mardi 8 mars 2016

"Demain", à voir dès aujourd'hui






Dès que j'ai entendu parler de "Demain" en fin d'année dernière, j'ai manifesté mon envie d'aller le voir. Mais janvier et février ont été très (trop) remplis, et plus j'entendais fuser les critiques dithyrambiques, plus je commençais à craindre que le film n'ait aucune chance d'égaler mes attentes désormais stratosphériques. Et puis j'ai de plus en plus de mal à tenir deux heures dans une salle de cinéma devant une oeuvre de fiction même excellente, alors un documentaire - ne risquais-je pas de m'ennuyer ferme? Bref, j'ai failli renoncer, et j'aurais eu bien tort. Parce qu'au final, j'ai trouvé ça encore plus génial que ce qu'on m'avait dit. 

En partant du constat écologique alarmant qu'on connaît tous maintenant (réchauffement climatique dangereux, perte rapide de la biodiversité), et dont seule une poignée d'irréductibles crétins s'obstine encore à nier la réalité, Cyril Dion et Mélanie Laurent cherchent à travers le monde entier les solutions qui ont déjà été trouvées et grâce auxquelles on pourrait éviter le pire. Cinq aspects sont abordés:
- la nourriture, à travers notamment les jardins urbains communautaires aux USA et la permaculture dans une exploitation en Normandie
- l'énergie, avec la ville de Copenhague où 67% des gens circulent autrement qu'en voiture, où la population a elle-même investi dans des éoliennes et où l'objectif est de parvenir rapidement à une empreinte carbone neutre, ainsi que l'Islande où on exploite à fond le solaire et le géothermique
- l'économie, avec une entreprise de fabrication d'enveloppes située dans le département du Nord, qui a décidé de produire propre et de rémunérer ses employés plutôt que des actionnaires, mais aussi une banque suisse, la Wir, qui illustre le système de monnaie parallèle
- la démocratie, avec un village indien qui a adopté un système de gouvernement participatif et mélangé les intouchables aux autres castes
- l'éducation, à travers une école finlandaise située dans un quartier défavorisé

Tous ces exemples sont frappants de bon sens, d'humanité mais aussi d'efficacité. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, un terrain cultivé à la main peut avoir un rendement 3 ou 4 fois supérieur à celui de l'agriculture intensive, sans épuiser les sols ni devoir recourir aux pesticides. Et de toute façon, comme le fait remarquer le gérant de Pocheco (l'entreprise qui fabrique des enveloppes): "On n'a pas besoin d'être toujours plus riche; on n'a pas besoin d'aller toujours plus vite". La volonté de croissance ne sert que les banques et les actionnaires des grosses multinationales. Je suis ressortie de là plus que jamais convaincue que la classe politique ne nous apportera pas de solutions, car désormais elle fait aussi partie du problème. Les solutions, on le voit bien ici, viendront des initiatives citoyennes et des efforts de chacun pour repenser son mode de vie.

Si vous faites partie des gens qui en ont marre qu'on les bassine avec le réchauffement climatique parce qu'ils trouvent ça anxiogène, n'ayez crainte: "Demain" est un film résolument pêchu et plein d'espoir, qui montre plein de belles gens au message ultra-positif, avec un montage dynamique et une bande originale des plus entraînantes. En plus, il fait voyager. Et il donne sacrément envie de se retrousser les manches pour cultiver un avenir meilleur. Bref: il a mis beaucoup de baume sur mon petit coeur pessimiste et angoissé. 

lundi 7 mars 2016

A la recherche d'un remplaçant pour Mamma Roma: Eccome No!




Pendant des années, nous avons été de grands fans de Mamma Roma, dont même mon beau-frère à moitié italien concédait que les pizzas étaient fabuleuses. La présence d'un restaurant de l'enseigne à quelques centaines de mètres est l'argument qui a emporté mon adhésion lorsque nous avons choisi notre appartement actuel. Hélas! Il y a un an ou deux, Mamma Roma a décidé d'industrialiser son processus de fabrication. Les prix jusque là raisonnables ont grimpé d'un coup en même temps que la qualité déclinait dramatiquement: moitié moins de garniture qu'avant pour des pizzas qu'on ne pouvait désormais plus qualifier que d'"étouffe belle-mère", selon une expression de mon Sud natal. Dégoûtés, nous avons cessé d'y aller, et de manger des pizzas du même coup faute d'alternative satisfaisante. Puis il y a quelques semaines, comme je rouspétais sur Facebook, quelqu'un m'a conseillé Eccome No! en affirmant que c'était le digne successeur de Mamma Roma. Alors samedi soir, en sortant du cinéma, nous sommes allés tester cet autre restaurant de pizza à la taille...





Arrivés avant 19h, nous avons trouvé la salle vide, ce qui nous arrangeait car nous avons pu prendre notre temps pour choisir et interroger la vendeuse. Deux options menu s'offraient à nous: 3 demi-parts et une boisson (soda, jus de fruits, café ou thé, petit verre de vin) pour 8€ par personne, ou 4 demi-parts et une boisson pour 10€. Nous avons opté pour la seconde, mais au final, la première m'aurait largement suffi. Parmi les variétés présentes en vitrine, nous en avons repéré au moins deux qui étaient du pur repompage sur Mamma Roma: patates-crème de truffe et potiron-pancetta. D'autres semblaient être des compositions maison; Chouchou a craqué tout spécialement sur la pleurottes-magret de canard-crème de truffe et moi sur la champignons des bois-crème de truffe (cet ingrédient est loin de se retrouver partout, c'est juste que nous l'adorons tous les deux!). Beaucoup d'autres pas disponibles sur le coup m'ont mis l'eau à la bouche: mozzarelle-saucisse-friarelli-pecorino, par exemple, caprino-épinard-miel-speck ou encore salami piquant-artichaut-mozzarella-roquette. 




Bon, mais et le goût, me demanderez-vous? Et bien... ça ne vaut pas tout à fait le Mamma Roma de la grande époque - la pâte est un peu moins réussie de mon point de vue, mais je l'aime épaisse et moelleuse, ce qui n'est pas forcément le cas de tout le monde; ici elle est un peu plus fine et plus croustillante. Par contre, c'est largement mieux que le Mamma Roma d'aujourd'hui. Comme les prix sont raisonnables, qu'il y a chaque jour une happy hour durant laquelle, pour deux parts achetées, on ne paie que la plus chère des deux, et que nous avons trouvé la salle agréable avec ses murs jaunes très gais, il y a fort à parier que nous reviendrons. 

