dimanche 9 septembre 2012

La fille du dedans


La fille du dehors se dit qu'une journée à se promener dans le centre-ville lui fera du bien. Son programme classique commence par un déjeuner au Sur la place, définitivement son resto du midi préféré. Elle lit le dernier Pratchett au bord de la fontaine qui gazouille en attendant son ardoise fraîcheur. Elle boit son velouté petit pois/menthe avec une paille rose, mange sa pastèque avec la brousse aux herbes, trouve le melon sucré juste comme il faut. 

La fille du dedans se dit qu'avec toutes les saloperies qu'il y a maintenant dans l'air, dans l'eau et dans la terre, le bio est une vaste blague et que chaque bouchée de nourriture avalée est un clou supplémentaire dans son cercueil. (Du coup, elle va faire l'impasse sur le dessert.)

La fille du dehors va prendre des nouvelles de son amie qui travaille dans la boutique voisine et donne des siennes en omettant l'essentiel. 

La fille du dedans entend des sons sortir de sa bouche et les trouve tout à fait dénués de signification comme d'intérêt. 

La fille du dehors pense qu'une ou deux nouvelles fringues de mi-saison l'aideront à se mettre dans le bain de la rentrée. Cette jolie robe rouge à fleurs de chez Naf-Naf, par exemple, qui lui va comme un gant en 38 (bénies soient les marques qui taillent grand). Ou ce T-shirt rayé noir et blanc La mode est à vous, avec une petite abeille rouge brodée sous le col. Elle en prendrait bien un deuxième, avec plein de détails rigolos, mais elle ne voit pas avec quoi elle le porterait, alors elle le remet sagement sur son cintre. 

La fille du dedans pense que de toute façon, aucune fringue ne la rendra plus mince, que ses placards débordent déjà et qu'elle ne tuera pas son blues à coups d'euros. Si c'était possible, ça se saurait depuis belle lurette. 

La fille du dehors furète à la Fnac en quête de CD qui ne sont pas en stock. Elle se rabat sur un roman de Yû Nagashima parce qu'elle a envie de retourner au Japon, que ça ne va pas être pour tout de suite mais qu'elle peut au moins voyager dans sa tête en attendant. 

La fille du dedans furète dans son stock de catastrophes écologiques potentielles et prend des paris sur la date du prochain accident nucléaire grave.

La fille du dehors répond au téléphone. Etre Exquis s'excuse: débordé de boulot, il ne peut pas manger avec elle cette fois. Il est tout triste parce qu'il a dû faire piquer son chien de 5 ans le matin même. Elle compatit sincèrement, et pour le resto, c'est pas grave, on se verra le mois prochain. 

La fille du dedans sent monter les larmes et les ravale sauvagement. 

La fille du dehors hésite: reprendre le bus là pour rentrer chez elle, ou remonter jusqu'à la gare en prenant un autre chemin? Elle a mal aux pieds, mais il fait beau, il n'est pas si tard, et elle a envie de tester le resto de sushis de la grande place. Halte à la fainéantise; elle décide de profiter au maximum de sa journée. 

La fille du dedans capitule et se roule en boule dans un coin obscur. 

La fille du dehors entre dans sa librairie bédé/jeunesse préférée et y fait l'emplette de trois ouvrages qui semblent pleins de poésie et de magie chacun dans son genre. Des pansements pour l'âme, se dit-elle. 

La fille du dedans ricane, et c'est un son douloureux qui blesse les oreilles. 

La fille du dehors s'installe à la terrasse du restaurant de sushis, encore déserte parce qu'il n'est même pas 19h. Elle commande une douzaine de makis (saumon/avocat, fromage frais/concombre) et un thé vert, lit un magazine qui ne surmène pas trop les neurones en attendant d'être servie. De l'autre côté de la place, un chanteur allume une boîte à rythme et entonne un air sud-américain devant un public clairsemé. Ca sent la fin de l'été. 

La fille du dedans a envie hurler qu'on s'en fout de tout ça, du monde qui part à la dérive, des saisons déglinguées, des objets qu'on entasse, des calories qu'on ingurgite et autres pauvres distractions éphémères. La seule chose qu'elle veut vraiment, c'est qu'on lui laisse son papa. 

La fille du dehors et ses lunettes roses. 

La fille du dedans et son coeur peint en noir.


Je voudrais créditer l'auteur de cette photo, mais je n'ai pas noté où je l'avais prise 
il y a déjà un petit bout de temps et je ne sais pas comment remonter à sa source...

samedi 8 septembre 2012

"La maison en petits cubes"


"Dans une ville entièrement immergée, un vieux monsieur résiste encore et toujours à la montée du niveau de la mer. Chaque fois que l'eau atteint son plancher, il est obligé de bâtir une nouvelle maison par-dessus la précédente, si bien qu'au fil du temps son logis a fini par ressembler à une immense pile de petits cubes. 
Un jour, alors qu'il s'est encore une fois lancé dans la construction d'une nouvelle demeure, ses outils tombent tout au fond de l'eau. Il enfile sa combinaison pour aller les repêcher, et au fur et à mesure qu'il descend à travers ses anciennes maisons, de lointains souvenirs lui reviennent en mémoire..."

Avant d'être le magnifique album déniché hier chez Contrebandes, "La maison en petits cubes" était un court-métrage d'animation qui a remporté un Oscar. Extrêmement poétique et extrêmement triste: j'ai versé ma petite larme à la fin. D'accord, j'ai les nerfs à fleur de peau en ce moment... mais je parierais qu'il touchera certain(e)s d'entre vous tout autant que moi.


