dimanche 30 octobre 2016

Les joies de la semaine #43




Lundi: la gentillesse de tout le personnel de l'hôpital où je passe ma coloscopie / ...mais particulièrement de ma gastroentérologue qui me dit une chose chose si jolie juste avant que je m'endorme / ...et de Gaby qui vient ensuite me chercher pour me reconduire chez moi / surtout: je n'ai rien au colon / remanger des fruits et des légumes / passer l'après-midi sur mon canapé à alterner sieste, lecture et internet

Mardi: une bonne nuit de sommeil malgré le gros mal au ventre d'hier soir / un détartrage sans douleur / oui le ciel est gris et la pluie menace, mais il fait assez doux pour boire un Planteur à la terrasse du Chamo en continuant les Chroniques des Cazalet

Mercredi: la première patate douce jaune de la saison, un pur délice / faire du vide dans mes étagères de salle de bain / pour la première fois depuis longtemps, céder à la facilité crapuleuse d'un mug cake en guise de dîner

Jeudi: en faisant du tri dans ma penderie, retrouver la dernière (et sublime) robe achetée chez Cora Kemperman à une époque où il faisait trop chaud pour la mettre / une proposition de boulot urgent qui tombe à pic pour boucler mon budget de fin d'année

Vendredi: la dame qui déclame du Aristide Briand dans le métro / attraper de justesse notre correspondance en gare Montparnasse / le sushi chicken roll et la salade de fèves que Chouchou a choisis pour moi / les retrouvailles avec O&L sur le quai de la gare / la petite promenade dans le quartier du Bouffay par une fin d'après-midi ensoleillée / les incroyables parfums sucrés et salés chez Macarons de folie / bouclé la Mission: Coeur en 59' tout rond / préparer un risotto aux champignons pour six en papotant et en sirotant un verre de bon rouge

Samedi: Chouchou qui me trouve très belle avec la fameuse robe Cora Kemperman / tremper un croissant et du pain au beurre demi-sel dans mon chocolat chaud au Tabl'o gourmand / cette photo d'O&L et moi sur un des canapés rouges du bar de Mme Spock / après avoir tenté notre chance dans plusieurs bars et salons de thé complets, finir à quatre au très joli Café Cult', et boire enfin mon premier thé de la journée / le breizh burger de Le loup, le renard et la galette

Dimanche: le musicien de rue qui joue le générique d'"Inspecteur Gadget" au violon / le super brunch de La Cigale, dans un cadre toujours aussi magnifique / pour le prix d'un seul billet, un tour de manège à chaque étage du Carrousel des Mondes Marins / je suis Chef Calamââââââr! / une pause- thé bienvenue au café des Machines de l'Ile / la bonne fatigue d'un super week-end à l'autre bout du pays

samedi 29 octobre 2016

Lectures d'Octobre 2016




ROMANS
- "Nous sommes l'eau" (Wally Lamb) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "L'improbable et pourtant véritable aventure de Parcimonie Lagribouille" (Jennifer Trafton)
- "Cogheart" (Peter Bunzl) ♥︎♥︎
- "Agatha Raisin enquête T2: Remède de cheval" (M.C. Beaton) ♥︎♥︎
- "Monsieur Origami" (Jean-Marc Ceci) ♥︎
- "Journal d'un homme heureux" (Philippe Delerm) ♥︎♥︎
- "Les petites reines" (Clémentine Beauvais) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Le pays que j'aime" (Caterina Bonvicini) ♥︎♥︎
- "Hikikomori" (Jeff Backhaus) ♥︎♥︎♥︎
- "La renverse" (Olivier Adam) ♥︎
- "Wishin' and hopin'" (Wally Lamb) ♥︎♥︎
- "Little women" (Louisa May Alcott) - en cours
- "The Cazalet chronicles T1: The light years" (Elizabeth Jane Howard) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Le meilleur livre du monde" (Peter Stjernström)
- "Génération K T1" (Marine Carteron) ♥︎♥︎

BEDE/MANGA
- "Les brumes de Sapa" (Lolita Séchan) ♥︎♥︎♥︎
- "Chroniques de la fruitière" (Fred Bernard) ♥︎♥︎♥︎
- "Perfect world T1" (Rie Aruga) ♥︎♥︎♥︎
- "L'épouvantable peur d'Epiphanie Frayeur" (Séverine Gauthier/Clément Lefèvre) ♥︎♥︎♥︎♥︎

DIVERS
- "The little book of Hygge" (Meik Wiking) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Sane new world" (Ruby Wax)

mercredi 26 octobre 2016

La révision des 45000, épisode 3




Quand je me réveille, une infirmière vient m'annoncer que "Tout s'est bien passé" sans plus de précisions, et me demande si j'ai mal. Non, et je me sens nettement plus réveillée que certains matins. On me remonte dans ma chambre où, pour tuer le temps, j'entame les Chroniques des Cazalet. Bon choix: c'est à la fois facile à lire et très prenant. Je viens de finir ma collation quand ma gastroentérologue passe en coup de vent. "Je n'ai pas terminé au bloc, je dois redescendre tout de suite, mais je voulais vous rassurer: vous n'avez rien. Je reviens tout à l'heure vous expliquer plus en détail." Si ça n'était pas tout à fait inapproprié, et si je n'avais pas une haleine de poney au sortir de l'anesthésie, je l'embrasserais pour sa gentillesse. 

Ses interventions du jour terminées, elle réapparaît pour me dire que l'intérieur de mon colon est nickel, je n'ai même pas un petit diverticule dans un coin. D'un côté, je suis rassurée; de l'autre, ça ne m'explique pas l'origine des fameux maux de ventre qui m'angoissent depuis des mois. Elle me dit qu'il est toujours possible qu'il y ait quelque chose sur la paroi extérieure du colon, mais que dans ce cas j'aurais sans doute d'autres symptômes tels que... des trucs dont je me souviens juste que je ne les ai pas, car visiblement je n'étais pas aussi bien réveillée que je le pensais et ma mémoire n'enregistrait que les faits essentiels. Elle me prescrit un mois d'anti-spasmodiques pour voir si ça arrange le problème. Puis elle passe à ma voisine de chambre, qui a l'âge de mes parents et plusieurs diverticules de taille variée (ce qui me fait une occasion d'apprendre en quoi ça consiste et comment les éviter, même si ça ne va pas me servir tout de suite - apparemment, les graines et les pépins sont l'ennemi numéro un). 

