lundi 24 novembre 2014

Oh Comely, magazine au charme étrange et discret




Bien que j'aie cessé d'acheter de la presse féminine classique, je continue à beaucoup aimer l'objet magazine et à rechercher sans cesse de nouveaux titres susceptibles de m'intéresser. Durant ce week-end à Londres, je suis tombée sur une couverture dans les tons verts dont l'accroche ultra-sobre m'a interpelée: "Time travel/Popcorn/Lucky Teeth". Il ne m'en a pas fallu davantage pour embarquer le numéro 22 d'Oh Comely. A l'intérieur, j'ai découvert une maquette dépouillée et des illustrations minimalistes, beaucoup moins colorées que ce qui m'attire d'ordinaire. Mais j'ai tout de suite été séduite par le concept original qu'avait choisi l'équipe de rédaction: explorer diverses facettes du nombre 22. Ainsi, on peut lire l'interview d'une mathématicienne sur le sujet, des portraits de gens qui habitent au numéro 22 de leur rue ou se connaissent depuis 22 ans, le récit d'une expérience culinaire consistant à composer un repas à partir du numéro 22 des menus de plusieurs restaurants asiatiques... Très éloigné du pseudo-glamour de la presse féminine classique, le magazine ne cherche pas à vendre de fringues ou de cosmétiques (il n'y a d'ailleurs que 2 ou 3 pages de publicité réservées à de petits créateurs) et ne promeut aucun stéréotype de genre. Il ne milite pas non plus contre quoi que ce soit: il se contente de s'intéresser à des sujets aussi décalés qu'anodins, sans importance réelle mais non dénués d'intérêt humain et souvent riches en poésie. Sa fantaisie n'est pas visuelle mais intellectuelle. Bizarro-contemplatif, il devrait beaucoup plaire aux fans de Miranda July. En tout cas, il a suffisamment excité ma curiosité pour que je m'abonne aussitôt. Si jamais vous voulez en faire autant, vous pouvez obtenir une réduction de £2 en passant par ce lien. Besoin d'un peu plus que cet article pour vous faire une opinion? Oh Comely tient aussi un très chouette blog (dans lequel, curieusement, on retrouve beaucoup plus de rubriques "classiques" que dans le magazine lui-même). 









dimanche 23 novembre 2014

Le dimanche londonien qu'on consacre à des activités vaguement culturelles




Plaisir largement sous-estimé: traîner au lit, blottis l'un contre l'autre sous une couette douillette, pendant que la pluie tambourine à la vitre d'une chambre d'hôtel spartiate et que dehors, le ciel n'a même plus de couleur. C'est l'effet magique "Bisou Pixie". Puisque la météo nous fait la tronche, exceptionnellement, je vais mettre du sirop d'érable sur les pancakes de mon all-american breakfast. "That was quick", constate la serveuse en récupérant nos assiettes vides - elle nous a pris pour des mangeurs amateurs ou quoi? Je bénis le génie qui a eu la bonne idée de faire sortir les souterrains de la station South Kensington directement dans le musée Victoria & Albert. Quand Chouchou m'a dit qu'il voulait voir une expo intitulée "Disobedient objects", j'ai imaginé un truc un peu délirant à base d'objets du quotidien qui pètent les plombs et font le contraire de ce qu'on attend d'eux. En réalité, le thème est celui de la protestation sociale et de ses instruments physiques - les objets de la désobéissance plutôt que les objets désobéissants, donc, ne peut s'empêcher de critiquer la traductrice en moi. La carte qui matérialise à l'aide de points lumineux l'évolution des foyers de soulèvement dans le monde depuis les années 70 (à l'époque: une douzaine chaque mois; aujourd'hui: toute la planète brille comme un sapin de Noël) glace le sang et donne espoir en même temps. Face à la pire des oppressions, les gens finissent toujours par trouver un moyen de se rebeller, quel que soit le prix à payer. Et certains de ces moyens sont extrêmement imaginatifs, voire étonnamment poétiques. Par contre, j'ai besoin de théine en urgence pour chasser un vilain début de migraine. A la cafétéria prise d'assaut, on me sert un thé bouillant et trop infusé. Du moins les gobelets à emporter sont-ils ravissants (bien que tout à fait inutiles, puisqu'il est interdit de sortir de la salle avec). Il nous reste deux heures à tuer, et le musée d'histoire naturelle voisin nous tente avec son aile consacrée aux dinosaures. Longue file d'attente dans le froid et sous une pluie battante: il faut vraiment être motivés. Et prêts à affronter l'armada des parents munis de poussettes grosses comme des chariots de supermarché, avec lesquelles ils n'ont aucun scrupule à défoncer les chevilles des gens qui se trouvent devant eux. J'en balancerais bien quelques-uns au T-Rex, pour l'exemple. Obligés de finir la visite au pas de course, mais de toute façon, la salle de la baleine bleue est trop chargée et pas vraiment photogénique. Le Wasabi local est bondé: tant pis, repassons à l'hostel chercher nos bagages et mettons directement le cap sur King's Cross/St. Pancras: nous mangerons là-bas. Le rayon bouffe à emporter de M&S rivalise très bien avec un Exki - je dois juste me retenir d'embarquer des shortbreads et des scones en plus de notre repas du soir. Mes boots de moto qui avaient franchi le portique de sécurité sans problème à l'aller le font sonner au retour: pourquoi? Aller me ravitailler en lecture chez W.H. Smith en laissant Chouchou installé sur un banc avec les bagages; à mon retour, le banc est vide, et je fais trois fois le tour du terminal en proie à une panique grandissante jusqu'à ce que je retrouve Chouchou posé un peu plus loin sur un siège plus confortable qui s'est libéré entretemps. Je vais être contente de dormir dans mon propre lit ce soir. 

samedi 22 novembre 2014

Le samedi où les renards et les chats de Londres rattrapent un peu le coup



Mal et peu dormi cette nuit. On nous avait dit que le petit-déj' était servi jusqu'à midi: on avait juste négligé de nous prévenir qu'à partir de 9h, le buffet n'était plus rechargé, et à 9h20, il ne reste plus que deux tranches d'épaule anémiques épaisses comme du RizLaCroix, plus des mini-barquettes de margarine et du Lipton jaune. Y'a pas à dire: le choix de cet hostel était super inspiré. Quand je passe au Boots voisin où une commande faite hier est censée m'attendre, la vendeuse met tellement de temps à la trouver que je crains que la série noire d'hier ne soit vouée à se poursuivre aujourd'hui, mais finalement, je récupère bel et bien mon pot de body soufflé au pamplemousse de chez Origins - alléluia! Première géocache du séjour (une nano magnétique sans grand intérêt) sur le chemin de Brick Lane. Dès l'ouverture, pas mal de monde à la Renegade Craft Fair. C'est grand, c'est lumineux, et il y a une pléthore d'exposants même si je déplore une certaine uniformité dans les styles. Je craque pour une assiette illustrée d'un renard masqué et de la mention "Bandit biscuit", un petit mug orné d'une machine à écrire et un tote bag sur lequel un chat suprêmement mécontent assène un simple "No" - parce que, selon Chouchou, "c'est tout à fait toi". Je ne sais pas comment je dois le prendre. J'aurais bien embarqué cette magnifique poupée renard, mais à £120, elle sort un peu de mon budget! Je résiste aussi à divers colliers et broches, ainsi qu'à diverses cartes en letterpress. En sortant, nous traînons dans Spitalfields, ancien quartier industriel en voie rapide de boboïsation. Beaucoup de street art très sympa dans le coin. Au marché couvert, je me laisse tenter par deux petites robes en pur synthétique mais à joli imprimé et prix riquiqui, tandis que Chouchou se met torsepoil sur un autre stand pour essayer des T-shirts de monstres qui lui vont terriblement bien. Nous déjeunons tardivement dans un diner du nom fort à propos de The Diner, où je me régale d'un burger végétarien halloumi-poivrons rouges grillés-avocat-pesto et reste un peu perplexe devant mon hard tea à base de vodka, de purée de cerises et de thé aux fruits rouges. Cap sur Oxford Circus et descente habituelle vers Liberty's. OH MON DIEU, ils vont redonner "Cats" à partir du 6 décembre au théâtre d'Argyll Street! J'aime beaucoup les lumières de Carnaby Street, surtout la tête de Père Noël moustachu. Si les Irregular Choice n'étaient pas si inconfortables, j'aurais adoré m'offrir ces escarpins à talon licorne. Avec ses balustrades festonnées de guirlandes lumineuses, Kingly Court prend des allures féériques - dommage que le salon de thé Camellia's où nous avions passé un si bon moment l'an dernier soit pris d'assaut. Deuxième géocache du jour remportée grâce à la technique du "roulons-nous une galoche sauvage pour que les Muggles gênés détournent le regard et ne se rendent pas compte que Chouchou farfouille en hauteur afin de s'emparer du container". Troisième géocache impossible à trouver dans l'obscurité déjà bien installée. Début de mal aux pieds; un thé quand même chez Camellia's, mais dehors où j'ai froid et où rien n'invite à s'attarder; pipi dans les toilettes voisines où je choisis un box sans papier et demande à l'occupante du box voisin si elle veut bien m'en faire passer sous la cloison mitoyenne; visite infructueuse chez Hamley's; quatrième géocache impossible à trouver pour la même raison que la précédente. Vers 19h, nous atterrissons dans un boui-boui de Chinatown recommandé par Yelp. Je me laisse tenter par un canard rôti à la pékinoise, délicieux sur le moment, et qui me file envie de vomir dix minutes après la dernière bouchée avalée. Je dois me faire une raison: le soir, je ne peux plus avaler ni sucre, ni gras. Mon tour de taille se réjouit d'avance, mais mes papilles sont en deuil. Un Coca tiède sans glace ni gobelet, que Chouchou descend me chercher au bar de l'hostel après notre retour, a raison de ma nausée. J'espère arriver à faire une vraie nuit cette fois...

