lundi 18 avril 2016

Où ma famille me laisse seule du côté obscur de la Force




A 15h, acheter vite fait une piadina à l'Exki de la place du Luxembourg, courir jusqu'au départ de la ligne 12, me caler dans le premier siège sur la gauche et manger en me brûlant un peu la langue dans le premier siège sur la gauche. J'ai emprunté la navette express la plus lente de l'univers, ou c'est juste une impression? "Non madame, vous ne pouvez pas entrer dans le hall des arrivées, vous devez attendre sur le trottoir d'en face", m'informe une palanquée de militaires en armes. Alors j'attends dans la fumée de clope nauséabonde des uns et des autres, j'attends dans les courants d'air qui me font regretter de ne pas être plus chaudement vêtue, j'attends en espérant qu'on ne va pas se louper, j'attends en me tordant le cou pour apercevoir un visage connu - et c'est celui de David que je vois en premier. Ma soeur court vers moi avec les bras écartés. Attila a effectivement pas mal grandi et sa voix commence à muer; je mets un moment à m'habituer. Cahouète a les cheveux qui lui tombent dans les yeux. Nous attrapons de justesse le 12 suivant, où nous nous retrouvons debout et serrés comme des sardines, mais tant pis: ils sont là, ils sont là! 

L'appartement Air B'n'B que ma soeur a loué juste au-dessus de l'Ultime Atome est très sympa: plafonds hauts, murs blancs, plancher en bois, grande chambre et beaucoup de lumière - mais 3ème étage sans ascenseur, parce qu'on ne peut pas tout avoir! Vers 19h, descendre à pied vers la place Flagey. Chouchou nous rejoint chez Les super filles du tram où j'ai réservé une table pour 6 dans le fond. Nous nous goinfrons tous de burgers, à l'exception de ma soeur qui a décidé de se faire un cornet de frites en sortant et qui se contente donc d'une salade. Manque de bol: le fritkot est fermé, nous reviendrons une autre fois. Nos velléités d'aller finir la soirée au Cook & Book se heurtent, d'une part à l'absence de voitures Cambio disponibles à la station Flagey, d'autre part à l'heure trop proche du dernier métro. Tant pis, ce sera une simple promenade digestive autour des étangs d'Ixelles pendant que le soleil se couche. Tiens, c'est quoi ces bonshommes lumineux sur la berge d'en face? "A compétences égales, c'est pas sexiste d'embaucher quelqu'un parce qu'il a de belles fesses: il faut bien un critère de choix" déclare Attila, 14 ans 1/2, élevé par un père au foyer et une mère qui bosse 60 heures par semaine dans un poste à grosses responsabilités. Nous voilà bien. 

Arrêt au White Night pour acheter des boissons et retour à l'appartement Air B'n'B. Les enfants mettent le DVD de "Ratatouille". Pendant le film, je fais passer le test de Briggs-Meyers à ma soeur, à David et à Attila pour voir à quel profil de personnages Star Wars ils correspondent; résultat: une C3PO (ISFJ) et deux Qui-Gon Jinn (ENFP). En tant que Palpatine (INTJ), je me sens bien seule du côté obscur de la Force! Je me suis réveillée à 5h30 ce matin et je suis crevée; Chouchou et moi rentrons donc avant la fin du film. J'ai fait plus de 17 000 pas aujourd'hui, et je sens que ce n'est qu'un début!

"Everything, everything" (Nicola Yoon)


Madeline vient de fêter ses dix-huit ans, et elle n'a jamais mis les pieds hors de sa maison. En effet, elle souffre d'une forme d'immuno-déficience sévère, la maladie de l'enfant-bulle, et tout contact avec l'extérieur pourrait lui être fatal. C'est pourtant une jeune fille gaie, très proche de sa mère médecin qui l'élève seule depuis le décès de son père et de son frère dans un accident de la route, et de son infirmière Carla qui a fini par devenir aussi son amie. Elle lit énormément, suit des cours par correspondance et passe pas mal de temps à discuter sur internet. Le monde extérieur ne lui manque pas tant que ça, jusqu'au jour où une nouvelle famille vient s'installer dans la maison voisine...

Malgré ce que son titre pourrait laisser croire "Everything, everything" est bien la traduction française du premier roman de Nicola Yoon (même si, pour ma part, je l'ai lu en anglais). Maddy, un peu naïve à cause de son éducation mais pleine de bon sens et d'humour,  va tomber amoureuse d'Olly, adepte du parkour en butte à de sévères problèmes familiaux, et leur histoire va l'amener à remettre en cause tout ce qui faisait sa vie jusque là. Le récit à la première personne est agréablement entrecoupé de documents médicaux, de dessins et de croquis réalisés par Madeline, des résumés lapidaires des romans qu'elle lit ("Sa majesté des mouches": Les garçons sont des sauvages.), des définitions de son dictionnaire personnel ou encore des Post-It que lui laisse son infirmière remplaçante - sans parler de ses conversations sur internet avec Olly. L'ensemble donne une narration fantaisiste et très vivante. J'ai vu venir la fin d'assez loin, mais à la décharge de l'auteur, c'était la seule possible pour ne pas conclure d'une façon déprimante qui aurait par trop tranché avec le reste du bouquin. Une lecture rapide et plaisante.

"Brooklyn": les racines ou les ailes?


Parce qu'il n'y a ni travail ni avenir pour elle dans la petite ville irlandaise où elle a grandi, la jeune Eilis Lacey quitte sa mère veuve et sa soeur adorée pour se rendre en Amérique où un prêtre de leur connaissance lui a trouvé logement et emploi. Les débuts sont rudes; Eilis souffre d'un terrible mal du pays. Mais petit à petit, elle se bâtit une nouvelle vie à New York, prend des cours du soir pour passer un diplôme et surtout se lance dans une histoire d'amour avec un adorable plombier italien. Puis un drame l'oblige à revenir en Irlande où, comme par miracle, tout ce qui lui faisait défaut au moment de son départ lui tombe soudain tout cuit dans le bec...