Gaby vient me chercher pour me ramener chez moi. Le temps que j'arrive, il est presque 14h. Je passe un après-midi paisible à manger des fruits, lire, siester et surfer sur internet depuis mon canapé. Assez vite, je commence à avoir mal au ventre, et dans la soirée, c'est devenu très douloureux (ce qui n'avait pas été le cas la dernière fois pour autant que je me souvienne). Je prends un Doliprane et je vais me coucher en craignant de passer une mauvaise nuit, mais je suis tellement crevée des deux précédentes qu'au final, je roupille comme une bienheureuse pendant plus de huit heures d'affilée. 

Le lendemain, il fait gris et il pleut, mais je me traîne quand même chez ma dentiste pour mon détartrage annuel. "Vous êtes une fée", lui dis-je en constatant que je ne crache pas la moindre goutte de sang après son passage sur toute la mâchoire inférieure. "Bah, c'est vous qui vous lavez bien les dents, il n'y a pas grand-chose à faire", me répond-elle modestement. Et elle me réenfourne son instrument avant que je puisse objecter que je me lave les dents de la même façon depuis plus de 40 ans et que tous ses prédécesseurs sans exception m'ont toujours mis la bouche en sang. (Si vous habitez en région toulonnaise et que vous cherchez, pour vous ou vos enfants, un dentiste qui ne fait pas mal, je vous donne volontiers ses coordonnées par mail. Même chose pour ma gastroentérologue, cette héroïne.)

Du fait que je vais suivre un traitement médicamenteux pendant un mois, je renonce à faire la prise de sang prévue mercredi matin et annule le rendez-vous de suivi chez mon généraliste jeudi après-midi. J'irai fin novembre; ça suffira bien. Maintenant que je n'ai plus l'impression d'être en train de mourir du bide, je survivrai probablement quelques semaines sans vérifier où en sont ma légère anémie et ma VS trop élevée. Je me sens comme ressuscitée. Je me fous de la météo déprimante; je bosse alors que rien ne m'y oblige et je fais plein de projets pour la fin de l'année. J'ai d'ailleurs eu une idée assez géniale (oui, c'est ma dentiste qui a capté toute la modestie disponible dans la région) pour remercier ma gastroentérologue de sa bienveillance d'une manière qui ne nous gênera ni l'une ni l'autre - mais le fait que ça fonctionne ne dépendra pas seulement de moi, et il faudra quelque temps pour dire si ça a marché ou non. J'espère pouvoir vous montrer ça prochainement!

"The Cazalet chronicles T1: The light years" (Elizabeth Jane Howard)


C'est en lisant "How to find love in a bookshop" que j'ai découvert l'existence de ces chroniques familiales apparemment bien connues des lecteurs anglais mais jamais traduites en français à ce jour. Sans être nobles ou riches à millions, les Cazalet jouissent d'un train de vie confortable grâce au commerce de bois dirigé par l'aïeul Willian, surnommé "le Brigadier". Ils possèdent dans le Sussex une grand demeure appelée Home Place où trois générations se réunissent à l'occasion des vacances d'été. Hugh, le fils aîné, reste profondément marqué par la Première Guerre Mondiale lors de laquelle il a perdu une main. Son épouse Sybil, enceinte pour la troisième fois, commence à soupçonner qu'elle attend des jumeaux. Edward, le cadet si séduisant, entretient des liaisons clandestines depuis que sa femme Villy, une ancienne danseuse qui s'ennuie terriblement dans cette vie bourgeoise, se refuse à lui. Rachel s'occupe de ses parents avec dévouement - de toute façon, elle est amoureuse d'une autre femme, à moitié juive de surcroît, et ne pourrait jamais vivre cette relation au grand jour. Rupert, le benjamin, est un artiste coincé entre les enfants qu'il a eu de sa première femme défunte et sa seconde épouse beaucoup plus jeune qui souhaiterait qu'il lui consacre tout son temps et abandonne ses aspirations artistiques pour une carrière plus lucrative. Nous sommes à la fin des années 30, et tandis que la vie s'écoule paisible et languissante à Home Place, la Seconde Guerre Mondiale se profile à l'horizon...

Avant de commander ce premier tome, j'ai lu beaucoup de critiques qui comparaient les Chroniques des Cazalet à "Downton Abbey". Pourtant, les lecteurs qui espéreraient trouver là rebondissements dramatiques en chaîne et répliques acides à la Lady Violet seront bien déçus. Certes, Elizabeth Jane Howard raconte l'histoire, dans la première moitié du XXème siècle, d'une famille anglaise fortunée qui vit une partie de l'année à la campagne et autour de laquelle s'agitent pas mal de domestiques. Mais la ressemblance s'arrête là. "Les Chroniques de Cazalet" ont un rythme très lent et s'attachent surtout à l'observation d'un quotidien bucolique, ponctué par les pensées secrètes des uns et des autres. Les points de vue sont nombreux - rien qui devrait effrayer les fans de "Jalna" et encore moins ceux de "Game of thrones" cependant -, avec une mention spéciale pour ceux des enfants que je trouve particulièrement réussis. Les adultes, bien sûr, ont des préoccupations moins gaies, plus réalistes. La dynamique des trois couples principaux se révèle fort prenante: Hugh et Sybil, touchants et presque comiques dans leur façon de se sacrifier perpétuellement à ce qu'ils croient être les préférences de l'autre; Edward, archétype du coureur de jupons, face à Villy, femme indépendante qui aurait probablement dû le rester; Rupert qui a fait un si mauvais choix en épousant la superficielle et exigeante Zoë et doit renoncer à son rêve de devenir un peintre sérieux. Non, il n'y a pas beaucoup d'action, mais le mode de vie, l'atmosphère de la campagne anglaise et les préoccupations de l'époque sont si bien rendus que j'ai trouvé "The Light Years" très prenant et l'ai dévoré en trois jours malgré sa taille respectable. Vite, la suite!

mardi 25 octobre 2016

La révision des 45000, épisode 2




Vendredi, je profite du fait que je n'ai pas de rendez-vous médical ni autre obligation pour cravacher un maximum et boucler la traduction de mon thriller australien avec dix jours d'avance. Comme ça, la semaine prochaine, aucun stress lié au boulot - ce sera toujours ça de pris. Sur ma lancée, je me débarrasse de trois coups de fil importants (je hais le téléphone) et de quelques courriers administratif. Je passe même chez la couturière apporter une robe et un manteau à retoucher! C'est peut-être idiot, mais barrer des trucs sur ma To Do List constitue pour moi l'un des plus courts chemins vers la zénitude. Ca me donne l'impression de contrôler ma vie, au moins dans ses aspects extérieurs. Je trouve ça apaisant. 