vendredi 21 novembre 2014

Le vendredi où Londres se montre exceptionnellement hostile envers nous



L'Eurostar a eu presque une heure de retard à l'arrivée (le "presque" est important, puisque grâce à lui, nous ne serons pas dédommagés). Le système de check-in de notre hostel était en rade quand nous sommes arrivés à midi dans le quartier excentré et déprimant de Shepherd's Bush. Nous avons dû laisser nos bagages dans une consigne payante en panne d'encre, qui nous a sorti un ticket vierge au lieu du code-barre nécessaire pour rouvrir notre casier. La salle commune en sous-sol étant vraiment trop déprimante, nous nous sommes réfugiés dans un café voisin pour avoir du wifi et chercher où aller ensuite. J'y ai bu un thé vert hors de prix et parfaitement dégueulasse. A la sortie, il s'est mis à pleuvoir, et bien sûr, avec toutes ces contrariétés, j'avais oublié mon parapluie dans ma valise désormais inaccessible. Nous avons remonté Neal Street en quête de trois magasins: Origins a disparu, Yumi aussi, l'ex-Collectif vend désormais essentiellement d'horribles combinaisons en nylon vintage à £1. A 15h, la nuit commençait à tomber; j'avais emporté un manteau trop léger et je me caillais sévère. Nous nous sommes prévu une bonne marge pour nous rendre au Milestone Hotel où nous avions réservé pour un afternoon tea, et qui se trouvait exactement à 200m en ligne droite de la station de métro Kensington High Street; moyennant quoi, batterie d'iPhone en rade, nous avons tourné 45 mn dans un quartier désert et, alors que la crise de nerfs menaçait, fini par arriver à bon port échevelés (pour 50% d'entre nous), en nage et en retard d'une demi-heure sur notre réservation. Nous finissions nos finger sandwiches quand deux hommes d'affaires français ex-HEC accompagnés de leurs trophy wives sont venus s'installer sur le canapé voisin et ont commencé à discuter de New York qu'ils adorent, de Miami et San Francisco où ils ont des succursales, de la France où ce n'est vraiment plus possible d'entreprendre, du monde qui est heureusement devenu un village, et du Hyatt où ils descendent habituellement quand ils sont à Londres. Un pianiste a débarqué, je me suis crue sauvée: c'était jusqu'à ce qu'il attaque une version jazzy de "Everybody's gotta learn sometimes" en chantant d'une voix chevrotante. On a demandé l'addition, et j'ai été prise de mal au coeur, mais sans trop savoir si c'était à cause du montant ahurissant une fois le service ajouté et le total converti en euros, ou du sucre et du gras que je venais de m'enfiler (2 bouchées pâtissières et demie + 1 scone clotted cream/confiture, apparemment, c'est désormais trop pour mon système digestif). Quand nous avons voulu regagner l'hôtel, les deux lignes de métro qui passaient par Kensington Hight Street étaient arrêtées pour une raison inconnue. Nous avons cherché une <s>alternative</s> autre solution et opté pour le bus 49. Qui nous a démarré sous le nez à l'arrêt le plus proche. Enfin arrivés à l'hôtel, nous avons poireauté plus de 20 mn dans un pub à la musique débilo-hurlante pendant que le client précédent, qui n'avait pas les moyens de payer sa chambre, essayait d'embrouiller la réceptionniste et refusait de lâcher l'affaire. Tout ça pour le privilège de débarquer dans une chambre à la fenêtre cassée en position ouverte alors qu'il gèle dehors et que nous surplombons un carrefour hyper bruyant. Bref, la seule chose positive que je peux dire sur cette journée, c'est qu'à côté d'elle, demain ne peut être que meilleur!

jeudi 20 novembre 2014

Le jeudi où je lance la ronde de cartes d'anniversaire 2015




Levée de nouveau à 9h, groumpf. (Ca va moins rigoler demain: je dois être à la gare du Midi à 8h20.) Comme souvent en début de traduction, quand la pression de la deadline est encore anecdotique, je me laisse détourner du droit chemin par mille tâches ni urgentes ni indispensables, mais dont j'ai très envie de m'occuper LA MAINTENANT TOUT DE SUITE. Par exemple, finaliser et envoyer les listes des 2 groupes pour mon projet-plus-si-secret (une ronde de cartes d'anniversaire qui s'étalera sur tout 2015). Ou préparer la valise pour le week-end à Londres. Comment ça, je n'ai plus qu'un seul collant rouge, et il est dans le panier à linge sale? Mais ça fout toute ma garde-robe capsule en l'air, ça! Envoyer trois mails de boulot, histoire d'avoir eu l'impression de bosser un peu quand même aujourd'hui. Un gentil livreur de chez UPS m'apporte mes nouvelles Chie Mihara: elles me vont bien et semblent très confortables, mais le vert bronze est beaucoup moins vibrant en vrai que sur la photo, ce qui me déçoit un peu... jusqu'à ce que je les approche de la fenêtre. Mmmh. Des chaussures d'hiver hors de prix dont la beauté ne se révèle que sous une lumière naturelle forte, est-ce une bonne idée quand on passe autant de temps en Belgique? Je me laisse jusqu'à lundi pour décider si je les renvoie ou non. La super bonne nouvelle de la journée, c'est que la BBC a produit une mini-série adaptée de "Jonathan Strange & Mr. Norrell", un de mes romans de fantasy préférés de tous les temps. J'ai trouvé la tablette idéale pour préparer du chocolat chaud: c'est le Côte d'Or Fondant. Leo Babauta, un des "maîtres" du courant minimaliste aux USA, vient de lancer un Kickstarter pour son prochain livre: please, take my money. Le responsable du Quarantine Live Escape Game, que j'avais rencontré cet été à un arrêt de bus, me propose de tester son jeu gratuitement avec mon équipe avant l'ouverture officielle de sa salle. Rien d'intéressant ce soir sur TakeEatEasy; revenons aux basiques et commandons un pad thai au Tom Yam - avec un assortiment d'entrées, pour le plaisir de se disputer le mini-pot de sauce aux cacahuètes devant la télé. "Chouchou, je voudrais bien que tu rajoutes tes affaires dans la valise pour que je puisse la boucler." "Ca coûtera un bisou." "Dans tes rêves. Si tu ne mets pas tes affaires dans la valise, je pars toute seule et puis voilà!" "La réservation de l'hôtel est sur ma carte Bancontact." "Ouais, et j'ai ta deuxième carte Bancontact, plus le code secret, plus l'adresse de Liberty's." "...OK, je me dépêche."

Comment partager les belles choses?




Le mois dernier, j'ai dîné avec ma plus vieille amie, que je n'avais pas vue depuis 8 ans. Nous ne nous étions guère donné de nouvelles pendant cette période, et il a fallu faire une séance de rattrapage. De son côté: sa mère a eu la maladie de Lyme, son mec roadie galère de plus en plus pour trouver du boulot, elle-même qui est professeur de salsa à mi-temps craint de devoir fermer son association l'an prochain faute d'élèves, et la marraine de sa fille cadette a un cancer généralisé. Du mien: le crabe a emporté une de mes grandes amies en 2008 et mon père il y a 2 ans, j'ai dû me faire soigner pour des attaques de panique et me débats encore beaucoup avec mes angoisses irrationnelles, le secteur de l'édition va mal et je ne sais pas combien de temps je pourrai continuer à exercer mon métier. 

On était dans un resto très chouette, contentes comme tout de se revoir et... la conversation était parfaitement déprimante, une avalanche de mauvaises nouvelles. Pourtant, mon amie a deux filles qu'elle adore et s'épanouit complètement dans sa vie de famille; de mon côté, si ces dernières années ont été parmi les plus rudes de mon existence sur certains plans, elles ont aussi, paradoxalement, été les plus heureuses, avec beaucoup de jolis voyages, une chouette relation de couple, plein de temps libre pour mes loisirs et un début de sérénité conquis de haute lutte. Alors, pourquoi ne pas avoir parlé des choses qui allaient bien plutôt que de nos malheurs et de nos craintes pour l'avenir? Pourquoi ne pas nous être focalisées sur le positif, largement prioritaire pour elle comme pour moi si on creuse un tout petit peu? 

Si j'évoque ce dîner en particulier, c'est parce que c'était une occasion spéciale et que cela a rendu le déséquilibre encore plus flagrant. Mais au quotidien, c'est un peu la même chose: bien que je collectionne les petits bonheurs, je communique plus facilement sur mes contrariétés et mes peurs. Je ne me considère pas du tout comme quelqu'un de morose, et je suis une fervente adepte du positivisme. Pourtant, j'ai toujours plus de mal à parler de ce qui va bien. Un peu par superstition, comme si une partie de moi pensait que clamer son bonheur, c'était provoquer le destin et inviter les catastrophes (ce qui est totalement idiot, j'en ai bien conscience). Un peu par crainte d'être perçue comme vantarde ou manquant de tact si je m'adresse à des gens moins chanceux que moi. Alors que quand je vais mal et qu'une copine m'annonce une bonne nouvelle la concernant, ça ne me rend pas jalouse ni déprimée, au contraire: ça me change les idées, et ça me redonne espoir que pour moi aussi, les choses finiront par s'arranger. 

