dimanche 11 mai 2014

Regarder "Two for the road" et mesurer ma chance


"Two for the road" (en français, "Voyage à deux") est sans doute l'un des films les moins connus d'Audrey Hepburn, assez loin des comédies pétillantes qui l'ont imposée comme une icône culturelle. Dans "Breakfast at Tiffany's", "Sabrina", "My fair lady", "Funny face" ou "Roman holidays", l'actrice jouait à fond la carte du charme mutin. Ici, elle interprète Joanna Wallace, femme d'un architecte à succès avec qui elle a des rapports extrêmement tendus. Alors que tous deux descendent en voiture dans le sud de la France pour rejoindre un client généreux mais très exigeant qui est devenu la principale pomme de discorde entre eux, nous découvrons peu à peu comment leur complicité des débuts a viré à l'aigre au fil des ans. L'histoire est racontée de façon non linéaire à travers les différents road trips qu'ils ont fait ensemble au cours de leur dix ans de mariage. Au fur et à mesure qu'ils repassent aux mêmes endroits, les périodes de leur vie se superposent de cette façon chronologiquement destructurée dont je raffole au cinéma comme en littérature. Plus le temps passe, plus ils ont d'argent, plus les cheveux de Joanna raccourcissent et plus la liste des récriminations mutuelles s'allonge. Plus leurs voitures sont belles, plus les palaces dans lesquels ils descendent sont luxueux, moins ils rient et jouent ensemble, moins ils ont de choses à se dire. En regardant le film pour la 3ème fois mercredi dernier, j'ai pensé à "The bed song" d'Amanda Palmer qui parle en substance de la même chose. Je me suis dit que, malgré les disputes, j'avais une chance fabuleuse d'avoir trouvé quelqu'un avec qui je m'amuse toujours autant au bout de presque 8 ans, quelqu'un qui me fait si souvent rire aux éclats, quelqu'un qui a des opinions intéressantes sur tout, quelqu'un qui est ma personne préférée au monde, quelqu'un avec qui j'adore partager des aventures, quelqu'un à qui j'ai encore envie de parler pendant la moitié de la nuit alors qu'on bosse le lendemain. Et aussi, une chance fabuleuse de vivre à une époque où le divorce existe, une époque où on peut avoir une deuxième chance en amour (voire une troisième, en ce qui me concerne...), une époque où on n'est pas obligé de subir une relation pourrie jusqu'à la fin de ses jours. 

samedi 10 mai 2014

Swap couleur: le paquet que j'ai offert et celui que j'ai reçu




Pour ce swap couleur, j'avais choisi comme binôme une lectrice canadienne qui me lit depuis les tout débuts du blog et qui est venue s'installer à côté de Monpatelin au moment où je commençais à vivre à temps partiel à Bruxelles. Au bout de 9 ans, je me disais que ça serait quand même bien qu'on se rencontre, et que l'échange de nos paquets respectifs ferait une très bonne occasion. Hier après-midi, nous nous sommes donc retrouvées dans un salon de thé pour papoter autour d'un jus d'abricot et déballer notre petit Noël hors saison. 

Nous avions toutes les deux choisi la couleur verte. Le paquet que j'ai confectionné pour Taz contenait:
- une boîte à thé en métal remplie de "En attendant la pluie", un thé vert aux agrumes, au gingembre, à la menthe et à la citronnelle que je trouve fabuleux en infusion froide: avec les températures qu'il fait en ce moment dans le Var, ça devrait tomber à pic!
- un petit carnet pour prendre des notes au quotidien - comme moi, Taz en a toujours un dans son sac.
- un polar à la couverture verte, "Les Lois de la vengeance", qu'elle pourra attaquer après avoir terminé sa lecture actuelle: "The Rosie project".
- des marque-pages annotables (trouvés chez Rose)
- des petits papiers à message en forme d'arbres à "planter" sur un clavier d'ordinateur (trouvés chez Filigranes)
- un grand foulard (acheté chez Veritas)




De mon côté, à l'intérieur d'une belle boîte de rangement, j'ai trouvé:
- un petit pot d'herbes aromatiques conservées dans du gros sel; Taz qui l'a préparé elle-même m'assure que c'est délicieux d'en mélanger une petite cuillère à la soupe et que ça se gardera sans problème jusqu'à cet hiver
- une bouteille de velouté de courgettes à la menthe produit par l'AMAP à laquelle Taz prend son panier bio, et que je boirai sans doute froid pas plus tard que ce soir!
- un Smash Book, grosse coqueluche des blogueuses/scrappeuses depuis 2 ans maintenant
- un livre de cuisine végétarienne dans lequel j'ai déjà repéré plusieurs recettes à tester (il y en a plein avec des asperges, Chouchou va être ravi!)
- un flacon de parfum d'intérieur au thé vert et au citron, à brûler dans un diffuseur

J'avoue que même si j'adore recevoir des paquets par la Poste, la rencontre IRL a ajouté un vrai plus à ce swap. J'ai passé un moment très agréable avec Taz, prolongé par une petite visite dans ma librairie toulonnaise préférée où elle a fait l'emplette d'une bédé que j'ai traduite (et moi d'une autre dont je vous parlerai sans doute bientôt). Un swap fort réussi, donc!

Et vous, vous en êtes où? Si vous avez un blog et que vous y publiez un compte-rendu, n'hésitez pas à laisser un lien dans les commentaires de ce billet (que tout le monde pourra retrouver facilement en passant par l'onglet "Swap" sous ma bannière). 

vendredi 9 mai 2014

Earl White de Simon Lévelt




Longtemps je me suis couchée de bonne heure j'ai ignoré que le Earl Grey, bien qu'étant à la base un mélange de thé noir et de bergamote, existait aussi en version verte et blanche. Puis les thés box auxquelles je suis abonnée se sont chargées de faire mon éducation sur ce point. Après 14 ans passés à consommer du thé en quantité astronomique et à me considérer, sinon comme une spécialiste, au moins comme une amatrice très éclairée, il était plus que temps! Aussi, lorsque durant notre excursion à Maastricht du week-end dernier, je suis tombée par hasard sur un Earl Grey blanc à prix tout doux chez Simon Lévelt, j'ai décidé de me faire ce petit cadeau. 




