mercredi 3 décembre 2014

Où je décide de décaler mon heure de réveil pendant un mois




Si je me levais à une heure décente jusqu'au passage à l'heure d'été, en mars dernier, depuis, c'est le grand n'importe quoi. Devenu free lance, Chouchou n'a plus d'horaires fixes. Avant, j'essayais de me lever le matin quand il s'en allait, et je me débrouillais pour avoir fini de bosser le soir quand il rentrait, vers 18h. Maintenant, nos journées n'ont plus vraiment de cadre strict. Du coup, je ne mets plus de réveil, et j'émerge généralement vers 9h30. Le temps de boire mon thé en faisant mon tour sur internet, puis de me débarbouiller, je ne commence pas à bosser avant 11h, ce qui me fait finir après la tombée de la nuit. Déprime totale - d'autant que du coup, je perds une partie des heures de jour déjà peu nombreuses en cette saison.

Je sais pourtant que quand je fais l'effort de me tirer du lit plus tôt, même si je déteste ça sur le coup, ma productivité augmente en flèche - souvent, ça va du simple au double dans une seule journée. Car, oui, je suis une marmotte dont les heures de plus grande efficacité se situent entre 8h du matin et midi. Chienne de vie. Allez comprendre. Bref, comme j'ai beaucoup de boulot en décembre, et/mais que c'est un boulot super excitant, je me dis que c'est l'occasion rêvée pour me recadrer et arriver début 2015 avec un rythme optimal. Je vise un lever à 7h30 les jours de semaine, et pas plus tard que 9h le week-end, avec le soir une extinction des feux à minuit. Bilan en fin de mois.

Le mercredi où le grand méchant Galilée me file des frissons d'horreur




Debout deux minutes plus tôt qu'hier - le progrès est lent. Crêpes du supermarché pour le petit-déjeuner, moins bonnes que celles de Chouchou évidemment, mais pas mal quand même. Soudain, vers la page 140, le bouquin que je traduis, et qui n'était jusque là "que" très bien écrit et intrigant, me chope par la gorge en m'ordonnant de le lire d'une traite jusqu'à la fin. Je résiste, mais c'est dur. La banque qui d'un coup me prélève 61€ de cotisation Visa annuelle, alors que je suis déjà mensualisée pour le paiement de ladite cotisation: je veux bien croire que c'est une erreur de bonne foi, mais j'aimerais savoir pourquoi les erreurs en question ne se produisent jamais en ma faveur. Aujourd'hui, pour la peine, on a de beaux gros nuages joufflus qui se prennent pour des cathédrales de barbapapa. Toucher à main nue la résistance du four qui chauffe à 200° depuis une heure, quelle excellente idée! De trois choses l'une: je suis ignare (et mon dico en ligne aussi), ou bien l'auteur invente des mots, ou bien la version que j'ai comporte quelques coquilles. Le livreur Picard arrive avec une heure d'avance, une haleine excessivement chargée et un calendrier tout aussi dépourvu de chatons à rubans que celui des éboueurs. Les traditions se perdent. "Ce fut, je crois, ma première rencontre avec l'entité connue sous le nom de Galilée. Ce ne devait pas être la dernière." (Quand je pense au boulot sur lequel je vais enchaîner juste après celui-là, j'espère que mon cerveau survivra au choc systémique.) Non, moi non plus, je ne m'explique pas bien pourquoi je m'inflige une séance de Beach Body Pilates un 3 décembre. Le soulagement de revoir le soleil après une semaine d'absence a dû me monter à la tête. Mais du coup, c'est sans regret que je vais aller m'écrouler sur le canapé avec une hard lemonade pour mon avant-dernière soirée à la maison.

mardi 2 décembre 2014

Le mardi où les jeunes et moi, on a du mal à se comprendre




Réveil à 8h30 et seulement deux snooze avant de me lever, mais j'ai l'impression d'être un zombie. Par contre, avoir l'occasion de commencer la journée par une BA grâce à Amanda Palmer et MassMosaic, je kiffe! Et on devine même le bleu du ciel derrière les nuages ce matin. Juste avant que je ne me mette à appliquer ma colo, le facteur sonne à l'interphone: il m'apporte "L'effroyable encyclopédie des revenants" qui n'était censée arriver que jeudi, hourra! Colo terminée, je file prendre mon bus et pour une fois, j'arrive dans le centre de Toulon juste à temps pour acheter mon thé bien-aimé (le vert à l'écorce d'orange et au bleuet) chez La Vie Claire avant la fermeture de 13h. Titou et Kiki ont l'air de bien apprécier La fabbrica di Marco eux aussi, et ça me fait super plaisir (même si je n'en doutais pas vu la qualité de la cuisine). La dame de la mutuelle, que j'interroge sur les conditions de déductibilité de ma cotisation dans le cadre de la Loi Madelin, me parle chinois - c'est normal? Ayant cessé depuis 2 ans la fabrication des shorties en Tencel qui étaient la seule chose dont je consentais à parer mon auguste postérieur depuis une décennie (et dont mon stock commence par conséquent à baisser de façon inquiétante), Etam daigne cette saison vendre le même modèle en microfibre. J'en achète trois et manque m'étrangler à la vue de la note. Presque 50€ pour trois culottes en synthétique? C'est vraiment parce que mon auguste postérieur aime son confort. "Un oiseau blanc dans le blizzard", en gros, c'est la même histoire que "Esprit d'hiver", vue par la fille au lieu de la mère. Du coup, je m'emmerde sévère, et ça m'étonnerait que je le termine. Certes, il y a plus romantique qu'un coucher de soleil derrière des bateaux de guerre, mais je suis si contente de revoir de la lumière naturelle que je ne peux pas m'empêcher de descendre sur le port pour photographier ça. Au rayon papeterie de Carrefour, j'explique à un jeune homme complètement paumé la différence entre crayons H et crayons B. "Mais alors pour dessiner, je prends quoi?" "Ben ça dépend, si vous voulez des traits secs qui ne bavent pas, du H; si vous voulez des traits gras qui s'estompent bien, du B." "...Ca veut dire quoi, estomper?". Je reformule. "Vous êtes prof de dessin, c'est ça, hein?" Euh, pas vraiment. Tiens, il existe des bébés-bouteille d'Absolut pour les célibataires géographiques qui boiraient bien un coup à la fin de leur rude journée de travail. Mélangé à la chouette limonade Michel & Augustin, je suis sûre que ce sera délicieux. Oh mon dieu, ces bottines Schmoove me plaisent TELLEMENT! Mais soyons raisonnable: elles sont très chères et trop plates. Evidemment, le bus de 17h10 est bondé. Un jeune Beur monte et laisse à sa copine la seule place disponible alors qu'il vient d'être opéré de la cheville. "La galanterie, madame, vous êtes pas d'accord avec moi? C'est les femmes qui s'assoient en premier." "Euh, de mon point de vue, c'est la personne qui a le plus de mal à tenir debout qui s'assoit en premier." "Mais le romantisme, madame!" Je me pousse pour lui faire de la place. "Vous êtes bien gentille. Pas beaucoup de gens auraient fait comme vous, c'est ça le gros problème de la France en ce moment. Je le dis toujours: l'habit ne fait pas le moine." Oui oui oui. Voilà voilà voilà. Petra, que je ne connais pas mais qui a très envie de lire "The art of asking" et pas les moyens de se l'offrir, accepte que je lui en envoie un exemplaire via Amazon. De nous deux, c'est sûrement moi la plus heureuse. Rep a sa, toi qui penses qu'internet tue le vrai contact humain. Sur Skype, longue conversation avec Chouchou à qui je raconte mes rencontres de la journée: "C'est affreux, dans le regard des jeunes, maintenant, je suis une personne d'âge mûr respectable. Ils me considèrent comme un dinosaure, mais ils cherchent mon approbation. Sauf qu'ils ne connaissent probablement pas le mot." Je ne sais pas trop ce qui me consterne le plus.