 


My Thing 2




Chouchou et moi ne sommes pas mariés. Du coup, je ne sais jamais comment le présenter à mes connaissances qui le rencontrent pour la première fois:

- Mon amoureux: trop "Vanessa & Johnny" (et on sait comment leur histoire s'est terminée).
- Mon chéri: trop "soirée de l'ambassadeur".
- Mon compagnon: trop "groupe d'aventuriers de Donjons & Dragons".
- Mon partenaire: trop "joueurs de tennis en double".
- Mon copain: trop "années collège".
- Mon petit ami: trop "Anita Blake en VF" (même si moi, je n'en ai qu'un seul).
- Mon ami tout court: trop vague.
- Mon fiancé: trop pas vrai.
- Ma meilleure moitié: trop bassement flatteur.
- Ma moitié tout court: trop "orange platonicienne".
- Mon Chouchou: trop "praline enrobée de sucre à 8 milliards de calories le sachet".
- Mon Autre: trop "Lara Fabian feat. Maurane"
- Mon âme soeur: ...juste non.
- L'astre de mes jours: trop grandiloquent (et puis il ne faudrait pas qu'il prenne la grosse tête).
- L'homme de ma vie: "alors ça, tu ne pourras le dire que sur ton lit de mort", aimait à répéter mon ex. Indeed.

Si je vivais dans un pays anglophone, je dirais "my significant other" ou "my partner in crime". Là, franchement, je ne sais jamais quel terme employer. 

Et vous, lectrices qui comme moi vivez dans le péché, vous l'appelez comment, le monsieur avec lequel vous partagez un lit et des projets d'avenir? 

vendredi 7 septembre 2012

Mes 10 pires galères de voyage


- La pluie diluvienne qui s'est abattue sur l'Homme et moi pendant notre semaine en Toscane (juillet 2002). Des inondations historiques, qui ont même fait des morts dans le nord de l'Italie. Et nous, nous étions en moto. Obligés d'acheter des K-ways intégraux en catastrophe. Trempés quand même, et pas franchement au top de la sexytude - ni de la bonne humeur, pour le coup. Sérieusement, j'ai cru que j'allais rentrer en France avec des branchies.

- Le mal au ventre horrible chopé pendant mon premier voyage au Japon après six jours sans réussir à faire caca (mai 2005). Je vous avais prévenus que ça ne vous ferait pas rêver, hein! Mon vocabulaire japonais limité ne comprenant pas le mot "laxatif", j'ai souffert énormément et en silence. L'après-midi du sixième jour, j'ai largué mes compagnons de voyage et erré comme un colon souffreuteux une âme en peine dans les rues de Tokyo, m'arrêtant tous les cent mètres pour visiter des toilettes différentes dans l'espoir d'un miracle. La délivrance a fini par se produire au 3ème étage du Kiddyland d'Omotesando, que Bouddha le bénisse mille fois. Depuis, je ne voyage jamais sans un ou deux sachets de Forlax dans ma trousse de toilette.

- L'atterrissage en catastrophe à Toronto suite à une panne de générateur dans le vol Paris-Chicago, et au refus des autorités américaines de nous laisser nous poser sur leur territoire (mai 2006). "We're treating this as a serious situation" n'est PAS une phrase que vous voulez entendre prononcer par votre commandant de bord. Même quand vous n'avez pas spécialement peur de l'avion. Dans la rangée de devant, je crois que Junior et Autre Moi faisaient leur prière. 

- La moitié de nuit passée à tourner en voiture dans les rues de Phoenix sans réussir à trouver notre hôtel (mai 2006). Peu après le coup de l'atterrissage en catastrophe, donc, et avec 7 ou 8h de décalage horaire dans les dents. Nous n'avions pas de GPS, et pas pigé non plus que les panneaux indiquaient le nom, non pas des rues dans lesquelles nous nous trouvions, mais de celles que nous coupions. Sans l'insomniaque sorti pour glisser une K7 vidéo dans la boîte de dépôt d'un Blockbuster, et qui a pu nous indiquer notre chemin, nous y serions peut-être encore.

- Le troupeau de bisons qui a entouré notre voiture, nous obligeant à rouler au pas pendant plus de deux heures dans Yellowstone et à risquer notre vie en descendant faire pipi sur le bas-côté (mai 2006). Rétrospectivement, ça fait une bonne anecdote de voyage. Sur le coup, personne ne rigolait vraiment. Surtout pas les deux types juchés sur la moto voisine de notre 4x4, et qui auraient sans doute préféré se prendre une bonne averse toscane.

- La chaleur atroce dans Arches National Park (mai 2006). 42° à l'ombre, sauf que de l'ombre, y'en a pas. Et que la seule activité dans le parc, c'est randonnée sur terrain caillouteux et pentu en plein cagnard. Bouche desséchée, poumons en feu: j'ai cru que j'allais crever changée en Bolino. Plus jamais ça.

- La quasi panne d'essence en plein désert entre Van Horn (Texas) et Roswell (Nouveau-Mexique), là où les portables ne passaient pas et où on croisait environ une voiture par heure (juin 2007). L'unique station-essence située sur notre chemin, et où nous pensions faire le plein, s'est révélée à l'abandon depuis belle lurette. Nous nous en sommes sortis in extremis en achetant 2 gallons à un homme de service qui faisait le ménage sur une aire de repos. Il nous a dit que ce genre de problème arrivait tout le temps, et que s'il avait des sous de côté, il ouvrirait sa propre station-service dans les parages. Nous lui avons laissé $20 de dédommagement; ça a été l'essence la plus chère du voyage! 

- Le moment où je me suis aperçue, pendant un transit à l'aéroport de Madrid sur le chemin de Marrakech, que j'avais oublié ma carte bleue dans un distributeur bruxellois la veille (mai 2009).  Je n'avais, bien entendu, pas un seul dirham sur moi. Précède de peu, dans ce hit-parade, le moment où durant ce même voyage, je me suis aperçue que j'avais oublié mon appareil photo dans un restaurant où on s'était pris la tête avec le serveur. Croyez-le ou non, j'ai malgré tout passé une très bonne semaine au Maroc.

- La fois où Chouchou a failli passer sous un métro à Tokyo, le jour de ses 40 ans (avril 2010). L'espace d'une seconde, je l'ai vu écrabouillé sur les rails, et j'ai presque senti son sang et sa cervelle m'éclabousser. Mes jambes en ont tremblé pendant une bonne heure après - alors qu'il a juste eu un gros bleu sur un tibia et qu'il n'était pas plus secoué que ça de son côté.

- La croisière d'observation des baleines au large de Reykjavik (juin 2012). Avec trois pauvres nageoires de mini-baleines nulles, et autant de litres de vomi. So glamorous.

