mardi 15 mars 2016

"Ma fugue chez moi" (Coline Pierré)


Sa mère climatologue va encore passer Noël loin de chez elle, dans une station au fin fond de la Norvège. Non contente de l'avoir laissée tomber, son ex-meilleure amie s'est mise à la harceler au collège. Alors, Anouk décide de fuguer. Mais très vite, elle se rend compte qu'il ne va pas être facile pour une fille de 14 ans de trouver un endroit chaud et sûr où passer la nuit. Alors, elle a une idée: sans rien dire à personne, elle va s'installer dans le grenier de sa propre maison...

Si c'est la très belle photo de couverture qui a attiré mon attention sur la table des nouveautés jeunesse chez Brüsel, je dois avouer que le contenu m'a emballée encore davantage.  Combien de fois ai-je moi aussi rêvé de mener une existence d'ermite avec juste des livres et de quoi me nourrir? Bien qu'elle n'aie pas de problème majeur, Anouk éprouve le besoin de s'isoler pour faire le point. Son amour pour le banjo, sa relation avec sa petite soeur Bena, la façon dont elle organise et raconte son quotidien d'occupante clandestine - tout m'a ravie dans ce court roman qui se dévore d'une traite. Une jolie histoire réconfortante pour ado mal dans sa peau et ayant parfois envie de fuir sa propre vie.

"Les maisons sont les lieux fantômes de nos existences. Elles sont là, immuable,s presque éternelles. Tant qu'on ne vit pas dans un pays en guerre, on peut quitter sa maison confiant, en sachant qu'on la retrouvera en rentrant. J'ai toujours aimé imaginer qu'il s'y passait des choses mystérieuses et fabuleuses en notre absence, que les meubles se mettaient à bouger, que la vaisselle dansait, que les livres papotaient ensemble. Mais maintenant que je vois l'envers du décor, je constate que la vie intérieure de la maison est aussi insignifiante que celle de beaucoup de collégiens. Tout l'après-midi, je lis, je dessine, je joue du banjo, j'écris une chanson qui parle de grenier, je regarde des séries en streaming. Une belle sensation m'envahit: je rattrape du temps perdu. C'est à ça que doit ressembler le quotidien. Personne ne sait mieux que nous ce qu'on a envie de faire de nos journées alors pourquoi confier ça à quelqu'un d'autre, une école, un employeur? Je me demande parfois à quoi servent les autres. On est si bien tout seul." 

"Peu importe où on se trouve, ce qui rend la vie palpitante, c'est ce qui se passe dans notre tête. Tout peut devenir une aventure, même l'immobilité et la solitude." 

"J'ai compris quelque chose sur notre famille: d'une manière ou d'une autre, nous sommes tous des fugueurs. Ma mère s'est enfuie en Norvège, mon père s'échappe dans son travail et ses boîtes, et ma soeur fuit dans ses cours de danse. L'humanité tout entière passe son temps à s'enfuir. Je crois que c'est le cours normal des choses."

lundi 14 mars 2016

Ce qu'on veut faire et ce qu'on fait réellement




En bonne adepte tes To Do Lists quotidiennes (et des listes d'objectifs mensuelles, et des déclarations d'intentions annuelles), je me rends compte qu'il est rare que je fasse tout ce que j'ai prévu. Ca n'a pas grand-chose d'étonnant en soi: je ne suis pas une machine et je peux manquer de temps, de motivation, d'opportunité, ou encore changer d'avis en cours de route. Ce que je trouve intéressant, c'est d'examiner les tâches pas faites qui restent à la fin, et de me demander pourquoi ce sont celles-là qui sont passées à la trappe. 

Les deux autres romans de John Ironmonger, commandés parce que j'ai adoré "Sans oublier la baleine"? Reçus vendredi dernier et descendus en deux jours chacun.
"Anxiété" de Scott Stossel, que je me suis fixé de lire dans le cadre de mon challenge non-fiction de 2016? Un vrai pensum que je fais traîner pour tout un tas de bonnes raisons ("C'est trop long", "Il y a plein d'infos qui ne me concernent pas"...)

Les deux MOOC auxquels je m'étais inscrite à l'automne dernier? Bouclés simultanément en un temps record et avec d'excellentes notes. 
M'inscrire à Code Academy pour apprendre les bases du html? Je repousse depuis bientôt 5 mois sous prétexte que j'ai trop de boulot en ce moment et le cerveau frit comme un filet de merlan. 

Des exemples comme ça, je pourrais en citer des dizaines, mais vous voyez l'idée. 
L'idée, c'est que dans une To Do List, il y a toujours des obligations incontournables - qu'on va accomplir en procrastinant un maximum, mais qu'on finira par accomplir parce qu'on n'a pas le choix. Ma déclaration 2035 annuelle, mettons: je n'ai pas envie que le Trésor Public me fasse des misères, donc je m'y colle mue par la peur. 

Et puis à côté, il y a les choses qu'on décide de faire pour soi. Sauf que toutes ne sont pas égales devant les divinités de l'Accomplissement. On peut les répartir en deux catégories:
- les choses qu'on veut faire par pur plaisir, parce qu'elles nous intéressent en elles-mêmes;
- les choses qu'on veut faire à cause d'une certaine pression sociale, ou pour en retirer un bénéfice ultérieur (dans mes exemples ci-dessus, une connaissance à mettre à profit dans la vie de tous les jours pour dompter mes angoisses ou bidouiller mon blog toute seule comme une grande).

Dans le premier cas, ce n'est pas le résultat qui compte, mais le processus. Pas la destination, mais le chemin. Pour ces choses-là, on trouve presque toujours du temps et de l'énergie, parce qu'on en fait une priorité et qu'on va se débrouiller pour réarranger le reste tout autour. 

