mercredi 4 juin 2008

Kiva les aider?


Parce que malgré les apparences, la vie, pour moi, ce n'est pas juste roucouler avec mon chéri et m'acheter des tonnes de jouets pour grands enfants, j'aimerais vous parler aujourd'hui d'un site que je trouve absolument formidable.
http://www.kiva.org/ joue l'interface entre un investisseur (vous, moi ou n'importe quelle personne désireuse de faire un geste de solidarité) et un micro-entrepreneur d'un pays du Tiers-Monde. La rubrique "lend" compile tous les projets en attente de soutien et indique le montant nécessaire à leur réalisation, ainsi que la somme restant à réunir. On choisit celui ou ceux qui nous interpellent le plus et on prête la somme qu'on veut ($25 minimum, autant dire pas grand-chose au cours actuel du dollar!). Le remboursement doit s'effectuer via le site quelques mois plus tard.
Je trouve cette initiative fantastique parce qu'il ne s'agit pas d'assistanat, mais bel et bien de donner à des gens désireux de s'en sortir par eux-mêmes les moyens de le faire. C'est à mon avis la façon la moins condescendante et la plus fructueuse de tendre une main. Le temps de passer en revue les différents projets pour faire mon choix, et j'active moi aussi un profil de "lender".

mardi 3 juin 2008

Mon eBaïte a encore frappé

"Bonjour, je m'appelle Armalite et je suis accro à eBay..."
Ou devrais-je plutôt dire, "accro par phases"? Car il m'arrive de rester des mois sans passer sur le site ni ressentir le moindre manque. Puis tout à coup, la frénésie repointe le bout de son nez. Je ne parle pas des phases où je vide mes placards et consulte la page mes ventes à peu près dix fois par heure, mais de celles où je me connecte en quête d'un objet bien précis et finis par enchérir sur dix-sept articles sans aucun rapport.
Ce matin, par exemple, je cherchais une tunique Shell de chez Cop Copine en taille 1, neuve avec étiquette, pour maximum 100 euros port compris (je l'ai vue à 130 dans un magasin du centre de Bruxelles et Soeur Cadette était d'accord avec moi: pour un haut, ça faisait quand même un peu cher). Et j'ai fini par commander une nouvelle Blythe pour ma collection. Mais pas n'importe laquelle, hein: le modèle "Natasha Moore, super espionne". C'était la première fois que j'en trouvais une qui me ressemblait vaguement - bon ok, juste au niveau de la coiffure. Et puis, il fallait bien que je compense d'une manière ou d'une autre ma frustration de Japon. Enfin, le thème de l'espionnage est assez à la mode chez nous en ce moment (private joke). Bref, ma nouvelle pensionnaire expédiée depuis Hong-Kong arrivera chez mes parents d'ici trois semaines, et je devrai encore attendre mon séjour à Toulouse mi-juillet pour la récupérer. Ce qui me laisse le temps de lui dénicher une tenue funky... sur eBay, bien sûr. Ca m'occupera en attendant de remporter la fameuse tunique.

"Tim Walker: pictures"

La plupart des photographes dont j'aime le travail sont avant tout des portraitistes exceptionnels: Ellen Von Unwerth, Bettina Rheims, Mark Zelliger... Plus rares sont ceux capables de créer des mises en scène qui portent leur patte, des atmosphères auxquelles on les identifie immédiatement. J'ai un temps suivi avec attention la carrière de David LaChapelle, pour finir par me lasser du côté outrancier - et parfois totalement gratuit - de ses clichés. Hawk m'a fait découvrir l'oeuvre foisonnante de Nobuyoshi Araki, dont certaines séries me ravissent par leur côté "la vie toute nue toute crue" et d'autres me laissent froide, voire me dépriment. Mais pour moi, le maître absolu, c'est Tim Walker, essentiellement connu pour sa très longue et très fructueuse collaboration avec le magazine Vogue. Ses photos ont le don de me transporter en un clin d'oeil dans un univers parallèle, une sorte de fantasmagorie bohémienne et romantique où rien de grave ne peut arriver, où tout est légèreté et fantaisie.
Ca faisait plusieurs semaines que j'attendais la sortie, aux éditions teNeues, d'un énorme recueil de ses travaux. Certes, le prix (98 euros) pouvait sembler dissuasif, mais quand on aime on ne compte pas. D'autant qu'il fallait bien utiliser le gros avoir accumulé sur ma carte Fnac belge. Hier, à la faveur de notre inscription au marathon photo du 21 juin, j'ai donc fait l'emplette de la petite merveille. Et passé une bonne partie de la soirée à la dévorer des yeux. L'éditrice a fait un travail superbe, sélectionnant les photos les plus emblématiques de l'oeuvre de Walker, mais aussi des inédits et des travaux de jeunesse qui permettent de mieux comprendre sa démarche. La plupart des clichés sont assortis d'un petit commentaire portant sur leurs conditions de réalisation - et c'est là qu'on se rend compte du boulot absolument dingue que ça peut représenter, une "bête" photo. Surtout, j'ai adoré que l'on montre les scrapbooks de l'artiste, ces carnets dans lesquels il colle les choses qui l'inspirent et prépare ses shootings. Inutile de dire que ça me donne trèèèès envie de m'exciter sur mon Lumix tout neuf.

lundi 2 juin 2008

Le "oui" théorique

Hier après-midi, chez Filigranes. Attablés au café indoor avec un jus d'abricot pour moi et un yaourt à la myrtille pour lui, Hawk et moi lisons les magazines du mois. Dans le Glamour anglais, un article me fait bondir. Il explique, en substance, comment manipuler un mec pour obtenir qu'il vous épouse. Ouah.
J'ai du mal à croire qu'au 21ème siècle, on puisse encore publier ce genre d'âneries dans un magazine soi-disant destiné à des jeunes femmes modernes. D'abord, pour ce que j'ai pu constater dans la "vraie vie", les hommes ne rechignent pas spécialement à se marier, pourvu que ce soit avec la bonne personne. Autrement dit: sauf objection de principe, si ton mec se fait tirer l'oreille pour t'emmener devant monsieur le maire, c'est sans doute qu'il se contente de tuer le temps avec toi en attendant la vraie femme de sa vie! Ensuite, le concept de manipulation me dérange profondément. C'est une chose qu'on pratique tous un peu pendant la phase de séduction pour se rendre plus attrayant(e), et souvent, ça ne fait qu'entraîner déceptions et malentendus ultérieurs. Mais quand il s'agit de s'engager pour la vie, franchement... Je ne donne pas cher du mariage fondé sur si peu de confiance et de respect de l'autre.
Bref. En ce qui me concerne, je fais partie de la catégorie "objection de principe" et n'ai aucune intention d'épouser qui que ce soit. George Clooney en personne pourrait s'agenouiller devant moi avec un solitaire Tiffany d'un carat et demi, taille Lucida, monture platine, je le renverrais dans ses foyers (en battant un peu des cils pour voir s'il ne me laisserait pas la bague, à tout hasard). Mais quand même, une question me préoccupe.
MOI: Dis, si j'avais envie de me marier, tu m'épouserais?
HAWK (sans même relever la tête de son Wallpaper et sur le ton de l'évidence): Oui, absolument.
C'est peut-être idiot puisque je n'ai aucune intention de le prendre au mot, mais l'entendre m'a fait vraiment plaisir.

dimanche 1 juin 2008

Après le rose, le noir...