Eccome No!
Rue Ernest Solvay 10
(entre la chaussée d'Ixelles et le parvis Saint-Boniface)
1050 Bruxelles
Ouvert TLJ de midi à 23h
Livraison possible par Take Eat Easy ou Deliveroo

dimanche 6 mars 2016

Les joies de la semaine #9




Lundi: cette vidéo de John Oliver démontant Donald Trump / me vernir les orteils en Sole Matte d'Essie / mon gratin de stellines est une tuerie / Jillian me fait mourir de rire dans son émission de télé-réalité

Mardi: arrivée de la grosse commande Amazon passée avec mes bons-cadeaux / dévorer "Juliette" de Camille Jourdy pendant ma pause-déjeuner

Mercredi: reçu deux colis de SP ce matin / lire le tome 2 de "Pour Sanpei" devant un chocolat chaud maison aux Gens que j'aime / nous moquer de nos hypocondries respectives avec mon coloriste (moi option cancer, lui option MST) / ça m'aura ruinée, mais mes nouveaux cheveux roux orangé sont magnifiques

Jeudi: adieu la chargée de compte qu'on avait oublié de comptabiliser dans les plaies d'Egypte: je suis désormais cliente d'une e-agence / malgré une préparation ultra-pifométrique, mon cake chocolat-matcha est délicieux / être raisonnable et ne pas me resservir des sublimes spaghetti ail-citron de Chouchou

Vendredi: avoir des restes de spaghetti ail-citron à réchauffer le midi / une météo potable pour faire mes 10 000 pas / déniché un chouette cadeau d'anniversaire chez Rose (en plus d'une paire de chaussettes poulpe et d'une broche téléphérique brodée pour moi)

Samedi: répéter trois fois "Bon, allez, je me lève" sans bouger des bras de Chouchou / 91ème commentateur Amazon / le film "Demain", encore plus enthousiasmant qu'on ne me l'avait promis / la pizza champignons des bois-crème de truffe d'Eccome No! 

Dimanche: des crêpes en guise de dîner

"Pour Sanpei" (Fumiyo Kouno)


Après la brusque disparition de sa femme, Sanpei, la soixantaine bougonne, part vivre chez son fils qui lui a toujours reproché d'être un père peu impliqué et pas du tout démonstratif. Il peine à trouver sa place dans son nouveau foyer lorsqu'il découvre un gros album laissé par la défunte Tsuruko, dans lequel celle-ci lui explique les goûts de chacun des membres de sa famille, ainsi que la manière d'effectuer toutes les tâches du quotidien - cuisine, ménage, repassage ou couture. Muni de ce précieux ouvrage, Sanpei se rend peu à peu indispensable à la bonne marche de la maison et se rapproche de sa petite-fille Nona, une enfant peu attachante au premier abord...

C'est grâce à Shermane que j'ai découvert ce manga en deux tomes signés Fumiyo Kouno et datant de 2009. Ici, pas d'exploits héroïques ni de grandes passions: juste la peinture d'une transition difficile dans la vie d'un vieux Japonais forcé de remettre en cause son mode de fonctionnement et son rapport aux autres. Il n'est jamais trop tard pour apprendre et bien faire, semble dire l'auteur en alignant les scènes amusantes ou touchantes du nouveau quotidien de Sanpei. Son trait simple mais expressif, ses compositions épurées s'harmonisent parfaitement avec le stoïcisme pudique du héros, de sorte qu'on prend beaucoup de plaisir à voir celui-ci effectuer même les gestes les plus simples et les plus répétitifs de la tenue d'un foyer. Et puis parfois, au détour d'une page, on se laisse cueillir par l'émotion d'une case pleine de nostalgie, voire de poésie. Un manga peu connu mais qui mérite le détour. 





vendredi 4 mars 2016

Miracle Morning: quand le mieux est l'ennemi du bien




Vous commencez à me connaître. Vous savez que je suis hyper branchée développement personnel et constamment en train de faire des efforts pour m'améliorer, devenir une meilleure personne et mener une vie plus riche (au sens non-financier du terme, même si je ne refuserais pas une fortune tombée du ciel). Je trouve merveilleux que beaucoup de gens commencent à s'intéresser, entre autres choses, à la psychologie positive, de sorte qu'on voit fleurir les magazines, les bouquins, les stages et les formations sur le sujet. On est en droit de trouver ça superficiel et inutile, un truc de bobo par excellence; personnellement je pense que tout ce qui peut aider au mieux-être et à l'accomplissement de soi est une initiative à encourager. Pourtant, de temps à autre, je suis obligée de m'énerver devant les nouvelles" modes" en la matière. 

En ce moment, par exemple, le grand truc, c'est le Miracle Morning popularisé par Hal Elrod. Le principe? Régler son réveil une heure plus tôt pour, au choix, faire un jogging ou une séance de yoga, méditer ou tenir un journal au calme avant d'attaquer sa journée normale. Soyons clairs: toutes ces activités sont très saines et/ou enrichissantes, et je ne peux que vous recommander de leur faire une petite place dans votre journée si elles vous tentent. Mais au détriment de votre sommeil? Quelle hérésie! Un sondage rapide sur la page Facebook de mon blog, hier, a confirmé ce que je pensais: environ deux tiers des lecteurs qui ont répondu estiment ne pas dormir assez par rapport à leurs besoins, l'autre tiers pense dormir juste ce qu'il lui faut (pas forcément très bien, mais ceci est une autre histoire). Donc, l'idée, c'est d'inciter les gens à rogner sur un temps de sommeil insuffisant à la base, afin de caser deux ou trois activités supplémentaires dans des journées déjà trop remplies, tout cela dans le but de s'accomplir et de devenir plus heureux? Franchement, la logique m'échappe. 

Quels que soient les bienfaits du sport, de la méditation ou de l'écriture, jamais ils ne compenseront le manque de sommeil. Une personne fatiguée est moins concentrée, moins productive, profite moins du présent, prend de moins bonnes décisions et grossit plus facilement, puisqu'elle mange davantage pour avoir assez d'énergie. Dormir suffisamment, si vous avez la chance de pouvoir (et j'ai bien conscience que ça n'est hélas pas possible pour tout le monde), est le truc le plus simple et le plus bénéfique que vous puissiez faire, pour votre santé comme pour votre bien-être général. Si vous êtes au nombre des rares chanceux à qui 4h de sommeil suffisent pour péter la forme, comme c'était paraît-il le cas de Napoléon, faites-vous plaisir: sautez hors du lit à 5h30, chaussez vos baskets pour aller courir en regardant le soleil se lever et rédigez dix pages de votre premier roman avant que le reste du monde n'ouvre un oeil. Dans le cas contraire, pitié - ne vous laissez pas culpabiliser par les âneries énormes dont accouche parfois le mouvement du développement personnel. 

