mercredi 22 mars 2017

"Sorcières associées" (Alex Evans)


Dans la cité millénaire de Jarta, la magie refait surface à tous les coins de rue. Les maisons closes sont tenues par des succubes, les cimetières grouillent de goules. Pour Tanit et Padmé, sorcières associées, le travail ne manque pas. Mais voilà qu'un vampire sollicite leur aide après avoir été envoûté par un inconnu, tandis que d'étranges incidents surviennent dans une usine dont les ouvriers sont des zombies... Tanit et Padmé pensaient mener des enquêtes de routine, mais leurs découvertes vont les entraîner bien au-delà de ce qu'elles imaginaient. En effet, à Jarta, les créatures de l'ombre ne sont pas les plus dangereuses...

Chouette découverte que ce roman d'Alex Evans paru dans la nouvelle collection Bad Wolf d'ActuSF. Les deux protagonistes (dont j'ai parfois eu du mal à distinguer les "voix", même si Tanit est du genre à jurer beaucoup et à employer plus d'argot que Padmé) enquêtent en parallèle sur des affaires aussi variées qu'intrigantes - et qui, on s'en doute, vont se révéler liées entre elles. Si le monde est presque trop touffu, et si on se perd un peu entre les différentes cultures présentées, la cité de Jarta offre un cadre agréablement animé et métissé. Tanit et Padmé ont toutes les deux un lourd passé pour avoir combattu dans les camps opposés d'une guerre récurrente; avant d'ouvrir ensemble un cabinet de sorcellerie, la première était une espionne et la seconde une chirurgienne, des compétences qu'elles continuent à mettre à profit dans leur nouvelle vie et qui donnent un relief agréable à leurs personnages. L'action avance sans temps morts ni à-coups, et pour ma plus grande joie, l'auteure nous épargne le poncif fantasy-esque de la grosse bataille finale. Malgré quelques tentatives de drague, elle n'encombre pas non plus ses héroïnes hautes en couleur avec une bête histoire d'amour, et j'ai beaucoup apprécié sa critique sous-jacente du capitalisme effréné. Bref, j'espère bien retrouver Tanit et Padmé dans d'autres aventures!

[LISBONNE] 5 bonnes adresses pour manger et boire, plus un point budget


A CULTURA DO HAMBURGUER




C'est par commodité que nous avons fait notre premier repas du séjour dans ce burger joint: il était situé à côté de la station de métro Baixa-Chiado, la plus proche de notre appartement Air BnB, et ouvert le dimanche. Nous ne l'avons pas regretté. Déco charmante, personnel dynamique et souriant, carte variée et originale, burgers fabuleux et addition ridicule: moins de 20€ pour deux sandwichs-frites et deux limonades maison. Par contre, comme beaucoup de petits commerces à Lisbonne, ils n'acceptent pas les cartes de paiement étrangères. 

A cultura do hamburguer
Rua das Salgadeiras 38
Métro Baixa-Chiado (sortie Bairro Alto)
Ouvert tous les jours de midi à minuit


A TABERNA DA RUA DAS FLORES









Cuisine portugaise traditionnelle, confectionnée avec les meilleurs produits frais disponibles sur le marché ce jour-là. Ambiance bonne enfant. La patronne et ses employées parlent bien anglais et expliquent volontiers chacun des plats de la carte. Nous avons mangé une délicieuse soupe de champignons en entrée, puis des espèces de frittatas d'espadon accompagnées d'une julienne de légumes pour Chouchou et une sorte de soupe de pain aux asperges sauvages pour moi. En dessert: gâteau au chocolat pour lui, petits fromages de brebis aux amandes, tellement fondants qu'ils se mangeaient à la petite cuillère et sans pain, pour moi. Plus une eau gazeuse et un verre de très bon vin blanc local. Montant de l'addition: 37€ (là encore, à régler en cash car ils ne prennent pas les cartes de paiement étrangères). C'était un super repas, et on vous conseille vivement cette adresse - où Gérard Depardieu était passé quelques jours avant nous, à en croire le compte Instagram de la patronne! Rançon du succès: lorsque nous sommes repartis vers 13h30, il y avait la queue sur le trottoir... Pour le déjeuner, mieux vaut venir dès l'ouverture. 

