lundi 13 décembre 2010

Une bonne nouvelle

Là tout de suite, je suis joie.
Je viens juste d'appeler mes parents. Mon père a passé un scanner aujourd'hui. Sa tumeur principale, qui mesurait 40mm avant le traitement, a été réduite à 25mm par la radiothérapie. C'est bon d'apprendre qu'il n'a pas souffert pour rien et qu'il va pouvoir être opéré dans de bonnes conditions début janvier.
Reste à savoir comment la métastase de son poumon a évolué pendant ce temps. J'imagine que c'est à cela que servira l'IRM du 22.
Doigts croisés, souffle retenu. Mais ce soir, espoir.

To Do List: 13-26 décembre 2010

- Donner un dernier coup de collier sur ma trad en cours pendant les quelques jours que je passe à Monpatelin, pour être tranquille une fois à Toulouse.

- Aller voir mon généraliste pour lui parler des douleurs bizarres que je traîne au flanc droit depuis que le traitement pour mon endométriose a cessé de fonctionner.

- Envoyer les chaussures, les palettes de maquillage et les bijoux dont je suis en train de me débarrasser sur eBay.

- Poster aussi la petite douzaine de cartes de voeux rédigées cette année.

- Relancer les impôts qui me donnent des réponses incomplètes et/ou aberrantes au sujet de mon éventuelle domiciliation en Belgique.

- M'occuper en catastrophe des cadeaux qui me restent encore à faire... soit presque tous. D'habitude, fin novembre, mes paquets sont déjà prêts; mais cette année je souffre d'un manque d'inspiration absolue. Pour l'instant j'ai 2 mugs Starbucks (de Bruxelles et de Lisbonne) pour la collection de mes parents et 2 T-shirts pour mes neveux (Hard Rock Café Lisboa pour le grand; tram n°28 pour le petit). Plus les habituels chocolats Wittamer et deux paquets de speculoos Dandoy*. C'est maigre.

- Accompagner mon père à son IRM de contrôle le 22. J'imagine qu'on n'aura pas les résultats tout de suite, mais qu'il flippera quand même et que ça sera bien que quelqu'un soit avec lui pour le distraire.

- Me mettre du vernis à paillettes, et tant pis si c'est toujours infernal à enlever.

- Au lieu de me plaindre que j'ai froid, porter tout le temps en intérieur le poncho en bébé alpaga acheté au Serendip Spa jeudi dernier et qui est le nouvel amour de ma vie. Entre ça, les Ugg et ma récente passion pour la tisane du soir, je suis en voie rapide de mémérisation. Mais j'assume.

- Faire des yeux de Bambi à ma mère pour qu'elle me tricote une copie du poncho en bébé alpaga qui est le nouvel amour de ma vie, afin que j'en aie un de rechange pour le jour où il faudra le laver.

- Refaire des yeux de Bambi pour que ma mère me prépare de la morue à la portugaise. Pas tout à fait aussi bon que du vrai bacalhau, mais vraiment pas très loin derrière.

- Aller au cinéma avec Attila et Cahouète pour voir "Raiponce" (ou éventuellement "Megamind").

- Faire quelques géocaches "campagnardes" autour de chez Soeur Cadette et mes parents.

- Manger du foie gras artisanal, boire du champagne brut, engloutir un million de calories sous forme de fromages de chez Xavier.

- Acheter une brioche à l'orange et aux pépites de chocolat chez Bapz. Si possible, la déguster sur place avec un thé.

- Faucher dans le placard à confitures de mes parents de quoi reconstituer mes réserves.

- Prendre plein de photos de tout le monde.

- Profiter-profiter-profiter de ma famille.

*Mon père et Cahouète adorent ça. On est toujours trahi par les siens.

dimanche 12 décembre 2010

"Scott Pilgrim vs. the world"

La bédé qui a inspiré ce film m'était tombée des mains vers la page 50 du tome 1 (et encore, j'avais dû me forcer pour tenir jusque là). Autant dire que je n'étais pas très enthousiaste pour voir "Scott Pilgrim vs. The World". Si Chouchou n'avait pas tant insisté, j'aurais volontiers fait l'impasse. Mais insisté il a, et un compromis j'ai accepté: OK pour le film, mais en téléchargement à la maison - comme ça, si ça ne me plaisait pas, je pouvais toujours me lever du canapé et partir faire autre chose en plein milieu.

Au final, j'ai regardé jusqu'au bout. J'ai ri un peu, mais je me suis surtout pas mal ennuyée. Au contraire de "Kick Ass", autre film pour geeks que j'ai adoré cette année, "Scott Pilgrim" peut seulement se vanter d'avoir une forme sympa - et encore: pour qui aime un minimum les jeux vidéo et pige toutes les petites références qui l'émaillent. Sur le fond, il est répétitif et ne parvient pas à susciter le moindre intérêt pour ce qui arrivera à ses personnages possédant l'épaisseur psychologique d'une feuille de Rizla. Et puis, honnêtement, avec tous les jeunes acteurs qui cherchent à percer, est-on obligé d'engager Michael Cera dans chaque film indie qui se tourne ces temps-ci? Malgré une bande-son tonique dans laquelle j'ai eu le plaisir de retrouver une vieille chanson de Franck Black, je suis bien contente de ne pas avoir dépensé 10€ pour aller voir "Scott Pilgrim" au cinéma.

samedi 11 décembre 2010

"Le nom des gens"

Quand les critiques encensent un film à ce point, j'hésite toujours à aller le voir de peur d'être déçue. Surtout que je ne suis pas très bon public pour les comédies et que ce qui fait hurler de rire la plupart des gens a le don de me laisser de marbre. Hier soir, entre une séance de méditation au Serendip Spa et un dîner tardif chez Mamma Roma, j'ai quand même invité Chouchou à me rejoindre devant l'UGC Toison d'Or pour voir si "Le nom des gens" méritait tout le bien qu'on en dit.

La réponse est juste oui.