Samedi, j'entame le régime sans résidu. Pendant 48h, les fruits et les légumes (frais ou secs) me sont interdits, ainsi que les céréales complètes et les laitages. En temps ordinaire, ça doit représenter 90% de mon alimentation, mais pour deux jours, je survivrai. Histoire de me distraire, je descends en ville porter des livres chez le bouquiniste et je m'offre un thé au Chantilly, puis une séance de ciné dans l'unique salle d'art et d'essai locale. Le moral est bon, voire très bon... jusqu'à ce que la pluie me réveille à trois heures et demie du matin, que je ne parvienne pas à me rendormir et que mes angoisses se jettent sur moi telle une meute de chiens de chasse à la curée. Je passe une fin de nuit affreuse. 

Dimanche, c'est la purge. Au sens littéral du terme. Bizarrement, alors que c'est le même produit qu'il y a 5 ans (du Citrafleet) et la même posologie, les résultats sont bien moins apocalyptiques. Je n'ai pas du tout mal au ventre et je passe beaucoup moins de temps cumulé sur les toilettes. Je ne sais pas si je dois m'en réjouir ou m'en inquiéter. A partir du milieu de l'après-midi, l'angoisse commence à monter. Je ne crois pas à l'option "Vous n'avez rien, c'est juste la partie bouchonnante de votre colon qui est facilement irritable", et j'essaie de ne pas anticiper la pire - le même cancer que mon père. Donc je me prépare pour une issue médiane, genre un ou des polypes à retirer chirurgicalement le mois prochain. J'ai d'ailleurs fait exprès de ne pas prévoir grand-chose en novembre sorti de mon boulot. Contre toute attente, je passe une nuit potable, même si je me réveille à 4h40 pour ne plus me rendormir. Dans quelques heures, je serai fixée.

Lundi, j'arrive à l'hôpital de bonne heure, et je suis prise en charge par des employés tous super agréables et souriants, depuis les secrétaires de l'accueil jusqu'aux infirmiers de bloc. Mine de rien, ça fait une très grosse différence. Ma gastroentérologue vient me chercher dans le couloir pour me pousser en salle d'op. Pendant que l'anesthésiste (qui n'est pas celui de vendredi, mais une dame intriguée par mon tatouage de Régis) me pose le cathéter, elle me dit qu'elle a lu l'article de blog consacré à ma précédente coloscopie, et elle ajoute avec un sourire plein de douceur: "Le tombeau des hommes, c'est le coeur des vivants. Je me souviens très bien de votre papa." Je m'endors en pleurant.

(A suivre)

lundi 24 octobre 2016

Les joies de la semaine #42




Lundi: la pensée de Lady Pops en cette date anniversaire difficile / je préfère encore me traîner de grosses inquiétudes financières que mes angoisses de santé habituelles

Mardi: réussi la suspension en lotus inversé / un petit Pear'fect chez Guapa pour me requinquer à la sortie de l'aerial yoga / une séance d'escape game très sympa chez Escape Hunt / cette fausse interview hilarante de Barack Obama

Mercredi: la mignonne carte japonaise que Chouchou a planquée dans mon MacBook / pour une fois, je n'ai que des voisines de train super agréables / réussi à traduire dix pages entre Aéroport Charles-de-Gaulle et Lyon-Part-Dieu / les cookies Super Fruit offerts par Delhaize sont vachement bons et parfaits à trimballer / c'est top pratique d'avoir du wifi gratuit en gare de Toulon maintenant / reçu (et aussitôt dépensé) un chèque-cadeau Amazon 

Jeudi: la dame du primeur qui m'offre ma barquette de mini-tomates parce qu'il faut les manger vite / les secrétaires de la clinique, super gentilles et accommodantes / un Coca-lecture au soleil à la terrasse du bar de l'Opéra / un thé de printemps-toasts briochés avec Gaby et sa fille à la Théière / Seb qui nous rejoint pour une petite balade en ville tandis que le soleil se couche sur cette magnifique journée d'automne

Vendredi: fini la traduction de mon thriller australien avec dix jours d'avance / pour fêter ça, me préparer une tresse au chocolat / échec des négociations sur le CETA grâce aux Wallons

Samedi: un thé-lecture au Chantilly / "Ma vie de Courgette" au Royal

Dimanche: l'effet du Citrafleet me paraît moins violent que la dernière fois / du coup, j'en profite pour attaquer ma traduction suivante / trouver au fond d'un tiroir deux piles crayon toutes neuves pour remplacer celles de la télécommande de mon chauffage / le soir, me refaire le début de "Pushing daisies"

...et sans jour particulier: ressortir mon pull-doudou Cotélac / la bougie parfumée avocat-menthe d'Anthropologie; la Clean Cotton de Yankee Candle / le compte Instagram d'April Wu / lire enfin "Little women" dans la ravissante édition Penguin in Bloom

dimanche 23 octobre 2016

"Ma vie de Courgette"


Courgette a neuf ans. Un soir où sa mère alcoolique menaçait de lui foutre une énième raclée, il a refermé sur elle la trappe qui menait à sa chambre, et la chute l'a tuée. Courgette atterrit donc au foyer des Fontaines, parmi une bande d'enfants tout aussi cabossés par la vie. La mère de Béatrice a été expulsée vers l'Afrique; chaque fois que la fillette aux lunettes rouges entend une voiture, elle se précipite sur le perron pleine d'espoir en criant "Maman?". Le papa d'Ahmed fait de la prison pour holdup; le petit garçon, lui, s'accroche à sa peluche et refait pipi au lit. Les parents de Simon sont drogués tous les deux, et le jeune rouquin se sonne des allures de petit dur: dès le début, il surnomme Courgette "la Patate" et lui pique son précieux cerf-volant. Alice a été sexuellement abusée par son père; elle se planque derrière sa mèche blonde et tape très fort avec le manche de sa fourchette quand les gens commencent à se disputer à table. La mère de Jujube est atteinte de TOC qui la rendent inapte à élever son enfant. Et puis un jour débarque Camille, qui a vu son père tuer sa mère et se suicider ensuite. Pour Courgette, c'est le coup de foudre...