Malgré ça, et bien que la diplomatie ne soit décidément pas ma qualité première, j'hésite à me réjouir trop ouvertement de ma bonne fortune. Je dis souvent que j'en suis consciente et reconnaissante, mais je m'attarde beaucoup moins là-dessus que sur les mille et unes raisons de rouspéter qui se présentent chaque jour. Par exemple, hors internet, je ne parle pas tellement de mes voyages qui sont pourtant une de mes plus grandes sources de bonheur, parce que je me rends compte que tout le monde n'a pas les moyens ou la possibilité de bouger autant et que je n'ai pas envie de passer pour une pétasse trop gâtée. Je crains qu'au lieu de leur faire partager mon enthousiasme pour telle ou telle ville, l'évocation de mes souvenirs ne réussisse qu'à agacer mes interlocuteurs. 

Et il me semble que tout le monde ou presque fait la même chose. Que nous partageons beaucoup plus facilement le négatif que le positif, que nous passons bien plus de temps à en discuter et à tisser des liens autour de nos malheurs petits ou grands que de n'importe quoi d'autre. On dit que les gens heureux n'ont pas d'histoire; peut-être, simplement, que rien dans notre société ne les encourage à la partager. Alors que notre monde ne s'est jamais porté aussi bien (si, si, j'ai parfois du mal à m'en convaincre, mais c'est la réalité objective), l'accent mis par les médias sur les actualités anxiogènes nous pousse à devenir de plus en plus pessimistes quant à notre avenir. Dans ces conditions, comment ne pas craindre d'être indécent en avouant qu'on va plutôt bien, voire très bien, ou qu'il vient de nous arriver un truc absolument génial? Comment ne pas penser qu'on va donner à tout notre entourage l'envie de nous faire taire à coups de pelle sur la tête? Alors que ça ne serait probablement pas le cas (ou alors, il faut changer d'entourage: celui-là est tout pourri). 

Bref: comment cultiver un discours positif sans passer pour le ravi de la crèche ou une personne insupportablement bouffie d'auto-satisfaction? 

La photo, c'est parce que ce week-end, je vais à Londres et que ça me remplit de joie, mais chut! Je n'ose pas le dire trop fort.

mercredi 19 novembre 2014

Le mercredi de la meilleure happy hour du monde




Debout à 8h45, on va dire qu'on progresse. Nous sommes entrés dans la saison où j'ai envie de faire l'amour au radiateur du couloir chaque fois que je passe devant (= souvent, vu qu'il est sur le chemin des toilettes et que j'écluse plusieurs litres de thé par jour). J'ai l'impression d'être en train de massacrer la VO. Généralement, dans ces cas-là, je m'aperçois à la relecture que ce que j'ai fait tient assez bien la route, mais pour l'instant, ma fierté professionnelle n'en mène pas large. En quelques pages, je viens de doubler mes connaissances (il est vrai assez maigres) sur la géographie turque. Comme il ne restait pas assez de risotto aux asperges pour deux, Chouchou me l'a laissé; comme je ne trouverais pas ça juste de le manger seule, nous nous le partagerons ce soir avec une soupe. J'aurais aimé avoir un demi-rayon de soleil pour photographier mon DIY, mais tant pis, je ferai sans. "Je viens de mettre une tarte dans le four et du vernis sur mes pieds." "C'est mieux que l'inverse." "Oui c'est sûr que mes pieds au four et du vernis sur la tarte, ça aurait été moins bien." "Ah non, je pensais plutôt à tes pieds dans la tarte et le vernis au four." Pendant que mes copines se font des costumes historiques de folie, moi, je peine à recoudre le bouton qui est tombé de mon joli manteau kaki hier: - dans la vie, y'a les douées, et y'a les autres. Aujourd'hui, c'est baptême saisonnier de pull en cachemire - et si j'avais su, j'aurais pris des gants en plus. Blottie sur le canapé rétro du Berger, je bouquine un roman jeunesse steampunk en faisant du headbanging sur une compile de Nirvana jusqu'à ce que Gasparde et Melle Mars me rejoignent. Nous sommes en train de papoter depuis une heure lorsque M1 entre dans le bar. C'est son anniversaire, et elle est venue boire un cocktail avec sa chérie. Nous les invitons à s'asseoir avec nous. Bientôt, le gentil serveur italien à la barbe bouclée nous annonce que le mercredi soir entre 19h et 20h30, c'est happy hour; tous les gens qui ont commandé une boisson alcoolisée ont accès à un buffet apéro gratuit: charcuterie, fromage, bruschetta, pâtes... Ca tombe bien, j'ai deux (délicieux) Cosmopolitan à éponger. Nous passons un moment très joyeux toutes les cinq, et d'autant plus agréable qu'il est totalement improvisé. J'ai déjà dit à quel point je kiffais le bar de l'Hôtel Le Berger? Et aussi, rentrer à pied dans les rues de Bruxelles alors qu'il fait déjà nuit et un peu froid, mais que l'alcool et l'amitié me tiennent chaud de l'intérieur. Tout ça est TRES MAUVAIS pour ma réputation d'ourse féroce. Quand j'arrive à la maison, Chouchou est rentré du sport et s'est fait un shake de protéines (miam) (ou pas): finalement, le reste de risotto, ce sera pour demain!

DIY: le transfert de photo sur textile


Dans ma To Do List d'automne, il y avait "Réaliser un ouvrage dans un tambour à broder". Je voulais faire quelque chose avec un message inspirant - spécifiquement, une citation anti-angoisse brodée sur du tissu. En fond, j'ai d'abord envisagé un motif à base de feutrine et de laine cardée, avant de me décider plutôt pour un transfert d'image en noir et blanc. J'ai donc commencé par chercher une photo qui me semblait en rapport avec le thème (et comme souvent, je l'ai trouvée sur We Heart It sans pouvoir remonter jusqu'à sa source). Puis j'ai suivi le tutoriel publié par "A beautiful mess" il y a quelques mois, et dont je vais retracer ici le principe en français pour les non-anglophones. 




Matériel:
- Une image découpée dans un magazine ou imprimée à la maison
- Un morceau de coton blanc pas trop fin
- Un pot de gel medium de la texture la plus fine que vous pourrez trouver (le mien est de la marque Golden et a été acheté chez Schleiper Be Creative à Bruxelles)
- Un pinceau plat en acrylique
- Un vaporisateur d'eau 
- Des ciseaux
- Un tapis de loisirs créatifs, ou juste un grand bout de plastique, pour protéger votre surface de travail

Le principe: enduire généreusement le côté face de la photo avec du gel medium; la retourner et l'appliquer sur le tissu en appuyant bien et en lissant avec le plat de la main. Poser un gros bouquin dessus et attendre au moins 3h. Puis vaporiser de l'eau sur le côté pile de la photo, et avec l'ongle du pouce, gratter très délicatement le papier pour l'enlever tout en laissant la couche de gel imprimée sur le tissu. 

Mon premier essai a été assez catastrophique: j'ai voulu travailler sur une image de format A4, que le gel a fait gondoler atrocement. Et au moment de gratter le papier, j'y suis allée un peu trop fort, et des bouts d'image sont partis avec. Poubelle. J'ai recommencé avec une image bien plus petite (du A6, environ), et là, j'ai obtenu un transfert assez satisfaisant. Pas uniforme et pas assez marqué par endroits à mon goût, mais plutôt sympa avec les traces verdâtres laissées par l'encre noire. Malheureusement, il manquait 2 ou 3 millimètres de chaque côté pour le tambour dans lequel je voulais la mettre. J'ai recommencé en l'imprimant un tout petit peu plus large: nouveau caca au grattage. A la quatrième tentative, j'ai obtenu un résultat potable - moins bien que celui de l'essai n°2, mais plus net et de dimensions correctes.


Echantillons n°4 et 2, respectivement. 


J'ai laissé sécher, puis je me suis attelée à retranscrire mon message. J'ai commencé par l'écrire à main levée sur l'image avec un crayon HB bien taillé (un peu par flemme de reporter des caractères d'imprimerie, un peu parce que c'était plus personnel). Puis, comme le tissu enduit de gel possède une texture quelque peu amidonnée, j'ai piqué toutes les lettres par-devant avec une aiguille histoire de faire des "pré-trous". Ensuite, j'ai brodé au point arrière avec deux brins de fil DMC rose. Et voilà le résultat!





Le gag, c'est que même sur l'échantillon n°4, ma broderie était trop à droite, et du coup, mon ouvrage ne rentrait pas dans mon tambour à broder ovale qui mangeait la fin des mots. Au final, je me suis donc contentée d'un bête cadre noir dégoté chez Hema. 