J'avais lu le roman à succès de Colm Toibin, et je ne l'avais pas adoré: si je trouvais le sujet intéressant, l'héroïne m'apparaissait comme beaucoup trop fade et passive. Dans le film aussi, jusqu'à la toute fin, Eilis laisse les circonstances décider à sa place. Mais c'est la merveilleuse Saoirse Ronan qui lui prête ses traits et sa sensibilité, et ça change tout. Malgré une réalisation sans relief, l'actrice illumine l'écran à tel point que le spectateur conquis est bien forcé de partager son dilemme et de se demander ce qu'il ferait à sa place. D'un côté, le confort d'un environnement familier et la satisfaction d'accomplir son devoir filial; de l'autre, un avenir inconnu à la fois incertain et excitant. Que choisira Eilis? Si vous avez déjà songé à vous expatrier, voire si vous avez sauté le pas, "Brooklyn" vous parlera certainement. Et même dans le cas contraire, il reste très plaisant à regarder. Pour une fois, je peux que je peux dire "le film est mieux que le livre"!

dimanche 17 avril 2016

Les joies de la semaine #15




Lundi: 240 pages relues et corrigées en 3h - l'avantage du premier jet "propre" / une méga pizza patate douce-bleu-noix devant The Big Bang Theory / au lit avant 21h avec "Nous" de David Nicholls que je dévore depuis hier 

Mardi: une sympathique proposition de partenariat / un aller-retour vite fait chez Filigranes pour prendre l'air et repérer mes futures acquisitions / première journée sans angoisses depuis deux mois

Mercredi: trouver le Frankie #70 chez Waterstone / très émue devant le mémorial aux victimes de l'attentat au pied des marches de la Bourse/ m'installer au Peck47 avec un Mimosa et "Reasons to stay alive" / après avoir dîné là avec Chouchou, rentrer à pied dans la douceur d'une soirée printanière

Jeudi: une petite sieste post-lunch dans un rayon de soleil / une nouvelle recette de gnocchi testée le soir (avec des champignons et des noix) / fascinée par le projet Dear Data / "The little shop of happy ever after" - Jenny Colgan est vraiment mon auteur feel good du moment

Vendredi: satisfaction de boucler le dernier tome de PLL au bout de 8 ans passés à bosser sur cette série / étrenner ma robe Anatopik Chaperon Rouge / une délicieuse caïpirinha aux fruits rouges, franchement méritée, et un shot vodka-liqueur de fraise offert par le barman du Berger / les boulettes de lentilles d'AMI / lire d'un trait une grosse centaine de pages de "Everything, everything" alors que je devrais déjà dormir

Samedi: déclaration CA12 de 2015: check / très enthousiasmée par notre visite du MIMA / retrouvé le parapluie oublié mardi chez Filigranes / les premières pivoines de la saison / un coup de fil agréable à ma mère / émouvant "Brooklyn" (le film)

Dimanche: un chouette tour au marché Flagey, où nous trouvons de l'ail des ours et achetons deux portions de pad thai du Chang Noi pour notre déjeuner / finir les préparatifs du week-end d'anniversaire de Chouchou en jubilant discrètement derrière mon ordi / plus qu'un dodo avant l'arrivée de ma soeur et sa famille!

vendredi 15 avril 2016

"Je me souviens de tous vos rêves" (René Frégni)


"Chaque année en septembre j'ai peur de mourir, alors j'achète un cahier. J'ai peur de mourir depuis l'âge de cinq ans, tous les jours, à chaque heure du jour et encore plus au milieu de la nuit, quand je vais aux toilettes sans allumer. Si j'allumais j'aurais encore plus peur. En septembre c'est beaucoup plus cruel. C'est si beau septembre, si limpide, si bleu. Chez nous, ici, c'est le plus beau mois de l'année. Ce n'est pas un mois, c'est un fruit. "

Ainsi commence "Je me souviens de tous vos rêves", extrait du journal intime tenu par René Frégni entre septembre 2014 et février 2015. "Chez nous", c'est du côté de Manosque, dans la campagne provençale - donc, c'est aussi un peu chez moi. Et dès les premiers chapitres, où l'auteur décrit les virées de chasse durant lesquelles il accompagnait son père comme je le faisais moi-même enfant, je me suis tout pris dans la figure, la lumière du jour naissant, le murmure des ruisseaux à l'eau glacée, le crincrin des insectes, le goût acide des raisins pas tout à fait mûrs chipés dans les vignes, le plumage moucheté des grives inertes entassées dans la gibecière... 

Quels points communs puis-je bien avoir avec un sexagénaire qui a déserté l'armée autrefois, fait de la prison, réussi à s'évader, élevé seul sa fille unique, passé plusieurs décennies à battre la campagne et à transmettre l'amour de la lecture à des détenus? Plus que je n'aurais pu le croire. La nécessité d'écrire, pour commencer. Les angoisses de mort, évidemment. La peur de perdre la vue. Le chagrin à la disparition d'un chat bien-aimé. La solitude apprivoisée. L'émerveillement devant les choses les plus simples. Un fantôme parental. Une révolte sourde face au sort des déshérités, une sympathie instinctive pour ceux qui finissent par tout casser. "C'est facile de parler de tolérance lorsqu'on possède tout, de donner des leçons de tolérance la bouche pleine de petits-fours. Les racines du mal... Il y a un banquet, et ce sont toujours les mêmes qui sont autour de la table sous des lustres d'or. Alors, de temps en temps, ceux qui regardent renversent tout."

Je crois que les livres qui nous ont le plus ému sont ceux dont il nous est le plus difficile de parler. Dans le cas de "Je me souviens de tous vos rêves", je pourrais vanter sa "mélancolie solaire" (pour reprendre l'expression sur le bandeau de couverture), son mélange de douceur et de rudesse, la profonde humanité qui transpire de chacune de ses phrases, mais aucun de ces arguments ne suffirait à exprimer combien il m'a touchée.

jeudi 14 avril 2016

Choses qui aident (un peu) à lutter contre l'angoisse




Le beau temps: mon moral est toujours directement correlé à la température et à la quantité de lumière. Je sais bien que c'est idiot, mais les catastrophes me semblent moins probables sous le soleil. Là, je bénis le retour du printemps et le passage à l'heure d'été qui nous a permis hier de dîner en ville et de rentrer à pied avant le coucher du soleil. 

Un bouquin dans lequel je m'absorbe complètement: soit quelque chose de très feel good, comme le Jenny Colgan que je suis en train de lire, soit un truc palpitant avec une intrigue de ouf que je dois me concentrer pour démêler. 

Un verre de vin avant le dîner. Un cocktail, c'est bien aussi. Evidemment, il ne faut pas forcer sur la dose sous peine d'obtenir l'effet contraire!

Les exercices de cohérence cardiaque: il faut absolument que je rachète un capteur car le nôtre est cassé, et c'est vrai que ça n'est pas bon marché, mais c'est sans aucun doute LE truc qui fonctionne le mieux pour moi hormis...

Le travail: non seulement mes angoisses ne m'empêchent pas de bosser, mais elles me rendent archi-productive, car me concentrer sur ma traduction en cours (ses difficultés, ses inepties) est un moyen hyper efficace de ne pas ressasser les idées noires. Résultat, les périodes où je meurs un peu dans ma tête à chaque minute sont celles où mon compte en banque est le mieux garni. 

Une autre obsession: j'ai découvert qu'il m'est possible de remplacer un bruit de fond mental par un autre. En ce moment, donc, je me concentre sur le concept "bouger le plus possible, manger le moins possible" (dans des limites raisonnables).