J'ai emprunté la première illustration à David Michaud, un photographe professionnel qui tient mon blog préféré sur le Japon

jeudi 6 septembre 2012

Mes 10 meilleurs souvenirs de voyage




- La balade à cheval dans le silence impressionnant de Monument Valley, avec Junior (juin 2007). Aux deux tiers, mon genou droit abîmé par un vieil accident de ski a lâché,  et comme notre guide najavo a continué à trotter, je me suis ruiné le coccyx en me tapant le cul sur la selle. J'ai grimacé en m'asseyant pendant une semaine, et la plaie de 3 cm de long ne s'est jamais refermée complètement. Mais ça valait le coup, y compris pour quelqu'un comme moi qui n'est ni amatrice de nature ni très branchée spiritualité. C'est vraiment un endroit à part.




- Le pique-nique nocturne de gyoza sur le toit d'un centre commercial, à Tokyo: parce que parfois, improvisation rime avec perfection (septembre 2007). A égalité avec le repas de gyoza au comptoir d'une échoppe de Namjatown, étonnant parc d'attraction en intérieur fréquenté exclusivement par les autochtones, pris un peu plus tard dans la même soirée. Oui, il est possible qu'on soit légèrement accros aux gyozas. C'est toujours mieux que le crack.




- Le shopping kawaii dans les artères couvertes parallèles de Kyoto, dont j'oublie tout le temps le nom à rallonge (septembre 2007). Chouchou et moi étions comme deux gosses devant les milliards de breloques de téléphone Godzilla ou Super Mario, les sushis et les donuts en peluche, les mini-poupées Blythe et les figurines d'héroïnes de manga mammairement avantagées, les pâtisseries aux improbables couleurs fluo et les temples bouddhistes planqués entre les échoppes.




- Ma première visite au musée du studio Ghibli, simplement magique (septembre 2007). Tout m'a enchantée, depuis le dessin animé diffusé en exclusivité dans une petite salle de cinéma jusqu'à l'adorable restaurant dont le strawberry shortcake tabassait tout en passant par la reconstitution d'atelier où l'on peut consulter les storyboards maison, le robot grandeur nature sur le toit et même le billet d'entrée fait d'un morceau de pellicule originale. Jamais je n'oublierai la mine dépitée de Chouchou quand il a vu que l'accès au chat-bus était réservé aux enfants de moins de 10 ans.




- Le tour de chaises volantes au Tivoli, parc d'attractions délicieusement vieillot, tandis que la nuit tombait sur Copenhague (septembre 2008). Le ciel était indigo et l'air froid nous mordait le visage; nous planions au-dessus du joyeux brouhaha de la fête avec, au-delà du mur d'enceinte, une vue imprenable sur les lumières de la ville.




- Le voyage en tortillard à travers les montagnes japonaises jusqu'au pied du mont Fuji (avril 2010). C'était la première fois que j'avais l'occasion d'observer vraiment le Japon rural; je me sentais comme dans un dessin animé de Miyazaki ou un manga de Taniguchi, quand le temps donne l'impression de ralentir et s'étirer jusqu'à l'infini.




- Le ciel bleu de Lisbonne et le soleil se reflétant sur les eaux du Tage à midi un jour de décembre, alors qu'à 6h du matin, j'étais à Bruxelles dans les températures négatives et la neige (décembre 2010). Les trois derniers mois avaient été très rudes psychologiquement, et jusqu'à la dernière minute, j'avais craint que notre vol soit annulé à cause du mauvais temps. Me trouver là dans les bras de Chouchou avait quelque chose de miraculeux. Depuis, ce moment est celui dont j'invoque le souvenir quand j'ai besoin de faire le calme à l'intérieur de moi.




- La longue recherche d'une géocache à 20 indices dans le village suisse de Gruyère (juin 2011). Nous avions le ventre plein de délicieuse fondue moitié-moitié, le stupéfiant café Geiger pour nous désaltérer, le spectacle enchanteur des montagnes vaudoises pour éblouir nos mirettes et deux amies merveilleuses pour nous tenir compagnie. Que demander de plus? Trouver la géocache à la fin, peut-être!




- Le jour perpétuel en Islande au début de l'été (juin 2012). La photo ci-dessus a été prise vers 2 ou 3h du matin. Pour moi qui ne supporte pas l'obscurité, c'était juste le rêve. 




- La baignade dans les bassins chauds du Blue Lagoon, avec du vin pétillant à la fraise et un masque de boue blanche (juin 2012). 

J'aurais pu en citer des tas d'autres, car j'ai eu la chance de visiter plein d'endroits inoubliables (notamment aux Zuess), mais ces moments-là sont ceux qui m'ont le plus marquée. Peut-être parce que j'ai partagé les neuf derniers avec Chouchou, et que ça leur donne encore plus de valeur. Cependant, comme on n'a pas toujours que des bonnes surprises à l'étranger, demain, je vous raconte mes 10 pires galères de voyage. Vous verrez, elles font déjà nettement moins rêver!

mercredi 5 septembre 2012

Zpagetti, 2ème tentative


Parce que j'avais pris plaisir à travailler le Zpagetti, ce gros fil en coton recyclé de l'industrie textile, j'ai voulu me lancer dans un deuxième ouvrage, mais avec un patron cette fois. Ne souhaitant pas investir dans le livre dédié, dont aucun modèle ne me plaisait vraiment, j'ai opté pour un des kits "sac à main" vendus 24,99€ chez Cultura: plus exactement, le Rimini. Il contenait deux petites pelotes de fil violet pour un total de 120m (soit l'équivalent d'une des grosses pelotes classiques), une anse, un crochet en bambou n°12 et un patron. J'aimais bien sa forme arrondie dans le fond, et surtout le fait d'avoir une vraie poignée solide, contrairement à la plupart des autres modèles où elle était également crochetée avec le Zpagetti, ce qui fait moins "fini" à mes yeux. 