(Pardon pour le manque de lumière, si j'attendais d'avoir de quoi faire une photo potable, je risquais de ne pas publier ce DIY avant le printemps!)


mardi 18 novembre 2014

Le mardi où j'ai droit à une jolie surprise nommée Mmarie




Extinction des feux à minuit hier, réveil à 9h ce matin, et c'est comme ça à peu près tous les jours: il va falloir m'atteler à raccourcir un peu ces nuits de mémé loir. Je ne suis pas contente de ma scène d'accident de voiture; il faudra que je reprenne ça phrase par phrase à la relecture. Accessoirement, je vais avoir besoin de l'adresse mail de l'auteure pour qu'elle m'explique ce qu'elle a voulu dire par certaines tournures sujettes à interprétation (cavern-skinned?). Vendredi, je me suis dépêchée de finir ma traduction précédente et d'envoyer à l'éditrice... le texte original. Bien joué. Je suis un peu en-dessous du nombre de feuillets français estimé, mais on va quand même me payer ce dernier; bien que la différence ne soit pas énorme, j'apprécie beaucoup. Puisque finalement, mon paquet du swap papeterie ne partira pas à Okinawa mais à Paris, je peux le charger plus que prévu: complétons donc nos achats chez Hema, puis chez Dille & Kamille. Bonne nouvelle, Lush reprend toujours les pots noirs vides et lavés. En échange des 5 que j'ai retrouvés au fond de mon placard de salle de bain (où ils moisissaient depuis plusieurs années...), j'obtiens un masque frais "Cereal killer". Ce Bisounours bleu de mauvais poil avec un nuage sur le ventre, qui s'appelle Grumpy Bear en VO, c'est tout à fait moi. J'avais prévu de lire devant un thé et un scone au God Save The Cream; finalement, je papoterai avec Mmarie (rencontrée là tout à fait par hasard) devant un thé et un Lemon curd (car les scones, c'est seulement le samedi). Parfois, les journées réservent de jolies surprises! Chouchou fait un risotto merveilleux, je crois que je vais le garder (Chouchou, pas le risotto dont l'espérance de vie une fois cuit dépasse à peine celle d'une boule de neige sur une plage tahitienne). Est-il vraiment trop tôt pour commencer à rédiger mes cartes de voeux? On parle peu du réflexe de survie de la peluche de nombril, pourtant l'évidence est là: depuis que Chouchou a beaucoup maigri, les siennes, ayant moins de profondeur à disposition, se planquent désormais dans le pli du haut.

lundi 17 novembre 2014

Le lundi où je commence la traduction du nouveau Claire North




Cette nuit: l'Homme-ce-chacal-jaune a reconnu tous ses torts envers moi (oui, il me trompait les derniers mois; oui, il a été lâche et de mauvaise foi; oui, il a déconné sur notre rupture de Pacs); je suis allée au cinéma en oubliant mon porte-monnaie, mais heureusement, Autre Moi et Junior avaient installé un buffet de folie dans le hall - les lasagnes végétariennes de Môman, en particulier, avaient l'air hyper bonnes; je me suis baladée à Ste-Catherine avec un flingue en plastique à la main, et fait courser par des méchants qui l'avaient pris pour un vrai - du coup, j'ai essayé de le planquer dans un tiroir de la commode de ma chambre de jeune fille; d'une vieille 2-chevaux, Legolas (le mien, pas celui de Tolkien) a fait sortir deux mini-licornes vivantes mais démontables dont j'ai caressé le ventre tout doux sur la pelouse d'un immeuble. Aujourd'hui, pas de photo anti-lundi sur ma page Facebook: je suis trop ravie d'entamer la traduction du nouveau roman de Claire North. Et par une chouette coïncidence, on annonce ce matin que "Les quinze premières vies d'Harry August" est nominé pour le prix ActuSF Uchronie 2014, je suis joie! Première phrase du premier chapitre, première difficulté - comme ça, je suis tout de suite dans le bain. Tiens, on dirait que l'histoire débute à Istanbul, et que l'auteure kiffe la ville à peu près autant que moi (= pas). Ouh là, les alternances passé simple/présent dans le même temps de narration vont me donner du fil à retordre. Non, Chouchou, je n'ai pas marmonné "western des poules", mais "holster d'épaule". Mes 4 bouquins sont arrivés; me voilà confrontée à un choix difficile: par lequel commencer? Ce sera le troisième tome des "Carnets de Cerise", dévoré vite fait pendant ma pause de midi et aussi charmant que les précédents. Si tout va bien, je me le ferai dédicacer le 12 décembre par Aurélie Neyret. Hop hop hop, on se remet au boulot dans la joie et la bonne humeur. Rhâ, ces descriptions au vitriol, ces phrases d'une longueur à perdre haleine, ces circonvolutions stylistiques, ces formulations percutantes en anglais qui ne passent pas du tout en français - je vais souffrir, mais dans le bon sens du terme. Pour fêter ça, et si je trempais un croissant dans un vrai chocolat chaud? Las: toutes les boulangeries du quartier sont fermées. Petites courses d'appoint au Carrefour Market - le niveau du panier à rouleaux de PQ est au plus bas. Je n'attends plus que 5 réponses, mais si je m'écoutais, je bouclerais les inscriptions au projet secret tout de suite tellement je suis impatiente de distribuer les listes. Puisque j'ai un Riesling potable sous la main, autant en ajouter dans le jus de cuisson de ma potée. Je sais que j'ai un gros souci de représentation des objets dans l'espace, mais le taureau, là, je ne comprends pas comment il se déplace pour aller écrabouiller les coquelicots. Dansons assis sur la BO de "Pulp fiction" pour oublier que le film a déjà 20 ans et qu'on est vieux. Plus que quatre dodos avant Londres, youhou!

dimanche 16 novembre 2014

Le dimanche où je suis suspendue à ma boîte mail




Beaucoup toussé et pas bien dormi cette nuit. Ca doit faire deux mois que je ne me suis pas pesée, je crains le pire. Ah ben non, je fais toujours le même poids à 200 g près. Pour fêter ça: un chocolat chaud au petit-déj! Et si je commençais à préparer un peu ce week-end à Londres? R.I.P. petite bougie Nature & Découverte à l'odeur de pluie; ta soeur à l'odeur d'herbe coupée ne te survivra pas longtemps. Il reste juste assez de topinambours pour refaire une tarte avec de la pomme et du chèvre frais. Armée d'une tasse de Pi Lo Chun, surfer un peu sur les sites de scrapbooking où je n'ai pas mis le curseur depuis des années, histoire de chercher des idées pour mon projet hybride art journal/agenda 2015 - mais décider finalement de taper dans mes stocks de l'époque au lieu de racheter de nouvelles fournitures. 15h et il fait déjà nuit, super... Un petit afterwork cocktail en milieu de semaine, les filles? Commencer à dresser 2 listes pour le projet secret, en se demandant s'il ne faudra pas en faire 3 (tout dépendra des réponses en attente) (impatiente, moi? pas du tout). Désoeuvrée en l'absence de Chouchou parti cultiver sa splendide musculature, je me lance dans une vidéo d'exercices de power yoga entre mon lit et ma penderie. Au moins, je n'aurai pas volé cette douche tardive. Non, il n'est pas trop tôt pour entamer une Winter To Do List. "Cloud Atlas" et ses six histoires entremêlées, en livre, je pense que j'aurais bien aimé; en film, je suis totalement paumée la première heure, et le temps que je pige quelque chose, je commence à trouver le temps long. Mais indubitablement, c'es un tour de force cinématographique. Et puis ça laisse le temps de se faire plein de bisous sur le canapé. Je suis déjà en train d'essuyer la vaisselle avec les moustaches, Chouchou, mais si tu veux te sécher les mains, tu peux prendre le T-Rex. Allez, au dodo: demain, je veux être en pleine forme pour attaquer la traduction du nouveau roman de Claire North!

samedi 15 novembre 2014

Le samedi où les pangolins prennent cher




Réveillée en sursaut par une vidéo hurlante sur l'iPhone de Chouchou; j'ai, par ordre décroissant d'intensité, mal à la gorge, au ventre et à la tête; notre lave-vaisselle est visiblement en train de défunter; et en plus, il fait un bon gros temps de merde. Je suis à peine levée que déjà, j'ai envie de tuer un bébé pangolin. Aux grands maux les grands remèdes: une longue douche chaude full options, puis un You Zi Hua Cha accompagné d'une part de tarte pomme/groseille maison. Le Quarantine Live Escape Game est réservé pour le 21 décembre; j'ai hâte, d'autant que ça semble très différent de Hint Hunt niveau ambiance. Encore une réponse positive pour mon projet secret: nous sommes désormais 27; j'ai eu un seul refus et j'attends encore 7 réponses. Gérer les contacts et les groupes sur Outlook, c'est vraiment un bordel sans nom. A peine sortie de la maison, je pose le pied sur un énorme pavé descellé et fais jaillir une gerbe d'eau sale qui me coule droit dans les boots. Aujourd'hui, nous ne sommes que 3 au cours de yoga, c'est assez peinard. Chouchou refusant de se déshabiller dans un magasin de sport pouilleux (= celui où moi j'achète mes affaires), nous voilà partis vers le Go Sport du Woluwé Shopping Center, chez les riches. Newsflash: il n'y a PAS de Go Sport au Woluwé Shopping Center. Garçon, un deuxième bébé pangolin! Exki n'a plus la soupe que j'aime et sur laquelle je comptais pour faire un déjeuner léger; ce sera donc tartiflette + couscous végétarien (quoi?). Chouchou finit par acheter ses T-shirts de vélo dans un InterSport chichement approvisionné, et nous rentrons à la maison au moment pile où le ciel se dégage. Amazon me maile pour m'informer que ce matin, bPost a tenté de me livrer 4 bouquins et, en mon absence, a laissé un avis de passage. Sauf que d'avis de passage, dans ma boîte, il n'y a point. Selon le site, une nouvelle présentation est programmée, mais quand? Et le livreur daignera-t-il sonner (ou même se fendre d'un avis quelconque, cette fois)? Mystère. Au point où j'en suis, je peux aussi bien appeler ma mère. Qui m'informe qu'elle a donné ses coordonnées bancaires par téléphone à un agent d'Antargaz qui l'appelait pour la faire bénéficier d'un remboursement. En fin de compte, mettez-moi toute la famille Pangolin, grands-parents compris, et un hachoir de boucher avec. Ou bien, je pourrais acheter une paire de Chie Mihara - par exemple, celles-là qui sont vaguement soldées et dans lesquelles il ne reste que ma pointure (si ce n'est pas un signe, ça!). La broderie adoucit les moeurs, mais pique un peu les doigts, surtout quand on utilise un tissu amidonné comme support. Je vais faire le petit et le grand modèle, comme ça, je suis sûre qu'il y en a au moins un des deux qui rentrera dans mon tambour ovale. ...Ou pas. Dans le fond, si la race entière des pangolins disparaît de la surface de la Terre, à qui manquera-t-elle? Ce n'est pas comme si elle pouvait s'occuper du monstrueux tas de vaisselle sale qui est en train de s'accumuler dans mon évier. On va donc partir du principe que ce week-end est bon à jeter (un peu comme la semaine qui l'a précédé, en somme), et tout miser sur le week-end prochain, par exemple en réservant un afternoon tea dans le chouette endroit recommandé par Claudia. Et puis aller se coucher de bonne heure avec un roman steampunk vaguement prometteur.