Certains anxiolytiques: pas le Stresam dernièrement prescrit par mon médecin, hélas, qui ne me fait aucun effet même en doublant la dose prescrite, mais j'ai le souvenir que l'Alprazolam (du Xanax, quoi) était très efficace. 

Faire de l'exercice: ouais, je déteste l'admettre, mais même si je n'ai jamais fait l'expérience du fameux pic d'endorphines censé rendre accro au sport, faire travailler mes muscles et transpirer un bon coup me donne l'impression d'être forte et physiquement capable; ça m'inspire confiance en mon corps et en sa capacité à lutter contre les vilaines maladies.

Avoir des projets à court terme enthousiasmants: les projets à long terme n'aident pas beaucoup - trop de facteurs source d'anxiété pourraient les faire dérailler. En revanche, je vais probablement survivre jusqu'à la visite de ma soeur et sa famille, la semaine prochaine, puis au week-end d'anniversaire de Chouchou, et je m'en réjouis d'avance. 

Se moquer de soi: ma grande spécialité. Formuler mes craintes sous une forme ironique dégoulinante d'humour noir m'aide à les considérer sous un angle vaguement plus rationnel. (Inconvénient: les gens se disent que si j'arrive à en plaisanter, c'est que je ne vais pas si mal, alors que je serais capable de le faire sur mon lit de mort.)

mardi 12 avril 2016

"Nous" (David Nicholls)


Douglas Petersen, biochimiste de cinquante-quatre ans, forme une famille heureuse avec sa femme Connie et leur fils adolescent Albie. Du moins, c'est ce qu'il croit. Mais à la veille de partir faire un Grand Tour d'Europe avant qu'Albie ne commence ses études, Connie lui annonce qu'elle envisage de le quitter... Dès lors, le voyage culturel soigneusement préparé par Douglas se transforme en aventure pour reconquérir l'affection de sa femme et se rapprocher de son fils avec lequel il a toujours eu des rapports distants. Sauf que rien ne va se passer comme prévu...

Je me méfie toujours un peu des best-sellers, surtout quand ils ont des allures de comédies romantiques. Mais j'avais beaucoup aimé "Un jour" du même auteur, qui m'avait agréablement surprise par son absence de facilité et un réalisme frôlant parfois la noirceur. Et je suis ravie de rapporter qu'il en fut de même pour "Nous". Cette peinture douce-amère pose des réflexions très bien vues sur la routine dans un couple de longue durée. Quand la passion s'est envolée depuis belle lurette et que les enfants s'apprêtent à en faire autant, que reste-t-il pour lier deux personnes d'âge mûr qui s'aiment et se respectent toujours mais commencent à s'ennuyer sérieusement? Comment faire pour que les différences qui ont attiré les deux partenaires l'un vers l'autre autrefois ne finissent pas, à terme, par les séparer?

Ce thème à la fois banal et douloureux est exploré à travers les yeux du narrateur, un scientifique plein de bonne volonté mais dont la sensibilité et l'empathie ne sont pas les points forts. Au fil d'un périple estival en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Italie et en Espagne, il se démène pour maintenir l'intégrité de sa famille avec une maladresse souvent touchante et une absence de résultat finalement assez compréhensible. Ses interrogations sincères, non seulement sur le couple, mais aussi sur la parentalité et la vie en général, ont fait écho jusque chez moi qui ne partage pourtant pas du tout sa situation. En contrepoint, l'aspect touristique du roman et les réflexions de Douglas sur l'art apportent une touche de fraîcheur et d'humour qui évite de verser dans une atmosphère démoralisante. Bref, j'ai dévoré "Nous" avec beaucoup de plaisir, et je n'hésiterai sûrement pas à faire l'acquisition du prochain David Nicholls.

"Notre boulot était terminé. Nous avions élevé un fils qui était... bon, au moins il était en bonne santé. De temps à autre, lorsqu'il s'imaginait que personne ne le regardait, il avait l'air heureux. Il était populaire à l'école, jouissait apparemment d'un certain charme. Et bien sûr, il était exaspérant au possible. Il avait toujours paru être le fils de Connie avant d'être le mien. Plus proche d'elle, il prenait invariablement son parti, et même s'il me devait la vie, je le soupçonnais de considérer que sa mère aurait pu faire un meilleur choix. Pour autant, était-il réellement le seul but, le seul produit, le seul résultat de vingt années de mariage?" 

"Je ne voyais aucun lien évident entre la peine immense que j'ai éprouvée au moment de sa mort et la force - ou plutôt l'inconsistance - de nos liens dans la vie, et je suis parvenu à cette conclusion que le chagrin se compose peut-être autant de regret pour ce que nous n'avons jamais connu que de tristesse devant ce que nous avons perdu." 

"S'il y avait bien une chose que j'avais retenue concernant l'art de la Renaissance, c'était que les histoires de saints se terminaient rarement par un happy end. Dans le cas présent, la vertueuse Ursule faisait ses adieux à son prétendant et quittait la Bretagne pour effectuer un pèlerinage avec dix mille autres vierges, et toutes finissaient décapitées par les Huns à Cologne. (...) Quel message pouvait-on en tirer? me suis-je demandé.
- Moralité: n'allez pas à Cologne, a ironisé Freja. 
- J'ai participé à une conférence là-bas, un jour. J'ai trouvé la ville charmante. 
- Mais y avait-il des vierges parmi vous? 
- Eh bien, vu qu'on était tous biochimistes... oui, j'en suis quasiment certain. 
Elle s'est approchée plus près du tableau en inclinant la tête. 
- Cette pauvre sainte Ursule. Et ces pauvres dix milles vierges. Enfin bon, c'est réconfortant de savoir que quelqu'un passe des vacances plus pourries que les vôtres."

Botanicula, poésie végétale surréaliste




Avec Chouchou, on aime bien jouer ensemble sur iPad - de préférence le soir, blottis sous la couette. J'ai une affection très marquée pour les jeux d'énigmes à résoudre, mais aussi pour les jeux d'aventure dans des univers un peu décalés ou oniriques. Depuis le merveilleux Lumino City, rien ne m'avait emballée. Mais la semaine dernière, j'ai découvert un OVNI signé Amanita Design...




Botanicula se déroule dans un monde végétal enchanteur, attaqué par d'horribles boules de suie arachnéennes qui pompent toute la vie des plantes. Une équipe de cinq petits personnages aux aptitudes complémentaires s'efforce de sauver la faune et la flore en voyageant d'arbre en arbre. Le processus est assez classique en soi: on explore différentes tableaux, on parle aux créatures rencontrées, on récolte des objets qui serviront plus loin, on cherche de quelle manière les éléments peuvent s'assembler pour permettre de progresser... La grande originalité de Botanicula, c'est son univers particulièrement inventif: incapable de reconnaître à quoi on a affaire, on est bien embêté pour deviner de quelle manière interagir avec l'environnement, ce qui donne des moments délicieusement drôles ou absurdes. 