lundi 1 décembre 2014

Le lundi où ça serait bien que la pluie s'arrête maintenant




Alors voyons: il fait toujours un temps pourri, la comptable qui doit me verser mes droits de prêt 2010 depuis un an et demi ne répond pas à mes mails, pas plus que le type chargé de m'envoyer mes exemplaires de traducteur d'un livre sorti depuis fin août. Ah il commence bien, le mois de décembre. Regarder la météo actuelle à Porto et compter les jours avant le décollage. Mon vieux MacBook commence à peiner sérieusement, avec des temps de réaction qui montent parfois jusqu'à plusieurs dizaines de secondes même en traitement de texte - pas pratique du tout pour bosser. Les patates douces ont bien voyagé et ma mère m'appelle pour me remercier de cet envoi-surprise. A TEDX Bruxelles, Chouchou apprécie le conférencier qui avait aussi été mon préféré l'an dernier, compte lui aussi sécher la cinquième et dernière session de la journée, et déteste lui aussi les sandwichs mous du catering. Je préfère encore racler les fonds de placard que sortir faire des courses sous cette pluie diluvienne. Gros gros casse-tête avec les temps de narration: l'auteur colle brusquement du présent au milieu de scènes qui se déroulent très longtemps avant l'action principale, elle-même rédigée au passé simple. Après chaque utilisation de ma déchiqueteuse, je dois ôter à la pince à épiler les résidus de papier coincés dans les lames; j'aurais mieux fait de prendre un modèle un peu plus cher d'entrée de jeu. Bizarrement, le gros Georges-Arthur en pierre de lave est intact, mais Goldorak a perdu une corne dans le transport - la solidité des mecha, c'est plus ce que c'était. Impossible de bosser dans des conditions pareilles, et à ce rythme, je n'aurai jamais fini avant de partir à Porto. Putain mais QUELLE JOURNEE DE MERDE. J'aimerais au moins descendre mes poubelles, mais je crains de me noyer rien qu'en traversant le parking. N'écoutant que mon courage mon odorat, je tente quand même une sortie, et bien m'en prend: le magnifique "The story of Mademoiselle Oiseau" (date officielle de sortie: février 2015) m'attend dans ma boîte à lettres. Réjouissons-nous sans chercher à comprendre. Pendant que Chouchou me dépanne à distance, ses deux téléphones n'arrêtent pas de sonner; apparemment, je ne suis pas la seule quiche à avoir des soucis d'ordre informatique ce soir. Une amusante coïncidence veut que le personnage de Dorian Gray fasse deux apparitions rapprochées dans ma soirée. Demain, il devrait faire beau meilleur et j'ai rendez-vous avec mes Toulonnais préférés pour déjeuner dans mon restaurant italien préféré - j'ai hâte!

"Le complexe d'Eden Bellwether"


Cambridge, de nos jours. Oscar Lowe, aide-soignant dans une maison de retraite, est envoûté par la musique qui s'échappe d'une église. En entrant pour l'écouter, il fait la connaissance d'Iris, la soeur de l'organiste, dont il tombe très vite amoureux. Iris le présente à son frère Eden, jeune prodige arrogant persuadé qu'il peut utiliser la musique baroque pour soigner par hypnose, ainsi qu'au petit groupe très soudé de leurs amis d'enfance. Tous étudiants et issus de familles riches, ils accueillent volontiers Oscar parmi eux - à l'exception d'Eden, qui dès le départ se montre hostile envers lui...

Si "Le complexe d'Eden Bellwether" est censé traiter de la frontière ténue entre génie et folie, il aborde aussi les sujets de la manipulation mentale, des dysfonctionnements familiaux, de l'amour naissant, de la vieillesse et de la fin de vie, des clivages sociaux... Cela aurait pu donner un roman très dense; au lieu de quoi, Benjamin Wood ne fait qu'effleurer chacun de ces thèmes sans jamais s'y engager complètement. Ses personnages souffrent du même problème: ils sont survolés, depuis le narrateur à la normalité d'une fadeur terrible jusqu'aux amis d'enfance Marcus et Yin à peine caractérisés par leurs origines étrangères, en passant par Eden lui-même, qui apparaît comme un gamin gâté et tête-à-claques bien davantage que comme un prodige charismatique mais inquiétant.

Le style est assez plaisant, et servi par une très bonne traduction; malheureusement, l'auteur énonce les choses sans les montrer, si bien qu'il peine à convaincre. Exemple: il mentionne que Jane, la petite amie d'Eden, se dévalorise constamment alors qu'elle est sans doute la plus brillante de tout le groupe, mais aucun détail ne vient jamais étayer cette affirmation. De la même façon, on sent qu'il tente de construire son livre comme un thriller, surtout sur la fin, mais le rythme est beaucoup trop lent pour que se crée la moindre tension, et par contraste, le dénouement brutal paraît presque bâclé. L'atmosphère ne parvient jamais à être évocatrice, et encore moins envoûtante comme le sujet l'aurait mérité.

En fait, à mes yeux, "Le complexe d'Eden Bellwether" souffre énormément de la comparaison avec "Le maître des illusions", avec qui il partage beaucoup d'éléments mais au niveau duquel jamais il ne parvient à se hisser. Le premier roman de Donna Tartt avait des héros vénéneux, une relation frère-soeur à l'ambiguïté dérangeante et un vrai suspense oppressant. "Le complexe d'Eden Bellwether", lui, n'a à l'instar de son personnage-titre que de grandes ambitions qui retombent à plat au bout de 500 pages. Je l'ai lu sans déplaisir, mais il ne me laissera aucun souvenir.

Livre reçu pour critique dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire Price Minister

dimanche 30 novembre 2014

Le dimanche où je rêve d'un feu de cheminée


"Accio feu de cheminée! Zut, ça ne marche pas..."

Il est 10h50 quand je descends de mon perchoir - misère. Mais c'est la faute au roman de Laura Kasischke que j'ai entamé hier soir avant de me coucher. Je donnerais un ou deux bras pour écrire comme Claire North (sauf qu'après, il faudrait que j'apprenne à taper sur un clavier avec mes pieds). Si j'avais su qu'il suffisait de parler de mes seins sur Facebook pour faire sortir Bones de sa retraite, j'aurais vanté leur soi-disant perfection bien avant. Cet excellent riz mandarin compense un peu le fait qu'hier soir j'ai failli mourir étouffée par mes rouleaux de printemps sans sauce. Entre les lumières allumées toute la journée et le chauffage à 23°, on ne peut pas dire que j'aurai passé une semaine très écolo, mais c'est ça ou finir aveugle et congelée. Mon royaume pour un feu de cheminée. Les vols d'étourneaux me feront toujours penser à mon père... Aujourd'hui, le boulot me fait visiter Bratislava (où je n'ai jamais mis les pieds) et Vienne (dont je garde un excellent souvenir). 4h30 pour 40 000 signes d'un texte aussi difficile, j'ai bien gazé malgré mon réveil tardif. Ajoutons à cela 24 mn de torture (a.k.a. "core training") made in JessicaSmithTV, et je m'octroie unilatéralement le luxe d'un bain chaud pour me récompenser. Oh, un petit déluge, ça faisait longtemps! Dès que la tête de Chouchou apparaît sur Skype, je devine qu'il a eu une journée difficile - et je ne me trompe pas. En l'absence de lumière pour prendre les photos qui l'illustreront, je vais déjà rédiger le texte de mon article "Comment réaliser un carnet de voyage sans dessiner". Hé ben même avec de la bête chantilly en bombe, un petit chocolat viennois maison reste un moyen pas dégueu de terminer une vilaine semaine pluvieuse.

