dimanche 13 novembre 2016

"Chroniques de la fruitière" (Fred Bernard)


Trois ans après ses très réussies "Chroniques des vignes", Fred Bernard se voit proposer de reprendre le concept avec un autre produit du terroir: le comté! Durant une année entière, il va assister aux diverses étapes de la fabrication, rencontrer et interroger des producteurs et autres intervenants de la chaîne, apprendre à déguster en connaisseur puis rapporter tout ce qu'il a appris avec un savoureux mélange d'humour et d'émerveillement. On découvre avec lui que la filière du comté occupe une place un peu à part dans le monde agricole: restée très humaine avec sa structure coopérative, elle se porte paradoxalement (ou pas, en fait...) beaucoup mieux que l'ensemble du secteur. On a plaisir à voir la passion communicative que chacun des artisans met dans son travail, et on referme ce gros ouvrage exhaustif avec une seule envie: celle d'un verre de vin et d'un bout de fromage! 

"Un fromage comme le comté, c'est aussi le fruit d'une intelligence collective" (Pierre Parguel, "Chroniques de la fruitière")




"Sausage party": le foodporn au sens littéral du terme


Dans un supermarché américain comme il y en a tant, les aliments sont persuadés que les clients sont des dieux, et ils ont hâte que ceux-ci les mettent dans leur chariot pour les emporter dans le Grand Au-Delà où, c'est certain, ils ne connaîtront qu'une félicité sans mélange. Jusqu'au jour où un pot de moutarde au miel, acheté par erreur et rapporté pour échange, révèle la terrible vérité à ses camarades: en fait, les dieux les tuent pour les manger! 

L'été dernier, lorsqu'est venu le moment d'emmener mes neveux voir un dessin animé au cinéma, j'avais trois possibilités en tête: "Le monde de Dory", "Comme des bêtes" et "Sausage party". Ce dernier n'étant pas encore sorti en France, il a été disqualifié d'entrée de jeu. Et heureusement. Parce que je ne sais pas trop comment j'aurais expliqué à Attila et Darklulu les constantes allusions salaces entre saucisses et pains à hot-dogs, la philosophie du flacon de douche vaginale selon laquelle tous les trous se valent, et surtout la monstrueuse orgie des aliments victorieux à la fin. (Pour la violence délirante, j'imagine qu'ils sont déjà blasés.)

Chouchou et moi avons passé toute la durée du film à ouvrir de grands yeux en nous écriant: "Noooooon?". On s'attendait à un dessin animé irrévérencieux, mais pas à quelque chose d'aussi trash et politiquement incorrect. Au total, un film jouissivement barge, mais pas du tout pour les enfants, et sans doute même pas pour tous les adultes. Après, c'est sûr que ça change des bons sentiments de Disney et Pixar...




vendredi 11 novembre 2016

So long, Leonard


Photo: Joel Saget/AFP

J'ai découvert Leonard Cohen sur le tard. Et tout de suite, je l'ai aimé fort. D'abord pour ses textes magnifiques et sa voix incroyable. Puis, comme j'étais intriguée par ses références souvent ésotériques, je me suis penchée sur sa bibliographie, et j'ai été fasciné par le bonhomme lui-même. Qui avait tout vu et tout essayé. Qui s'était mille fois trompé et qui était mille fois reparti de zéro. Qui savait comme personne mélanger spiritualité et hédonisme. Qui voyait clair dans les recoins les plus obscurs de l'âme humaine, et qui ne jugeait pas. 

Je l'ai vu sur scène deux fois, et son humilité m'a bouleversée. Je savais que sa santé déclinait beaucoup ces derniers temps. Ce matin, en lisant les messages de sympathie que j'avais reçus sur Facebook, j'ai deviné avant même de voir la nouvelle. La lumière de Leonard s'était éteinte dans un monde qui me semblait déjà bien assez sombre cette semaine. J'essaie de ne pas penser que c'est la fin d'une époque. Leonard avait 82 ans; il a foutrement bien vécu et il laisse derrière lui une oeuvre immortelle. Que peut-on souhaiter de plus à quiconque? 



(Et ça, c'est ma chanson préférée de lui. Je sais que ça n'est pas la plus belle ni la plus compréhensible, et que la musique a mal vieilli. Mais elle a une signification particulière dans mon histoire personnelle. Et puis, j'ai bien besoin de ses accents conquérants ce matin.)

jeudi 10 novembre 2016

"Je vois des antennes partout" (Julie Delporte)


Il y a deux ans et demi, j'avais lu et adoré le "Journal" dessiné de Julie Delporte. Alors, quand j'ai vu qu'elle avait sorti un nouveau récit biographique, je me suis immédiatement jetée dessus. Cette fois, l'auteur évoque, non pas sa vie de tous les jours en général, mais un problème bien particulier. Au printemps 2010, elle est toujours fatiguée et migraineuse; elle souffre aussi d'acouphènes, de sensations de brûlures, de chaud-et-froid et de tout un tas d'autres symptômes qui l'empêchent de réviser pour le concours qu'elle doit passer. Son médecin lui prescrit des antidépresseurs sans réellement pouvoir expliquer ce qui lui arrive. C'est dans un magazine que Julie trouve, tout à fait par hasard, une explication au mystérieux mal qui l'afflige: elle est électrosensible, perturbée par les ondes qui servent notamment à faire fonctionner les téléphones portables et le wifi. Or, en France, il ne reste pratiquement plus de zones blanches... Julie part donc au Canada, dans une cabane au fond des bois prêtée par la famille d'une amie, et elle s'interroge: comment vivre désormais dans un monde envahi par les antennes? Sur un sujet encore méconnu, un témoignage sincère toujours illustré aux crayons de couleur purs, dans un style plein de vie malgré le ton angoissé du récit.