Malheureusement, j'ai vite déchanté à l'examen du patron. Je me disais que s'ils étaient bien foutus, ces kits feraient un parfait cadeau pour une débutante au crochet. Ce n'est pas le cas: les explications sont tellement sommaires que même pour une "habituée" comme moi, elles en devenaient incompréhensibles. La traduction de l'anglais (la marque est australienne) y est pour quelque chose, mais même la VO manque beaucoup trop d'explications. Je n'ose la reproduire entièrement ici de peur d'enfreindre quelque copyright, mais croyez-moi, c'est le grand flou artistique. J'ai dû faire et redéfaire mon ouvrage 4 fois avant d'obtenir un résultat satisfaisant. 

Première constatation: avec un crochet n°12, il est possible de travailler normalement, sans forcer comme une malade... mais dans ce cas, on obtient un résultat lâche, à la tenue très insuffisante pour un sac à main (ou une corbeille à ouvrage, ou tout autre objet ayant besoin d'un minimum de rigidité). Deuxième constatation: si on crochète seulement le brin arrière, comme préconisé par le patron, on se retrouve avec un fond de sac qui ressemble à un morceau de gruyère d'emmental au niveau des augmentations, quand il faut faire deux mailles serrées dans la maille du dessous. J'ai donc décidé de piquer les deux brins... et là, adieu le fond joliment arrondi: je me suis retrouvée avec un fond solide mais plat. Ce qui ne me déplaisait pas forcément, mais qui donnait un sac très peu profond et vraiment minuscule.




Le résultat final n'est pas vilain, mais jamais je ne m'en servirai comme sac à main. Je pense plutôt le suspendre à la poutre de ma chambre qui surplombe la rambarde de la mezzanine, et y ranger quelque chose dedans: ma collection de breloques rapportées du Japon et de pin's achetés aux Zuess, peut-être. Je réitère mon plaisir à travailler le Zpagetti, mais ne recommanderais en aucun cas leurs kits à une débutante. 

I HEART magazine: arty, trop arty




Je ne sais plus où j'ai entendu parler de ce "magazine culture itinérant" qui consacre chacun de ses numéros trimestriels à une ville différente, mais le concept m'a immédiatement séduite. Après l'avoir cherché en kiosque sans succès, j'ai fini par me rendre sur son site internet pour, malgré des frais de port élevés, commander le numéro consacré à Bruxelles (que je connais bien maintenant, mais où je passe assez de temps pour avoir envie d'y découvrir de nouvelles choses) et celui consacré à Copenhague (où j'ai adoré mon séjour il y a 4 ans, et où j'espère bien retourner un jour prochain). 

A réception, je constate que I HEART est bien plus grand qu'un magazine normal: 23x30 cm. Moi qui apprécie les petits formats, c'est raté... Je suppose que c'est censé lui conférer un certain côté arty, car la maquette intérieure - par ailleurs sobre, lisible et agréable à l'oeil - aurait facilement pu être resserrée. Mon impression se confirme à l'examen du contenu. Passé l'obligatoire sélection de bonnes adresses par quartier (je retrouve pas mal de mes endroits favoris dans le numéro dédié à Bruxelles), je reste sur ma faim. Les interviews d'artistes locaux, essentiellement des musiciens, ne m'intéressent pas. Les articles consacrés à des sujets qui me parlent davantage sont très brefs: une photo pleine page face à quelques paragraphes de texte superficiel. Globalement, je trouve l'ensemble assez vide. Des portraits d'autochtones dans un style volontairement "amateur un peu raté", sans aucune présentation jointe, semblent être là pour faire du remplissage à peu de frais. Les pages shopping proposent une sélection beaucoup trop hype pour moi. Ce n'est pas que I HEART soit mauvais; je le trouve même assez bien ficelé dans son style. Mais ce style n'est pas le mien, et son contenu n'est pas ce que j'espérais. Dommage, vraiment. 

mardi 4 septembre 2012

Où les tigres auraient mieux fait de se garder leur météo rouge


A une petite déception près (un bouquin pas mauvais, mais auquel je n'ai pas accroché), ma cuvée de choix littéraires "Eté 2012" aura été un cru exceptionnel. Pour tout vous dire, je commençais à me sentir invincible au niveau du mojo, quasi persuadée d'avoir acquis l'instinct de la tueuse pour flairer un bon roman. 

"Tigers in red weather" s'est chargé de me remettre les idées en place. 

A priori, il avait tout pour me plaire. Le lieu et l'époque: l'Amérique après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale et jusqu'à la fin des années soixante. Le sujet: une histoire de secrets de famille dont l'essentiel se déroule dans une maison de Martha's Vineyard. Le procédé de narration: cinq points de vue successifs qui révèlent progressivement de quoi il retourne, avec des aller-retour entre différentes périodes-clés de la chronologie. La filiation littéraire: "Tigers in red weather" a souvent été comparé à l'oeuvre de Fitzgerald. 

Du coup, quand j'ai dû choisir un seul livre à mettre dans mon sac pour les cinq heures de train entre Toulouse et Monpatelin, c'est sur lui que mon choix s'est porté. Et croyez-moi, si j'avais eu autre chose à me mettre sous les lunettes dans l'Intercités, il serait parti dans la pile pour Pêle-Mêle au bout de trois ou quatre chapitres seulement. Personnages en carton-pâte. Style d'une platitude consternante. Dialogues navrants. Histoire aussi languissante qu'invraisemblable. Même la structure intéressante ne parvient pas à sauver ces tigres-là du naufrage le plus complet. A fuir absolument.