Ca, c'est le Casio Exilim que je me suis offert en avril 2007, juste avant de partir pour la troisième fois aux USA avec les VIP. Acheté sur un coup de tête pour succéder au gros Samsung argent offert par l'Homme quelques mois avant notre séparation, et dont je m'étais très peu servie parce qu'il était d'un maniement bien trop compliqué pour moi, cet appareil numérique satisfaisait à mes trois critères de choix de l'époque: il était rose joli, peu encombrant et très simple d'utilisation. Depuis son acquisition, il a traversé les Etats-Unis de Miami à Los Angeles, arpenté les rues de Tokyo à mon poignet et produit un cliché quotidien pour le blog Moody & Cookie depuis mon installation à Bruxelles en octobre dernier. En tout, j'aurai pris plus de 3500 photos avec. La dernière aura été celle de son successeur...

Après le rose, je passe au noir avec ce Panasonic Lumix FX35, choisi au terme de plusieurs mois de recherches et consultation de bancs d'essai FNAC - Père serait fier de moi! Lui aussi est assez joli et encore plus petit que l'Exilim (bien que plus épais et légèrement plus lourd me semble-t-il). Surtout, il n'a pas le gros défaut de son prédecesseur, cette tendance horripilante à prendre des photos hyper grainées en basse lumière. Et puis il est doté de tout un tas d'options paraît-il formidables que je découvrirai sûrement à l'usage. J'ai même l'intention de vaguement survoler lire son mode d'emploi, c'est dire si je suis déterminée à améliorer la qualité de mes clichés! J'espère que ça m'aidera à lutter contre ma frustration actuelle et que ça relancera mon intérêt pour le projet Moody & Cookie. Dans le but de partir du bon pied, Hawk et moi avons l'intention de nous inscrire au marathon photo organisé par la FNAC le 21 juin. Je vous en reparlerai ultérieurement.

"Bruxelles le dimanche"

Un petit post pour signaler cet excellent ouvrage à l'attention de mes lecteurs bruxellois. C'est une mine d'adresses géniales pour s'occuper le dimanche, illustré par des photos magnifiques qui donnent envie de tester les toutes - ou presque. Nous connaissions et étions déjà fans de quelques-unes d'entre elles, comme Filigranes, Cook&Book, Brüsel, Graphie Sud, le Palais des Thés ou The Grasshopper. Nous en avons découvert bien d'autres que nous avons marquées avec des Post-It, jaunes pour Hawk et verts pour moi, afin de meubler nos prochains week-ends. Par chance, beaucoup de nos choix correspondent. C'est ainsi qu'on derait nous voir prochainement attablés au musée BELvue ou au MIM (on ne va quand même pas y aller pour voir les expositions!), en train de flâner aux Halles des Tanneurs, d'enfiler des chaussures de clown au Brussels Bowling 6 Lanes, de nous faire masser au Serendip Spa ou de shopper gourmand au Bio Corner ou chez Mmmmh!

samedi 31 mai 2008

Message d'intérêt général

MONSIEUR TOUT-LE-MONDE
EST UN ANGE DE LUMIERE
QUI COURT A LA FNAC
UN SAMEDI APRES-MIDI
UN QUART D'HEURE AVANT LA FERMETURE
POUR REPARER LES BOURDES
DE SA DINDE DE COPINE

vendredi 30 mai 2008

Message d'intérêt général

MONSIEUR TOUT-LE-MONDE
EST UN MONSTRE SANS COEUR
QUI ABANDONNE LA LUMIERE DE SA VIE
UN VENDREDI SOIR
POUR ALLER SE TAPER LA CLOCHE
DANS UN RESTO TRES CHER
AVEC SES COPAINS

20 vs. 40: ce qui n'a pas changé

A (presque) 40 ans comme à 20:
J'affectionne le look rock'n'roll: les boots de moto, les jeans fatigués, les blousons en cuir, les gros bijoux et le vernis à ongles noir.
Je suis une fan inconditionnelle des Hard Rock Café.
Je ne porte jamais de montre.
J'écoute la même musique: Marillion période Fish, Sisters of Mercy, Fields of the Nephilim, mais aussi A-Ha et, du côté français, Daho ou Goldman. Peu de nouveaux artistes ont fait leur apparition dans ma CDthèque, et aucun d'eux ne me fait vibrer comme ceux-là.
Je porte mes cheveux longs, avec une frange et teints en roux - même si entre-temps il y a eu quelques détours par le noir, une tentative désastreuse de blondeur et un retour à mon brun naturel le temps de rattraper le coup.
Je suis d'une franchise confinant à la brutalité. L'hypocrisie et le politiquement correct n'ont jamais cessé de me gonfler. Je persiste à penser que la politesse et la bienséance ne sont qu'un moyen commode de lisser tout ce qui dépasse, d'étouffer la moindre originalité chez les individus.
J'achète trop de fringues et de chaussures - mais je les choisis mieux aujourd'hui.
Je reste une lectrice compulsive, boulimique de romans, mais aussi de bédés et même de magazines.
Je pourrais rester des heures dans une belle librairie à respirer des pages de cahier, caresser des couvertures de carnet ou tripoter des crayons de toutes les couleurs.
Ma tendance à archiver ma vie ne fait que se renforcer au fil des ans: après les bêtes journaux intimes et agendas, je suis passée au scrapbooking, aux carnets de voyage et aux blogs.
J'éprouve la même répugnance vis-vis des sports aquatiques et la même attirance pour les sports aériens. Je suis définitivement une bête à plumes plutôt qu'à écailles!
Ma gourmandise n'a pas disparu, hélas. Mes kilos en trop, non plus - forcément. Ils ont même eu tendance à se multiplier tandis que je découvrais des plaisirs culinaires dédaignés dans mon adolescence et mon jeune âge adulte.
Je bois toujours aussi rarement, mais avec beaucoup plus de discernement et par goût des bons alcools au moins autant que pour le plaisir d'une légère ivresse.
Je continue à baigner dans la fantasy, même si c'est devenu un boulot plus qu'un loisir.
Ma technophobie ne m'a pas passé, hélas. Mon allergie aux modes d'emploi, non plus.
Je déteste conduire. Et je suis malade en voiture avec tous les gens qui conduisent un peu brusquement. Par contre, les trous d'air en avion ne me font pas grand effet, et je me demande bien pourquoi.

jeudi 29 mai 2008

20 vs. 40: ce qui a changé

L'autre jour avec Soeur Cadette, on listait les raisons pour lesquelles on se sentait mieux aujourd'hui qu'à 20 ans. Here goes:

A 20 ans, j'essayais de suivre la mode au mépris de mes limitations financières et de mes défauts physiques. Ainsi me suis-je trimballée un moment avec un perfecto Schott marron qui pesait sept ou huit kilos, donnait l'impression que j'étais aussi large que haute et avait allégé mon compte en banque de 3000 francs (dans les 450 euros de maintenant). Je ne vous parle pas de ma salopette en jean délavé, extrêmement seyante sur silhouette de Barbamama, ni des bottes sudistes à bout carré qui me comprimaient affreusement le pied. J'avais décidé que j'étais une fille rock'n'roll and by Jove, j'allais en arborer toute la panoplie coûte que coûte.
A (presque) 40 ans, j'ai appris qu'il n'y a pas de filles parfaitement foutues: juste des filles qui savent s'habiller. Désormais, je compose avec mes défauts physiques. Oui aux robes et aux jupes longues qui camouflent mes jambes grassouillettes; non aux pantacourts qui les raccourcissent visuellement et accentuent encore la circonférence de mes mollets. Oui aux compensées qui donnent de la hauteur et du galbe; non aux ballerines qui malgré leur mignonnitude me filent l'allure d'un Culbuto. J'ai fait mon deuil d'un certain nombre de choses: les cols en V et les cache-coeurs qui rapetissent encore ma poitrine symbolique, les pantalons à pinces qui pochent sur mes cuisses, les tops droits qui coincent immanquablement au niveau des hanches et blousent dans le dos. Je connais les marques dont les fringues me plaisent et me vont bien, et les boutiques que je ne dois pas approcher à moins de cent mètres sous peine de me faire mal au coeur ou de commettre une grave erreur d'achat.
A 20 ans, je ne supportais pas que mes amis fassent un pas sans moi. Ma phrase fétiche, extraite de "L'invitée" de Simone de Beauvoir, était d'ailleurs: "Ailleurs, quelque chose était en train de vivre sans elle, et il n'y avait que cette chose-là qui comptât". Après une enfance et une adolescence extrêmement solitaires, la moindre peccadille suffisait pour que je me sente rejetée. Les événements auxquels je n'assistais pas prenaient des proportions mythiques dans ma tête, et j'enrageais très longtemps de les avoir ratés.
A (presque) 40 ans, je suis de moins en moins dépendante des autres affectivement. Si j'ai l'occasion de faire une sortie, une soirée ou un voyage avec les gens que j'aime, je m'en réjouis et tente d'en profiter au maximum. Le reste du temps, je n'y pense juste pas. Je sais qu'il y aura d'autres occasions, d'autres moments à partager, et que ceux qui se déroulent sans moi ne sont pas nécessairement pile ceux qu'il aurait fallu ne pas rater!
A 20 ans, je mettais tous mes problèmes sur le dos de mes parents, de l'éducation que j'avais reçue, de la loterie génétique qui ne m'avait pas gâtée, de mes profs incompétents, de mes camarades de classe stupides, de la société pourrie dans laquelle j'étais forcée de vivre, etc etc. Au lieu de chercher des solutions, je ruminais ma rancoeur envers le reste du monde.
A (presque) 40 ans, il y a longtemps que j'ai appris à assumer mes responsabilités. Du temps où je vivais aux USA, j'ai lu un bouquin de David Burns dont j'ai fait mienne la philosophie: en gros, on ne maîtrise pas nécessairement ce qui nous arrive, mais on est seul à décider de la façon dont on va y réagir. Concrètement, on ne peut pas éviter un licenciement économique, mais on peut le traiter comme une opportunité de trouver un boulot plus agréable ou mieux payé au lieu de se poser en victime des circonstances. Depuis, je ne perds plus beaucoup de temps à m'apitoyer sur moi-même: après m'être accordé un peu de temps pour chouiner symboliquement, je m'attaque à la résolution du problème.
A 20 ans, je ne baisais pas pour moi mais pour mon partenaire. Je n'avais encore jamais eu d'orgasme avec personne hormis moi-même, et pas étonnant: tout ce dont je me souciais, c'était de prendre des positions visuellement bandantes et de déployer des trésors de technique pour que le monsieur époustouflé par mon savoir-faire me range aussitôt dans la catégorie des bons coups. Je n'avais par ailleurs pas vraiment identifié les choses capables de me faire jouir, et aurait donc été bien en peine de les indiquer à quelqu'un. Simuler me paraissait beaucoup moins compliqué.
A (presque) 40 ans, je continue à jouer les stars du porno au début d'une relation. Mais très récemment, j'ai aussi appris à me laisser aller, à ne pas me crisper au-delà de tout espoir de grimpette aux rideaux juste parce que mon épilation n'était pas nickel ou que ma dernière douche remontait à plus d'une heure. J'ai découvert qu'entre le missionnaire expédié à la va-vite et la totale Disneyland avec parade et feu d'artifice, il y avait moyen de s'amuser sans prétentions acrobatiques et en toute décontraction. Il était temps...
A 20 ans, j'étais attirée par les bad boys, les mecs entourés par une aura d'indifférence ou de danger. Les gentils garçons m'ennuyaient à mourir. Je pensais que si je ne souffrais pas, ce n'était pas vraiment de l'amour. Les sentiments tiédasses, la relation de petit couple plan-plan, très peu pour moi.
A (presque) 40 ans et après bien des histoires désastreuses avec des hommes pas du tout faits pour moi, j'ai réalisé que les gentils garçons n'étaient pas tous des bonnets de nuit; que se montrer attentionné envers moi n'était pas forcément synonyme d'absence de jugeotte, de culture ou de fantaisie; que se réveiller tous les matins lovée contre son meilleur ami valait quand même mieux que de se faire lentement détruire par son meilleur ennemi; et que l'harmonie au quotidien ne virait pas nécessairement à Waterloo morne plaine.
A 20 ans, je me souciais énormément de l'opinion qu'on pouvait avoir de moi. J'essayais de me conformer aux attentes de mes parents, de mes profs, de mes chefs, de mes amis. Résultat: des études que je n'ai pas choisies et qui ne m'ont servie à rien, un début de vie professionnelle qui m'a poussée au bord du suicide, une tripotée de déceptions affectives contre lesquelles je ne parvenais pas à me blinder, et le sentiment désagréable de ne jamais être à la hauteur.
A (presque) 40 ans, je me moque totalement de l'image que je renvoie. J'essaie de vivre en accord avec ma nature et mes principes. Les gens à qui ça ne convient pas n'ont de toute façon rien à foutre dans mon carnet d'adresses, non parce que ce sont de mauvaises personnes mais parce que nous sommes socialement incompatibles. Ca n'a pas été facile, mais je crois que mes parents ont fini par comprendre que ma vie bizarre me rendait heureuse, et ils m'aiment suffisamment pour l'accepter même si ça les dépasse. Et j'ai la chance d'avoir un métier où, tant que je fais du bon boulot, tout le monde se fout de mon apparence et de ce que je fiche avec ma vie privée.
A 20 ans, j'avais, comme tout le monde, le physique que m'avait accordé Mère Nature. J'étais juste un peu boulotte et très complexée. Dans mes rapports avec les autres, je ne savais pas jouer sur un autre registre que celui de la séduction, et j'en faisais des tonnes pour qu'on me trouve sexy.
A (presque) 40 ans, j'ai, comme tout le monde, le physique que j'ai mérité. Je suis très boulotte et juste un peu complexée. Ma peau blanche m'a obligée à éviter le soleil, si bien que le tour de mes yeux est miraculeusement épargné par les rides. Sous ma teinture, j'ai moins d'une douzaine de cheveux blancs au dernier recensement. J'ai appris à tolérer les défauts de mon corps et à les camoufler le mieux possible, même si j'avoue que certaines photos peu flatteuses ont encore le don de me plonger dans le désespoir - pas au point, néanmoins, de me couper l'appétit plus de quatre heures. J'ai déplacé mes rapports avec les autres sur le terrain de l'authenticité et de la franchise, et désormais, quand je joue de séduction, c'est seulement sur un plan intellectuel.
A 20 ans, j'étais dépensière et endettée. Chaque fois que j'allais mal, j'essayais de me remonter le moral en effectuant une multitude d'achats inutiles. Et j'allais souvent mal.
A (presque) 40 ans, je suis toujours dépensière mais dans la limite de mes moyens, qui ont considérablement augmenté entre-temps. Je suis l'heureuse détentrice d'un crédit immobilier; je cotise dans la tranche maximum pour ma retraite complémentaire obligatoire et j'ai souscrit une retraite facultative que j'alimente tous les mois sans faute. Après, OK, je claque tout ce qui reste. Mais mourir riche ne m'intéresse guère. J'ai plus ou moins cerné les déclencheurs de mes crises de shopping-ite aigues et la plupart du temps, j'arrive à les désamorcer.
A 20 ans, je détestais la noix de coco, la salade verte, le thé et le vin, les ris de veau, les coquilles Saint-Jacques et les crustacés. Je ne savais pas faire la cuisine et me nourrissais essentiellement de soupes chinoises déshydratées.
A (presque) 40 ans, je fourre de la roquette dans tout, bois au moins un litre de sencha par jour, garde un souvenir ému du Haut-Brion 65 dégusté pour le mariage du demi-frère de l'Homme et commande systématiquement les coquilles Saint-Jacques ou les ris de veau quand il y en a sur la carte d'un restaurant. J'adore les cuisines inventives qui utilisent des céréales rares, des épices exotiques, et qui mélangent le salé et le sucré. Je suis capable de préparer quelques spécialités délicieuses et d'improviser un bon petit repas équilibré avec les restes du frigo.
A 20 ans, je ne supportais pas les chats et pensais qu'un animal en appartement, c'était le diable.
A (presque) 40 ans, j'ai eu successivement 7 chats dans ma vie. Ils saccagent mon mobilier et ma moquette en se faisant les griffes dessus, empuantissent la cuisine avec leur litière - quand ils ne déposent pas leurs crottes à côté pour signifier que le bac est insuffisamment propre à leur goût, sèment leurs poils partout sur mon canapé et sur mes fringues, posent problème chaque fois que je veux partir en vacances. Et je ne conçois plus ma vie sans eux.
A 20 ans, je ne voulais pas d'enfants et tout le monde me répétait d'un air entendu: "Tu verras, tu changeras d'avis".
A (presque) 40 ans, j'ai bon espoir qu'on arrête bientôt de me casser les noix avec la question de la maternité. Alors, c'est moi qui pourrai ricaner: "Vous voyez, je n'ai pas changé d'avis".

