mardi 29 mars 2016

La vraie peur




Ces attentats de Bruxelles, on les attendait depuis des mois. Ils n'ont rien de surprenant. Ils n'ont hélas rien d'exceptionnel non plus: depuis l'année dernière, des terroristes se font exploser un peu partout dans le monde, même s'il est compréhensible que nous soyons davantage touchés quand ça arrive près de chez nous. Le choc finit par s'émousser. La peur, évidemment, reste vivace face au spectre d'une mort si brutale et si aléatoire. Pourtant, on a toujours bien moins de risques de succomber à une attentat qu'à un accident de la route, et la plupart des gens n'y réfléchissent pas à deux fois avant de monter dans une voiture. 

Plus que les attentats eux-mêmes, ce qui me préoccupe aujourd'hui, c'est la façon dont nos gouvernements (j'entends par là: le belge et le français) y réagissent. Il semble à peu près évident que la radicalisation de certains jeunes Musulmans découle du fait qu'ils ne trouvent pas leur place dans notre société, et que ça les met dans une colère que Daesh a trouvé le moyen d'exacerber pour la changer en haine meurtrière. Face à cela, la logique voudrait qu'on remette en cause la discrimination raciale ou religieuse en Occident, qu'on travaille à éduquer les gens pour leur permettre de vivre tous avec une égalité de chances et dans un respect mutuel, quelles que soient leur couleur de peau et leurs croyances. 

Au lieu de ça, on renvoie les Syriens qui ont fui leur pays ravagé par les responsables mêmes de ces attentats, alors que les lois européennes et la simple humanité devraient nous contraindre à les accueillir de notre mieux. On instaure un état d'urgence qui, jusqu'à preuve du contraire, a pour le moment uniquement servi à arrêter des militants altermondialistes et autres opposants au pouvoir en place. On parle de mettre en oeuvre des mesures sécuritaires qui frisent le totalitarisme. On entretient un climat anxiogène à travers les médias. On demande à la communauté musulmane de se désolidariser des terroristes alors qu'elle est la première victime des attentats à travers le monde et que jamais aucun Chrétien n'a été sommé de se désolidariser du Ku Klux Klan. 

On dresse toujours plus de murs alors que ce qu'il faudrait depuis le début, c'est les abattre. 

Bref, on prend le problème complètement à l'envers. Je vous le dis: aujourd'hui, ce qui me fait le plus peur, c'est l'inhumanité et la bêtise des gens qui nous gouvernent. 


A lire: cet article très intéressant sur la part de responsabilité que nous portons tous pour l'état actuel des choses...

Lectures de Mars 2016




ROMANS
- "On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait en s'en allant" (Marie Griessinger) ♥︎♥︎♥︎
- "Sans oublier la baleine" (John Ironmonger) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Un hiver long et rude" (Mary Lawson) ♥︎♥︎♥︎
- "Le Club" (Michel Pagel) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "The coincidence authority" (John Ironmonger) ♥︎♥︎♥︎
- "Ma fugue chez moi" (Coline Pierré) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "The notable brain of Maximilian Ponder (John Ironmonger) ♥︎♥︎♥︎
- "Mémé dans les orties" (Aurélie Valognes)
- "Tout va très bien madame la comtesse!" (Francesco Muzzopappa) ♥︎♥︎♥︎
- "Ta façon d'être au monde" (Camille Anseaume) ♥︎♥︎
- "Finding Audrey" (Sophie Kinsella) ♥︎♥︎
- "The portable Veblen" (Elizabeth MacKenzie)
- "Il était une fois... une liste" (Robin Gold) ♥︎♥︎

BEDE/MANGA
- "Juliette: Les fantômes reviennent au printemps" (Camille Jourdy) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Pour Sanpei T1 & 2" (Fumiyo Kounô) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Porcelaine T2: Femme" (Benjamin Read/Chris Wildgoose) ♥︎♥︎♥︎
- "Gisèle Alain T5" (Sui Kasai) ♥︎♥︎
- "Rotterdam: un séjour à fleur d'eau" (Emmanuel Lemaire) ♥︎♥︎
- "Billy Brouillard: le chant des sirènes" (Guillaume Bianco) ♥︎♥︎♥︎
- "Au gré du vent" (Golo Zhao/Jingjing Bao) ♥︎♥︎
- "Le monde selon Uchu T1" (Ayako Noda) ♥︎
- "Orange T5" (Ichigo Takano) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Demokratia T2" (Motorô Mase) ♥︎♥︎♥︎

DIVERS
- "Le journal intime de Dieu" (Klaire Fait Grr) ♥︎♥︎

lundi 28 mars 2016

Le plus beau des cadeaux d'anniversaire




Mercredi dernier vers 16h30, j'étais en train de déprimer sec sous la couette. Notre vol du matin pour Genève avait été annulé suite aux attentats de la veille, et le vol de jeudi sur lequel nous nous étions reportés allait sûrement l'être aussi puisque l'aéroport de Zaventem avait annoncé en fin de matinée que les enquêteurs se trouvaient toujours sur place et qu'il n'était pas question de rouvrir pour le moment. J'avais exploré toutes les options alternatives: le train était outrageusement cher (600€ les deux aller-retour), nous bouffait deux jours sur les quatre restants et de toute façon, la SNCF refusait de nous vendre des billets car il était trop tard pour nous les envoyer par la Poste et de toute évidence, nous faire parvenir un PDF à imprimer à la maison était trop compliqué. Même problématique pour la voiture: cher puisque nous devions en louer une, et long avec en plus des risques d'accident. Bref, je voyais mon séjour en Suisse tant attendu s'envoler en fumée. 

Jusqu'à ce que Chouchou, qui rafraîchissait la page de news d'EasyJet toutes les dix minutes pour voir ce que proposait la compagnie, me lance depuis le salon: "Notre vol est reporté au départ de Lille". Branle-bas de combat. Le dernier TGV pour Lille était à 19h13, la valise de Chouchou n'était pas prête et moi je traînais ma peine en pyjama et pas douchée. Nous nous sommes dépêchés de réserver des billets de TGV par internet, de chercher un hôtel - près de l'aéroport, plus que du Formule 1 ou du vraiment cher, donc plutôt près de la gare -, de vérifier les horaires des navettes et de boucler nos préparatifs personnels avant de nous jeter dehors un peu hagards. Notre rue était complètement bouchée par les voitures; Chouchou a suggéré que nous marchions jusqu'au métro. Mais en arrivant à la station Trône, nous l'avons trouvée fermée. Nous avons donc poussé jusqu'à la Porte de Namur, où le métro était fermé aussi mais où nous avons pu prendre un taxi (en plus, pour une fois, le chauffeur était charmant et ne nous a ni secoués ni infligé une musique atroce ou des commentaires navrants). Gare du Midi, des blindés s'alignaient devant l'entrée, il y avait des soldats en armes et des contrôles de sécurité partout, nous avons un peu eu l'impression de fuir un pays en guerre.