EDIT: Un excellent article sur le sujet, signalé par Kleo, et un autre signalé par Gasparde.

Winter Cookbook Challenge: Gâteau marbré chocolat-matcha




Deux recettes dans la semaine? C'est vrai, je ne me suis pas foulée niveau billets. Ce n'est pas que je manque d'inspiration, mais le boulot m'accapare très fort en ce moment. Je prendrai le temps d'écrire ce week-end. En attendant, je vous présente ma dernière tentative culinaire, d'après une recette trouvée - comme celle du gratin de stellines de mardi - dans le dernier numéro du magazine Avantages. 




J'étais en train d'incorporer ma farine quand je me suis rendu compte que j'avais mal converti la quantité de sucre en ml (je n'ai plus de balance de cuisine, seulement un verre doseur qui ne mesure que le liquide), et que j'en avais mis environ une fois et demie trop. Comme je ne voulais ni gaspiller le mélange en cours ni me retrouver avec un gâteau trop sucré, j'ai multiplié tous les autres ingrédients par un et demi, en me disant que je cuirais le surplus de pâte dans des moules à muffin. 

J'ai dosé le cacao et le matcha au pifomètre, versé alternativement les deux mélanges avec une cuillère faute de poches à douille, et zappé l'étape du glaçage car je n'aime pas ça. Résultat: un cake beaucoup moins joli que celui de la photo du magazine, mais tout de même étonnamment bon. Les deux goûts se marient franchement bien sans que ce soit trop sucré ou trop lourd. Un franc succès auprès de 100% des habitants du foyer, et une recette finalement peu difficile que je referai certainement!



Le Winter Cookbook Challenge a été lancé par Sunalee pour inciter ses lectrices à tenter de nouvelles recettes. 

"On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait en s'en allant" (Marie Griessinger)


Il fut un jeune océanographe militaire plein de fougue, qui rencontra à Tahiti une femme déjà mariée et mère de deux enfants. Leur amour plus fort que tout les emmena à Santa Monica pour apprendre l'anglais, à Cayenne où grandit leur fille Marie, en région parisienne où il se retrouva dans un bureau sur la ligne de RER C, puis à Uzès pour une retraite qu'ils espéraient paisible. C'était sans compter la démence à corps de Lewy, une pathologie incurable qui allait peu à peu priver Jean-Michel de ses facultés mentales et de ses capacités motrices.

L'auteure assiste impuissante au déclin de ce père qui ne lui avait jamais dit "Je t'aime" jusque là, et entre les scènes dépeignant la progression inexorable du mal, elle évoque par petites touches les souvenirs d'un passé heureux, mais aussi et surtout l'amour extraordinaire qui continue à unir ses parents jusque dans cette ultime épreuve. Un court récit en camaïeu d'ombre et de lumière, de chagrin et de beauté. 

"J'ai pensé: "Et si je disais à mon père tout ce qu'il aimerait entendre...". Je pourrais lui dire que je suis devenue expert-comptable, comme il en rêvait, même si ce n'est pas vrai, même si ça n'arrivera jamais, je pourrais lui dire que ça marche très bien et que j'ai plein de clients... Oui, j'ai envie de mentir à mon père, de lui donner de bonnes nouvelles, des nouvelles pour le rendre heureux, tant qu'il peut encore les entendre, et les jeter par la porte entrouverte de son esprit pour que ça lui fasse une lumière à l'intérieur, un feu pour l'éclairer et pour le réchauffer, un feu pour ses nuits de solitude, avant que tout ne se referme."

"Il y a quelque chose que j'aimerais dire à tous les bienheureux, tous ceux qui ont la chance d'avoir un père vaillant, un père qui peut prononcer leur nom, se lever, marcher avec eux, j'aimerais leur dire: "Fermez ce livre, ce plaisir solitaire du livre, vous avez toute la vie pour être seuls face à un livre, et sortez, descendez dans la rue, videz les artères des immeubles, répandez-vous sur les chemins en une hémorragie de fils et de filles, suivez le bruit de votre coeur qui bat et courez le retrouver. Mon père n'était pas parfait. Il l'est devenu le jour où il a arrêté de parler, d'être froid, de toujours donner raison à ma mère, de me contredire. Ce jour où mon père est devenu invalide, je l'ai mis sur un piédestal. Mais ce sont toutes ses imperfections qui me manquent."

jeudi 3 mars 2016

"Juliette: Les fantômes reviennent au printemps" (Camille Jourdy)


Une jeune Parisienne hypocondriaque et sans doute dépressive revient pour un laps de temps indéterminé dans la ville de province où elle a grandi. Son père n'a jamais refait sa vie depuis le départ de sa mère, une excitée New Age qui change de petit ami comme de chemise bariolée. Sa grand-mère perd la boule et va devoir être placée dans une maison de retraite. Sa soeur aînée en a un peu marre que tout le monde se repose sur elle au prétexte qu'elle est forte, et s'évade le jeudi dans les bras d'un amant dont elle n'attend rien. Son beau-frère s'est récemment découvert une passion pour les flans. L'aîné de ses neveux, sur le point d'avoir onze ans, est atteint de tics nerveux qui le défigurent. Alors qu'elle va revoir la maison de son enfance dans l'espoir de ressusciter ses souvenirs enfuis, Juliette rencontre le nouveau locataire, un pilier de bistrot malchanceux en amour...