mercredi 28 mai 2008

Nouvelle Star - 9ème prime en direct de Baltard

Tous les candidats ("Can you feel it?"): Rien ne va ensemble, ni leurs voix, ni leurs fringues. Le jury débarque pendant le pont musical. La chemise de Manoeuvre a une rougeole carabinée. Lio est bien foutue pour son âge - pour n'importe quel âge, d'ailleurs - et elle ne laissera personne l'ignorer. Sinclair a dû perdre un pari et se voir condamné à ne plus approcher d'un coiffeur avant la fin de la saison; je ne vois pas d'autre explication crédible à la pousse verticale de ses cheveux. Dédé a enlevé son alliance; y aurait-il du Gaétane là-dessous? La robe de Virginie Efira pourrait bien dissimuler un début de bidon.
Cédric ("Joe le taxi"): Euh il essaie de se suicider artistiquement? On sent bien qu'il est absent depuis quinze jours, mais là, il voudrait se faire virer qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Enfin c'est ce que je pense jusqu'à ce qu'il attaque la chanson. Surprise: je trouve sa version vachement bien. Mais c'est davantage dû à l'orchestration qu'à ses performances vocales. D'ailleurs, il se fait descendre par le jury.
Benjamin ("Kiss"): Moui bof. Il bouge toujours comme une saucisse, c'est dommage sur un morceau pareil. Ses chaussures en cuir blanc vernis devraient être excommuniées par l'église catholique. Bien entendu, le jury se pâme.
Duo Amandine/Cédric ("Le soleil de ma vie"): Cédric est très bien, sérieux et nonchalant; face à lui, Amandine a décidé de faire une prestation burlesque. Ca jure un peu. Mais le jury pleure de rire.
Ycare ("Déshabillez-moi"): Pas de doute, c'est un showman. Mais sur ce morceau, je trouve sa voix très difficile à supporter.
Amandine ("Bring me to life"): J'avoue, j'ai un faible pour Evanescence. En secret, je rêve d'être Amy Lee avec son physique de poupée goth, sa voix limpide et son talent de musicienne. Amandine chante le morceau d'une façon assez différente, mais après trois primes à la trouver bof, ça y est, je recommence à croire en elle. Son final est magistral. Par contre, sa maman frôle l'apoplexie; à ce rythme, il va falloir l'évacuer sur une civière avant la fin de l'émission. Lio case "éthymologie" dans son commentaire; c'est vrai qu'après "théatrique" et "deux z'hauteurs", il est urgent pour elle de montrer qu'elle cause bien la France. Dédé s'enflamme et compare la miss à Russell Crowe; à sa place, je le prendrais pas pour un compliment.
Duo Cédric/Benjamin ("Osez Joséphine"): Un hommage à Bashung, dit Virginie Efira qui l'enterre un peu vite sur le coup - même s'il paraît qu'il est en assez mauvais état, le pauvre. Cédric s'en tire mieux que de son "Vertige de l'amour" fadasse. Par contre, je préférais Benjamin susurrant "Madame rêve".
Cédric ("Enjoy the silence"): Cette chanson doit faire partie de mon top 10 absolu de tous les temps. Il n'a pas le droit de la massacrer. Mais je ne vois pas non plus comment il pourrait être à la hauteur de l'original. Haaan, en plus c'est la version Mike Shinoda, ma préférée! Bon, c'est pas un carnage vocal, mais ça serait quand même mieux si Cédric ne bouffait pas la moitié des paroles. Il ne semble pas très à l'aise avec le morceau non plus. Remarque totalement futile: ce garçon est fait pour porter des cols roulés.
Duo Amandine/Ycare ("Je suis un homme"): Nickel. Juste nickel. Ils apportent de l'émotion à une chanson qui en était dépourvue à la base selon moi. Oh, et je veux la nuisette d'Amandine.
Benjamin ("Beat it"): Du reportage qui précède, je retiens que si tu veux voir ta famille qui habite loin de toi, il faut passer à la Nouvelle Star. Dans mon cas, j'ai peur que ce soit pas gagné. Bref. Michael Jackson version jazz, c'est gonflé. Et très trèèès bien fait. Je le dis en toute objectivité, en tant que fille imperméable au soi-disant charme ravageur du jeune homme.
Ycare ("The show must go on"): "Coin coin coin", fait Hawk à côté de moi. Son pantalon vient s'inscrire en bonne place dans la liste des désastres vestimentaires de la saison. Mais je dois reconnaître qu'il se tire honorablement d'un morceau très casse-gueule. A tous les coups, il va faire partie du dernier trio, alors qu'après le théâtre, je le voyais gicler dès le premier prime.
Duo Ycare/Benjamin ("La fille du père Noël"): L'introverti et le déjanté. Le gilet leur va bien. Ils ne violent pas trop la chanson.
Amandine ("Many rivers to cross"): Hawk redescend des toilettes en courant au risque de se casser deux ou trois jambes dans l'escalier. Amandine est bien mais je déteste cette chanson, d'où mon enthousiasme très rentré. Lio met un bleu mais critique; Hawk la fait taire d'un "Ta gueule, Wanda!" impérieux. Face à mon haussement de sourcils interloqué, il lâche: "Ben ouais, j'aime bien l'appeler Wanda" comme si c'était sa copine de bac à sable. Soit.
En bonus ce soir, le nouveau single de Steeve Estatof, gagnant de la saison 2 dont j'avais acheté et beaucoup aimé le premier album. Son relooking est ridicule; il ressemble à un mannequin de cire. Quant à sa chanson... Si les autres sont toutes comme ça, je pense que je vais économiser 15 euros.
Bon, la persévérance finit par payer: pour la première fois depuis l'élimination de Thomas, je ne me suis pas ennuyée ce soir. Je vire Cédric et je laisse Ycare revenir nous faire son numéro une dernière fois la semaine prochaine.
Verdict du public? Cédric est le premier sauvé. Ben voyons. Amandine est la suivante. Ycare se retrouve en ballotage encore une fois, mais ce coup-ci, contre Benjamin, il ne peut pas l'emporter. ...Et de fait, il ne l'emporte pas. C'est pourtant bien la première fois que j'aurais voulu le voir rester.