SUMMER 2012




J'ai découvert le jour perpétuel à Reykjavik et succombé au charme étrange des paysages islandais. J'ai beaucoup lu au resto, dans des bars ou des salons de thé, et accumulé les bonnes pioches avec "La carte du temps", "Salaam London", "The night circus", "L'embellie" et "The age of miracles". J'ai craqué pour "Sherlock" à la télé et pour "Le Lorax" au cinéma. Je me suis lancée dans la confection d'un couvre-lit à vagues multicolores (dont mon père a commenté qu'il devait être très à la mode dans la cordillère des Andes), et j'ai bricolé deux ouvrages en Zpagetti. J'ai modifié mon alimentation en supprimant les féculents blancs, les plats tout prêts, en diminuant radicalement ma consommation de viande et en passant au bio pour presque tout. J'ai adoré le sorbet au yuzu et la glace au caramel beurre salé. J'ai acheté un arc-en-ciel de slims et fait un carnage robes-chaussures pendant les soldes. Je me suis offert des fleurs plusieurs fois, parce que je le vaux bien. J'ai investi dans mon appartement en faisant changer les fenêtres. J'ai pesté contre un juillet froid et pluvieux, puis contre un août caniculaire. Après m'être pris la tête avec plusieurs participantes, j'ai décidé d'arrêter les swaps pour l'instant - et reçu deux colis de non-swap qui m'ont mis du baume au coeur. Je n'ai finalement pas pris le temps de faire mon ombré hair rose, mais je n'abandonne pas le projet. J'ai dit adieu à Scarlett après 17 ans de vie commune, et fêté ce qui sera peut-être le dernier anniversaire de mon père. Je n'ai pas travaillé énormément, ni blogué beaucoup comparé au début de l'année. J'ai vécu. 

lundi 3 septembre 2012

"Fermeture exceptionnelle"


Photo empruntée ici

Partie en coup de vent de chez mes parents ce matin, pas pu leur dire au revoir convenablement - et en même temps, pas trop de mots pour exprimer les sentiments ambigus qui sont les miens vis-à-vis d'eux en ce moment. Même chose avec ma soeur, avec qui la conversation dans la voiture s'est bornée à "Autoroute ou pas autoroute? Sortie Balma ou sortie Roseraie?". Dans le train pourtant à l'heure pour une fois, aucun effort d'amabilité avec la vieille dame assise à côté de moi, alors que d'habitude je suis toujours la première à me lever pour aider les gens qui galèrent avec leurs bagages. Arrivée à Monpatelin juste après une averse, bitume encore luisant de pluie, frisson dans l'air, une heure de bus pour arriver chez moi. Sac à courrier déposé par la voisine devant ma porte, tout maigre; personne ne me réclame d'argent, c'est déjà ça, mais aucun colis de swap ou de bouquins Amazon, aucune box beauté, aucune carte postale pour me donner le sourire. Frigo vide; primeur "fermé exceptionnellement ce lundi 3 septembre"; bonne boulangerie et fleuriste jamais ouverts le lundi; pharmacien qui m'informe que l'ordonnance de mon traitement expire ce mois-ci alors que je ne vois ma gynéco qu'en novembre. Boulot par-dessus la tête jusqu'à, euh, la fin de l'année. Rien de grave, en somme, juste un petit coup de blues. 

Okini, un bien étrange salon de thé


Lors d'un précédent séjour à Toulouse, comme je me promenais aux alentours de la place Esquirol, j'étais passée devant cette porte dont la couleur autant que la forme m'avaient fortement intriguée:




Ayant lu qu'il s'agissait d'un salon de thé japonais, je me suis dit que j'allais y emmener Chouchou pendant nos vacances. Notre première tentative, lundi dernier, s'est heurtée à une porte close et à la simple mention "FERME" sur un bout de papier. La deuxième, vendredi après-midi, fut la bonne. 

Tout au bout du couloir du rez-de-chaussée, nous avons franchi un noren et descendu un long escalier aux marches de pierre inégales qui s'enfonçait dans les entrailles du bâtiment. Nous avons débouché dans une cave sombre et humide, basse de plafond, à l'entrée de laquelle nous avons dû nous déchausser. Sur la droite, dans la partie légèrement surélevée, se trouvaient plusieurs petites tables noires avec des sièges assortis et un bar dans le fond. En face, des kawaïeries sur une sorte d'autel voisinaient avec une armure de samouraï. Sur la gauche, une grande table basse entourée de coussins pouvait accueillir tout un groupe de clients au milieu d'une profusion de mangas en VO. A part nous, il n'y avait que deux jeunes femmes en train de boire un thé. 






La serveuse nous a apporté la carte, sur laquelle figurent uniquement des thés verts. Un bon point pour l'originalité:




Chouchou a pris un Momigi Momoji et moi un Kokeicha Kukicha. Ils sont arrivés dans deux mignonnes théières en fonte rouge et bleue, d'une contenance de 33 cl. L'établissement proposait aussi quelques glaces et pâtisseries japonaises typiques (amateurs de haricots rouges, comptez-vous), mais il était encore tôt et nous ne mourions pas de faim après notre déjeuner au Solaneko. Et puis nous n'étions pas certains de vouloir nous attarder. L'atmosphère n'était pas précisément déplaisante, mais entre le manque de lumière naturelle et l'humidité (qui doit être encore pire en hiver...), nous ne la trouvions pas spécialement agréable non plus. Okini est certainement l'un des endroits les plus bizarres où j'aie jamais bu un thé. Et pour les amateurs d'ambiances étranges, le midi, on peut y savourer un menu unique à 9,50€ seulement. A essayer au moins une fois, je dirais. 

19, rue des Tourneurs
31000 Toulouse
Ouvert du mardi au samedi, de 12h à 19h

dimanche 2 septembre 2012

"L'âge des miracles"


Au début d'un automne que rien ne distinguait des autres jusque là, les journaux du monde entier annoncent que la rotation de la Terre est en train de ralentir et que les jours ont commencé à rallonger inexorablement. Personne ne sait pourquoi, et personne ne peut anticiper avec précision les conséquences de cet inquiétant phénomène. Mais très vite, les oiseaux commencent à tomber du ciel, les baleines à s'échouer en masse sur les plages et les plantes à mourir les unes après les autres. La gravité est perturbée, et le champ électromagnétique qui entoure la Terre se déchire. La consommation énergétique explose; les pannes d'électricité se multiplient. La population se divise en deux camps: celui des gens qui, conformément aux instructions gouvernementales, vont rester à l'heure des pendules malgré des périodes diurnes atteignant bientôt les 72h; et celui des écolos qui décident de régler leurs rythmes circadiens sur la nouvelle heure du soleil, au risque de devenir des parias au sein de leur propre communauté...