Le début du jeu, qui consiste à récolter trois plumes, est un peu laborieux et pas très excitant, mais très vite, les possibilités s'enrichissent et les épreuves se suivent sans se ressembler. Il ne faut pas hésiter à tenter même les actions les plus farfelues - souvent, ce sont celles qui marchent! La perte de repères oblige le joueur à dépasser ses idées préconçues et à se montrer créatif. Et l'atmosphère d'une poésie surréaliste devient vite assez envoûtante. Pas évident mais très gratifiant, "Botanicula" est également disponible pour PC ou pour Mac.

lundi 11 avril 2016

Les brunchs du dimanche (39): Little Tokyo




C'est en cherchant samedi après-midi (un peu en catastrophe) un endroit où nous restaurer dimanche midi que nous avons découvert que le Little Tokyo proposait des brunchs le week-end - chose que nous ignorions jusque là, bien qu'étant des habitués du service du soir. 




Comme il faisait beau ce jour-là, la plupart des clients avaient choisi de s'installer en terrasse. Mais moi, je viens du Sud et je suis frileuse. Nous avons donc plutôt opté pour une table près de la vitrine, stratégiquement située à deux pas du buffet. 




La formule brunch coûte 19,50€ et comprend:
- une boisson chaude à la carte (pour nous, ce furent deux thés Secha Fukuyu);
- un plat chaud à base de viande ou de poisson accompagné de riz ou de nouilles;
- un buffet sucré-salé à volonté, où l'on peut trouver: des oeufs brouillés, du bacon, des pancakes, différentes salades végétariennes et une autre au gravelax, des purées de légumes à tartiner (façon hoummous ou guacamole), du yaourt, de la compote multi-fruits, de la salade de fruits et du granola. 





Nous avions tous les deux pris le plat de viande (du porc grillé ce jour-là) avec des nouilles, et nous avons tous les deux été assez déçus: baignant dans de la sauce soja diluée, l'ensemble manquait d'assaisonnement et, sans être mauvais, n'avait pas grand intérêt gustatif. 

En revanche, nous avons tous les deux adoré le contenu du buffet, avec mention spéciale à la salade de betteraves jaunes aux graines de moutarde en ce qui me concerne, et coup de coeur de Chouchou pour le guacamole. Rayon sucré, les pancakes étaient délicieux accompagnés de yaourt et de compote de fruits (j'en ai même repris alors que j'étais déjà pleine comme un oeuf, et du coup j'ai passé l'après-midi à comater sur mon lit au lieu de faire ma compta). 

Globalement, nous avons trouvé l'ensemble d'un très bon rapport qualité-prix, susceptible de convenir aux végétariens comme aux omnivores et aux amateurs de brunch traditionnel autant qu'à ceux qui cherchent quelque chose d'un peu moins convenu. Et comme ce n'est pas loin de chez nous, nous reviendrons certainement. Ce serait dommage de ne pas profiter de la terrasse quand il fera quelques degrés de plus!

Rue Saint-Boniface 15
1050 Bruxelles
Tel: 02 513 48 41
Brunch le samedi et le dimanche de 10h30 à 15h30
Réservation possible

dimanche 10 avril 2016

Les joies de la semaine #14




Lundi: Solange très contente que je lui apporte un bout de tarte aux pommes maison / une sélection en petite Une Humeurs de HelloCoton / dîné crapuleusement d'un chocolat chaud Deluxe Whittard et de brioche tartinée avec la  délicieuse confiture de mandarines offerte par Lady Pops

Mardi: mon Gentil Généraliste me complimente sur mon nouveau roux et me prescrit des anxiolytiques légers sans difficulté / mon billet sur "Rosalie Blum" fait la grande Une de HelloCoton / un thé avec Kiki et Choupie que je n'avais pas vues depuis longtemps / dîner et conversation à bâtons rompus avec Fleur au Bistro des Artistes / on me propose de traduire une série de (très grosses) bédés, dont je devrais juste réussir à caser le T1 en juin

Mercredi: me régaler avec le T3 de "Mes petits plats faciles by Hana" / me débarrasser enfin de la quinzaine de boîtes à chaussures et de la dizaine de Thé Box vides qui traînaient encore chez moi / une (très grosse) mauvaise nouvelle qui, paradoxalement, me soulage: nous allons enfin pouvoir laisser ça derrière nous

Jeudi: encore une sélection en petite Une Humeurs de HelloCoton, c'est ma semaine! / ...et du coup, j'atteins les 700 abonnées 

Vendredi: grâce aux vacances scolaires, mon bus (très matinal) est presque vide / un joli ekiben qui me transporte au Japon par la pensée / un monsieur serviable qui m'offre de monter ma valise dans les escaliers de la station Trône / le serveur du Takumi qui demande spontanément: "Un tsukuné?" / arriver juste à la fermeture du fleuriste de la rue Malibran et repartir avec deux bottes de petites tulipes jaunes

Samedi: 5 chouettes bouquins pour 24€ - excellente pêche du jour chez Pêle-Mêle / de grosses courses au Tagawa, dont notamment des dorayaki / QOTD: "Un Belge n'est pas un arbre: tu peux le déplacer" (Mon coiffeur) / très réussi, mon hoummous de haricots blancs / revoir le superbe "Jack et la mécanique du coeur" avec Chouchou

Dimanche: bien calée sur l'heure d'été / déclaration Agessa 2015: check / un très bon brunch au Little Tokyo / en rentrant, comater sur le lit avec Chouchou / préparer le premier thé glacé de l'année (un mélange du Palais des Thés à la menthe glaciale) / ce soir, on regarde "Les délices de Tokyo", enfin! 

jeudi 7 avril 2016

Tabou




L'autre jour, j'ai profité d'une visite de routine chez mon généraliste pour me faire prescrire un anxiolytique léger (du Stresam). Je n'ai même pas eu à me justifier: je suis sa patiente depuis presque quinze ans, il connaît mon histoire et sait que je ne réclame jamais rien à moins d'en avoir réellement besoin. J'ai fait en début de trentaine un léger épisode dépressif dont je me suis sortie seule, mais avec beaucoup de difficulté. Plus tard, mes problèmes d'insomnie ont commencé à avoir un impact tellement négatif sur toute ma vie que j'ai accepté de prendre des somnifères. Ca a duré deux ou trois ans, et même si j'ai fini par arrêter à cause de la perte de ma mémoire à court terme qui me faisait sévèrement flipper, ça m'a bien aidée à remettre de l'ordre dans mon sommeil - et depuis, je n'ai plus de problèmes de ce côté-là. Même chose vers 2009 au plus fort de mes attaques de panique, quand j'ai dû me résoudre à prendre un traitement médicamenteux (ironiquement, des anti-dépresseurs, parce que la dépression et l'anxiété émanent du même endroit et se traitent avec les mêmes armes chimiques). Ca a duré six mois pendant lesquels j'ai dormi seize heures par jour et me suis empiffrée les huit autres. J'ai pris dix kilos que je n'ai jamais reperdus et arrêté les cachets le plus vite possible. Malgré ça, je ne peux nier qu'ils m'ont tirée des sables mouvants dans lesquels j'étais en train de m'enliser. 