Pensées du moment

- Il faut vraiment que je change d'appareil numérique; dès que les conditions de lumière ne sont pas idéales, le mien fait des photos affreusement grainées, qui ne donnent rien publiées sur internet et encore moins tirées sur papier. Déjà que je suis constamment frustrée par mes limitations techniques, je ne peux pas en plus être brimée par celles de mon matériel. Ce sera donc mon prochain gros achat.
- En parlant de photos, le blog Moody&Cookie est en train de devenir une contrainte plus qu'un plaisir. Pas facile de produire un cliché par jour alors qu'en semaine, je ne mets quasiment pas les pieds hors de chez moi et que j'ai déjà mitraillé notre décor de vie sous tous les angles. Quand j'avais parlé de ce projet à Hawk, j'avais suggéré une durée d'un an pile à compter de mon emménagement à Bruxelles. Je ne suis pas du tout certaine de tenir à ce rythme jusqu'à fin octobre.
- Avant-hier soir, j'ai scrappé d'un coup la moitié du mini-album sur notre séjour à Paris de mi-mars. Il sera terminé d'ici la fin de la semaine. Ensuite, je devrai attendre de recevoir le CD promis par David pour passer ma commande de photos suivante à Mypix. C'est toujours quand je suis inspirée que je n'ai pas de matière première sous la main... Bien que je ne sois plus aussi folle du style d'Elsie Flannigan qu'au début, son dernier bouquin, "Recipe box", contient un certain nombre de layouts que je lifterais volontiers. Maintenant.
- Après "Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal", j'attends avec impatience le film "Sex & the City" qui malheureusement sort ici une semaine plus tard qu'en France. Oh, et s'il passe à l'UGC près de chez nous, j'irais bien voir "Le journal d'une baby-sitter", un peu à cause de Scarlett Johansson et un peu parce que le bouquin, sous ses allures de chick lit de base, était assez acide.
- Je meurs d'envie de retourner au Japon. Oui, j'aimerais aller à Prague, à Copenhague, à Oslo, à Lisbonne, à Barcelone ou à Rome; oui, je brûle de découvrir la Chine; oui, j'espère pouvoir accompagner Antonia en stage carnet de voyages l'an prochain, au Maroc ou ailleurs. Mais plus que tout, je voudrais continuer à explorer Tokyo, retrouver avec plaisir certains endroits déjà connus, visiter enfin ceux sur lesquels j'ai dû faire l'impasse les deux premières fois par manque de temps, améliorer mon japonais rudimentaire, m'immerger de nouveau dans cette culture qui m'a totalement séduite. En ce moment, ça m'obsède.
- Ca serait bien que les travaux s'achèvent enfin dans notre quartier. Passe encore que les marteaux-piqueurs me réveillent tous les matins de semaine aux environs de 8h. Mais quand je dois me concentrer pour bosser, j'ai vraiment du mal, et comme la tendance actuelle est plutôt à la procrastination... Je dois me faire violence pour tenir mon planning de traduction quotidien.
- La nouvelle éditrice de Maudite Série m'a finalement donné le feu vert pour continuer au tarif habituel. Ma moitié flemmarde est soulagée; ça lui évite de bouleverser toute son organisation à la dernière minute. Ma moitié aventureuse, celle qui aimerait bien passer à autre chose, hulule intérieurement sa déception.
- Le petit coup de mou post week-end en famille se prolonge. Il fait gris dehors et je me sens toute flappie... Je manque de projets concrets en ce moment.

mardi 27 mai 2008

"Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal"

Quatre mois que je me retiens d'empoigner tous les gens que je croise par les revers de leur veste et de les secouer comme des pruniers en leur hurlant à la figure: "Non mais tu te rends compte, Indiana Jones échappe à une explosion nucléaire dans un frigo volant!!!". Maintenant, le monde entier sait.

Je ne suis pas particulièrement fan de films d'aventure, mais j'aime beaucoup Harrison Ford et Cate Blanchett. Je gardais en outre un excellent souvenir de "La dernière croisade", en grande partie à cause de la relation père-fils grinçante entre les deux héros. Pour être honnête, je ne sautais néanmoins pas de joie à l'idée de passer deux heures devant un film dont je connaissais le scénario et les dialogues par coeur. Mais ça faisait des semaines que Hawk bondissait dans tous les sens tel le Marsupilami à l'idée d'aller le voir. Je l'ai donc charitablement accompagné à la séance de 20h30 ce soir.