November victory log




Admnistratif:
- Compta pro d'octobre
- Renouvellement anticipé de ma carte Visa perso 
- Demande de dispense de précompte 2015 à l'Agessa
- Obtention du versement de mes droits de prêt 2011 (très en retard chez l'un de mes éditeurs), directement par la Sofia

Blog:
- 2 articles en petite Une de HelloCoton
- Organisation d'une ronde de cartes d'anniversaire 2015

Boulot:
- Fin du tome 13 de "Pretty Little Liars" (environ 325 000 signes)
- Début de "Touch", le nouveau roman de Claire North (un peu plus de 200 000 signes)
Culture:
- 7 livres lus (3 romans, 4 bédés)
- 3 films vus à la maison: "#Chef", "Si tu tends l'oreille", "Cloud Atlas"

Geocaching:
- 2 caches trouvées lors de notre week-end à Londres

Loisirs créatifs: 
- Un ouvrage "anti-angoisses" à base de transfert d'image sur textile + broderie

Santé:
- Visite de routine chez mon généraliste 

Sport: 
- 1 cours de yoga
- 2 séances d'exercice à la maison

Défi du mois: me débarrasser des affaires triées pendant le challenge minimaliste
J'ai porté deux grands sacs d'affaires à la Givebox de Bercheem-Sainte-Agathe, revendu la Wii et ses accessoires (ainsi que ma vieille DS Lite et ses jeux) chez Pêle-Mêle, donné quelques trucs à des copines et deux cartons pleins + deux petits meubles de rangement à ma tante, expédié divers brols à des lectrices, ramené des pots vides chez Lush (et obtenu un masque frais en échange)... Pourtant, il me reste encore un tas de vêtements et de chaussures (dont quelques-uns visibles dans ma page vide-dressing, onglet de droite sous la bannière du blog) ainsi que plusieurs objets d'une certaine valeur marchande qu'il faudrait que je tente de mettre sur eBay.

Un mois bouffé aux deux tiers par une deadline de boulot, et marqué par un changement de saison toujours difficile à encaisser qui m'a rendue assez peu productive sur le plan personnel. Ses plus jolis moments ont aussi été les plus inattendus.

samedi 29 novembre 2014

Le samedi où je prends un bus conduit par la force de la pensée




Me réveiller tranquillement devant la plus mignonne vidéo de bébés animaux du monde (repostée sur la page Facebook du blog). Faire un tour à la Fnac, vouloir des dizaines de trucs, rester vaguement raisonnable et acheter "juste" deux livres de poche, la nouvelle bédé de Turf et le dernier album studio de Leonard Cohen. A la caisse, je manque mordre le type qui me souffle dans la nuque alors qu'il y a dix mètres de vide derrière lui. Chez André, essayer de chouettes bottines kaki en promo - mais elles n'iraient pas avec ce que je porte habituellement, et le 36 est tellement grand que je peux l'enlever sans défaire ni la boucle ni la fermeture éclair, snif. Occupé à trancher de la charcuterie pour une autre cliente, le serveur de la Fabbrica di Marco m'envoie inscrire moi-même ma réservation sur son registre. La ville est étrangement déserte en ce samedi après-midi où le marché de Noël et les vitrines de fêtes sont pourtant déjà de sortie; c'est déprimant à souhait. Les rennes aussi doivent passer le contrôle technique - actuellement, Comète à la pesée. Aujourd'hui est un jour à marquer d'une pierre blanche: j'ai résisté à un pull à étoiles (essentiellement parce que les étoiles en question étaient brodées et qu'elles me grattaient, mais seul compte le résultat). J'erre comme une âme en peine sous la pluie intermittente avant de finir par échouer à La Théière où je bouquine devant une tasse d'Earl Grey et une tranche de cake aux pralines roses. Tant pis, rentrons de bonne heure. La jeune conductrice du bus tient son téléphone dans une main et se recoiffe de l'autre: comment se fait-il qu'elle tienne mieux sa route que moi avec toutes mes extrémités disponibles agrippées au volant d'une malheureuse Twingo? Absorbée par des ruminations oiseuses, je néglige de descendre à mon arrêt. Rhâââ, la serveuse du traiteur chinois a oublié de me donner de la sauce pour les rouleaux de printemps, je suis désolation. Plus de vingt ans après sa sortie, "Love under will" reste une de mes chansons préférées de tous les temps. Je ne suis pas franchement convaincue par cette histoire de phare projeté dans l'espace - dommage, j'avais tellement aimé "La nef des fous"! Si je bois du chocolat chaud le soir plutôt que du thé, peut-être que j'arriverai à m'endormir avant le milieu de la nuit?

vendredi 28 novembre 2014

Le vendredi où mes seins sont absolument parfaits




J'ai appris la bonne nouvelle tard hier soir: le tome 3 des "Légendes de la Garde", que j'ai traduit, est en Sélection Jeunesse du prochain festival d'Angoulême avec des albums que j'ai adorés, comme "Le temps des Mitaines" ou le tome 2 de "Quatre soeurs". Je ne comprends pas trop ce qu'il fait là car ce n'est pas du tout une bédé pour enfants, mais ça ne m'empêche pas d'être ravie. Nettement moins réjouissant: la Sacrée de Birmanie âgée de 15 ans du meilleur ami de Chouchou est morte ce matin. Je suis encore tellement triste quand je pense à Scarlett et à Copernique... Chouchou est rentré du sport pile au moment où le facteur apportait mon audiobook de "The Art of Asking", vive lui. Ce sera la première fois que j'écouterai un livre au lieu de le lire. Apparemment, Claire North fait une fixette sur le côté obscur du communisme et les mauvais traitement infligés aux patients d'hôpitaux psychiatriques. 29,95€ les trois Colissimo sans garantie qu'ils arrivent en bon état, mais avec un gros tampon rouge "a refusé l'assurance qui lui était proposée" sur le bordereau - j'adore. Oh, et les timbres illustrés de Noël sont exceptionnellement moches cette année. "Vos seins ne m'inquiètent pas du tout, déclare mon généraliste après les avoir palpés. Ils sont très souples, absolument parfaits." Sous vos applaudissements. Amazon me signale comme "en cours d'expédition" un article dont la date de parution officielle est le 15 février 2015; j'ai hâte d'être à mardi prochain pour voir ça. S'il existe un record du nombre de tarte aux pommes préparées en ce mois de novembre, je tiens enfin ma chance d'entrer dans le Guinness Book. Non Chouchou, je n'ai pas regardé le trailer de Star Wars 7 parce que JE M'EN FOUS, mais oui, je veux bien qu'on aille voir les décos de Noël un soir de semaine quand je serai rentrée à Bruxelles, à condition que tu m'emmènes boire un cocktail à l'Archiduc après. Le ciel gris et la pluie, ça y est, je gère. Par contre, je vois approcher Noël avec une pointe d'angoisse. Sur la page Facebook du blog, je demande s'il y a d'autres gens que cette période de l'année déprime, et quelles sont leurs suggestions remonte-moral. "Boire", répond sobrement (?) Autre Moi. On va y penser.

jeudi 27 novembre 2014

Le jeudi où le Coudon disparaît


(En principe, dans le fond, il y a une montagne. Pas une grosse, certes, mais une montagne quand même.)