Dans le TGV, enfin, nous nous sommes détendus et Chouchou a envoyé un MP à mon ami Philou pour lui demander s'il était libre à dîner ce soir. Je trouvais ça un peu dernière minute, mais Philou a dit oui, et nous avons donc eu le plaisir impromptu de manger des tartines avec lui à l'Arrière-Pays en bavardant de nos voyages respectifs et des villes européennes qui nous avaient plu ou pas. De retour à l'hôtel, nous avons éteint vers minuit, et comme chaque fois que je dois me lever très tôt pour prendre un train ou un avion, je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit de crainte de ne pas entendre le réveil. A 5h10, branle-bas de combat pour se préparer et partir prendre la navette de 6h à destination de l'aéroport. A ce stade, je craignais encore que tout ne s'écroule au dernier moment, que l'employé du comptoir d'EasyJet me dévisage avec de gros yeux ronds en me disant qu'il n'avait jamais entendu parler de cette histoire de report et qu'il n'y avait pas de vol de 8h40 pour Genève. Mais non. J'ai rarement été aussi heureuse de monter dans un avion. 

Comme d'habitude, nous avons pris le train pour rejoindre Lausanne où Funambuline nous attendait à la gare. Il faisait un temps magnifique au bord du Léman et je n'arrêtais pas de répéter en boucle: "Qu'est-ce que c'est beau... qu'est-ce qu'on est bien... qu'est-ce que je suis contente...". Avant d'aller déjeuner à la brasserie de Montbenon, nous avons pris le métro pour descendre jusqu'à Ouchy dire bonjour au lac. Et là, Funambuline nous a révélé le plan que Lady Pops, Shalf, Marika et elle avaient ourdi par MP sur Facebook tout en discutant avec nous sur un fil séparé où ils suivaient nos efforts pour tenter de les rejoindre. Sur une idée de Lady Pops, ces grands malades avaient prévu, au cas où nous serions coincés à Bruxelles, de partir de Lausanne samedi matin avec la Popsmobile, un caquelon, un kilo et demi de mélange moitié-moitié et une bouteille de vin blanc dans le coffre, plus une glacière pour ne pas que la crème double des meringues tourne, et de se taper toute la route jusqu'à Bruxelles afin que j'aie quand même ma fondue d'anniversaire et que je ne sois pas seule pour mes 45 ans. Ceci, alors que Lady Pops partait en vacances avec sa famille, également en voiture, le lundi matin, que Funambuline est actuellement à la limite de la hernie discale et peine à rester en position assise plus d'une heure d'affilée, et que Marika est tellement débordée de boulot qu'elle doit bosser sept jours sur sept pendant tout le mois à venir. 

Je me suis sentie aimée, vous n'imaginez même pas. 

(En plus, ils m'ont fait lire leur fil de discussion secret, c'était hilarant, surtout le ABORT MISSION ABORT MISSION de Shalf alors qu'on venait d'annoncer qu'on pouvait partir de Lille mais que Lady Pops au taquet et n'ayant pas vu notre message récapitulait la grande manoeuvre de samedi matin avec sa détermination et son énergie coutumières.) 

Alors voilà. Le monde devient fou, mais j'ai les meilleurs amis qui puissent exister. Pour quelqu'un d'aussi ours que moi, c'est surprenant autant que merveilleux. Je ne sais pas ce que j'ai fait pour les mériter, mais j'espère bien les garder toujours. Et n'avoir plus jamais autant de mal à les rejoindre pour partager un repas à 15 638 calories/tête. 

Les joies de la semaine #12


Photo by Funambuline

Lundi: New Mini-MTLM has landed / 84ème commentateur Amazon / faire ma (petite) valise pour la Suisse

Mardi: aucune de nos connaissances n'a été touchée par les attentats / l'afflux de gentils messages d'amis et de lecteurs inquiets / nous arrivons à changer notre vol de demain pour le même après-demain / revoir "Kiki la petite sorcière" / il me restait un dernier Zopiclone

Mercredi: une gentille réponse de Claire North à mon mail d'hier / une sélection en petite Une Culture sur HelloCoton / nous pensions notre vol de demain annulé: en fait, il partira de Lille / pour une fois qu'on est obligés de prendre un taxi, on tombe sur un chauffeur adorable / reportage en direct de notre périple en MP sur Facebook avec Lady Pops, Marika et les Shalbuline / un dîner impromptu et animé avec Philou

Jeudi: ce moment magique où l'avion émerge au-dessus des nuages et où on ne voit plus qu'une mer de coton / me shooter à l'ail des ours / découvrir le plan que nos amis avaient fomenté pour le cas où on ne pourrait pas venir en Suisse ♥︎♥︎♥︎/ déjeuner en terrasse à la Brasserie de Montbenon / la glandouille éhontée au Bar Tabac / "rire, c'est bon pour la santé" - "touchours rigole, jamais travaille" - "trop-mi-gnon, trop-mi-gnon" / Pâques dessinée par Mr. E ("Salut Jésus!")

Vendredi: le raffinement du restaurant de l'hôtel Majestic à Montreux / sortis du Délire du Mandarin avant la fin de l'heure / un chouette moment au Café Littéraire de Vevey / un feu de cheminée dans la nouvelle maison de Marika / comparer nos souplesses et nos équilibres respectifs pendant que Chouchou nous prépare de délicieux spaghetti / discuter de nos angoisses respectives pendant que Chouchou dort mignonnement sur le canapé

Samedi: un gros câlin à Moka / un petit-déjeuner pantagruélique, au soleil dans le jardin des Pops / tous les jolis chalets sur la route de Crans Montana / tous les pious-pious sur le sentier de montagne où les écureuils brillent par leur absence / le neko manju que Funambuline a pensé à me prendre sur le marché de Lausanne / ma fondue d'anniversaire / en fait la meringue double crème, c'est franchement délicieux / record de serrage de gens dans mes bras en l'espace de 3 jours: battu et archi-battu

Dimanche: EasyJet aura assuré jusqu'au bout, bravo et merci / trouver un taxi tout de suite à la gare du Midi vers minuit et quart, et tomber encore sur un chauffeur sympa / sortir de ma valise un coeur en grelots rouges, une bouteille de rhum arrangé banane-cacao et une autre de Clos des Moines, un trio de petites confitures artisanales, un bout de gruyère vieux et un autre d'Ettivaz, une poule et un lapin en chocolat

mercredi 23 mars 2016

"Trapped"




Alors qu'un ferry en provenance de Copenhague s'apprête à débarquer ses passagers dans la petite ville de Seydisfjördur, en Islande, un corps amputé de sa tête et de ses membres est repêché dans le port. Une violente tempête de neige survient dans la foulée, coupant la communauté du reste du monde. Les problèmes s'enchaînent, les victimes se multiplient, la panique couve, et les trois policiers locaux se démènent pour démêler les fils d'une affaire bien plus complexe qu'il n'y semble au premier abord... 