Le plaisir immédiat est une motivation puissante. Le bénéfice à retardement? Bof bof. Souvent, je finis par laisser tomber les tâches que je reporte de semaine en semaine avec un agacement qui n'a d'égal que ma culpabilité. Je me dis que si je ne me suis pas résolue à les accomplir alors que j'ai fait plein d'autres trucs entre-temps, c'est que je n'en ai tout simplement pas envie, quel que soit le bénéfice ultérieur que mon cerveau me fait miroiter, et qu'il vaut mieux que je passe à autre chose. La vie est trop courte pour s'emmerder avec des obligations auto-imposées. 

dimanche 13 mars 2016

Les joies de la semaine #10




Lundi: reçu par mail le premier des deux documents qui me manquaient pour boucler le dossier de mon AGA / m'emmener dîner en solo au nouveau Kokuban d'Etterbeek / un coup de main d'un pote spécialiste du chiffrement pour un passage du dernier Claire North qui me donne du fil à retordre / j'adore la fin de "Sans oublier la baleine"

Mardi: un gentil message de Gaby pour me remercier de mes conseils de lecturecontinuer "Un hiver long et rude" dos au radiateur du couloir pendant ma pause-déjeuner / mon deuxième cake choco-matcha est encore meilleur que le premier, et très bienvenu en dessert du soir après une journée difficile

Mercredi: réception sur le fil du second document manquant / envoi - enfin! - du dossier pour mon AGA / craquer pour une jupe parfaite et qui me va trop bien chez Zao / passer deux heures à lire d'une traite "Le club" de Michel Pagel chez Unami / chic, un marchand de journaux qui vend Oh Comely / dîner en amoureux au Dam Sum

Jeudi: soleil soleil / un échange sur Twitter avec Claire North (Heyyyy... Macarena!) / le season finale de Just Jillian, prévisible mais néanmoins très mignon

Vendredi: reçu trois romans anglais dont les deux premiers de John Ironmonger / une pause licorne à l'heure du déjeuner / une mini-razzia de stickers kawaii à Made in Asia / en fait, je crois que j'adore les dorayaki

Samedi: profiter de la Cambio des courses pour passer chez Wakko chercher un masque nourrissant / me marrer comme une baleine en écoutant Chouchou bruiter Godzilla pour une mini-vidéo Instagram / le soir, Chenin blanc + risotto aux asperges + "The case of Hana and Alice"

Dimanche: écrire deux cartes à des amies / un burger végé au soleil sur le marché Flagey / une botte de tulipes rose vif / 88ème commentateur Amazon

"Un hiver long et rude" (Mary Lawson)


Rien ne va plus chez les Cartwright. Alors qu'Emily s'apprête à donner naissance à son huitième enfant, Megan, fille unique de la fratrie et mère de substitution de chacun, décide de voler de ses propres ailes. A 21 ans, l'heure est venue pour la jeune fille de se libérer des siens. Adieu le Grand Nord canadien, bonjour le swinging London! Mais pendant que Megan se chercher dans la Vieille Europe, les Cartwright, eux, tentent de survivre. Qui pour s'occuper du foyer, désormais? Pour remplir le frigo? Pour protéger Adam, 4 ans, de ses frères et de la folie douce d'Emily? 

Cette chronique familiale à trois voix se déroule à la fin des années 1960. Megan, la deuxième des enfants Cartwright, met un océan entre sa famille et elle pour tenter de se créer une vie bien indépendante dans la capitale d'un pays inconnu, alors qu'elle a toujours vécu dans un petit village et n'a pas fait d'études afin de pouvoir s'occuper de ses jeunes frères. Tom, l'aîné de la famille, brillant ingénieur aéronautique, rentre à la maison après le suicide de son meilleur ami, dont il ne parvient pas à se remettre. Dépressif, il gaspille ses compétences à conduire le chasse-neige local et refuse toute forme de contact humain. Enfin Edward, le père, banquier qui a grimpé les échelons de la hiérarchie à la force du poignet, passe son temps libre retranché dans son bureau à lire des ouvrages sur des endroits loin où il n'a jamais pu se rendre; terrifié à l'idée de reproduire le comportement de son propre père alcoolique et violent, il a complètement démissionné de l'éducation de ses plus jeunes enfants. 

Le plus effrayant, c'est que j'ai eu l'impression de ne pas pouvoir maîtriser cette... explosion de colère. Comme si ce n'était pas moi qui hurlais. Cette idée est ridicule. Si Joel Pickett est responsable de ses actes, je suis responsable des miens. Si vous n'admettez pas ce postulat, ce n'est pas vous qui êtes le maître de votre vie. Vous n'êtes qu'un pantin, et ce sont vos ancêtres qui tirent les ficelles. 

Certains aspects de ce livre m'ont beaucoup plu, notamment la description de la vie dans une province isolée du Canada, la quête d'indépendance de Meg, mais aussi la façon dont Edward analyse dans son journal les traumatismes d'enfance qui ont modelé son comportement d'adulte. En revanche, j'ai très souvent eu envie de hurler à l'injustice et de secouer à peu près tous les membres de la famille restés à Struan pour qu'ils se décident à bouger un peu. Que des gens qui n'ont même pas de problèmes d'argent pour les excuser laissent un foyer partir ainsi à la dérive, ça m'est vraiment resté en travers de la gorge, et bien que j'aie globalement apprécié "Un hiver long et rude", j'ai détesté la façon dont il se termine. 

samedi 12 mars 2016

"La photographe T1" (Kenichi Kiriki)


Une adolescente qui vient d'intégrer le club photo de son lycée se promène dans Tokyo et ses environs avec un vieil appareil argentique, à la recherche d'endroits possédant un intérêt historique ou culturel. "Un titre d'exception à mi-chemin entre "L'homme qui marche" et "Le gourmet solitaire" de Jiro Taniguchi", affirme la quatrième de couverture. Forcément, je me suis laissée tenter. Et la déception a été à la hauteur de mes espoirs. D'abord, les promenades d'Ayumi sont découpées en chapitres de 5 pages seulement, ce qui est bien trop court pour avoir le temps d'instaurer une ambiance ou une émotion. L'auteur a cherché à caser un maximum d'informations sur les endroits qu'il montre, ce qui pouvait être très intéressant mais qui, en gros pavés de texte tassés sur des dessins en noir et blanc, nuit gravement à la lisibilité de l'ensemble. Et puis le dessin m'a paru très vieillot et vraiment peu attrayant. Bref, j'ai eu du mal à parvenir au bout du tome 1 et je n'achèterai pas les suivants.