Adapté par Céline Sciamma ("Naissance des pieuvres", "Tomboy", "Bande de filles") du roman "Autobiographie d'une Courgette" de Gilles Paris, ce film d'animation est une petite merveille tant sur le fond que sur la forme. Tour à tour dramatique, tendre et joyeux, il parle de la résilience des enfants. Sur le fumier de leur histoire tragique, Courgette et ses amis parviennent à faire éclore une irrépressible joie de vivre en dépit de tout. Leurs visages en pâte à modeler sont incroyablement expressifs; les maniérismes des personnages et le talent des jeunes comédiens qui leur prêtent leur voix les rendent extrêmement touchants. Je ne suis hélas pas certaine que dans la vraie vie, les petits Courgette rencontrent toujours des adultes aussi bienveillants que le personnel des Fontaines ou Raymond le policier moustachu. Mais comme la littérature, le cinéma sert aussi parfois à représenter les choses telles qu'on voudrait qu'elles soient. "Ma vie de Courgette": un film délicat et drôle, juste indispensable. 



samedi 22 octobre 2016

"L'épouvantable peur d'Epiphanie Frayeur" (Séverine Gauthier/Clément Lefèvre)


Epiphanie a huit ans et demi. Depuis toujours, elle a peur de son ombre, qui grandit plus vite qu'elle. Sa quête d'un remède lui fera croiser un guide qui a perdu son sérieux et qui est devenu aussi léger qu'un ballon, un docteur qui l'enverra chez un coiffeur sans corps, un preux chevalier qui proposera de la sauver mais qu'elle finira par contaminer, un dompteur et une voyante... Nourrie par toutes ces rencontres, c'est en elle que la fillette finira par trouver le déclic pour maîtriser sa peur. 

Mon coup de coeur bédé d'octobre, c'est cet album qui, s'il s'adresse apparemment aux enfants, aborde le problème de l'angoisse avec tant d'intelligence et de finesse que ça devrait aussi parler aux adultes concernés. (Suivez mon regard.) "Tu prends toujours tellement de place, dit Epiphanie à l'ombre-peur monstrueuse qui la suit partout. Je n'arrive plus à respirer." Sur ces prémisses peu réjouissantes en apparence, Séverine Gauthier bâtit une histoire aux métaphores aussi justes que poétiques, superbement illustrée par Clément Lefèvre. La fantaisie de leur univers offre un contrepoint bienvenu à la pesanteur de leur sujet. Une vraie réussite. 



vendredi 21 octobre 2016

La révision des 45000, épisode 1




Depuis le mois de février, je souffre de maux de ventre inexpliqués qui me donnent des angoisses terribles. Je devais de toute façon faire une coloscopie cette année (tous les 5 ans à partir de 40 ans quand on a un parent direct qui a eu un cancer du côlon), mais ma gastroentérologue a été en congé maladie pendant tout le premier semestre et je ne souhaitais pas voir quelqu'un d'autre. Par ailleurs, en septembre, une prise de sang a révélé une légère anémie et surtout une VS - vitesse de sédimentation, un indicateur d'inflammations internes - trois fois supérieure au taux acceptable. C'est peu dire que je balisais.

Bref, en l'espace d'une semaine, j'ai casé à la fois ma coloscopie, une seconde prise de sang et le rendez-vous de suivi chez mon généraliste - et tout à fait par hasard, mon détartrage annuel déjà programmé depuis le début de l'été. Je vais toujours chez l'ophtalmo en début d'année, et je n'ai pas eu envie de m'infliger un frottis chez la gynéco en plus de tout le reste. Mais quand même, la semaine s'annonçait chargée et plutôt stressante. Du coup, je me suis débrouillée pour n'avoir quasiment pas de travail à faire en parallèle et pour me caler quelques pauses sympas entre les rendez-vous médicaux. Puis j'ai pris mon courage à deux mains, mon billet de TGV entre les dents, et je suis descendue dans le sud pour la révision des 45000. 

Mercredi soir, donc, j'arrive à Monpatelin. Jeudi matin, en me rendant au village pour faire mes courses (du riz blanc, du jambon de Paris, du beurre et du fromage râpé qui constitueront mes seuls repas ce week-end - merci la préparation à la coloscopie...), je croise mon merveilleux généraliste dans la rue. Depuis plus de 15 ans que j'habite ici, ce n'était encore jamais arrivé. C'est sûrement un signe. "Ouais: le signe qu'il avait une visite à domicile dans le coin", lance, blasée, la partie rationnelle de mon esprit. Pfff, si on ne peut même plus s'imaginer que l'univers nous envoie des messages pour contrebalancer les heures sup de notre amygdale hyperactive, où va-t-on, je vous le demande.

En début d'après-midi, je me rends à la clinique pour la consultation anesthésie. La secrétaire est adorable et me promet d'essayer de me faire admettre le plus tard possible lundi (vu que je viens en bus, qu'il n'y en a qu'un toutes les heures et qu'il met 45 minutes depuis chez moi). Par contre, le docteur qui me reçoit m'ordonne deux fois de m'asseoir alors que je suis debout en train de sortir de mon sac les documents qu'il vient de me réclamer. Y'a le feu ou quoi? J'étais pourtant seule dans la salle d'attente. Il me demande si j'ai rempli le questionnaire vert. Je le lui remets.
- Tenez, j'ai aussi mon dernier bilan sanguin.
- Je m'en fous, c'est pour Mme X.
(Mme X: ma gastroentérologue. Se taper onze ans d'études pour mériter le titre de Dr. et se faire appeler "Madame" par un collègue. Les boules.)
- Mais il y avait marqué de l'apporter pour la consultation d'anesthésie.