Je n'aime ni les enquêtes policières, ni les séries au rythme lent, ni les atmosphères plombantes. Bizarrement, ça ne m'a pas empêchée d'adorer les trois saisons de "Bron/broen". Alors, malgré l'absence de Saga Noren (et aussi un peu parce que nous traversions une période de grande disette), j'ai donné sa chance à "Trapped", récemment diffusé en VF sur France 2. A la fin du premier épisode, je me disais "Ouais, c'est pas mal, continuons"; à la fin du deuxième, j'étais accrochée aux coussins du canapé et je ne vivais plus que pour l'heure du dîner. Nous avons regardé les 7-8-9 d'un coup samedi soir (et nous aurions sans doute enchaîné sur le 10 si nous l'avions eu sous la main), alors qu'ils durent 52 mn chacun et que j'ai d'ordinaire beaucoup de mal à rester devant la télé plus d'une heure d'affilée. 

Qu'est-ce qui a donc rendu "Trapped" si accrocheur pour la spectatrice ultra-difficile que je suis? D'abord, j'aime la Scandinavie d'amour, et je suis toujours ravie d'aller y faire un tour en mots ou en images. Je ne voudrais pour rien au monde me retrouver coincée au bout du monde dans une tempête de neige, mais il faut avouer que ça instaure d'emblée une atmosphère oppressante. Malgré un très grand nombre de scènes intimistes entre personnages plutôt taiseux, la tension dramatique savamment dosée ne retombe jamais tout au long de la saison. Ici, même les silences sont lourds de signification; les absences dessinent des actes en creux, et la trame de l'histoire se devine dans les espaces négatifs. 

Ensuite, si les personnages secondaires les plus antipathiques sont souvent caricaturaux, les héros, bien qu'appartenant indéniablement au camp des gentils, possèdent chacun leur part d'ombre et de mal-être. J'ai apprécié qu'ils ne soient pas interprétés par des acteurs au physique hollywoodien; à mon sens, ça les rend bien plus attachants et crédibles. La situation les oblige à se mettre en danger jusque dans leur vie privée, à s'impliquer d'une façon personnelle et douloureuse qui contribue à élever les enjeux sans recourir à des ressorts scénaristiques artificiels. Du coup, on marche à fond sans jamais avoir l'impression de se faire balader. 

Enfin, l'histoire bien construite se révèle petit morceau par petit morceau pour former un tableau cohérent et pas du tout improbable. Elle aborde de nombreux dilemmes moraux, et pousse notamment à s'interroger sur ce qu'il convient de favoriser: la loi ou la justice? Bref, "Trapped" est une série intelligente comme on aimerait en voir plus souvent. Dommage que son concept même permette difficilement d'envisager une seconde saison.

mardi 22 mars 2016

Où je m'autorise une réaction égoïste



Je vous préviens tout de suite: ceci va être un billet profondément caliméresque. 

Cela fait maintenant cinq semaines que je suis en crise d'angoisse permanente, à mal dormir, à avoir tout le temps envie de pleurer, à lutter chaque jour pour ne pas m'écrouler. J'ai évoqué certaines des raisons ici, je préfère ne pas parler des autres, mais au fond peu importe. Depuis cinq semaines, je tiens en pensant aux quelques jours où nous devions aller en Suisse fêter mon anniversaire au bord du lac Léman, avec des amis très chers que nous voyons bien trop peu souvent. J'ai bossé comme une malade pour terminer la traduction du troisième Claire North aujourd'hui et passé une grosse heure hier soir à faire ma valise en chantonnant "Plus que deux dodos, plus que deux dodos!". Bien sûr, je craignais que le réveil ne sonne pas mercredi matin, ou que la navette de l'aéroport tombe en panne et qu'on rate notre vol, parce que j'avais trop besoin de ces quelques jours de vacances et que je ne pouvais pas m'empêcher d'imaginer tout ce qui pourrait venir les compromettre. 

La possibilité d'un attentat à Zaventem ne m'avait même pas effleurée. 

Pourtant, ce matin en me levant, j'ai découvert que deux explosions venaient d'avoir lieu dans le hall des départs, pile à l'heure où nous nous y serions trouvés si nous avions décidé de prendre un jour de vacances supplémentaire. Première pensée: "On l'a échappé belle". Deuxième pensée (quand même): "J'espère qu'il ne va pas y avoir trop de victimes". Puis j'ai vu une photo des dégâts, et je me suis dit: "Bon, ben pour la Suisse, c'est mort". 

Ne voulant pas faire une croix dessus si vite, j'ai regardé les tarifs des billets de train. Bruxelles-Lausanne, 312 euros l'aller simple par personne. Ah. Euh. Non. 

Après, il y a eu l'explosion à Maalbeek, près des communautés européennes, la fermeture du métro et de la gare Centrale, le relèvement du niveau d'alerte terroriste à 4, l'effet domino sécuritaire, l'impression d'entrer dans un long cauchemar. Les amis qui s'inquiètent sur Facebook, sur Twitter ou par texto. Le décompte des copains bruxellois: "Machine va bien, Truc aussi, tu as des nouvelles de tes nièces?". Chouchou qui tient quand même à aller à ses rendez-vous de boulot cet après-midi, et moi qui dois prendre sur moi très fort pour ne pas le supplier de rester à la maison. 

J'ai peur qu'il lui arrive quelque chose dans la rue. Je sais, c'est peu probable, mais peu probable, c'est déjà trop. 
Je crains que ma soeur et sa famille renoncent à venir nous rendre visite pendant les vacances de Pâques, parce que Cahouète avait déjà été très choqué par les attentats du 13 novembre à Paris. 
Je ne parierais pas non plus sur ma tranquillité d'esprit dans les mois à venir. 
Je suis bien sûr extrêmement triste pour les victimes d'aujourd'hui (et toujours pas le moins du monde haineuse envers quelque catégorie de population que ce soit). 

