuse étoile (Gavin's Clemente-Ruiz) ♥︎
- Le début des haricots (Fanny Gayral) ♥︎♥︎♥︎
- Le tour du monde en 72 jours (Nellie Bly)
- Meet me at the Cupcake Café (Jenny Colgan) ♥︎♥︎
- Indice de bonheur moyen (David Machado) ♥︎♥︎
- Petites surprises sur le chemin du bonheur (Monica Wood) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- Une histoire des abeilles (Maja Lunde) ♥︎♥︎♥︎
- Sang maudit (Ange) ♥︎♥︎♥︎
- Saving paradise T1: En proie au rêve (Lise Syven) ♥︎♥︎♥︎
- Le gang des rêves (Luca di Fulvio) ♥︎♥︎♥︎♥︎♥︎
- Pachinko (Min Jin Lee) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- Vous connaissez peut-être (Joann Sfar)

BEDE/MANGA
- Les nouvelles aventures de Lapinot: Un monde un peu meilleur (Lewis Trondheim) ♥︎♥︎
- Ornithomaniacs (Daria Schmitt) ♥︎♥︎♥︎
- Francis est papa (Jake/Claire) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- Le jour où elle a pris son envol (Marko/Béka) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- Gloutons & dragons T2 (Ryoko Kui) ♥︎♥︎♥︎
- March comes in like a lion T5 (Chica Umino) ♥︎♥︎♥︎
- Toutes mes nuits sans dormir (Leslie Stein) ♥︎♥︎

DIVERS
- Goodbye things: On minimalist living (Fumio Sasaki) ♥︎♥︎♥︎
- Le tango d'Antonella (Magali Le Huche) ♥︎♥︎♥︎

mardi 29 août 2017

"Game of Thrones": impressions sur la saison 7 (avec des tonnes de SPOILERS dedans)



La septième et avant-dernière saison de "Game of Thrones" vient juste de s'achever, et elle a été plus qu'un peu particulière. D'abord parce qu'on a largement dépassé ce qui est écrit dans les livres, et que l'histoire est désormais une découverte pour tout le monde. Ensuite parce qu'après de longues années à parler de l'arrivée de l'hiver et à voir se profiler la guerre contre les zombies des glaces, on aborde enfin l'affrontement final. Les personnages éparpillés sur deux continents depuis le début convergent les uns vers les autres pour des rencontres très attendues. 

dimanche 27 août 2017

C'était la semaine où... (#34)




...comme Chouchou dort vraiment très mal depuis quelques semaines, on a instauré la règle "Au lit à 22h sans écrans". Je savais que le livre en papier de bois d'arbre ferait un comeback triomphant dans l'autre moitié de notre lit, un jour.

...NeoOffice s'est mis à jour tout seul, perturbant salement mes habitudes de travail à moins de 48h d'une remise de trad. Je n'ai pas réussi à trouver comment "fixer" la police dans la fenêtre de caractères spéciaux; du coup chaque fois que je dois taper un "ç", un "à", un "é" majuscule ou un e dans l'o, c'est le drame.

vendredi 25 août 2017

"Le tango d'Antonella" (Magali Le Huche)


Antonella vit au dernier étage de son immeuble. De là, elle peut appeler ses amis les oiseaux et les cacher dans son immense chevelure pour aller danser le tango - sa grande passion. Un jour, un aviateur prénommé Helmut s'écrase dans un arbre voisin. C'est le coup de foudre. Mais Antonella est une passagère problématique, et Helmut un piètre danseur. Les deux tourtereaux trouveront-ils quand même le moyen de vivre leur histoire? 

Après "Verte" et "Eléctrico 28", "Le tango d'Antonella" est le 3ème album jeunesse de l'illustratrice Magali Le Huche par lequel je me laisse charmer. Ici, elle signe également le scénario, dans une même veine tendre et joyeuse à la fois, pleine d'une fantaisie qui enchante le quotidien et donne envie de vivre dans un de ses albums. Au passage, elle glisse une invitation à accepter l'autre tel qu'il est et à se créer une façon de vivre taillée sur mesure. Je suis définitivement fan. 