A la base, je ne raffole pas du Pai Mu Tan (ou Bai Mu Dan), le thé de Chine blanc qui sert de base à ce mélange, mais son mariage avec la bergamote donne une infusion agréablement parfumée, très plaisante en bouche bien que pas nécessairement subtile. Chouchou aime beaucoup aussi, et nous en avons fait notre thé des goûters du week-end. L'ennui, c'est que mon sachet de 50g risque de ne pas faire long feu, et qu'il n'y a pas de boutique Simon Levelt en Belgique ou en France. Quelqu'un aurait-il une autre marque plus facilement trouvable à me recommander pour un bon Earl Grey vert ou blanc? 

jeudi 8 mai 2014

#MyTopTenBooks


Début avril, une libraire a lancé #MyTopTenBooks: il s'agit tout simplement de faire une pile avec vos 10 livres préférées, de la prendre en photo et de la publier sur Twitter avec le hashtag correspondant. Suite au succès de l'idée, une poignée d'amateurs se sont amusés à décortiquer les résultats. Il se trouve que j'avais déjà fait ce genre de sélection il y a presque 5 ans, mais en séparant littérature fantastique et littérature générale). Sans consulter mes billets de l'époque, je me suis amusée à refaire un classement tous genres confondus (à l'exception de la bédé, parce que vraiment, mélanger ça et les romans/récits écrits, je ne peux pas). Le choix fut bien entendu cornélien; au final, j'ai tenté de prendre les livres qui m'avaient le plus marquée ET qui correspondaient à un moment fort ou une grande tendance dans ma vie. 




Sans surprise, 9 livres figuraient déjà dans l'un ou l'autre de mes classements précédents. Le seul nouveau venu, c'est "Hokkaido highway blues" de Will Ferguson, qui représente mon amour pour le Japon et pour les récits de voyage à la première personne. J'ai pourtant lu d'excellentes choses ces 5 dernières années... Mais je pense qu'au fil du temps, la capacité d'éprouver un vrai choc littéraire s'émousse. Plus on a de points de comparaison, plus il devient difficile pour une oeuvre de susciter une émotion ou une réflexion encore inédite. J'imagine que si je refais ce Top Ten dans dix ans, il n'aura pas beaucoup changé... Et vous, vous mettriez quoi dans le vôtre?

Thé Box "Mr. Grey & Ms. Black"




J'avoue: quand j'ai découvert que le thème de la Thé Box d'avril était... le café, j'ai poussé les hauts cris. Aucune envie de me retrouver avec une boîte pleine d'échantillons de cette boisson que je déteste. Par chance, mes craintes se sont révélées infondées!




Dans une jolie boîte dont le motif m'a fait penser à ceux de l'illustratrice Oelwein (et qui est en réalité signée Coline Girard), j'ai découvert:
- 4 sachets individuels de La Compagnie Coloniale: 2 Caramel & Fleurs (sur base de thé noir), 2 Ceylan Vanille
- 4 sachets individuels de Les Jardins de Gaïa: 2 de thé noir fumé bio, 2 de thé blanc aux fleurs bio
- 1 sachet de 10g de Cape and Cape: Green Mountain (rooibos vert)
- 2 sachets de 10g de Rishi Tea: Pu-erh Ginger bio et Earl Grey bio
- 1 sachet de 15g d'un mélange créé spécialement par la Thé Box: Tea Time! (sencha à la fraise, au fruit de la passion, au pamplemousse, à la rose, à la crème de rhubarbe et de mangoustan, avec divers pétales de fleurs et morceaux de fruits)
- 1 sachet de 20g de café éthiopien Negele Gorbitu
- 2 petits pots individuels de Les Confitures à l'Ancienne: gelée de cassis et pâte à tartiner au chocolat
- 4 biscuits Poilâne "La petite cuillère"




Même s'il n'y a au final qu'un seul café, l'essentiel de cette boîte va encore faire plaisir à mes amis, car je n'en consommerai personnellement pas grand-chose. Malgré la qualité de la Thé Box et les 2 ou 3 belles découvertes qu'elle m'a permis de faire, je ne vais sans doute pas tarder à me désabonner. Je continuerai cependant à me rendre sur le site dans l'espoir que leurs créations (notamment le fabuleux mélange "Igloo" qui était dans la boîte de décembre dernier) soient un jour disponible à l'achat hors box... 

mercredi 7 mai 2014

L'étoffe dont on fait les maîtres du monde


Quand je dis que je me considère comme introvertie, la plupart des gens de mon entourage ouvrent des yeux ronds. C'est vrai que je suis bavarde, sûre de moi, et que je n'ai pas du tout peur de prendre la parole en public ou devant une caméra. Mais la compagnie des autres vide mes batteries, et c'est dans la solitude que je les recharge. Toute activité sociale me demande un effort d'adaptation continu; au bout de quelques heures, je n'ai plus qu'une envie: rentrer chez moi, retrouver le silence, entendre de nouveau mes pensées, ne plus craindre de dire un truc blessant ou inapproprié. Ca ne signifie pas que je n'ai jamais besoin de compagnie, et que je n'apprécie pas de côtoyer certaines personnes; ça signifie juste que ma sociabilité est l'exception, non la règle. 

L'autre soir, j'ai fait un énième test de personnalité inspiré du Myers Briggs et obtenu le résultat suivant:

Le penseur dynamique est une personne sûre et indépendante. Il rayonne d'enthousiasme et d'énergie. Il poursuit ses objectifs activement et énergiquement. Il aime les nouveaux défis par-dessus tout. Ce type de personnalité est propre d'un leader né, compétent, énergique et responsable. Il a l'œil pour les erreurs et il peut critiquer sans pitié s'il voit que le succès d'un projet est en danger. S'il perturbe quelqu'un en le faisant, il s'en moque. Il est par contre toujours ouvert à des arguments objectifs. Il adore les discussions, il a le sens de la répartie et il est excellent pour convaincre et encourager les autres. 

Comme il est très sociable, le penseur dynamique adore avoir un tas d'amis autour de lui, de préférence ceux qui partagent ses intérêts et avec qui il peut discuter de thèmes en tout genre. Il est très direct mais jamais de façon malhonnête. Pour celui qui est prêt à tolérer quelqu'un qui parle toujours avec franchise, il sera un ami loyal et un ferme conseiller. Tout ce qui est nouveau et inconnu stimule et éveille la curiosité du penseur dynamique. Par contre, les règles, la routine et les choses traditionnelles éveillent sa résistance. Si quelque chose ne va pas comme il le veut, il réagira de façon un peu entêtée et obstinée.

Le penseur dynamique attend beaucoup de lui-même et des autres. Pas facile pour celui qui ne rentre pas dans son cadre. Il paraît parfois sévère par sa franchise. Il sera aussi difficile pour le partenaire et la famille du penseur dynamique de le satisfaire. Il sait exactement ce qu'il veut et le compromis est inconcevable pour lui. Ceux qui veulent un partenaire penseur dynamique doivent avoir une forte personnalité et indépendance, et une confiance en eux suffisante pour offrir un certain type de résistance à cette personnalité dominante. Normalement, pour le penseur dynamique le partenaire n'a qu'une place secondaire, après le travail. Il aime par contre avoir quelqu'un à ses côtés qui connecte avec lui intellectuellement, avec qui il puisse avoir des objectifs communs et d'intéressantes conversations pendant toute la nuit; d'ordre pratique de préférence, vu que le sentimentalisme et l'idylle ne sont pas son fort.