C'est plus de mon âge




★ me coucher après 1h du matin (sinon il me faut une semaine pour m'en remettre)
★ faire un gros repas le soir (sinon je n'arrive pas à m'endormir)
★ boire plus d'un verre de vin le soir (sinon je me réveille avec une gueule de bois le lendemain)
★ dormir sur un futon (sinon je me réveille paralysée du dos le lendemain)
★ faire le grand écart sans échauffement (ou même avec, d'ailleurs...)
★ lire des énormes pavés (leur volume me décourage d'avance)
★ bosser le week-end (j'ai donné pendant des années, alors zut)
★ faire du camping (je détestais déjà ça à 17 ans, alors bon)
★ assister à des concerts dans la fosse (avec mon 1m54, ça n'a de toute façon jamais été bien pratique)
★ me déguiser en écolière japonaise (à ce stade, ce serait plus pathétique que sexy)
★ porter du rouge à lèvres presque noir (avec le bas du visage qui s'affaisse, l'effet est désastreux)
★ me contenter d'une seule paire de lunettes de vue (mais ça fait deux jolies montures au lieu d'une)
★ avoir des enfants (Dieu merci, on m'a enfin lâché la grappe avec ça)

(Par contre, j'ai bien l'intention de continuer à:
★ me faire des nattes
★ teindre mes cheveux dans des couleurs improbables si l'envie m'en prend
★ regarder des dessins animés, lire des bédés et des romans jeunesse
★ décorer mon agenda avec des autocollants kawaï
★ craquer de temps en temps pour une peluche ou autre jouet destiné aux moins de 12 ans
★ être bêtement amoureuse d'Ethan Hawke jeune)

vendredi 11 mars 2016

La thérapie par les livres




Après un début d'année apaisé et plein d'énergie, voilà maintenant trois semaines que je me débats contre une des plus longues crises d'anxiété de ma vie. Pas une des pires, heureusement, car j'ai appris à mettre une certaine distance entre moi et mes angoisses, à reconnaître leur nature irrationnelle et à refuser qu'elles m'entraînent dans un puits sans fond. Quand elles menacent de me submerger, je me concentre sur ma respiration, et le reste du temps, je me force à occuper mon cerveau pour ne pas lui laisser la possibilité de partir en vrille. A cet égard, je suis très très contente de bosser actuellement sur le dernier Claire North: la quantité de recherches à effectuer pour ne pas raconter de bêtises, l'attention à porter à un style qui échappe souvent aux conventions grammaticales et typographiques m'empêchent de penser à autre chose pendant mes heures de travail. 

Le reste du temps, je lis. Déjà une demi-douzaine de romans et autant de bédés depuis le début du mois. Pendant ma pause-déjeuner, s'il fait beau, je me vautre sur mon lit dans une flaque de lumière; sinon, je monte le thermostat à 23° et je me réfugie dans notre petit bout de couloir, sur un coussin de méditation qui n'a jamais servi à autre chose car je déteste avoir quelque chose sous les fesses quand je suis en tailleur. Le dos calé contre le radiateur brûlant, je tends mes jambes presque à la verticale contre la porte de placard d'en face - c'est toujours ça de gagné sur mes assouplissements - et je me perds dans ma lecture jusqu'à ce que vienne 14h et le moment de me remettre au boulot. 

Le soir, après avoir regardé une série télé en mangeant, je range la vaisselle sale dans le lave-vaisselle et je file au lit à 21h30. Le bonheur de se glisser sous la couette est toujours intact. Comme j'ai du mal à fixer mon attention très longtemps désormais, je change de bouquin tous les trois quarts d'heure environ. Hier soir, j'ai entamé "Billy Brouillard: le chant des sirènes" qui traînait dans ma PAL depuis presque 3 ans, terminé "Un hiver long et rude" dont je n'ai pas aimé la fin, survolé la deuxième partie d'"Anxiété" qui se révèle vraiment trop long et pas mal chiant, abandonné "The sweetness at the bottom of the pie" que je traînais depuis trop longtemps. Aujourd'hui, je reçois le roman précédent de John Ironmonger dont je viens de dévorer "Sans oublier la baleine", et je me réjouis d'avance à la perspective de le commencer. La lecture, c'est ma thérapie à moi: ça ne coûte pas moins cher, mais ça m'épargne la perspective honnie d'aller raconter ma vie à un inconnu. 

jeudi 10 mars 2016

"Le Club" (Michel Pagel)


Longtemps, ils avaient été cinq. 
François, Claude, Mick, Annie et Dagobert, quatre enfants et un chien, ont autrefois formé un Club et vécu bien des aventures extraordinaires. Trente ans plus tard, le chien est mort depuis longtemps quand trois membres du Club, devenus adultes, séparés par la vie, sont invités par le quatrième à l'endroit même où ils passaient leurs vacances dans leur enfance. 
Bientôt, alors que la maison est isolée par d'importantes chutes de neige, la vieille mère de Claude est assassinée... Mick est-il le responsable, comme semble le penser François? A moins qu'un assassin se dissimule dans les environs enneigés? Et pourquoi Claude se retrouve-t-elle régulièrement projetée sur un rivage anglais, à la rencontre d'enfants et d'un chien ressemblant singulièrement à ceux qu'ils étaient autrefois, elle et ses cousins?

Mes collègues-et-néanmoins-amis Mélanie Fazi et Patrick Marcel avaient dit sur Facebook tout le bien qu'ils pensaient de ce roman juste avant sa sortie il y a quelques jours, en précisant qu'ils ne pouvaient donner aucun détail pour ne pas gâcher la surprise. Comme j'ai grandi avec la série d'Enid Blyton, j'étais un peu obligée (si, si) de me jeter sur "Le Club" et de le dévorer d'une traite devant un Fukamushi Sencha et un moelleux au matcha, hier après-midi chez Unami. Et je confirme: c'est un bouquin formidable, mais dont on ne peut rien révéler dans l'intérêt même des futurs lecteurs. Sachez juste qu'il joue dans le registre cruel et inattendu plutôt que dans la guimauve convenue, et que c'est ce qui fait une grande partie de son intérêt - avec, bien évidemment, cet élément fantastique qui... que... enfin bref. Non, je ne me foule pas sur ce coup-là, mais c'est pour votre bien. Lisez-le et vous comprendrez.

mardi 8 mars 2016

"Sans oublier la baleine" (John Ironmonger)


A Saint-Piran, en Cornouailles, on se souvient encore du jour où le jeune homme nu a été rejeté sur la plage par l'océan. Une entrée en scène des plus originales. Les villageois se portent bien sûr à son secours: l'ineffable Dr Books, le glaneur Kenny Kennett, Demelza, romancière à l'eau de rose... ou encore la pimpante épouse du vicaire. Sans oublier la baleine, à l'arrière-plan, qui ne veut plus quitter la côte. Personne ne sait alors que Joe Haak a fui la City, terrorisé à l'idée que le programme de prédictions qu'il a inventé n'entraîne l'effondrement de l'économie mondiale. Avec ce nouveau venu, un sentiment de fin du monde vient contrarier la quiétude de Saint-Piran...