Merci aux éditions Sarbacane pour cette lecture. 



jeudi 24 août 2017

"Le gang des rêves" (Luca di Fulvio)


1909. Cetta Luminati a quinze ans et un bébé de six mois quand elle quitte sa famille et son Italie natale pour se rendre aux Etats-Unis. A leur arrivée, son fils est rebaptisé Christmas et la jeune fille attire l'attention de Sal, un gangster laid et bourru qui l'envoie travailler dans une maison close. Mais rien ne peut entamer la détermination de Cetta: grâce à elle, son fils sera américain. 

1922. Christmas rêve de devenir quelqu'un malgré la pauvreté du quartier dans lequel il a grandi. Et pour cela, il ne voit qu'un moyen - devenir un chef de bande respecté. Jusqu'au soir où il sauve une gamine de treize ans qui vient d'être battue, violée, mutilée et laissée pour morte. Ruth Isaacson est issue d'une riche famille juive, et en dépit de tout ce qui les sépare, Christmas tombe immédiatement et violemment amoureux d'elle...

Un roman historique qui parle du rêve américain, mais aussi de la fascination exercée par la radio et par le cinéma. Une chronique sociale qui dit la misère des immigrés, le désespoir ou la criminalité auxquels ils sont poussés, les tensions communautaires, le racisme ordinaire envers les Noirs, les violences faites aux femmes. Une histoire d'amour impossible à première vue et pourtant plus fort que tout. Une série de portraits magnifiques, extraordinairement vivants et humains. "Le gang des rêves" est tout cela et bien plus encore. Une saga réaliste et bien documentée, comportant des scènes très dures, et qui déborde pourtant d'énergie et d'espoir. Près de mille pages dans lesquelles on s'absorbe totalement et dont on regrette de voir arriver la fin. Mon gros coup de coeur du mois d'août. 

mercredi 23 août 2017

"My stuff", formidable documentaire sur le minimalisme


Petri Luukkainen, jeune auteur et réalisateur finlandais, est en pleine crise existentielle. Quand sa petite amie l'a quitté trois ans plus tôt, il s'est mis à entasser des objets pour combler le vide laissé par son départ. Prenant conscience de l'absurdité de cette attitude, il décide de mener une expérience qu'il documentera avec sa caméra. Il va mettre absolument toutes ses affaires - électroménager, mobilier et vêtements compris - dans une unité de stockage. Puis, pendant un an, il récupèrera un objet par jour, et un objet seulement. Et il n'aura pas le droit d'acheter quoi que ce soit en plus.

Le premier jour, on le voit sortir de chez lui complètement nu avant l'aube, fouiller une poubelle pour y trouver un journal et courir à travers les rues enneigées mais désertes, le journal devant ses parties génitales, jusqu'à son unité de stockage où il récupère un manteau. Il dort enveloppé dans celui-ci à même le sol de son appartement vide. Le second jour, il attend qu'il soit presque minuit pour pouvoir récupérer deux objets d'un coup: une couette et une paire de chaussures. Au bout d'une semaine, il parvient à retourner au travail, et très vite, il laisse passer plusieurs jours sans se rendre à son unité de stockage.

mardi 22 août 2017

C'chicounou




Nous étions déjà fans de l'Oriento, le deuxième restaurant bruxellois du jeune chef Georges Baghdi Sar, mais nous n'avions pas encore testé son "bar à tapas libano-syrien" situé non loin de la place Flagey - une omission réparée depuis vendredi soir! 

Curieux de goûter un maximum de choses, nous avons choisi le menu dégustation pour 2 personnes comprenant 3 entrées froides, 2 entrées chaudes, 2 grillades et 2 salades pour 38€, plus une eau pétillante pour Chouchou et un verre de Syrah pour moi (d'habitude, j'évite de boire du vin rouge le soir, mais je raffole de celui-là pour son côté très parfumé et râpeux à la fois). 




Servis assez rapidement (il n'était que 19h et la salle était encore presque vide), nous nous sommes partagé des feuilles de vigne, une aubergine fumée en sauce et surtout un moutabale peu photogénique mais sublime à s'en lécher les doigts. 




Après ça, des petites saucisses boeuf-agneau piquantes (il en manque deux dans le plat, déjà englouties avant que je pense à faire une photo) et une portion généreuse de foul mdamas: des fèves à la crème de sésame et au citron, une véritable tuerie engloutie sans le moindre remords vu que, hé, les légumes secs, c'est excellent pour la santé!