"C'est tout moi, ai-je dit à Chouchou, à un gros détail près: je ne suis pas du tout sociable. Du coup, pour le potentiel de leader, on repassera. C'est pas encore demain que je deviens maître du monde."

"Tu confonds manager et leader, m'a répondu Chouchou, imperturbable. Le manager a besoin d'être sociable parce qu'il gère les gens au quotidien. Le leader se contente de les inspirer de loin. On peut très bien être un leader sociopathe. Prends Steve Jobs par exemple. Ou Mark Zuckerberg. Brillants, charismatiques mais, euh... hautains."

"Des gens désagréables, quoi."

"C'est ça."

Du coup, si j'arrive à accoucher d'un concept génial un de ces quatre, j'ai ma chance.

Carnet en vente ici

Le mariage oublié




Quand je descends du TGV au bout de six heures et demie de voyage, je suis une femme investie d'une mission: faire pipi. Vite. Je me dirige vers les nouvelles et très belles mais très payantes toilettes de la gare de Toulon. Je fouille mon porte-monnaie Totoro: damned, pas de monnaie, et je connais suffisamment bien les employées du Relay attenant pour savoir qu'elles refuseront de m'en faire à moins que je n'achète quelque chose.
Au-delà du portillon, j'aperçois une jeune femme aux proportions généreuses qui s'agite devant les lavabos. Je songe à l'interpeler, pensant que c'est peut-être une dame pipi, mais elle n'a pas franchement l'air de nettoyer, plutôt de s'inspecter dans la glace. Tant pis. Je vais acheter un magazinàlakon et, munie d'une précieuse pièce de 50 cents, fonce à l'intérieur des toilettes. Je viens d'ouvrir la porte d'un des box quand la voix de la jeune femme s'élève derrière moi. 
"Excusez-moi madame, vous auriez une minute?"
Je me fige avant de soupirer et de me retourner de mauvaise grâce. 
"Vous pourriez me dire si ce que je porte, ça peut aller pour un mariage? J'ai complètement oublié que j'avais ça ce soir et je ne suis pas sûre...", explique-t-elle, embarrassée. 
Je la détaille. Elle porte un top bandeau vert clair froissé qui lui comprime la poitrine et accentue sa silhouette en pomme, plus une sorte de pantalon noir molletonné trop long pour elle qui tire-bouchonne sur ses mollets, et des baskets compensées. Déjà, pour la vie de tous les jours, ce serait moche, alors pour un mariage... 
Mais la jeune femme, qui doit avoir une vingtaine d'années, semble horriblement malheureuse. Je n'ai pas envie de lui mentir; je n'ai pas non plus envie de l'enfoncer. Au fond, qu'est-ce que ça peut foutre, comment elle est habillée? On ne va pas à un mariage pour faire sensation avec sa tenue, on y va pour partager un moment important avec les nouveaux époux. Ou en tout cas, on devrait. Alors, je rassemble le peu de diplomatie dont je dispose. 
"Bah, votre pantalon est foncé, ça passe partout, ça... Et puis dans un mariage, ce n'est pas vous que tout le monde va regarder," lui dis-je avec un sourire qui se veut rassurant. 
"Oui... Peut-être... Vous devez avoir raison...," répond-elle, moyennement convaincue. 
Alors, pour détendre l'atmosphère, je lance en riant:
"Franchement, comment vous avez fait pour oublier que vous aviez un mariage?"
Elle prend un air navré.
"Ben, je travaille de nuit, je suis tout le temps fatiguée, vous savez ce que c'est..."
Et c'est mon tour de me sentir embarrassée, parce que non, je n'ai pas la moindre idée de ce que c'est de travailler de nuit et d'être fatiguée au point d'en oublier un mariage. Je m'obstine à plaisanter quand même.
"Bon, tant que ce n'est pas le vôtre, ça peut encore passer". 
La jeune femme glousse un peu. 
"Ne vous en faites pas, ça va aller, lui dis-je avant de battre précipitamment en retraite à l'intérieur du box. 
Quand je ressors délestée du demi-litre de thé bu depuis le matin, la jeune femme est encore en train de s'examiner sous toutes les coutures en essayant vainement de s'arranger un peu. 
J'espère qu'elle aura réussi à s'amuser quand même. 

mardi 6 mai 2014

"Life after life"


Février 1910. Ursula Todd vient au monde pendant une épouvantable tempête de neige qui bloque toute circulation dans le petit coin de campagne anglaise où habitent ses parents. Etranglée par son cordon ombilical, elle ne survit pas. 

Février 1910. Le docteur réussit à atteindre la propriété de Fox Corner et à sauver l'enfant. Ursula grandit entre un père banquier affable, une mère très cultivée mais quelque peu acerbe, un grand frère agité et brutal, une grande soeur dotée d'un fort caractère et d'une intelligence développée, une cuisinière bourrue et une servante irlandaise. 

Juin 1914. Ursula se noie lors de vacances à la mer. 

Juin 1914. Un peintre amateur repêche Ursula juste à temps. 

Janvier 1915. Ursula grimpe sur le toit de sa maison pour récupérer le tricotin que son frère vient de lancer par la fenêtre, et fait une chute mortelle. 

Janvier 1915. Avant de grimper sur le tabouret, Ursula hésite. Sa soeur entre dans la chambre à ce moment-là et repêche le tricotin à l'aide d'une crosse de hockey. 

Novembre 1918. La servante des Todd se rend à Londres pour les célébrations de l'armistice. Elle y contracte la grippe espagnole et contamine Ursula, qui succombe dès le lendemain. 

Novembre 1918. Saisie par un inexplicable pressentiment, Ursula tente d'éviter la servante à son retour de Londres mais ne fait que retarder leur rencontre. 

Novembre 1918. Sans trop savoir pourquoi, Ursula veut tellement empêcher la servante de se rendre à Londres qu'elle la pousse dans l'escalier...