mercredi 9 novembre 2016

Où on nage en plein cauchemar




Depuis des semaines, Chouchou jubilait en regardant la progression des intentions de vote aux Etats-Unis. Depuis des semaines, la parano en moi lui répétait "Rien n'est décidé avant le vote proprement dit; je ne serai tranquille que le 9 novembre au matin".
C'est pas souvent que je déteste avoir raison. 
Hier, j'ai réussi à ne pas rester collée devant mon ordinateur. Je suis allée à mon cours d'aerial yoga; j'ai déjeuné en ville, acheté quelques bouquins chez Tropismes et lu l'un d'eux chez Méert devant un Earl Grey pointes blanches. Puis j'ai rejoint Chouchou à l'UGC Toison d'Or pour aller voir "Dr. Strange" que - une fois n'est pas coutume avec les films de super-héros - j'ai adoré. On est rentrés de bonne humeur. Chouchou devait encore faire une nuit blanche pour son boulot, et vu les circonstances, j'ai décidé de rester debout avec lui. On s'est fait du sobacha, on a ouvert chacun une fenêtre sur le site de CNN et une autre sur le site de The Guardian, et on a regardé tomber les estimations. 
Je ne vais pas vous la refaire état par état, mais assez vite, j'ai trouvé que ça sentait le roussi et commencé à répéter: "J'y crois pas, il va passer. Mais qui sont les abrutis qui votent pour ce malade mental? Comment c'est possible que plus ou moins une moitié des votants américains pensent qu'un milliardaire-né qui a fait banqueroute trois fois, gruge ses employés et s'arrange pour ne pas payer d'impôts va lutter efficacement contre la corruption et améliorer les conditions de vie des plus pauvres? Comme une seule femme a-t-elle pu donner sa voix à quelqu'un qui a été accusé de plus d'une dizaine d'agressions sexuelles et qui tient des propos si méprisants envers l'ensemble de son genre? Comment un seul racisé a-t-il pu penser que Donald "on-va-bâtir-un-mur" Trump, qui passe son temps à soupçonner tous les Musulmans d'être des terroristes, avait ses intérêts à coeur?"
Bon, en vrai, c'était moins cohérent que ça; ça donnait plutôt quelque chose comme "Putain. Putain, putain, PUTAIIIIIIIIIIN."
Quand j'ai fini par me coucher vers 6h30, il restait encore quelques états qui ne s'étaient pas prononcés, mais on savait déjà que les carottes étaient cuites. 
Apparemment, les Américains sont plus sexistes que racistes. Ils ont bien voulu élire un président noir deux fois, mais une femme? 
Le peuple a parlé: plutôt filer les codes de l'arme nucléaire la plus puissante au monde à un malade mental pro-Poutine qu'à une personne qualifiée pourvue d'un vagin. 
Mon dégoût est immense. Mes peurs pour l'avenir aussi. 
On n'avait déjà pas avancé des masses sur la question du réchauffement climatique, mais maintenant, avec un président américain qui nie l'existence même du phénomène... Enfin cela dit, s'il commence à balancer des bombes dans tous les sens, l'humanité n'aura pas le temps d'être éradiquée par des catastrophes naturelles en plus en plus violentes. Je ne sais pas s'il faut voir ça comme une consolation. Je sais, par contre, que je me réjouis plus que jamais de ne pas avoir d'enfants et que j'ai envie de pleurer en pensant à l'avenir qu'on prépare à mes neveux. 
On était tous unanimement d'accord pour trouver 2016 pourrie. 2017 et les suivantes s'annoncent tellement pires...
Je veux croire que d'ici le printemps, les trois quarts des électeurs de Trump feront comme les pro-Brexit et pleureront que ah oui mais ils n'avaient pas bien compris, peut-on refaire les élections? Sauf que PommeZ, ça marche juste dans "Dr. Strange" si on a l'oeil d'Agamotto. Je veux croire aussi que des garde-fous se mettront en place, mais avec le Sénat et le Congrès, plus sans doute la Cour Suprême, du côté républicain, Trump va disposer d'un pouvoir de nuisance sans précédent dans l'histoire du monde. 
Plus tard, peut-être, j'arriverai à faire preuve du bel optimisme de The Blogess qui publiait ce chouette billet hier. Pour l'instant, je suis bien trop furieuse, révoltée et inquiète. 

mardi 8 novembre 2016

"The Cazalet chronicles T2: Marking time" (Elizabeth Jane Howard)


A la fin de "The light years", on laissait les Cazalet à l'automne 1938, soulagés que la Deuxième Guerre Mondiale ait été évitée. "Marking time" commence un an plus tard, alors que la famille rassemblée à Home Place écoute à la radio l'annonce du début du conflit. Personne ne peut prédire quelle ampleur il prendra, mais tout le monde se demande avec angoisse si l'Allemagne tentera d'envahir l'Angleterre. Si Hugh est désormais trop vieux pour s'engager, Edward pense rempiler dans la marine et Rupert, trop jeune lors de la Première Guerre Mondiale, compte bien se rendre utile cette fois malgré la farouche opposition de sa femme Zoë. Dans la génération suivante, les garçons n'ont pas encore l'âge de prendre part aux combats, au grand soulagement de leurs mères. Mais c'est sur les filles que l'auteur choisit de concentrer son attention. Toujours décidée à devenir actrice, Louise obtient d'être envoyée dans une école d'art dramatique. De deux ans plus jeunes que leur cousine, Polly et Clary se retrouvent coincées dans le Sussex, et ce qui avait d'abord des allures de vacances éternelles devient très vite d'un ennui mortel. Elles ne sont plus des enfants, mais les adultes les traitent toujours comme telles, et elles ont l'impression que la guerre a mis leur existence sur pause - que leur vraie vie ne pourra commencer qu'une fois la paix revenue...

Envolés l'insouciance du premier tome et les jours de lumière des vacances d'été à Home Place! Ce deuxième tome des "Chroniques des Cazalet" prend un ton bien plus grave. Pourtant, la guerre ne fait que servir de toile de fond au récit, et ses conséquences même sur certains membres de la famille ne sont abordées qu'indirectement. On reste dans le registre d'un quotidien certes bouleversé dans certains aspects mais pas fondamentalement différent, des pensées et des émotions disséquées avec une finesse remarquable. L'étude psychologique des trois jeunes filles est toujours aussi juste et captivante. Ma plus grande sympathie va à Clary qui souhaite devenir écrivain et trépigne de ne pas pouvoir, en ces circonstances, acquérir l'expérience de la vie dont elle aurait besoin pour nourrir sa créativité.