vendredi 14 novembre 2014

Ca m'énerve


 


Les gens qui se permettent d'être systématiquement en retard, comme si mon temps était moins précieux que le leur (variante: les services comptables qui font traîner mon paiement alors que je rends toujours mon boulot en temps et heure). 
Les gens qui téléphonent dans le train. En parlant très fort. Et ceux qui écoutent leur musique de merde à fond et en font profiter tout le wagon. 
Les gens qui se réservent une table d'avance dans un fast-food bondé, alors qu'ils n'ont pas encore leur nourriture et que d'autres gens avec des plateaux pleins ne savent pas où s'asseoir. 
Les gens qui klaxonnent dans les embouteillages comme si leur boucan allait miraculeusement résorber l'excès de circulation. 
Les gens qui veulent à tout prix me convaincre qu'en n'ayant pas d'enfant, je passe à côté de ma vie de fâme. 
Ma mère quand elle me répète pour la millionième fois qu'elle s'inquiète beaucoup des carences que je risque de développer à cause de mon "alimentation déséquilibrée" (ceci, de la part d'une personne qui se nourrit essentiellement de chocolat et de sucre sous toutes ses formes). 
Le facteur des colis qui dépose un avis de passage dans ma boîte sans même sonner avant, alors que je suis chez moi toute la journée. 
Les éditeurs américains qui publient des livres bourrés d'énormes incohérences (surtout quand c'est moi qui dois les traduire. Sérieusement, qu'est devenu le métier de correcteur aux Zuess?)
Les actrices faméliques et/ou botoxées à mort qui donnent une image complètement irréaliste de la féminité (en plus, figer leur visage alors que leur métier consiste à exprimer des émotions? Comprends pas.)
Le marketing genré (très récemment, j'ai reçu une proposition d'un comptoir de thé qui m'offrait de tester ses "tisanes pour femmes". J'aime à croire que le contenu de ma culotte ne détermine pas mes goûts, merci bien.)
La Saint-Valentin et sa débauche d'incitations au pseudo-romantisme formaté.
Les chaînes sur Facebook. 
Les gros 4x4 même pas hybrides en ville. 

mardi 11 novembre 2014

La fin des swaps




Le swap papeterie s'est achevé officiellement le 31 octobre. Ma binôme et moi-même avons d'un commun accord convenu de repousser la date d'envoi de nos paquets à fin novembre: les derniers mois ont été un peu agités de son côté, et moi, je voudrais profiter de mon passage à la Renegade Craft Fair de Londres, dans une dizaine de jours, pour lui trouver une ou deux bricoles faites main. Je vous monterai ce que nous nous sommes mutuellement offert une fois les colis arrivés à bon port. En attendant, je vous annonce que ce swap aura été le dernier organisé par mes soins sur le blog. 

A cela, il y a deux raisons. D'abord, j'en ai ras-le bol des filles qui ne jouent pas le jeu. Celles qui disparaissent dans la nature sans explication (même après plusieurs swaps réussis). Celles qui ne prennent pas la peine de remercier leur binôme. Celles qui méprisent le soin apporté à la confection du colis qu'elles ont reçu, au prétexte que ça ne colle pas pile poil avec leurs goûts. Celles qui, à l'inverse, se payent clairement la tête de leur partenaire en lui envoyant de l'ultra bas de gamme, voire des articles publicitaires sans rapport particulier avec le thème. Elles ne sont pas majoritaires, mais à force, leur manque de respect a fini par me gâcher tout le plaisir que je prenais à orchestrer ces échanges. J'avais déjà fait deux pauses pour des raisons similaires, le temps de digérer ma déconvenue et d'envisager de nouvelles modalités, mais je vois que ça ne sert pas à grand-chose. 

La seconde raison (qui n'a pas grand-chose à voir avec la première...), c'est que l'idée même des swaps me paraît de plus en plus antinomique avec celle de minimalisme ou de déconsommation. J'ai reçu au fil des ans beaucoup de choses très jolies qui m'ont fait plaisir sur le coup, mais dont je ne me suis jamais servi et dont j'ai répugné à me séparer parce qu'il s'agissait de cadeaux. Au final c'était donc du gaspillage - souvent ravissant, toujours très bien intentionné, mais du gaspillage quand même. Je me suis rendu compte à quel point en voyant combien d'objets issus de swaps j'ai éliminés durant le challenge d'octobre. Malgré le plaisir que je prenais à les découvrir chaque mois, j'ai fini par stopper tous mes abonnements à des box thé ou beauté pour les mêmes raisons. Il me semble important de rester cohérente dans ma démarche. Autant qu'à cause des problèmes de fonctionnement interne, c'est pour cela que j'ai décidé d'arrêter l'organisation de swaps.

Je tiens à remercier toutes les participantes qui ont joué le jeu, souvent avec une grande générosité, et contribué à faire de ces échanges un vrai plaisir pendant plusieurs années. Les swaps "Le rose et le noir" prennent fin ici, mais je crois que les amitiés auxquelles ils ont donné naissance leur survivront, et c'est déjà un bilan plus que positif. 

lundi 10 novembre 2014

"The bone clocks"


Eté 1984. Holly Sykes, une adolescente anglaise en fugue, rencontre une étrange vieille femme qui lui demande asile - et accepte sans comprendre à quoi elle s'engage. A compter de ce jour, elle est témoin d'événements violents et inexplicables dont elle ne se souvient pas toujours, et sujette à des flashs de précognition qui ressemblent à des crises d'épilepsie. Malgré elle, Holly est devenue un pion d'une importance capitale dans la guerre que se livrent, en marge de la société humaine, les Horologistes et les Anchorites: deux groupes de quasi-immortels aux origines et aux objectifs opposés...

Difficile de parler de ce roman foisonnant sans gâcher les nombreuses surprises qu'il recèle. "The bone clocks" se compose de six sections qui se focalisent chacune sur un narrateur différent à une époque différente. Après Holly Sykes - le fil rouge de toute l'histoire - en 1984, nous suivons Hugo Lamb, étudiant dénué de conscience qui sera brièvement son amant, en 1991, puis Ed Brubeck, reporter de guerre accro à l'adrénaline avec qui elle a eu une petite fille, en 2004, puis Crispin Hershey, écrivain arrogant et lâche qui deviendra pourtant son ami, entre 2015 et 2020, puis le Dr Iris Fenby qui l'a déjà soignée à deux reprises et sous deux identités différentes, en 2025 alors que se prépare l'affrontement final entre Horologistes et Anchorites, et de nouveau Holly Sykes en 2043, dans un monde ravagé par la pénurie de ressources naturelles et les accidents nucléaires. 