Et ainsi de suite. Une vie après l'autre, les ténèbres viennent emporter Ursula; mais une vie après l'autre, ses prémonitions (qu'elle qualifie d'impressions de déjà-vu) lui permettent d'éviter la mort... jusqu'au carrefour suivant. Parfois, elle est victime de ses propres choix, et parfois, c'est le simple hasard ou une décision d'autrui qui précipite sa fin. Dans la plupart de ses existences, elle suit plus ou moins le même chemin: un travail administratif dans un ministère, pas de mari ni d'enfants, quelques amants au long cours, une activité de sauveteur bénévole durant le Blitz. Mais il arrive aussi qu'elle s'en écarte assez spectaculairement. Une fois, un viol subi à l'âge de seize ans fait dérailler toute la suite de sa courte vie; une autre fois, elle épouse un Allemand et se retrouve coincée à Berlin lorsqu'éclate Seconde Guerre Mondiale... 

Dire que j'ai été fascinée par ce roman de Kate Atkinson serait encore en-dessous de la vérité. Loin d'un "Groundhog Day" littéraire, répétitif et ennuyeux, "Life after life" est un roman d'une extrême richesse, qui dépeint aussi bien la douceur de vivre dans la campagne anglaise que l'horreur quotidienne des bombardements. Il offre au lecteur une saga familiale aux personnages extrêmement bien campés, l'éblouit par l'intelligence de sa structure narrative et lui donne le tournis avec toutes les questions qu'il soulève. Si j'ai tendance à penser que beaucoup de gens surestiment la proportion dans laquelle des forces extérieures modèlent leur destinée, je tombe sûrement dans l'excès inverse, à croire presque exclusivement en l'auto-détermination. Avec un brio éblouissant, "Life after life" démontre que les événements indépendants de notre volonté exercent autant d'influence que nos propres choix, mais que les uns comme les autres déterminent le cours de notre vie de façon si imprévisible que même avec la prescience (certes limitée) d'Ursula, nul ne peut jamais être certain de la manière dont les choses vont tourner.

Je n'ai qu'un seul regret: que tous les efforts de l'héroïne pour "faire les choses correctement cette fois" semblent converger vers le plus gros poncif de la littérature de voyage dans le temps (qui n'est en aucun cas le thème du roman). Mais comme cela n'occupe que quelques pages sur les plus de 600 que compte "Life after life", il est assez facile de passer outre, et de refermer le livre complètement chamboulée en regrettant qu'il ne s'agisse pas de toute une série à laquelle le sujet se prêterait fort bien. 

"Life after life" n'est pas encore traduit en français, mais Kate Atkinson étant un écrivain connu et cet ouvrage ayant remporté le prix Costa en 2013, nul doute qu'il devrait l'être rapidement. 

lundi 5 mai 2014

Geocaching in Maastricht


A cause de la situation professionnelle de Chouchou qui vient juste de se débloquer, nous n'avons pas pu bouger depuis le début de l'année, et ne pourrons sans doute pas faire de "vrai" voyage avant la rentrée de septembre dans le meilleur des cas. Du coup, j'ai décidé de profiter du beau temps que nous avons en ce moment pour explorer certaines villes accessibles en 2h de train maximum depuis Bruxelles. Première sur la liste: Maastricht, située juste après la frontière des Pays-Bas - pays où nous n'avions encore jamais fait de geocaching. 





Samedi, après un changement dans la gare-coquillage futuriste de Liège, nous débarquons à Maastricht peu avant midi. Nous commençons par chercher une cache derrière la gare, dans un quartier absolument pas touristique. Elle est censée se trouver sur un trottoir, et nous passons dix bonnes minutes à fureter en vain (y compris sous les plaques d'égout). Nous sommes sur le point d'abandonner quand Chouchou repère une prise électrique qui n'a rien à faire là. Au même moment, quelqu'un qui a dû nous voir tourner dans cette rue où personne n'a aucune raison de traîner comme nous le faisons, sort d'un des commerces voisins pour nous demander si nous sommes des géocacheurs. Puis, alors que nous venons juste de nous emparer du container, un jeune homme arrive en vélo et nous pose la même question: il est le colocataire du créateur de la cache. Nous nous loguons et repartons satisfaits.




De l'autre côté de la gare, nous descendons la grande avenue qui se dirige vers la Meuse. Je fais un bref arrêt chez le torréfacteur néerlandais Simon Lévelt, où j'achète un filtre à thé en métal et de l'Earl Grey blanc. Puis, comme il commence à faire faim, nous nous entrons au Café Zondag dont les fenêtres grandes ouvertes révèlent un intérieur accueillant. Pas de menu en anglais, mais avec l'aide du serveur, je parviens quand même à choisir une tartine fromage de chèvre-"tapenade" aux noix-tomates séchées, tandis que Chouchou opte pour un panini. Nos deux jus de poire arrivent très vite et sont délicieux, mais ensuite, nous attendons nos plats un bon quart d'heure en cette heure de très grande affluence. Pas de souci, nous avons emporté de la lecture! Le repas est bon et bien moins cher que ce que nous aurions payé à Bruxelles pour un casse-croûté équivalent. 




L'estomac rempli, nous nous remettons en chasse dans les jolies petites rues pavées de la ville. De l'autre côté de la Meuse, où s'étend la partie la plus animée du centre de Maastricht, nous traversons un ancien moulin ouvert au public. Dans la petite cour de derrière, une maison à oiseaux fixée à une gouttière attire immédiatement mon attention. C'est bien la cache. Dommage que sa petite porte soit cassée et que son contenu risque de tomber à tout moment; j'espère que le créateur passera bientôt pour la réparer. 




En sortant du moulin, nous repartons dans le mauvais sens, ce qui ne va pas arranger l'état de mes pieds (entre les talons de mes bottines et les pavés, les pauvres souffrent énormément), mais qui va nous permettre d'admirer quelques sympathiques installations de street art.




La cache suivante se situe à l'intérieur d'un magasin d'ustensiles de cuisine où le signal GPS ne passe pas. "Le numéro du coffre est celui du bâtiment", nous informe la fiche. Débrouille-toi avec ça. Nous entrons et commençons à chercher. Rien d'intéressant au rez-de-chaussée. Au sous-sol, en revanche, nous découvrons une salle des coffres et réalisons que nous devons nous trouver dans une ancienne banque reconvertie. Il ne nous faut que quelques instants pour repérer et sortir une des caches les plus originales de notre carrière! Nous ne l'avons même pas encore ouverte quand une voix s'élève derrière nous. "Geocachers?" C'est un couple de collègues qui se loguent à notre suite.




Je commence à avoir vraiment très mal aux pieds, mais il reste une cache que je veux absolument faire. Nous nous traînons jusqu'à une communauté de hippies d'artistes située en bord de Meuse. L'entrée est gardée, d'un côté par un dragon en fer-blanc, de l'autre par un arbre qui a visiblement été yarnbombé depuis un petit moment déjà: le lierre qui recouvre son tronc pousse à travers les mailles. La cache est censée se trouver dans l'allée, mais des gens papotent dehors autour d'une table et je me vois mal commencer à fouiner dans leur propriété. Heureusement, le container est énorme et placé bien en évidence juste derrière le dragon. Je regrette qu'il ne contienne rien d'autre que le logbook: ce n'est pourtant pas la place qui manque. Pour amorcer le trading, je laisse une figurine Disney. 