Mais là, pour être honnête, je suis surtout en train de faire une fixette sur la malédiction des anniversaires ratés qui me poursuit depuis toujours. Entre ma grande-mère maternelle enterrée le jour de mes 20 ans, Lucrèce morte dans mes bras la nuit de mes 25 ans, les disputes homériques avec Chouchou pour mes 41 et mes 42 ans, et j'en passe... Pour mes 43 ans, j'avais contourné le truc en allant passer deux jours seule à Aix-en-Provence. Pour mes 44, j'avais organisé un week-end à Paris qui fut très réussi. Cette année, j'étais si impatiente de noyer la déprime des dernières semaines dans un caquelon à fondue, entourée d'amis que j'adore!

Je suppose que je devrais juste me réjouir d'être vivante: tout le monde n'aura pas cette chance. 

Si vous êtes à Bruxelles, prenez bien soin de vous et de vos proches.

"Ta façon d'être au monde" (Camille Anseaume)


Très charmée l'année dernière par le premier roman de Camille Anseaume, et alléchée par les critiques élogieuses sur son deuxième, j'ai été ravie de le trouver samedi matin chez Pêle-Mêle, et je me suis jetée dessus le soir même pour le commencer. 

Dans la première partie de "Ta façon d'être au monde", une narratrice qui utilise le pronom "Tu" pour se désigner décrit l'enfance de sa meilleure amie, "Elle", leur rencontre et les liens qu'elles nouent au fil des ans. "Elle" est fondamentalement inquiète comme "Tu" est fondamentalement joyeuse; "Elle" envie "Tu" et cherche par leur proximité à s'approprier un peu de son insouciance. J'avoue m'être souvent reconnue dans les descriptions que l'auteure fait d'"Elle":

"Elle qui travaille si dur pour réaliser sa chance, elle pense que tu n'es pas foutue de te confronter au pire pour regarder la tienne en face. 
C'est vrai qu'elle travaille dur. Tous les soirs, elle tue sa mère pour tenter de ressentir en l'embrassant au petit matin le même soulagement que si elle était revenue à la vie. Tous les jours, elle imagine les scénarios les plus terribles pour goûter au plaisir qu'ils ne se réalisent pas. C'est une discipline exigeante qu'elle pratique avec rigueur et application." 

Malgré tout, cette histoire d'amitié ne m'accrochait pas spécialement, et j'étais rebutée par l'emploi systématique de ces pronoms là où des prénoms et un "Je" auraient rendu la lecture plus fluide. 

Puis, dans la seconde moitié du roman, on change de point de vue. La narratrice est désormais la jeune femme inquiète, qui dit "Je" pour parler d'elle-même et "Tu" ou "Elle" pour parler de son amie. Déjà, ça m'a perturbée. Ensuite, cette partie raconte un décès subit qui frappe leur petite bande, mais plus particulièrement la jeune femme jusque là insouciante. Pendant cent vingt pages, l'auteure parle de deuil d'une façon pleine de sensibilité et de justesse, mais qui m'a d'autant plus ennuyée que je ne voyais pas du tout l'intérêt du changement complet de point de vue et de sujet. 

Le temps que je comprenne où elle voulait en venir et, du coup, pourquoi elle avait procédé ainsi, j'arrivais presque à la fin du roman, et j'étais complètement passée à côté de celui-ci. Je l'ai refermé avec beaucoup de frustration, en me demandant: "Mais comment se fait-il que...?" et en me disant que j'aurais bien voulu connaître le point de vue de la personne défunte. Pour moi, une rencontre complètement manquée. 

lundi 21 mars 2016

Les brunchs du dimanche (38): Chyl




A force de lire des articles élogieux sur Chyl, nouvel espace restauration/épicerie/beauté bio situé près de l'avenue Louise côté bois de la Cambre, nous avons fini par nous décider à aller y faire un tour le week-end dernier. Le brunch du samedi et du dimanche est proposé en trois services: 10h30, 11h30 et 12h30, et en bonnes feignasses, nous avions réservé pour le dernier. Nous avions d'ailleurs bien fait d'y penser, car lorsque nous sommes arrivés, le restaurant était plein, et plusieurs groupes arrivés pendant que nous mangions se sont vus refouler faute de place. La salle est grande, très lumineuse, avec des tables "normales" mais aussi des tables basses entourées de fauteuils et de canapés (sans doute plus agréables pour boire un verre que pour manger avec l'assiette au niveau des genoux...). Des dizaines de plantes vertes pendent du plafond haut. C'est un lieu très agréable bien qu'un poil bruyant. 

Nous savions par le site de Chyl que le restaurant proposait des options végétariennes, véganes, sans gluten et/ou sans lactose pour les clients intolérants. Que les carnivores se rassurent: trois des quatre formules brunch contiennent soit du jambon (pour la française), soit du saumon (pour la nordique), soit des saucisses et du bacon (pour l'anglaise). J'ai choisi la seule formule végétarienne: l'orientale, composée d'houmous, de caviar d'aubergines, de taboulé, de falafel, de feta, de pita et de crème fouettée surmontée de baies et de graines. Comme toutes les autres formules, elle est servie avec un thé ou un café au choix, plus un jus d'orange frais - sanguine ce jour-là -, le tout pour 20€. Quant à Chouchou, il a préféré tenter le burger végétarien accompagné d'un jus vitalité. 





Nous avons été servis assez rapidement malgré l'affluence, et nous nous sommes régalés tous les deux. Les portions de mon brunch étaient plutôt petites, mais bien suffisantes pour mon appétit, ce qui m'a permis de tout finir sans que la digestion de l'ensemble ne me fasse agoniser jusqu'au soir. Mention spéciale au dessert, absolument fabuleux! Du coup, je n'avais plus du tout de place pour le pain perdu aux fruits frais dont une photo m'avait fait saliver sur Instagram. C'est ballot, il va falloir revenir une autre fois... Peut-être aux beaux jours, quand on pourra manger sur la jolie terrasse fermée à l'arrière du bâtiment? 




Après avoir réglé (en Visa, car les cartes de paiement sont acceptées sans problème), nous avons fait un tour à l'épicerie adjacente. Les prix sont similaires à ceux des autres points de vente bio que nous fréquentons; en revanche, nous avons été ravis de trouver une grande variété de produits en vrac - fruits secs et céréales. On prend un sachet en papier, on se sert soi-même, on inscrit le numéro du produit sur le sac et on emporte à la caisse. Nous avons fait une provision de lentilles noires et de lentilles jaunes, et craqué pour du riz soufflé aux baies rouges (oui bon d'accord, ça c'est juste moi parce que les grains sont ROSES et que ça fera joli sur Instagram). 