J'ai adoré le couple improbable formé par Bahia BenMahmmoud, militante de gauche qui couche avec ses adversaires politiques pour les convertir, et Arthur Martin (comme les cuisines), spécialiste des risques épidémiques posés par les volatiles morts et par ailleurs vieux garçon passablement coincé avec la gent féminine. Sara Forestier déploie une belle énergie - et une rafraîchissante impudeur - face à un Jacques Gamblin subtil et juste comme d'habitude. Les dialogues font mouche, que ce soit dans le registre comique ("Quand on commence à se méfier des canards, c'est le début de la fin!") ou humaniste ("Au fond, les étrangers sont les seuls qui méritent vraiment d'être français"). Le trait est parfois un peu forcé, comme dans cette scène où l'héroïne prend le métro toute nue sans s'en apercevoir, mais je veux bien pardonner beaucoup de choses à des gens qui arrivent à faire un film aussi drôle, touchant et pas moralisateur sur le thème casse-gueule du racisme, de la différence culturelle et de l'intégration. Le monde a besoin de plus de Chang Martin BenMahmmoud :-)

vendredi 10 décembre 2010

Le livre qui n'en finissait plus de se refermer

Pendant longtemps après ma séparation d'avec l'Homme, j'ai eu l'impression de me mouvoir dans une sorte de monde parallèle, d'avoir été expulsée de la vie qui aurait dû rester la mienne et de suivre désormais une fausse trajectoire. Je savais que j'étais malheureuse avec lui et qu'on n'aurait même jamais dû se mettre ensemble à la base; j'avais conscience d'avoir trouvé une relation bien plus intéressante et plus épanouissante avec Chouchou. Pourtant cette impression a persisté longtemps.

Les deux premières années, il ne s'est pas passé une journée sans que je pense à l'Homme. Je rêvais régulièrement de lui et me réveillais toujours avec le coeur serré de tristesse. Petit à petit et beaucoup trop lentement à mon goût, tout cela s'est estompé. Ce matin, j'ai reçu de lui un mail dans lequel il me prévenait qu'un courrier de mon assurance maison était arrivé chez lui et me demandait de faire le changement d'adresse. Et je n'ai rien ressenti du tout à la vue de son nom. Même plus de rancoeur ou d'énervement.

Tourner définitivement la page ne m'aura pris que 4 ans, 7 mois et 6 jours.

Sur les murs de Lisbonne: graffiti & azulejos

jeudi 9 décembre 2010

J'ai craqué

J'avais juré que jamais au grand jamais je ne porterais cet attentat à l'esthétique que sont les bottes australiennes Ugg. Depuis des années, je ricane en voyant, dans les magazines féminins, des photos de stars hollywoodiennes qui se baladent à L.A. en plein mois d'août avec un débardeur riquiqui, une jupe en jean à peine plus large qu'une ceinture et aux pieds, ces espèces de charentaises montantes doublées de peau de mouton. "Ah ça doit sentir bon quand elles les enlèvent le soir!".

Sauf que maintenant, j'habite à Bruxelles, et que la vague de froid qui sévit depuis plusieurs semaines menace sérieusement l'intégrité de mes orteils, même dans mes boots de moto bien-aimés et sous les plus épaisses de mes chaussettes. Alors hier après-midi, après un petit repérage sur internet, je me suis aventurée chez Les Anonymes. Où il restait en tout et pour tout quatre paires de Ugg toutes trop hautes pour mes mollets de footballeur, trop grandes pour mon 35 1/2 et uniquement camel ou chocolat. Quand j'ai osé demander à la vendeuse si elle n'avait pas encore "le modèle avec le bouton", elle m'a ri au nez. "Avec la neige de la semaine dernière, on a vendu tout notre stock. Vous pouvez essayer de faire les autres revendeurs de Bruxelles, mais ça m'étonnerait que vous trouviez."

Je n'ai pas insisté. Je suis rentrée chez moi et j'ai passé une commande sur Sarenza, où il restait miraculeusement un exemplaire de la paire que je convoitais. En plus, si je ne suis pas transportée par leur confort soi-disant incomparable, je pourrai toujours les renvoyer et me faire rembourser intégralement - détail non négligeable car en plus d'être moches, les Ugg coûtent un bras. Etant donné qu'à l'été 2009, j'avais honteusement craqué pour une paire de spartiates (hideuses, mais si agréables à porter!), la liste des chaussures que je ne mettrai jamais à moins d'avoir subi une lobotomie raccourcit à vue d'oeil. Figurent encore dessus les Crocs, les Birkenstock, les mocassins et les affreuses sandales à bandes velcro de touriste allemand. Et vous, des chaussures (ou des vêtements, ou des accessoires) que vous vous étiez juré de ne jamais porter, et pour lesquelles vous avez fini par craquer?

mercredi 8 décembre 2010

Géocaching à Lisbonne

En préparant notre voyage, j'avais eu beaucoup de mal à dresser une liste de géocaches que nous pourrions chercher à Lisbonne. La plupart de celles proposées sur le site étaient inactives, ou trop loin du centre-ville, ou avaient une fiche rédigée exclusivement en portugais. J'ai bien tenté de passer leur texte dans Goggle Translate, mais n'ai obtenu qu'une soupe incompréhensible qui a au moins eu le mérite de me rassurer sur un point: les logiciels de traduction automatique ne sont pas près de me mettre au chômage!


No Paço do Terreiro: La première cache que nous cherchons, jeudi après-midi, se situe sur la Praça do Comércio bordée d'un côté par le Tage. Elle est du genre "y'a qu'à se baisser pour ramasser", sans énigme et avec des indications si précises que seul un manchot aveugle pourrait ne pas la trouver. Mais bon, nous nous serons logués au moins une fois au Portugal. Symboliquement, ça compte!


Casa dos Bicos: Quelques centaines de mètres plus loin, en revanche, nous nous heurtons à un os - une cache de difficulté 5 qui a une histoire incroyable. A la base, son auteur avait tout bonnement fabriqué une fausse pointe en ciment qu'il avait posée sur la façade de cette bâtisse à la place d'une pointe abîmée. Un camouflage urbain super élaboré qui, selon lui, ne devait tenir que quelques semaines. En réalité, trois ans se sont écoulés avant que des Muggles (non-joueurs) finissent par découvrir et vandaliser son installation.
Suite à ça, il a modifié sa cachette... mais l'énigme restait toujours fort hermétique. Au bout d'une demi-heure environ, Chouchou et moi avons baissé les bras. Le soir à l'hôtel, j'ai examiné tous les logs des géocacheurs qui avaient réussi dans leur mission, et j'ai découvert deux minuscules indices qui m'ont permis de me faire une meilleure idée de ce que nous cherchions, et de l'endroit auquel nous le cherchions. Samedi matin, nous sommes revenus au pas de charge... et il nous a fallu moins d'une minute pour mettre la main sur la cache, avec la satisfaction la plus intense éprouvée depuis que nous pratiquons ce jeu.


Castelo Sao Jorge: Vendredi matin, dans les pittoresques ruelles qui entourent le château, nous avons très vite repéré l'endroit où cette cache était censée se trouver - un trou dans un mur occupé par un robinet et rempli de gravats. Mais nous avons eu beau fouiller dedans à nous en écorcher les jointures, impossible de mettre la main sur la cache. Le charme du quartier nous a rapidement fait oublier notre déception.