A taberna da rua das flores
Rua das flores 103
Métro Baixa-Chiado
Ouvert du lundi au vendredi, de midi à 23h30
et le samedi de 18h à 23h30


CONFEITERIA NACIONAL







Comme tous les touristes à Lisbonne, nous sommes passés acheter des pastéis de nata à la pâtisserie historique de Bélem - mais la salle n'était guère avenante, et nous avons demandé des gâteaux à emporter. J'ai de loin préféré le goûter pris le surlendemain à la Confeiteria Nacional, au retour d'une expédition décevante à Cascais. La salle du haut était pleine, mais nous avons eu la chance qu'à notre arrivée, une table se libère pile devant une des fenêtres donnant sur la Praça da Figueira. Nous avons été servis rapidement: un chocolat chaud pour moi, un thé vert pour Chouchou, deux pastéis de nata chacun, et nous avons savouré le tout en prenant notre temps, sans jamais avoir l'impression que le personnel attendait notre départ. Montant de l'addition: 10,25€ - et en plus, on a pu payer avec une Visa!

Praça da Figueira 18B
1100-241 Lisbonne
Ouvert tous les jours de 8h à 20h
sauf le dimanche: de 9h à 20h


MEMMO ALFAMA HOTEL






Si les bars à cocktails sont très nombreux à Lisbonne, beaucoup d'entre eux ouvrent assez tard pour Mamie Armalite, diffusent le genre de musique qui fait saigner ses oreilles ou sont dépourvus de la terrasse à laquelle aspirait son petit coeur assoiffé de lumière naturelle et de beaux panoramas. (Mamie Armalite va maintenant cesser de parler d'elle à la troisième personne et recommencer à s'exprimer normalement.) En cherchant bien, nous avons tout de même réussi à dénicher un endroit délicieux: le bar sur le toit de l'Hôtel Memmo, non loin de la Praça do Comércio, à deux pas d'un des arrêts du mythique tram 28. Petites terrasses en cascade, mini-piscine, calme absolu et vue imprenable sur le quartier de l'Alfama. Certes, la carte des cocktails se limitait à une poignée de classiques et à un Rose Punch sans alcool que la serveuse a automatiquement posé devant moi alors que non, il était pour Chouchou. Et certes, 9,50€ pour un Bellini à base de prosecco, c'est un poil chérot pour Lisbonne. Mais nous avons passé un moment merveilleux à regarder la nuit tomber en grignotant des chips de patate douce trempées dans une sauce au yaourt. Et ici aussi, nous avons pu payer avec une carte étrangère. 

Traversa Merceeiras, 27
1100-348 Lisbonne


PARK





Pour notre dernier soir, nous avions décidé d'aller boire un verre dans un endroit hors du commun: un bar situé au 6ème et dernier étage d'un parking du Bairro Alto. Arrivés vers 17h, nous avons trouvé la terrasse végétalisée déjà grouillante de jeunes qui auraient pu être nos enfants et qui clopaient comme s'ils avaient décidé de mourir longtemps avant nous. En plus, il y avait un DJ qui diffusait... je ne sais pas trop, du rap? Un truc tympanocrevant. Et toutes les bonnes places face au panorama étaient déjà prises, évidemment. Dommage, parce que la carte des cocktails était bien fournie, pleine de choses alléchantes à des prix hyper raisonnables: 7€ pour mon Sunset Park à base de vodka, 6€ pour le Virgin Mojito aux vraies fraises de Chouchou. Sans la fumée de cigarette, j'aurais volontiers traîné dans ce chouette endroit jusqu'au coucher du soleil, mais d'autres seront peut-être moins chochottes. 

Calçada do Combro, 58
1200-115 Lisbonne
Ouvert du lundi au vendredi de 13h à 23h30
et le samedi de 12h30 à 2h


BUDGET

2 billets A/R Bruxelles-Lisbonne en Check & Go (bagage cabine seulement) 
sur Brussels Airlines, réservés fin novembre pour un départ mi-mars: 152€
5 nuits dans un T2 du Bairro Alto, réservé sur Air BnB: 324€
2 guides de voyage (Un grand week-end à... + Cartoville): 18€
1 escape game chez Escape Hunt, réservé 15 jours avant le départ: 50€
Dépenses sur place (nourriture, boissons, transports, visites - mais pas shopping perso): 432€
- soit 43,20€ par personne et par jour

Total: 976€

mardi 21 mars 2017

"Nous autres simples mortels" (Patrick Ness)