Vous l'aurez compris, nous sommes très séduits par Chyl, et même s'il ne se trouve pas vraiment dans les coins où nous traînons d'habitude, nous y reviendrons certainement. J'aimerais bien tester un déjeuner en semaine, et pourquoi pas un massage dynamisant au tarif tout doux un de ces quatre? 

Rue de Belle Vue, 62
1000 Bruxelles
Tel: 02 648 34 76
Réservation fortement conseillée

dimanche 20 mars 2016

Les joies de la semaine #11




Lundi: une nuit de 9h sans cauchemar ni crise d'angoisse / c'est moi ou ça commence à sentir le printemps?

Mardi: merci à la maman de Chouchou / une sélection en petite Une Humeurs de HelloCoton / le deuxième épisode de "Trapped" nous accroche définitivement

Mercredi: 85ème commentateur Amazon / mmmmh le chocolat chaud maison de Méert / le Flow français #8, disponible un peu en avance / Cahouète devrait adorer ces chaussettes panda / cuisiner en duo avec Chouchou / délicieuse et inspirante, cette pizza patate douce-bleu-noix

Jeudi: presque par miracle, réussir à tout caser dans mon planning de boulot du second semestre / écouter le dernier single de Fields of the Nephilim et perdre 25 ou 30 ans d'un coup

Vendredi: Salah Abdeslam arrêté vivant / un fabuleux risotto courgette-gorgonzola / qu'on est bien tête-bêche sur le canapé, avec la couverture rayée remontée jusque sous le menton!

Samedi: trouver chez Pêle-Mêle le livre que je cherchais (le nouveau Camille Anseaume) / un délicieux brunch oriental chez Chyl / une séance de selfies improvisée devant la glace en pied dans les toilettes / enfin un samedi où le repas indien pour deux n'est pas en rupture de stock chez M&S / "tu as fait des tostacakes", meilleure blague de la semaine

Dimanche: les oiseaux chantent, c'est le printemps! / billets d'avion pour Edimbourg et hébergement sur place réservés / très bon, le mélange de thés vert et noir Bonaparte n°40 de Lupicia

"Tout va très bien, madame la comtesse!" (Francesco Muzzopappa)


La comtesse Maria Vittoria dal Pozzo della Cisterna est effondrée: elle a dû se séparer de la quasi-totalité de ses domestiques et la voilà réduite à faire ses propres courses au supermarché. Tout ça à cause d'un fils beau comme un dieu et bête comme une huître, qui a jugé malin d'offrir le dernier joyau familial à une starlette décérébrée. Pour se sortir de ce pétrin, il va falloir faire preuve d'imagination...

C'est en cherchant chez Tropismes quelque chose de léger, amusant et rapide à lire que je suis tombé sur le deuxième roman de l'auteur italien Francesco Muzzopappa. Il a parfaitement rempli son cahier des charges: je me suis bidonnée tout au long des aventures de cette comtesse désargentée au parler franc et acerbe, en décalage complet avec la société moderne, les rustres de la plèbe et son abruti de fils. D'autant que Marianne Faurobert propose une traduction française au style très enlevé. "Tout va très bien madame la comtesse !" ne changera pas votre vie, mais si vous êtes sensible au même genre d'humour que moi, il vous fera sans doute passer un excellent moment.

"Je me rappelle encore l'époque où je caressais mon gros ventre en interrogeant mon mari sur l'avenir de notre petit. Serait-il mathématicien? Homme de lettres? Physicien? 
J'étais convaincue qu'il deviendrait un savant et qu'il consacrerait sa vie à traquer des protons et briser des atomes: inutile de préciser qu'en à peine plus de trois décennies, il parvint à briser bien autre chose...
Dès sa prime enfance, en effet, Emanuele ne fit preuve d'aucune aptitude particulière: à l'école, il peinait pour obtenir un 6; au gymnase, il n'arrivait pas à rester accroché à une barre plus de dix secondes; et au piano, il était incapable de distinguer une croche d'une blanche. 
Pensant qu'un instrument plus discret lui conviendrait mieux, je lui achetai un violon. Lorsqu'il décida d'arrêter, les écureuils revinrent enfin peupler le jardin de la villa." 

"Au moment de doter Emanuele d'un cerveau, le bon Dieu dut s'exclamer quelque chose comme: "Je suis éreinté" avant de passer à l création d'éléments plus complexes, du type éponges de mer." 

"Je dois avoir été contaminée par tous ces films où l'on voit le héros, pour sauver l'honneur de sa famille, se jeter torse nu dans un immeuble en flammes ou affronter au mépris du danger une bande de tigres affamés. Je ne m'attendais certes pas à une pareille attitude de la part d'Emanuele, mais tout de même, à un signe d'intérêt, ne serait-ce qu'un haussement de sourcil. 
"Je ne suis pas prêt" fut sa seule réponse, déclaration qui, pour ma part, n'aurait été recevable que provenant d'un poulet en cours de cuisson." 

samedi 19 mars 2016

All I need is less



Moins de fringues que je ne porte jamais
Moins de cosmétiques que je n'utilise pas
Moins d'ingrédients "exotiques" dont je ne sais jamais quoi faire
Moins de thés achetés en souvenir alors que je bois toujours les mêmes
Moins de livres que je ne relirai pas
Moins de bibelots qui prennent juste la poussière sur les étagères
Moins de cheveux qui tombent et s'accumulent partout
Moins de gras qui s'installe insidieusement au fil des ans
Moins de trucs qui se coincent quand je force un peu au fitness
Moins de migraines qui me pourrissent la journée
Moins de temps perdu à jouer à des jeux débiles sur Facebook
Moins de paiements en retard
Moins de trains dont le temps de trajet ne cesse de s'allonger
Moins d'humidité dans cet appartement
Moins d'angoisses de santé qui m'empêchent de dormir la nuit
Moins de doutes sur mon avenir professionnel
Moins d'énervement quand ma mère parle de fantômes transgénérationnels
Moins de consternation face aux croyances irrationnelles de certains
Moins d'impulsions de redresseuse de torts
Moins de tentatives d'expliquer la vie à des gens qui ne me demandent rien
Moins de rancoeur envers ceux qui m'ont nui
Moins de lamentations inutiles sur l'état du monde
Moins d'indignation vis-à-vis de la politique française et européenne
Moins de nausées devant certains commentaires en ligne

Plus de légèreté et de lâcher-prise

vendredi 18 mars 2016

Dam Sum




Ca faisait déjà un petit moment que nous voulions tester le Dam Sum, restaurant chinois spécialisé dans les bouchées vapeur et situé sur le parvis de la Trinité, au bout de la rue du Bailli. Mercredi dernier, nous nous sommes enfin décidés. Quelques minutes avant l'ouverture, à 19h, nous attendions devant la porte avec une dizaine d'autres personnes. Après avoir fermé sa boutique, la patronne d'Unami, le salon de thé voisin où je venais de passer les deux heures précédentes à bouquiner, m'a saluée de la tête en commentant: "Très bon restaurant!". Et de toute évidence, c'est un fait connu: moins d'un quart d'heure après, il ne restait pas une seule table libre - un soir de semaine...