"I think it's awfully difficult for people our age. We need people to be in love with, and we're simple hemmed in by relatives and incest doesn't seem to go with modern life. We'll just have to wait."

"What I find peculiarly irritating is that nobody will say what rape actually is. If there's a danger of it, I really do think we ought to have some idea of what we're in for. But they simply won't say. It's part of this family's determination not to talk about anything that they think is at all unpleasant."

J'aime aussi beaucoup la gouvernante Ms Milliment, pauvre, laide et vieillissante, mais cultivée, ouverte d'esprit et si sympathique! Mieux que les domestiques, qui apparaissent toujours comme des êtres frustes et peu intéressants, elle illustre ce que pouvait être à l'époque la vie d'une femme seule n'ayant pas eu la chance de naître au sien d'une famille riche comme les Cazalet. La condition féminine est d'ailleurs souvent abordée dans la série, même si pas très frontalement. Ce deuxième tome confirme l'excellente impression que m'avait fait le premier. Si vous êtes anglophone et que les thèmes de la série sont susceptibles de vous intéresser, foncez: vous ne le regretterez pas!

"After life"


C'est une mention dans un article de Flow qui m'a donné envie de voir ce film japonais dont je n'avais jamais entendu parler auparavant. Le concept: après leur mort, les gens ont trois jours pour choisir un unique souvenir de leur vie à emporter dans l'au-delà. Puis les gardiens chargés de veiller sur eux reconstituent le souvenir en question sous la forme d'un film dans lequel ils tiennent le rôle principal. Après quoi, ils disparaissent. Et chaque nouvelle semaine amène une autre fournée de défunts.

J'avoue que si le thème ne m'avait pas tant intriguée, j'aurais décroché très vite - je ne suis pas du tout bonne cliente pour les films lents et contemplatifs. Mais là, le thème me fascinait. Dans la première partie, mise en scène comme un documentaire, les défunts de la semaine filmés de face et en gros plan pendant leur interview avec le gardien qui leur a été assigné peinent plus ou moins à choisir parmi leurs souvenirs. Une jeune fille opte banalement pour un séjour à Disneyland. Un pilote veut voler à travers les nuages avec son Cessna. Une vieille dame se revoit danser en robe rouge pour son grand frère quand elle était enfant. Une ex-prostituée évoque son histoire avec un homme marié. Un vieillard indécis doit se repasser les enregistrements vidéos de toute sa vie, tandis qu'un jeune homme de 21 ans refuse catégoriquement de choisir pour ne pas désavouer le reste de sa courte existence. Puis les gardiens se mettent au travail pour recréer les souvenirs avec des moyens plus que réduits qui les obligent à faire preuve d'une grande imagination, et le documentaire prend des allures de film de Michel Gondry. Enfin, alors qu'on croit que l'histoire va s'arrêter là, elle prend un tour très personnel pour les gardiens restés assez neutres jusqu'ici - un rebondissement que j'ai beaucoup apprécié dans la façon dont il permet de boucler une certaine boucle. 

L'atmosphère d'"After life" est assez particulière: alors que le film introduit une notion de l'au-delà originale et plutôt poétique, l'action (le peu qu'il y en a!) se déroule dans une sorte de pensionnat décrépit et vaguement déprimant. Les acteurs jouent de façon assez retenue pour la plupart, et hormis lors des récits de souvenirs, les dialogues sont minimalistes. Ce qui laisse toute latitude au spectateur pour se poser lui aussi la question cruciale: et moi, si je devais n'emporter qu'un seul moment de ma vie, lequel choisirais-je? En ce qui me concerne, je n'ai pas eu à réfléchir longtemps. Ce serait le 61. Et vous? 

lundi 7 novembre 2016

J'ai rien foutu ce week-end




C'est pas souvent que ça m'arrive: entre samedi et dimanche, tout ce qu'il y avait dans mon agenda, c'était un cours d'aerial yoga. Rien d'autre. 
D'habitude, j'aime bien avoir plein de trucs prévus le week-end. Une expo à voir. Des petites courses sympas à faire, genre bédé fraîchement sortie ou bouffe anglaise chez M&S. Un brunch à tester. Sinon, j'ai l'impression de gaspiller les deux seuls jours de la semaine où je ne dois pas bosser (surtout que là, je viens de bourrer une trad supplémentaire dans mon agenda, ce qui me fait un emploi du temps bien chargé du lundi au vendredi jusqu'à mi-février prochain). 
En plus, il fait super beau en ce moment à Bruxelles. Froid mais soleil. Un temps à se promener en donnant des coups de pied dans les feuilles mortes et en se répétant que l'automne est une saison formidable. 
Mais là, ben non. Pas de projets spécialement réjouissants. Et pas envie non plus de me coller sur le dos la corvée de compta pro pourtant en retard depuis début juin (oui, c'est mal), ni de refaire mon profil LinkedIn ou de virer mes fournitures de scrapbooking (je dois absolument m'en débarrasser; si quelqu'un à Bruxelles est intéressé, envoyez-moi un mail...).

Alors, ce week-end, je n'ai rien fait, ou si peu. 
Je me suis acheté des tulipes rouges en rentrant du sport, parce que les fleurs ont fait partie des premières victimes des récentes restrictions budgétaires et que mon dernier bouquet remontait à presque deux mois. Je les ai mises dans le joli petit vase boule qui, à l'origine, servait de maison à la jacinthe d'eau increvable que j'ai tuée en dix jours - qu'au moins il serve à quelque chose. 
J'ai lu presque tout le tome 2 de "The Cazalet chronicles" vautrée sur mon lit dans mon nouveau gros gilet beige, avec une tasse de thé à portée de main (tant pis pour mon anémie) et ma petite bougie aux pois de senteur allumée. Je me suis absolument régalée; c'est une saga idéale pour les week-ends paresseux, l'équivalent littéraire d'une énorme part d'apple pie. 
J'ai terminé le premier numéro du magazine Les Confettis dont je rédigerai peut-être une critique plus tard (spoiler: je ne suis pas séduite), et entamé le dernier Frankie en date. 
J'ai regardé Chouchou faire des crêpes, qu'on a mangées devant un film japonais d'une lenteur que j'aurais trouvée exaspérante si le sujet ne m'avait pas tant intéressée, et je n'ai même pas décroché et été chercher mon iPad au bout d'une heure. 
Je me suis traînée au marché Flagey pour faire le plein de légumes, et notamment de courgettes rondes histoire de tester une recette vidéo aperçue le matin sur Facebook. C'était complètement raté, plein d'eau avec un oeuf pas assez cuit sur le dessus. Pour me venger, au goûter, j'ai testé une autre recette vidéo trouvé sur Facebook: des petits croissants aux pommes. C'était pas mal mais sans plus. On ne peut pas gagner à tous les coups. Du coup, le soir, au lieu du velouté de champignons que je pensais faire initialement, je me suis rabattue sur une de nos valeurs sûres: un risotto aux asperges. 
J'ai exceptionnellement réclamé un second épisode de "The good place", et si Chouchou n'avait pas eu du boulot après le dîner, je m'en serais peut-être fait un troisième.
J'ai dressé une liste de tous les articles que je voulais écrire pour le blog, et j'ai soigneusement évité de rédiger la moindre ligne d'un seul d'entre eux.