Miradouro de Sao Pedro de Alcantara: Après avoir gravi tout le Bairro Alto à pied, c'est plutôt essoufflés que nous débouchons sur cette esplanade venteuse vendredi en milieu d'après-midi. Le GPS nous dirige vers une paire de jumelles montées sur un marchepied en métal et permettant de détailler le panorama. Malgré un troupeau de jeunes excités qui s'entassent à 17 sur un banc voisin en piaillant très fort, trouver la micro-cache n'est qu'une formalité. Redescendre par la ruelle du funiculaire voisin se révèle beaucoup plus casse-gueule, mais riche en opportunités de photos avec Régis.


Ascensor do Lavra: La ruelle dans laquelle passe cet autre funiculaire est entièrement couverte de graffiti sur le côté droit. D'ailleurs, un jeune perché sur une grande échelle est en train d'apporter des retouches à la frasque colorée. Il s'amuse de nous voir fureter partout et nous demande si nous cherchons de l'or. Je lui explique le principe du geocaching. La "gouttière" que nous avions ciblée se révèle vide. Nous nous apprêtons à repartir bredouilles quand j'aperçois une deuxième gouttière identique un peu plus haut, pas tout à fait sur les coordonnées GPS, mais... Oui, la cache est bien dedans! Nous nous loguons sous l'oeil intéressé du graffeur qui note le nom du site pour aller y jeter un coup d'oeil à l'occasion.


Edificio Totobola: Samedi matin en arrivant de la Cas dos Bicos, une longue marche le long du Tage nous conduit à cet autre édifice à l'architecture remarquable. L'indice fourni dit que la cache se trouve "à la base du X"... mais la façade est entièrement composée de X, et notre GPS nous prévient qu'à cet endroit, sa précision se limite à un rayon de 15 ou 20m. Bon, ben on va tous les examiner. Une fois de plus, nous constatons que les gens sont des porcs qui jettent leurs détritus n'importe où sauf dans les poubelles prévues à cet effet. Nous n'avons vraiment pas envie de fouiller là-dedans à mains nues. Une fois de plus, nous sommes sur le point de repartir quand j'avise un endroit protégé qui pourrait bien receler une petite boîte plate. Yessss! Et en plus, elle contient une geocoin lettonnienne. Pensée pour mes petits camarades de l'atelier du week-end dernier.


Santa Catarina: Notre dernière tentative nous amène dans une ruelle passablement sinistre et décrépite que nous fouillons en vain. Plus tard, en regardant le plan des lieux sur internet, je réaliserai que nous n'étions probablement ps au bon endroit. Tant pis. 5/7, c'est un score très honorable, surtout quand les 5 en question comprennent une cache légendaire!

mardi 7 décembre 2010

Où j'allie recyclage et spiritualité

Dans l'avion qui nous emmenait à Lisbonne, j'ai lu le numéro de novembre de Real Simple dans lequel figurait cet article. L'auteur y parle de sa mère qui, pendant plusieurs décennies, a rangé dans de petites boîtes des morceaux de papier sur lesquels elle avait gribouillé les prières qu'elle faisait pour sa famille, ses amis mais aussi de parfaits inconnus. Quand elle était exaucée, elle rajoutait un petit mot de remerciement.

Bien que je ne croie pas en Dieu, cette histoire m'a beaucoup touchée, et je me suis demandé comment adapter ces "God boxes" pour la mécréante que je suis. J'aime beaucoup l'idée de noter ses préoccupations et ses voeux les plus chers, de les coucher sur papier pour les matérialiser, puis de les enfermer symboliquement quelque part afin de ne plus être obnubilé(e) par eux. Portée par mon nouvel élan de positivisme, j'aime aussi beaucoup le principe de remercier pour les belles choses, même si cette gratitude ne s'adresse à personne en particulier. Il y a quelques années, j'avais d'ailleurs commencé un carnet sur lequel, chaque soir, je m'appliquais à noter cinq petits bonheurs qui m'étaient arrivés ce jour-là. Parfois, c'était vraiment des choses infimes, mais même dans les périodes noires, je trouvais toujours.

Donc... J'ai redescendu de l'étagère sur laquelle elles dormaient depuis pas mal de temps deux jolies boîtes en métal achetées à Copenhague il y a deux ans: l'une ornée de pommes bleues avec un couvercle vert, l'autre ornée de pommes rouges avec un couvercle violet. Dans l'une, j'ai glissé un petit mot de gratitude pour le séjour si agréable que Chouchou et moi venons de passer à Lisbonne. A l'autre, j'ai confié mon souhait que les examens de mon père montrent des résultats positifs et que son opération se déroule bien. J'espère que la première trouvera à se remplir plus vite que la seconde.

(Je mettrai une photo demain; ce soir la lumière est trop pourrie...)

Dans nos assiettes à Lisbonne


Jeudi midi:
Avenida da Liberdade, 2

J'ai déjà évoqué ce repas. Installé dans un ancien cinéma, le HRC de Lisbonne bénéficie d'une architecture étonnante avec son plafond situé à dix mètres de haut, ses balcons encore visibles le long des murs et sa scène sur laquelle sont installées une partie des tables. La déco n'est pas en reste: outre les reliques habituelles (instruments de musique, disques d'or ou costumes de scène ayant appartenu à des stars du rock), on peut admirer une Cadillac accrochée au plafond et un écran tactile qui permet de localiser à travers le monde les autres pièces de la collection du HRC. La carte est la même que dans tous les autres restaurants de la chaîne, à l'exception d'un burger couleur locale. Je demande ce qu'il y a dedans, m'attendant à une composition à base de morue ou d'un autre produit de la mer. "De la mozzarella", me répond la serveuse. Comment on dit "What the fuck" en portugais?

Jeudi soir:
Café Buenos Aires
Calçada do Duque, 31B

C'est mon guide touristique qui nous recommande cet établissement situé dans l'escalier le plus éprouvant de tout Lisbonne, un de ceux qui relient la Baixa au Bairro Alto. Les courageux pourront monter à pied comme nous l'avions fait dans l'après-midi. Les autres emprunteront l'ascenseur de Santa Justa et décriront une petite boucle avant de redescendre jusqu'à mi-hauteur des marches.
Très bonne surprise que ce Café Buenos Aires avec son plafond bas, sa déco bois et rouge, son côté "crafoutchou encombré" et son atmosphère intimiste. En guise de Cadillac, c'est cette fois une chaise que nous trouvons accrochée au plafond. Une manie locale, sans doute. Toutes les tables sont déjà réservées, mais dans la mesure où nous sommes arrivés tôt (à19h), le serveur réussit à nous caser en nous prévenant que nous devrons avoir libéré les lieux pour 20h30.
Comme dans pas mal de restaurants lisboètes, la carte est trilingue portugais/anglais/français, ce qui facilite la commande. Chouchou prend un plat de bacalhau et moi une salade boyarde pleine de jambon cru, de fromage et de pommes frites qui arrive dans une sorte de saladier géant. C'est délicieux bien que pas franchement léger. Nous sommes assis face à l'entrée et pendant tout notre repas, des gamins entrent et sortent du café en laissant la porte ouverte alors que bon, il ne fait pas si chaud dehors. En temps normal, ça me gâcherait la soirée. Là, je reste zen. L'effet Georges-Arthur, je présume.