Hier soir, je voulais me coucher à une heure décente. Puis je me suis lancée dans la rédaction d'un long billet que je ne publierai sans doute jamais (il se prête beaucoup aux attaques, et je n'ai pas envie de passer la journée à me justifier), et après ça, je suis montée me coucher avec "Le complexe d'Eden Bellwether", reçu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire Price Minister. Du coup, il était encore 3h quand j'ai fini par éteindre la lumière. Ce matin, je me lève, et tout ce que j'ai envie de faire, c'est lire-lire-lire. Mon planning de boulot, toutefois, ne l'entend pas de cette oreille. Je vais donc tâcher de me restreindre jusqu'à samedi - où je me ferai un monstre goûter-lecture à La Théière. J'ai cru voir un minuscule bout de ciel bleu... ah ben non, tout le paysage a disparu sous le brouillard au-delà du carrefour voisin, et les gouttières débordent de nouveau. Mais j'avoue que je ne déteste pas me retrouver coincée par la pluie dans mon petit chez-moi si douillet, ma forteresse de paisible solitude. Surtout quand je dois traduire un texte aussi passionnant que bourré de difficultés. Il ne faut jamais désespérer: presque un mois après que j'aie terminé la traduction de cette bédé, le contrat correspondant vient d'arriver dans ma boîte (sans doute apporté par un facteur amphibie). Toutes ces bonnes intentions qui restent lettre morte parce que je suis embarrassée de les mettre en pratique, c'est quand même un peu idiot. Les gens, vous pouvez écrire ce que vous voulez pour soi-disant empêcher Facebook d'utiliser vos données personnelles: du moment que vous les avez mises sur internet, n'importe où et n'importe quand, elles ne vous appartiennent déjà plus. Il est 19h49 quand je boucle mon quota de pages pour la journée; je dois encore relire une dernière fois la bédé avant de la mailer à l'éditeur, et rédiger une quatrième de couv pour le tome 13 de Pretty Little Liars malgré une inspiration proche du degré de congélation de l'azote liquide. Je n'ai pas testé de nouveaux thés depuis trop longtemps, et mes variétés habituelles commencent à me lasser. 22h10: je suis libre, libre, liiiiiiiiiibre (jusqu'à demain matin). A nous deux, Eden Bellwether!

London shopping




Outre les trois objets de créateurs que je vous ai montrés ici, voici les achats que j'ai rapportés de Londres le week-end dernier: 

- Un flacon de gel douche Burt's Bees à la menthe poivrée et au romarin: Pascaline, qui vivait alors aux Etats-Unis, me l'avait fait découvrir lors du swap beauté il y a plus de 2 ans, et depuis, j'en cherchais vainement à Bruxelles. Je suis plutôt savon à la base, mais l'odeur est divine et elle réveille terriblement bien! 

- Un pot de Gloomaway (crème soufflé pour le corps au pamplemousse) Origins: pareil, impossible d'en trouver en France ou en Belgique, et je raffole aussi bien de la texture que du parfum de ce produit, dont je viens justement de terminer le pot précédent acheté l'an dernier à Brighton. 

- Un assortiment de trois chocolats en poudre de luxe Whittard. J'aurais sans doute résisté si le blanc n'avait pas été en dégustation dans le magasin de Covent Garden au moment de mon passage. Mais là? C'était juste trop bon. 

- Des bricoles chez Paperchase, parce que leur gamme "Dreamscape" dont j'avais déjà un porte-cartes (acheté à Copenhague) et le note pad (offert par Rock'n'Laurette) est vraiment trop mignonne. Cette fois, j'ai craqué pour les masking tapes et deux mini-carnets - ainsi que quelques cartes postales, deux planches de puffy stickers, un assortiment de Post-It licorne et une mini-gomme licorne à mettre au bout d'un crayon papier. (Je ne veux pousser personne au crime, mais leur site internet livre en France.)

- Un livre: "We are all completely beside ourselves" (il faisait partie de la sélection "Buy 1, get 1 half-price" de W.H. Smith, et j'ai quand même réussi à ne pas en prendre un second car aucun ne me plaisait vraiment). 

- Deux magazines: le numéro de décembre de Mollie Makes (je ne suis plus abonnée, et le petit kit "breloque renard" vendu avec la version papier était juste irrésistible) et le dernier Oh Comely

- Deux robes achetées au marché couvert de Spitalfields pour £22 en tout - oui, c'est du pur synthétique et elles ne tiendront sans doute pas 10 ans, mais j'aime beaucoup les imprimés et elles me vont très bien.

Alors bon, au total, ce n'est pas rien, mais c'est beaucoup, beaucoup moins que ce que j'aurais rapporté il y a ne serait-ce que 5 ans. J'ai envisagé et rejeté au moins le double d'emplettes potentielles - plein de jolies choses à la Renegade Craft Fair, un mug Alice au Pays des Merveilles chez Whittard (j'avais dit qu'à partir de maintenant, je buvais mon thé dans des tasses), un sublime agenda 2015 chez Paperchase (parce que je me suis déjà équipée en la matière), un très beau tote bag renard au musée d'histoire naturelle (mais deux tote bags dans le week-end, ça aurait été un peu trop), un haut-de-forme en velours rouge sur le marché couvert de Spitalfields (quand est-ce que je l'aurais mis, à part peut-être aux Imaginales et pour Trolls & Légendes?), le livre "Sherlock: Chronicles" (mais soyons honnête, c'était surtout parce que je ne voulais pas le trimballer: je le commanderai sûrement sur Amazon d'ici Noël), ainsi qu'un très beau Cthulhu en peluche (rétrospectivement, je le regrette un peu) chez Forbidden Planet. J'ai volontairement évité de mettre les pieds chez Topshop et autres antres de la tentation vestimento-accessoiresque, ainsi que dans les grands magasins genre Harrod's ou Selfridges, et dans le flagship store Paperchase de Tottenham Court Road où j'aurais sans doute fait un massacre. Au final, je trouve que je ne m'en tire pas si mal: la plupart de mes emplettes relèvent de la catégorie "consommables" et ne moisiront pas longtemps dans mes placards!