Outre les bouchées vapeur, la carte du Dam Sum propose tout un choix de plats à base de nouilles, ou de viande à accompagner d'une portion de riz. La bonne idée, c'est de décliner ces derniers en version medium ou large pour satisfaire tous les appétits. En entrée, nous avons pris tous les deux des raviolis remplis de soupe (qu'il faut faire bien attention à ne pas crever avec les baguettes en les attrapant dans le panier - croyez-en mon expérience!). Ils sont arrivés très vite sur notre table, et ils étaient délicieux, à nous faire regretter de ne pas avoir composé tout notre repas de bouchées vapeur. 




C'est ensuite que ça s'est un peu gâté. Probablement en raison de l'affluence, nous avons attendu notre plat très longtemps, comme les autre clients d'ailleurs. Plusieurs erreurs ont été déplorées dans notre rangée de tables. Les serveuses se sont excusées et ont fait de leur mieux, mais apparemment la cuisine avait du mal à suivre... Nous avons fini par recevoir, pour Chouchou un Gom Bao Chicken (poulet frit au wok avec des cacahuètes et une sauce un peu épicée) et pour moi un porc aigre-doux à l'ananas. Nous avions opté pour des portions medium, et même sans entrée avant, la quantité m'aurait largement suffi! Chouchou a adoré son plat, tandis que j'ai trouvé le mien bon mais pas extraordinaire. Il y avait vraiment beaucoup de monde et de bruit, et nous sommes partis sitôt la dernière bouchée avalée. 




Mon impression globale est donc mitigée. Les bouchées vapeur m'ont beaucoup plu et j'aimerais goûter les autres variétés, même si j'ai trouvé l'ensemble du repas un poil pénible. Je retournerai sans doute au Dam Sum, mais plutôt pour déjeuner en semaine, entre midi et 13h car c'est paraît-il là qu'il y a le moins de monde. Le restaurant accepte les cartes de paiement et propose aussi un service de traiteur le midi. 

Dam Sum
Parvis de la Trinité 11
1060 Bruxelles
Ouvert de 12h à 14h et de 19h à 22h
Fermeture le dimanche et le lundi

jeudi 17 mars 2016

"Le génie des coïncidences" (John Ironmonger)


Depuis que sa mère l'a abandonnée dans une fête foraine à l'âge de trois ans, la vie d'Azalea Lewis a été marquée par une série de coïncidences malheureuses que la jeune femme attribue au destin. Convaincue qu'elle risque de mourir bientôt, elle se décide à consulter un expert en matière de probabilités. Mais lorsqu'elle pénètre dans le bureau du Dr Thomas Post, elle reconnaît l'homme sur qui elle est tombée la semaine précédente lors d'une collision dans un escalier roulant du métro londonien...

Après avoir lu "Sans oublier la baleine", je me suis jetée sur les deux romans précédents de John Ironmonger, et en découvrant l'argumentaire de celui-ci, je me suis souvenue l'avoir examiné à l'époque de sa sortie. J'ai toujours été passionnée par les calculs de probabilités et la différence entre corrélation et causalité (qui reste un de mes grands cheveux de bataille aujourd'hui encore). Mais je me suis également souvenue de la raison pour laquelle je ne l'avais pas acheté sur le coup: une bonne partie de l'action se déroule en Ouganda pendant une guerre civile assez atroce, et ça, par contre, ça me rebutait très fort.

Au final, ce qui m'a le plus dérangée dans le roman, ce ne sont pas les scènes qui se déroulent en Afrique mais l'histoire d'amour entre les deux héros, parce qu'elle est ultra-prévisible et n'apporte pas grand-chose à un ouvrage dont les autres thèmes étaient assez riches et originaux pour se suffire à eux-mêmes. J'ai aimé la façon dont le passé étonnant d'Azalea est reconstitué petit morceau par petit morceau, presque comme dans un thriller, et les arguments rationnels avec lesquels Thomas contre ses croyances tout au long de leur enquête commune. L'un dans l'autre, j'ai eu l'impression que l'auteur essayait de caser un peu trop de choses différentes dans la même histoire, mais "Le génie des coïncidences" ne m'a pas du tout déplu, loin de là.

Winter Cookbook Challenge: Pizza patate douce-bleu-noix




A défaut de livres de recettes, je pioche pas mal d'idées sur internet. Le week-end dernier, j'ai découvert le blog Equinoxe consacré à la cuisine végétarienne, à l'écologie et au minimalisme - tout à fait mon créneau, donc. La dernière recette en date m'a fait de l'oeil, et dès que j'ai eu un peu de temps libre, j'ai couru au Carrefour Express le plus proche pour acheter les ingrédients qui me manquaient...

Je n'ai rien changé aux indications, juste utilisé un peu plus de patate douce (probablement dans les 400-450g) parce que j'aime mes pizzas avec beaucoup de garniture. Et au lieu de rajouter la roquette dessus, je l'ai servie à côté pour que ce soit plus pratique à manger. Malgré une pâte assez basique et un peu trop croquante à mon goût, cette pizza a rencontré un énorme succès; à peine engloutie la dernière bouchée, nous cherchions déjà les variations que nous pourrions apporter à la recette une prochaine fois. C'est Chouchou qui a eu la meilleure idée: remplacer la patate douce par de la butternut. A tester!



Le Winter Cookbook Challenge a été lancé par Sunalee pour inciter ses lectrices à tenter de nouvelles recettes. 

mercredi 16 mars 2016

Continuer à pédaler




Ca ne va pas très bien en ce moment.

Du coup, je fuis tout contact social, toute situation où quelqu'un me demanderait innocemment: "Ca va?" et où je ne pourrais pas répondre par l'affirmative sans que mon mensonge ne se lise sur ma figure. Je ne vais pas commencer à m'épancher, ce n'est pas mon genre et ça n'arrange jamais rien, non ça ne me soulage pas, ça aurait même tendance à me paniquer un peu de m'entendre prononcer les mots à voix haute, comme si ça donnait plus de réalité et davantage de poids à la situation.