J'avoue: sans cette couverture sublime, je n'aurais peut-être jamais prêté la moindre attention à ce roman dont je n'avais jamais entendu parler et ne connaissais même pas l'auteur. Comme quoi, se fier à des critères superficiels donne parfois de bons résultats! En mélangeant deux extrêmes de notre civilisation occidentale - un cabinet de traders qui manipulent les marchés sans scrupules ni souci des conséquences, et un village isolé de pêcheurs comptant à peine 307 âmes paisibles et droites dans leurs bottes -, John Ironmonger tisse une fable édifiante. La frayeur inspirée par une catastrophe tristement réaliste se mue bientôt en espoir devant le bel élan de solidarité qu'entraîne cette dernière, et on se surprend presque à vouloir être transporté à Saint-Piran pour partager une si jolie fin du monde. Il paraît que "n'importe quelle société n'est qu'à trois repas de l'anarchie". Peut-être, mais c'est sans compter Joe Haak et la baleine. Un roman original et vivifiant, qui bénéficie en outre d'une excellente traduction de Christine Barbaste.

"- Cassandre était la soeur d'Hector, dit Jeremy. Elle prédit qu'il périrait entre les mains d'Achille, mais personne ne la crut. 
- Ne voyez-vous pas que c'était sa malédiction? s'impatienta Demelza. Apollon lui a offert le don de prophétie, mais il s'est débrouillé pour que jamais personne ne croie ses prédictions. C'était bien un homme, celui-là, tout dieu qu'il était! Ils ne supportent pas qu'une bonne femme en sache plus qu'eux. 
- Demelza, vous ne pouvez pas mettre tous les hommes dans le même panier! Quel sectarisme! 
- Pourquoi pas? Apollon était un connard. (...)
- Un connard fictif, précisa Books. Ne perdons pas de vue ce détail. 
- Comment en est-on venu à parler de lui, déjà? demanda Demelza. 
- J'étais en train d'expliquer mon système informatique, répondit Joe mollement. 
- ...que vous aviez baptisé Cassandre, c'est ça? 
- Non, Cassie. Mais ce n'est pas vraiment le sujet. J'essayais d'expliquer pourquoi je me suis enfui." 

"Demain", à voir dès aujourd'hui






Dès que j'ai entendu parler de "Demain" en fin d'année dernière, j'ai manifesté mon envie d'aller le voir. Mais janvier et février ont été très (trop) remplis, et plus j'entendais fuser les critiques dithyrambiques, plus je commençais à craindre que le film n'ait aucune chance d'égaler mes attentes désormais stratosphériques. Et puis j'ai de plus en plus de mal à tenir deux heures dans une salle de cinéma devant une oeuvre de fiction même excellente, alors un documentaire - ne risquais-je pas de m'ennuyer ferme? Bref, j'ai failli renoncer, et j'aurais eu bien tort. Parce qu'au final, j'ai trouvé ça encore plus génial que ce qu'on m'avait dit. 

En partant du constat écologique alarmant qu'on connaît tous maintenant (réchauffement climatique dangereux, perte rapide de la biodiversité), et dont seule une poignée d'irréductibles crétins s'obstine encore à nier la réalité, Cyril Dion et Mélanie Laurent cherchent à travers le monde entier les solutions qui ont déjà été trouvées et grâce auxquelles on pourrait éviter le pire. Cinq aspects sont abordés:
- la nourriture, à travers notamment les jardins urbains communautaires aux USA et la permaculture dans une exploitation en Normandie
- l'énergie, avec la ville de Copenhague où 67% des gens circulent autrement qu'en voiture, où la population a elle-même investi dans des éoliennes et où l'objectif est de parvenir rapidement à une empreinte carbone neutre, ainsi que l'Islande où on exploite à fond le solaire et le géothermique
- l'économie, avec une entreprise de fabrication d'enveloppes située dans le département du Nord, qui a décidé de produire propre et de rémunérer ses employés plutôt que des actionnaires, mais aussi une banque suisse, la Wir, qui illustre le système de monnaie parallèle
- la démocratie, avec un village indien qui a adopté un système de gouvernement participatif et mélangé les intouchables aux autres castes
- l'éducation, à travers une école finlandaise située dans un quartier défavorisé

Tous ces exemples sont frappants de bon sens, d'humanité mais aussi d'efficacité. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, un terrain cultivé à la main peut avoir un rendement 3 ou 4 fois supérieur à celui de l'agriculture intensive, sans épuiser les sols ni devoir recourir aux pesticides. Et de toute façon, comme le fait remarquer le gérant de Pocheco (l'entreprise qui fabrique des enveloppes): "On n'a pas besoin d'être toujours plus riche; on n'a pas besoin d'aller toujours plus vite". La volonté de croissance ne sert que les banques et les actionnaires des grosses multinationales. Je suis ressortie de là plus que jamais convaincue que la classe politique ne nous apportera pas de solutions, car désormais elle fait aussi partie du problème. Les solutions, on le voit bien ici, viendront des initiatives citoyennes et des efforts de chacun pour repenser son mode de vie.

Si vous faites partie des gens qui en ont marre qu'on les bassine avec le réchauffement climatique parce qu'ils trouvent ça anxiogène, n'ayez crainte: "Demain" est un film résolument pêchu et plein d'espoir, qui montre plein de belles gens au message ultra-positif, avec un montage dynamique et une bande originale des plus entraînantes. En plus, il fait voyager. Et il donne sacrément envie de se retrousser les manches pour cultiver un avenir meilleur. Bref: il a mis beaucoup de baume sur mon petit coeur pessimiste et angoissé. 

lundi 7 mars 2016

A la recherche d'un remplaçant pour Mamma Roma: Eccome No!