mercredi 26 novembre 2014

Le mercredi où Chouchou invente la Bisoubox




Evidemment, quand on fait de la paperasse jusqu'à presque 3h du matin, c'est un peu dur de se tirer du lit à l'heure habituelle le lendemain. 1500 personnes ont été évacuées durant la nuit sur la commune de Hyères, et seule une poignée de commerçants a réussi à se déplacer pour venir faire le marché du mercredi dans la rue principale de Monpatelin. "Il est drôlement joli votre manteau!" s'exclame une dame âgée en me croisant sur le seuil de la boulangerie. Dévaliser mon primeur en patates douces jaunes, qu'on ne trouve que dans la région, pour les envoyer à ma mère et à ma soeur qui en raffolent. "Je ne pensais pas vendre quelque chose ce matin", avoue ma fleuriste en m'emballant une botte des premières tulipes de Carqueiranne, plus deux bottes de renoncules blanches à peine défraîchies dont elle me fait cadeau. Je savais qu'un jour, les kilomètres carrés de papier bulle soigneusement mis de côté me serviraient à quelque chose. Enfin, un semblant de lumière pour photographier le contenu du paquet de swap papeterie que je dois envoyer cette semaine! Mes pulls en cachemire dégoulinants sècheront-ils mieux dehors à l'air libre, ou dedans avec le chauffage à 25°? Il ne pleut pas aujourd'hui, mais c'est rare que le ciel soit aussi gris et bas au-dessus de Monpatelin, me forçant à allumer la lumière dans mon bureau dès 14h30. Vingt minutes à suer sur un paragraphe de huit lignes consacré au mauvais sommeil dans un train de nuit - mais à la fin, je suis assez contente de moi. L'un des gros défis de ce bouquin, c'est qu'on ignore si la personne qui raconte l'histoire est un homme ou une femme, et vu qu'en français, les adjectifs sont genrés, maintenir l'ambiguïté de la VO m'oblige à une certaine gymnastique grammaticale. Les éboueurs passent forcément le soir où il reste 1,12€ dans mon porte-monnaie - mais ils acceptent un chèque en échange d'un de leurs calendriers orné de vues peu inspirantes de Monpatelin. Que sont les chatons à ruban devenus? Nuit et déluge, once more, with feeling. En vue d'un entretien professionnel, Chouchou me demande par mail de choisir dans une liste les 5 adjectifs qui le définissent le mieux. Je n'arrive pas à descendre en-dessous de 6. Je demande: "J'ai gagné quoi?", il me répond: "Une Bisoubox contenant: un set de 10 bisous parfumés à la fleur d'oranger, un livret "Les bisous, qui sont-ils? Que veulent-ils? Quels sont leurs réseaux?", des bisous en poudre à diluer dans le chocolat chaud le matin, 3 bons d'achat à la Boutique du Bisou", et c'est moi qui fonds. D'humeur aventureuse, et n'ayant pas trouvé de gelée de groseilles au Carrefour Market de la place de l'église, je me risque à utiliser de la confiture de framboises pour tapisser le fond de ma tarte aux pommes. Puis je noie dans une mini-fondue Carrefour mon chagrin de n'avoir pas mis les pieds en Gruyérie de toute l'année (si ça se trouve, le temps que j'y retourne, je ne reconnaîtrai plus la famille Pops, ni les Shalbuline, ni même le lac Léman). Y'a un moment où il faut choisir entre être populaire et rester zen. Etant donné que je me moque d'être considérée comme désagréable par les gens qui m'insupportent, non, je n'ai pas l'intention de renoncer à ma politique Psychodrame Tolérance Zéro. Plusieurs épisodes de "Bref" à la suite, ça passe beaucoup moins bien qu'un marathon "Kaamelott". Tout l'appartement embaume le Mir Laine. Et si j'essayais de me coucher à une heure décente ce soir?

Ma première Renegade Craft Fair




La Renegade Craft Fair, c'est un marché de créateurs qui se tient chaque année dans plusieurs villes des USA (New York, Los Angeles, San Francisco, Chicago et Austin), mais aussi à Londres, généralement fin novembre. En Grande-Bretagne, l'événement est sponsorisé par les magazines Mollie Makes et The Simple Things, ce qui donne une assez bonne idée du style des exposants. Pour le dark et le contestataire, on repassera: la Renegade Craft Fair, c'est le royaume des Twee, ces "nouveaux gentils" qui aiment les animaux des bois, les licornes et le rétro mignon. C'est à peine si j'ai repéré un ou deux stands qui osaient l'humour sarcastique. Cette homogénéité se retrouvait dans le public, essentiellement composé de jeunes femmes romantiques et de couples de hipsters. La salle grande et lumineuse, située dans le quartier en voie de gentrification de Spitalfields, offrait un cadre parfait à la manifestation: malgré la foule qui s'y massait dès la première heure d'ouverture, le samedi, on arrivait à circuler à peu près convenablement. 







Bien que j'aie vu beaucoup de jolies choses, j'ai limité mes emplettes à trois objets dont je souhaite vous recommander les créateurs. Commençons par les animaux gourmands que Jimbobart appose sur de la céramique, et que vous pouvez retrouver dans sa boutique Etsy. Sa vaisselle passe au lave-vaisselle et au micro-ondes, et j'étais un peu forcée de craquer sur une jolie assiette à dessert "Biscuit Bandit:




Mon deuxième coup de coeur a été pour Blank Inside, et notamment pour ce ravissant petit mug orné d'une machine à écrie vintage, qui me semblait parfait pour boire un chocolat chaud (le motif est également décliné sous forme de carnet et de cartes):




Enfin, comme un de mes sacs de shopping en papier s'était déchiré la veille, répandant son contenu sur le trottoir dans une flaque de pluie, j'ai pensé que ce serait bien d'investir dans un tote bag (à Bruxelles, j'en ai toujours un dans mon sac, mais j'avais oublié de l'emporter). Sur le stand de Hello Harriet, j'hésitais entre deux modèles: Chouchou m'a impérieusement désigné celui-ci en me disant "C'est tout toi". Euh, OK, alors. Dommage qu'on ne retrouve dans leur boutique Etsy qu'une petite partie des produits que j'ai admirés ce week-end (les tattoos temporaires lapins, en particulier, sont très choupinets). 




D'accès gratuit et très bien organisée (même si je déplore l'absence d'un stand de rafraîchissements), cette Renegade Craft Fair était une excellente occasion de découvrir de jeunes créateurs. Au final, le style uniformément gentillet manquait toutefois un peu de mordant à mon goût. Disons que je ne fais pas exactement partie du public-cible. Je ne retournerai pas à Londres exprès pour ça l'an prochain, mais si d'aventure je passe dans une ville où il y en a une, j'y ferai un tour avec plaisir.

mardi 25 novembre 2014

Le mardi où Titou me sauve de la noyade




Chouchou, qui part en rendez-vous professionnel de bonne heure ce matin, vient me faire des bisous alors que je suis encore tout ensommeillée. Avant de m'en aller, je compose vite fait un petit message sur la porte du buffet Ikea rouge avec des lettres magnétiques. 3 passages à la gare du Midi en 5 jours, je pense que c'est mon record personnel. Il me m'aura guère fallu que 26 ans de fréquentation des wagons-restaurant pour me rendre compte qu'en l'absence d'eau courante potable à bord d'un train, les serveurs préparent les boissons chaudes à la Cristalline. Suggestion de sport extrême: traverser un TGV bringuebalant avec un gobelet de thé bouillant à la main. La fin de "The Unnaturalists" me plaît beaucoup plus que le début et me donne envie d'acheter la suite. J'ai mal calculé mon coup - aux alentours de Valence, j'ai épuisé tout le matériau de lecture que j'avais emporté. Par chance, je retrouve au fin fond de mon iPad un numéro de Real Simple que je n'avais pas encore parcouru. A mi-chemin entre Marseille et Toulon, mon train s'arrête pendant une heure et demie pour cause de voies inondées et impraticables. Un pompier s'en prend violemment aux contrôleurs (qu'il imagine peut-être responsables des intempéries?). Je me dis que tant que j'arrive à choper le bus de 20h15, ma foi, ça ira. Nous arrivons à Toulon à 20h05; je cours sous la pluie avec ma grosse valise jusqu'au quai n°3... qui est désespérément vide, comme d'ailleurs le reste de la gare routière. Après vingt minutes d'attente vaine, je me décide à claquer les 40€ et quelques que coûte un taxi jusqu'à Monpatelin en tarif de nuit, mais aucun chauffeur ne veut m'emmener parce que les communes voisines sont sous les eaux, et que la mienne risque de l'être aussi. Certes, je pourrais passer la nuit à l'hôtel, mais je n'ai que des livres dans ma valise - pas de pyjama, pas d'affaires de toilette, pas de tenue de rechange pour demain... Mortifiée, je me résous à appeler Titou. Qui me dit tranquillement: "Je suis là dans dix minutes". Et qui me conduit chez moi en pleine nuit sous un déluge effrayant, me déposant devant ma porte malgré la barrière à l'entrée de l'avenue. Cet homme est un héros*. Ma voisine Solange, chez qui je passe chercher mon courrier, m'annonce que le couple de l'appartement d'à côté, qui s'occupait beaucoup d'elle en mon absence, vient de déménager. Je suis un peu inquiète, et j'espère que les nouveaux locataires seront serviables eux aussi. Ma mère, que j'ai tenue au courant de mes mésaventures, m'appelle une fois pour savoir si je suis bien arrivée à Monpatelin, puis une seconde fois un peu plus tard pour savoir si mon sauveur est bien rentré chez lui - ce doit être la première conversation sincèrement affectueuse que j'ai avec elle depuis des mois. Le risotto à la truffe blanche Picard manque nettement de cuisson (et ne vaudra de toute façon jamais celui de Chouchou). La météo prédit du mauvais temps pour les 48h à venir, mais je m'en fous: j'ai un chauffage qui fonctionne, une montagne de boulot, des kilos de thé en réserve et de sacrées bonnes fréquentations.