Comme "Rosalie Blum" que j'avais tant aimé, "Juliette : Les fantômes reviennent au printemps" s'attache à suivre le quotidien de provinciaux très ordinaires, voire passablement ennuyeux, mais qui dès qu'on s'intéresse à eux d'un peu plus près se révèlent gentiment barrés chacun à leur façon, et finissent tous par inspirer une tendresse à mi-chemin entre amusement et résignation. Cette histoire sans véritable histoire pourrait déprimer le lecteur si le dessin n'était pas aussi coloré et faussement naïf, et si l'auteure ne s'amusait pas à semer des petits grains de folie par-ci par-là: un caneton nommé Norbert Magret, un poisson pané sauvage, un vendeur de déguisements qui se rend chez sa belle dans la peau d'un ours, d'un lapin ou d'un fantôme... La vie passe quoi qu'il arrive, avec ses angoisses, ses peines et ses chamailleries, mais même sans rien en faire de grandiose, on peut toujours y trouver une forme de douceur, un réconfort, un apaisement, semble dire Camille Jourdy. J'ai été très sensible à la représentation ultra-fidèle de l'hypocondrie, mais aussi à la dynamique des rapports familiaux conditionnés par le poids des non-dits et des rôles définis dans l'enfance. Une oeuvre pleine de sensibilité, mais au charme de laquelle on ne se laissera prendre qu'à condition d'être dans un certain état d'esprit.




mercredi 2 mars 2016

"La doublure" (Meg Wolitzer)


Un célèbre écrivain américain se rend en Finlande, où il doit recevoir le prestigieux prix Helsinki censé couronner l'ensemble de son oeuvre. Il l'ignore encore, mais sa femme a décidé de le quitter au terme de ce voyage...

Dans ce roman beaucoup plus bref que "Les Intéressants", Meg Wolitzer raconte la trajectoire d'un couple du point de vue de la femme, habituée à vivre depuis le début dans l'ombre de son homme assoiffé de reconnaissance et de gloire. Quand ils se rencontrent dans les années 50, il est marié à une autre, papa depuis peu et aspirant romancier; elle est son étudiante en lettres et elle-même un écrivain prometteur. Durant les décennies qui suivent, elle sacrifie sa carrière pour aider à asseoir celle de son mari, fermant les yeux sur ses défaillances d'époux et de père tandis que la passion charnelle du début cède la place à un arrangement assez inégal dont elle se satisfait pourtant.

Je me demande un peu ce que l'éditeur français avait dans la tête en choisissant un titre qui permet de deviner l'arrangement en question avant même la page 60, alors que le titre original "The wife" ("L'épouse") résumait mieux la problématique du roman sans vendre la mèche. Tout suspens éventé, je me suis ennuyée ferme durant cette évocation pourtant très bien vue et très bien écrite d'un destin choisi jusqu'au bout plutôt qu'imposé par les normes d'une époque.

"Tout le monde sait à quel point les femmes savent se montrer persévérantes en dépit de tout, qu'elles rêvent de projets, de recettes, d'idées participant d'un monde meilleur, avant de les abandonner en chemin à cause du berceau au milieu de la nuit, des courses au Stop & Shop, ou du bain des enfants. Elles les égarent en chemin lorsqu'elles aplanissent la voie où leur mari et leurs enfants vont pouvoir progresser dans l'existence en toute sérénité. 
Mais c'est leur choix, aurait pu objecter Bone. Elles font le choix d'être ce genre d'épouses, ce genre de mères. Personne ne les force plus. Tout cela, maintenant, c'est terminé. Nous avons eu un mouvement des femmes en Amérique, nous avons eu Betty Friedan, et Gloria Steinem avec ses lunettes daviateur et ses deux mèches de cheveux en forme de parenthèses congelées. Nous sommes désormais entrés dans un monde tout à fait neuf."

mardi 1 mars 2016

Au programme de février: bilan




1. Racheter du Neige Blanche chez Lupicia
J'ai fait un vrai carnage à la boutique. Je dirais bien que je n'en suis pas fière, mais j'adore toutes les variétés que j'ai goûtées jusqu'ici, donc pas de regret!

2. Remplacer mes lunettes de loin
J'ai choisi le modèle chez Caroline Abram, et je les récupèrerai lors de mon prochain passage à Paris au printemps.

3. ...et le téléphone fixe de Monpatelin
J'ai acheté un appareil de remplacement mais ne l'ai pas encore installé.

4. ...et le robinet pourri de la cuisine
J'ai fait établir un devis, que j'ai dû réclamer deux fois pour l'obtenir, puis relancé le plombier trois fois, par mail et par texto, afin qu'il passe. Sans succès: il est resté tellement silencieux que je l'ai soupçonné de cousinage éloigné avec ma banquière. Je retenterai ma chance le mois prochain.

5. Envoyer une lettre recommandée à ma banque pour exiger de changer de conseiller
Quand on parle du loup... La lettre a été envoyée mardi dernier; depuis, je me connecte tous les jours au site de ma banque pour voir si le nom de mon conseiller a changé. Je croise les doigts.

6. Prendre rendez-vous chez ma gastro-entérologue pour mai
"Le docteur est en arrêt maladie jusqu'au 8 mars, rappelez après. De toute façon, on ne donne pas encore de rendez-vous pour mai, c'est trop tôt."

7. Me débarrasser enfin de la pièce de collection de 10€
que je n'ai jamais eu le temps de faire passer à mon père
Instant surréaliste quand je me suis pointée à la Banque de France où un monsieur m'a calmement déclaré: "On n'a pas d'argent ici". Il m'a renvoyée vers un comptoir de change qui a repris ma pièce royalement 8,50€, mais je m'en fous, je voulais juste m'en débarrasser. Avec les sous, je suis allée goûter à la Théière.

8. Revendre le camera bag Nat & Nin brun dont je ne me sers pas
...Non, je ne m'en suis pas occupée.

9. Réduire mes achats de livres et taper plutôt dans ma PAL
C'est un échec complet: j'ai acheté des tonnes de bouquins et ma PAL déborde toujours.

10. Ranger le placard à condiments de Bruxelles
Là encore, pas moyen de me motiver pour trier les douze variétés d'huiles et nettoyer le vinaigre balsamique qui a formé en coulant une si jolie collections de ronds brunâtres sur l'étagère.

11. Aller voir l'expo "La trace des chaussures dans la mode" au MoMu d'Anvers
Ca, c'est fait, et c'était bien!

12. Prendre des billets pour l'expo Harry Potter à Brussels Expo cet été
Ca, c'est fait aussi, et c'était la ruine: 21€ par personne, j'espère que ça les vaudra vraiment!

13. Me procurer des guides de voyage à Edimbourg
J'ai mon "Un grand week-end à..." et mon Cartoville, même si je ne les ai pas encore ouverts.