Après ces quatre belles découvertes, nous déambulons encore un peu dans les rues de Maastricht. Bien que je n'aie pas l'intention de faire de shopping, je suis un peu dépitée de constater qu'à très peu d'exceptions locales près, les magasins sont les mêmes que dans n'importe quelle grande ville du monde. Nous buvons une infusion de menthe fraîche dans un café où je repose mes pieds meurtris, et lorsque nous ressortons, tous les commerces sont en train de fermer - à 17h seulement. Tant pis. Nous reprenons lentement le chemin de la gare. Pour patienter en attendant notre train, nous faisons un goûter tardif chez Doug Egberts. Le retour est un peu pénible, avec plus d'une demi-heure de retard et deux gamins qui hurlent en continu sous le regard indifférent de leur père. Je suis contente lorsque nous arrivons à la maison, lessivés mais heureux de notre escapade. Prochaine destination dans le viseur: Knokke! 

dimanche 4 mai 2014

Un long week-end aussi bien rempli que nos estomacs, mais moins torturé que mes pieds




Alors que je suis mollement alanguie contre lui, Chouchou plonge son regard dans le mien et susurre: "Tu me fais penser à Popek", puis se tortille en tendant son iPhone à bout de bras derrière lui pour prendre un belfie; mais non, je ne rêve pas, on dirait que je commence à avoir des chevilles; attaquer ma compta pro mensuelle le 1er du mois suivant, c'est du jamais vu; pas facile de préparer une sortie geocaching quand toutes les fiches sont dans une langue que je ne connais pas; oh, un bébé dégâts des eaux un jour férié, comme ça tombe bien!; beaucoup de monde à la piscine, dont l'obligatoire gros con malotru qui tient absolument à faire du crawl dans un petit bassin bondé et sans couloirs où les gens nagent dans tous les sens; j'attends Chouchou dix minutes pour aller au sauna, mais quand on sort de la salle et qu'il pleut, il me donne spontanément son bonnet; surmontant ma robe-pull rayée et mes ballerines, le bonnet de Chouchou sous lequel j'ai planqué jusqu'à mon dernier cheveu me donne un petit air de Muskie dans "Le Vagabond des Limbes"; le Tom Yam annonce 1h20 de délai de livraison, tant pis pour le pad thai et les crevettes à l'ail; ainsi se termine la saison 3 de "Gilmore Girls", probablement la meilleure de la série; "Penseur Dynamique", c'est tout à fait moi, si on excepte la grande sociabilité et le désir d'être au centre de l'attention générale.




Chaque fois que je m'accorde quelques jours de congés, il fait un temps de merde; j'ai réussi à rafler le Georges-Arthur dans Farm Heroes, youpi!; recoudre enfin ce bouton manquant à la chemise turquoise de Chouchou; attaquer à bras-le-corps la question d'un éventuel changement de régime d'imposition en commençant un calcul différentiel, en envoyant un mail au Trésor Public et en dressant une liste de toutes les démarches à effectuer le cas échéant; "Non madame, les ampoules à baïonnette, ça n'existe pas en Belgique, c'est que en France"; acheter une parfaite petite jupe d'été pour trois sous espagnols chez H&M, et culpabiliser en pensant au drame de Rana Plaza; même quand je ne suis pas chez moi, je ne peux pas m'empêcher de remettre le rouleau de papier toilette dans le bon sens; aucun homme n'a jamais glissé ses doigts entre mes orteils comme le fait M. Oh; assise en face de moi chez Exki, une jeune femme aux cheveux blond foncé négligemment relevés en queue de cheval gratte furieusement dans un cahier ligné, et je dois me retenir de lui demander si c'est son journal intime; Chouchou est super content de sa nouvelle mission; si des malandrins nous sautent dessus à la sortie du Taihon, on n'aura qu'à leur souffler notre haleine chargée d'ail à la figure pour les mettre en fuite.




Mauvaise nuit, mais le réveil sonne quand même à 7h; le train est vraiment mon moyen de transport préféré; personne ne peut prouver que j'ai mangé ce XXX; bonjour je m'appelle Armalite et pour mes loisirs, je tâte l'intérieur des plaques d'égout; que de crânes d'animaux morts sur ces étals!; se retenir d'acheter une énième chope à thé mais sauter sur ce filtre en métal absolument parfait et se laisser tenter par un Earl Grey blanc; dans un endroit aussi touristique, comment se fait-il que personne n'ait eu l'idée de traduire le menu en anglais?; j'adore cette "tapenade" aux noix; mes nouvelles bottines sont très confortables à la base, mais les talons de 6 ou 7 cm sur des pavés, au bout de deux heures de marche, ça finit quand même par ruiner les pieds; formidable geocache dans l'ancienne salle des coffre-forts d'une banque transformée en magasin d'ustensiles de cuisine: profitons-en pour acheter une crêpière; les magasins sont vraiment les mêmes dans toutes les grandes villes du monde, ça me déprime un peu; changeons de table pour nous éloigner de ce couple qui boit des cocktails en mangeant des nachos bien puants à quatre heures de l'après-midi; comment ça, tout ferme à 17h? c'est encore pire qu'à Bruxelles!; oh oui, je kiffe les deux mômes qui hurlent pendant tout le trajet (rallongé de 36 mn courtesy of un incident technique sur la voie) sans que leur père songe jamais à leur dire de baisser la voix; "je vois quand tu es fatiguée: ton visage se décompose et tes cheveux aussi"; satisfaction de loguer dans notre 12ème pays depuis août 2010.




Le brunch-crêpes préparé par Chouchou pour étrenner la nouvelle poêle est un moment languissant, ordinaire et parfait; glandouiller devant l'ordi en écoutant des BO de films de Miyazaki; aurai-je assez de fil écru pour terminer mon ouvrage ou devrai-je en racheter une pelote? suspense; ce roman était tellement génial que je vais avoir le plus grand mal à en écrire une critique, mais il faut; quel putain de merdier gros bazar pour faire une redirection d'une adresse mail vers une autre!; en conclusion de ce long week-end bien rempli, pâtes à la Norma devant "Orphan Black".

Le hasard donne d'une main et prend de l'autre


Illustration empruntée ici

Le roman que je lis en ce moment (et dont je vous reparlerai très bientôt, car je le trouve génial) m'a amenée à réfléchir aux hasards qui modèlent notre vie tantôt en bien et tantôt en mal. Dans le domaine professionnel, j'ai un double exemple très frappant. 