L'anesthésiste fronce les sourcils d'un air irrité et, sans répondre, se saisit de mon questionnaire.
- Vous fumez?
- Non. C'est noté là.
(Moi aussi, je peux être désagréable.)
- Vous avez des appareils dentaires?
- Non plus, comme je l'ai indiqué.
- Vous avez déjà fait un AVC?
- Pas depuis que j'ai coché la case "non".

Après m'avoir fait répéter toutes les informations qu'il a sous le nez, il me demande si j'ai des questions.
- J'aimerais savoir pourquoi on ne m'a pas prescrit de douche à la Bétadine. J'avais dû en prendre une la dernière fois. Peut-être que ma gastroentérologue a oublié?
- Comment voulez-vous que je le sache?
- La secrétaire m'a dit qu'au cas où, vous pourriez m'en prescrire.
- C'est pas mon boulot. Autre chose?
- ...Euh, non.
- Ca fera 50€.
Il s'est écoulé royalement 4 minutes depuis mon entrée dans son bureau. J'espère que ce sera plutôt un(e) de ses collègues qui s'occupera de moi lundi.

(A suivre)

jeudi 20 octobre 2016

Ce que le blog me rapporte




"Le rose et le noir" soufflera sa douzième bougie au printemps prochain. Il n'a jamais été un "gros" blog, mais avec environ 1500 visites par jour ces cinq dernières années, je pense qu'on peut le qualifier de "moyen" en termes d'audience. S'il était positionné sur un créneau vendeur comme la mode ou la beauté, je serais régulièrement sollicitée par des marques. En l'état, c'est un fourre-tout dans lequel compte-rendus de brunchs, tests d'escape games, critiques d'expos et impressions de voyage se mélangent à des états d'âme pas toujours très gais. Pourtant, j'en retire quand même quelques avantages matériels...

La rémunération Google Ads: c'est une petite commission calculée en fonction du nombre de pages vues sur mon blog et du nombre de clics sur l'encart publicitaire situé dans ma colonne de droite. Chaque fois que le montant cumulé atteint ou dépasse 70€ un mois donné, Google effectue un virement sur mon compte bancaire à la fin du mois suivant. N'importe qui peut installer ça sur son blog à condition que celui-ci ait 6 mois d'existence. A l'heure actuelle, ça me rapporte dans les 200€ par an.

Les chèques-cadeaux Amazon: quand je parle d'un truc en vente sur Amazon (généralement un bouquin), j'inclus un lien affilié qui emmène mes lecteurs directement sur la fiche du produit concerné. Tout ce qu'ils achèteront durant cette visite sur Amazon - et pas seulement le produit en question - me rapportera une commission sous forme de chèque-cadeau. Là aussi, les montants s'accumulent sur mon compte, et lorsqu'ils atteignent ou dépassent 25€ un mois donné, Amazon m'envoie mon chèque-cadeau par mail deux mois plus tard. Je peux ensuite le dépenser pour acheter n'importe quoi sur leur site. Là encore, n'importe qui peut se créer un compte pour ensuite créer des liens affiliés et les inclure dans son blog. A l'heure actuelle, ça me rapporte dans les 300€ par an. 

Les avantages en nature: il arrive que des marques me sollicitent par mail; la plupart du temps, leur produit ne me correspond pas et je refuse leur offre. Parfois, je reçois tout de même des propositions super enthousiasmantes, comme l'an dernier quand Chouchou et moi avons pu aller tester gratuitement l'indoor skydiving à Charleroi grâce aux coffrets Bongo. Je suis également dans le carnet de contacts de plusieurs agences de relations publiques, dont une qui gère beaucoup d'événementiel lié à la bouffe sur Bruxelles - c'est comme ça que, cette année, j'ai été invitée à dîner chez Lasagna Tiramisù ou aux deux déjeuners presse de Sushi Shop (toujours accompagnés d'un bon-cadeau pour récupérer la box du moment en magasin), ainsi qu'à des tas d'autres trucs très alléchants mais pour lesquels je n'étais hélas pas disponible. 
A l'opposé, je n'hésite pas à solliciter moi-même des partenariats: en 2014 pour un essai de voiture électrique Zen Car, cette année pour différents escape games. J'envoie un mail en faisant état de mes statistiques et de mon intérêt pour leur produit, et je leur propose un test gratuit contre un article. Comme je cible bien, ça marche environ deux fois sur trois. 

Rien d'extraordinaire donc. Je n'ai ni l'envie ni la patience de monétiser réellement ce blog ou de le formater éditorialement pour le rendre plus vendeur. Je ne pourrai jamais m'arrêter de travailler pour vivre de ça, et les échanges humains restent clairement ma principale "récompense" - mais ma foi, ces petits cadeaux font toujours plaisir quand ils tombent!

mercredi 19 octobre 2016

Staying in love





Aujourd'hui, ça fait dix ans que Chouchou et moi sommes ensemble. C'est notre record à tous les deux, et j'avais toujours pensé qu'on ferait un truc grandiose pour fêter ça - et puis finalement, ce n'est pas possible pour de basses raisons matérielles. Mais tant pis. Si j'ai appris une chose pendant les dix années qui viennent de s'écouler, c'est bien qu'à partir du moment où le quotidien est chouette, je n'ai pas besoin de gestes extravagants pour marquer les grandes occasions. Et qu'a contrario, si le quotidien est morne, les gestes extravagants dans les grandes occasions ne suffiront jamais à compenser. Bien sûr, dans l'idéal, on aurait un chouette quotidien ET on ferait des trucs de fous pour marquer les anniversaires, mais ne soyons pas trop gourmands - l'insatisfaction chronique est le meilleur moyen de se rendre malheureux tout seul. 

Or donc, dix ans. Qui n'ont pas été une promenade bordée de rosiers en permanence, loin de là. A un moment, on s'est même retrouvés en thérapie de couple pendant quelques mois, et la dernière fois qu'on a envisagé une rupture, c'était pas plus tard que début août de l'an dernier. Il faut dire que Chouchou est le spécialiste des colères explosives et ravageuses (mais il se soigne), tandis que je suis la spécialiste de l'amputation immédiate et sans appel de toutes les choses et de tous les gens qui me font du mal (mais je me soigne aussi). Je ne sais pas ce qu'il dirait de son côté, mais moi, j'ai beaucoup évolué à son contact. Je suis devenue plus tolérante par rapport à un tas de choses; j'ai appris à lâcher prise sur ce qui était juste une préférence personnelle et non une nécessité absolue.