L'histoire est racontée, avec quelques années de recul, par Julia, 11 ans et demi au moment du ralentissement. Dans une ambiance de fin du monde, elle va traverser tous les problèmes inhérents  à cet âge où le corps commence à changer, où les relations avec les garçons prennent un autre tour, où l'on s'aperçoit que l'équilibre familial n'est pas aussi parfait qu'il y paraît. La menace diffuse qui plane sur l'humanité exacerbe les penchants naturels des adultes qui l'entourent. Sa mère paniquée entasse piles et boîtes de conserve dans chaque recoin de leur maison, tandis que son père médecin reste d'un calme à toute épreuve mais se montre de plus en plus absent. Julia, elle, observe les catastrophes écologiques qui s'enchaînent avec le détachement égoïste propre à l'adolescence. Au début, le ralentissement lui apparaît même comme quelque chose de vaguement excitant, une occasion de se rapprocher du garçon qui lui plaît. Moins angoissée que les adultes, plus adaptable et fataliste quant à son avenir sérieusement compromis, elle parvient encore à voir de la beauté et à trouver du plaisir dans les bouleversements radicaux que subit son environnement. 

Sachant que je suis une éco-flippée totale et que, par exemple, je n'ai pas dormi de la nuit après avoir lu cet article sur la piscine du réacteur numéro 4 de Fukushima, il est permis de se demander pourquoi je m'inflige ce genre de lecture. Peut-être que je suis maso. Peut-être que je cherche à apprivoiser mes peurs. Ou, tout simplement, peut-être que je ne veux pas me priver d'un très beau roman même s'il appuie là où ça fait mal. Et très beau, "L'âge des miracles" l'est sans aucun doute. L'auteure, dont c'est là le premier roman, parvient à raconter la rapide dégradation des conditions de vie sur Terre avec une poignance tout à fait dépourvue de pathos, une sorte de poésie de la catastrophe qui m'a amenée à relire de nombreux passages plusieurs fois. Mention spéciale à son tout dernier chapitre, où elle décrit le contenu potentiel du disque que les scientifiques veulent envoyer dans l'espace comme témoignage de ce que fut l'humanité: il m'a serré le coeur et fait monter les larmes aux yeux. Une lecture prenante dont je ne suis pas ressortie indemne. 

Petite précision: j'ai lu "L'âge des miracles" en VO, et ne puis garantir la qualité de la traduction française. La 4ème de couverture lue sur Amazon m'a consternée par son peu de rapport avec le ton général du roman; d'un autre côté, je suis bien placée pour savoir qu'elle a sans doute été rédigée par l'éditeur et ne constitue pas une indication fiable. 

Solaneko, une sympathique cantine japonaise à Toulouse




Pour m'attirer de l'autre côté de la Garonne, il fallait au moins la promesse d'un déjeuner japonais aussi savoureux que bon marché. Pari tenu pour le Solaneko, une cantine/salon de thé doublée d'une épicerie bio. A mon arrivée, pourtant, j'ai été un peu désarçonnée par la déco pas du tout asiatique. Le mobilier comme la vaisselle dépareillée semblent plutôt avoir été chinés dans des brocantes bien de chez nous. Pas de quoi s'exciter avec l'appareil photo. Mais les plats qui n'ont pas tardé à apparaître sur notre table (apportés par un serveur à peu près aussi japonais que moi) ont largement compensé cette petite déception...

Le midi, le Solaneko propose habituellement un menu unique; ce jour-là, pourtant, les clients avaient le choix entre porc aux prunes salées, beignets de poulet et maquereau mariné. Chouchou et Nekkonezumi ont opté pour le premier et moi pour les seconds. Ils sont arrivés avec le même accompagnement: un bol de soupe miso, un autre de riz complet, des aubergines et des courgettes légèrement vinaigrées, des haricots verts recouverts d'une sorte de chapelure et une petite salade laitue/radis. Tout était absolument savoureux, avec dans les deux plats une viande tendre et parfumée, et proposé dans la quantité juste suffisante pour caler l'estomac sans le bourrer.

En dessert, Chouchou a pris deux boules de glace (thé vert et sésame noir), tandis que Nekkonezumi et moi partagions un morceau de cake au thé vert et au chocolat blanc et un autre de cheesecake au thé vert garanti sans speculoos! J'ai préféré le premier et elle le second; en vérité, les deux étaient excellents, à la fois subtils et goûtus. L'addition s'est, elle aussi, révélée légère à souhait: 12€ par personne pour le menu avec dessert (mais sans boisson). Seul petit bémol: la maison n'accepte pas les cartes bleues. 

9, rue Réclusane
31300 Toulouse
du mardi au samedi, de 11h à 19h
Réservation fortement conseillée!

samedi 1 septembre 2012

Le musée Toulouse-Lautrec d'Albi




Jeudi, bravant la météo qui prévoyait orages et pluie, nous avons passé la journée à Albi. Soixante kilomètres seulement séparent Toulouse de cette ville au coeur médiéval bien protégé, fait d'étroites rues piétonnes en brique rouge. Au bord du Tarn se dresse la massive cathédrale Ste-Cécile et, juste à côté, le palais de la Berbie qui abrite un musée dédié à Toulouse-Lautrec. "Mais puisqu'il était d'ici, pourquoi on ne dit pas Albi-Lautrec?" a lancé Chouchou. L'humour belge, tu apprends à l'aimer ou tu te mets en couple avec un Suédois. En attendant, mon aspirant graphiste était très intéressé par ledit musée, et comme je suis une amoureuse admirable, j'ai accepté que nous le visitions en échange d'un nombre de bisous que la décence m'interdit de mentionner

Toulouse-Lautrec, pour moi, c'était un petit monsieur barbu portant chapeau melon, auteur des célèbres affiches à dominantes rouge et noire qui fleurissaient partout à Montmartre à la fin du XIXème siècle. Alors, quand j'ai pénétré dans une première salle remplie de tableaux à l'huile über classiques représentant des gens montés à cheval, le doute m'a assaillie. Dans mon abyssale inculture artistique, n'étais-je pas en train de confondre avec quelqu'un d'autre? Discrètement, j'ai attrapé une des fiches laminées mises à la disposition de la grande confrérie des Anti Audio-Guide, dont je suis un membre éminent. En la lisant, j'ai appris qu'Henri de Toulouse-Lautrec était le fruit d'un mariage consanguin qui lui avait donné une ossature fragile et qu'enfant, il s'était successivement cassé les deux jambes: d'où sa petite taille d'adulte (moins d'un mètre cinquante!) et une convalescence prolongée qui fut l'occasion d'apprendre dessin et peinture. Donc, au minimum, j'avais à moitié bon. 