Vendredi midi:
Tasca do Manel
Rua de Sao Tomé, 20

Le fameux resto dont le serveur vaut le détour à lui tout seul. Mais la cuisine n'est pas mal non plus. Bacalhau aux tomates et aux oignons pour Chouchou, au bacon et à la sauce fromage-vin blanc pour moi. Nous échangeons nos plats à mi-repas: les deux recettes sont à se rouler par terre. Le verre de rouge local que j'ai commandé pour aller avec ne brille pas par sa subtilité, mais reste d'une qualité honnête. L'addition se monte à 25 petits euros, une misère. En sortant, nous n'avons que quelques dizaines de mètres à faire pour gagner l'un des arrêts du fameux tram n°28.

Vendredi soir:
Leao d'Ouro
Rua 1° de Dezembro, 105

C'est sa proximité avec notre hôtel qui nous fait choisir pour notre dîner cette brasserie spécialisée dans les produits de la mer. A 20h30, la grande salle est presque vide. Des jambons entiers pendent au-dessus d'une grande crédence; les murs sont couverts d'azulejos dépeignant des scènes de chasse, et le plafond voûté par endroits s'orne de poutres apparentes. J'aime beaucoup et suis étonnée que l'endroit ne soit pas davantage fréquenté.
Chouchou reprend du bacalhau (il ne s'en lasse pas) tandis que je dévore une énorme portion de saumon grillé extraordinairement goûtu, accompagnée de petites pommes de terre succulentes et d'épinards savoureux. Ce qui ne me laisse guère de place pour caser un dessert, alors que j'aurais bien terminé mon repas sur une note sucrée. Là encore, nous nous en tirons pour moins de 30€ avec les boissons.

Samedi midi:
Miradouro do Adamastor

Cet endroit m'a été recommandé par 3 ou 4 sources différentes, et puis il se situe près d'une géocache que nous souhaitons tenter. Malheureusement, il se met à pleuvoir peu de temps avant que nous y arrivions. Dommage: nous ne déjeunerons pas sur la sympathique terrasse face au Tage. La carte n'est ni typiquement portugaise, ni très raffinée; elle propose des choses simples mais bonnes type soupe maison ou tartines. J'adore les murs peints en turquoise qui contrastent avec les portes et les fenêtres rouge foncé, les petites tables en formica et les chaises d'écolier en bois. Si je séjournais seule à Lisbonne pendant quelque temps, je me verrai bien passer mes après-midi ici avec un thé et un ordinateur portable (il y a un accès wifi gratuit). D'ailleurs, un type solitaire assis dans le fond semble avoir eu la même idée que moi.
L'addition arrive accompagnée d'un petit gâteau style beignet très dense. "Quelle charmante attention", me dis-je en décidant de le laisser à Chouchou qui vient de partir aux toilettes et qui est beaucoup plus "sucré" que moi. Mais quand je le lui désigne, il explose de rire. "C'est pas un gâteau, c'est un caillou!" Ah. Ca explique pourquoi je lui trouvais l'air lourd.

lundi 6 décembre 2010

Internacional Design Hotel


Nous tenions absolument à séjourner dans cet hôtel recommandé par La Princesse. C'est d'ailleurs ce qui nous a décidé à repousser à début décembre notre voyage initialement prévu pour fin septembre/début octobre: le prix des chambres en haute saison ne rentrait pas DU TOUT dans notre budget. Je ne regrette pas ce décalage. Même si nous avons craint un instant de ne pas pouvoir partir, ces trois jours de coupure ensoleillée au milieu d'une période de froid glaciaire, d'inondations, de neige et de verglas à Bruxelles nous auront fait le plus grand bien.

L'Internacional Design Hotel, donc, ce sont quatre étages aux ambiances radicalement différentes: Tribu (inspirée de l'Afrique), Urbaine (minimaliste chrome-cuir-graffiti), Zen (bambous et lignes épurées asiatiques) et Pop (dite "vaisseau spatial de Barbie" par La Princesse). Devinez laquelle j'ai choisie? L'hôtel n'étant pas bondé en cette période, nous avons même, me semble-t-il, été upgradés et eu droit à une chambre L au lieu de la M pour laquelle nous avions payé. J'ai poussé des cris de joie à la vue du lino rose vif à pois rose clair, de l'alcôve-bureau, des produits Rituals et du PQ fuchsia dans la salle de bain. Et mon bonheur n'a plus connu de limite quand j'ai pris une douche dans une cabine parfaitement étanche, avec une pression du feu de Dieubouddhallah et une eau qui n'en finissait plus d'être chaude, avant de m'essuyer avec des serviettes monogrammées toutes douces et de m'emparer du sèche-cheveux digne de ce nom. Pour un peu, j'aurais refusé de ressortir de cette chambre pendant trois jours.

Mais il y avait tout le reste de l'hôtel à explorer et à photographier, mille détails design recherchés et rigolos qui valaient bien la peine d'être immortalisés. Et puis à l'accueil, on nous avait offert un voucher pour deux boissons gratuites au bar situé au premier étage. Très chouette endroit, à la fois calme, branché et confortable. Nous y avons fini la soirée de vendredi devant un thé, bien calés dans des fauteuils en skaï moelleux près d'une fenêtre à l'angle de la Rua Augusta et de la place Dom Pedro IV, à pianoter sur notre eee-PC ou à lire les journaux internationaux gracieusement mis à la disposition de la clientèle. Nous n'avons pas, en revanche, testé le petit déjeuner servi dans la salle à manger attenante: à 15€ par personne, nous le trouvions un peu cher, même si je suis certaine qu'il les valait.

En résumé, nous avons adoré notre séjour à l'Internacional Design Hotel. Pour la déco, il ne peut pas tout à fait rivaliser avec le Fox à Copenhague ou l'Hôtel Amour à Paris; en revanche, il offre un meilleur confort que le premier et un accueil bien plus souriant et serviable que le second. Et il est situé de manière idéale, en plein coeur de Lisbonne avec un accès hyper facile à l'aéroport. Si vous avez les moyens d'y séjourner en jonglant un peu avec les différents tarifs selon les périodes de l'année, vous ne le regretterez pas.

dimanche 5 décembre 2010

Rêve et prophétie - épisode 7: Et après?