Côté positif, David Mitchell sait donner une voix bien personnelle à chacun de ses narrateurs (parfois, on a même l'impression qu'il se livre à un exercice de style dans le but d'épater le lecteur en lui prouvant l'ampleur de son registre d'écriture). Malgré un clivage un peu caricatural et somme toute discutable, ses deux factions d'immortels sont très intéressantes chacune à sa façon. Et tout au long des presque 600 pages de son roman, j'ai été impatiente de découvrir la suite de l'histoire. Côté négatif, il passe beaucoup trop de temps sur des choses sans intérêt pour l'intrigue principale (la partie d'Ed, par exemple, ne sert strictement à rien...) au détriment de celui qu'il aurait pu consacrer à développer les antécédents, la personnalité et les pouvoirs des Horologistes. Et surtout, sa fin est d'une noirceur absolue, complètement désespérante et tellement en phase avec mes angoisses que sitôt le livre refermé, j'ai été prise d'une violente envie de le jeter par terre pour le piétiner sauvagement. Au final, j'ai trouvé "The bone clocks" passionnant malgré ses défauts, mais si j'étais l'éditrice de David Mitchell, je vous garantis qu'il aurait subi de sérieux remaniements avant publication! 

dimanche 9 novembre 2014

Le week-end où j'échappe à la Brussels Tattoo Convention et joue les fées du logis




Ce matin, pour le petit-déjeuner: bébé panettone déniché hier soir chez Delhaize. Chargeons la voiture Cambio et partons nous débarrasser de la plus grande partie des affaires triées pendant le challenge minimaliste d'octobre. Deux grands sacs de brols dans la Givebox de Berchem-Sainte-Agathe, un moyen sacs de livres et plein de jeux au Pêle-Mêle d'Annesseens, le reste des jeux chez Cash Converters - voilà qui va drôlement dégager les abords du canapé. Pour fêter ça, allons claquer une partie du pécule récupéré chez Les super filles du tram. Arriver en début de service un jour où il fait assez beau pour laisser la porte d'entrée ouverte, c'est le seul moyen de survivre à cette atroce odeur de graillon. La plupart des végétariens disent qu'au fil du temps, la viande leur manque de moins en moins et finit même par les dégoûter; bizarrement, moi, c'est l'inverse. Le graphisme du "Roi des scarabées" me plaît vachement moins que celui de "Mine", mais l'histoire a l'air vraiment chouette, alors je me laisse tenter. Chouchou, même si je t'aime plus que tout au monde, il fait beaucoup trop beau pour que j'aille m'enfermer 5 heures d'affilée dans une manifestation qui m'indiffère royalement - ça ne t'ennuie pas d'aller tout seul à la Brussels Tattoo Convention? Si la polygamie était légale en Suisse, j'épouserais Funambuline et moi aussi, j'aurais des grilled cheese sandwiches façon #Chef le matin au petit-dej'. En descendant chercher du gel medium chez Schleiper, je découvre qu'aujourd'hui il y a -20% sur tout le magasin: groumpf, parce que du coup c'est blindé de monde, mais youpi, parce que ça me permet de m'offrir une bricole un peu chère en vue d'un projet prévu pour 2015.  Chez Kusje comme chez Look 50's, tout me laisse indifférente: je crois que mon mojo du shopping est cassé. Même le rayon collants de chez Veritas ne m'arrache pas le moindre frémissement d'excitation (d'un autre côté, j'ai de quoi tenir au chaud les guiboles d'un mille-pattes pendant une bonne décennie, donc...). Le samedi aussi, le bar de l'hôtel Le Berger est un havre de paix pour qui veut bouquiner tranquille. Tiens, je vais prendre un Cosmopolitan pour changer un peu. En principe, je déteste les scènes de bataille, mais l'affrontement des deux groupes d'immortels poutre du pangolin. Par contre, c'est quoi cette fin über déprimante qui appuie sur tous mes boutons d'angoisse? Chouchou a pris 1400 photos cet après-midi et vu une performeuse burlesque s'enfoncer des clous dans le corps: je pense que j'ai bien fait de la jouer cavalière solitaire. Même moi, qui ai 40 ans passés, pas la télé et aucun intérêt pour les faits divers people, je connais tous les rebondissements de l'affaire Nabilla - et ça me déprime de penser à tout ce que je pourrais stocker de plus utile dans ce coin de mon cerveau. Chouchou, il faut arrêter de mettre 2 bouillons cubes par marmite de soupe: à la fin, on ne sent même plus le goût des légumes, on a l'impression de manger constamment de la soupe de bouillon cube! Velouté de chou-fleur + flan au chocolat, ce soir on fait un repas pour édentés. Vraiment chouette ce film du studio Ghibli qui nous avait échappé jusque là, mais je pense que je vais faire comme avec HIMYM et prétendre que la dernière minute n'a jamais existé. Avec Gasparde, on fait débriefing-book club de "The bone clocks" par message privé sur Facebook, et on est d'accord pour dire qu'on s'est bien fait arnaquer par l'auteur et que ce bouquin nous laisse sur une énorme frustration. D'où sort cet affreux mal de ventre? Vite, ma bouillotte!




Deux oeufs à la coque ne seront pas de trop pour me donner le courage de m'attaquer au ménage de la cuisine et au lessivage fenêtres-murs de notre pièce à vivre: depuis une dizaine de jours, la moisissure est de retour en force dans notre appartement super humide. Heureusement, comme il fait beau, je peux ouvrir en grand pour que ça sèche vite (au lieu de juste créer des plaques de moisissures plus grandes). Pourvu que ma seconde tarte pomme/groseille soit aussi réussie que la première! J'ai besoin d'une photo en noir et blanc susceptible de symboliser l'angoisse, et c'est encore We Heart It qui va me la fournir. Premier test de transfert au gel medium: comme il faut laisser poser "plusieurs heures, voire toute une nuit", je ne verrai le résultat que demain. J'espère qu'il sera bon, car je suis inspirée. Mon velouté de pourpier est riquiqui; je vais le rallonger avec des épinards. Le plaisir tout simple et néanmoins fabuleux d'une douche bien chaude après une journée passée à faire le ménage, la lessive et la cuisine. M1&M2 ont apporté deux livres traduits par M1; du coup, je me permets de leur glisser un de mes exemplaires des "Quinze premières vies d'Harry August".  Je sais qu'on ne choisit pas un vin pour son étiquette, mais franchement, le syrah WhalePod sud-africain avec explications illustrées du langage corporel des baleines est tout à fait délectable. Et Chouchou a produit ses meilleurs burgers de tofu jusqu'ici: goûteux, fermes, un peu grillés en surface et bien cuits à coeur - miam. Au total, dîner léger, savoureux et fini de bonne heure comme il sied aux vieillards que nous sommes. La semaine prochaine est une semaine de bouclage, et elle s'annonce rude!

"Si tu tends l'oreille" ("Mimi wo sumaseba")


Shizuku vit dans la banlieue de Tokyo avec son père bibliothécaire, sa mère qui a repris des études et sa soeur aînée qui fréquente la fac tout en travaillant à mi-temps. En fin de collège, l'adolescente devrait réviser pour ses examens d'entrée au lycée mais préfère passer son temps à dévorer des romans ou adapter des chansons anglaises en japonais pour ses amies. Un jour, elle se rend compte que le nom d'un garçon inconnu figure sur presque toutes les fiches des livres qu'elle emprunte... 

C'est à l'occasion de l'expo sur le studio Ghibli à la galerie Art Ludique que j'ai découvert l'existence de "Si tu tends l'oreille", film passé inaperçu en Europe - probablement parce qu'Hayo Miyazaki n'en est pas le réalisateur, même s'il s'est beaucoup impliqué dans ce projet et que ça se sent. On retrouve ici bon nombre des thèmes chers au maître, aussi bien visuellement que scénaristiquement. Il y a des vues plongeantes magnifiques, des ciels immenses pleins de nuages, des paysages urbains charmants, une scène fantasmagorique qui ressemble à un niveau de Super Mario Galaxy, un gros matou qui se déplace en métro et aime bien faire bisquer les chiens du quartier, une boutique pleine de trésors enchanteurs, une figurine de chat aristocrate à l'histoire romanesque, un vieux réparateur d'horloges qui dispense sa sagesse à l'héroïne, un jeune fabricant de violons qui rêve de faire son apprentissage à Crémone, une métaphore sur le joyau caché dans la pierre brute au coeur de chacun d'entre nous. C'est l'histoire des premiers émois amoureux d'une jeune fille ordinaire, mais aussi et surtout, de la façon dont elle trouve sa voie - et puis aussi, un peu, une ode aux artisans et aux artistes, et à tous ceux qui travaillent dur pour vivre leur passion. Une très jolie surprise tous publics. 







mercredi 5 novembre 2014

Le bien est l'ennemi du mieux




Début 2014, le principal objectif que je me suis fixé consistait à préparer une semi-reconversion en développant deux idées d'activités potentiellement monnayables. J'ai même pris un mois sabbatique en mai pour avoir toute liberté de concrétiser mes projets. 

Résultat: j'ai esquissé un début de plan, et puis plus rien. Aucun passage à l'acte. Paralysie totale. 

C'est un échec retentissant. 

Et je sais très bien à quoi il est dû. 

La dernière fois que j'ai radicalement infléchi ma trajectoire professionnelle, je l'ai fait avec un fusil dans le dos. J'étais tellement malheureuse dans ma première "carrière" que je commençais à nourrir des idées suicidaires. A ce stade, ce n'était pas du courage de sauter dans le vide, mais un réflexe de survie. 

Comme beaucoup de gens, je répugne à quitter ma zone de confort même si on me fait miroiter la magie des possibles de l'autre côté de la barrière. Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras. Je ne me décide à affronter l'inconnu que lorsque le connu cesse d'être douillet et sécurisant pour devenir une source d'ennui, voire de souffrance. 

Et ça marche dans tous les domaines. Je n'ai rompu mes deux relations sérieuses avant Chouchou qu'une fois persuadée que ma vie serait plus belle sans ces personnes que pourtant j'aimais encore, mais avec qui je n'étais décidément pas compatible. Heureusement, d'ailleurs. Il serait assez difficile de construire quoi que ce soit si on était toujours en quête d'un "meilleur" partenaire, incapable de surmonter les passages à vide inévitables dans tous les couples. Le problème, bien entendu, étant de savoir où on place la barre de l'acceptable pour éviter de s'enliser dans une relation nocive. C'est une question délicate, dont la réponse varie d'un individu à l'autre. 