Pendant des années, nous avons été de grands fans de Mamma Roma, dont même mon beau-frère à moitié italien concédait que les pizzas étaient fabuleuses. La présence d'un restaurant de l'enseigne à quelques centaines de mètres est l'argument qui a emporté mon adhésion lorsque nous avons choisi notre appartement actuel. Hélas! Il y a un an ou deux, Mamma Roma a décidé d'industrialiser son processus de fabrication. Les prix jusque là raisonnables ont grimpé d'un coup en même temps que la qualité déclinait dramatiquement: moitié moins de garniture qu'avant pour des pizzas qu'on ne pouvait désormais plus qualifier que d'"étouffe belle-mère", selon une expression de mon Sud natal. Dégoûtés, nous avons cessé d'y aller, et de manger des pizzas du même coup faute d'alternative satisfaisante. Puis il y a quelques semaines, comme je rouspétais sur Facebook, quelqu'un m'a conseillé Eccome No! en affirmant que c'était le digne successeur de Mamma Roma. Alors samedi soir, en sortant du cinéma, nous sommes allés tester cet autre restaurant de pizza à la taille...





Arrivés avant 19h, nous avons trouvé la salle vide, ce qui nous arrangeait car nous avons pu prendre notre temps pour choisir et interroger la vendeuse. Deux options menu s'offraient à nous: 3 demi-parts et une boisson (soda, jus de fruits, café ou thé, petit verre de vin) pour 8€ par personne, ou 4 demi-parts et une boisson pour 10€. Nous avons opté pour la seconde, mais au final, la première m'aurait largement suffi. Parmi les variétés présentes en vitrine, nous en avons repéré au moins deux qui étaient du pur repompage sur Mamma Roma: patates-crème de truffe et potiron-pancetta. D'autres semblaient être des compositions maison; Chouchou a craqué tout spécialement sur la pleurottes-magret de canard-crème de truffe et moi sur la champignons des bois-crème de truffe (cet ingrédient est loin de se retrouver partout, c'est juste que nous l'adorons tous les deux!). Beaucoup d'autres pas disponibles sur le coup m'ont mis l'eau à la bouche: mozzarelle-saucisse-friarelli-pecorino, par exemple, caprino-épinard-miel-speck ou encore salami piquant-artichaut-mozzarella-roquette. 




Bon, mais et le goût, me demanderez-vous? Et bien... ça ne vaut pas tout à fait le Mamma Roma de la grande époque - la pâte est un peu moins réussie de mon point de vue, mais je l'aime épaisse et moelleuse, ce qui n'est pas forcément le cas de tout le monde; ici elle est un peu plus fine et plus croustillante. Par contre, c'est largement mieux que le Mamma Roma d'aujourd'hui. Comme les prix sont raisonnables, qu'il y a chaque jour une happy hour durant laquelle, pour deux parts achetées, on ne paie que la plus chère des deux, et que nous avons trouvé la salle agréable avec ses murs jaunes très gais, il y a fort à parier que nous reviendrons. 

Eccome No!
Rue Ernest Solvay 10
(entre la chaussée d'Ixelles et le parvis Saint-Boniface)
1050 Bruxelles
Ouvert TLJ de midi à 23h
Livraison possible par Take Eat Easy ou Deliveroo

dimanche 6 mars 2016

Les joies de la semaine #9




Lundi: cette vidéo de John Oliver démontant Donald Trump / me vernir les orteils en Sole Matte d'Essie / mon gratin de stellines est une tuerie / Jillian me fait mourir de rire dans son émission de télé-réalité

Mardi: arrivée de la grosse commande Amazon passée avec mes bons-cadeaux / dévorer "Juliette" de Camille Jourdy pendant ma pause-déjeuner

Mercredi: reçu deux colis de SP ce matin / lire le tome 2 de "Pour Sanpei" devant un chocolat chaud maison aux Gens que j'aime / nous moquer de nos hypocondries respectives avec mon coloriste (moi option cancer, lui option MST) / ça m'aura ruinée, mais mes nouveaux cheveux roux orangé sont magnifiques

Jeudi: adieu la chargée de compte qu'on avait oublié de comptabiliser dans les plaies d'Egypte: je suis désormais cliente d'une e-agence / malgré une préparation ultra-pifométrique, mon cake chocolat-matcha est délicieux / être raisonnable et ne pas me resservir des sublimes spaghetti ail-citron de Chouchou

Vendredi: avoir des restes de spaghetti ail-citron à réchauffer le midi / une météo potable pour faire mes 10 000 pas / déniché un chouette cadeau d'anniversaire chez Rose (en plus d'une paire de chaussettes poulpe et d'une broche téléphérique brodée pour moi)

Samedi: répéter trois fois "Bon, allez, je me lève" sans bouger des bras de Chouchou / 91ème commentateur Amazon / le film "Demain", encore plus enthousiasmant qu'on ne me l'avait promis / la pizza champignons des bois-crème de truffe d'Eccome No! 

Dimanche: des crêpes en guise de dîner

"Pour Sanpei" (Fumiyo Kouno)


Après la brusque disparition de sa femme, Sanpei, la soixantaine bougonne, part vivre chez son fils qui lui a toujours reproché d'être un père peu impliqué et pas du tout démonstratif. Il peine à trouver sa place dans son nouveau foyer lorsqu'il découvre un gros album laissé par la défunte Tsuruko, dans lequel celle-ci lui explique les goûts de chacun des membres de sa famille, ainsi que la manière d'effectuer toutes les tâches du quotidien - cuisine, ménage, repassage ou couture. Muni de ce précieux ouvrage, Sanpei se rend peu à peu indispensable à la bonne marche de la maison et se rapproche de sa petite-fille Nona, une enfant peu attachante au premier abord...