Je ne réponds pas aux gentils messages des nouveaux inscrits sur Facebook, je ne me lance pas dans de grandes conversations à coeur ouvert, je ne souhaite pas les anniversaires, je ne passe pas voir les bébés nés récemment, je ne propose pas d'aller boire des cocktails après le boulot parce que je ne veux parler à personne, je veux juste garder la tête dans le guidon et continuer à pédaler sans me laisser un seul instant la possibilité de poser le pied par terre parce que ce serait trop difficile de repartir ensuite.

Continuer à pédaler, c'est tout ce à quoi je suis bonne, la seule méthode que je connaisse pour finir par laisser les ennuis derrière soi. (Et puis c'est excellent pour les fessiers de l'âme.) Succomber au doute et au sentimentalisme ne marche jamais, en tout cas pas pour moi. Il faut juste avancer avancer avancer jusqu'à ce qu'on soit sorti des marécages. Car les marécages ont toujours une fin.

Si vous me cherchez, je suis sur mon vélo. 

mardi 15 mars 2016

"Ma fugue chez moi" (Coline Pierré)


Sa mère climatologue va encore passer Noël loin de chez elle, dans une station au fin fond de la Norvège. Non contente de l'avoir laissée tomber, son ex-meilleure amie s'est mise à la harceler au collège. Alors, Anouk décide de fuguer. Mais très vite, elle se rend compte qu'il ne va pas être facile pour une fille de 14 ans de trouver un endroit chaud et sûr où passer la nuit. Alors, elle a une idée: sans rien dire à personne, elle va s'installer dans le grenier de sa propre maison...

Si c'est la très belle photo de couverture qui a attiré mon attention sur la table des nouveautés jeunesse chez Brüsel, je dois avouer que le contenu m'a emballée encore davantage.  Combien de fois ai-je moi aussi rêvé de mener une existence d'ermite avec juste des livres et de quoi me nourrir? Bien qu'elle n'aie pas de problème majeur, Anouk éprouve le besoin de s'isoler pour faire le point. Son amour pour le banjo, sa relation avec sa petite soeur Bena, la façon dont elle organise et raconte son quotidien d'occupante clandestine - tout m'a ravie dans ce court roman qui se dévore d'une traite. Une jolie histoire réconfortante pour ado mal dans sa peau et ayant parfois envie de fuir sa propre vie.

"Les maisons sont les lieux fantômes de nos existences. Elles sont là, immuable,s presque éternelles. Tant qu'on ne vit pas dans un pays en guerre, on peut quitter sa maison confiant, en sachant qu'on la retrouvera en rentrant. J'ai toujours aimé imaginer qu'il s'y passait des choses mystérieuses et fabuleuses en notre absence, que les meubles se mettaient à bouger, que la vaisselle dansait, que les livres papotaient ensemble. Mais maintenant que je vois l'envers du décor, je constate que la vie intérieure de la maison est aussi insignifiante que celle de beaucoup de collégiens. Tout l'après-midi, je lis, je dessine, je joue du banjo, j'écris une chanson qui parle de grenier, je regarde des séries en streaming. Une belle sensation m'envahit: je rattrape du temps perdu. C'est à ça que doit ressembler le quotidien. Personne ne sait mieux que nous ce qu'on a envie de faire de nos journées alors pourquoi confier ça à quelqu'un d'autre, une école, un employeur? Je me demande parfois à quoi servent les autres. On est si bien tout seul." 

"Peu importe où on se trouve, ce qui rend la vie palpitante, c'est ce qui se passe dans notre tête. Tout peut devenir une aventure, même l'immobilité et la solitude." 

"J'ai compris quelque chose sur notre famille: d'une manière ou d'une autre, nous sommes tous des fugueurs. Ma mère s'est enfuie en Norvège, mon père s'échappe dans son travail et ses boîtes, et ma soeur fuit dans ses cours de danse. L'humanité tout entière passe son temps à s'enfuir. Je crois que c'est le cours normal des choses."

lundi 14 mars 2016

Ce qu'on veut faire et ce qu'on fait réellement




En bonne adepte tes To Do Lists quotidiennes (et des listes d'objectifs mensuelles, et des déclarations d'intentions annuelles), je me rends compte qu'il est rare que je fasse tout ce que j'ai prévu. Ca n'a pas grand-chose d'étonnant en soi: je ne suis pas une machine et je peux manquer de temps, de motivation, d'opportunité, ou encore changer d'avis en cours de route. Ce que je trouve intéressant, c'est d'examiner les tâches pas faites qui restent à la fin, et de me demander pourquoi ce sont celles-là qui sont passées à la trappe. 

Les deux autres romans de John Ironmonger, commandés parce que j'ai adoré "Sans oublier la baleine"? Reçus vendredi dernier et descendus en deux jours chacun.
"Anxiété" de Scott Stossel, que je me suis fixé de lire dans le cadre de mon challenge non-fiction de 2016? Un vrai pensum que je fais traîner pour tout un tas de bonnes raisons ("C'est trop long", "Il y a plein d'infos qui ne me concernent pas"...)

Les deux MOOC auxquels je m'étais inscrite à l'automne dernier? Bouclés simultanément en un temps record et avec d'excellentes notes. 
M'inscrire à Code Academy pour apprendre les bases du html? Je repousse depuis bientôt 5 mois sous prétexte que j'ai trop de boulot en ce moment et le cerveau frit comme un filet de merlan. 

Des exemples comme ça, je pourrais en citer des dizaines, mais vous voyez l'idée. 
L'idée, c'est que dans une To Do List, il y a toujours des obligations incontournables - qu'on va accomplir en procrastinant un maximum, mais qu'on finira par accomplir parce qu'on n'a pas le choix. Ma déclaration 2035 annuelle, mettons: je n'ai pas envie que le Trésor Public me fasse des misères, donc je m'y colle mue par la peur. 

Et puis à côté, il y a les choses qu'on décide de faire pour soi. Sauf que toutes ne sont pas égales devant les divinités de l'Accomplissement. On peut les répartir en deux catégories:
- les choses qu'on veut faire par pur plaisir, parce qu'elles nous intéressent en elles-mêmes;
- les choses qu'on veut faire à cause d'une certaine pression sociale, ou pour en retirer un bénéfice ultérieur (dans mes exemples ci-dessus, une connaissance à mettre à profit dans la vie de tous les jours pour dompter mes angoisses ou bidouiller mon blog toute seule comme une grande).

Dans le premier cas, ce n'est pas le résultat qui compte, mais le processus. Pas la destination, mais le chemin. Pour ces choses-là, on trouve presque toujours du temps et de l'énergie, parce qu'on en fait une priorité et qu'on va se débrouiller pour réarranger le reste tout autour. 