Bref, la décadence complète.

Et vous, c'était comment, ce week-end? Vous préférez prévoir plein d'activités prévues, improviser selon les envies du moment ou glander un max pendant que c'est possible?


dimanche 6 novembre 2016

Les joies de la semaine #44




Lundi: ne pas bosser le matin pour pouvoir tranquillement ranger et mettre à jour les trucs en attente depuis deux semaines / les palets bretons rapportés de Nantes nous ramènent un peu au week-end passé là-bas

Mardi: entamer la traduction du tome 3 de "Young Elites" et constater que ça va super vite / une tresse au chocolat pour nous récompenser de bosser tous les deux en ce jour férié / les spaghetti noglu à base de riz et de maïs: un délice / l'émouvant monologue de Kevin sur la vie et la mort à la fin de l'épisode 5 de "This is us"

Mercredi: récupéré la commande Amazon que le livreur DHL avait déposée chez un commerçant voisin / trouver enfin le courage d'écrire ce long billet que je ruminais depuis des mois

Jeudi: repérages de prochaines lectures chez Filigranes / reprise de l'aerial yoga après deux semaines et demie d'interruption, ça fait du bien

Vendredi: trouver le dernier Frankie et le dernier Oh Comely chez Waterstones / troquer mon avoir chez Naf-Naf contre un gilet en grosse maille beige ultra douillet / un cocktail chez LIB avec Gasparde et Sunalee... / ...suivi par un canard aux crêpes chez Fanny Thai où Chouchou nous rejoint

Samedi: tenir cinq minutes la tête en bas à l'aerial yoga / sur le chemin du retour, m'arrêter chez le fleuriste pour une brassée de petites tulipes rouges / passer l'après-midi à bouquiner et à siester / Chouchou nous fait des crêpes en guise de dîner / on aime tous les deux le film japonais "After life" / faire découvrir l'aerial yoga à Pénélope B sur Twitter / Chouchou, vêtu uniquement d'une attelle de cheville et d'une paire de chaussettes, chante "Où sont les poils?" sur un air de Patrick Juvet 

Dimanche: ça faisait longtemps qu'on n'avait pas été au marché un dimanche matin / Chouchou se dévoue pour porter le linge propre à la laverie et le faire sécher / une double ration de "The good place" ce soir

...et sans jour particulier: "The Cazalet chronicles", gros coeur de coeur lecture qui se confirme avec le tome 2 / une météo froide mais essentiellement ensoleillée à Bruxelles / un moral au beau fixe

vendredi 4 novembre 2016

"Le loup en slip" (Wilfrid Lupano/Mayana Itoïz/Paul Cauuet)


Dans la forêt, tout le monde a peur du loup. C'est l'unique sujet de conversation, le fondement même de l'économie locale. Et puis un jour, le loup descend de sa colline. Il porte un slip rayé, avec une petite poche sur le côté pour mettre son filet à provisions quand il va faire son marché, et non, il n'a rien à voir dans la disparition des trois petits cochons. Ce qui remet en cause tout le mode de vie des habitants...

"Le loup en slip", c'est le nom du théâtre de marionnettes dans la fantastique série "Les vieux fourneaux", dont le scénariste signe cette bédé dérivée et dont le dessinateur a apporté une contribution à la fin, histoire de faire le lien entre les deux. C'est surtout une fable maligne et, pour peu que l'on substitue le terrorisme islamiste au loup, terriblement dans l'air de notre temps. Le genre d'album drôle et intelligent que les parents devraient lire avec leurs enfants, et dont ils devraient se servir pour leur expliquer des choses un peu compliquées pour eux a priori: pourquoi la peur est mauvaise conseillère, pourquoi il ne faut pas se laisser influencer par des médias racoleurs et anxiogènes, ni juger sans savoir, ou comment les vrais coupables peuvent être bien planqués derrière une façade de respectabilité!



jeudi 3 novembre 2016

Fuite du bulldozer




Je ne relis pas même les romans que j'ai adorés. Un peu parce que je préfère consacrer mon temps et mes sous à découvrir quelque chose de nouveau, un peu par crainte d'être déçue la seconde fois. Récemment, comme on parlait d'une future adaptation à l'écran des Princes d'Ambre de Roger Zelazny que j'avais tant aimés à 18 ans, j'ai voulu faire une entorse à ma règle en relisant la série. J'ai eu toutes les peines du monde à aller au bout du premier tome. Je trouvais le style d'une pauvreté affligeante, le scénario plein d'incohérences grosses comme des maisons, les personnages psychologiquement épais comme du papier à cigarette. Restait l'univers toujours fabuleux, mais ce n'était plus suffisant pour moi. Ma culture littéraire ayant beaucoup augmenté en plus de 25 ans, mon esprit critique s'étant développé en proportion, je ne pouvais plus apprécier ce que j'avais adoré autrefois.  

Pour la même raison, je me refuse à revoir les films qui m'ont le plus émue de crainte de les trouver juste mélos, un peu faciles et pas si profonds que ça en fin de compte. Le DVD de "The perks of being a wallflower" - à la fin duquel je pleurais comme une andouille dans la salle de cinéma - est encore sous cellophane, et je ne l'en sortirai probablement jamais. Je suis par ailleurs à peu près certaine que, si je revoyais "Heathers" ou "Pump up the volume", je me sentirais gênée d'avoir marché à fond dans leur trip rebelle quand j'avais 16 ans. 