Pour conclure, brochette d'agneau et gambas grillées avec leur petite salade verte. Et comme à ce stade on n'avait plus faim du tout, on s'est passés de dessert. C'était un repas excellent, et nous reviendrons volontiers chez C'chicounou. Deux bémols cependant: la salle devient assez bruyante quand elle se remplit (à partir de 19h30 ce jour-là), et le restaurant n'accepte que les paiements en liquide.

Rue de la Levure 29
1050 Bruxelles
Ouvert du lundi au samedi, de 18h à 23h

lundi 21 août 2017

Sale touriste




D'après tout ce que je lis sur internet et les commentaires que me laissent aimablement des gens auxquels je n'ai jamais demandé leur avis sur la question, il n'existe qu'une seule bonne manière de voyager: à savoir, s'immerger dans la Natûûûre. Si tu vas en Norvège, il faut voir des fjords. Si tu vas au Maroc, te balader dans le désert à dos de chameau. Si tu vas en Thaïlande, arpenter la jungle autour de Chiang Mai est le minimum syndical. Pour les USA, New York est une destination tolérable grâce au cinéma qui a surexcité l'imaginaire collectif à son sujet, sinon, c'est tournée obligatoire des parcs nationaux. On est prié de s'extasier dûment sur le bon air pur, la faune et la flore sauvages, les paysages quand même autrement plus grandioses que nos villes bétonnées. Sinon, on n'est pas un voyageur - juste un sale touriste moutonnier. Nonobstant le fait qu'il y a sans doute autant de vacanciers étrangers dans les fjords norvégiens, le désert marocain et la jungle thaïe qu'à Oslo, Marrakech ou Bangkok, et que si l'endroit était aussi sauvage que le fantasment ceux qui en font la pub, ils ne seraient jamais arrivés jusque là en premier lieu. 

dimanche 20 août 2017

C'était la semaine où... (#33)




...nous avons décidé de ce que nous voulions faire en Irlande début octobre. Pas de road trip en fin de compte, mais deux villes au lieu d'une: Galway (qui l'a emporté d'une courte tête sur Cork) et Dublin, avec peut-être une journée à Kilkenny au milieu. Pour voir la Chaussée des Géants qui se trouve tout au nord, il faudra revenir une autre fois.

...j'ai lancé une nouvelle ronde de poches et, malgré une période traditionnellement hyper creuse sur les blogs, reçu 30 demandes d'inscription - dont deux qui sont hélas arrivées trop tard. Que les participantes n'oublient pas de m'envoyer le titre de l'ouvrage qu'elles ont choisi de faire découvrir à leur correspondante, et d'accuser réception de celui qui leur est parvenu!

"Ornithomaniacs" (Daria Schmitt)


La mère de Niniche veut faire d'elle un phénomène de foire. Il faut dire que l'adolescente de quatorze ans est née avec deux petites ailes de plumes dans le dos... et ne rêve que de se les faire enlever. Un jour, croyant se rendre dans une clinique recommandée par son amie Tina, elle tombe sur deux étranges personnages: Icare momifié et le professeur Balaeniceps Rex. Tous deux se proposent avec enthousiasme de lui apprendre à voler. Mais leur dévouement est intéressé, et bientôt, le piège se referme sur Niniche...

Si c'est le somptueux graphisme de cette bédé qui a d'abord attiré mon attention en librairie, je peux vous assurer que je n'ai pas non plus été déçue par son histoire. A la fois dessinatrice et scénariste, Daria Schmitt livre ici une fable gothique envoûtante, sorte d'"Alice au pays des oiseaux" d'une centaine de pages en noir et blanc très dense. D'abord onirique et cruelle,  elle finit par basculer dans la légèreté et l'absurde sur le dernier quart. Mais même si ce changement de ton peut désarçonner, "Ornithomaniacs" reste un régal pour les yeux comme pour l'imagination.




jeudi 17 août 2017

"Art is comic" au MIMA: où sont les femmes?




C'est en avril dernier, après les attaques terroristes à Bruxelles, qu'est née l'idée de cette exposition: une réponse humoristique à la haine. Le concept est merveilleux et bien exécuté, avec des artistes dont le travail met en lumière les travers de la société qui contribuent à alimenter la violence et les tourne habilement en ridicule, tout en conservant un côté généralement esthétique et accessible à tous (chose assez rare dans l'art contemporain pour être soulignée).