Que penser d'"Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal"? Je ne suis sûrement pas la personne la mieux placée pour répondre à cette question. J'ai passé toute la séance à comparer le film avec le bouquin, notant mentalement les scènes rajoutées par James et déplorant leur absence à l'écran: elles avaient le mérite de donner une certaine profondeur psychologique aux personnages et d'éviter la résolution trop abrupte d'un grand nombre de scènes d'action.

A défaut d'avis sur l'histoire, je me contenterai d'en donner un sur la prestation des comédiens. Harrison Ford fait bien son boulot même s'il bouge beaucoup moins que dans les opus précédents - il a son âge, pauvre biquet. Karen Allen hérite d'un rôle réduit au minimum syndical, et au final pas très intéressant. Shia LaBeouf campe un honorable James Dean wannabe et hérite des cascades que son paternel de cinéma ne peut plus assurer. Mais soyons honnêtes, la star du film, c'est Cate Blanchett. Cette fille peut tout jouer, absolument tout. Elle est aussi époustouflante en Galadriel qu'en Elizabeth 1ère, en Bob Dylan qu'en colonel russe ravagée du ciboulot. Ici, elle n'a rien d'autre à faire qu'aboyer des ordres, et ça ne l'empêche pas de crever l'écran. Je pense qu'elle ne pourrait pas être médiocre même si elle le voulait.

lundi 26 mai 2008

Comme quoi, on change...

Mon blues du dimanche après-midi se prolonge en ce début de semaine pourtant assez chargée - même si la description des journées de Soeur Cadette me fait facilement passer pour une limace neurasthénique en comparaison. C'est toujours comme ça quand je viens de voir les miens: je mets un peu de temps à m'en remettre, non pas parce que ça s'est mal passé, mais au contraire parce que je suis triste de les quitter.
Comme quoi, on change. Je me souviens qu'à treize ans, je détestais tous les membres de ma famille immédiate sans exception. Je tenais mes parents pour des ratés: des gens médiocres, sans ambition, enfermés dans une routine désolante de conformisme et de petitesse d'esprit. Ce que je ne me gênais pas pour leur faire sentir. Je pourrais arguer que je souffrais beaucoup à cette époque et que je manquais du recul nécessaire pour leur pardonner tout ce qu'ils ne voyaient pas, tout ce contre quoi ils ne parvenaient pas à me protéger. J'étais trop jeune pour me rendre compte que les enfants ne sont pas livrés avec un mode d'emploi et que les parents ne sont pas des demi-dieux infaillibles: juste des êtres humains qui, pour la plupart, s'efforcent de faire au mieux avec les moyens dont ils disposent. Il m'a fallu devenir adulte et commettre mes propres erreurs en toute bonne foi pour me rendre compte que mes parents avaient toujours été de bonne volonté, et que je ne pouvais décemment pas leur en vouloir de s'être trompés sur ce qui était bon pour moi. N'empêche que mes traumatismes d'enfance sont certainement responsables pour une très grande part de mon refus de me reproduire à mon tour.
Quant à Soeur Cadette, aujourd'hui la prunelle de mes yeux, je lui en ai très longtemps voulu d'être plus jolie que moi, plus sociable et plus douée pour à peu près tout. J'étais blanche et boulotte, avec une face de poisson-lune perpétuellement maussade; elle était mince, bronzée et souriait toujours sur les photos de classe. Je n'avais aucun ami et passais mes récréations à lire dans un coin de la cour; dès la maternelle, elle avait une cote de popularité en béton et était invitée partout. Un rien m'effrayait et me réduisait aux larmes ; c'était une casse-cou qui finissait à l'hôpital si souvent qu'un des urgentistes l'avait surnommée "ma petite abonnée". Nous avons fréquenté le même collège, et elle est devenue la chouchoute du prof de maths qui me terrorisait quelques années plus tôt. J'ai voulu suivre des cours de danse, ma première grande passion après la lecture; elle s'est inscrite aussi, et c'est à elle qu'on a fini par proposer une place dans une compagnie professionnelle quand elle était ado. Un jour, j'ai commis l'erreur de l'emmener dans mon club de jeu de rôles, le seul endroit où j'avais réussi à me faire une petite place (en tant que fille et hors du contexte scolaire, ça avait été assez facile). Le mec qui me plaisait à l'époque a flashé sur elle; après ça, quand mes potes partaient en virée et qu'il ne restait plus qu'une place dans la voiture, c'est elle qu'ils emmenaient. Nous sommes diplômées de la même grande école de commerce; j'ai vomi les trois ans que j'y ai passé et n'en conserve que de mauvais souvenirs; elle y est devenue intervenante extérieure et y donne des cours deux ou trois fois par an. J'ai mis plusieurs années à me trouver professionnellement, avant d'opter pour une occupation que mes parents ne considéraient même pas comme "un vrai métier"; elle a tout de suite décroché un boulot de cadre respectable et occupe aujourd'hui un poste avec un titre ronflant et un salaire assorti. Ma vie sentimentale a longtemps été un désastre; David a craqué pour elle en 5ème et lui a fait une cour assidue avant qu'elle daigne sortir avec lui quatre ans plus tard.
A côté de Soeur Cadette, je me sentais toujours le vilain petit canard. Le pire, c'est que je voyais bien qu'elle n'y mettait aucune malice. Elle ne cherchait absolument pas à me faire de mal; elle avait juste cette aura inexplicable qui faisait que les gens gravitaient naturellement vers elle. J'en étais malade de jalousie. Puis il y a eu ce Noël où je me trouvais à Nantes, à mille kilomètres de ma famille. Je m'étais fait avorter le matin du 24 et, comme je ne connaissais quasiment personne dans cette ville où on m'avait mutée quatre mois plus tôt, je m'apprêtais à passer le réveillon seule dans mon petit appart pendant que le père potentiel festoyait à La Baule avec sa famille et sa petite amie officielle. Soeur Cadette vivait encore chez mes parents à l'époque; après qu'ils soient partis se coucher, elle était restée longtemps au téléphone avec moi, chuchotant pour ne pas les réveiller (bien entendu, je ne les avais pas mis au courant). Je crois que c'est ce soir-là que la balance de mes sentiments pour elle a commencé à pencher de l'autre côté. Depuis, malgré des divergences certaines de point de vue et de style de vie, elle a toujours été là pour moi. J'aimerais pouvoir dire que la réciproque est vraie, mais je ne me souviens pas d'une seule occasion où elle ait eu besoin de moi.
Tout ça pour dire qu'aujourd'hui j'ai des relations apaisées avec ma famille. J'ai accepté que mes parents n'étaient pas parfaits et moi non plus. On se chamaille encore parfois; on s'exaspère occasionnellement et on ne se comprend pas toujours, mais il est admis qu'on s'aime et qu'on n'est pas trop fâchés de se savoir liés les uns aux autres jusqu'à ce que la mort nous sépare. Quant à Soeur Cadette, j'ai accepté qu'elle était apparemment parfaite et que je ne pouvais juste pas lutter contre ça. Et je suis contente d'avoir réussi à surmonter ma jalousie pour profiter pleinement de sa présence dans ma vie.