Les salles suivantes présentent la période où, monté à Paris pour parfaire son art, Toulouse-Lautrec découvre la vie nocturne des cabarets et des bordels montmartrois. Son style effectue un virage à 180°; il se met à dessiner au crayon et au fusain sur de grands supports en papier brunâtre, avec une nette préférence pour les prostituées et les danseuses dont il saisit les attitudes intimes sans aucune vulgarité. Il semble particulièrement fasciné par les rousses. Même pour quelqu'un comme moi, qui ne s'intéresse pas du tout à la peinture, l'humanité qui imprègne son travail est saisissante. On sent qu'il ne regardait pas ces femmes comme des objets mais bien comme des êtres humains dignes d'intérêt jusque dans leurs gestes les plus anodins.

Nouveau virage stylistique quand Toulouse-Lautrec découvre la lithographie et commence à dessiner les fameuses affiches qui sont sans doute ses oeuvres les plus connues. Palette de couleurs réduite au maximum et traits simplifiés à l'extrême donnent à ses dessins une incroyable force graphique, proche de ce qu'on peut trouver aujourd'hui chez certains auteurs de bédé. Ses modèles (notamment la danseuse Jane Avril et la chanteuse Yvonne Guibert) deviennent des icônes. Mais la vie de bohème dont il restera à jamais l'une des incarnations finit par avoir raison de ses forces. Ravagé par l'alcool et la syphilis, il s'éteint à l'âge de 37 ans dans les bras de sa mère. On raconte que ses dernières paroles furent: "Mère, il n'y a jamais eu d'autre femme que vous". Hum. Et la syphilis, tu l'as chopée en t'asseyant sur des toilettes pas propres, peut-être? En même temps, il n'est écrit nulle part qu'on ne puisse pas rester un menteur et un vil flatteur jusque sur son lit de mort.

vendredi 31 août 2012

Août 2012 (XXL)



Une corbeille à ouvrage en Zpagetti


Depuis plusieurs mois déjà, je mourais d'envie d'essayer le Zpagetti, un fil spécial conçu avec des restes de coton issus de l'industrie textile. Très épais, il doit être travaillé avec de grosses aiguilles ou un crochet de diamètre 10 ou 12. Il est surtout approprié pour créer des accessoires (sacs à main, notamment) ou des objets de déco (poufs, coussins, paniers...). Le problème, c'est qu'il est fabriqué en Australie et encore peu commercialisé en Europe. Je n'arrivais pas à en trouver à Bruxelles; par chance, à Toulouse, au moins deux magasins en proposent: le Cultura de Balma et Fifi Jolipois, dans la rue Cujas. Lundi, j'ai donc fait l'acquisition de 2 pelotes de 750g, une fuchsia et une rose clair (12,50€ pièce) et d'un crochet n°10 en bambou. Comme je travaille très serré, j'aurais plutôt dû prendre du 12, mais le seul modèle proposé était en plastique et extrêmement court, ce qui m'a fait un peu peur. Mon objectif: fabriquer une corbeille à ouvrage pour ranger mon couvre-lit en cours de confection et toutes mes pelotes en attente. 

La première chose qu'on remarque en travaillant le Zpagetti, c'est qu'il est impossible de tenir le crochet comme avec un fil classique: il faut en caler l'extrémité au creux de la paume et le manier presque comme un harpon. Répété pendant une heure ou plus, le geste produit sur les mains des frottements à la limite de l'ampoule, et donne des crampes dans tout le bras droit. Les sensations sont très différentes, mais pas désagréables malgré la fatigue induite. Et puis grâce à la grosseur du fil, l'ouvrage monte très, très vite. Il ne m'aura fallu, en tout, que l'équivalent d'une après-midi pour terminer ma corbeille à ouvrage. 




Avis aux maniaques dans mon genre: le Zpagetti ne permet pas d'obtenir un résultat parfaitement régulier. Son épaisseur varie énormément en cours de pelote, passant parfois du simple au triple. A certains endroit, le fil est "mité", voire presque coupé; à d'autres, il présente une couture de fil blanc bien visible, ou des noeuds impossibles à camoufler comme j'ai tenté de le montrer sur les deux photos ci-dessous: 





Si l'on ajoute à cela que j'ai travaillé sans patron, complètement au pif et en faisant sans doute des erreurs au moment du changement de rang (j'ai parfois dû augmenter ou diminuer d'une maille à ce moment-là), j'ai obtenu une corbeille pas franchement cylindrique, qui m'a fait penser aux premiers efforts en atelier poterie d'un enfant de CP avec ses renflements ici ou là - mais qui devraient s'atténuer une fois qu'elle sera bien bourrée de pelotes. Un ouvrage qu'on pourrait qualifier de raté, mais que je me suis bien amusée à confectionner. 




jeudi 30 août 2012

Queen Mum au Tommy's






Dans la zone commerciale de Labège, en banlieue toulousaine, se trouve un très beau diner à l'américaine qui sert de délicieux burgers accompagnés d'onion rings, de frites et de cole slaw, ainsi que la panoplie traditionnelle de gourmandises sucrées made in USA: milk-shakes, pecan pie, cheesecake... C'est toujours un plaisir d'aller grignoter un bout dans leur immense salle si agréablement décorée.






Mardi après-midi, après avoir écumé deux Maisons du Monde en quête de notre prochain canapé, Chouchou et moi avons fait une pause rafraîchissement au Tommy's. Pour être honnête, je n'avais ni très faim ni très soif: je voulais juste profiter du décor si bien assorti à ma robe à pois de Queen Mum pour faire quelques photos...