14. Lire "Essentialism" de Greg McKeown
Grosse déception que ce bouquin dont j'avais lu tant de bien. Même si ses conseils peuvent être transposés à tous les aspects de la vie, il semble essentiellement s'adresser à des gens persuadés que le sommeil c'est pour les faibles et qu'un cadre supérieur digne de ce nom doit bosser 14h par jour. Pas moi du tout, donc, et je me suis ennuyée ferme tout le long.


PROGRESSION SUR LES OBJECTIFS RECURRENTS DE L'ANNEE

3. Lire au moins un ouvrage de non-fiction par mois
Voir ci-dessus.
4. Soutenir un projet créatif ou une cause qui me tient à coeur chaque mois
Marie et Lucas, son fils autiste, veulent ouvrir à Toulouse un fast-food bio, vegan et sans allergènes. La première partie de la collecte, à laquelle j'ai participé, est bouclée, mais vous pouvez encore contribuer à la seconde!
49. Elargir mon répertoire culinaire
J'ai testé 4 nouvelles recettes: la tarte amandine aux clémentines (préparée 3 fois, gros succès à la maison), les boulettes de sarrasin (moui bon bof), le locro de papas (les pommes de terre n'étaient pas assez cuites et je n'ai pas trouvé ça bouleversant au niveau des saveurs) et le gratin de stellines au comté.

Les sorties bédé que j'attends avec impatience en mars



Le 23: "Les rêveries d'un gourmet solitaire"
C'est avec "Le gourmet solitaire", séries d'histoires courtes centrées autour d'un voyageur de commerce et de ses découvertes culinaires au fil de ses déplacements, que je m'étais initiée à l'oeuvre contemplative de maître Jirô Taniguchi,. Aussi ai-je été ravie de découvrir récemment qu'une suite sortait en mars. (Amazon l'annonce pour le 2 et l'éditeur pour le 23; j'ai plutôt tendance à croire ce dernier.)



Le 24: "Orange, Tome 5"
Conclusion très attendue d'une uchronie personnelle mélangée à un délicat triangle amoureux. Les amis de Kakeru réussiront-ils à changer le cours de son histoire tragique? Naho finira-t-elle avec lui cette fois? Tout est possible...



Le 31: "Mes petits plats faciles by Hana, Tome 3"
Les deux premiers tomes de ce manga culinaire ultra-rigolo sont sortis à quelques mois d'intervalle il y a déjà trois ans. Depuis, je rongeais mon frein en guettant la suite. J'ai hâte de voir quels délices Hana-la-feignasse va encore improviser avec ses fonds de frigo et savourer avec des couinements de bonheur. 

Winter Cookbook Challenge: Gratin de stellines au comté




Lors de mon dernier voyage en train, en lisant le magazine Avantages de mars, je suis tombée sur une recette de gratin qui, malgré la présence de lardons et le fait que je ne cuisine en principe pas de viande, m'a mis l'eau à la bouche. Je n'ai pas trouvé de crozets au Delhaize le samedi suivant, alors j'ai utilisé des stellines que j'avais dans mon placard, et je pense que ça aurait bien fonctionné aussi avec de simples coquillettes. J'ai également eu l'idée, pour rendre le plat un peu plus équilibré, d'y ajouter des champignons de Paris (250g) que j'ai émincés et fait revenir à la poêle en même temps que les lardons.


Le plat avant que je le recouvre avec la seconde moitié du comté et que je le passe sous le grill


Résultat? Un plat rapide à préparer et absolument crapuleux. Pas hyper présentable dans l'assiette, mais goûtu et roborratif comme on adore à la maison. D'ailleurs, j'ai découpé la recette pour la glisser dans mon classeur de recettes - j'en referai, c'est sûr!





Le Winter Cookbook Challenge a été lancé par Sunalee pour inciter ses lectrices à tenter de nouvelles recettes. 

lundi 29 février 2016

Février 2016



Lectures de Février 2016




ROMAN
- "The masked city" (Genevieve Cogman) ♥︎♥︎
- "La folle rencontre de Flora et Max" (Martin Page/Coline Pierré) ♥︎♥︎♥︎
- "Quatuor" (Anna Enquist) ♥︎♥︎
- "Un voyage au Japon" (Antoine Piazza)
- "Si peu d'endroits confortables" (Fanny Salmeron) ♥︎♥︎
- "Les gens dans l'enveloppe" (Isabelle Monnin) ♥︎♥︎♥︎
- "The glass sentence" (S.E. Grove) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "The sweetness at the bottom of the pie" (Alan Bradley)
- "Mrs Bridge" (Evan S. Connell) ♥︎♥︎
- "Les délices de Tokyo" (Durian Sukegawa) ♥︎♥︎♥︎
- "Personne ne disparaît" (Catherine Lacey)
- "La doublure" (Meg Wolitzer) ♥︎♥︎ 
- "Chaos calme" (Sandro Veronesi) ♥︎♥︎

BEDE/MANGA
- "Les enfants de la baleine T1&2" (Abi Umeda) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "The ancient magus bride T4" (Koré Yamazaki) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Erased T6" (Kei Sanbe) ♥︎♥︎♥︎
- "La photographe T1" (Kenichi Kiriki) ♥︎♥︎
- "Magical girl site T1" (Kentarô Satô) ♥︎
- "Les jours sucrés" (Loïc Clément/Anne Montel) ♥︎♥︎♥︎♥︎♥︎
- "The cute girl network" (Greg Means/MK Reed/Joe Flood) ♥︎♥︎♥︎
- "Sur les ailes du monde, Audubon" (Fabien Grolleau/Jérémie Royer) ♥︎♥︎♥︎♥︎

DIVERS
- [Challenge non fiction] "Essentialism" (Greg McKeown) ♥︎
- "Louve" (Fanny Ducassé)  ♥︎♥︎♥︎♥︎♥︎
- [Challenge non fiction] "Anxiété" (Scott Stossel)

dimanche 28 février 2016

Les joies de la semaine #8




Lundi: le logiciel de compta pro que j'envisage d'adopter coûte bien moins cher que je ne le craignais 

Mardi: 15°, ciel bleu, petits nuages moutonnants / bien que je n'aie pas réservé, il reste un coin de table libre à l'Aparté / entrée dans le Top 100 des commentateurs Amazon / maki et California rolls du Sushi Shop pour le dîner

Mercredi: un fou-rire avec Solange à propos de sa courgette disparue, et un autre à propos des vaches qui vont nous manger

Jeudi: enfin du wifi gratuit et illimité en gare du Nord et dans le Thalys / un violoniste qui me tire des larmes d'émotion dans le métro / deuxième sélection consécutive en petite Une de HelloCoton / le pluma de porc du Little Tokyo en amoureux