dimanche 25 mai 2008

Le blues du dimanche après-midi

Voilà, Soeur Cadette et David sont dans l'avion qui les ramène à Toulouse. Et j'ai beau savoir qu'on se revoit dans moins de deux mois, j'ai un peu le blues. Ca me mine gentiment de vivre si loin de ma famille alors que je connais des tas de gens qui habitent tout près de la leur et ne la voient jamais par manque de motivation. Moi j'adore la mienne, et je déteste que nos moments ensemble soient aussi rationnés.
Reste que, comme le fait remarquer Hawk pour me remonter le moral, ce furent quatre jours formidables, pleins de ronflements et de fou-rires, de balades et de shopping dans le centre-ville ou le quartier du Châtelain, de prises de tête parce que le 60 ne passe pas à l'arrêt De Brouckère ou que notre location Cambio a été déplacée à la station Janson, de grimaces concentrées pendant les duels de Guitar Hero et les démolitions de tours à Boom Blox, de files d'attente pour prendre l'ascenseur de l'Atomium, de furetage au Palais des Thés pour trouver de nouveaux mélanges ou dans les rayons de Filigranes à la recherche de cadeaux pour mes neveux, de photos jolies et/ou rigolotes impossibles à rapatrier sur un ordinateur parce que David a oublié le cordon de l'appareil numérique, de fraises au chocolat blanc Godiva, de cheeseburgers au Balmoral, de gaufres chantilly au Drug Opera, de pizzas Mamma Roma et de Poulycroc-frites.
Résultat: malgré les kilomètres de marche en compensées Garrice qui m'ont fait craindre l'amputation du tiers avant de mes deux pieds, la Wii Fit vient de m'annoncer que j'avais pris 1,3 kilo en 4 jours. Glups. Pour me consoler, j'ai boulotté le Cha-Cha que j'avais acheté au Relay de l'aéroport et oublié de donner à Soeur Cadette histoire qu'elle emporte une dernière gourmandise belge dans son sac.

samedi 24 mai 2008

J'aurais dû être libraire

SOEUR CADETTE: Je cherche un truc à lire; des collègues m'ont parlé d'un roman vraiment bien, mais je ne me souviens plus du titre ni du nom de l'auteur. Juste que ça commence par un B, que c'est sorti l'an dernier et que ça a eu un prix littéraire.
MOI: "L'élégance du hérisson", de Muriel Barbery?
SOEUR CADETTE: ...Exactement.

vendredi 23 mai 2008

De l'envie qu'on a parfois d'étrangler les gens qu'on aime avec leurs propres boyaux

Quand j'étais adolescente, ma famille habitait dans un assez grand appartement disposé tout en long. Mes parents dormaient dans la chambre du fond. Les soirs où je rentrais tard, à peine sortie de l'ascenseur, j'entendais mon père ronfler à travers la porte malgré le battant de 4 cm d'épaisseur et les 20 mètres de distance qui nous séparaient. Je n'ai jamais compris comment ma mère faisait pour dormir à côté de lui.
A 17 ans, j'ai quitté ma province bien décidée à empoigner la vie pour passer les oraux des grandes écoles de commerce à Paris. Mon père m'a accompagnée. Il nous avait retenu une chambre à deux lits jumeaux dans un foyer de la Marine Nationale pour laquelle il travaillait alors. Je n'ai pas fermé l'oeil de toute la semaine. Le matin, quand j'arrivais devant les jurés, j'avais le teint blême et le regard vitreux de la nana qui a sacrifié la moitié de ses nuits sur l'autel de Keynes et de Marx depuis le mois de septembre - moi qui avais passé toute mon année de prépa à glander.
Quand je sortais avec Etre Exquis, nous ne vivions pas ensemble. Comme j'avais déjà de gros problèmes d'endormissement et pas encore commencé les somnifères, il s'assoupissait systématiquement avant moi. Toutes les cinq minutes, je lui donnais un coup de pied ou de coude en sifflant: "Tu ronfles!". Réveillé en sursaut, il geignait: "Hein, quoi? Tu me fais mal!" et se rendormait aussi sec. Dix secondes plus tard, la cacophonie reprenait sans espoir d'arrêt avant le lendemain. Les yeux grands ouverts dans le noir, je serrais les dents en imaginant mille moyens de le tuer dans d'atroces souffrances. Le jour où il m'a dit que non, il ne serait pas prêt à se faire opérer pour régler le problème, j'ai su qu'on ne passerait pas notre vie ensemble.
Soeur Cadette et David sont arrivés hier. Ils sont en train de dormir comme des bienheureux sur la mezzanine. A chacune de ses inspirations, David produit un son légèrement plus tonitruant que celui d'un V8. Nous l'ignorions et n'avions pas prévu de boules Quiès. Il est 5h30. Hawk vient de partir au travail sans avoir dormi du tout, et moi, je me demande si ma soeur m'en voudrait beaucoup de se réveiller veuve.