*(et un excellent photographe amateur dont vous pouvez admirer le travail ici)

Un afternoon tea au Milestone Hotel




Outre la Renegade Craft Fair qui était l'objet initial de notre déplacement à Londres (et dont je vous parlerai dans un autre article), j'avais très envie de faire l'expérience typiquement britannique de l'afternoon tea. L'Afternoon Tea Bus Tour me tentait pas mal, mais £45 pour un goûter même très bon et servi dans de la vaisselle kawai, je trouvais ça un peu abusé; de plus, comme je suis sujette au mal des transports, je n'étais pas sûre que ce soit une bonne idée de manger en roulant; enfin, je me disais que s'il faisait mauvais, la balade perdrait tout son intérêt. Au final, j'ai demandé à ma prof de yoga, qui a grandi à Londres, si elle avait un endroit "traditionnel mais pas guindé" à me recommander, et elle s'est spontanément écriée "The Milestone Hotel!". Un petit tour sur leur site internet, et j'ai aussitôt réservé pour vendredi 17h, le dernier service de la journée. 





Le jour venu, j'ai bien cru que jamais nous ne trouverions le Milestone Hotel. Il me semblait me souvenir que le site internet indiquait "200m sur la droite en sortant du métro", mais je n'ai rien osé dire et j'ai suivi le GPS de l'iPhone de Chouchou qui nous a baladés sous la pluie, dans le froid, l'obscurité et des rues désertes pendant trois quarts d'heure. Lorsque nous avons finalement déboulé dans le hall d'un hôtel très chic, haletants et trempés de sueur, nous avions une demi-heure de retard. Nous n'avions pas eu l'occasion de nous changer; Chouchou était en sweat Gap/jean/Dr Martens, alors que le dress code de l'établissement stipule qu'on doit être "elegantly dressed". J'ai cru que le serveur allait nous éconduire avec un petit reniflement hautain. Pas du tout, il nous a fait un grand sourire, a balayé mes excuses d'un aimable "no problem at all" et nous a conduits à une petite table dans le coin du fond, sans doute celle que j'aurais moi-même choisie si on m'avait laissé faire. De là, nous avions une excellente vue sur le reste de la salle; nous étions loin de la cheminée (de toute façon éteinte) mais près d'une jolie fenêtre encadrée de rideaux douillets, et surtout, nous étions assis à une table "à manger" plutôt qu'autour d'une table basse qui nous aurait obligés à nous mettre dans une position malcommode pour déguster notre goûter. Si j'étais venue avec un groupe de copines, je pense que j'aurais apprécié les canapés, mais là, pour un tête-à-tête d'amoureux, c'était parfait! 




Nous avons opté pour le "traditionnal tea" - ajouter une flûte de champagne, voire des fraises à la chantilly, ne m'aurait pas déplu, mais l'option de base représentait déjà un certain investissement... Parmi la carte des thés assez bien fournie, et pas seulement en thés noirs/anglais, Chouchou a pris un Darjeeling et moi une fleur de thé blanc au chrysanthème. (Plusieurs fois durant l'heure et demie suivante, les deux serveurs se sont relayés pour remettre de l'eau chaude dans nos théières, puis pour changer le thé après trois infusions.) 




Côté gourmandises: nous avons reçu pour deux un présentoir à gâteaux contenant douze finger sandwiches (des sandwiches au pain de mie, mais garnis d'ingrédients d'une super qualité, notamment un saumon dont Chouchou m'assure qu'il déchirait sa mémé poisson), une douzaine de mini-pâtisseries toutes différentes, aux saveurs recherchées et franchement sublimes (hélas, nous n'avons réussi à en manger que la moitié) et quatre scones (pas terribles, à ma grande déception) accompagnés d'une confiture de fruits rouges maison et d'une clotted cream tellement épaisse que la petite cuillère tenait à la verticale dedans. Le problème, c'est que j'ai calé assez vite et vraiment eu l'impression de gaspiller. Il est possible de demander une boîte pour emporter ce qui n'a pas été consommé sur place, et j'apprécie beaucoup l'initiative, mais ce n'est pas nécessairement pratique quand on est déjà chargé et qu'on loge dans une chambre d'hôtel sans frigo. Du coup, l'addition a eu un peu de mal à passer: à £36.50 par personne, plus le service, nous en avons tout de même eu pour environ 55€ chacun, un prix que je ne mets que rarement même dans un dîner au resto. Ca fait cher le goûter. 




Sauf que dans un afternoon tea en général, et dans celui du Milestone Hotel en particulier, on ne paye pas seulement le contenu de l'assiette, mais aussi le cadre, l'atmosphère et le service. Or, ces trois points étaient absolument irréprochables. La salle est élégante et douillette à la fois, avec des proportions qui font qu'on se sent presque "à la maison" - quand un feu brûle dans la cheminée au coeur de l'hiver, ce soit être le summum de la cosytude. L'atmosphère est chic mais définitivement pas coincée, et nous avons été enchantés par le service impeccable, prévenant sans aucune obséquiosité. Malgré nos tenues peu appropriées et les jouets que nous nous amusions à prendre en photo sur la table, nous avons été traités avec une amabilité souriante et sans faille. Non, l'afternoon tea au Milestone Hotel n'est pas bon marché (cela dit, il reste plus abordable que celui de beaucoup d'autres endroits!), mais je le recommanderais sans hésiter à quelqu'un qui souhaite faire cette expérience gourmande typiquement britannique, aussi bien en couple qu'en famille ou entre amies. 

1 Kensington Court
(oui, c'est bien à quelques centaines de mètres sur la droite en sortant du métro...)
London W8 5DL
Métro: High Kensington Street
Possibilité de réserver en ligne