Vers la fin des années 1990, on m'a proposé de reprendre en urgence une "série policière avec des vampires": la traductrice initialement pressentie avait lâché l'affaire en cours de route, se contentant de rendre les 100 premiers feuillets du tome 1 pour ne pas avoir à restituer l'avance qu'elle avait touchée. La date de remise convenue était déjà dépassée; il y avait urgence et j'avais la réputation d'être très rapide. C'est ainsi que j'ai "hérité" d'Anita Blake. Une quinzaine d'années plus tard, je viens de boucler la traduction du tome 20, et c'est certainement la série qui m'a rapporté le plus de droits d'auteur de toute ma carrière. Cette fois, la chance était de mon côté. 

Quelques années plus tard, j'ai appris rétrospectivement que l'un des éditeurs pour lesquels je travaillais beaucoup à l'époque s'était trouvé en concurrence avec Gallimard pour l'achat des droits de publication française de Harry Potter. Comme toujours dans ces cas-là, les enchères étaient montées - jusqu'au point où mon éditeur avait fini par lâcher l'affaire, raisonnant que des livres pour enfants, si gros de surcroît, ne se vendraient pas assez pour justifier un tel investissement. S'il avait eu un peu plus de flair sur ce coup-là, c'est à moi que serait revenue la traduction de la série. Cette fois, la chance était donc du côté de Jean-François Ménard, et je ne vous cache pas que je l'ai beaucoup envié (même si j'imagine que ses conditions de travail n'ont pas toujours dû être drôles). 

vendredi 2 mai 2014

Où je décide d'entamer une diversification professionnelle pendant un mois




Le secteur de l'édition se porte plutôt mal depuis 3 ans. Jusqu'ici, je n'en ai pas trop souffert: si mes droits d'auteur excédentaires ont chuté de 75% en 2 ans (glups), contrairement à certains de mes collègues, je continue à avoir assez de boulot pour remplir mon planning annuel. Mais cela pourrait très bien ne pas durer. Alors, je commence à envisager des solutions, sinon de repli, du moins de complément. L'une d'elles me trotte dans la tête depuis un petit moment, et serait une façon de capitaliser sur mes 10 années de blogging. Ce qui m'a retenue jusqu'ici? Je trouvais ça super présomptueux d'imaginer vendre quelque chose que j'aurais créé moi-même ou de monnayer mon expérience. J'avais l'impression que tout le monde allait me rire au nez ou dire: "Mais pour qui elle se prend?". Bref, j'avais la trouille. Et honnêtement, je l'ai toujours. Sauf que j'ai encore plus la trouille de passer à côté d'une chouette opportunité juste parce que je n'ai pas osé. Au final, même si je me plante, qu'est-ce que ça peut faire? Le ridicule n'a jamais tué personne. Et au moins, j'aurai essayé. 

Donc, en ce joli mois de mai qui est généralement mon préféré de toute l'année, celui où j'ai le plus d'énergie à consacrer à de nouveaux projets, j'ai décidé de:
- dresser la liste de tous les ouvrages que j'ai traduits depuis 20 ans (à vue de nez, dans les 220...) afin, d'une part de récupérer mes droits sur ceux qui ne sont plus exploités, et d'autre part, de me créer un profil LinkedIn détaillé. 
- commencer à développer mon idée principale: j'aimerais faire toute la première partie, qui consiste à produire le contenu, et m'occuper du contenant/support un peu plus tard. 
- me renseigner sur la législation qui entoure mon idée secondaire, me procurer l'un des outils nécessaires à son exécution et le tester pour voir s'il me convient.
(Oui, tout ça est volontairement vague et le restera jusqu'à ce que j'aie, disons, un ou plusieurs produits finis à présenter.)

Ca fait beaucoup de travail, et je ne m'attends pas à avoir tout fini en un mois, mais je voudrais avoir déjà donné l'impulsion initiale et investi assez de temps et d'énergie pour ne pas être tentée de laisser tomber en cours de route. Bilan le 31!

jeudi 1 mai 2014

"What did you eat yesterday?"


Shiro Kakei est avocat. Il a choisi de travailler dans un cabinet de taille modeste pour ne pas que sa carrière empiète sur le reste de sa vie. Agé de 43 ans, il conserve une beauté presque dérangeante. Il adore faire la cuisine et, comme il est très radin, il recherche constamment les bonnes affaires au supermarché - allant jusqu'à proposer à une inconnue de partager avec elle une pastèque en promotion. Ses collègues de travail ne sont pas au courant, mais Shiro est homosexuel et vit depuis quelques années déjà avec Kenji Yabuki, un coiffeur ouvertement gay au tempérament beaucoup cool et extraverti que le sien...

Ce manga de Fumi Yoshinaga, à qui l'on devait déjà "Le pavillon des hommes", offre un mariage très réussi entre bédé culinaire et chronique du quotidien d'un couple gay ordinaire. Chaque soir, Shiro prépare quantité de petits plats dont il récite la recette dans sa tête, et lorsque Kenji rentre à la maison, les deux hommes dînent en se chamaillant pour des questions de budget ou de jalousie. Leur relation est globalement bien acceptée; pourtant, Shiro est agacé par les réactions excessives ou maladroites de ses parents auxquels il n'a toujours pas présenté Kenji, et il répugne à dévoiler cette partie de sa vie privée à son entourage professionnel. C'est un héros assez froid et rigide, peu attachant au premier abord, mais on sent que l'auteur va révéler petit à petit les nuances de son caractère et les raisons de son amour pour Kenji - qui est a priori son contraire exact. Un manga plein de sensibilité, d'humour et de gourmandise, dont les tomes suivants vont paraître (en anglais) au rythme d'un tous les 2 mois. 

mercredi 30 avril 2014

April victory log




Administratif:
- Déclaration Agessa de revenus 2013
- Compta pro de mars
- Premier paiement en ligne de ma TVA

Boulot:
- Fin de "Hit List" (tome 20 de la série Anita Blake), soit près de 550 000 signes

Blog:
- 1 article en grande Une de HelloCoton (qui m'a valu mes premiers haters en 10 ans de blogging, et qui m'a obligée pour la première fois à censurer des commentaires!), et 3 autres en petite Une

Culture:
- 13 livres lus: 8 romans, 5 bédés
- 1 film vu à la maison: "Au bonheur des ogres"

Geocaching:
- 4 caches découvertes durant une balade dominicale dans Ixelles

Loisirs créatifs:
- Art journaling: pages 4-5 de l'atelier en ligne "52 weeks of..."
- Broderie: début de "Stitching Pin-Up"
- Crochet: une housse de coussin granny

Santé:
- 8 séances de HeartMath (meilleure moyenne: 7,0)

Sport:
- 3 cours de Pilates, 5 séances de piscine, 1 cours de yoga

La semaine de détox n'a pas fonctionné du tout cette année, et je suis toujours calée sur l'heure d'hiver (ce qui devrait plus trop durer, car Chouchou a repris hier un emploi de bureau avec des horaires de bureau). Cela dit, je ne me sens pas spécialement fatiguée, mais c'est sans doute dû à la météo clémente bien plus qu'à toute initiative personnelle, même si le sport, l'alimentation saine et les compléments alimentaires ont dû aider un peu. Avec ce genre d'objectif, il me paraît difficile de quantifier l'impact de chaque facteur individuel...