mercredi 21 mai 2008

Nouvelle Star - 8ème prime en direct de Baltard

Aujourd'hui j'ai raté la première moitié du prime, mais c'était pour une bonne cause: Hawk et moi dînions au resto japonais avec son amie Sophie. Et même si les gyoza du Hama-Shin ne valent pas ceux que nous avons mangés à Tokyo sur le toit du grand magasin Tobu ou à Namjatown, ce fut un fort bon moment.
Lorsque nous allumons la télé, Amandine est en train d'essuyer les remontrances de Sinclair pour son interprétation d'"Allumer le feu". La récap qui suit me permet de constater combien cette critique est justifiée. Malgré sa voix sublime, elle commence vraiment à sombrer dans l'auto-caricature. Même Hawk qui l'adore est obligé de le reconnaître.
Trio Jules/Cédric/Benjamin ("Knocking on heaven's door"): Cette chanson a déjà été reprise 1 236 539 fois, on aurait pu se passer d'une 1 236 540ème. Ou peut-être était-ce juste destiné à nous rappeler que les trois garçons savent jouer de la guitare?
Jules ("Tomber"): Je m'ennuie. Sincair le trouve super-beau. Je suis donc en total désaccord esthétique, non seulement avec l'ensemble des minettes françaises de moins de 16 ans, mais aussi avec les mâles hétérosexuels de mon âge.
Ycare ("Bang bang"): Après un premier couplet vaseux, Ycare devient subitement génial. C'est pas Crazyman que j'aurais dû le surnommer mais Yoyoman. D'un autre côté, ça pète toujours moins que le "Sheila d'extrême-gauche" de Dédé...
Cédric ("La ceinture"): Apparemment, c'est la deuxième fois de la soirée qu'il reprend une chanson de gonzesse. Je ne sais pas comment il était en Kylie Minogue, mais je ne le trouve pas trop mal en Elodie Frégé (gagnante il y a quelques années d'une émission de télé-réalité concurrente, pour ceux qui l'auraient déjà oubliée...).
Duo Amandine/Ycare ("Je suis malade"): Amandine nous fait une voix de petite fille. Pour le coup, ça change. Hawk, qui dort dans le canapé à côté de moi, se réveille juste le temps de scander "Amandiiiiiine!".
Benjamin ("Just the two of us"): La chanson qui lui a permis de se faire remarquer pendant les auditions. Je reconnais qu'elle lui va comme un gant. Prise de risque zéro, mais après tout quand c'est bon, c'est bon.
Amandine ("Beautiful"): Sa petite soeur s'endort dans le public. Je ne suis pas loin d'en faire autant. Elle mange à moitié les paroles, et sur une chanson lente, ça s'entend trop pour ne pas me déranger. Surtout, contrairement à Christina Aguilera, elle n'"habite" absolument pas le morceau.
Tous les candidats ("Message personnel"): Pas vraiment une chanson faite pour être interprétée en groupe... J'ouvre la bouche pour interpeler Amandine et l'informer que le jean bleu délavé, c'est passé de mode depuis genre 20 ans. Mon regard se pose sur le jean bleu délavé qui dépasse sous mon ordinateur portable. Je referme la bouche.
Verdict: en ce qui me concerne, la Nouvelle Star de cette année c'est Virginie Efira. Pour le reste, j'ai passé le stade où je m'en souciais. Le départ de Thomas a brisé quelque chose en moi. Oué, parfaitement: brisé.
C'est quand même toujours émouvant ce moment où les candidats se serrent les uns contre les autres en attendant de savoir lequel d'entre eux sera éliminé. Comme d'habitude, Ycare est dans les deux derniers. Et comme d'habitude, ce n'est pas lui qui s'en va. Les votes des minettes de 16 ans n'auront pas suffi à sauver Jules. Il y a donc une justice en ce bas monde.

mardi 20 mai 2008

"Princesse aime princesse"

Lors de mon avant-dernier passage chez Filigranes, j'avais aperçu, feuilleté et reposé cette bédé: elle paraissait très sympa, mais à 16,50 euros, je répugnais à en faire l'emplette sur une simple impression. Puis Pénélope Jolicoeur en a fait l'éloge dans son blog dimanche matin, et l'après-midi même je craquais.
Je ne l'ai pas regretté. "Princesse aime princesse" est un petit bijou de poésie décalée, à la fois grave et drôle, dans lequel on trouve pêle-mêle: une princesse de la frite aux cheveux roses qui répond au doux nom de Végétaline, une affreuse guerre civile dans un état d'Afrique noire dont seul le nom est fictif, des combinaisons de Power Rangers dotées de pouvoirs délirants, un écosystème où chaque geste sensuel se traduit par l'apparition d'une bestiole aquatique laissant un arc-en-ciel dans son sillage. C'est une histoire de mère abusive, de réfugiés qui peinent à s'adapter à leur nouveau pays, de savants fous et de secrets industriels, mais surtout d'éveil à l'amour et à la sexualité. Le dessin faussement naïf et le scénario déjanté m'ont souvent fait penser au "Bestiaire amoureux" de Joann Sfar, et c'est un grand compliment. Un seul regret: le titre un peu maladroit qui insiste sur le caractère lesbien de la relation entre les deux héroïnes, alors qu'en fait, les sentiments évoqués sont archi-universels.

lundi 19 mai 2008

Une virée chez Ikea

Ma liste des courses à faire chez Ikea avant l'arrivée de Soeur Cadette et David se présente sous cette forme:
- Allume-gaz
- Râpe/zesteur
- Pilon
- Presse-agrumes
- Couverture
- Nappe (pour table 95x190)
- Plaids (x2)
- Valet de douche

Nous arrivons au magasin de Zaventem vers 15h40; il est quasi désert, c'est merveilleux. Malheureusement, nous ne tardons pas à nous apercevoir que ce n'est pas seulement la clientèle qui brille par son absence. Nous avons beau fouiller désespérément le rayon accessoires de cuisine, nous ne trouvons pas l'ombre de la queue d'un allume-gaz. Le seul pilon disponible est en marbre noir; il pèse environ 47 kilos et ressemble à un cercueil pour noix de cajou. Non merci. Quant à l'unique presse-agrumes, c'est un modèle sans réservoir fort peu pratique. Mais comme j'en ai vraiment besoin, je le prends quand même. A sa vue, Hawk éclate de rire. Apparemment, l'objet lui fait penser à un autre style d'accessoire déjà présent chez nous, mais plutôt du côté de la chambre. Hum. Passons et poursuivons notre chemin vers le rayon textile.

Ikea ne semble pas vendre de nappes assez grandes pour une table comme celle de notre salle à manger. Bizarre, nous l'avons pourtant achetée ici. Un peu plus loin, nous embarquons deux petits plaids en polaire beige pour protéger le canapé du salon sans que les poils de chats se voient trop dessus; heureusement qu'ils ne coûtent que 3,99 euros pièce, car Scarlett et Copernique en bousillent un tous les trois mois. Nous passons un long moment à chercher une couverture: après plusieurs jours à 30° durant lesquels nous avons dormi nus sur les draps avec la fenêtre ouverte, la température a de nouveau fraîchi, et cette nuit j'ai dû me lever pour ressortir la couette. Déjà qu'il n'y a pas de murs aux toilettes ni de volets aux fenêtres de notre appart, j'aimerais autant que Soeur Cadette et David n'attrapent pas froid par-dessus leur future occlusion intestinale. Et ben croyez-le ou non, mais les couvertures, ça n'existe plus. Les plaids riquiqui, oui. Les dessus de lit pas beaux, aussi. Sinon, il est entendu que tout le monde est depuis longtemps passé à la couette. Admettons. Je repère un modèle tout léger qui devrait très bien convenir pour cette mi-saison. Evidemment, c'est le seul du rayon qui soit en rupture de stock dans la taille qu'il nous faut.

Je ne vais pas tarder à frôler l'énervement. Le dernier article de la liste est aussi celui qui nous a amenés chez Ikea à la base: ça fait des semaines que nous cherchons un valet de douche pour pouvoir mettre nos produits de lavage à portée de main, et jusqu'ici nous avons fait chou blanc. Un petit tour sur le site internet du géant suédois nous a montré qu'il en vendait... Du moins, en théorie. Car au rayon des accessoires de salle de bain, de valet de douche nous ne voyons point. Une employée finit par nous les indiquer: ils sont suspendus au plafond dans un coin. Ouf, on l'a échappée belle.

De retour sur Bruxelles, un rapide passage chez Casa me permet de compléter mes courses et d'acheter en sus deux autres grands "bols" carrés comme ceux que nous utilisons pour manger la plupart du temps. Plus qu'un ravitaillement chez Delhaize, un petit coup de ménage, et nous serons fin prêts pour recevoir Soeur Cadette et David.