Une semaine s'est écoulée depuis la fin de l'atelier dirigé par Catherine.
Dans ce bref laps de temps, j'ai pu constater que mon attitude par rapport aux choses avait nettement changé. Désormais, je ne laisse plus les contrariétés petites ou grosses me pourrir complètement la vie. Deux exemples tout simples:

- Lorsque nous sommes allés manger au Hard Rock Café de Lisbonne, je me suis trompée dans ma commande et ai réclamé une salade César au lieu d'une salade Cobb. Au lieu de faire la gueule, de déclarer que tout mon repas était fichu et que ça augurait mal pour le séjour qui commençait, je me suis dit que j'étais dans une superbe ville ensoleillée avec mon amoureux, que je déjeunais dans un lieu intéressant (un ancien cinéma transformé en restaurant) dirigé par une femme très sympathique, et qu'au final j'aurais quand même ma dose de sauce au fromage bleu.

- Au retour, notre avion a été retardé de deux heures, alors que nous avions renoncé à passer l'après-midi dans le village de Cintra pour arriver à l'aéroport avec une avance confortable et ne pas stresser en cas d'imprévu. J'aurais pu rouspéter que si j'avais su, je ne me serais pas privée de cette visite et terminer le séjour sur une note d'aigreur. Là, j'ai juste pensé que ça n'était pas grave si on arrivait très tard à Bruxelles parce que le lendemain était un dimanche et qu'on pourrait toujours faire la grasse matinée.

Pour ce qui est de mes angoisses liées à la maladie, en revanche... Elles n'ont pas disparu. Je traîne depuis deux mois une petite douleur intermittente sur le côté droit du ventre, qui selon mon état d'esprit du moment passe de "répercussion sans gravité de mon endométriose" ou "simple problème musculaire" à "inflammation grandissante de l'appendice devant entraîner mon hospitalisation en urgence un de ces quatre", voire à "colite néphrétique en préparation", "tumeur bénigne du colon" ou carrément "cancer qui va me faire souffrir pire que mon père". J'ai pris rendez-vous chez mon généraliste pour le 16 et dégagé mon emploi du temps en janvier et en février au cas où j'aurais besoin de passer des examens, voire plus si affinités.

En attendant, je prends du Xanax qui ne me fait guère d'effet et des résolutions qui ne peuvent qu'être globalement bénéfiques pour ma santé. J'essaie de mettre à profit ce que j'ai appris pour gérer mon niveau d'anxiété, et c'est vrai que je me sens moralement un peu moins démunie, un peu moins submergée qu'avant. Je soupçonne qu'il n'y aura jamais de déclic miraculeux, juste un travail long et laborieux qui finira (peut-être) par porter ses fruits dans un avenir plus ou moins proche. J'ai fait un premier pas sur le chemin du retour vers une certaine sérénité. Je vais tâcher, comme je pourrai, de continuer à avancer un peu chaque jour. Et attendre avec impatience que Catherine revienne à Bruxelles en juin prochain.

Pour en apprendre davantage sur la visualisation, vous pouvez vous rendre sur le site de l'école créée par Catherine ou lire "Kabbalah And The Power Of Dreaming: Awakening The Visionary Life

20° en plus feront toujours la différence


Jeudi matin, pour nous laisser toutes les chances de changer nos plans au cas où il aurait trop neigé pendant la nuit et de gagner l'aéroport en roulant à 30mk/h au cas où les routes seraient seulement verglacées, nous avons mis notre réveil à 4h15. Nous avons eu la chance d'arriver à Zaventem sans encombres malgré une température polaire de -10°. Après nous être garés dans le parking longue durée, nous nous sommes retrouvés à l'embarquement pas mal en avance, d'autant qu'au final notre vol est parti trois quarts d'heure plus tard que prévu. Pendant que le personnel procédait au dégivrage des ailes de l'avion, nous avons pu admirer par le hublot la magnifique tempête de neige qui avait éclaté juste après notre arrivée à l'aéroport:


Mais notre voyage s'est déroulé sans problèmes. A Lisbonne, nous avons pris un bus spécial qui nous a déposés à deux cents mètres de notre hôtel - et à peine dans la rue, nous avons commencé à transpirer sous nos bonnets, écharpes, gros manteaux et pulls en cachemire. Il faisait 9 ou 10°, le ciel était bleu vif, et je me sentais revivre sous la caresse des rayons du soleil. Après nous être installés dans notre chambre, nous avons filé au Hard Rock Café voisin pour déjeuner. Puis nous nous sommes tranquillement dirigés vers la Place du Commerce et le bord du Tage.

Et en embrassant Chouchou tandis que des goélands sautillaient autour de nous, j'ai eu la sensation de vivre un moment parfait.

samedi 4 décembre 2010

Quiproquo

Hier midi, dans un petit resto à mi-chemin entre le château Sao Jorge et le quartier médiéval de l'Alfama. Nous venons de commander deux assiettes de bacalhau à un sublime Lisboète au physique d'acteur hollywoodien. Début de quarantaine, cheveux légèrement grisonnants, regard bleu acier, belle bouche pulpeuse: un régal pour les yeux.

En attendant que nos plats arrivent, je feuillette notre guide touristique en quête du trajet du mythique tram n°28. Pendant ce temps, Chouchou improvise un dessin rigolo sur son carnet: moi en train de sauter sur le dos de Georges-Arthur tandis qu'un pingouin nous regarde d'un air interloqué.

MOI (rêveusement, en regardant le serveur se déplacer entre les tables): Dommage, il est un peu court sur pattes et il n'a pas la fesse assez rebondie.
CHOUCHOU (vexé, en considérant l'hippopotame devant lui): Oui enfin attends, c'est encore qu'une esquisse!

Rêve et prophétie - épisode 6: Où j'hérite d'un encombrant compagnon

Avant la pause-déjeuner, nous avons encore le temps pour un exercice:

"Une opportunité se présente. Le temps frappe à votre porte. Que ressentez-vous?"
Je vois un grand portail blanc et doré. Je me dis qu'il devrait être noir, gothique et en fer forgé. Mais on dirait plutôt l'entrée de Versailles. De l'autre côté se massent des milliers de réveille-matin de toutes les tailles et de toutes les formes. Ils ont des bras et l'un d'eux est en train de tendre un index vers la sonnette. Je vois au travers de leur vitre; chacun d'eux porte en lui une brume de couleur différente dans laquelle s'agitent des formes que je ne parviens pas à distinguer. Je suis excitée par les possibilités.
...Ouh ben oui, en effet, le changement est radical.

Le midi, j'entraîne l'Irlandaise et le couple de Lettoniens à l'Exki d'en face. J'ai déjeuné seule les jours précédents, mais là je me sens d'humeur sociable. Nous bavardons avec excitation pendant tout le repas et c'est un moment très agréable.