Plus gênant: j'ai du mal à retourner aux endroits où j'ai vécu de belles choses. J'ai l'impression que ça va gâcher mes souvenirs en réécrivant quelque chose de nouveau et de forcément moins intense par-dessus. La première fois que je suis allée à Copenhague, gros coup de foudre et sensation de pas assez. La seconde fois, c'était toujours bien, mais ça n'avait plus rien d'extraordinaire. Albi: la première fois, une journée de rêve avec Chouchou pendant les vacances; la seconde fois, une balade avortée par ennui et que seule a repêché la possibilité de faire un don de sang. Comme si la magie des choses ne résistait jamais à un examen plus poussé. D'où ma boulimie de nouveauté en tout ou presque: la culture, les restos, les voyages... C'est avantageux pour alimenter ce blog, beaucoup moins pour faire des économies. 

Le pire, c'est avec les gens. Je ne suis pas la personne la plus sociable du monde, et malgré l'impression que je peux donner ici, je me livre très difficilement sur ce qui compte (raison pour laquelle je me refuse à entreprendre une thérapie pour soigner mes angoisses). Parfois, pourtant, je me laisse cueillir au dépourvu, surprendre dans un moment vulnérable, et il se produit une très jolie connexion humaine, un instant miraculeux et fragile comme une bulle de savon. Et pour rester sur cette impression parfaite... je disparais aussitôt de la vie de l'autre personne. De mon point de vue, rien ne surpassera jamais ce moment-là - alors à quoi bon? Ce qui est tout de même une réaction bizarre, me disais-je récemment, parce que je suis une très grande fan de la routine, des petites habitudes réconfortantes par leur absence même de surprise, des longues amitiés peinardes où on a des kyrielles de souvenirs partagés. 

C'est fou comme j'arrive à m'auto-berner quand je n'ai pas envie de regarder la vérité en face. Et la vérité, c'est que dans les cas que j'évoque ci-dessus, je suis juste embarrassée de m'être montrée autrement que sous mon jour habituel de bulldozer. Plus jeune, j'étais à fleur de peau et toujours en quête de sensations intenses, ce dont je me suis mordu les doigts à maintes reprises dans ma vie amoureuse - mais pas que. J'ai beaucoup travaillé sur moi pour devenir quelqu'un d'étanche aux autres, se foutant de leur opinion et n'ayant que très peu besoin d'eux. Fait aussi énormément d'efforts pour contrôler mes émotions afin que ça ne soit pas elles qui me contrôlent. Ca a marché, et ça m'a facilité la vie dans des proportions incroyables. Alors quand je tombe sur quelqu'un qui fendille mon blindage... Je trouve ça très beau; je range soigneusement l'échange dans le musée des chouettes moments de ma vie, et puis je m'enfuis de toute la vitesse de mes chenilles. 

mercredi 2 novembre 2016

Fabuleux Carrousel des Mondes Marins




Il y a 5 ans, nous découvrions avec ravissement les Machines de l'Ile. A l'époque, dans les galeries, on pouvait admirer diverses créatures aquatiques faisant partie d'un projet de fabuleux manège qui devait ouvrir l'année suivante. Bien entendu, il figurait en tête de notre courte liste d'activités incontournables pour le week-end dernier! 

Le Carrousel des Mondes Marins, c'est un "théâtre à 360°" de 25 mètres de haut, composé de trois plateaux tournants. Celui du haut, qui fonctionne indépendamment des deux autres, regroupe embarcations et créatures de surface. Celui du milieu, les abysses, propose six attelages pouvant accueillir 2 à 6 personnes selon les modèles, et réservés aux personnes de plus d'1m35. Dans celui du bas, on trouve plusieurs engins d'exploration ainsi que des créatures des profondeurs. Tous les éléments peuvent être mécaniquement animés par leurs pilotes à l'aide de divers leviers, manettes, volants et pédales dont le personnel explique le fonctionnement à chaque fois. C'est un spectacle fabuleux, incroyablement poétique, propre à réveiller l'enfant qui sommeille même chez l'adulte le plus blasé. 








La surface




Les abysses






 Les fonds marins


Petit guide pratique:
- Les billets à tarif plein coûtent 8,50€. Si vous arrivez entre 10h et 14h, vous aurez droit à un second tour gratuit pour le même prix (le second billet n'a pas le code-barre permettant d'accéder au manège, donc, impossible d'y aller à 4 en ne payant que 2 places). 
- L'attente est longue, voire très longue pour certains éléments. Dans les fonds marins, notamment, il faut beaucoup de patience pour accéder aux engins qui descendent au "sous-sol", et celui-ci se révèle fort décevant, juste quelques petites projections lumineuses sans grand intérêt. Evitez. 
- Le plus sympa, au final, ce n'est pas de faire un tour de manège qui passe très vite et pendant lequel on ne profite pas de grand-chose: c'est d'observer le spectacle fourni par les pilotes qui actionnent les différents éléments. Aussi, si on admirer le carrousel en s'épargnant une queue interminable, on peut juste prendre un billet "visiteur" à 6,30€ et s'en mettre quand même plein les mirettes (et l'appareil-photo!). 

Parc des chantiers
Bd Léon Bureau
44200 Nantes

La plupart des photos qui illustrent ce billet ont été prises par Chouchou

mardi 1 novembre 2016

Envies de novembre




...aller voir "Fantastics beasts and where to find them" au cinéma
...me jeter sur le season premiere de "The affair"
et sur "Gilmore girls: A year in the life"
...regarder "After life"
...faire un tour au PopUp Store Ghibli
...visiter l'expo Martin Parr/Matthieu Chédid à la Cité de la Musique
...me réabonner à la version numérique de Frankie
...m'offrir un Hobonichi Cousin avec la couverture jaune à pois blancs
...tester Online Yoga TV pour quand je suis à Monpatelin
...découvrir la nouvelle carte de Life is Beautiful
...démarcher la dernière salle d'escape game bruxelloise où on n'a pas encore joué
...chercher un cours de finnois en ligne

lundi 31 octobre 2016

[NANTES] La ligue des gentlemen: Mission C.O.E.U.R.