Le plaisir immédiat est une motivation puissante. Le bénéfice à retardement? Bof bof. Souvent, je finis par laisser tomber les tâches que je reporte de semaine en semaine avec un agacement qui n'a d'égal que ma culpabilité. Je me dis que si je ne me suis pas résolue à les accomplir alors que j'ai fait plein d'autres trucs entre-temps, c'est que je n'en ai tout simplement pas envie, quel que soit le bénéfice ultérieur que mon cerveau me fait miroiter, et qu'il vaut mieux que je passe à autre chose. La vie est trop courte pour s'emmerder avec des obligations auto-imposées. 

dimanche 13 mars 2016

Les joies de la semaine #10




Lundi: reçu par mail le premier des deux documents qui me manquaient pour boucler le dossier de mon AGA / m'emmener dîner en solo au nouveau Kokuban d'Etterbeek / un coup de main d'un pote spécialiste du chiffrement pour un passage du dernier Claire North qui me donne du fil à retordre / j'adore la fin de "Sans oublier la baleine"

Mardi: un gentil message de Gaby pour me remercier de mes conseils de lecturecontinuer "Un hiver long et rude" dos au radiateur du couloir pendant ma pause-déjeuner / mon deuxième cake choco-matcha est encore meilleur que le premier, et très bienvenu en dessert du soir après une journée difficile

Mercredi: réception sur le fil du second document manquant / envoi - enfin! - du dossier pour mon AGA / craquer pour une jupe parfaite et qui me va trop bien chez Zao / passer deux heures à lire d'une traite "Le club" de Michel Pagel chez Unami / chic, un marchand de journaux qui vend Oh Comely / dîner en amoureux au Dam Sum

Jeudi: soleil soleil / un échange sur Twitter avec Claire North (Heyyyy... Macarena!) / le season finale de Just Jillian, prévisible mais néanmoins très mignon

Vendredi: reçu trois romans anglais dont les deux premiers de John Ironmonger / une pause licorne à l'heure du déjeuner / une mini-razzia de stickers kawaii à Made in Asia / en fait, je crois que j'adore les dorayaki

Samedi: profiter de la Cambio des courses pour passer chez Wakko chercher un masque nourrissant / me marrer comme une baleine en écoutant Chouchou bruiter Godzilla pour une mini-vidéo Instagram / le soir, Chenin blanc + risotto aux asperges + "The case of Hana and Alice"

Dimanche: écrire deux cartes à des amies / un burger végé au soleil sur le marché Flagey / une botte de tulipes rose vif / 88ème commentateur Amazon

"Un hiver long et rude" (Mary Lawson)


Rien ne va plus chez les Cartwright. Alors qu'Emily s'apprête à donner naissance à son huitième enfant, Megan, fille unique de la fratrie et mère de substitution de chacun, décide de voler de ses propres ailes. A 21 ans, l'heure est venue pour la jeune fille de se libérer des siens. Adieu le Grand Nord canadien, bonjour le swinging London! Mais pendant que Megan se chercher dans la Vieille Europe, les Cartwright, eux, tentent de survivre. Qui pour s'occuper du foyer, désormais? Pour remplir le frigo? Pour protéger Adam, 4 ans, de ses frères et de la folie douce d'Emily? 

Cette chronique familiale à trois voix se déroule à la fin des années 1960. Megan, la deuxième des enfants Cartwright, met un océan entre sa famille et elle pour tenter de se créer une vie bien indépendante dans la capitale d'un pays inconnu, alors qu'elle a toujours vécu dans un petit village et n'a pas fait d'études afin de pouvoir s'occuper de ses jeunes frères. Tom, l'aîné de la famille, brillant ingénieur aéronautique, rentre à la maison après le suicide de son meilleur ami, dont il ne parvient pas à se remettre. Dépressif, il gaspille ses compétences à conduire le chasse-neige local et refuse toute forme de contact humain. Enfin Edward, le père, banquier qui a grimpé les échelons de la hiérarchie à la force du poignet, passe son temps libre retranché dans son bureau à lire des ouvrages sur des endroits loin où il n'a jamais pu se rendre; terrifié à l'idée de reproduire le comportement de son propre père alcoolique et violent, il a complètement démissionné de l'éducation de ses plus jeunes enfants. 

Le plus effrayant, c'est que j'ai eu l'impression de ne pas pouvoir maîtriser cette... explosion de colère. Comme si ce n'était pas moi qui hurlais. Cette idée est ridicule. Si Joel Pickett est responsable de ses actes, je suis responsable des miens. Si vous n'admettez pas ce postulat, ce n'est pas vous qui êtes le maître de votre vie. Vous n'êtes qu'un pantin, et ce sont vos ancêtres qui tirent les ficelles. 

Certains aspects de ce livre m'ont beaucoup plu, notamment la description de la vie dans une province isolée du Canada, la quête d'indépendance de Meg, mais aussi la façon dont Edward analyse dans son journal les traumatismes d'enfance qui ont modelé son comportement d'adulte. En revanche, j'ai très souvent eu envie de hurler à l'injustice et de secouer à peu près tous les membres de la famille restés à Struan pour qu'ils se décident à bouger un peu. Que des gens qui n'ont même pas de problèmes d'argent pour les excuser laissent un foyer partir ainsi à la dérive, ça m'est vraiment resté en travers de la gorge, et bien que j'aie globalement apprécié "Un hiver long et rude", j'ai détesté la façon dont il se termine. 

samedi 12 mars 2016

"La photographe T1" (Kenichi Kiriki)


Une adolescente qui vient d'intégrer le club photo de son lycée se promène dans Tokyo et ses environs avec un vieil appareil argentique, à la recherche d'endroits possédant un intérêt historique ou culturel. "Un titre d'exception à mi-chemin entre "L'homme qui marche" et "Le gourmet solitaire" de Jiro Taniguchi", affirme la quatrième de couverture. Forcément, je me suis laissée tenter. Et la déception a été à la hauteur de mes espoirs. D'abord, les promenades d'Ayumi sont découpées en chapitres de 5 pages seulement, ce qui est bien trop court pour avoir le temps d'instaurer une ambiance ou une émotion. L'auteur a cherché à caser un maximum d'informations sur les endroits qu'il montre, ce qui pouvait être très intéressant mais qui, en gros pavés de texte tassés sur des dessins en noir et blanc, nuit gravement à la lisibilité de l'ensemble. Et puis le dessin m'a paru très vieillot et vraiment peu attrayant. Bref, j'ai eu du mal à parvenir au bout du tome 1 et je n'achèterai pas les suivants.