Nous attaquons le dernier après-midi par une introduction au Life Plan qui met en regard les instincts humains (souffle, mouvement, recherche de confort, nutrition, sommeil...) et les réactions négatives qui se produisent quand ces instincts ne peuvent être assouvis. La colère et la peur sont les deux plus importantes, des "énergies prisonnières du corps qui n'ont nulle part où aller dans une société civilisée". Du coup, pour les soulager, on développe tout un tas de mauvaises habitudes qui aboutissent à la création d'un cercle vicieux. Catherine nous donne des pistes pour désamorcer ce processus en dirigeant ailleurs les énergies prisonnières. Le sujet mériterait d'être approfondi, mais nous n'avons plus beaucoup de temps.

Nous faisons une dernière série d'exercices de visualisation, et c'est dingue comme les images qui me parviennent sont différentes de celles que j'avais jusqu'à ce matin. Par exemple:

"Vous êtes pris dans un épais brouillard noir. Comment vous en sortez-vous?"
Hier encore, je crois que je me serais sentie désorientée et suffocante, que je serais restée paralysée sur place à attendre que le brouillard se dissipe ou que j'aurais avancé à tâtons avec les mains tendues devant moi. Là, je ne suis pas du tout inquiète et que continue à marcher droit devant moi avec confiance. C'est pas un pov'brouillard qui va me faire peur maintenant que j'ai buté un Minotaure, nonmého!

Et puis, une demi-heure peut-être avant la fin...

"Exhalez tous vos sentiments négatifs sous la forme d'un triangle de fumée noire. Continuez à l'alimenter jusqu'à ce qu'il ne sorte plus que de l'air transparent de votre bouche. Puis exhalez une fois pour briser le triangle, une deuxième fois pour éparpiller ses morceaux et une troisième fois pour les dissiper. Que voyez-vous alors?"
Je ne me rappelle plus bien ce que les autres ont répondu. "Le soleil", "le visage de mon partenaire". Moi?
L'hippopotame mauve est de retour.
Il attend là, placidement. Catherine me dit d'aller lui parler. Je lui demande son nom. Il s'appelle Llewellyn. Georges-Arthur Llewelyn. Euh, OK. Je lui demande qui il est. Il me répond qu'il est mon totem, le symbole de ma résilience intérieure. Je lui demande ce qu'il veut. Il n'est pas content parce que je ne le laisse pas prendre sa place en moi. Il voudrait habiter à l'intérieur de mon corps. Je lui fais remarquer qu'il est un peu gros pour ça. A la place, je lui propose de marcher avec moi sur ma droite. Il est d'accord.
(Dans le tout dernier exercice de la journée, quand nous devrons nous imaginer nous élevant le long d'une ligne verticale pour nous arracher à la linéarité du temps, Georges-Arthur resté à terre me regardera tristement tandis que je léviterai à dix mètres du sol.)

Inutile de vous dire l'état de perplexité et d'embarras dans lequel m'a mis cette vision. J'habite dans 55 mètres carrés, moi. Où je vais caser un hippopotame? Et j'imagine déjà mes prochaines virées shopping dans le centre de Bruxelles flanquée de Georges-Arthur. Je vais sûrement avoir beaucoup de succès...

vendredi 3 décembre 2010

Rêve et prophétie - épisode 5: Où je terrasse le Minotaure

Immédiatement après l'exercice personnalisé qui m'a ramenée dans le grenier de mon grand-père un jour de juillet 1979, Catherine nous propose ce thème de réflexion:
"Une opportunité manquée: à quoi ressemble-t-elle?"
J'erre dans un labyrinthe souterrain et mal éclairé par de rares torches. Une porte claque derrière moi sur ma gauche. Je me dis que je ne vais jamais réussir à sortir d'ici.
Quand je dis cela, Catherine demande à chacun des participants de s'imaginer marchant dans un labyrinthe, en déroulant un fil doré et lumineux pour marquer son passage.
"Vous arrivez au centre du labyrinthe. Que trouvez-vous?"
Le Minotaure. Il est l'incarnation de toutes mes peurs et de toutes les angoisses et il m'empêche de passer.
De nouveau, Catherine me concocte instantanément un exercice sur mesure.
"Tue-le et prends son trésor."
Je ne veux pas son trésor, je veux juste être débarrassée de lui.
"Alors, tue-le."
Mais il est grand et fort, et moi je suis petite et je ne sais pas me battre.
"Sors ta grande épée de lumière et tue-le", insiste Catherine.
Je m'approche du monstre en tremblant et en tenant mon arme d'une main très mal assurée. Je commence à lui tourner autour en sautillant maladroitement. Et là, je réalise que malgré sa taille et sa puissance musculaire, il n'est ni rapide ni agile. Il n'attaque pas, se contentant de rugir et de donner des coups de pattes pour se défendre. On dirait presque que ses pieds sont cloués au sol; il peut juste pivoter sur lui-même pour suivre mes mouvements. Alors, je finis par prendre une grande inspiration et, morte de trouille, je me jette sur lui l'épée en avant. La lame s'enfonce dans son ventre. Un instant, il ne se passe rien. Puis lentement, le Minotaure bascule en arrière et tombe sur le dos. Il n'est pas tout à fait mort; sa poitrine continue à se soulever et à s'abaisser au rythme de son souffle rauque. Il se débat encore un peu avant de s'immobiliser.
Et de se dissoudre.
"Très bien. Maintenant, ressors du labyrinthe en suivant ton fil de lumière."
Oh, mais je ne veux pas ressortir par là où je suis entrée. Je veux complètement traverser le labyrinthe et ressortir de l'autre côté. Je l'ai bien mérité.
"D'accord, alors, vas-y".
Je réalise que depuis le début, je sais comment on sort d'un labyrinthe: il suffit de prendre toujours à gauche. Je marche très rapidement vers la sortie. Quand j'émerge à l'air libre, le ciel est d'un bleu violemment lumineux, plein de gros nuages qui se dissipent à toute vitesse comme après un orage. Devant moi, une pente couverte d'herbe vert vif descend jusqu'à la mer. Je regarde par-dessus mon épaule: le labyrinthe a disparu.
Assise sur ma chaise, je sens une larme couler sur ma joue.

(...A suivre)

jeudi 2 décembre 2010

Rêve et prophétie - épisode 4: Où je revisite mon enfance

Dimanche, nous attaquons la journée avec des exercices plus "concrets". D'abord, quelques-uns d'entre nous tentent à tour de rôle d'immobiliser parfaitement un pendule tenu entre pouce et index. Ensuite, à l'aide de deux instruments métalliques qui fonctionnent comme une baguette de sourcier, nous mesurons le champ d'énergie que nous irradions et qui nous enveloppe en permanence. Chez la plupart des gens (dont moi), il va jusqu'à environ 25 cm du corps. Chez deux ou trois participants de l'atelier, il s'arrête à seulement 5 cm. Chez la jeune femme qui a perdu sa soeur hier, il va jusqu'à 60 cm environ, "parce qu'elle a subi un très gros choc émotionnel récemment", explique Catherine. Puis nous effectuons un exercice de visualisation censé recharger nos batteries.