Vendredi: foncer acheter "Anxiété" chez Filigranes après le boulot / un bouquet de renoncules jaune orangé 

Samedi: cette vidéo avec Florence Foresti, Vanessa Paradis et une licorne / "La poupée de Kafka" et Sur les ailes du monde, Audubon" à moitié prix chez Pêle-Mêle / une sieste au soleil / de la super mayo dans les super frites des Super Filles du Tram / se coucher dans la nouvelle parure de lit à étoiles

Dimanche: un froid sec et lumineux pour aller bruncher au Clan des Belges / passer quelques heures avec Garulfo et Hélie que nous voyons trop peu / bien me marrer devant le 4ème épisode de "Just Jillian" / un retour de trad effectuée dans des conditions pas terribles, accompagné des compliments de l'éditrice

"Sur les ailes du monde, Audubon" (Fabien Grolleau / Jérémie Royer)


Au début du XIXème siècle, le Français Jean-Jacques Audubon, rebaptisé John James depuis qu'il s'est installé aux Etats-Unis, est un homme heureux en ménage mais malheureux en affaires. Quand la scierie dans laquelle il a investi fait faillite et qu'il perd quasiment tout ce qu'il possède, sa compréhensive épouse Lucy l'incite à accomplir son véritable destin: arpenter le pays en dessinant les oiseaux pour l'observation desquels il éprouve une passion dévorante. Son expédition mouvementée durera des années, et à la fin, Audubon se heurtera au mépris de la communauté scientifique américaine qui estimera ses travaux trop artistiques. Il devra se rendre en Angleterre pour que son génie soit enfin reconnu à sa juste valeur...

Biographie romancée, "Sur les Ailes du monde, Audubon" s'appuie sur les carnets de notes du célèbre naturaliste pour mettre en scène des passages marquants de sa vie, tout en prenant certaines libertés narratives signalées en fin d'ouvrage. Il est assez frappant de constater le tournant que représenta son époque dans la vie du continent américain, la déforestation sauvage qui entraîna un appauvrissement terrible de la faune (et de la flore, je présume) couplée avec la déchéance des populations indigènes. En lisant, je n'ai pu m'empêcher de penser que la fin du monde avait commencé depuis bien longtemps, même si elle s'accélère depuis quelques décennies... Mais il ne s'agit là que de la toile de fond sur laquelle évolue Audubon, personnage hallucinant de passion aveugle et de dévouement à son art auquel il sacrifia sa famille pendant une grande partie de sa vie. Si on pourrait le taxer d'égoïsme crasse, il est sauvé par son émerveillement sincère face à la nature et son talent pour la restituer d'une façon unique. Aujourd'hui encore, il est considéré comme l'un des pères fondateurs de l'écologie. Fabien Grolleau et Jérémie Royer lui rendent ici un hommage aussi mérité que plaisant à lire.




vendredi 26 février 2016

La nuit le jour




La nuit je ressasse les événements négatifs de la journée
je les monte en épingle
je les pousse jusqu'à leur conclusion la plus improbable et la plus extrême
je me ratatine devant des visions de futur en ruines
des corps en miettes après un accident de voiture
un autre qui se balance sous une poutre
des radios couvertes d'essaims de taches
un toit qui s'effondre 
le monde qui se dérobe sous mes pieds
les murs qui se referment sur moi
et je suffoque en silence toute raide dans le noir

La journée je m'agite pour ne pas penser
je travaille beaucoup je suis très très productive
je fais de l'humour noir parce qu'il faut bien en plaisanter
je remplis mon agenda un apéro un resto un brunch
je mijote des échappées et des petits plats
je coche les tâches accomplies une par une
(avec une certaine satisfaction)
je relativise je me raisonne
mon cerveau rationnel reprend vaguement le dessus dans la lumière
j'inspire j'expire j'inspire j'expire
je suis là dans le présent ignorant la minuscule douleur persistante
les indicateurs au rouge
les signes avant-coureurs de catastrophe
qui n'existent peut-être que dans ma tête
je suis un membre fonctionnel de la société

Puis la nuit revient. 

jeudi 25 février 2016

Facebook je t'aime, Facebook je te déteste




Je déteste Facebook. 
Je déteste devoir surveiller comme du lait sur le feu des paramétrages qui changent constamment dans le but de me pomper toujours plus de données privées. 
Je déteste qu'il me ressorte chaque matin un "souvenir" d'il y a plusieurs années, et ce, malgré le fait que chaque matin, je coche l'option "voir moins de souvenirs", et qu'il me répond docilement que d'accord, il me montrera moins de souvenirs. 
Je déteste qu'il balance dans mon fil des pubs qui ne m'intéressent pas, mais que si je le lui signale, il me dit "merci de nous aider à trouver des pubs mieux ciblées pour vous", et retente sa chance cinq minutes plus tard - ce, jusqu'à ce que j'en ai ras-le-bol et que je laisse passer les pubs. 
Je déteste qu'il choisisse à ma place ce que je peux voir sur mon mur, et notamment qu'il m'impose les publications d'amis d'amis pas aussi regardants que moi sur les positions politiques et éthiques de leurs contacts. 

Malgré tout ça, Facebook reste ma drogue numéro un, le truc qui me manque le plus lorsque je suis temporairement privée de connexion. 
Je n'ai pas trouvé de meilleur moyen de rester en contact avec les gens que j'aime et qui vivent trop loin pour que je puisse les voir régulièrement, pas de meilleur moyen de partager les petites choses de leur quotidien - celles qui ne sont pas assez importantes pour justifier un mail ou un coup de fil, mais qui font leur vie au jour le jour. Je trouve Twitter illisible et pas du tout convivial pour des discussions intimes; j'adore Instagram mais il n'est pas non plus fait pour la conversation. 
Quand je bloque sur une tournure de phrase dans mon boulot, c'est là que je file quelques minutes pour faire un "reset" à mon cerveau. Quand j'ai besoin d'une info ou d'un coup de main, c'est là que je les demande. Quand je veux tester une idée ou lancer une idée d'activité, c'est là que j'obtiens les réponses les plus rapides. Quand je n'ai pas trop le moral, c'est une source inépuisable de vidéos d'animaux mignons ou marrants. 
Je l'utilise pour me tenir au courant de l'actualité. Mes contacts triés sur le volet s'intéressent aux mêmes sujets que moi: la politique, l'environnement, la protection animale, la littérature et le secteur de l'édition... Nulle part ailleurs je n'obtiendrais un reader's digest aussi bien ciblé que sur mon mur. 
J'aime savoir presque en temps réel de ce qui se passe dans la vie de mes amis: qui a décroché un nouveau job, qui fête son anniversaire, qui vient de perdre son père, qui a testé un resto génial, qui part en vacances à quel endroit, qui vient d'adopter un chien dans un refuge, qui déménage dans une grande maison. 
La page Facebook du blog est un outil précieux, l'endroit où je publie des tas de petites choses qui ne suffiraient pas à donner matière à un article mais qui sont quand même dans ma lignée éditoriale (si tant est que j'en aie une). J'y communique beaucoup plus facilement avec mes lecteurs que dans les commentaires du blog lui-même.
Alors, j'ai beau râler contre Facebook, je n'envisage pas une seconde de cesser de l'utiliser. 