Est-ce que ça fait de moi une personne faible? Je le croyais à l'époque, et j'en concevais une honte immense. Depuis, j'ai étudié le fonctionnement du cerveau et des neurotransmetteurs, ce qui m'a appris que toute la volonté du monde ne peut rien contre un déséquilibre chimique. Ce n'est pas faute d'avoir cherché des solutions ailleurs que dans une pharmacie. Les plantes n'ont aucun effet sur moi (une sorte d'anti-effet placebo, je présume - je ne crois pas à leur efficacité, donc en effet, elles ne marchent pas!). Le yoga, la méditation, la cohérence cardiaque me permettent désormais de ne pas laisser mes angoisses escalader jusqu'à l'attaque de panique, ce qui est n'est déjà pas si mal. Ils ne résolvent hélas pas le problème de fond. D'ailleurs, d'après cet ouvrage des plus exhaustifs, on ne connaît aucun moyen réellement efficace de traiter l'anxiété. Il existe toute une panoplie de thérapies comportementales, mais outre leur durée, elles ne sont pas forcément fructueuses. Alors, malgré les effets secondaires (souvent pas anodins, bien que variables d'un individu à l'autre), je ne vois pas pourquoi on ne recourrait pas aux médicaments quand on estime en avoir besoin. Il me semble pourtant que ça reste quelque chose de tabou, incompréhensible pour les gens qui ne souffrent d'aucun trouble dépressif ou anxieux et ne peuvent s'empêcher de penser que, quand même, il suffirait de se mettre quelques bons coups de pied dans le fondement. Je le sais, parce que j'étais comme eux autrefois. La vie a parfois de drôles de façons de vous enseigner l'humilité. 

mercredi 6 avril 2016

"La petite boulangerie du bout du monde" (Jenny Colgan)


Quand son couple et sa petite entreprise font naufrage, Polly quitte Plymouth et trouve refuge dans un petit port tranquille d'une île de Cornouailles. Quoi que mieux qu'un village de quelques âmes battu par les vents pour réfléchir et repartir à zéro? 
Seule dans une boutique laissée à l'abandon, Polly se consacre à son plaisir favori: préparer du pain. Petite à petit, de rencontres farfelues - avec un bébé macareux blessé,  un apiculteur dilettante, des marins gourmands - en petits bonheurs partagés, ce qui n'était qu'un break semble annoncer le début d'une nouvelle vie...

Au tout début de la "mode" de la chick-lit, quand il n'y avait pas encore pléthore de titres, j'ai lu les deux ou trois premiers romans de Jenny Colgan, et j'ai bien aimé sans plus. Récemment, une romance mâtinée de SF qu'elle avait écrite sous le nom de Jenny T. Colgan ne m'a qu'à moitié convaincue malgré un excellent début. Et on ne peut pas dire que la couverture de "La petite boulangerie du bout du monde" fasse très envie. Mais je cherchais un bouquin feel-good à me mettre sous les lunettes, et j'éprouve toujours une étrange attirance pour les histoires qui se passent dans des coins reculés d'Angleterre où je m'ennuierais probablement à périr si on m'y parachutait.

Dévoré en deux jours malgré ses 500 pages, ce roman m'a enchantée quasiment de bout en bout. J'ai aimé, bien entendu, l'atmosphère du petit village de Cornouailles isolé et comme oublié par le temps, ainsi que la description gourmande des diverses sortes de pains confectionnés par Polly. Bien qu'elle ne soit pas une héroïne inoubliable en soi, celle-ci est confrontée à un changement de vie forcé qui m'a beaucoup interpelée. Après avoir longtemps mené une vie d'entrepreneuse branchée et vécu avec son compagnon dans un somptueux appartement de ville, elle se retrouve sans un sou ni aucune perspective de carrière, obligée de repartir à zéro dans un endroit a priori déprimant où elle ne connaît personne - mais ce passage difficile va révéler sa vraie passion et la transformer en profondeur. Si la tendance globale est plutôt optimiste, Polly va aussi affronter des obstacles, être ébranlée par une tragédie et devoir faire un choix entre son ancienne vie et la nouvelle. La seule chose qui m'a ennuyée, en fait, c'est la romance obligatoire et son happy end convenu. Mais je chipote. Pour le reste, l'écriture est assez agréable; j'ai adoré l'humour sarcastique de Polly dans ses échanges avec Tarnie le marin ou Huckle l'apiculteur, ainsi que la vantardise éhontée de Reuben le milliardaire. Je pense même me procurer la suite un de ces quatre. 

"Neil était sagement posé sur le muret de la jetée et dégustait tranquillement un morceau de bagel. Il leva la tête en entendant son nom. 
- Il semblerait que je sois trop cruelle avec lui et que je ne respecte pas les droits fondamentaux des animaux, soupira Polly. 
- Je trouve qu'il a engraissé, remarqua Tarnie. 
- Mon macareux n'est pas gros, rétorqua Polly avec colère. Et il est encore jeune. Ne parlez pas ainsi devant lui. Cela pourrait gravement altérer l'estime qu'il a de lui-même.
- Et ce ne serait peut-être pas plus mal, insista Tarnie. S'il se sait gros, il pourra faire un régime. Ca n'avance à rien de nier l'évidence."

"Certaines angoisses empiraient la nuit et devenaient plus vivables une fois le soleil levé. Elles s'évanouissaient tels de mauvais rêves après la première tasse de café, ou ne résistaient pas aux mille occupations de la journée, quand le cerveau se voit privé de toute chance de méditer sur les erreurs commises et les opportunités manquées, les regrets et la peur de l'avenir. Polly comprit que ses problèmes n'appartenaient pas à cette catégorie." 

mardi 5 avril 2016

"Rosalie Blum": alors ce film, il est aussi bien que la bédé?


Quand j'ai appris qu'une de mes bédés-culte de ces dernières années venait d'être adaptée pour le cinéma, je me suis sentie partagée entre l'excitation et la méfiance. Le réalisateur arriverait-il à rendre l'atmosphère si particulière du triptyque de Camille Jourdy, cet ennui provincial au milieu duquel jaillissent des excentricités individuelles sévèrement barrées? Respecterait-il sa structure et son esprit? 