C'est grâce à Shermane que j'ai découvert ce manga en deux tomes signés Fumiyo Kouno et datant de 2009. Ici, pas d'exploits héroïques ni de grandes passions: juste la peinture d'une transition difficile dans la vie d'un vieux Japonais forcé de remettre en cause son mode de fonctionnement et son rapport aux autres. Il n'est jamais trop tard pour apprendre et bien faire, semble dire l'auteur en alignant les scènes amusantes ou touchantes du nouveau quotidien de Sanpei. Son trait simple mais expressif, ses compositions épurées s'harmonisent parfaitement avec le stoïcisme pudique du héros, de sorte qu'on prend beaucoup de plaisir à voir celui-ci effectuer même les gestes les plus simples et les plus répétitifs de la tenue d'un foyer. Et puis parfois, au détour d'une page, on se laisse cueillir par l'émotion d'une case pleine de nostalgie, voire de poésie. Un manga peu connu mais qui mérite le détour. 





vendredi 4 mars 2016

Miracle Morning: quand le mieux est l'ennemi du bien




Vous commencez à me connaître. Vous savez que je suis hyper branchée développement personnel et constamment en train de faire des efforts pour m'améliorer, devenir une meilleure personne et mener une vie plus riche (au sens non-financier du terme, même si je ne refuserais pas une fortune tombée du ciel). Je trouve merveilleux que beaucoup de gens commencent à s'intéresser, entre autres choses, à la psychologie positive, de sorte qu'on voit fleurir les magazines, les bouquins, les stages et les formations sur le sujet. On est en droit de trouver ça superficiel et inutile, un truc de bobo par excellence; personnellement je pense que tout ce qui peut aider au mieux-être et à l'accomplissement de soi est une initiative à encourager. Pourtant, de temps à autre, je suis obligée de m'énerver devant les nouvelles" modes" en la matière. 

En ce moment, par exemple, le grand truc, c'est le Miracle Morning popularisé par Hal Elrod. Le principe? Régler son réveil une heure plus tôt pour, au choix, faire un jogging ou une séance de yoga, méditer ou tenir un journal au calme avant d'attaquer sa journée normale. Soyons clairs: toutes ces activités sont très saines et/ou enrichissantes, et je ne peux que vous recommander de leur faire une petite place dans votre journée si elles vous tentent. Mais au détriment de votre sommeil? Quelle hérésie! Un sondage rapide sur la page Facebook de mon blog, hier, a confirmé ce que je pensais: environ deux tiers des lecteurs qui ont répondu estiment ne pas dormir assez par rapport à leurs besoins, l'autre tiers pense dormir juste ce qu'il lui faut (pas forcément très bien, mais ceci est une autre histoire). Donc, l'idée, c'est d'inciter les gens à rogner sur un temps de sommeil insuffisant à la base, afin de caser deux ou trois activités supplémentaires dans des journées déjà trop remplies, tout cela dans le but de s'accomplir et de devenir plus heureux? Franchement, la logique m'échappe. 

Quels que soient les bienfaits du sport, de la méditation ou de l'écriture, jamais ils ne compenseront le manque de sommeil. Une personne fatiguée est moins concentrée, moins productive, profite moins du présent, prend de moins bonnes décisions et grossit plus facilement, puisqu'elle mange davantage pour avoir assez d'énergie. Dormir suffisamment, si vous avez la chance de pouvoir (et j'ai bien conscience que ça n'est hélas pas possible pour tout le monde), est le truc le plus simple et le plus bénéfique que vous puissiez faire, pour votre santé comme pour votre bien-être général. Si vous êtes au nombre des rares chanceux à qui 4h de sommeil suffisent pour péter la forme, comme c'était paraît-il le cas de Napoléon, faites-vous plaisir: sautez hors du lit à 5h30, chaussez vos baskets pour aller courir en regardant le soleil se lever et rédigez dix pages de votre premier roman avant que le reste du monde n'ouvre un oeil. Dans le cas contraire, pitié - ne vous laissez pas culpabiliser par les âneries énormes dont accouche parfois le mouvement du développement personnel. 

EDIT: Un excellent article sur le sujet, signalé par Kleo, et un autre signalé par Gasparde.

Winter Cookbook Challenge: Gâteau marbré chocolat-matcha




Deux recettes dans la semaine? C'est vrai, je ne me suis pas foulée niveau billets. Ce n'est pas que je manque d'inspiration, mais le boulot m'accapare très fort en ce moment. Je prendrai le temps d'écrire ce week-end. En attendant, je vous présente ma dernière tentative culinaire, d'après une recette trouvée - comme celle du gratin de stellines de mardi - dans le dernier numéro du magazine Avantages. 




J'étais en train d'incorporer ma farine quand je me suis rendu compte que j'avais mal converti la quantité de sucre en ml (je n'ai plus de balance de cuisine, seulement un verre doseur qui ne mesure que le liquide), et que j'en avais mis environ une fois et demie trop. Comme je ne voulais ni gaspiller le mélange en cours ni me retrouver avec un gâteau trop sucré, j'ai multiplié tous les autres ingrédients par un et demi, en me disant que je cuirais le surplus de pâte dans des moules à muffin. 

J'ai dosé le cacao et le matcha au pifomètre, versé alternativement les deux mélanges avec une cuillère faute de poches à douille, et zappé l'étape du glaçage car je n'aime pas ça. Résultat: un cake beaucoup moins joli que celui de la photo du magazine, mais tout de même étonnamment bon. Les deux goûts se marient franchement bien sans que ce soit trop sucré ou trop lourd. Un franc succès auprès de 100% des habitants du foyer, et une recette finalement peu difficile que je referai certainement!



Le Winter Cookbook Challenge a été lancé par Sunalee pour inciter ses lectrices à tenter de nouvelles recettes. 

"On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait en s'en allant" (Marie Griessinger)


Il fut un jeune océanographe militaire plein de fougue, qui rencontra à Tahiti une femme déjà mariée et mère de deux enfants. Leur amour plus fort que tout les emmena à Santa Monica pour apprendre l'anglais, à Cayenne où grandit leur fille Marie, en région parisienne où il se retrouva dans un bureau sur la ligne de RER C, puis à Uzès pour une retraite qu'ils espéraient paisible. C'était sans compter la démence à corps de Lewy, une pathologie incurable qui allait peu à peu priver Jean-Michel de ses facultés mentales et de ses capacités motrices.