J'ai aussi découvert que parfois, remporter une discussion constitue une victoire nuisible à l'harmonie du couple - et que dans la plupart des cas, je préfère avoir la paix qu'avoir le dernier mot. Ce n'est pas un renoncement ou un ramollissement de ma part, juste une concession faite à la sérénité de notre foyer. Et ça en vaut la peine parce que Chouchou n'est pas un affreux macho qui en profite, par exemple, pour se décharger sur moi de toutes les tâches communes, mais une personne de grande bonne volonté. Il remarque mes efforts, et ça l'encourage à en faire aussi de son côté. Je crois que c'est à ça qu'on reconnaît une relation - amoureuse aussi bien qu'amicale ou professionnelle - qui en vaut la peine: au fait que l'énergie investie dedans crée un cercle vertueux et que les deux personnes concernées s'en trouvent plus heureuses.

Bref, ces dix ans ensemble, ça a été beaucoup de boulot. On a rencontré un tas de difficultés, comme tous les couples je suppose - des difficultés dont il n'est pas toujours socialement acceptable de parler et face auxquelles on se sent souvent très seul, très démuni. On a eu la chance d'être tous les deux extrêmement motivés pour les résoudre. De pouvoir s'appuyer sur un socle solide de valeurs (humanistes et scientifiques) communes. D'avoir un énorme plaisir à passer du temps ensemble même quand il nous arrive des mésaventures. D'être encore capables de discuter de choses sérieuses ou absurdes alors qu'on devrait dormir depuis belle lurette. De se faire beaucoup rire mutuellement. De savoir que chacun pourrait tout à fait se passer de l'autre, mais qu'il est mieux avec que sans. Un boulot gratifiant, donc, et que j'espère poursuivre le plus longtemps possible.

mardi 18 octobre 2016

[BRUXELLES] Escape hunt: Mystère au bar du canal




Il y a quelques mois, nous avions testé la salle "Kidnapping à l'opéra" d'Escape Hunt Bruxelles, et nous n'avions pas été emballés. Non que nous la trouvions mauvaise, mais elle nous paraissait un peu simple pour une énigme étiquetée "de niveau avancé". Beau joueur, le concepteur qui nous avait servi de maître de jeu ce jour-là nous avait proposé de revenir faire gratuitement leur prochaine salle une fois qu'elle serait prête. "Mystère au bar du canal" est disponible depuis début septembre, et nous avons eu le plaisir de la tester cet après-midi même.

Comme le nom de la salle l'indique, le décor est donc celui d'un bar où l'on joue au poker ou aux fléchettes et où l'on boit de la bière, beaucoup de bière! La mission des détectives est triple: trouver en quoi consiste le trafic auquel se livrent sur place trois individus peu scrupuleux, identifier les individus en question et, comme d'habitude, sortir de là en moins de soixante minutes. Le temps restant est indiqué sur un chrono, et si les joueurs piétinent, le maître de jeu leur téléphone pour leur fournir des indices oralement. 

Nous avons énormément apprécié la quasi-absence de cadenas à code (après deux douzaines d'escape games, c'est vraiment LE truc qu'on ne peut plus saquer, le degré zéro de l'originalité en matière d'énigmes). Très peu de fouille aussi: l'essentiel du scénario repose sur des mécanismes entièrement automatisés et souvent aussi inattendus qu'astucieux, jusqu'à celui qui commande la sortie de la pièce. Le niveau est plutôt élevé, d'ailleurs à deux, nous avons débordé de 3'39" sur le chrono - merci au sympathique maître de jeu qui nous a laissé terminer quand même pour le fun. 

En résumé, je conseille cette salle surtout aux gens qui, ayant déjà fait un ou deux escape games, sont à la recherche d'une expérience différente et/ou un peu plus ardue. A mon avis, une équipe de trois ou quatre personnes serait optimale. On appréciera aussi l'accueil toujours irréprochablement souriant, la magnifique et confortable salle de briefing/debriefing, les déguisements fournis pour la photo (même si nous n'en avons pas profité cette fois) et la petite boisson offerte à la fin. Escape Hunt Bruxelles dispose de trois scénarios de niveaux et de thèmes différents, jouables sur plusieurs salles chacun en simultané: parfait pour les team building ou les enterrements de vie de célibataire!




Rue de Livourne 13
1060 Bruxelles

"Hikikomori" (Jeff Backhaus)


Depuis la mort accidentelle de son fils, trois ans auparavant, Thomas Tessler vit barricadé dans sa chambre et refuse tout contact avec le reste du monde. Au Japon, cet enfermement volontaire est un phénomène connu; aux USA, en revanche, le cas de Thomas semble unique. Pour tenter de le sauver, son épouse Silke fait appel à Megumi, une jeune Japonaise expatriée qui connaît bien le problème puisque son propre frère était hikikomori...

C'est un récit à deux points de vue que nous propose Jeff Backhaus: celui de Thomas, narré à la première personne, et celui de Megumi, narré à la troisième (ce que j'ai trouvé un peu dommage, car j'aurais préféré une approche introspective pour elle aussi). Tous les deux en deuil d'une personne chère, ils vont tisser  à huis clos une relation aussi étrange qu'émouvante dont il est impossible de prévoir où elle les mènera - avec en toile de fond, New York au milieu de l'hiver et un aperçu de la société japonaise dans ce qu'elle peut avoir de plus cruel. Les phrases coulent toutes seules, et les pages défilent si bien que j'ai lu "Hikikomori" d'un trait. Un premier roman intimiste, singulier et prenant.

lundi 17 octobre 2016

Les joies de la semaine #41




Lundi: mais qu'ils sont bons, ces scones au fromage de chez M&S! / le billet sur mon "Journal de santé physique et mentale" cité dans un article du Huffington Post

Mardi: j'ai réussi à faire la suspension hyper impressionnante où on se retrouve en écart facial à 1m50 du sol, et où on doit basculer en arrière et laisser le hamac se dérouler tout seul pour sortir / recevoir le texte de mes deux prochaines trads et pouvoir planifier mon boulot pour les cinq mois à venir / passé la barre des 800 likes sur la page Facebook du blog