"Une histoire des abeilles" (Maja Lunde)


Angleterre, 1851. Père dépassé et époux frustré, William a remisé ses rêves de carrière scientifique. Cependant, la découverte de l'apiculture réveille son orgueil échu: pour impressionner son fils, il se jure de concevoir une ruche révolutionnaire. 
Ohio, 2007. George, apiculteur bourru, ne se remet pas de la nouvelle: son unique fils, converti au végétarisme, rêve de devenir écrivain. Qui va donc reprendre les rênes d'une exploitation menacée par l'inquiétante disparition des abeilles? 
Chine, 2098. Les insectes ont disparu. Comme tous ses compatriotes, Tao passe ses journées à polliniser la nature à la main. Pour son petit garçon, elle rêve d'un avenir meilleur. Mais lorsque ce dernier est victime d'un accident, Tao doit se plonger dans les origines du plus grand désastre de l'humanité. 

Si vous vous intéressez un tant soit peu à l'actualité et surtout à l'écologie, vous n'avez pu manquer d'entendre les avertissements au sujet de la mortalité effarante des abeilles, en raison des pesticides et du changement climatique. Il est probable que l'espèce disparaîtra dans un avenir proche, bouleversant l'agriculture mondiale et entraînant des famines un peu partout. C'est donc à un sujet particulièrement anxiogène que s'attaque l'auteure norvégienne Maja Lunde dans son premier roman pour adultes.

Et pourtant, au premier abord, il semblerait que la question des abeilles ne soit qu'un accessoire pour parler de lien parental et de transmission. William et George, les narrateurs dont le récit se déroule pendant l'histoire connue, sont avides de léguer quelque chose à leur fils presque adulte et désespérés de voir celui-ci leur échapper un peu plus chaque jour. Pour Tao en revanche, il ne s'agit pas de perpétuer un quelconque héritage familial mais bien de permettre à son fils de 3 ans d'accéder à une condition meilleure que la sienne dans un futur extrêmement lugubre où hormis pour les élites, les gens ne mangent plus à leur faim et n'ont aucune perspective d'épanouissement professionnel ou personnel.

En alternant les contextes à chaque chapitre, l'auteure tisse une toile au coeur de laquelle les passions individuelles s'inscrivent dans un contexte plus large aussi bien dans l'espace que dans le temps, et assez richement documenté pour faire froid dans le dos. Si vous cherchez un bouquin feel good, passez votre chemin: "Une histoire des abeilles" n'est pas pour vous. Si en revanche vous êtes prêt pour de l'anticipation qui alarme et fait réfléchir, vous devriez prendre plaisir à la lecture de ce roman original, bien écrit et plaisamment traduit. 

Merci aux Presses de la Cité pour cette lecture.

mardi 15 août 2017

Trois intentions pour la rentrée




Oui, je sais, on est à peine le 15 août. Mais déjà, on sent un début de reprise d'activité. Les soldes sont terminés et les collections automne-hiver ont fait leur apparition dans les magasins; mes éditrices et mes interlocuteurs pour les deux blogs rentrent peu à peu de vacances; quant à la météo, à Bruxelles, elle a viré à l'automne depuis belle lurette. Surtout, j'ai passé un séjour affreux chez ma mère, au point que j'ai renoncé à en raconter les trois derniers jours ici, et quitté Toulouse dans un état moral assez pitoyable. Du coup, j'ai besoin de me fixer des objectifs pour avancer au lieu de pleurnicher sur des choses qu'il n'est pas en mon pouvoir de changer. Voici donc mes trois intentions principales pour la rentrée.

dimanche 13 août 2017

"Petites surprises sur le chemin du bonheur" (Monica Wood)


Ona Vitkus a quitté sa Lituanie natale lorsqu'elle avait 4 ans pour émigrer aux USA avec ses parents. Désormais âgée de plus d'un siècle, elle vit seule depuis longtemps quand elle se lie d'amitié avec le jeune scout envoyé pour l'aider tous les dimanche. Puis le jeune scout décède, et c'est son père, musicien passionné mais géniteur déficient, qui entreprend d'honorer le contrat passé avec la vieille dame. Très vite, il découvre que l'enfant avait mis une idée folle dans la tête de celle-ci: entrer au Livre Guinness des Records...