lundi 24 novembre 2014

Le lundi où je suis entre deux trains et trois pays




Comme je sors des toilettes où mon système digestif vient de me signifier sans aucune ambiguïté qu'il n'a pas DU TOUT apprécié le grand n'importe quoi alimentaire de ces trois derniers jours, Chouchou m'annonce que les anciens locaux du Virgin des Champs-Elysées vont être repris par les Galeries Lafayette - j'ignore laquelle des deux nouvelles me fait le plus ch c'est nul. Préparatifs habituels avant mon départ pour Toulon demain: charger mon iPad et mon vieux Nokia, bourrer deux mètres cube d'affaires dans un bagage cabine, reporter dans mon carnet de sac les tâches à effectuer durant les dix jours à venir, remplir une caisse clic-clac avec le linge sale que Chouchou devra passer à la machine en mon absence. Pour faire mieux qu'en 2013, nous devrons trouver au moins 7 géocaches d'ici le 31 décembre (vraisemblablement, durant notre city trip de Nouvel An à Porto): challenge accepted! Je n'ai pas encore fini le magazine acheté à Londres et je viens déjà de m'y abonner pour un an malgré un prix au numéro pas négligeable frais de port compris - mais comment résister à des sommaires tels que "time travel/popcorn/lucky teeth" ou "gardeners/bad decisions/cocoa pops"? Diantre, le frigo est quasi-vide et je n'ai aucune envie de sortir faire des courses pour mon déjeuner. Tant pis, une mini-diète ne me tuera pas. Par contre, pour mon quatre heures, je vais faire péter le chocolat en poudre de luxe Whittard. La journée aura été courte mais ensoleillée, c'est toujours ça de pris. Note à moi-même: la courge qu'il n'y a pas besoin d'éplucher, c'est la butternut - pas le potimarron qui, au contraire, est une purge à dépiauter. "Je peux t'aider?" demande Chouchou avec un timing impeccable au moment où je referme le couvercle de la marmite sur les cubes oranges filandreux obtenus au péril de la vie de mes doigts. EmilySunny nous a croisés à Londres ce week-end (alors qu'on repartait de chez Camellia's) et n'a pas osé nous aborder: dommage! Plus je lis de tweets de gens que le bouquin d'Amanda Palmer a fait fondre en larmes au bout de 10 pages, plus je me dis que ça va être beaucoup trop touchy-feely pour moi et que le côté "émotions à vif" va me faire bloquer sur un message que j'imagine pourtant très intéressant. Comme d'habitude, je n'ai pas envie de partir en laissant Chouchou, mais comme d'habitude, je sais qu'une fois à Toulon, j'apprécierai ma solitude provisoire.

Oh Comely, magazine au charme étrange et discret




Bien que j'aie cessé d'acheter de la presse féminine classique, je continue à beaucoup aimer l'objet magazine et à rechercher sans cesse de nouveaux titres susceptibles de m'intéresser. Durant ce week-end à Londres, je suis tombée sur une couverture dans les tons verts dont l'accroche ultra-sobre m'a interpelée: "Time travel/Popcorn/Lucky Teeth". Il ne m'en a pas fallu davantage pour embarquer le numéro 22 d'Oh Comely. A l'intérieur, j'ai découvert une maquette dépouillée et des illustrations minimalistes, beaucoup moins colorées que ce qui m'attire d'ordinaire. Mais j'ai tout de suite été séduite par le concept original qu'avait choisi l'équipe de rédaction: explorer diverses facettes du nombre 22. Ainsi, on peut lire l'interview d'une mathématicienne sur le sujet, des portraits de gens qui habitent au numéro 22 de leur rue ou se connaissent depuis 22 ans, le récit d'une expérience culinaire consistant à composer un repas à partir du numéro 22 des menus de plusieurs restaurants asiatiques... Très éloigné du pseudo-glamour de la presse féminine classique, le magazine ne cherche pas à vendre de fringues ou de cosmétiques (il n'y a d'ailleurs que 2 ou 3 pages de publicité réservées à de petits créateurs) et ne promeut aucun stéréotype de genre. Il ne milite pas non plus contre quoi que ce soit: il se contente de s'intéresser à des sujets aussi décalés qu'anodins, sans importance réelle mais non dénués d'intérêt humain et souvent riches en poésie. Sa fantaisie n'est pas visuelle mais intellectuelle. Bizarro-contemplatif, il devrait beaucoup plaire aux fans de Miranda July. En tout cas, il a suffisamment excité ma curiosité pour que je m'abonne aussitôt. Si jamais vous voulez en faire autant, vous pouvez obtenir une réduction de £2 en passant par ce lien. Besoin d'un peu plus que cet article pour vous faire une opinion? Oh Comely tient aussi un très chouette blog (dans lequel, curieusement, on retrouve beaucoup plus de rubriques "classiques" que dans le magazine lui-même). 









dimanche 23 novembre 2014

Le dimanche londonien qu'on consacre à des activités vaguement culturelles




Plaisir largement sous-estimé: traîner au lit, blottis l'un contre l'autre sous une couette douillette, pendant que la pluie tambourine à la vitre d'une chambre d'hôtel spartiate et que dehors, le ciel n'a même plus de couleur. C'est l'effet magique "Bisou Pixie". Puisque la météo nous fait la tronche, exceptionnellement, je vais mettre du sirop d'érable sur les pancakes de mon all-american breakfast. "That was quick", constate la serveuse en récupérant nos assiettes vides - elle nous a pris pour des mangeurs amateurs ou quoi? Je bénis le génie qui a eu la bonne idée de faire sortir les souterrains de la station South Kensington directement dans le musée Victoria & Albert. Quand Chouchou m'a dit qu'il voulait voir une expo intitulée "Disobedient objects", j'ai imaginé un truc un peu délirant à base d'objets du quotidien qui pètent les plombs et font le contraire de ce qu'on attend d'eux. En réalité, le thème est celui de la protestation sociale et de ses instruments physiques - les objets de la désobéissance plutôt que les objets désobéissants, donc, ne peut s'empêcher de critiquer la traductrice en moi. La carte qui matérialise à l'aide de points lumineux l'évolution des foyers de soulèvement dans le monde depuis les années 70 (à l'époque: une douzaine chaque mois; aujourd'hui: toute la planète brille comme un sapin de Noël) glace le sang et donne espoir en même temps. Face à la pire des oppressions, les gens finissent toujours par trouver un moyen de se rebeller, quel que soit le prix à payer. Et certains de ces moyens sont extrêmement imaginatifs, voire étonnamment poétiques. Par contre, j'ai besoin de théine en urgence pour chasser un vilain début de migraine. A la cafétéria prise d'assaut, on me sert un thé bouillant et trop infusé. Du moins les gobelets à emporter sont-ils ravissants (bien que tout à fait inutiles, puisqu'il est interdit de sortir de la salle avec). Il nous reste deux heures à tuer, et le musée d'histoire naturelle voisin nous tente avec son aile consacrée aux dinosaures. Longue file d'attente dans le froid et sous une pluie battante: il faut vraiment être motivés. Et prêts à affronter l'armada des parents munis de poussettes grosses comme des chariots de supermarché, avec lesquelles ils n'ont aucun scrupule à défoncer les chevilles des gens qui se trouvent devant eux. J'en balancerais bien quelques-uns au T-Rex, pour l'exemple. Obligés de finir la visite au pas de course, mais de toute façon, la salle de la baleine bleue est trop chargée et pas vraiment photogénique. Le Wasabi local est bondé: tant pis, repassons à l'hostel chercher nos bagages et mettons directement le cap sur King's Cross/St. Pancras: nous mangerons là-bas. Le rayon bouffe à emporter de M&S rivalise très bien avec un Exki - je dois juste me retenir d'embarquer des shortbreads et des scones en plus de notre repas du soir. Mes boots de moto qui avaient franchi le portique de sécurité sans problème à l'aller le font sonner au retour: pourquoi? Aller me ravitailler en lecture chez W.H. Smith en laissant Chouchou installé sur un banc avec les bagages; à mon retour, le banc est vide, et je fais trois fois le tour du terminal en proie à une panique grandissante jusqu'à ce que je retrouve Chouchou posé un peu plus loin sur un siège plus confortable qui s'est libéré entretemps. Je vais être contente de dormir dans mon propre lit ce soir. 