L'auteure assiste impuissante au déclin de ce père qui ne lui avait jamais dit "Je t'aime" jusque là, et entre les scènes dépeignant la progression inexorable du mal, elle évoque par petites touches les souvenirs d'un passé heureux, mais aussi et surtout l'amour extraordinaire qui continue à unir ses parents jusque dans cette ultime épreuve. Un court récit en camaïeu d'ombre et de lumière, de chagrin et de beauté. 

"J'ai pensé: "Et si je disais à mon père tout ce qu'il aimerait entendre...". Je pourrais lui dire que je suis devenue expert-comptable, comme il en rêvait, même si ce n'est pas vrai, même si ça n'arrivera jamais, je pourrais lui dire que ça marche très bien et que j'ai plein de clients... Oui, j'ai envie de mentir à mon père, de lui donner de bonnes nouvelles, des nouvelles pour le rendre heureux, tant qu'il peut encore les entendre, et les jeter par la porte entrouverte de son esprit pour que ça lui fasse une lumière à l'intérieur, un feu pour l'éclairer et pour le réchauffer, un feu pour ses nuits de solitude, avant que tout ne se referme."

"Il y a quelque chose que j'aimerais dire à tous les bienheureux, tous ceux qui ont la chance d'avoir un père vaillant, un père qui peut prononcer leur nom, se lever, marcher avec eux, j'aimerais leur dire: "Fermez ce livre, ce plaisir solitaire du livre, vous avez toute la vie pour être seuls face à un livre, et sortez, descendez dans la rue, videz les artères des immeubles, répandez-vous sur les chemins en une hémorragie de fils et de filles, suivez le bruit de votre coeur qui bat et courez le retrouver. Mon père n'était pas parfait. Il l'est devenu le jour où il a arrêté de parler, d'être froid, de toujours donner raison à ma mère, de me contredire. Ce jour où mon père est devenu invalide, je l'ai mis sur un piédestal. Mais ce sont toutes ses imperfections qui me manquent."

jeudi 3 mars 2016

"Juliette: Les fantômes reviennent au printemps" (Camille Jourdy)


Une jeune Parisienne hypocondriaque et sans doute dépressive revient pour un laps de temps indéterminé dans la ville de province où elle a grandi. Son père n'a jamais refait sa vie depuis le départ de sa mère, une excitée New Age qui change de petit ami comme de chemise bariolée. Sa grand-mère perd la boule et va devoir être placée dans une maison de retraite. Sa soeur aînée en a un peu marre que tout le monde se repose sur elle au prétexte qu'elle est forte, et s'évade le jeudi dans les bras d'un amant dont elle n'attend rien. Son beau-frère s'est récemment découvert une passion pour les flans. L'aîné de ses neveux, sur le point d'avoir onze ans, est atteint de tics nerveux qui le défigurent. Alors qu'elle va revoir la maison de son enfance dans l'espoir de ressusciter ses souvenirs enfuis, Juliette rencontre le nouveau locataire, un pilier de bistrot malchanceux en amour...

Comme "Rosalie Blum" que j'avais tant aimé, "Juliette : Les fantômes reviennent au printemps" s'attache à suivre le quotidien de provinciaux très ordinaires, voire passablement ennuyeux, mais qui dès qu'on s'intéresse à eux d'un peu plus près se révèlent gentiment barrés chacun à leur façon, et finissent tous par inspirer une tendresse à mi-chemin entre amusement et résignation. Cette histoire sans véritable histoire pourrait déprimer le lecteur si le dessin n'était pas aussi coloré et faussement naïf, et si l'auteure ne s'amusait pas à semer des petits grains de folie par-ci par-là: un caneton nommé Norbert Magret, un poisson pané sauvage, un vendeur de déguisements qui se rend chez sa belle dans la peau d'un ours, d'un lapin ou d'un fantôme... La vie passe quoi qu'il arrive, avec ses angoisses, ses peines et ses chamailleries, mais même sans rien en faire de grandiose, on peut toujours y trouver une forme de douceur, un réconfort, un apaisement, semble dire Camille Jourdy. J'ai été très sensible à la représentation ultra-fidèle de l'hypocondrie, mais aussi à la dynamique des rapports familiaux conditionnés par le poids des non-dits et des rôles définis dans l'enfance. Une oeuvre pleine de sensibilité, mais au charme de laquelle on ne se laissera prendre qu'à condition d'être dans un certain état d'esprit.




mercredi 2 mars 2016

"La doublure" (Meg Wolitzer)


Un célèbre écrivain américain se rend en Finlande, où il doit recevoir le prestigieux prix Helsinki censé couronner l'ensemble de son oeuvre. Il l'ignore encore, mais sa femme a décidé de le quitter au terme de ce voyage...

Dans ce roman beaucoup plus bref que "Les Intéressants", Meg Wolitzer raconte la trajectoire d'un couple du point de vue de la femme, habituée à vivre depuis le début dans l'ombre de son homme assoiffé de reconnaissance et de gloire. Quand ils se rencontrent dans les années 50, il est marié à une autre, papa depuis peu et aspirant romancier; elle est son étudiante en lettres et elle-même un écrivain prometteur. Durant les décennies qui suivent, elle sacrifie sa carrière pour aider à asseoir celle de son mari, fermant les yeux sur ses défaillances d'époux et de père tandis que la passion charnelle du début cède la place à un arrangement assez inégal dont elle se satisfait pourtant.

Je me demande un peu ce que l'éditeur français avait dans la tête en choisissant un titre qui permet de deviner l'arrangement en question avant même la page 60, alors que le titre original "The wife" ("L'épouse") résumait mieux la problématique du roman sans vendre la mèche. Tout suspens éventé, je me suis ennuyée ferme durant cette évocation pourtant très bien vue et très bien écrite d'un destin choisi jusqu'au bout plutôt qu'imposé par les normes d'une époque.

