lundi 20 mars 2017

[LISBONNE] Escape Hunt: Le mystère de Fernando Pessoa




Il était hors de question de séjourner à Lisbonne sans faire au moins un escape game. Mes recherches en ligne m'ont amenée à choisir l'une des trois salles de la franchise Escape Hunt, d'une part pour son thème on ne peut plus local, d'autre part pour ses bonnes critiques et enfin pour son prix raisonnable (50€ à deux joueurs) et son emplacement central.

Je confesse n'avoir jamais rien lu de Fernando Pessoa, et jusque là, je ne savais pas grand-chose sur lui hormis le fait qu'il avait publié un seul recueil de poèmes de son vivant. Ce qui n'est pas tout à fait exact: en réalité, il a publié de nombreux ouvrages sous le nom de ses alter egos - car il souffrait d'un désordre de personnalités multiples très développé. C'était également un grand féru d'ésotérisme et d'astrologie, et tel est le thème qu'Escape Hunt a choisi d'exploiter pour son scénario. 

Si la salle consacrée à son "mystère" contient plusieurs éléments ultra-classiques des escape games, elle propose aussi des manipulations et des énigmes d'un type nouveau - rien de bien compliqué, mais le jeu reste toujours fluide et se révèle souvent surprenant. Par exemple, l'un des joueurs doit absolument se déguiser en Fernando Pessoa pour faire fonctionner certain mécanisme (je ne spoile rien, c'est annoncé dans la présentation du scénario). 

La communication avec le maître de jeu se fait par un vieux téléphone à cadran: les joueurs peuvent appeler pour réclamer un indice, auquel cas, une minute est décomptée de leur chrono; mais le maître de jeu peut également prendre l'initiative de les contacter pour leur fournir des informations s'il les voit patiner trop longtemps. Nous avons atteint la toute dernière énigme sans aucune intervention du nôtre et avec encore 6 minutes devant nous; j'étais fière comme Artaban. 

Et puis... la pénombre ambiante et notre vue défaillante de quadras nous ont fait perdre tellement de temps (allez composer un code sur un cadenas dont vous ne distinguez pas les chiffres; vous m'en direz des nouvelles) que nous sommes finalement sortis 22 secondes après la fin du chrono. Frustration était mon nom. Néanmoins, nous nous sommes bien amusés dans cette salle de niveau intermédiaire. Si vous avez au moins un non-presbyte dans votre équipe, n'hésitez pas à la tenter aussi!

Rua dos Douradores 13
1100-203 Lisbonne

dimanche 19 mars 2017

[LISBONNE] Museu da Farmacia




Depuis le temps que je raconte ma vie ici, j'ai sûrement déjà écrit que quand j'étais petite, je rêvais de devenir alchimiste. Passer mes journées seule dans un labo mal éclairé aux étagères pleines de bocaux poussiéreux, et d'après les instructions d'un vieux parchemin moisi, mélanger soigneusement poudre de ceci avec bave de cela pour produire un remède miraculeux ou un poison foudroyant - telle était mon idée du bonheur. (Non, ma bizarrerie ne date pas d'hier.) Et si j'ai finalement opté pour une tout autre carrière, je reste fascinée par l'histoire de la pharmacie à travers les âges. Dès que j'ai l'occasion de visiter une expo ou un musée qui lui est consacré, je fonce. A Lisbonne, le hasard a justement voulu que notre appart' Air B'n'B se trouve à quelques centaines de mètres du Museu da Farmacia...














Malgré la regrettable absence de textes explicatifs dans une langue autre que le portugais (soyons honnête: 5 mois de cours quotidiens sur Duolingo permettent de commander dans les restaurants et de comprendre vaguement la langue à l'écrit, mais ne donnent en aucun cas un vocabulaire médical suffisant pour ce genre de circonstances), j'ai trouvé la visite passionnante et la scénographie extrêmement bien conçue. Traduire: j'avais envie de voler tous les accessoires pour redécorer le duplex de Monpatelin. Dommage que la "boutique" du musée ne propose que des reproductions de boîtes à remèdes - certaines affiches d'époque auraient fait de formidables cartes postales, et j'aurais volontiers payé un supplément bagages à Brussels Airlines pour une copie des mini-commodes à médicaments afin d'y ranger mon thé. 

Rua Marechal Saldanha, 1
1249-069 Lisbonne
Entrée tarif normal: 5€
Ouvert du lundi au vendredi de 10h - 18h
et le samedi de 14h à 18h
Attention: le musée n'accepte pas les cartes de paiement étrangères

samedi 18 mars 2017

"Every anxious wave" (Mo Daviau)


Ex-guitariste d'un groupe d'indie rock assez connu et désormais propriétaire de bar, Karl Bender aborde la quarantaine solitaire et désabusé, avec un appart' pourri et un seul véritable ami - un über geek du nom de Wayne DeMint. Jusqu'au jour où il tombe tête la première par le plancher de sa penderie et atterrit trois mois plus tôt. Avec l'aide de Wayne, il construit une machine à voyager dans le temps qui permet d'utiliser son "trou de ver" pour assister à des concerts mythiques ou voir sur scène des musiciens disparus. Il en fait même un petit business assez rentable, mais avec des règles très strictes: ne jamais se rendre dans le futur, ne jamais interagir avec le passé, ne jamais rien en rapporter. Puis un jour, Wayne décide d'empêcher l'assassinat de John Lennon, et Karl l'envoie par erreur, non pas en 1980, mais en 980 où il est impossible de trouver une charge électromagnétique suffisante pour le voyage de retour. Afin de récupérer son ami, il se met en quête qu'un astrophysicien. Entre en scène Lena Geduldig, une punk brillante et sarcastique de 99 kilos qui s'est fait tatouer le même extrait de chanson que Karl. La connexion est immédiate... 