"Les yeux fermés et le souffle régulier, après avoir compté à rebours depuis 3, imaginez qu'à chaque expiration, vous chassez vos préoccupations, vos soucis et tous vos sentiments négatifs, et qu'à chaque inspiration, vous inhalez une lumière bleu foncé qui vous remplit peu à peu tout le corps, en partant des pieds et en remontant jusqu'à la tête, jusqu'à ce que vous l'irradiiez par toutes les articulations et tous les pores de la peau."
J'avais déjà fait un exercice semblable avec une prof de yoga, et j'avais eu envie d'éclater de rire en m'imaginant changée en lampe halogène. Là, je ne me sens pas ridicule, mais pas non plus spécialement chargée d'énergie à la fin de l'exercice. Pourtant, quand nous mesurons de nouveau, le champ d'énergie de presque tout le monde s'étend désormais à 1m50 de son corps. Et ceux dont le champ d'énergie n'a pas augmenté avouent qu'ils n'ont pas réussi à imaginer une lumière bleu foncé - il paraît que c'est très important qu'elle soit de cette couleur et pas seulement bleu ciel. Etonnant, non? Catherine préconise de faire cet exercice tous les matins pendant trois mois afin qu'il devienne un réflexe pour le corps.

"Imaginez que vos os se retournent et viennent former une coquille autour de votre chair. Observez ce que vous ressentez, puis faites-les revenir à leur place. De quelle façon votre perception du temps a-t-elle changé?"
Globalement, tout le monde s'est senti en paix et en sécurité dans sa "coquille d'oeuf". Mais alors que les autres ont eu l'impression, quand ils en sont sortis, que le temps avait ralenti, il m'a semblé au contraire qu'il avait accéléré et qu'il me filait entre les doigts comme des grains de sable. Entendant cela, Catherine propose un autre exercice à tout le monde.

"Imaginez-vous marchant au borde de la mer, le long d'une belle plage. Ramassez une poignée de sable et laissez-le s'écouler entre vos doigts jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un seul grain dans votre paume. Observez-le. Comment est-il?"
Mes petits camarades voient un diamant, une perle, un éclat de lumière. Mon grain de sable à moi vire au noir et devient dur et brillant comme de l'onyx. Catherine me demande, à moi toute seule, de fermer les yeux. "Lève le grain de sable vers le soleil et laisse la lumière le fendiller de toutes parts." Mon grain de sable refuse de laisser la lumière agir sur lui et devenir ce qu'il n'est pas. Il commence à vibrer de colère dans ma main.

"Souviens-toi de la première fois où quelqu'un t'a demandé de te transformer contre ton gré."
Je pense aux étés passés chez mon grand-père quand j'étais petite, qu'il faisait beau dehors et que tous les adultes me pressaient d'aller jouer dehors avec mes cousines quand je n'aspirais qu'à une chose: me réfugier au grenier pour lire des romans d'aventure toute la journée. Elle me dit de prendre par la main la petite fille que j'étais et d'aller faire exactement ça. "Quel livre choisis-tu?"J'hésite entre "Michel Strogoff" et "Les trois mousquetaires", et opte finalement pour le second parce que la scène où les soldats aveuglent le héros du premier avec une lame chauffée à blanc m'avait trop traumatisée. Catherine voudrait que je lui lise la première phrase à voix haute, mais bien sûr je ne m'en rappelle pas et je ne vois rien dans ma tête. Après avoir fini le livre avec mon alter ago de huit ans, elle me demande de faire la même chose avec la dernière phrase, mais les lettres sont brouillées et je ne vois toujours rien. Elle me dit de les prendre dans mes mains, de les secouer et de regarder ce que ça donne. De la soupe alphabet. "Très bien, fais-la boire à la petite fille. Est-ce qu'elle veut bien boire?" Elle rechigne un peu parce que ce n'est pas un plat d'été et qu'il fait chaud, mais elle boit. "Maintenant, demande-lui si elle veut bien lâcher prise sur toutes les choses douloureuses de son enfance." Elle a du mal, mais elle finit par accepter. "Prends un ciseau et coupe la corde qui la rattache à ses souvenirs. Puis regarde-la grandir jusqu'à ce qu'elle devienne ton double et prends-la dans tes bras. Que se passe-t-il?" Elle se fond en moi.

Mais le plus étonnant reste encore à venir.

(...A suivre)

mercredi 1 décembre 2010

Rêve et prophétie - épisode 3: Où je craque nerveusement

La journée de vendredi se termine par un triste constat: non seulement je suis de loin la personne la moins "spirituelle" de l'assemblée, mais je suis aussi la plus torturée (encore que la blonde Lettonienne si placide en apparence ait surpris tout le monde avec une vision d'elle petite fille enfermée seule à double tour dans une maison à la porte en métal inviolable). Je m'en doutais un peu; c'est d'ailleurs pour y remédier que je suis là. Je rentre chez moi intéressée par le travail du jour mais avec le sentiment de ne pas avoir appris grand-chose malgré tout.

Les deux tiers de la journée du samedi sont consacrés au décryptage des rêves et des messages qu'ils nous envoient. Je me sentirais plus impliquée si je n'avais pas totalement cessé de rêver depuis des semaines que je me réveille toutes les nuits à 3 ou 4h du matin, et si mes rêves, quand j'en ai, n'étaient pas si embrouillées et impossibles à reconstituer au réveil. Nous analysons le rêve de l'ex-collègue de Chouchou, dans lequel un bébé joue le rôle central. Il a la figure toute griffée; il est abandonnée à l'arrière d'un camion sous une bâche et donne l'impression d'être en grand danger. Interprétation personnelle des autres participants en tant que "rêveurs secondaires": elle varie sur les détails, mais tous s'accordent à considérer le bébé comme une incarnation de leur enfant intérieur dont ils ne s'occupent pas assez. Moi? J'ai déjà l'impression de n'avoir jamais eu d'enfant extérieur, alors bon... Je ressens cette situation comme une tentative de la société de me forcer à rentrer dans le moule de l'épouse et de la mère en me refilant de force un gamin dont je ne veux pas.