Tout le monde ne peut pas être l'Elu(e). 
Au fil des générations, les indie kids au prénom et à la destinée hors du commun ont repoussé une vague de zombies, une autre de fantômes mangeurs d'âmes, et ont mis fin à une épidémie de romance vampirique. Cette fois, ils luttent contre la Cour des Immortels qui à coups de faisceaux de lumière bleue explosive tente de prendre possession de la Terre. 
Mais ceci n'est pas leur histoire. 
"Nous autres simples mortels" (en VO: "The rest of us just live here") est l'histoire de la majorité généralement invisible dans les histoires fantastiques, celle des jeunes gens ordinaires qui assistent à ces combats épiques en simples spectateurs tout en essayant de survivre aux maux habituels de l'adolescence. 
Il y a Mikey, le narrateur, bouffé par des troubles obsessionnels compulsifs. Il y a sa soeur Mel, toujours à la limite de retomber dans l'anorexie qui l'a déjà tuée une fois. Il y a leurs amis Jared, joueur de foot américain bien en peine de vivre son homosexualité dans leur petite ville de province, et Henna, fille de missionnaires très stricts qui veulent l'entraîner dans la Centrafrique en guerre pendant les grandes vacances. Tous disent n'aspirer qu'à survivre à leur remise de diplômes et pouvoir enfin partir à la fac, mais Mikey voit venir avec angoisse le moment où leur petite bande se dispersera. 
Et pendant qu'ils gèrent leurs problèmes scolaires, familiaux et amoureux, l'en-tête de chaque chapitre raconte en quelques phrases lapidaires les retournements de situation abracadabrants de la bataille entre les indie kids et la Cour des Immortels, de sorte que les héros habituels des romans fantastiques sont réduits au rôle d'ombres chinoises s'agitant à l'arrière-plan.
Dans un univers qui rappelle fortement le Buffyverse, Patrick Ness se moque gentiment des codes du genre en soulignant leur absurdité (les adultes qui ne voient jamais rien, sont frappés d'amnésie sélective ou imputent les explosions bizarres à une énième "fuite de gaz"). Par contraste, sa peinture des troubles de l'adolescence est hyper-réaliste, voire poignante par moments. La juxtaposition des deux produit un roman original et rafraîchissant, qui mérite d'être découvert.

Article publié à l'origine en juillet 2016, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

[LISBONNE] Où je rencontre Albert le poulpe à l'Oceanario




Les attractions avec des animaux, c'est un peu comme la consommation de viande et de poisson. Sur le principe, je suis contre; dans la pratique, je craque une fois de temps en temps. Il se trouve que Lisbonne peut se vanter d'abriter le plus grand aquarium public d'Europe, conçu pour l'Exposition Universelle de 1998 qui avait comme thème: "L'océan, avenir de l'humanité". Or, je nourris une passion gigantesque - bien que platonique, je vous rassure - pour les poulpes et les méduses. Mercredi dernier, je ne me suis donc guère fait prier pour me traîner en métro jusqu'au Parc des Nations et m'acquitter des 15€ du prix d'entrée (ce qui est franchement cher pour Lisbonne)...



















Inutile de préciser que j'ai passé un très long moment à tenter de prendre des photos potables des deux espèces de méduses présentes sur les lieux, et un moment plus long encore à admirer les déplacements d'Albert le poulpe géant (non, ce n'est probablement pas son nom de baptême, mais je trouvais qu'il avait une tête à s'appeler Albert). Le ridicule n'ayant jamais tué personne, j'ai même essayé de reproduire le déplacement des raies. Chouchou, de son côté, s'est sagement contenté de mitrailler son Patronus: la loutre de mer. 

En tout, nous avons dû passer plus de deux heures sur place, incluant un déjeuner étonnamment bon pour moins de 10€ par personne dans une cafétéria super stylée. En sortant, nous avons pris le téléphérique qui longe tout le Parc des Nations pour offrir une vue d'ensemble sur celui-ci et sur la baie voisine traversée par l'impressionnant Pont Vasco de Gama (le plus long d'Europe avec ses 17 km et des poussières). Malgré le facteur culpabilité toujours présent, ce fut une excellente visite. 