samedi 22 novembre 2014

Le samedi où les renards et les chats de Londres rattrapent un peu le coup



Mal et peu dormi cette nuit. On nous avait dit que le petit-déj' était servi jusqu'à midi: on avait juste négligé de nous prévenir qu'à partir de 9h, le buffet n'était plus rechargé, et à 9h20, il ne reste plus que deux tranches d'épaule anémiques épaisses comme du RizLaCroix, plus des mini-barquettes de margarine et du Lipton jaune. Y'a pas à dire: le choix de cet hostel était super inspiré. Quand je passe au Boots voisin où une commande faite hier est censée m'attendre, la vendeuse met tellement de temps à la trouver que je crains que la série noire d'hier ne soit vouée à se poursuivre aujourd'hui, mais finalement, je récupère bel et bien mon pot de body soufflé au pamplemousse de chez Origins - alléluia! Première géocache du séjour (une nano magnétique sans grand intérêt) sur le chemin de Brick Lane. Dès l'ouverture, pas mal de monde à la Renegade Craft Fair. C'est grand, c'est lumineux, et il y a une pléthore d'exposants même si je déplore une certaine uniformité dans les styles. Je craque pour une assiette illustrée d'un renard masqué et de la mention "Bandit biscuit", un petit mug orné d'une machine à écrire et un tote bag sur lequel un chat suprêmement mécontent assène un simple "No" - parce que, selon Chouchou, "c'est tout à fait toi". Je ne sais pas comment je dois le prendre. J'aurais bien embarqué cette magnifique poupée renard, mais à £120, elle sort un peu de mon budget! Je résiste aussi à divers colliers et broches, ainsi qu'à diverses cartes en letterpress. En sortant, nous traînons dans Spitalfields, ancien quartier industriel en voie rapide de boboïsation. Beaucoup de street art très sympa dans le coin. Au marché couvert, je me laisse tenter par deux petites robes en pur synthétique mais à joli imprimé et prix riquiqui, tandis que Chouchou se met torsepoil sur un autre stand pour essayer des T-shirts de monstres qui lui vont terriblement bien. Nous déjeunons tardivement dans un diner du nom fort à propos de The Diner, où je me régale d'un burger végétarien halloumi-poivrons rouges grillés-avocat-pesto et reste un peu perplexe devant mon hard tea à base de vodka, de purée de cerises et de thé aux fruits rouges. Cap sur Oxford Circus et descente habituelle vers Liberty's. OH MON DIEU, ils vont redonner "Cats" à partir du 6 décembre au théâtre d'Argyll Street! J'aime beaucoup les lumières de Carnaby Street, surtout la tête de Père Noël moustachu. Si les Irregular Choice n'étaient pas si inconfortables, j'aurais adoré m'offrir ces escarpins à talon licorne. Avec ses balustrades festonnées de guirlandes lumineuses, Kingly Court prend des allures féériques - dommage que le salon de thé Camellia's où nous avions passé un si bon moment l'an dernier soit pris d'assaut. Deuxième géocache du jour remportée grâce à la technique du "roulons-nous une galoche sauvage pour que les Muggles gênés détournent le regard et ne se rendent pas compte que Chouchou farfouille en hauteur afin de s'emparer du container". Troisième géocache impossible à trouver dans l'obscurité déjà bien installée. Début de mal aux pieds; un thé quand même chez Camellia's, mais dehors où j'ai froid et où rien n'invite à s'attarder; pipi dans les toilettes voisines où je choisis un box sans papier et demande à l'occupante du box voisin si elle veut bien m'en faire passer sous la cloison mitoyenne; visite infructueuse chez Hamley's; quatrième géocache impossible à trouver pour la même raison que la précédente. Vers 19h, nous atterrissons dans un boui-boui de Chinatown recommandé par Yelp. Je me laisse tenter par un canard rôti à la pékinoise, délicieux sur le moment, et qui me file envie de vomir dix minutes après la dernière bouchée avalée. Je dois me faire une raison: le soir, je ne peux plus avaler ni sucre, ni gras. Mon tour de taille se réjouit d'avance, mais mes papilles sont en deuil. Un Coca tiède sans glace ni gobelet, que Chouchou descend me chercher au bar de l'hostel après notre retour, a raison de ma nausée. J'espère arriver à faire une vraie nuit cette fois...

vendredi 21 novembre 2014

Le vendredi où Londres se montre exceptionnellement hostile envers nous



L'Eurostar a eu presque une heure de retard à l'arrivée (le "presque" est important, puisque grâce à lui, nous ne serons pas dédommagés). Le système de check-in de notre hostel était en rade quand nous sommes arrivés à midi dans le quartier excentré et déprimant de Shepherd's Bush. Nous avons dû laisser nos bagages dans une consigne payante en panne d'encre, qui nous a sorti un ticket vierge au lieu du code-barre nécessaire pour rouvrir notre casier. La salle commune en sous-sol étant vraiment trop déprimante, nous nous sommes réfugiés dans un café voisin pour avoir du wifi et chercher où aller ensuite. J'y ai bu un thé vert hors de prix et parfaitement dégueulasse. A la sortie, il s'est mis à pleuvoir, et bien sûr, avec toutes ces contrariétés, j'avais oublié mon parapluie dans ma valise désormais inaccessible. Nous avons remonté Neal Street en quête de trois magasins: Origins a disparu, Yumi aussi, l'ex-Collectif vend désormais essentiellement d'horribles combinaisons en nylon vintage à £1. A 15h, la nuit commençait à tomber; j'avais emporté un manteau trop léger et je me caillais sévère. Nous nous sommes prévu une bonne marge pour nous rendre au Milestone Hotel où nous avions réservé pour un afternoon tea, et qui se trouvait exactement à 200m en ligne droite de la station de métro Kensington High Street; moyennant quoi, batterie d'iPhone en rade, nous avons tourné 45 mn dans un quartier désert et, alors que la crise de nerfs menaçait, fini par arriver à bon port échevelés (pour 50% d'entre nous), en nage et en retard d'une demi-heure sur notre réservation. Nous finissions nos finger sandwiches quand deux hommes d'affaires français ex-HEC accompagnés de leurs trophy wives sont venus s'installer sur le canapé voisin et ont commencé à discuter de New York qu'ils adorent, de Miami et San Francisco où ils ont des succursales, de la France où ce n'est vraiment plus possible d'entreprendre, du monde qui est heureusement devenu un village, et du Hyatt où ils descendent habituellement quand ils sont à Londres. Un pianiste a débarqué, je me suis crue sauvée: c'était jusqu'à ce qu'il attaque une version jazzy de "Everybody's gotta learn sometimes" en chantant d'une voix chevrotante. On a demandé l'addition, et j'ai été prise de mal au coeur, mais sans trop savoir si c'était à cause du montant ahurissant une fois le service ajouté et le total converti en euros, ou du sucre et du gras que je venais de m'enfiler (2 bouchées pâtissières et demie + 1 scone clotted cream/confiture, apparemment, c'est désormais trop pour mon système digestif). Quand nous avons voulu regagner l'hôtel, les deux lignes de métro qui passaient par Kensington Hight Street étaient arrêtées pour une raison inconnue. Nous avons cherché une <s>alternative</s> autre solution et opté pour le bus 49. Qui nous a démarré sous le nez à l'arrêt le plus proche. Enfin arrivés à l'hôtel, nous avons poireauté plus de 20 mn dans un pub à la musique débilo-hurlante pendant que le client précédent, qui n'avait pas les moyens de payer sa chambre, essayait d'embrouiller la réceptionniste et refusait de lâcher l'affaire. Tout ça pour le privilège de débarquer dans une chambre à la fenêtre cassée en position ouverte alors qu'il gèle dehors et que nous surplombons un carrefour hyper bruyant. Bref, la seule chose positive que je peux dire sur cette journée, c'est qu'à côté d'elle, demain ne peut être que meilleur!