mardi 23 février 2016

La vie dont on rêve et la vie que l'on a




Quand je suis venue vivre à Bruxelles à temps partiel, à l'automne 2007, le plan était le suivant: Chouchou s'installerait le plus vite possible en indépendant et développerait une activité gérable à distance, comme la mienne, pour qu'on ne soit plus obligés d'habiter dans un endroit précis. On utiliserait l'appart de Monpatelin comme base opérationnelle, mais on voyagerait le plus souvent possible, idéalement par périodes d'un à trois mois, en sous-louant des apparts ou en faisant du gardiennage de maisons, ce qui nous permettrait de bosser pour gagner notre vie tout en découvrant des endroits un peu comme si on y habitait vraiment. "Compte quatre ou cinq ans", m'avait-il dit à l'époque. 

Il a fini par lancer son activité indépendante fin 2013 seulement, et à l'heure actuelle, nous ne sommes pas encore au stade où nous pouvons envisager de lâcher notre pied-à-terre bruxellois. Combien de temps faudra-t-il encore? Je l'ignore, puisque ça ne dépend pas de moi (et pas tout à fait de lui non plus, dans cette conjoncture). J'avoue qu'à certains moments, à force de voir l'objectif reculer sans cesse, j'ai même pensé qu'on ne l'atteindrait jamais. Ce qui a contribué à mettre de la tension dans notre couple. Je me sentais coincée à Bruxelles, dans un appart dont la seule vue commençait à m'exaspérer - mais pas question de déménager pour un autre: ça aurait été l'aveu qu'on n'était pas près de quitter la Belgique. Je commençais à en vouloir à Chouchou, et en même temps, je savais que lui mettre la pression ne ferait pas avancer le schmilblick. Sauf que quand je me retiens d'un côté, en général, je finis par lâcher de l'autre et par devenir désagréable pour un oui pour un non. 

2015 a été vraiment difficile. Chouchou avait de gros soucis de boulot qui accaparaient son temps et créaient de fortes tensions dans notre vie domestique. Résultat: une énorme crise début août. Nous avons réussi à éviter le pire, mais à l'intérieur, j'avais complètement perdu la foi en lui, en nous et en notre avenir rêvé. Je me sentais vide et triste, ce qui a culminé par des fêtes de fin d'année à pleurer. Quelque part pendant la semaine entre Noël et le jour de l'An, j'en ai eu MARRE d'être dans cet état. J'avais deux choix: je pouvais quitter Chouchou pour vivre ma vie comme je l'entendais, comme cela m'était possible depuis longtemps déjà. Ou je pouvais estimer que ma priorité numéro un, c'était d'être avec lui, et que pour le reste, on verrait bien. Que mes projets ne se réaliseraient peut-être pas, ou seulement dans très longtemps, et qu'il fallait cesser de les avoir pour seul point de mire - sans ça, je serais toujours malheureuse et ça finirait par entraîner le naufrage de notre couple. 

Je n'ai pas tellement hésité. J'ai choisi Chouchou. Je pense qu'aucun endroit au monde ne mérite qu'on renonce à se réveiller chaque jour près de quelqu'un avec qui même une promenade sous une pluie battante et dans un vent glacial devient une aventure rigolote. 

Mais ce choix conscient devait s'accompagner d'un changement de point de vue et d'attitude. Je devais cesser de rouspéter après mes aller-retours mensuels entre Bruxelles et le Sud de la France, recommencer à tirer le meilleur parti possible de l'alternance couple/célibat, vie culturelle riche/météo de rêve. Je devais réinvestir l'appartement de Bruxelles, ne plus laisser s'accumuler les bricoles de travers, renouveler quelques petites choses pour m'y sentir bien. Je devais soutenir Chouchou dans ses efforts pour faire évoluer son activité, même si ça m'agaçait qu'il bosse le soir et le week-end, même si j'aurais voulu que ça aille plus vite. Je devais ruser pour nous organiser autant que possible de petits voyages dépaysants qui étancheraient malgré tout ma soif de choses à voir et à raconter. Je devais surtout lâcher prise sur ma conception de ce que ma vie aurait dû être depuis des années déjà, pour profiter de ma vie telle qu'elle était vraiment - c'est-à-dire, franchement enviable à bien y regarder. 

Alors, voilà. Depuis le début de l'année, je fais tout ça, et je vais beaucoup mieux (quand je ne suis pas en train de faire des crises d'hypocondrie, ce qui est un autre problème). J'ai acheté une housse de couette avec des étoiles, un nouveau lampadaire qui donne plus de lumière, un tapis pour rendre notre coin salon plus douillet. Je savoure mes longs trajets en train dont je profite pour dévorer un roman à l'aller et un autre au retour. Je bourre mon agenda de sorties sociales ou culturelles. J'éteins mon ordinateur plus tôt et je vais me coucher avec un bouquin ou un magazine de développement personnel qui nourrit mon état d'esprit. Je dis plus souvent "Oui" à Chouchou et j'essaie de l'encourager au maximum, pas juste parce que j'attends quelque chose de sa part, mais parce que je veux qu'il réussisse pour lui avant tout. Je ne sais pas à quoi l'avenir ressemblera, peut-être pas à ce que j'espérais. Et ce n'est pas si grave, parce que le présent est déjà vachement chouette. 

lundi 22 février 2016

Toulon sous hypocondrie




10h45, arrêt Champ de Mars. Ce n'était pas une idée fabuleuse de lire dans le bus; j'ai mal au coeur maintenant. Le rayon téléphones fixes de la Fnac fait 12 cm de large et propose royalement 6 modèles, mais bon, il faut vraiment que je remplace le mien. Puisque je n'ai pas encore réussi à voir "Les délices de Tokyo", achetons le roman dont est tiré le film: ça fera une occasion supplémentaire de grommeler "Le livre était mieux". Comment ça, ma Visa perso n'est pas dans mon portefeuille? Panique. J'ai dû l'oublier chez mon caviste hier après-midi, mais comment vérifier sans attendre, vu que je n'ai pas de smartphone et ne connais pas le numéro des renseignements de mon opérateur mobile? Idée géniale: son numéro doit figurer sur la carte de fidélité du magasin. ...Qui est rangée bien sagement dans mon porte-cartes de fidélité, sous ma Visa perso que j'ai mise là par erreur en quittant le magasin. Ouf!