Ne vous fiez ni à son titre un peu cucul, ni à son illustration de couverture intrigante. Dans "Petites surprises sur le chemin du bonheur", il n'est pas question de baleines volantes ou de leçons de développement personnel, mais d'un petit garçon très spécial qui m'a parfois rappelé T.S. Spivet, de son père qui fuit depuis toujours les responsabilités affectives et d'une vieille dame bourrue mais attachante, bien décidée à ne pas céder aux indignités du grand âge. De la façon dont ils vont s'apprivoiser (parfois à contrecoeur), se soutenir et s'aider, et de ce que cela changera de fondamental dans leur existence.

Monica Wood, dont c'est le premier roman, alterne passé et présent d'une façon qui dynamise son récit et évite de le rendre trop larmoyant - puisque pour le lecteur, l'enfant est encore présent à chaque étape de l'histoire. Sans passer outre l'injustice du deuil et ses effets dévastateurs, notamment sur la mère, l'auteure sait insuffler à son récit un puissant élan de vie et d'espoir. Si vous avez lu et aimé "Vieux, râleur et suicidaire - la vie selon Ove" et "Ma grand-mère vous passe le bonjour" de Fredrik Bakman, ou si vous cherchez tout simplement un roman humaniste qui fasse chaud au coeur, je vous recommande la lecture de "Petites surprises sur le chemin du bonheur". Pour ma part, je l'ai dévoré d'un trait ce dimanche...

Merci aux éditions Kero pour cette lecture.

Ronde de poches de la rentrée




Pour ce mini-swap, je vous propose d'envoyer à quelqu'un un livre que vous avez particulièrement aimé, et recevoir de quelqu'un d'autre un livre que lui-même a particulièrement aimé. Du coup, le choix des ouvrages ne tiendra pas compte des goûts du destinataire. En effet, je me suis aperçue lors des rondes de poches précédentes qu'en indiquant des thèmes spécifiques, une proportion significative de participants recevaient des livres qu'ils avaient déjà lus, et je me suis dit que ce serait plus sympa que chacun sorte de sa zone de confort littéraire et, avec un peu de chance, fasse une vraie découverte.

samedi 12 août 2017

Please welcome: Moody & Cookie!




Durant notre séjour à Oslo, nous avons décidé que nous voulions que les voyages prennent une part de plus en plus grande dans notre vie. Notre objectif principal est désormais de trouver des moyens d'en faire davantage, et de les mettre en valeur le mieux possible. Dans cette optique, nous avons créé un nouveau compte Instagram: @moodyandcookie. Nous avons commencé par y republier des photos de nos vacances norvégiennes qui avaient déjà été vues sur le compte de Chouchou, mais à partir de maintenant, nous ne l'alimenterons qu'avec des images inédites. Afin de toucher un public plus large, tous les textes seront en anglais et mélangeront infos touristiques et point de vue personnel. J'espère vous y retrouver nombreux!

vendredi 11 août 2017

[TOULOUSE] Toulousescape: Le mystère de la dame rouge




Pour cette seconde salle de la semaine, réputée très difficile selon les avis des joueurs passés avant nous, Chouchou et moi avions fait appel à notre copain Kettch que nous n'avions pas réussi à voir depuis longtemps et qui se trouvait justement en vacances à Toulouse en même temps que nous. Il n'avait encore jamais eu l'occasion de tester un escape game; c'était donc une bonne occasion!

Lily Black a été assassinée dans des circonstances étranges - puis, l'un après l'autre, tous les membres de sa famille proche. Chaque fois, une mystérieuse dame habillée tout de rouge a été aperçue sur les lieux. Alors que nous enquêtons sur cette série de crimes, nous sommes enlevés, et c'est donc les yeux bandés, guidés par notre maître de jeu Sandrine, que nous pénétrons dans la salle de jeu...