Mercredi: DHL m'apporte un colis en provenance de l'usine Villars - encore une adorable attention signée Lady Pops / l'escape game nantais qui m'intéresse accepte le deal "une partie gratuite contre un article de blog"

Jeudi: mon billet du jour en petite Une Humeurs de HelloCoton / plutôt que de sortir dépenser des sous que je n'ai pas, rester sagement à la maison et prendre de l'avance dans mon boulot / un cours d'aerial yoga super intense avec Sash / de retour chez nous, manger le reste des lentilles d'hier en regardant ce formidable discours de Michelle Obama

Vendredi: un Skype pro plaisant avec Olivier / ressortir le délicieux "Neige blanche" de Lupicia

Samedi: brunch maison et traînage en pyjama jusqu'à quatre heures de l'après-midi / je crois que Jenny Lawson est mon âme soeur / cocktails de bienvenue pour Hylidae à La Machine

Dimanche: un temps très chaud et très ensoleillé pour la saison / une erreur dans la préparation, et mes petits gâteaux choco-matcha sont encore meilleurs que d'habitude / comme elle sent bon, la bougie Garden Sweet Pea de Yankee Candle! / première soupe de la saison (courgettes + Boursin au poivre) et plaid gris tout doux devant le pilote de "Timeless"

...et sans jour particulier: ces 23 bébés pandas / le chocolat au lait et au sel marin de Sicile de Marks & Spencer

dimanche 16 octobre 2016

"The Good Place"




Eleanor Shellstrop, qui vient de mourir, débarque au Bon Endroit. Dans ce paradis de poche réservé à l'élite de l'humanité, on ne trouve que des gens à la moralité sans tache, ayant oeuvré toute leur vie pour le bien commun. Les autres atterrissent au Mauvais Endroit, un lieu effrayant qui résonne de leurs hurlements. Le Bon Endroit est géré par son architecte Michael avec l'aide de Janet, une entité omnisciente qui a parfois un peu de mal à adopter un comportement humain. Ses occupants reçoivent un logis en tout point conforme à leurs goûts et sont appariés avec leur âme soeur. Pour Eleanor, il s'agit de Chidi, un professeur d'éthique sénégalais. Mais dès le lendemain de son arrivée, des incidents bizarres commencent à se produire au Bon Endroit. Car en réalité, il y a eu erreur sur la personne. Eleanor n'était pas une avocate qui se battait contre la peine de mort, comme Michael en est persuadé, mais une commerciale égoïste et dépourvue d'éthique qui passait son temps à mal se conduire avec tout son entourage. Pour ne pas être démasquée et envoyée au Mauvais Endroit, elle réclame l'aide de Chidi, qui tente de lui apprendre à devenir une personne décente...

C'est au sens le plus large que j'emploie le mot "paradis": dans "The good place", il n'est question d'aucune religion. D'ailleurs, les gens choisis par Michael ont des origines culturelles très variées. Par contre, ils sont tous jeunes, beaux et minces, parce qu'il ne faut pas non plus abuser de la diversité, et Michael et son assistante sont évidemment blancs comme des bidets. Quant aux couples d'âmes soeurs, j'attends encore d'en voir un qui ne soit pas hétéro. Et je trouve ça vraiment dommage, parce que la série possède par ailleurs une fraîcheur assez délirante qui me plaît beaucoup. Chaque épisode d'une grosse vingtaine de minutes se termine, comme "Alias" en son temps, par un cliffhanger qui fait le raccord direct avec le suivant. Bon, après, c'est de la pure comédie qui ne cherche pas vraiment à faire passer un quelconque message: juste à divertir. En ce qui me concerne, elle y parvient assez bien pour que j'espère sa reconduction l'année prochaine. 

samedi 15 octobre 2016

"Idaho" (Andria Williams)


Etats-Unis, 1959. Lorsque Paul est muté à Idaho Falls, sa femme Natalie et leurs deux petites filles s'installent avec lui dans une base militaire au milieu du désert. Au coeur de cette communauté isolée, il est difficile de se lier d'amitié et dangereux de se faire des ennemis. Dans un climat étouffant de secrets et de trahisons, leur mariage résistera-t-il aux tensions qui montent inexorablement? 

Sur la base d'un fait divers survenu au début des années 60, Andria Williams, elle-même femme de militaire, construit un récit à trois voix psychologiquement très fouillé, où petites lâchetés et non-dits s'accumulent jusqu'à la catastrophe. Personnalité intègre mais rigide, Paul se heurte au je-m'en-foutisme et à l'absence de morale d'un supérieur qui se met à lui pourrir la vie. Esseulée, la jolie Nat qui s'est toujours fichue des conventions de son époque et de son milieu développe une amitié ambiguë et se retrouve la proie des commérages. C'est presque un huis-clos qui se déroule dans les conditions climatiques extrêmes du désert, à l'ombre d'un réacteur nucléaire capricieux dont on sait dès les premières pages qu'il finira par exploser. "Idaho" (dont je préférais le titre original, "The longest night": "La nuit la plus longue") est un premier roman incroyablement subtil et maîtrisé, qui décortique à merveille l'alchimie d'un couple.

jeudi 13 octobre 2016

"Le pays que j'aime" (Caterina Bonvicini)


Valerio et Olivia grandissent ensemble dans la magnifique villa de la famille Morganti, à Bologne; Olivia est l'héritière de riches entrepreneurs du bâtiment et Valerio est le fils du jardinier. Après avoir partagé une enfance de rêve, ils ne cessent de se séparer, de se retrouver puis de se perdre de nouveau. Valero suit d'abord sa mère à Rome quand celle-ci quitte son père. Plus tard, alors qu'ils sont étudiants, c'est Olivia qui part à Paris pour échapper aux disputes de son clan. Chacun d'eux est animé de forces centrifuges qui les empêchent de poursuivre leur relation, aussi sincère que burlesque. Valerio est ambitieux et poursuit le rêve de devenir magistrat; Olivia, elle, tente désespérément de trouver son chemin...