"Rosalie Blum", donc, c'est l'histoire de Vincent, un coiffeur trentenaire qui s'ennuie pas mal dans la vie et se fait tyranniser par sa vieille mère complètement siphonnée. Un jour, il rencontre une épicière dont le visage lui dit quelque chose sans qu'il parvienne à le replacer exactement, et il se met à la suivre dans la rue... "Rosalie Blum", c'est aussi l'histoire d'Aude, 25 ans. En rupture de ban avec sa famille et ses études, elle partage l'appartement d'un type bizarre qui entre deux plans louches rêve de monter un cirque avec les moyens du bord. Elle ne fait pas grand-chose hormis glander avec ses deux inséparables copines et refuser tous les petits boulots proposés par Pôle Emploi. "Rosalie Blum", enfin, c'est l'histoire d'une femme désespérément seule depuis qu'une tragédie brisa sa vie au sortir de l'adolescence. 

Premier bon point pour le film: comme la bédé, il enchaîne les trois points de vue dans l'ordre, sans toucher au déroulement du récit. Il reprend même certaines scènes au dialogue près, à la mimique près, et en rajoute d'autres très judicieuses (le Sabbat au milieu des bois, la lettre dans la boîte à la fin). Parfois, il modifie certains détails en mieux: Vincent ne fabrique plus des maquettes de bateaux mais des cerf-volants, ce qui fournit le prétexte à quelques jolis moments à l'écran. 

Malheureusement, d'autres modifications sans doute destinées à rendre le film plus grand public affadissent beaucoup l'histoire, de mon point de vue. Oubliés les scènes les plus crues - et il y en avait de vraiment gratinées dans la bédé, ce qui lui donnait un piquant pas désagréable du tout. A l'écran, "Rosalie Blum" est beaucoup plus gentillet, jusque dans la nature exacte de la tragédie qui brisa autrefois la vie de l'héroïne. 

Et puis, visuellement, rien n'est fait pour restituer la fantaisie des dessins de Camille Jourdy, cette fantaisie dont le contraste avec un propos quelque peu déprimant faisait tout le charme de la bédé. Au final, le seul véritable atout du film, c'est son casting impeccable: le sourire résigné et très doux de Noémie Lvovsky, la bonne volonté pataude de Kyan Khojandi, la grâce d'Alice Isaaz, les gesticulations azimutées d'Anémone... Mais je suis sûrement trop sévère. "Rosalie Blum" le film est plutôt chouette dans l'ensemble. Le truc, c'est que "Rosalie Blum" la bédé était nettement mieux. 




lundi 4 avril 2016

"Les rêveries d'un gourmet solitaire" (Taniguchi/Kusumi)


Dans "Le gourmet solitaire", Gorô Inokashira était un simple commercial qui aimait, au gré de ses déplacements professionnels, manger seul dans de petites gargotes en y allant de moult commentaires sur le contenu de son bol ou de son assiette. Bien que 22 années se soient écoulées depuis la parution du premier volume de ses pérégrinations gourmandes, Gorô n'a pas pris une ride sur le papier. En revanche, il a beaucoup gagné en épaisseur. Dans "Les rêveries d'un gourmet solitaire", on le voit exercer son métier de représentant, ressasser ses souvenirs d'une ancienne amoureuse, dévoiler un petit complexe d'infériorité intellectuelle ou se battre avec une brute épaisse qui force un de ses employés à boire trop d'alcool. On peut même admirer ses fesses sous la douche! Qu'on se rassure pourtant: le sujet principal de ce volume reste bien la nourriture que Gorô consomme avec un appétit étonnant. D'une nécessité terrestre, il fait un véritable art de vivre, voire une philosophie. Et cette fois, outre les spécialités japonaises, il se hasarde à quelques incursions dans des restaurants de cuisine étrangère - péruvienne ou coréenne -, sans parler du couscous qu'il dévore lors d'un voyage à Paris. Pour le lecteur aussi, le plaisir est au rendez-vous à chaque page. A consommer sans modération.



La voix critique dans notre tête



Vous voyez sûrement de quoi je veux parler. Cette voix qui ricane: "Mais pourquoi ce chouette mec s'intéresserait à toi?"; celle qui vous fait en permanence douter d'être une bonne mère; celle qui vous persuade que vous seriez incapable d'assumer les responsabilités professionnelles d'un poste supérieur; celle qui vous chuchote que tout le monde va se moquer de ce que vous avez à dire si vous vous osez prendre la parole en public; celle qui susurre qu'un jour, quelqu'un va finir par se rendre compte que vous n'êtes qu'un imposteur; celle qui minimise chacun de vos accomplissements; celle qui met en doute le bien-fondé de tous vos choix de vie; celle qui s'exclame que c'est pas possible d'être aussi débile quand vous commettez une erreur; celle qui trouve louche que votre mari ne vous ait pas déjà laissé tomber pour une plus jeune et mieux gaulée; celle qui vous prédit une magnifique plantade quand vous envisagez de sortir de votre zone de confort; celle qui pense toujours que vous êtes un peu trop ceci ou pas assez cela. 

A qui appartient-elle, cette voix? Car elle n'a pas jailli de nulle part. Qui dans votre entourage vous a, consciemment ou non, volontairement ou non, mis dans la tête que vous n'aviez aucun talent, aucune compétence, aucune qualité, aucune valeur, aucun atout dans votre jeu, aucun espoir de réussite? Des camarades d'école qui vous harcelaient autrefois? Un professeur dont le rôle était de vous encourager et qui n'a su faire que le contraire? Une mère bien intentionnée mais beaucoup trop exigeante? Un père aux abonnés absents? Un ou plusieurs ex qui n'ont pas su vous apprécier telle que vous étiez? Une soi-disant meilleure amie qui ne faisait en réalité que vous rabaisser subtilement? Un patron méprisant et paternaliste? Les possibilités ne manquent pas. 

J'avoue: depuis toujours, la voix critique dans ma tête, c'est celle de mon père. Dieu sait que je l'aimais et qu'il ne voulait que mon bien, mais il avait des idées très arrêtées sur la façon dont les choses devaient être faites, et je ne m'y suis quasiment jamais conformée. Exemple: il rêvait pour moi d'un poste de cadre sup' bien payé dans une grande entreprise; je suis devenue traductrice littéraire free lance. J'ai tracé mon propre chemin mais avec l'impression constante d'être en faute - la conviction que si je me plantais, je ne pourrais m'en prendre qu'à moi puisque j'avais fait tout de travers. De son point de vue, le plus important, c'était la sécurité (ce qui peut se comprendre, étant donné qu'il avait grandi dans une certaine pauvreté et dû commencer à travailler à l'âge de 14 ans). Du mien, c'était - et c'est toujours - de faire quelque chose qui me plaît et dont je peux être fière. Oui, même si je bosse essentiellement sur du jeunesse ou de l'imaginaire qui comme chacun sait ne sont pas de la vraie littérature.