Une des premières choses que j'ai faites après avoir décidé d'aller à Nantes durant le week-end des Utopiales, ça a été de chercher un escape game local à tester. Un comparatif des avis publiés sur Trip Advisor m'a poussée à sélectionner La ligue des gentlemen. Quelques échanges de mails plus tard, j'étais munie d'une invitation en bonne et due forme pour Mission: C.O.E.U.R. J'ai proposé à mon amie O&L et son homme, qui ne connaissaient pas du tout les escape games, de se joindre à notre petite équipe: pour eux, une bonne occasion de s'initier, pour moi, l'opportunité de voir les différences de réaction entre joueurs chevronnés et débutants sur le même scénario. 

La première chose qui frappe quand on arrive chez La ligue des gentlemen, c'est le côté grandiose de leurs locaux: d'anciennes écuries de maître avec une porte immense, une hauteur sous plafond impressionnante et des murs de pierre brute gris clair. Bien sûr, la déco a été conçue en accord. Ca met tout de suite dans une ambiance particulière! Pour la Mission: C.O.E.U.R., les joueurs se glissent dans la peau d'agents chargés de tester la sécurité du musée où est conservé le coeur d'Anne de Bretagne (personnage important de l'histoire nantaise). Ils sont munis d'une mallette d'accessoires à leur entrée dans la salle, et exceptionnellement, leur but n'est pas de trouver un moyen de sortir de cette dernière, mais de réussir à désactiver le système de sécurité et s'emparer de la précieuse relique en moins de 60 minutes. L'action se passe en 1990, ce qui a son importance en termes de technologie et d'ambiance sonore! 

J'ai aimé la petite "gymnastique" à laquelle nous avons été obligés de nous livrer en début de partie (rien d'affreux, mais nous avons dû être faire preuve d'une prudence très inhabituelle dans nos déplacements!). La salle utilise peu de cadenas, et le déroulement du scénario n'est pas trop linéaire. Il y a un bon équilibre entre la partie fouille et la partie énigmes, celles-ci nécessitant pas mal de réflexion sans être pour autant tirées par les cheveux. Pas d'ennui pour les joueurs expérimentés, mais les débutants peuvent tout de même s'en sortir avec une aide un peu plus appuyée du maître de jeu. Le taux de réussite est de 39% pour ce scénario comme pour la Mission: L.U. (l'autre salle de La ligue des gentlemen, avec une histoire différente mais un niveau de difficulté similaire). Une troisième salle un poil plus corsée devrait ouvrir au public d'ici un mois. A noter qu'aux beaux jours, La ligue des gentlemen propose aussi la Mission: B.A.R.B.E.B.L.E.U.E., une enquête qui se déroule dans les rues de la ville de Nantes!

13, rue de l'Héronnière
44000 Nantes

Octobre 2016



dimanche 30 octobre 2016

Les joies de la semaine #43




Lundi: la gentillesse de tout le personnel de l'hôpital où je passe ma coloscopie / ...mais particulièrement de ma gastroentérologue qui me dit une chose chose si jolie juste avant que je m'endorme / ...et de Gaby qui vient ensuite me chercher pour me reconduire chez moi / surtout: je n'ai rien au colon / remanger des fruits et des légumes / passer l'après-midi sur mon canapé à alterner sieste, lecture et internet

Mardi: une bonne nuit de sommeil malgré le gros mal au ventre d'hier soir / un détartrage sans douleur / oui le ciel est gris et la pluie menace, mais il fait assez doux pour boire un Planteur à la terrasse du Chamo en continuant les Chroniques des Cazalet

Mercredi: la première patate douce jaune de la saison, un pur délice / faire du vide dans mes étagères de salle de bain / pour la première fois depuis longtemps, céder à la facilité crapuleuse d'un mug cake en guise de dîner

Jeudi: en faisant du tri dans ma penderie, retrouver la dernière (et sublime) robe achetée chez Cora Kemperman à une époque où il faisait trop chaud pour la mettre / une proposition de boulot urgent qui tombe à pic pour boucler mon budget de fin d'année

Vendredi: la dame qui déclame du Aristide Briand dans le métro / attraper de justesse notre correspondance en gare Montparnasse / le sushi chicken roll et la salade de fèves que Chouchou a choisis pour moi / les retrouvailles avec O&L sur le quai de la gare / la petite promenade dans le quartier du Bouffay par une fin d'après-midi ensoleillée / les incroyables parfums sucrés et salés chez Macarons de folie / bouclé la Mission: Coeur en 59' tout rond / préparer un risotto aux champignons pour six en papotant et en sirotant un verre de bon rouge

Samedi: Chouchou qui me trouve très belle avec la fameuse robe Cora Kemperman / tremper un croissant et du pain au beurre demi-sel dans mon chocolat chaud au Tabl'o gourmand / cette photo d'O&L et moi sur un des canapés rouges du bar de Mme Spock / après avoir tenté notre chance dans plusieurs bars et salons de thé complets, finir à quatre au très joli Café Cult', et boire enfin mon premier thé de la journée / le breizh burger de Le loup, le renard et la galette

Dimanche: le musicien de rue qui joue le générique d'"Inspecteur Gadget" au violon / le super brunch de La Cigale, dans un cadre toujours aussi magnifique / pour le prix d'un seul billet, un tour de manège à chaque étage du Carrousel des Mondes Marins / je suis Chef Calamââââââr! / une pause- thé bienvenue au café des Machines de l'Ile / la bonne fatigue d'un super week-end à l'autre bout du pays

samedi 29 octobre 2016

Lectures d'Octobre 2016




ROMANS
- "Nous sommes l'eau" (Wally Lamb) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "L'improbable et pourtant véritable aventure de Parcimonie Lagribouille" (Jennifer Trafton)
- "Cogheart" (Peter Bunzl) ♥︎♥︎
- "Agatha Raisin enquête T2: Remède de cheval" (M.C. Beaton) ♥︎♥︎
- "Monsieur Origami" (Jean-Marc Ceci) ♥︎
- "Journal d'un homme heureux" (Philippe Delerm) ♥︎♥︎
- "Les petites reines" (Clémentine Beauvais) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Le pays que j'aime" (Caterina Bonvicini) ♥︎♥︎
- "Hikikomori" (Jeff Backhaus) ♥︎♥︎♥︎
- "La renverse" (Olivier Adam) ♥︎
- "Wishin' and hopin'" (Wally Lamb) ♥︎♥︎
- "Little women" (Louisa May Alcott) - en cours
- "The Cazalet chronicles T1: The light years" (Elizabeth Jane Howard) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Le meilleur livre du monde" (Peter Stjernström)
- "Génération K T1" (Marine Carteron) ♥︎♥︎