Doco dos Olivais
Parque das Nações
1990-005 Lisbonne
Ouvert tous les jours de 10h à 19h en hiver, 
et de 10h à 20h en été
Métro Oriente (ligne rouge)

lundi 20 mars 2017

"Alex Woods face à l'univers" (Gavin Extence)


A l'âge de 11 ans, Alex est touché par la chute d'un météore et survit à peu près indemne - à ceci près qu'il devient épileptique, et une curiosité pour tous les scientifiques du monde. Tandis qu'il s'efforce d'apprendre à contrôler sa maladie, il fait la connaissance d'Isaac Petersen. Ce vieux monsieur qui a combattu au Vietnam est revenu blessé à la jambe et fervent pacifiste, mais aussi quelque peu misanthrope. Pourtant, une amitié très forte se développe entre lui et l'adolescent dépourvu de père autant que de copains de son âge. M. Petersen fait découvrir Kurt Vonnegut  et la musique classique à Alex; il lui enseigne quelques vérités essentielles et lui apprend à conduire. Aussi, quand il apparaît que son vieil ami est atteint d'une maladie incurable, Alex décide de l'accompagner jusqu'au bout de son voyage...

D'accord, le suicide assisté, ce n'est pas ce qui se fait de plus gai comme thème de roman (du moins le vieux monsieur ne se meurt-il pas d'un cancer, OUF!). Mais en vérité, ce n'est que le prétexte à raconter une amitié hors-normes et l'initiation à la vie du jeune narrateur. Mélange de grande précocité et d'attendrissante candeur, Alex m'a beaucoup fait penser au prodigieux T. S. Spivet. Et j'ai ri de ses mésaventures au moins aussi souvent que j'ai eu la gorge nouée. Les romans intelligents, drôles et émouvants à la fois ne courent pas les rues. Si vous n'êtes pas rebuté par le sujet, je vous conseille vraiment de vous pencher sur  "Alex Woods face à l'univers" (en VO: "Universe Versus Alex Woods").

Article publié à l'origine en juin 2013, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

[LISBONNE] Escape Hunt: Le mystère de Fernando Pessoa




Il était hors de question de séjourner à Lisbonne sans faire au moins un escape game. Mes recherches en ligne m'ont amenée à choisir l'une des trois salles de la franchise Escape Hunt, d'une part pour son thème on ne peut plus local, d'autre part pour ses bonnes critiques et enfin pour son prix raisonnable (50€ à deux joueurs) et son emplacement central.

Je confesse n'avoir jamais rien lu de Fernando Pessoa, et jusque là, je ne savais pas grand-chose sur lui hormis le fait qu'il avait publié un seul recueil de poèmes de son vivant. Ce qui n'est pas tout à fait exact: en réalité, il a publié de nombreux ouvrages sous le nom de ses alter egos - car il souffrait d'un désordre de personnalités multiples très développé. C'était également un grand féru d'ésotérisme et d'astrologie, et tel est le thème qu'Escape Hunt a choisi d'exploiter pour son scénario. 

Si la salle consacrée à son "mystère" contient plusieurs éléments ultra-classiques des escape games, elle propose aussi des manipulations et des énigmes d'un type nouveau - rien de bien compliqué, mais le jeu reste toujours fluide et se révèle souvent surprenant. Par exemple, l'un des joueurs doit absolument se déguiser en Fernando Pessoa pour faire fonctionner certain mécanisme (je ne spoile rien, c'est annoncé dans la présentation du scénario). 

La communication avec le maître de jeu se fait par un vieux téléphone à cadran: les joueurs peuvent appeler pour réclamer un indice, auquel cas, une minute est décomptée de leur chrono; mais le maître de jeu peut également prendre l'initiative de les contacter pour leur fournir des informations s'il les voit patiner trop longtemps. Nous avons atteint la toute dernière énigme sans aucune intervention du nôtre et avec encore 6 minutes devant nous; j'étais fière comme Artaban. 

Et puis... la pénombre ambiante et notre vue défaillante de quadras nous ont fait perdre tellement de temps (allez composer un code sur un cadenas dont vous ne distinguez pas les chiffres; vous m'en direz des nouvelles) que nous sommes finalement sortis 22 secondes après la fin du chrono. Frustration était mon nom. Néanmoins, nous nous sommes bien amusés dans cette salle de niveau intermédiaire. Si vous avez au moins un non-presbyte dans votre équipe, n'hésitez pas à la tenter aussi!