Il m'a fallu assez longtemps pour comprendre que l'histoire de mon père n'était pas la mienne, que l'époque n'était plus la même, qu'il s'accrochait à des choses rassurantes mais passait à côté de ses rêves alors que je préférais faire l'inverse et que c'était mon droit le plus strict. Que ce n'était pas parce qu'il m'avait donné la vie qu'il avait l'aptitude de décider à ma place ce qu'il convenait que j'en fasse. Depuis, j'entends toujours sa voix quand je dois prendre une décision, et je l'écoute si elle va dans le sens de mes valeurs - si elle m'incite à l'honnêteté ou à la rigueur intellectuelle. Dans le cas contraire, je lui somme affectueusement de se taire. Je lui dis: "Je t'aime, mais tu n'es pas le chef de ma vie. Le chef de ma vie, c'est moi. Et je préfère avoir tort à ma façon que raison à la façon de quelqu'un d'autre - même si ce quelqu'un d'autre ne veut que mon bien". (Je tiens de grandes conversations à l'intérieur de ma tête. Non, je ne suis pas folle.)

Quant aux voix malveillantes - car j'en ai eu aussi, en bruit de fond -, non seulement j'ai appris à ne plus les écouter, mais je prends désormais plaisir à leur faire la nique. Je me demande combien des gens qui m'ont harcelée ou nui à un moment ou à un autre ont aujourd'hui un boulot qui leur plaît autant que le mien, vivent une histoire d'amour aussi jolie que la mienne, peuvent comme moi se regarder dans la glace tous les matins en se disant: "Tu n'es pas parfait(e), mais tu fais de ton mieux et ton mieux est déjà sacrément pas mal." Autrefois, ils ont eu du pouvoir sur moi; aujourd'hui, je refuse de leur en concéder la moindre miette. Ils sont loin loin loin et insignifiants. Moi? Je suis bien dans mes baskets et j'avance. 

Et vous, vous savez à qui appartient la voix critique dans votre tête? Que pourriez-vous lui dire pour la réduire au silence?

dimanche 3 avril 2016

Les joies de la semaine #13




Lundi: le dernier tome du manga "Orange", lu avant de me coucher à 2h du matin / passer ce jour férié au calme à la maison avec Chouchou / attaquer la To Do List de l'après-midi avec un thé à l'abricot de Lupicia et la mignonne poule en chocolat suisse offerte par Lady Pops

Mardi: elle va aller vite, la trad de ce tome 16 de PLL / au lit à 21h avec les laptops et une bougie parfumée & other stories toute neuve

Mercredi: le gentil monsieur qui m'aide spontanément à porter ma valise lourde comme un âne mort dans les escalators arrêtés de la gare du Midi / l'autre gentil monsieur qui en m'entendant soupirer me propose de passer devant lui dans la file d'attente du café (je ne m'impatientais pas, j'avais juste trop chaud) / attraper de justesse l'antépénultième bus pour Monpatelin / une double sélection en petite Une Humeurs de HelloCoton / l'autocollant que Mélusine a fait dédicacer pour moi par Matt Harding de "Where the hell is Matt?" / la super bonne nouvelle de Marika

Jeudi: des gariguettes au petit-déjeuner / la robe Anatopik Chaperon Rouge dénichée sur eBay me va super bien / reçu le virement annuel de la Sofia, qui tombe à pic pour financer Edimbourg / à la fois émue et regonflée à bloc par cette vidéo de Sean Stephenson / les yaourts La Laitière à la crème de marrons

Vendredi: me régaler de la suite des aventures du "Gourmet solitaire" de Taniguchi / nouveau téléphone fixe installé facilement / Marco qui me met de côté mon menu préféré, servi ce soir dans son restaurant, pour demain midi 

Samedi: le plombier répond enfin à mes messages: il passera mercredi soir / m'offrir une bougie Yankee Candle citron-lavande et un superbe, euh, presse-papier (?) en verre avec un couple de méduses à l'intérieur / les salsiccie e friarelli et le sublime baba au rhum de La Fabbrica Di Marco / me sentir si bien là avec cette adorable équipe que mon bouquin et moi traînons à table jusqu'à 15h15 / "Rosalie Blum", le film - qui me donne envie de relire "Rosalie Blum", la bédé / l'idée géniale qui va faire de moi la meilleure tante du monde (merci, Gasparde)

Dimanche: une grasse mat' comme je n'en avais pas fait depuis longtemps / programmer une séance de réflexologie bien méritée avec M. Oh après la fin de ma trad en cours / l'aéroport de Zaventem a rouvert aujourd'hui

vendredi 1 avril 2016

Les sorties bédé que j'attends avec impatience en avril




Une excellente série steampunk jeunesse, dans un monde où la Première Guerre Mondiale fait encore rage à la fin des années 20 et où les méchants robots du 3ème Axe poursuivent nos intrépides héros. J'avais chroniqué les deux premiers tomes ici



Tout ce que j'ai lu au sujet de cette série poético-magique en 7 tomes m'a donné ultra-envie de la découvrir puisque Black Box a l'excellente idée de la publier en français (4 tomes d'un coup en avril, et les 3 autres en juin, ce qui fait un peu beaucoup d'un coup me semble-t-il, mais si j'aime je serai bien contente de ne pas devoir attendre).

jeudi 31 mars 2016

Mars 2016



Au programme de mars: bilan




1. Préparer le séjour à Edimbourg en juin
J'ai épluché les guides de voyage, puis réservé les billets d'avion et le logement Air B'n'B. Il ne reste plus qu'à sélectionner un escape game et jeter un coup d'oeil aux géocaches.

2. Boucler et envoyer le dossier pour mon association de gestion agréée
Deux heures seulement pour remplir le dossier lui-même une fois ma récap comptable annuelle bouclée; un après-midi entier pour trouver un endroit qui fasse des photocopies en A3. Heureusement que c'est juste une fois par an.

3. Retourner me faire coiffer chez Wakko
C'est fait, et ça m'a coûté un rein, mais je suis ravie du résultat.

4. Installer Adblock
C'est fait. Et c'est reposant - même s'il y a quelques sites, notamment les quotidiens en ligne, sur lesquels j'ai dû le désactiver. Pour le reste, j'ignore les notifications du type "Notre site fonctionne moins bien avec un bloqueur de pub", et je n'observe aucune différence hormis le fait que j'ai la paix maintenant!

5. Reprendre le fitness sérieusement
...Toujours pas vraiment. J'espère être un peu plus motivée à présent que les journées ont bien rallongé, parce qu'il faut vraiment que je recommence à me bouger.

6. Racheter une balance de cuisine
C'est fait; ça ne m'a pas coûté une fortune (dans les 25€ chez International Home Cooking); j'ai trouvé un modèle très peu encombrant, et c'est tellement plus commode pour la pâtisserie!