Un mois très contrasté, avec d'un côté de très beaux week-ends en amoureux et une nouvelle mission pour Chouchou; de l'autre, dix jours de crise d'angoisse et deux grosses disputes.

Avril 2014



mardi 29 avril 2014

Flow, le magazine qui me comble


Depuis plusieurs années déjà, je lorgnais en kiosque sur un magazine néerlandais appelé Flow dont la couverture attirait immanquablement mon regard, et dont l'intérieur feuilleté à la va-vite me faisait baver de regret. Un jour, je me suis dit: "Tant pis si je ne peux pas le lire, il est trop beau, je vais m'abonner à la version numérique juste pour le plaisir des yeux". Mais à ce moment-là, il n'existait pas de version numérique. Récemment, je suis revenue à la charge et j'ai commandé deux anciens numéros par la Poste. A leur arrivée, surprise: ils étaient en anglais! Sans m'en rendre compte, j'avais acheté les #3 et 4 de la récente version internationale. Je me suis jetée dessus comme une bobo sur un brunch dominical garanti 100% bio et no-gluten (oh wait...). Et vous savez quoi? Je l'ai trouvé encore mieux que Frankie qui était mon préféré jusqu'ici, mieux que mes espoirs magaziniens les plus fous, mieux que le magazine que j'aurais créé moi-même si on m'avait laissé carte blanche et un budget illimité. 

Dans Flow, pas d'articles psycho-cul débiles à la Cosmopolitan, pas d'incitation à rentrer dans le moule et acheter toujours plus de fringues hors de prix ou de cosmétiques inefficaces, mais pas non plus de considérations philosophiques ou spirituelles débitées sur un ton moralisateur qui me font décrocher en moins de deux. C'est le juste milieu parfait pour quelqu'un comme moi qui a la fibre créative, qui aime les voyages et s'intéresse aux autres cultures, qui aspire à consommer différemment, vivre sereinement et cultiver une attitude bienveillante. "Simplify your life, feel connected, live mindfully, spoil yourself", est-il d'ailleurs écrit en haut de la couverture. 

Dans le #3, j'ai découvert les confetti plantables et le site getyourguide.com où des gens du monde entier proposent aux touristes de vivre des expériences uniques dans leur ville; j'ai approfondi ma connaissance du freecycling; j'ai été fascinée par la notion de "temps élastique" en Indonésie; j'ai admiré le graphisme des affiches qui illustraient l'article sur la "pleasant propaganda"; j'ai réfléchi à l'art de la vulnérabilité, nommé ainsi en référence à une conférence TED de Brené Brown vue l'an dernier et qui m'avait déjà bien donné à gamberger; j'ai craqué pour les adorables dessins de stylos-plumes et d'encriers; j'ai été interpelée par les propos d'Alain de Botton (avec qui je ne suis pas souvent d'accord...) sur les bienfaits d'une vie ordinaire; j'ai presque eu envie de me remettre au Postcrossing; j'ai immédiatement commandé sur Amazon le livre "Missed connections" dans lequel Sophie Blackall illustre d'authentiques petites annonces de rencontres manquées; j'ai souri en lisant l'article sur Instagram; j'ai soigneusement mis de côté les paper goodies: une très belle enveloppe illustrée grande comme le magazine, et deux petits paquets de Post-It à fleurs. 

Dans le #4, j'ai découpé les ex-libris autocollants ornés d'adorables animaux, puis dévoré "davantage de bonnes raisons de lire un livre", "sortez de votre zone de confort", "prenez une seule photo plutôt que des milliers", "créez votre mur d'inspiration", "n'oubliez pas de respirer" ou encore "l'art de la solitude". La mise en page est un régal pour les yeux; les photos comme les illustrations sont magnifiques et font découvrir quantité d'artistes doués; les articles m'intéressent tous, même lorsqu'ils traitent de sujets avec lesquels je suis déjà familière, car ils proposent à la fois une vraie réflexion et des moyens concrets de mettre celle-ci en oeuvre; les paper goodies sont réellement craquants, les bonnes adresses internet pullulent, et chaque page irradie l'inspiration. Alors c'est vrai, à 12,95€ le numéro, Flow n'est pas précisément donné. Mais pour un trimestriel de 140 pages dans lequel il n'y a, de mon point de vue, absolument rien à jeter et qui m'enchante d'une couverture à l'autre, au point que je sais déjà que je vais conserver chaque numéro et le relire fréquemment, c'est un prix que je suis tout à fait prête à mettre!

Pour commander la version anglaise, c'est ici








lundi 28 avril 2014

Un week-end où les portions sont comme les voleurs: minuscules




Boucler la semaine de travail en se demandant pourquoi l'héroïne passe 320 pages à bavarder sur un parking ou dans une chambre de motel au lieu de pourchasser les tueurs en série; je suis fort tentée par cet atelier de reliure fin juin; commencer à lire les back issues de la version internationale de Flow reçus le midi, et tomber immédiatement amoureuse: c'est LE magazine que j'attendais depuis toujours; que mettre avec la robe Pepe Jeans rayée, les collants noirs à gros pois blancs ou les collants à étoiles?; étrenner les ravissantes bottines noires dénichées en solde chez Look 50's et se rendre rapidement compte que c'était un mauvais achat: elles sont très inconfortables; s'engouffrer au Shanti quelques minutes avant la fermeture pour faire provision de millet, de quinoa, de pâtes d'épeautre et de riz complet à risotto; au Nonbe Daigaku où nous fêtons les 44 ans de Chouchou, halluciner sur les portions minuscules; ressortir de là avec une faim encore tenace et se précipiter place Flagey pour acheter un gros cornet de frites que l'on partage assis sur un des bancs voisins; de retour à la maison, commander les back issues manquants de Flow et filer au lit pour continuer à dévorer les deux qu'on a; découvrir qu'un nouvel épisode de Tiny Thief vient de sortir et pousser des "hiiiiii" de joie; éteindre la lumière à 1h et, incapable de dormir, bavarder avec Chouchou de nos lectures de jeunesse pendant encore une heure et demie dans le noir; se marrer comme des baleines en récitant des passages d'Iznogoud ou de Lucky Luke; convenir que Lovecraft était un gros con(servateur) raciste mais que quand même, "L'appel de Cthulhu", ça roxait malgré l'espérance de vie ridicule des personnages; avoir les pieds fiévreux sous la couette.