Rua dos Douradores 13
1100-203 Lisbonne

dimanche 19 mars 2017

[LISBONNE] Museu da Farmacia




Depuis le temps que je raconte ma vie ici, j'ai sûrement déjà écrit que quand j'étais petite, je rêvais de devenir alchimiste. Passer mes journées seule dans un labo mal éclairé aux étagères pleines de bocaux poussiéreux, et d'après les instructions d'un vieux parchemin moisi, mélanger soigneusement poudre de ceci avec bave de cela pour produire un remède miraculeux ou un poison foudroyant - telle était mon idée du bonheur. (Non, ma bizarrerie ne date pas d'hier.) Et si j'ai finalement opté pour une tout autre carrière, je reste fascinée par l'histoire de la pharmacie à travers les âges. Dès que j'ai l'occasion de visiter une expo ou un musée qui lui est consacré, je fonce. A Lisbonne, le hasard a justement voulu que notre appart' Air B'n'B se trouve à quelques centaines de mètres du Museu da Farmacia...














Malgré la regrettable absence de textes explicatifs dans une langue autre que le portugais (soyons honnête: 5 mois de cours quotidiens sur Duolingo permettent de commander dans les restaurants et de comprendre vaguement la langue à l'écrit, mais ne donnent en aucun cas un vocabulaire médical suffisant pour ce genre de circonstances), j'ai trouvé la visite passionnante et la scénographie extrêmement bien conçue. Traduire: j'avais envie de voler tous les accessoires pour redécorer le duplex de Monpatelin. Dommage que la "boutique" du musée ne propose que des reproductions de boîtes à remèdes - certaines affiches d'époque auraient fait de formidables cartes postales, et j'aurais volontiers payé un supplément bagages à Brussels Airlines pour une copie des mini-commodes à médicaments afin d'y ranger mon thé. 

Rua Marechal Saldanha, 1
1249-069 Lisbonne
Entrée tarif normal: 5€
Ouvert du lundi au vendredi de 10h - 18h
et le samedi de 14h à 18h
Attention: le musée n'accepte pas les cartes de paiement étrangères

samedi 18 mars 2017

"Every anxious wave" (Mo Daviau)


Ex-guitariste d'un groupe d'indie rock assez connu et désormais propriétaire de bar, Karl Bender aborde la quarantaine solitaire et désabusé, avec un appart' pourri et un seul véritable ami - un über geek du nom de Wayne DeMint. Jusqu'au jour où il tombe tête la première par le plancher de sa penderie et atterrit trois mois plus tôt. Avec l'aide de Wayne, il construit une machine à voyager dans le temps qui permet d'utiliser son "trou de ver" pour assister à des concerts mythiques ou voir sur scène des musiciens disparus. Il en fait même un petit business assez rentable, mais avec des règles très strictes: ne jamais se rendre dans le futur, ne jamais interagir avec le passé, ne jamais rien en rapporter. Puis un jour, Wayne décide d'empêcher l'assassinat de John Lennon, et Karl l'envoie par erreur, non pas en 1980, mais en 980 où il est impossible de trouver une charge électromagnétique suffisante pour le voyage de retour. Afin de récupérer son ami, il se met en quête qu'un astrophysicien. Entre en scène Lena Geduldig, une punk brillante et sarcastique de 99 kilos qui s'est fait tatouer le même extrait de chanson que Karl. La connexion est immédiate... 

Peu de temps avant de tomber sur ce premier roman de Mo Daviau, j'avais failli être dégoûtée des histoires de voyage dans le temps par "All our wrong todays" d'Elan Mastai, atrocement mal écrit et épouvantablement sexiste. Comme quoi, les romans à thème se suivent et ne se ressemblent pas. Parce qu'"Every anxious wave" est une réussite à tous les niveaux. Un style superbe, mordant et mélancolique à la fois, qui donne envie de coller des Post-It partout pour retrouver tel ou tel passage plus tard. Une héroïne glorieusement imparfaite comme on aimerait en rencontrer plus souvent. Une histoire bien ficelée et pas particulièrement prévisible, qui joue autant sur la nostalgie du passé que sur la crainte de l'avenir. Des péripéties qui exploitent à fond la faillibilité humaine des personnages. Les lecteurs avides d'explications scientifiques seront probablement déçus, tandis que ceux qui connaissent bien la scène indie rock des années 1990 auront droit à un supplément de kif. Je ne suis ni dans le premier ni dans le second cas, et j'ai absolument adoré.