jeudi 10 août 2017

[TOULOUSE] Adventure Rooms: Le tour du magicien




Si nous avions déjà fait les deux salles actuellement proposées par l'Adventure Rooms de Toulon, nous n'avions en revanche essayé aucun des scénarios (tous différents car développés au niveau local) proposés par l'antenne toulousaine de cette franchise. Sur les quatre disponibles, j'ai choisi "Le tour du magicien" pour son thème original - nous commençons à en avoir un peu marre des décors de bureaux et de laboratoires ainsi que des évasions ou cambriolages en tout genre. 

mercredi 9 août 2017

Une semaine à Toulouse #6




Mardi

8h30. Je suis réveillée depuis un quart d'heure et traîne au lit avec un début de migraine virulent, quand soudain! Le jardinier de ma mère commence à passer la tondeuse devant la fenêtre ouverte de notre chambre. J'ai rarement imaginé autant de façons de trucider quelqu'un en aussi peu de temps. 

Aujourd'hui, donc: 18° et pluie. La robette et les sandales étant exclues, je me décide à me rabattre sur un vieux jean à genou troué que j'avais laissé ici du temps de la maladie de mon père. C'est du 38 et je rentre encore dedans, alléluia! Par contre, je n'avais pas porté de pantalon depuis 3 ans (ou 4?) et je me sens horriblement négligée avec mon T-shirt et mes Converse basses.

mardi 8 août 2017

Une semaine à Toulouse #5




Lundi

"Hé ben, avec vous, y'a jamais de restes!". Seigneur, empêchez-moi de répondre: "Oui, mais je ne petit-déjeune pas et je ne m'enfile pas deux plaques de chocolat plus un paquet de biscuits dans l'après-midi; du coup, une cuisse de poulet et une portion de salade de tomates, ça ne me paraît pas délirant comme lunch". 

Il a l'air de faire moins chaud aujourd'hui; je vais mettre ma robe noire en dentelle anglaise bien épaisse entièrement doublée. 

lundi 7 août 2017

Une semaine à Toulouse #4




Dimanche

Les tomates sont trop grosses; la pâte feuilletée sortie prématurément du frigo refuse de se décoller du papier sulfurisé; on n'a pas de cercle à tarte. Je prédis un énorme ratage. 

...Finalement, ma Tatin de tomates est méga bonne. Pour le recyclage dans la voyance, je crois que c'est mort.

dimanche 6 août 2017

Une semaine à Toulouse #3




Samedi

La moitié du temps, on ne m'écoute pas quand je parle; l'autre moitié, on entend l'inverse de ce que j'ai dit - et en plus, on m'engueule. Je suis à deux doigts de la crise de nerfs. 

Un des bébés de Huan Huan est mort dans la nuit, Darklulu est au plus mal. 

samedi 5 août 2017

Une semaine à Toulouse #2




Vendredi 

Je n'ai toujours pas reçu le virement qui devait arriver sur mon compte fin mai, puis fin juin, puis fin juillet - et bien entendu, pas davantage le virement suivant prévu pour fin juillet. J'essaie de rester calme, mais plus de 5000€ de trou dans ma trésorerie, ça fait mal.

Ma mère hurle dix bonnes minutes sur sa souris sans fil qui ne fonctionne pas, dans le registre: "Heureusement qu'on m'avait dit qu'il n'y avait jamais de problème avec les Mac!" ("on" = moi, qui me trouve dans la pièce voisine), avant de se rendre compte qu'elle a oublié de l'allumer.

"Le début des haricots" (Fanny Gayral)


Médecin urgentiste, Anna consacre toute sa vie et son énergie à ce métier qu'elle adore, mais où elle se trouve entièrement sous la coupe de son père - un éminent cardiologue qui terrorise tout son entourage. Le jour où elle commet une grave faute professionnelle, la jeune femme craint d'avoir fichu sa carrière en l'air. Alors, au lieu de se rendre au prestigieux congrès où elle doit présenter le résultat des travaux de son père, elle s'inscrit sur un coup de tête à un stage de psychothérapie intégrative. Elle ne croit pas beaucoup à ce qu'elle considère comme du blabla ésotérique, mais à ce stade, elle a grand besoin que quelque chose change dans sa vie...