7. Tester la recette de cake chocolat/matcha
Non seulement je l'ai testée, mais j'en ai fait quatre fois dans le mois (dont deux en versant la pâte dans des moules à muffins, si bien que ça cuit deux fois plus vite). Je crois que c'est voué à devenir un grand classique de la maison!

8. Faire relire par des gens qui s'y connaissent les passages du dernier Claire North
trop techniques pour moi (informatique, anatomie...)
Heureusement que j'ai un pote qui bosse dans la cryptologie le chiffrement. Et une copine infirmière. Parce que Wikipédia ça aide, mais quand on ne sait vraiment pas, on ne sait vraiment pas.

9. Réussir à sortir du "Délire du mandarin" dans les temps
Oui! On a dû se faire aider deux fois par la Game Master, mais on a fini le jeu en un tout petit peu moins d'une heure.

10. Manger une fondue d'anniversaire
Ce fut toute une aventure assez épuisante, mais qui en valait largement la peine. La fondue moitié-moitié était parfaite (et la meringue double crème du dessert aussi), et que dire de la compagnie réunie autour de la table...

11. Photographier des écureuils dans les montagnes suisses
La balade jusqu'à Crans Montana était très jolie, et il y avait plein d'oiseaux dans la forêt, mais hélas pas l'ombre d'un écureuil (sans doute avaient-ils déjà été gavés de noisettes par les promeneurs du Vendredi Saint).

12. Faire des provisions de chocolat Cailler et Villars
Je pensais m'en occuper à l'aéroport de Genève juste avant notre vol de retour, mais je n'ai pas eu le temps. Cela dit, j'ai quand même ramené une poule et un lapin de Pâques. Plus des confitures artisanales et du fromage. Bref, ce n'est toujours pas en avril que je meurs d'inanition.

13. Lire "Anxiété"
Je pensais que le bouquin allait me passionner, mais... même s'il est bien écrit, ses 500 pages restent assez indigestes. Surtout que les conclusions de l'auteur (à côté duquel j'ai l'air merveilleusement zen et optimiste) sont, en gros, que la science ne comprend toujours pas la provenance exacte de l'anxiété et n'a réussi à trouver aucun moyen efficace de la soigner. J'ai abandonné au milieu.


PROGRESSION SUR LES OBJECTIFS RECURRENTS DE L'ANNEE

3. Lire au moins un ouvrage de non-fiction par mois
Voir ci-dessus.
4. Soutenir un projet créatif ou une cause qui me tient à coeur chaque mois
Je me suis fait plaisir en souscrivant sur la fin au sublime artbook De Creaturis Dementiae de Benjamin Basso. J'ai hâte de le recevoir!
49. Elargir mon répertoire culinaire
Outre le cake chocolat/matcha mentionné ci-dessus, j'ai préparé une délicieuse pizza patate douce-bleu-noix.

mercredi 30 mars 2016

5 vérités pour les gens qui manquent d'estime de soi




J'ai souvent l'impression que le manque d'estime de soi est le plus gros problème de mes amies - pourtant toutes des femmes formidables, comme on s'en doute, sans quoi je ne les fréquenterais pas! A cause de ça, ils me semblent qu'elles se torturent inutilement, ratent des tas d'opportunités et n'osent pas souvent provoquer leur chance. Il se trouve que plus jeune, j'avais moi-même un degré d'assurance égal à la température de l'azote liquide (-196°) alors qu'aujourd'hui, je dois plutôt faire attention à ne pas sombrer dans l'excès inverse. Voici ce que j'ai découvert entre-temps et qui m'a permis de passer d'un état à l'autre... 

1. Les autres gens ne sont pas mieux que vous. Ils savent peut-être mieux mettre en valeur leurs qualités ou masquer leurs défauts, mais si on pouvait quantifier leurs forces et leurs faiblesses pour en dresser un bilan comptable, le résultat serait sûrement très voisin du vôtre: seule sa composition diffèrerait. Machinette a une silhouette de rêve alors qu'elle bâfre tout le temps? Oui, mais elle récupèrerait volontiers vos bourrelets s'ils venaient avec un type aussi formidable que celui qui partage votre vie. Tartempion écrit super bien alors que vous peinez à enchaîner les idées et multipliez les fautes d'orthographe? Possible, mais Tartempion a deux mains gauches tandis que vous cousez ou cuisinez comme une reine. 

2. Les autres gens ne sont probablement pas en train de vous juger, pour la bonne raison qu'ils sont focalisés sur leurs propres actions et leur propre crainte de faire ou dire une connerie. Ou bien, s'ils vous jugent sur le coup - comme ça nous arrive à tous de le faire en passant -, ils auront tout oublié dans trente secondes, dès que quelque chose ou quelqu'un d'autre aura capté leur attention. Ne vous mettez pas la rate au court-bouillon pour une impression aussi fugitive et dénuée d'importance. D'ici demain, elle n'existera plus que dans votre souvenir. 

3. Les autres gens ne voient que ce que vous leur donnez à voir: à moins que vous ne viviez dans un comics Marvel, ils ne sont pas dotés d'une vision aux rayons X ni du pouvoir de télépathie. Ayez l'air calme et confiant, et ils penseront que vous l'êtes, ce qui en retour vous calmera et vous donnera confiance en vous. Il faut juste faire semblant au départ pour enclencher le cercle vertueux. Au besoin, glissez-vous dans la peau de quelqu'un que vous admirez pour son assurance, un peu comme vous enfileriez une armure, et agissez ainsi qu'il/elle le ferait en de semblables circonstances. 

4. Vous n'allez jamais pouvoir plaire à tout le monde. Même les stars les plus adulées ont des détracteurs d'une virulence proportionnelle  à leur célébrité. Donc, au lieu de vous épuiser et de vous ruiner le moral à essayer de satisfaire les attentes d'autrui, assumez ce que vous êtes et contentez-vous de l'affection des gens qui sont sur la même longueur d'ondes. Si quelqu'un vous croit intellectuellement limitée juste parce que vous êtes mère au foyer, à quoi bon vous couper en quatre pour lui prouver le contraire? Il existe des tas de gens un peu moins bornés que ça; fréquentez plutôt ceux-là.

5. La terre ne va pas s'ouvrir sous vos pieds pour vous engloutir si vous dites ou faites une bêtise. Il y aura peut-être un instant de gêne, voire une réaction désagréable en face - au pire, des excuses à présenter. Puis les gens passeront à autre chose, parce que le monde ne tourne pas autour de vous. Et dans un an, un mois ou même juste une semaine, vous et votre entourage aurez complètement oublié la chose qui vous donne des sueurs froides aujourd'hui. La montagne dont l'ascension vous effraie d'avance est généralement une simple taupinière. 

L'estime de soi, c'est un sujet qui vous parle un peu, beaucoup, passionnément...?