Etam n'a pas les shortys Gala que j'affectionne, mais je craque pour une paire de pantoufles lapins et rachète une culotte ventre plat sauveuse de silhouette. La parapharmacie de Mayol ne fait pas la marque Jonzac. Par contre, Boutique 112 a un bol à lunettes rouges, on dirait exactement moi! Remonter le cours Lafayette en passant entre les étals du marché plutôt que sur les côtés, malgré le nombre impressionnant de dames à fichu et caddie qui avancent à la vitesse d'escargots neurasthéniques. C'est l'un des endroits qui me rappelle le plus mon père, même si je ne me souviens pas l'avoir jamais accompagné quand il venait y faire les courses le week-end avec le grand panier en osier. Le stand d'olives embaume. Tout me fait envie, y compris les fleurs (des jonquilles!), mais je me vois mal les trimballer jusqu'à ce soir. Passage à la Vie Claire pour dépenser le bon d'achat gagné sur Facebook, et chez Contrebandes dont je ressors avec trois petits livres jeunesse.

Arriver à la Fabbrica di Marco, faire la bise à tout le monde, me poser à une petite table et entamer "Mrs. Bridge" en attendant l'arrivée de mes conchiglioni au four - une tuerie. "Comment tu fais pour ne pas avoir doublé de volume à cause de ta propre cuisine, Marco?" Soupir de l'intéressé: "Je fais beaucoup de sport". Moi je n'en fais pas en ce moment, mais je me laisse quand même tenter par une panacotta au limoncello et son coulis de fraises fraîches en dessert. Faut pas que je trébuche en sortant, sinon je vais rouler jusqu'au bas de la rue... Dans la nouvelle boutique de déco un peu plus haut, craquer pour une assiette rouge en forme de poisson qui fera joli sur Instagram (oui, j'ai honte). La Poste Liberté ferme maintenant à 12h15 le samedi; l'envoi en recommandé du courrier incendiaire à ma banque attendra donc lundi. La parapharmacie du Palais ne fait pas non plus la marque Jonzac, damn!

Jetons un coup d'oeil à l'expo Jacqueline Salmon. Je n'étais jamais entrée dans l'Hôtel des Arts, c'est vraiment très beau. Tous ces petits traits pour visualiser le vent ont dû prendre des jours et des jours à tracer - enfoncé, Boulet. En arrivant au premier étage, où sont exposés les portraits de Toulonnais, la première photo que je vois dans la grande salle du fond face à moi, c'est justement celle de... Marco, mon restaurateur préféré. Il a pour voisins une femme capitaine de frégate, plein de Maghrébins, un professeur de japonais, une étudiante géorgienne, une mendiante sans doute éthiopienne mais l'artiste n'est pas sûre, une fille aux cheveux bleus, des piliers de terrasse de café, je me réjouis de venir d'une ville à la population aussi mélangée.

Quand je ressors, il est à peine 14h15 et je suis pleine comme une outre, je ne vais quand même pas aller me poser au salon de thé. Au Chantilly juste pour boire un verre, alors. Le serveur esquisse une ébauche de sourire et a un ton aimable pour une fois: ça doit être à cause du soleil et du ciel si bleu. Je devrais être hyper détendue, mais pas de bol, la semaine a été extrêmement angoissante et je n'arrive pas à sortir de mon tourbillon de pensées noires. Je promène mon regard sur les pages de mon livre, mais ce que je vois, en fait, c'est moi en train de dire adieu à tous mes proches après un diagnostic de cancer généralisé, six mois à vivre, autant zapper la chimio et en profiter jusqu'au bout, mes larme coulent dans mon thé glacé trop sucré, putain d'hypocondrie qui ressort chaque fois que je stresse, c'est comme un gouffre qui m'avale, j'ai l'air d'être là, je réponds aux questions, je souris, je plaisante alors qu'en fait, je suis en train d'escalader des parois vertigineuses du bout des ongles.

Je finis par ressortir pour descendre la rue d'Alger. J'entre chez Naf-Naf un peu au hasard, m'approche des blousons en cuir parce que mon perf' Mango commence à vomir du fil de fer sur les bords et ne sera bientôt plus présentable. "Ils sont tous à 129€ en ce moment", m'annonce une vendeuse. En pilote automatique, j'essaie celui que me plaît, les manches du 40 me serrent trop les bras, par contre le 42 va bien (mais me vexe). Au Carré des Mots, je discute avec la vendeuse de René Frégni, un de ses amis écrivains dont je voulais acheter le dernier roman - mais il ne lui en restait qu'un exemplaire qu'elle a vendu hier. Tant pis. En remontant vers le boulevard de Strasbourg, j'ai l'idée de m'arrêter à la nouvelle parapharmacie Lafayette sur la place du théâtre: non seulement ils sont encore moins chers qu'à celle du Palais, mais ils font Jonzac, victoire!

16h15. Il est encore tôt mais je ne profite de rien, là, je vais plutôt rentrer. Rhâââ, mon bus qui arrive à l'arrêt Liberté alors que je suis encore sur la chaussée d'en face! Si le feu passe au rouge, je peux l'attraper... Le feu ne passe pas au rouge, et le prochain bus est dans 35 mn. Je remonte vers la gare: pour une fois, je vais m'offrir le TER qui me déposera à Monpatelin pile à l'heure où le prochain bus quitte la gare routière de Toulon, ça m'économisera presque une heure (et un nouveau mal au coeur). De toute façon, en ville ou à la maison, il n'y a que le décor qui change - moi, je suis ailleurs, prisonnière de mes angoisses.