Premier roman d'une médecin qui non seulement sait de quoi elle parle, mais qui possède aussi un joli brin de plume, "Le début des haricots" raconte avec beaucoup d'humour comment la méditation et la thérapie de groupe vont permettre à une jeune femme trop docile, depuis toujours sous l'emprise d'une figure paternelle écrasante, de se trouver elle-même et de choisir sa propre voie. Parfois, nous dit-il, les catastrophes sont l'occasion d'un nouveau départ, et ce qu'on prend pour la fin de tout n'est en fait que le commencement de quelque chose de meilleur. Un roman sympathique, résolument positif et optimiste. 

Merci aux éditions Albin Michel pour cette lecture. 

vendredi 4 août 2017

Une semaine à Toulouse #1




Jeudi

S'il y a de la clim' dans cet Intercités, on ne peut pas dire qu'elle fasse beaucoup d'effet. Le grand jeu des cinq prochaines heures: bouger le moindre possible et ne pas me toucher moi-même.

Identification d'un nouveau super-pouvoir pourri: systématiquement choisir un mauvais bouquin pour meubler mes longs trajets.

jeudi 3 août 2017

"La beauté des jours" (Claudie Gallay)


Jeanne a 43 ans, un mari épousé très jeune, des jumelles qui ont quitté la maison pour étudier dans la ville voisine de Lyon et un emploi de guichetière à la Poste. Elle aime savourer son macaron du mardi, regarder passer le train de 18h01 en imaginant la vie des gens à l'intérieur, guetter le renard qui vient parfois boire dans son jardin, monter à Dunkerque tous les ans pour les vacances d'été. Son existence routinière et plaisante lui convient parfaitement. Jusqu'au jour où un cadre se déroche de son mur, lui rappelant l'intérêt qu'elle portait autrefois à l'artiste slave Marina Abramović. Presque au même moment, Jeanne tombe par hasard sur son ancien amour de lycée, Martin, revenu dans la région pour restaurer une chapelle. Deux fenêtres s'ouvrent pour elle sur de nouveaux horizons, la poussant à s'interroger sur ses aspirations profondes et inavouées...

Si les narratrices de "Seule Venise", "Les déferlantes", "L'amour est une île" ou "Une part de ciel" se caractérisaient toutes par leur solitude, leur déracinement et leur perte de repères familiers, Jeanne est tout l'opposé: fermement attachée à la terre qui l'a vue naître et à sa famille paysanne toute proche, épouse et mère apparemment comblée qui trouve une forme de plénitude dans ses habitudes bien ancrées. Pourtant, elle aussi va tout remettre en cause: d'abord en se prenant de fascination pour une artiste aux performances extrêmes, parfois dérangeantes, qui interrogent son rapport à ses propres peurs; puis en renouant avec un homme très différent de son mari qui va aiguillonner sa soif nouvelle de culture et lui faire porter un regard critique sur l'amour solide mais prévisible qu'elle partage avec Rémy. 

Comme toujours, Claudie Gallay s'attache à décrire dans un style très simple et avec beaucoup de minutie des choses apparemment anodines qui, mieux que n'importe quelle réflexion alambiquée, mettent en évidence la mécanique de l'âme de son héroïne. Pleine de pudeur, sa littérature du quotidien et de l'ordinaire est parfois traversée de formules fulgurantes comme "l'émerveillement de vivre ce que l'on a déjà commencé à perdre" ou "on cherche à se comporter au mieux devant l'inéluctable".  "La beauté des jours" pourrait être une ode à la pleine conscience si cette expression ne semblait pas parfaitement déplacée dans l'univers sans affectation de Jeanne. C'est un roman qui parle des choix fondamentaux tapis dans chacun de nos gestes, parfois à notre insu et parfois de façon très délibérée. Un roman que, sans surprise, j'ai adoré. 

Merci aux éditions Actes Sud pour cette lecture en avant-première!

mercredi 2 août 2017

Envies d'août




Voir "Hirune Hime" au cinéma
Manger un bibimbap au Boli Café
Se faire un goûter-lecture au Chapristea
Tester les cocktails du Fat Cat ou de l'Apothicaire
Essayer la salle "Dame rouge" de Toulousescape
Aller dîner au C'chicounou
Boire un verre sur la terrasse du Grand Casino Viage
Aller voir l'expo de street art The crystal ship
Commencer une série de livres photos avec les jolies couvertures Rifle Paper
Lire le nouveau Lola Lafon
Organiser (peut-être) un swap de rentrée
Préparer le voyage en Irlande de début octobre
Mener à bien mon challenge pompes