"Tout le monde sait à quel point les femmes savent se montrer persévérantes en dépit de tout, qu'elles rêvent de projets, de recettes, d'idées participant d'un monde meilleur, avant de les abandonner en chemin à cause du berceau au milieu de la nuit, des courses au Stop & Shop, ou du bain des enfants. Elles les égarent en chemin lorsqu'elles aplanissent la voie où leur mari et leurs enfants vont pouvoir progresser dans l'existence en toute sérénité. 
Mais c'est leur choix, aurait pu objecter Bone. Elles font le choix d'être ce genre d'épouses, ce genre de mères. Personne ne les force plus. Tout cela, maintenant, c'est terminé. Nous avons eu un mouvement des femmes en Amérique, nous avons eu Betty Friedan, et Gloria Steinem avec ses lunettes daviateur et ses deux mèches de cheveux en forme de parenthèses congelées. Nous sommes désormais entrés dans un monde tout à fait neuf."

mardi 1 mars 2016

Au programme de février: bilan




1. Racheter du Neige Blanche chez Lupicia
J'ai fait un vrai carnage à la boutique. Je dirais bien que je n'en suis pas fière, mais j'adore toutes les variétés que j'ai goûtées jusqu'ici, donc pas de regret!

2. Remplacer mes lunettes de loin
J'ai choisi le modèle chez Caroline Abram, et je les récupèrerai lors de mon prochain passage à Paris au printemps.

3. ...et le téléphone fixe de Monpatelin
J'ai acheté un appareil de remplacement mais ne l'ai pas encore installé.

4. ...et le robinet pourri de la cuisine
J'ai fait établir un devis, que j'ai dû réclamer deux fois pour l'obtenir, puis relancé le plombier trois fois, par mail et par texto, afin qu'il passe. Sans succès: il est resté tellement silencieux que je l'ai soupçonné de cousinage éloigné avec ma banquière. Je retenterai ma chance le mois prochain.

5. Envoyer une lettre recommandée à ma banque pour exiger de changer de conseiller
Quand on parle du loup... La lettre a été envoyée mardi dernier; depuis, je me connecte tous les jours au site de ma banque pour voir si le nom de mon conseiller a changé. Je croise les doigts.

6. Prendre rendez-vous chez ma gastro-entérologue pour mai
"Le docteur est en arrêt maladie jusqu'au 8 mars, rappelez après. De toute façon, on ne donne pas encore de rendez-vous pour mai, c'est trop tôt."

7. Me débarrasser enfin de la pièce de collection de 10€
que je n'ai jamais eu le temps de faire passer à mon père
Instant surréaliste quand je me suis pointée à la Banque de France où un monsieur m'a calmement déclaré: "On n'a pas d'argent ici". Il m'a renvoyée vers un comptoir de change qui a repris ma pièce royalement 8,50€, mais je m'en fous, je voulais juste m'en débarrasser. Avec les sous, je suis allée goûter à la Théière.

8. Revendre le camera bag Nat & Nin brun dont je ne me sers pas
...Non, je ne m'en suis pas occupée.

9. Réduire mes achats de livres et taper plutôt dans ma PAL
C'est un échec complet: j'ai acheté des tonnes de bouquins et ma PAL déborde toujours.

10. Ranger le placard à condiments de Bruxelles
Là encore, pas moyen de me motiver pour trier les douze variétés d'huiles et nettoyer le vinaigre balsamique qui a formé en coulant une si jolie collections de ronds brunâtres sur l'étagère.

11. Aller voir l'expo "La trace des chaussures dans la mode" au MoMu d'Anvers
Ca, c'est fait, et c'était bien!

12. Prendre des billets pour l'expo Harry Potter à Brussels Expo cet été
Ca, c'est fait aussi, et c'était la ruine: 21€ par personne, j'espère que ça les vaudra vraiment!

13. Me procurer des guides de voyage à Edimbourg
J'ai mon "Un grand week-end à..." et mon Cartoville, même si je ne les ai pas encore ouverts.

14. Lire "Essentialism" de Greg McKeown
Grosse déception que ce bouquin dont j'avais lu tant de bien. Même si ses conseils peuvent être transposés à tous les aspects de la vie, il semble essentiellement s'adresser à des gens persuadés que le sommeil c'est pour les faibles et qu'un cadre supérieur digne de ce nom doit bosser 14h par jour. Pas moi du tout, donc, et je me suis ennuyée ferme tout le long.


PROGRESSION SUR LES OBJECTIFS RECURRENTS DE L'ANNEE

3. Lire au moins un ouvrage de non-fiction par mois
Voir ci-dessus.
4. Soutenir un projet créatif ou une cause qui me tient à coeur chaque mois
Marie et Lucas, son fils autiste, veulent ouvrir à Toulouse un fast-food bio, vegan et sans allergènes. La première partie de la collecte, à laquelle j'ai participé, est bouclée, mais vous pouvez encore contribuer à la seconde!
49. Elargir mon répertoire culinaire
J'ai testé 4 nouvelles recettes: la tarte amandine aux clémentines (préparée 3 fois, gros succès à la maison), les boulettes de sarrasin (moui bon bof), le locro de papas (les pommes de terre n'étaient pas assez cuites et je n'ai pas trouvé ça bouleversant au niveau des saveurs) et le gratin de stellines au comté.

Les sorties bédé que j'attends avec impatience en mars



Le 23: "Les rêveries d'un gourmet solitaire"
C'est avec "Le gourmet solitaire", séries d'histoires courtes centrées autour d'un voyageur de commerce et de ses découvertes culinaires au fil de ses déplacements, que je m'étais initiée à l'oeuvre contemplative de maître Jirô Taniguchi,. Aussi ai-je été ravie de découvrir récemment qu'une suite sortait en mars. (Amazon l'annonce pour le 2 et l'éditeur pour le 23; j'ai plutôt tendance à croire ce dernier.)



Le 24: "Orange, Tome 5"
Conclusion très attendue d'une uchronie personnelle mélangée à un délicat triangle amoureux. Les amis de Kakeru réussiront-ils à changer le cours de son histoire tragique? Naho finira-t-elle avec lui cette fois? Tout est possible...



Le 31: "Mes petits plats faciles by Hana, Tome 3"
Les deux premiers tomes de ce manga culinaire ultra-rigolo sont sortis à quelques mois d'intervalle il y a déjà trois ans. Depuis, je rongeais mon frein en guettant la suite. J'ai hâte de voir quels délices Hana-la-feignasse va encore improviser avec ses fonds de frigo et savourer avec des couinements de bonheur.