Bilan de lecture mitigé pour ce roman de Caterina Bonvicini sur lequel la presse ne tarit pas d'éloges. D'un côté, le lieu et la période sont fort intéressants; l'atmosphère de criminalité et de corruption qui règne dans l'Italie berlusconienne est assez hallucinante, et j'ai trouvé l'écriture vive de l'auteure très agréable. De l'autre, les personnages m'ont paru caricaturaux, sans surprise et ni grand intérêt. Olivia, enfant gâtée inconséquente qui use et abuse de son pouvoir de séduction. Valerio, enfant de famille modeste qui met ses aspirations de côté pour prendre une certaine revanche sociale et s'enrichir d'une façon méprisable. Plusieurs fois, ils auraient l'occasion de se mettre ensemble pour de bon s'ils le voulaient réellement, mais non: il faut qu'il reste séparés pour que leur pseudo histoire d'amour continue à rebondir. Du coup, ils apparaissent moins comme des amants passionnés mais maudits que comme les victimes de leur propre manque de conviction et de suite dans les idées. Au final, dans "Le pays que j'aime", j'ai été bien davantage apprécié la toile de fond que l'action au premier plan. 

La nuit je rame




5h10. Une unique et brève sonnerie de l'iPhone de Chouchou me réveille en sursaut. Je suis sûre que cet appareil me hait et a secrètement juré ma perte. Son propriétaire, bien entendu, continue à ronflouiller comme un bienheureux. 
Incapable de me rendormir, je suis une fois de plus assaillie par les idées noires que je parviens si difficilement à maintenir à distance le jour. La nuit est un immense lac noir; je dérive au milieu et ne vois la terre ferme nulle part. 
J'essaie de me concentrer sur mon "happy place", mon "safe place", comme dans cet exercice préconisé par les thérapeutes. Depuis toutes les années où je m'y projette régulièrement, je n'ai toujours pas résolu la question du placement des fenêtres entre les rayonnages de livres (car bien sûr, mon "happy place", mon "safe place" est une bibliothèque), ni décidé si je mettais une baignoire à pieds dans la mezzanine ou pas. Cette nuit, je suis plutôt contre. Juste un bureau adossé à la balustrade et une banquette avec des coussins sous la baie vitrée. 
Mais je n'arrive pas à fixer les images dans ma tête. Toujours mon esprit revient à des cabinets de spécialistes, des appareils à IRM, des radios pleine de taches suspectes, des annonces funestes, la nausée la fatigue écrasante les cheveux qui tombent la dépendance pour tout la vie qui fout le camp sans qu'on parvienne à la retenir.
Lundi, ça fera quatre ans que mon père est mort. Et je ne peux même pas dire que c'est pour ça que je ne parviens pas à retrouver le sommeil. Mes nuits ressemblent à ça en février aussi. 
Depuis hier j'ai en outre cette angoisse sourde de mes finances qui s'annoncent catastrophiques jusqu'à la fin de l'année et peu brillantes en 2017. J'ai beau me dire que c'est juste de l'argent et que je trouverai toujours un moyen de me débrouiller, ça vient s'ajouter au reste. Surtout à 5h42 du matin. 6h10. 6h37.
Je ferais peut-être mieux de me lever, me préparer un thé, attaquer ma journée de travail de bonne heure. Faire quelque chose de positif au lieu de rester là à me battre immobile et en silence de la façon la plus stupide, la moins spectaculaire qui soit. 
Quand je rouvre les yeux, il est 8h40. J'ai réussi à grappiller encore deux heures de sommeil, et le soleil brille. Allons, il ne tient qu'à moi que cette journée soit réussie. 

mercredi 12 octobre 2016

"Les petites reines" (Clémentine Beauvais)


Mireille Laplanche ne sera pas Boudin d'Or pour la troisième année consécutive. Au cruel concours Facebook organisé par son ex-ami d'enfance, elle s'est fait coiffer au poteau par Astrid Blomvall et Hakima Idriss. De cette triste distinction naît une amitié qui pousse les trois filles à concevoir un projet un peu fou: monter à Paris à vélo, en vendant des boudins sur la route pour financer leur voyage, et taper l'incruste à la garden party du 14 juillet l'Elysée... Pour Mireille, ce serait l'occasion de rencontrer enfin son père biologique, un grand philosophe marié à la présidente de la République et n'ayant jamais reconnu son existence. Astrid, fan absolue du groupe Indochine qui l'a aidée à surmonter l'abandon par son propre père et l'exil dans un pensionnat suisse pendant de nombreuse année, veut en profiter pour rencontrer ses idoles. Quant à Hakima, elle espère se venger du général Sassin à cause duquel son frère aîné a perdu ses deux jambes durant une opération militaire qui a mal tourné. Mais bien vite, leur périple crée le buzz sur les réseaux sociaux...

Je sais: je suis méchamment à la bourre. Le roman de Clémentine Beauvais qu'il faut avoir lu en cette rentrée 2016, c'est "Songe à la douceur", écrit entièrement en vers. Mais moi, c'est "Les petites reines" que je viens de dévorer en un après-midi et dont j'ai envie de recommander la lecture à tous les ados. Parce que Mireille s'est blindée depuis belle lurette contre les commentaires affreux que lui vaut sa mocheté, et que même si elle en souffre toujours un peu, elle fait front très crânement avec les atouts qui sont les siens: pugnacité, sarcasme, esprit d'initiative et tempérament de meneuse. Et parce que, malgré ses allures de conte de fées modernes, la réjouissante épopée cycliste des #3Boudins ne se termine pas par une transformation magique des héroïnes. Aucun cygne n'émerge des plumes des vilains petits canards. Mireille, Astrid et Hakima restent ce qu'elles sont, boulottes et disgracieuses, mais avec un bel exploit à leur actif, un peu plus de sagesse et une amitié forgée dans l'adversité. Pêchu et positif, tour à tour tendre et mordant, refusant de se plier aux diktats de l'apparence et de la coolitude, "Les petites reines" mérite sûrement le titre de Meilleur Livre Jeunesse 2015 que lui a décerné le magazine Lire.

"Pour chaque fois où une personne dit qu'on est géniales, fortes, intelligentes et combatives, il y en a une autre sur un réseau social quelque part qui s'applique à écrire qu'on est des grosses connes moches, des laiderons, des putes, des pouffiasses et des salopes, des sales connasses moches comme des culs, moches comme des truies. Qui sont ces gens? Le mystère reste entier. Y a-t-il des personnes qui existent, qui vivent, qui mangent, qui rient et qui dansent, derrière ces ahurissantes insultes?"