mardi 1 août 2017

Lectures de Juillet 2017




ROMANS
- La maison au bord de la nuit (Catherine Banner) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- La librairie de la place aux herbes (Eric de Kermel) ♥︎♥︎
- Rotherweird (Andrew Caldecott)
- How to stop time (Matt Haig) ♥︎♥︎
- La mélodie familière de la boutique de Sung (Karin Kalisa) ♥︎♥︎♥︎
- La fourmi rouge (Emilie Chazerand) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- Le parfum des fraises sauvages (Angela Thirkell) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- Not working (Lisa Owens) ♥︎
- One of us is lying (Karen M. McManus) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- Il est temps de suivre un régime et d'apprendre à voler (Michelle Ballanger)
- Today will be different (Maria Semple) ♥︎
- Dernier été à Tokyo (Cécilia Vinesse) ♥︎♥︎♥︎
- Less (Andrew Sean Greer) ♥︎♥︎♥︎♥︎♥︎

BEDE/MANGA
- L'homme de la mer (Jang Deok-Hyun) ♥︎♥︎
- Dernière heure T1 (Yû) ♥︎
- J'aime le nattô (Julie Blanchin Fujita) ♥︎♥︎♥︎♥︎

DIVERS
- Milk and honey (Rupi Kaur) ♥︎♥︎♥︎

"Less" (Andrew Sean Greer)


Arthur Less voit approcher son cinquantième anniversaire avec une certaine anxiété. Son éditeur a refusé son troisième roman, et l'homme avec qui il vient de passer 9 ans épouse bientôt quelqu'un d'autre. En quête d'un prétexte pour ne pas assister au mariage, Less décide d'accepter toutes les invitations qu'on lui a envoyées. Il ira à New York pour interviewer un auteur bien plus connu que lui, au Mexique pour faire une conférence, en Italie pour assister à la remise d'un prix qu'il ne remportera probablement pas, en Allemagne pour donner un cours universitaire, au Maroc pour participer à un voyage organisé en l'honneur des 50 ans d'une inconnue, en Inde pour faire une retraite et tenter de rattraper son manuscrit, et enfin au Japon pour écrire un article sur le kaizeki...

Après "Les vies parallèles de Greta Wells" (que j'ai adoré) et "L'histoire d'un mariage" (qui m'a laissée plutôt froide), "Less" est le troisième roman d'Andrew Sean Greer que je lis, et j'avoue avoir été époustouflée par la capacité de cet auteur à traiter des thèmes aussi différents dans un style nouveau à chaque fois. Ici, sa prose est un véritable enchantement, fluide et désinvolte, vivace et éloquente, subtile et ironique.

J'aurais aimé "Less" même si le sujet m'avait moins touchée - mais il se trouve qu'en plus de l'écriture brillante, le thème avait tout pour me plaire. Less est un héros inattendu, qui pourrait verser dans le pathétique voire le ridicule s'il n'était si humain donc si touchant. Au fil de ses mésaventures cocasses, de ses découvertes culturelles et de ses rencontres improbables, il fait la paix avec son passé, apprend à profiter du présent et à porter sur l'avenir un regard plus serein. A la fois comédie fine, ode au voyage et incitation à la pleine conscience, ce roman est pour moi un très gros coup de coeur.

"- Strange to be almost fifty, no? I feel like I just understood how to be young.
- Yes! It's like the last day in a foreign country. You finally figure out where to get coffee, and drinks, and a good steak. And then you have to leave. And you won't ever be back."

"It is, after all, almost a miracle they are here. Not because they've survived the booze, the hashish, the migraines. Not that at all. It's that they've survived everything in life, humiliations and disappointments and heartaches and missed opportunities, bad dads and bad jobs and bad sex and bad drugs, all the trips and mistakes and face-plants of life, to have made it to fifty and to have made it here: to this frosted-cake landscape, these mountains of gold, the little table they can now see sitting on the dune, set with olives and pita and glasses and wine chilling on ice, with the sun waiting more patiently than any camel for their arrival. So, yes. As with almost every sunset, but with this one on particular: shut the fuck up."

EDIT 8/2/19: Désormais disponible en français sous le titre "Les tribulations d'Arthur Mineur", dans une traduction de Jacqueline Chambon.