Peu de temps avant de tomber sur ce premier roman de Mo Daviau, j'avais failli être dégoûtée des histoires de voyage dans le temps par "All our wrong todays" d'Elan Mastai, atrocement mal écrit et épouvantablement sexiste. Comme quoi, les romans à thème se suivent et ne se ressemblent pas. Parce qu'"Every anxious wave" est une réussite à tous les niveaux. Un style superbe, mordant et mélancolique à la fois, qui donne envie de coller des Post-It partout pour retrouver tel ou tel passage plus tard. Une héroïne glorieusement imparfaite comme on aimerait en rencontrer plus souvent. Une histoire bien ficelée et pas particulièrement prévisible, qui joue autant sur la nostalgie du passé que sur la crainte de l'avenir. Des péripéties qui exploitent à fond la faillibilité humaine des personnages. Les lecteurs avides d'explications scientifiques seront probablement déçus, tandis que ceux qui connaissent bien la scène indie rock des années 1990 auront droit à un supplément de kif. Je ne suis ni dans le premier ni dans le second cas, et j'ai absolument adoré. 

[LISBONNE] Street art et librairie délirante à la LX Factory





Sous le pont du 25 avril, le long des lignes de tram et de bus qui relient le Chiado à Bélem, se trouve une ancienne usine textile reconvertie en lieu de vie. Espace de coworking, bars, salons de thé, restaurants, petits commerces et ateliers se mélangent dans une atmosphère bon enfant au milieu de nombreuses fresques de street art. Le dimanche, non seulement tout est ouvert, mais un sympathique marché aux puces mi-baba cool mi-hipster vient s'installer dans les allées. 













Si je tenais absolument à passer à la LX Factory, c'était surtout pour la librairie Ler Devagar dont les photos vues sur internet m'avaient mis l'eau à la bouche. J'avoue n'avoir pas été tentée par les livres eux-mêmes (je n'ai vu que des ouvrages en portugais); en revanche, les machines animées, l'espace d'exposition et les anciennes machines d'imprimerie valent le coup d'oeil. Pour se restaurer, un café à l'étage propose boissons et gâteaux mais interdit formellement l'usage des tables pour travailler, invitant plutôt les clients à se détendre et à profiter tranquillement de leurs consommations. 






Rua Rodrigues de Faria 103
1300 Lisbonne
Ouvert tous les jours

vendredi 17 mars 2017

[LISBONNE] Une visite guidée du Museu Coleção Berardo, par votre serviteuse dévouée (et désespérée)


Je déteste l'art moderne et contemporain, ce n'est plus un secret pour personne. Mais j'aime Chouchou qui, lui, adore ça. Alors comme il est toujours d'accord pour me suivre partout où j'ai envie d'aller, une fois de temps en temps, je me sacrifie en l'accompagnant dans un de ces musées dont la visite me donne envie de me rouler par terre l'écume aux lèvres en hululant qu'on ne peut pas qualifier n'importe quelle sombre crotte d'oeuvre d'art bordel. Dimanche dernier, jour de notre arrivée à Lisbonne, j'avais donc proposé que nous passions l'après-midi au musée de la collection privée Berardo, situé dans le quartier de Bélem et rassemblant plus de 800 oeuvres du XXème siècle...


 Déjà, vu de l'extérieur, ça fait super envie, ce petit côté blockhaus géant...

 Est-ce un cheval, est-ce un tapir, est-ce un cauchemar géant en plastique rouge? On ne sait pas. 

 Ici, un cône coupé en tranches. Non mais pourquoi pas, hein. 

Après les caisses de bananes Chiquita du musée d'Ixelles: les caisses de détergent Brillo, 
histoire de varier les plaisirs.  

 Je ne me prosterne pas, j'essaie de faire une photo intéressante. 

 N'importe quoi comme le reste, mais au moins, y'a de la couleur. 

Moui moui moui.  

 La pochette d'allumettes à moitié utilisée, un concept hautement signifiant. 
(Ne me demandez pas de quoi.)

 Ici, de la vaisselle sale sous plexiglas. Quand je pense au nombre de repas après lesquels j'ai bêtement nettoyé mon assiette au lieu de l'encadrer. 

 Je, je. Non, rien. 

Non mais un rectangle bleu, sérieusement?
(Plus loin; il y a: un carré noir. Parce que quand on tient une idée aussi novatrice, autant la décliner sous toutes ses formes.

 Ah, ça au moins, je vois ce que c'est censé représenter. Comment ça, c'est pas une oeuvre? 

Moi aussi je peux te faire les gros yeux. 

...Certes. 

 Deux machins perchés sur des grandes tiges. 

 ARE YOU FUCKING KIDDIN' ME?

 Ouf, mon supplice est terminé!

 ...Ah non, il y a un autre étage. Kill me now. 

 Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdue. *chanson de Michel Fugain*

 Laissez-moi sortiiiiiiir!

 La fuite, ce concept que j'aurais dû adopter il y a 1h30.

Là comme ça, je m'auto-décrirais et m'auto-définirais comme extrêmement hostile à l'art moderne.  

Le meilleur pour la fin. 

Praça do Império
1449-003 Lisbonne
Ouvert tous les jours de 10h à 19h
Visite gratuite (merci mon Dieu)

Maintenant il va falloir me faire beaucoup, beaucoup de bisous pour me guérir de ce traumatisme.