Etre bien inspirée de se doucher la première, car ensuite la chaudière fait une crise et Chouchou doit se laver à l'eau glacée; comme il fait 22°, sortir jambes nues et en sandales pour la première fois de l'année; au yoga, retrouver Giorgia qui vient de passer plus de six mois à barouder en Océanie et en Asie du Sud-Est, et s'inquiéter pour Maria que personne n'a vue depuis longtemps; tomber sur l'ange du mariage et dire "nope, been there, done that"; moins 8° en une heure et demie: les sandales, c'était peut-être un peu prématuré; le site de Delhaize n'a pas pris en compte la modification de l'horaire auquel on voulait passer; coup de bol: toutes les commandes ont été livrées en bloc ce matin; au bout de 7 saisons, "The Big Bang Theory" me fait toujours autant rire; défaire et recommencer le dos de ma housse de coussin granny pendant que Chouchou passe l'aspirateur et la serpillère au salon; tourner un bon moment avant de repérer l'entrée du parking face au domaine royal tandis que Marie-Lucette le GPS part se coucher avec les poules; pique-niquer dans la voiture avec des trucs aux épinards de chez Exki; attendre une demi-heure sur le trottoir au milieu de la foule en se demandant si une averse va éclater ou pas; quand même, ils auraient pu trouver autre chose que des géraniums et des fuchsias à mettre dans ces kilomètres de passages; glousser à la vue d'un petit Gargamel bien planqué au milieu des fougères; admirer en sortant un beau coucher de soleil orangé derrière la basilique; profiter de la fin de soirée pour faire un tour chez Cook & Book et craquer pour le dernier Kate Atkinson avec un renard sur la couverture; dans Tiny Thief, être brillant, c'est bien, mais être lumineux, c'est mieux si on veut que les chauve-souris lâchent le cerf-volant; discuter de la dernière explosion de colère en date et savoir qu'elle est vouée à se reproduire encore et encore.




Impossible de s'arracher à la couette avant 9h30; les orteils troueurs de chaussettes ont encore frappé; se traîner à la piscine sans enthousiasme; une minuscule Japonaise à couettes équipée de brassards orange fluo nage légèrement plus vite que moi; un petit Esteban se fait hurler dessus par sa mère qu'elle a payé 5€ l'entrée et que ça n'est pas pour qu'il reste patauger dans un coin; ressortir avec une bonne fatigue et la satisfaction de l'effort accompli; le 60 nous passe sous le nez (sans doute se prend-il pour le nouveau 71); d'où sort cette nuée de clowns violets qui descend de la place Blyckaert?; dommage qu'il fasse un peu frisquet pour bruncher en terrasse; à la table voisine de la nôtre, un jeune homme très mignon déjeune avec son vieux père auquel il parle avec une infinie tendresse, sans cesser de lui toucher le bras, de lui caresser le crâne ou de lui faire des bisous, et je brûle d'envie de lui dire qu'il a bien raison d'en profiter; Dieu que le personnel d'APDM est désorganisé; une petite balade de geocaching couplée à une tournée des maisons Horta d'Ixelles; nous libérons enfin le Travel Bug dragon rapporté de Venise il y a 6 mois; un monsieur âgé dévale la chaussée de Wavre en vélo, sans casque, barbe blanche flottant au vent et sourire réjoui sur les lèvres; quand ma mère dit "y'a pas de souci", c'est que clairement il y en a un; chaque fois que je refais ce curry de pois chiches je le trouve un peu moins bon que la précédente; aura-t-on droit aux fesses de Félix à chaque épisode d'"Orphan Black", et où puis-je trouver des lunettes identiques à celles de Cosima?; boire un thé des Gnawa à 21h c'est sans doute pas la meilleure idée du siècle mais j'en ai trop envie; mon pyjama a disparu: je soupçonne Chouchou, membre intégriste de la secte des Dortounus, mais il me jure sur la tête de son intégrale de Gotlib qu'il n'y est pour rien; je croyais que la fouine se planquerait dans un des tuyaux de l'orgue, en fait elle est dans le sapin; entre les cancers mentionnés presque à chaque page et le fait que s'être trompé de vie n'est pas du tout un sujet qui me parle, je pense que je vais rapidement laisser tomber le dernier Douglas Kennedy.

dimanche 27 avril 2014

Visite des serres royales de Laeken




Les serres royales de Laeken, qui ont la réputation d'être parmi les plus grandes et les plus belles d'Europe, ne sont ouvertes au public qu'une fois par an, l'espace de 3 semaines. Durant cette période, autochtones et touristes sont donc très nombreux à se presser pour les visiter. Afin d'éviter la foule, nous avions décidé de nous y rendre pendant la nocturne d'hier. Nous sommes arrivés une demi-heure avant l'ouverture des portes, et bien nous en a pris, car à 20h pile une petite marée humaine attendait derrière nous. Mais entrés dans les premiers, nous avons pu en marchant à bonne allure laisser tout le monde derrière nous et profiter de la visite sans personne autour pour parasiter nos photos. 




On commence par longer les serres de l'extérieur en traversant les jardins. La pluie menaçait, et je me suis réjouie d'avoir à la fois un parapluie et des chaussures confortables pour arpenter les grandes allées poussiéreuses. 






Le début du "parcours couvert" ne m'a guère impressionnée. Des kilomètres de géraniums, de fuchsias et d'hortensias: même pour quelqu'un qui n'y connaît pas grand-chose en plantes et en fleurs, on a fait plus exotique! 





Mais lorsqu'on pénètre dans les serres proprement dites, la patience est enfin récompensée. Les structures Art Nouveau sont magnifiques, voire grandioses à certains endroits, et se prêtent à de très belles "mises en scène" des végétaux. 














En tout, et en avançant à bonne allure, il nous aura fallu presque une heure pour visiter ces immenses installations qui valent effectivement le détour. 

Serres royales de Laeken
Ouvertes au public jusqu'au 9 mai 2014
Horaires ici
Accès par bus 53 ou voiture (parking gratuit face à l'entrée du domaine royal)
Entrée: 2,50€ pour les + de 18 ans