Robe: Louche
Sandales: Shelly's
Sac: Minelli



Tommy's
Avenue de la Méridienne
31670 LABEGE
Tel: 05 61 00 29 00
Réservations conseillées les vendredi et samedi soirs

mercredi 29 août 2012

66




Son nouveau traitement le cloue au canapé depuis des semaines. Sans fonctionner pour autant: ses marqueurs sont remontés de façon vertigineuse. Il tousse presque sans discontinuer, et nous sommes obligés de faire la sourde oreille pour ne pas montrer à quel point ses quintes nous brisent le coeur. Il refuse de boire parce qu'il n'a pas soif, de manger parce qu'il n'a pas faim, alors que les médecins lui serinent qu'il est très important qu'il s'hydrate et qu'il prenne des forces. Il se conduit comme un enfant. Il est absolument odieux avec ma mère, la personne au monde qui le mérite le moins. Je crois qu'il a perdu espoir et qu'il veut juste que tout ça s'arrête d'une façon ou d'une autre, maintenant. Et le pire ou le meilleur, dans cette maladie dont le traitement diminue à ce point les victimes, c'est que nous ne sommes pas loin de penser comme lui. Nous avons dépassé le stade de la révolte et presque atteint celui de la résignation. Nous n'en sommes pas encore à souhaiter que la fin vienne vite, mais ça pourrait venir. Ca viendra probablement. 

Hier soir, nous avons fêté son anniversaire au restaurant chinois. Il n'avait, je pense, pas la force de se traîner jusqu'à un endroit où manger une entrecôte-frites décente, mais il voulait sortir un peu quand même. Alors, nous sommes allés tous les huit aux Neuf Dragons. Il a picoré sans appétit dans le plateau gourmand commandé avec ma mère, Chouchou et moi: un beignet de crevette, un mini-nem, une cuillère de salade thaï. Rien ne passait, ou pas volontiers. En dessert tout de même, il a réussi à avaler une boule de sorbet au citron et une boule de glace au chocolat avec leur petite spirale de chantilly industrielle.

Pendant ce temps, les enfants se livraient des duels de baguettes chinoises et démantibulaient méthodiquement les ombrelles en papier; Chouchou s'assurait qu'aucun aliment ne finisse seul et délaissé dans un plat; ma soeur nous racontait comment elle avait passé la soirée de la veille aux urgences avec un bout de cartilage de poulet coincé dans la gorge de Cahouète, courtesy of the KFC; David prenait par téléphone des nouvelles d'un joueur de son équipe de hockey qui venait de se faire transpercer la lèvre inférieure par l'extrémité d'une crosse; et je m'appliquais à faire de superbes taches de gras sur ma robe moutarde à pois blancs héritée de la Reine-Mère, poussant le vice jusqu'à me coller un vermicelle sauté dans les cheveux. Chacun de nous devait penser que c'était sans doute le dernier anniversaire de mon père. Mais même cahin-caha, même avec un arrière-goût de larmes contenues, c'était toujours la vie. 

mardi 28 août 2012

"L'embellie"


Elle a trente-trois ans; elle est traductrice, n'a jamais voulu d'enfants, et son mari vient de la quitter pour une collègue plus jeune enceinte de ses oeuvres. Soudainement sans attaches, elle décide de partir faire le tour de son pays - l'Islande. C'est alors que sa meilleure amie, hospitalisée en urgence, lui confie pour quelques semaines la garde de son fils Tumi, un petit garçon de quatre ans sourd et malvoyant... 

Deuxième roman paru en français d'Audur Ava Olafsdòttir, "L'Embellie" présente de curieuses similitudes avec "Rosa Candida". Ici aussi, un adulte se retrouve catapulté un peu à l'insu de son plein gré dans le rôle de parent; et ici aussi, cette responsabilité nouvelle va l'aider à grandir et à devenir pleinement lui-même. Mais là où "Rosa Candida" impressionnait surtout par son atmosphère poétique, à la limite du conte de fées, "L'embellie" est fortement ancré dans le réel, et contrairement à ce que je craignais en attaquant ma lecture, il ne m'en a touchée que davantage. 

J'avoue toutefois une certaine partialité: d'abord parce que j'ai de nombreux points communs avec l'héroïne; ensuite parce que je suis très sensible à l'humour subtil mais omniprésent de l'auteur; enfin, parce que les paysages islandais et leur nuit quasi perpétuelle de novembre-décembre sont quasiment un personnage à part entière du récit. A eux seuls, ils auraient suffi à m'envoûter et à me faire apprécier "L'embellie". De la même façon, le road trip singulier, symbolisant le voyage intérieur de cette femme qui me ressemble tant, aurait suffi à me tenir en haleine malgré une quasi-totale absence d'action au sens habituel du terme. Conjugués, ces deux éléments donnent à "L'embellie" une force et une maturité qui m'ont presque fait oublier le charme étrange de "Rosa Candida". 

lundi 27 août 2012

"Du vent dans mes mollets"


En 1981, Rachel a neuf ans, et elle dort toute habillée avec son cartable. Sa mère surprotectrice la surnomme "Pois Chiche" et la gave de boulettes; son père taciturne ne rate pas une occasion de lui rappeler qu'elle a bien de la chance par rapport à lui qui a passé son enfance à Auschwitz et perdu toute sa famille dans les camps; sa grand-mère partage sa chambre depuis qu'un AVC l'a laissée paralysée d'un bras; sa maîtresse en string et talons aiguille fuchsia s'obstine à l'appeler "Raphaëlle" et l'a prise comme souffre-douleur; sa psy lui apparaît dans ses rêves. Puis Rachel fait la connaissance de l'intrépide Valérie, une fillette bavarde et sans-gêne dont l'amitié va bouleverser sa vie... 

Je suis allée voir ce film en pensant m'offrir un trip nostalgique de quadra qui a grandi dans les années 80, doublé d'une bonne tranche de rire. Pour le coup, j'étais pas mal à côté de la plaque. Même s'il ne manque pas de moments amusants, "Du vent dans les mollets" est plus profond et plus grave que prévu. Rachel est écrasée par le poids de l'histoire de ses parents, eux-mêmes confrontés à l'usure de leur couple qu'ils ne savent pas trop comment combattre. La mère célibataire et fantaisiste de Valérie va leur servi de révélateur. La fin est très émouvante, pleine d'espoir et de poésie d'un côté, absolument dramatique de l'autre. Mais si vous cherchez un film dont vous allez sortir le sourire aux lèvres et le pas guilleret, allez plutôt voir autre chose.