La plupart d'entre nous est programmée pour rechercher des relations durables et un emploi stable. Ceux qui sautent éternellement d'un partenaire à l'autre, d'un boulot à l'autre sont considérés comme des gens immatures. La tendance naturelle de l'être humain, c'est de se fixer petit à petit au lieu d'essayer de réinventer la roue tous les 3 mois dans chaque domaine de sa vie. 

A partir de quand cesse-t-on de se fixer pour s'enkyster? Et surtout, si on est heureux comme ça, à quoi bon essayer de changer? Pour un hypothétique surplus d'accomplissement ou de bonheur? C'est un pari risqué que beaucoup de gens ne sont pas prêts à faire. Moi la belle première. 

Si j'envisage une reconversion partielle, c'est parce que mon secteur professionnel va mal, que le travail y est de plus en plus rare et de moins en moins bien payé. Mais pour l'instant, même si je fais beaucoup plus attention qu'il y a quelques années, j'arrive encore à remplir mon agenda, à payer mes factures et à m'offrir quelques chouettes extras. 

Ca ne durera probablement pas, et en-deçà d'un certain seuil, je serai bien obligée de me bouger. Je le ferai parce que je n'aurai pas le choix, et peut-être qu'il en ressortira quelque chose de si lucratif et/ou de si épanouissant que je me dirai: "Tu as été bien bête de ne pas agir plus tôt!". En attendant... j'apprends à lâcher prise, à devenir un peu moins matérialiste et un peu plus philosophe - des qualités pas inutiles du tout dans l'absolu. 

Je note des idées. Je fais des listes. Je pioche de l'inspiration à droite et à gauche, chez des gens nettement plus audacieux que moi. Je ne devancerai pas l'appel du changement, mais je vais au moins tenter d'être vaguement prête à y répondre le jour où il retentira. 

mardi 4 novembre 2014

Vienne l'hiver




Après un dernier baroud d'honneur ce week-end, l'été indien s'est retiré, laissant la place à un automne convenablement gris, froid et pluvieux. J'ai longtemps détesté la "mauvaise saison": ces 5 mois compris entre la Toussaint et mon anniversaire pendant lesquels le soleil se couche terriblement tôt, emportant avec lui toute mon énergie et jusqu'à mon envie de faire quoi que ce soit de productif.  Cinq mois où  je renonce à toute idée d'élégance - chez moi comme dans la rue - pour me concentrer sur des impératifs de survie thermique. Cinq mois où je souffre du manque de lumière même en journée et ne sors de chez moi que contrainte et forcée. Cinq mois où, à cause du froid et de l'obscurité, mes idées noires sont plus difficiles à tenir en respect. 

Mais au fil des ans, petit à petit, la façon dont j'appréhende l'hiver a évolué. J'ai fini par comprendre qu'au même titre que la nature qui m'entoure, je fonctionne selon des cycles, et que j'ai besoin d'une période annuelle de repli sur moi-même. Une période où le beau temps et les longues journées ne me font pas culpabiliser quand je ne suis pas dehors en train d'en profiter. Une période où je n'ai aucun scrupule à ne prévoir aucune activité pour mes soirées ou mes week-ends, sinon bouquiner au chaud sous la couette. Une période où, au lieu de penser "Pfff, on devient vieux", je savoure les moments passés tranquillement à la maison avec mon amoureux. Une période où, ayant plein de temps pour rêvasser, je laisse mûrir mes réflexions intimes, mes idées créatives et mes projets de voyage. Comme la terre gelée, je reprends des forces en profondeur pour mieux ressortir de ma coquille au printemps. 

Avant, je rêvais d'un été éternel. Aujourd'hui, je me rends compte à quel point chaque saison est précieuse pour elle-même et doit être pleinement savourée dans tout ce qu'elle a à offrir. L'été pour ses mojitos, l'hiver pour ses chocolats chauds. L'été pour les dîners en terrasse, l'hiver pour les plateaux télé devant un bon film.  L'été pour la caresse du soleil sur la peau nue, l'hiver pour les feux de cheminée et les couvertures douillettes. L'été pour la légèreté et l'impression que le bonheur durera toujours, l'hiver pour la méditation et l'acceptation sereine des difficultés de la vie. Nous entrons dans la saison où, plus qu'à n'importe quel autre moment de l'année, chacun se retrouve face à lui-même, à ses faiblesses et à ses zones d'ombre. Les miennes ont cessé de me faire peur. Je suis prête, non pas à affronter l'hiver, mais à me mettre à son diapason. 

lundi 3 novembre 2014

Panthère en été indien




L'été indien se prolongeait encore ce week-end à Bruxelles. Hier, je suis donc allée faire une petite promenade au parc Léopold avec Chouchou pour photographier trois de mes récentes acquisitions mode (pratiquement les seules que j'ai faites depuis 6 mois, et toutes en promo!). 




Pour la robe, j'ai un peu hésité: je ne suis pas fan des imprimés animaux. Mais en gris, je trouvais que les taches panthère passaient assez bien. Et puis j'adorais la coupe, et à £20 au lieu de £49 pour Halloween, je me suis dit que je prenais pas trop de risque! J'aime particulièrement le petit liseré bleu électrique à la taille, que je peux assortir soit avec des collants de la même teinte (dans ce cas, je porte des chaussures noires ou grises) soit avec un collant neutre mais mes babies André comme sur cette séance photo. 





Le collier, c'est celui pour lequel j'ai craqué chez Bird on the wire lors de notre dernier week-end à Paris (mais il semble déjà avoir disparu de leur site internet). 




Le manteau de mi-saison est un craquage de fin de soldes d'été tout à fait imprévu. Original, à la fois léger, chaud et imperméable, il est super agréable à porter et très flatteur pour la silhouette! Sans parler de sa couleur qui change un peu du noir ou même du kaki...





Dernière bonne affaire et excellent investissement, le petit Gwen de Nat & Nin. Je suis hyper fan de la marque et n'achète plus mes sacs que chez eux depuis quelques années. Pour l'automne, j'en voulais un rouge moins grand que les énormes besaces et cabas que j'affectionne d'habitude, mais que je bourre à mort et qui me ruinent donc l'épaule. Là, je suis obligée d'aller à l'essentiel, plus éventuellement un livre de poche pour bouquiner dehors. Un grand format ne rentre pas, et mon iPad non plus, mais je me sens toute légère. Et à moitié prix pendant les derniers 3J des Galeries Lafayette, j'ai vraiment fait une affaire!






Manteau: René Derhy (collection S/S2014)
Robe: modèle Luvella de Louche
Sac: modèle Gwen, coloris Tango, de Nat & Nin
Chaussures: André collection Jeune & Jolie (old)
Collier: Hug a porcupine

Le week-end où le concert d'Etienne Daho éclipse tout le reste (sauf le beau temps)




Comme je ne suis pas à la bourre, on va dire que cet après-midi, je ne travaille pas: les nouvelles professionnelles ont été rudes récemment, et mes nerfs ont besoin de repos. "Les colis doivent pouvoir supporter une chute de 80 cm": mouais, finalement, envoyer une Wii par Kiala, ça ne me paraît pas une très bonne idée. C'est quoi, mon numéro de GSM, Chouchou? Tu ne sais pas si tu as le plus récent? Envoie-moi un texto, pour voir. Non, je ne reçois rien. ...Hum, en même temps, c'est peut-être parce que j'ai allumé mon portable français. Il fait beaucoup trop beau pour rester enfermée à l'appart': je vais plutôt aller m'enfermer chez Exki avec un bouquin et un sponge cake au citron. Ces températures si douces fin octobre, c'est probablement un signe avant-coureur de la fin du monde - raison de plus pour en profiter un max avant l'Apocalypse. Je kiffe mes collants bleu électrique; ça change un peu du rouge. Pour le repas de ce soir, avant de partir de bonne heure au Cirque Royal, j'ai le choix entre préparer un gratin de chou-fleur ou acheter un truc tout prêt. Mamma Roma, here I come! Ouf, je vais pouvoir avancer d'un ou deux mois une trad dont le texte est déjà prêt pour m'éviter une période de chômage technique en janvier-février suivie d'une période de noyade quand 3 autres bouquins pas encore écrits vont tomber en même temps. Avoir avec Chouchou un long débat très animé sur le bruit que fait un ressort: j'affirme "dzoing", Chouchou vote "gao" (mais il est belge). Hé, toi qui fais la première partie du concert: les années 80 ont appelé, elles veulent récupérer leurs synthés. Echanger des textos avec eBry et Sophie-Grosquick depuis les gradins: "T'es où, toi?". Premières notes de "Des attractions désastres", le coeur qui bat super fort, foncer vers l'avant de la salle et se coller à la scène. 25 ans plus tard, la magie est toujours intacte: Etienne Daho et sa musique vieillissent plus que bien. Ce sont trois décennies de ma vie dont je me prends des fragments en pleine figure et dans le désordre. J'oscille entre les moments d'ultra-présence (danser, chanter à tue-tête) et ceux où je laisse filer l'instant parce que je suis trop occupée à en rédiger le compte-rendu dans ma tête. Direction le Daric pour descendre des Coca gras en faisant la connaissance d'abord du nouvel amoureux de Sophie-Grosquick, puis de Rock'n'Laurette, lectrice de longue date qui se trouve être l'assistante de prod du Diskönoir Tour. En plus elle m'a apporté plein d'adorables trucs de papeterie. Dans les toilettes du bus où voyagent et dorment les techniciens, il y a un hublot-vidéo: voilà, voilà, voilà. On a raté le dernier métro et je déteste les taxis, alors on rentre à pied comme des jeunes. Trois quarts d'heure à marcher dans les rues désertes en savourant la douceur de cette nuit d'automne et en répétant que c'était la plus belle soirée de l'année. 




