vendredi 7 septembre 2007

Voyage au Japon: les inquiétudes de dernière minute

Quand Hawk m'a lancé un "chiche qu'on va au Japon tous les deux?" sur MSN, on n'était même pas en couple. Pourtant, j'ai répondu "oui, volontiers", parce que je ne connaissais pas des masses de gens susceptibles de m'accompagner dans ce voyage que j'avais envie de refaire à ma façon.
On a cherché une date potentielle. L'hiver est trop froid au Japon; le printemps est la saison idéale mais j'avais déjà prévu de partir aux USA avec les VIP en mai; l'été il fait une chaleur humide insuportable pour les Occidentaux; l'automne est la saison des typhons. Idéalement, il aurait fallu attendre avril ou mai 2008. Mais je sentais bien qu'échafauder des plans de voyage à dix-huit mois avec un type dont je ne savais pas encore trop bien ce qu'il était pour moi, ça faisait beaucoup trop loin. En un an, déjà, il pouvait se passer mille choses susceptible de foutre nos projets en l'air. Donc j'ai dit banco pour septembre 2007: le plus gros des chaleurs estivales serait passé, et avec un un peu de chance, on tomberait entre deux typhons - il ne devait quand même pas y en avoir tous les jours. Puis si ça se trouvait, d'ici là, nous ne nous parlerions même plus, alors pourquoi nous prendre la tête d'avance sur de bêtes problèmes de météo ?
Un an plus tard, Hawk et moi nous apprêtons à faire notre vie ensemble, le voyage au Japon est organisé dans les moindres détails, les billets d'avion non remboursables sont pris depuis deux mois et un typhon sévit sur Tokyo en ce moment même. Moi j'dis: ça sent le gaz.
La seule chose qui me console de ne pas avoir attendu mai 2008, c'est qu'on aurait eu deux chances sur trois de tomber sur l'Homme, sa nouvelle copine et les fidèles de sa secte sa bande de groupies ses élèves au Kimi Ryokan. Je vois d'ici l'ambiance des vacances. En fait je crois que je préfère le typhon. Et même un petit tremblement de terre par-dessus le marché.

jeudi 6 septembre 2007

Le déclin de la passion

Conversation MSN avec Hawk hier soir:
MOI: hey
LUI: hey
LUI: ava?
MOI: mwi
LUI: ohlà, pitimwi
MOI: je m'ennuie
LUI: je peux danser pour te distraire si tu veux
LUI: *m'envoie un smiley qui se trémousse la bite au vent*
MOI: hum
(Plusieurs minutes s'écoulent.)
MOI: bon ben je vais aller me coucher
LUI: alors bonne nuit
Voilà voilà... Y'a quelques mois, on se parlait au moins deux heures par jour sur Skype. On avait toujours des milliers de trucs à se dire. On essayait d'être raisonnables, mais on finissait systématiquement par se coucher beaucoup plus tard que prévu. Il manquait de sommeil parce que son boulot l'obligeait à se lever super tôt, et de mon côté je passais toute la journée comme dans un brouillard à attendre le moment de le retrouver.
Maintenant Skype c'est un soir sur trois, ça dure grand maximum une heure, il y a de grands blancs dans la conversation et pas parce qu'on se regarde avec des yeux de poissons morts d'amour. Et ce n'est pas le seul domaine dans lequel la passion commence à retomber.
Je sais qu'on ne peut pas rester perpétuellement shooté aux hormones qui vous submergent au début d'une relation amoureuse. Qu'il vient toujours un moment où l'autre cesse d'être votre unique préoccupation, votre alpha et votre oméga. Un moment où vous préférez mater le dernier épisode de "Lost" ou de "Heroes" plutôt que d'écouter le récit de sa journée très ordinaire. Un moment où un bon bouquin vous excite davantage qu'une partie de jambes en l'air car il a l'avantage de la nouveauté. C'est sans doute aussi bien - sinon, les couples passeraient leur vie à se regarder dans le blanc des yeux entre deux étreintes sauvages, et ils n'accompliraient pas grand-chose.
Mais pour moi, c'est toujours un cap difficile à passer: le cap où l'amour cesse d'être une évidence physique et devient quelque chose de plus raisonné. Pas encore une habitude vidée de sens, mais une étape plus avant sur le chemin qui peut mener à la décomposition. J'imagine le jour où je commencerai à chercher des excuses pour ne pas me coucher en même temps que l'autre, le jour où ses blagues ne m'arracheront plus qu'un soupir désolé, le jour où la simple vue d'un tube de dentifrice mal pressé me mettra en rogne contre lui, le jour où sa présence même me fera grincer des dents.
J'ai une vision bien pessimiste de l'amour et de la vie de couple, me direz-vous. C'est que jusqu'ici, mes relations ont toujours fini par se casser la gueule. Contrairement à ce que ce post pourrait laisser croire, je ne m'inquiète pourtant pas beaucoup à propos de ma future cohabitation avec Hawk. Je sais qu'on partage des choses fondamentales, qu'on est hyper complices dans nos délires, que la communication passe bien entre nous, qu'on s'implique tous les deux à fond dans notre histoire. On a des bases solides qui devraient nous permettre de construire un chouette avenir. Mais si puéril que ça puisse paraître, j'ai quand même un peu de mal à faire mon deuil de la passion.