BEDE/MANGA
- "Les brumes de Sapa" (Lolita Séchan) ♥︎♥︎♥︎
- "Chroniques de la fruitière" (Fred Bernard) ♥︎♥︎♥︎
- "Perfect world T1" (Rie Aruga) ♥︎♥︎♥︎
- "L'épouvantable peur d'Epiphanie Frayeur" (Séverine Gauthier/Clément Lefèvre) ♥︎♥︎♥︎♥︎

DIVERS
- "The little book of Hygge" (Meik Wiking) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Sane new world" (Ruby Wax)

mercredi 26 octobre 2016

La révision des 45000, épisode 3




Quand je me réveille, une infirmière vient m'annoncer que "Tout s'est bien passé" sans plus de précisions, et me demande si j'ai mal. Non, et je me sens nettement plus réveillée que certains matins. On me remonte dans ma chambre où, pour tuer le temps, j'entame les Chroniques des Cazalet. Bon choix: c'est à la fois facile à lire et très prenant. Je viens de finir ma collation quand ma gastroentérologue passe en coup de vent. "Je n'ai pas terminé au bloc, je dois redescendre tout de suite, mais je voulais vous rassurer: vous n'avez rien. Je reviens tout à l'heure vous expliquer plus en détail." Si ça n'était pas tout à fait inapproprié, et si je n'avais pas une haleine de poney au sortir de l'anesthésie, je l'embrasserais pour sa gentillesse. 

Ses interventions du jour terminées, elle réapparaît pour me dire que l'intérieur de mon colon est nickel, je n'ai même pas un petit diverticule dans un coin. D'un côté, je suis rassurée; de l'autre, ça ne m'explique pas l'origine des fameux maux de ventre qui m'angoissent depuis des mois. Elle me dit qu'il est toujours possible qu'il y ait quelque chose sur la paroi extérieure du colon, mais que dans ce cas j'aurais sans doute d'autres symptômes tels que... des trucs dont je me souviens juste que je ne les ai pas, car visiblement je n'étais pas aussi bien réveillée que je le pensais et ma mémoire n'enregistrait que les faits essentiels. Elle me prescrit un mois d'anti-spasmodiques pour voir si ça arrange le problème. Puis elle passe à ma voisine de chambre, qui a l'âge de mes parents et plusieurs diverticules de taille variée (ce qui me fait une occasion d'apprendre en quoi ça consiste et comment les éviter, même si ça ne va pas me servir tout de suite - apparemment, les graines et les pépins sont l'ennemi numéro un). 

Gaby vient me chercher pour me ramener chez moi. Le temps que j'arrive, il est presque 14h. Je passe un après-midi paisible à manger des fruits, lire, siester et surfer sur internet depuis mon canapé. Assez vite, je commence à avoir mal au ventre, et dans la soirée, c'est devenu très douloureux (ce qui n'avait pas été le cas la dernière fois pour autant que je me souvienne). Je prends un Doliprane et je vais me coucher en craignant de passer une mauvaise nuit, mais je suis tellement crevée des deux précédentes qu'au final, je roupille comme une bienheureuse pendant plus de huit heures d'affilée. 

Le lendemain, il fait gris et il pleut, mais je me traîne quand même chez ma dentiste pour mon détartrage annuel. "Vous êtes une fée", lui dis-je en constatant que je ne crache pas la moindre goutte de sang après son passage sur toute la mâchoire inférieure. "Bah, c'est vous qui vous lavez bien les dents, il n'y a pas grand-chose à faire", me répond-elle modestement. Et elle me réenfourne son instrument avant que je puisse objecter que je me lave les dents de la même façon depuis plus de 40 ans et que tous ses prédécesseurs sans exception m'ont toujours mis la bouche en sang. (Si vous habitez en région toulonnaise et que vous cherchez, pour vous ou vos enfants, un dentiste qui ne fait pas mal, je vous donne volontiers ses coordonnées par mail. Même chose pour ma gastroentérologue, cette héroïne.)

Du fait que je vais suivre un traitement médicamenteux pendant un mois, je renonce à faire la prise de sang prévue mercredi matin et annule le rendez-vous de suivi chez mon généraliste jeudi après-midi. J'irai fin novembre; ça suffira bien. Maintenant que je n'ai plus l'impression d'être en train de mourir du bide, je survivrai probablement quelques semaines sans vérifier où en sont ma légère anémie et ma VS trop élevée. Je me sens comme ressuscitée. Je me fous de la météo déprimante; je bosse alors que rien ne m'y oblige et je fais plein de projets pour la fin de l'année. J'ai d'ailleurs eu une idée assez géniale (oui, c'est ma dentiste qui a capté toute la modestie disponible dans la région) pour remercier ma gastroentérologue de sa bienveillance d'une manière qui ne nous gênera ni l'une ni l'autre - mais le fait que ça fonctionne ne dépendra pas seulement de moi, et il faudra quelque temps pour dire si ça a marché ou non. J'espère pouvoir vous montrer ça prochainement!