Le réveil est un peu rude ce matin; Chouchou, notamment, grince de partout. Je regrette le temps où les croissants croustillaient vraiment et où ils avaient une forme, euh, de croissant plutôt que de boudin. Le premier supermarché où on tente d'aller faire nos courses est fermé, le deuxième aussi, le troisième itou. On s'est organisés comme des pieds, ce qui nous vaut de finir dans le minuscule Delhaize Proxy de Woluwé où, vu les prix et le peu de choix, on achète à peine un tiers de ce qui était prévu. Cet adorable list pad Paperchase, j'ai failli le prendre en septembre à Copenhague, mais j'ai renoncé pour rester raisonnable, et voilà que Rock'n'Laurette me l'offre: clairement, nous étions destinés l'un à l'autre. Ménage de magazines et de photos sur l'iPad pour pouvoir installer iOS 8.1. Changer les draps me fait penser qu'on pourrait se débarrasser d'une ou deux parures qu'on n'utilise plus. Après l'excitation d'hier soir, la journée d'aujourd'hui se traîne de corvée domestique en corvée administrative. Une amie m'envoie un mail pour me dire qu'elle se fait une cure de petits bonheurs afin de combattre la déprime automnale et me remercie de ma "présence bienveillante": hop, dans le dossier des trucs à relire les jours où je crains de me réincarner en cancrelat! J'ai toujours défendu "The Big Bang Theory", mais là, honnêtement, la saison 8 ne casse pas trois pattes à un canard. Tiens, le flan Alsa que je m'apprête à préparer est périmé depuis tout juste un an. La première tentative d'installation de Yellowstone Yosemite sur mon MacBook est un échec. Une soirée sous la couette à naviguer entre le dernier numéro de Frankie (le meilleur magazine du monde) et "The bone clocks" (le roman le plus intrigant que j'aie lu depuis une éternité). A deux heures du matin, réveillée par le troupeau d'éléphants qui sort de chez la voisine du dessus et gueule dans les escaliers pendant cinq bonnes minutes comme s'il était seul au monde: bordel, mais que sont les bonnes manières devenues?




Chouchou court tout nu vers la salle de bain, une fourchette à la main. "Euh, est-ce que je veux savoir ce que tu comptes faire, ou bien?" C'était "ou bien". "Je prends quoi chez Allemersch?" "Du pain. Et deux couques au beurre pour mon petit-déj', pendant que tu y es." Une demi-heure plus tard, pas de Chouchou: se serait-il enfui avec la boulangère? "Non, il y avait juste dix mètres de queue sur le trottoir", m'explique-t-il en rentrant avec un sachet de viennoiseries. "Et le pain, il est où?" ...Toujours chez Allemersch, apparemment. Ces couques au beurre ont dû se compromettre avec des couques suisses: je ne vois pas d'autre explication à la présence des quelques raisins secs sournoisement planqués à l'intérieur. Le temps magnifique va m'obliger à sortir shooter mes dernières acquisitions modesques - trop dure la vie. 221 photos dont 34 vraiment belles, c'est un excellent ratio pour moi, ma silhouette en bouteille d'Orangina et ma tête de poisson-lune. Et j'ai très, très bien fait d'acheter cet adorable manteau de mi-saison: la coupe, la couleur, la matière, tout est juste parfait. J'ai presque hâte que la machine à laver basique achetée il y a 6 ans (et dont le vendeur de Vanden Borre, qui voulait nous en fourguer une bien plus chère, nous avait dédaigneusement assuré qu'elle ne tiendrait pas plus d'un an ou deux) tombe en panne pour la jeter et la remplacer par une lavante-séchante. Mes neveux se sont débrouillés pour choper la gastro le seul week-end de l'année scolaire où ils n'avaient ni match ni stage de hockey: bien joué, les p'tits gars. Un jour, je trouverai le générateur spontané de coccinelles planqué dans cet appartement. Chouchou remonte de la cave avec une culotte vieux rose et des mi-bas chair qu'il me tend en disant: "Tiens, ça a dû tomber du panier tout à l'heure". "...Non, c'est pas à moi, tu viens de piquer le linge de la voisine." Evidemment, si je n'allume pas le feu sous la casserole, ça cuit beaucoup moins bien. L'ex-femme de Jon Favreau va être super jouasse de récupérer un gamin de dix ans qui boit de la bière, possède son propre couteau de cuisine, chante "Sexual healing" et se farine les noix à la Maïzena. Rhâââ, je me doutais que cet Hugo trop propre sur lui était en réalité un parfait salopard. M'endormir les jambes emmêlées avec celles de Chouchou, en écoutant la pluie tambouriner doucement à la vitre.

dimanche 2 novembre 2014

Etienne Daho: Diskönoir Tour au Cirque Royal


La première fois que j'ai vu Etienne Daho en concert, c'était pendant le Tour Martien. Je devais avoir 18 ou 19 ans, et j'écoutais déjà sa musique depuis plusieurs années. L'album "Pop Satori" avait rythmé ma prépa; j'avais adopté "Paris le Flore" comme mon hymne à la dolce vita étudiante, mi-arty mi-intello. Puis le temps a passé, et si j'ai délaissé beaucoup des chanteurs de mon adolescence, je suis restée fidèle à Etienne. J'ai adoré chacun de ses albums - à l'exception d'"Eden" dont les tonalités électro m'ont rebutée. Ses chansons sont un peu devenues la bande-son de ma vie, surtout "Des attractions désastres", qui parle si bien du désordre des sens, et "L'orage" que j'ai écoutée en boucle à une période où j'étais assez malheureuse. Chaque fois que j'en ai eu l'occasion, je suis retournée le voir sur scène, et je n'ai jamais été déçue. Il y a 6 ans, à l'occasion de l'Obsession Tour, j'ai assisté à son show au Cirque Royal avec Chouchou. C'était notre premier concert ensemble, celui d'un artiste que nous aimions tous les deux, dans une salle à taille humaine et à l'acoustique excellente. Nous en avons passé toute la seconde moitié à danser dans une allée, près de la scène. Alors, quand j'ai vu que le Diskönoir Tour serait de nouveau au Cirque Royal ce 31 octobre, je me suis dépêchée de prendre des places. Ca a même été mon tout premier achat de l'année 2014, dans la journée du premier janvier...

Vendredi soir, donc, nous arrivons à la salle 5 minutes avant l'heure indiquée sur nos billets. Pourtant, la première partie est déjà commencée. Un jeune homme chante en français sur une musique très connotée années 80 (et qui me plaît bien, du coup). "Je m'appelle Thérèse", répète-t-il à plusieurs reprises pendant son set, et je me dis que quand même, ses parents sont cruels. (Plus tard, en surfant sur internet, je découvrirai que son nom est en réalité Perez. Je crois qu'il va être temps d'investir dans un sonotone.) J'ai encore en mémoire les trois premières parties de 2008 qui avaient duré une bonne heure et demie et m'avaient mise au bord de la crise de nerfs; aussi suis-je été très soulagée de voir Etienne Daho monter sur scène un peu avant 20h30. Il attaque sur "Satori Theme" avec quelques grands coups de cymbale. Lunettes noires, costard Saint-Laurent, images en noir et blanc qui défilent sur un écran derrière lui: le ton est donné. Et quand j'entends les premières notes de "Des attractions désastre", la chanson de lui que je préfère entre toutes, je me lève de mon siège dans les gradins et entraîne Chouchou dans l'allée comme il y a 6 ans. Je finis au premier rang sur la droite, avec une excellente vue sur Etienne et largement la place de me trémousser tout mon soûl - l'avantage des concerts où le public se compose essentiellement de bobos enthousiastes mais bien élevés.

Pendant une heure 40 environ, Etienne Daho alterne avec bonheur ses plus grands tubes ("Epaule tattoo", "Tombé pour la France", "Le grand sommeil", "Saudade", "Bleu comme toi", "Heure hindoues", "Comme un boomerang"...), des morceaux moins connus ("Soleil de minuit" ou "Il ne dira pas") et des extraits de son dernier album studio ("La peau dure", "En surface", "L'homme qui marche", "Les chansons de l'innocence"). Il transpire abondamment dans son costume sombre; ses cheveux grisonnent maintenant, et les contours de son visage accusent sa presque soixantaine. Mais il n'a rien perdu de son élégance de dandy de la pop, et si la pure légèreté d'autrefois s'est mâtinée d'une certaine gravité avec l'expérience, je ne crois pas l'avoir jamais vu prendre un plaisir aussi évident sur scène. La scénographie hyper sobre laisse la part belle au son qui, franchement, déménage grâce aux excellents musiciens dont Daho a toujours su s'entourer. Les décennies écoulées n'ont terni ni son sourire en coin un peu timide, ni l'éclat pétillant de ses yeux; elles n'ont pas entamé le mélange de grâce et de sexytude avec lequel ses bras ondulent et son corps svelte se déhanche. Comme la salle refuse de le laisser partir après deux rappels, pour finir, Etienne Daho s'agenouille au bord de la scène et entonne "Week-end à Rome" a capella, en duo avec les centaines de personnes qui viennent de lui faire une longue ovation. Petit moment magique qui me vaudra ma seule photo réussie de la soirée. Ciao, Etienne. On se revoit pour ta prochaine tournée.