Le dernier tiers de la journée est consacré à des exercices pratiques. "Visualisez-vous dans le temps sans relation à aucun espace." Gni? J'ai ni l'image ni le son, là. Mes petits camarades, en revanche, flottent joyeusement dans un firmament étoilé ou une variation sur le même thème. "Visualisez que l'espace n'est que du temps condensé." Je ne suis pas la seule que cette requête laisse perplexe, mais je suis la seule qui, quand Catherine lui demande à quoi elle a pensé, répond sur un ton désespéré: "Einstein et la théorie de la relativité". Je dois me rendre à l'évidence: mon cerveau gauche est hypertrophié, et je n'arriverai à rien dans cet atelier. (A part peut-être à buter ma voisine de droite qui comprend très mal l'anglais et me réclame la traduction d'un mot sur deux.)

Tout ça me déprime terriblement. Pas mon refus de me reproduire, que j'assume très bien, ni mes vagues notions de physique, parce qu'un peu de culture générale n'a jamais nui à personne, mais le fait que mes interprétations soient systématiquement négatives, marquées par un sentiment d'agression, de peur et de décrépitude. Je savais que j'étais devenu un trou noir affectif ces derniers mois; je commence vraiment à mesurer à quel point. Je suis totalement sidérée par l'Irlandaise qui est tout mon opposé, souriante, enthousiaste et confiante en la vie. Elle a une aura très forte, presque palpable, une sorte d'énergie vitale qui déborde d'elle en permanence. Je l'envie énormément.

Ce soir-là, je rentre à la maison. A cause d'un imprévu au boulot, j'ai une grosse relecture à finir en urgence pour lundi, un truc chiant que je n'ai pas du tout envie de faire. Au bout de vingt minutes, sans qu'aucun évènement extérieur soit survenu entre-temps, je me mets à pleurer. Chouchou me demande ce qui ne va pas d'un air un peu inquiet. C'est là que je dévide, en gros, ce que je raconte dans mon post daté du même jour, cette litanie de trucs qui merdent en ce moment et mon impression de n'avoir plus rien de solide sous les pieds. Et je pleure, je pleure... Mon mascara se met à couler et me pique les yeux; je passe à la salle de bain pour me démaquiller. Debout devant le lavabo, je continue à pleurer en sortant mon huile Shu Uemura, mon eau micellaire, mes cotons recyclables. Je pleure, je pleure sans pouvoir m'arrêter. Je pleure les névroses qui me rongent, mon inquiétude pour mon père, le sentiment amer de n'avoir rien construit dans ma vie.

Je ne suis pas sûre de vouloir retourner à l'atelier le lendemain.

(...A suivre)

mardi 30 novembre 2010

Novembre 2010

Rêve et prophétie - épisode 2: Où je pars en pèlerinage sans quitter ma chaise

Expliquer le principe du séminaire serait trop long, et je ne suis sûrement pas la personne la plus qualifiée pour le faire. Mais en gros, le but est de visualiser des situations bien précises et de laisser notre intuition nous révéler des choses auquel notre esprit rationnel n'a pas accès, ou d'utiliser des images mentales pour agir de façon bénéfique sur le corps.

Nous nous lançons dans une série d'exercices pratiques. Au début de chacun, nous fermons les yeux et comptons à rebours depuis trois en expirant sur chaque chiffre. Puis la voix de Catherine guide notre imagination. Elle commence par nous demander de nous enfoncer dans notre corps et de dire ce que nous ressentons. Les autres éprouvent de la sérénité, une impression de calme et de complétude, ou bien ils se sentent juste un peu lourds et somnolents. Moi? "Je suis en train de pourrir de l'intérieur." Bien bien bien. Au moins, ça donne le ton. Voyons la suite...

"Vous partez de chez vous pour faire un pèlerinage. Vous traversez différents climats. Quels sentiments éprouvez-vous? Savez-vous où vous allez?"
Comme je ne suis pas religieuse pour deux sous - nous l'avons vu hier... - le terme "pèlerinage" n'a guère de sens pour moi. J'ai plutôt l'impression de partir en quête comme Frodon pour détruire l'Anneau Unique. (Quand je raconte ça pendant le debriefing, j'ai droit à 17 regards vacants. Personne ici n'a jamais entendu parler de LOTR. Diantre.) Mes sentiments? J'veux pas y aller! Le Mordor, c'est gris, c'est moche et c'est plein de monstres dégueus! Je déteste être exposée aux éléments et les bretelles de mon paquetage me scient les épaules. Je regrette de ne pas avoir pu rester chez moi, bien au chaud et en sécurité.
(Je pense que ça se passe d'interprétation...)

"Vous arrivez à un carrefour sans indications. Quelle direction prenez-vous? Pourquoi?"
Je vois un carrefour avec les quatre points cardinaux. Je voudrais aller à l'est (exotisme!) ou à l'ouest (excitation!). Mais mon sens du devoir me pousse vers le nord. Je ne veux pas y aller. J'y vais quand même. Pour une fois dans ma vie, je me dis que je ne vais pas choisir le chemin de la facilité ou du plaisir.
(C'est fou à quel point tout ceci se passe bien de sous-titrage, vous ne trouvez pas?)

"Au bout d'un moment, vous vous sentez perdu. Vous plantez vos pieds dans le sol et vous grandissez jusqu'à avoir la tête dans les cieux. Puis vous reprenez votre taille normale. Quel changement constatez-vous? Souhaitez-vous changer de direction?"
Je réalise que si je continue à marcher toujours tout droit, je vais finir par sortir de ce paysage glaciaire. Et parce que la Terre est ronde, parce que la vie est un éternel recommencement, je suis condamnée à repasser par ici tôt ou tard. Damned.

"Restez sur place et éprouvez une sensation de possibilités infinies. Comment réagissez-vous?"
Je me dis que peu importe dans quelle direction je marche: si tout est circulaire, tous les chemins se valent. Ce qui n'est pas DU TOUT ce que je crois réellement. Choisir d'être Adolf Hitler ou choisir d'être l'Abbé Pierre, non, ce n'est pas la même chose. Perplexe je suis.

"Vous vous remettez en route. Qui est la première personne ou créature vivante que vous rencontrez en chemin?"
J'essaie plus ou moins consciemment de conjurer des visions de village lapon festif, voire d'igloos, d'ours blancs ou de phoques. Et ce qui apparaît devant moi sur ma droite...
...C'est un hippopotame mauve.
Nous defriefons. Tous les autres participants sont plus ou moins en train de folâtrer dans une campagne riante pendant que je me gèle le cul sur la banquise. Une dame dans le fond rencontre son partenaire et fait un bout de chemin main dans la main avec lui. La journaliste flamande s'émerveille du vol d'une libellule. Claudia voit une colombe se poser sur sa main. Une autre participante est abordée par un renard doué de parole. La personne en face de moi aperçoit un aigle dans le ciel.
...Et moi, je tombe sur un hippopotame au Pôle Nord.
Après, on s'étonnera que ce soit le bordel dans ma tête, hein?
Sans déconner.

(...A suivre)