"The Cazalet chronicles T1: The light years" (Elizabeth Jane Howard)


C'est en lisant "How to find love in a bookshop" que j'ai découvert l'existence de ces chroniques familiales apparemment bien connues des lecteurs anglais mais jamais traduites en français à ce jour. Sans être nobles ou riches à millions, les Cazalet jouissent d'un train de vie confortable grâce au commerce de bois dirigé par l'aïeul Willian, surnommé "le Brigadier". Ils possèdent dans le Sussex une grand demeure appelée Home Place où trois générations se réunissent à l'occasion des vacances d'été. Hugh, le fils aîné, reste profondément marqué par la Première Guerre Mondiale lors de laquelle il a perdu une main. Son épouse Sybil, enceinte pour la troisième fois, commence à soupçonner qu'elle attend des jumeaux. Edward, le cadet si séduisant, entretient des liaisons clandestines depuis que sa femme Villy, une ancienne danseuse qui s'ennuie terriblement dans cette vie bourgeoise, se refuse à lui. Rachel s'occupe de ses parents avec dévouement - de toute façon, elle est amoureuse d'une autre femme, à moitié juive de surcroît, et ne pourrait jamais vivre cette relation au grand jour. Rupert, le benjamin, est un artiste coincé entre les enfants qu'il a eu de sa première femme défunte et sa seconde épouse beaucoup plus jeune qui souhaiterait qu'il lui consacre tout son temps et abandonne ses aspirations artistiques pour une carrière plus lucrative. Nous sommes à la fin des années 30, et tandis que la vie s'écoule paisible et languissante à Home Place, la Seconde Guerre Mondiale se profile à l'horizon...

Avant de commander ce premier tome, j'ai lu beaucoup de critiques qui comparaient les Chroniques des Cazalet à "Downton Abbey". Pourtant, les lecteurs qui espéreraient trouver là rebondissements dramatiques en chaîne et répliques acides à la Lady Violet seront bien déçus. Certes, Elizabeth Jane Howard raconte l'histoire, dans la première moitié du XXème siècle, d'une famille anglaise fortunée qui vit une partie de l'année à la campagne et autour de laquelle s'agitent pas mal de domestiques. Mais la ressemblance s'arrête là. "Les Chroniques de Cazalet" ont un rythme très lent et s'attachent surtout à l'observation d'un quotidien bucolique, ponctué par les pensées secrètes des uns et des autres. Les points de vue sont nombreux - rien qui devrait effrayer les fans de "Jalna" et encore moins ceux de "Game of thrones" cependant -, avec une mention spéciale pour ceux des enfants que je trouve particulièrement réussis. Les adultes, bien sûr, ont des préoccupations moins gaies, plus réalistes. La dynamique des trois couples principaux se révèle fort prenante: Hugh et Sybil, touchants et presque comiques dans leur façon de se sacrifier perpétuellement à ce qu'ils croient être les préférences de l'autre; Edward, archétype du coureur de jupons, face à Villy, femme indépendante qui aurait probablement dû le rester; Rupert qui a fait un si mauvais choix en épousant la superficielle et exigeante Zoë et doit renoncer à son rêve de devenir un peintre sérieux. Non, il n'y a pas beaucoup d'action, mais le mode de vie, l'atmosphère de la campagne anglaise et les préoccupations de l'époque sont si bien rendus que j'ai trouvé "The Light Years" très prenant et l'ai dévoré en trois jours malgré sa taille respectable. Vite, la suite!

mardi 25 octobre 2016

La révision des 45000, épisode 2




Vendredi, je profite du fait que je n'ai pas de rendez-vous médical ni autre obligation pour cravacher un maximum et boucler la traduction de mon thriller australien avec dix jours d'avance. Comme ça, la semaine prochaine, aucun stress lié au boulot - ce sera toujours ça de pris. Sur ma lancée, je me débarrasse de trois coups de fil importants (je hais le téléphone) et de quelques courriers administratif. Je passe même chez la couturière apporter une robe et un manteau à retoucher! C'est peut-être idiot, mais barrer des trucs sur ma To Do List constitue pour moi l'un des plus courts chemins vers la zénitude. Ca me donne l'impression de contrôler ma vie, au moins dans ses aspects extérieurs. Je trouve ça apaisant. 

Samedi, j'entame le régime sans résidu. Pendant 48h, les fruits et les légumes (frais ou secs) me sont interdits, ainsi que les céréales complètes et les laitages. En temps ordinaire, ça doit représenter 90% de mon alimentation, mais pour deux jours, je survivrai. Histoire de me distraire, je descends en ville porter des livres chez le bouquiniste et je m'offre un thé au Chantilly, puis une séance de ciné dans l'unique salle d'art et d'essai locale. Le moral est bon, voire très bon... jusqu'à ce que la pluie me réveille à trois heures et demie du matin, que je ne parvienne pas à me rendormir et que mes angoisses se jettent sur moi telle une meute de chiens de chasse à la curée. Je passe une fin de nuit affreuse. 

Dimanche, c'est la purge. Au sens littéral du terme. Bizarrement, alors que c'est le même produit qu'il y a 5 ans (du Citrafleet) et la même posologie, les résultats sont bien moins apocalyptiques. Je n'ai pas du tout mal au ventre et je passe beaucoup moins de temps cumulé sur les toilettes. Je ne sais pas si je dois m'en réjouir ou m'en inquiéter. A partir du milieu de l'après-midi, l'angoisse commence à monter. Je ne crois pas à l'option "Vous n'avez rien, c'est juste la partie bouchonnante de votre colon qui est facilement irritable", et j'essaie de ne pas anticiper la pire - le même cancer que mon père. Donc je me prépare pour une issue médiane, genre un ou des polypes à retirer chirurgicalement le mois prochain. J'ai d'ailleurs fait exprès de ne pas prévoir grand-chose en novembre sorti de mon boulot. Contre toute attente, je passe une nuit potable, même si je me réveille à 4h40 pour ne plus me rendormir. Dans quelques heures, je serai fixée.

Lundi, j'arrive à l'hôpital de bonne heure, et je suis prise en charge par des employés tous super agréables et souriants, depuis les secrétaires de l'accueil jusqu'aux infirmiers de bloc. Mine de rien, ça fait une très grosse différence. Ma gastroentérologue vient me chercher dans le couloir pour me pousser en salle d'op. Pendant que l'anesthésiste (qui n'est pas celui de vendredi, mais une dame intriguée par mon tatouage de Régis) me pose le cathéter, elle me dit qu'elle a lu l'article de blog consacré à ma précédente coloscopie, et elle ajoute avec un sourire plein de douceur: "Le tombeau des hommes, c'est le coeur des vivants. Je me souviens très bien de votre papa." Je m'endors en pleurant.

(A suivre)