lundi 3 septembre 2007

Vanessa, le retour


Tout à l'heure en voulant regarder "Malcolm" je suis tombée sur... un jeu débile présenté par Roland Magdane. Je n'en revenais pas que M6 me sucre la fin de la dernière saison de cette excellentissime série. Dépitée, j'ai zappé pour voir ce qu'il y avait sur les autres chaînes. Et je suis tombée sur le Grand Journal de Canal + avec en invitée d'honneur Vanessa Paradis, dont le dernier album sort aujourd'hui. (Cette fois, j'ai bien pensé à le pré-commander sur Amazon et devrais donc le recevoir après-demain).

Vanessa Paradis n'a pas une grande voix. Le seul de ses albums qui figure encore dans ma CDthèque, c'est le "Variations sur le même t'aime" que lui avait écrit Gainsbourg. Son "Bliss" familial m'avait, à deux chansons près, copieusement gonflée. La moitié de ses films sont des navets. Elle est la première à reconnaître qu'elle n'est pas une intello et qu'elle ne possède aucune culture. Elle s'exprime avec le genre de lenteur hésitante qui tend à m'exaspérer chez d'autres. En plus elle est naturellement blonde aux yeux verts, elle pèse genre douze grammes et elle irradie la béatitude par tous les pores.

Je devrais la détester, mais je l'adore. Parce qu'elle n'a pas la grosse tête malgré sa triple casquette de chanteuse/actrice/modèle pour Chanel, parce qu'on la sent émerveillée par sa chance et pas du tout imbue d'elle-même, parce que malgré des choix professionnels pas toujours judicieux, il y a dans tout ce qu'elle fait une grâce unique, une luminosité qui justifie qu'elle soit devenue une icône malgré sa médiocre production artistique. Si je devais me réincarner dans la peau d'une star, je voudrais être Vanessa.

dimanche 2 septembre 2007

Le look n'importe quoi

Lisant sur le forum de mon éditeur préféré la liste des emplettes qu'un jeunot audacieux du look venait de faire à Londres, je me suis remémoré les tenues les plus improbables avec lesquelles j'étais sortie. Les trois qui me reviennent à l'esprit en premier sont les suivantes; elles ont toutes été portées l'année de ma terminale pour aller au lycée.
- Une chemise vert sapin imprimée de petits cowboys avec un bolo-tie, une mini-jupe en feutrine à peu près du même vert, une chaussette rose fluo, l'autre jaune fluo, et aux mains inverses, une mitaine en dentelle jaune fluo et l'autre rose fluo. Je ne me souviens plus de ce que je portais aux pieds ni si j'avais des collants ou pas, et c'est fort dommage. Nous n'étions pas encore à l'ère du numérique et personne ne m'a prise en photo, c'est encore plus dommage.
- Un long tutu noir à fines bretelles. Sans rien dessus. En plein mois de décembre. On m'a beaucoup regardée ce jour-là. J'ignore si c'était parce qu'on hésitait à m'indiquer la direction de l'opéra de la ville ou à cause de l'effet tétons qui pointent avec le froid.
- Un pyjama à carreaux. Et non, ce n'était pas le jour de Mardi-Gras. J'avais juste décidé que ça me ferait gagner du temps et que de toute façon, un pantalon c'était un pantalon - dehors, dedans, quelles distinctions ridiculement petites-bourgeoises...
J'ajoute qu'à l'époque, j'étais coiffée comme Catherine Ringer dans le clip de Marcia Baila.
Et vous, des erreurs de look si monumentales qu'elles en deviennent drôles rétrospectivement?

La visite manquée

Ce sont les derniers jours du dernier été que je passe ici jusqu'à nouvel ordre. Et au lieu d'en profiter, je suis enfermée chez moi à me dépêcher de finir une trad que je dois rendre avant mon départ pour le Japon. Vendredi, je me suis levée tellement tard que je n'ai pas pu me résoudre à bosser; du coup je me suis préparée à une journée semi-glande semi-corvées diverses. Et puis en appelant Soeur Cadette vers 14h, j'ai appris que sa petite famille et elle étaient à Sanary en train de manger une crêpe et qu'ensuite ils allaient rendre visite à ma grand-mère dont la maison de retraite se trouve juste à côté. J'ai été prise, d'un côté, du regret de n'avoir pas décoincé plus tôt pour les accompagner et profiter d'eux que je vois si rarement, de l'autre, de la culpabilité d'avoir laissé passer cette occasion de rendre enfin visite à ma grand-mère.
En mai 2005, lors de mon premier séjour au Japon, mes parents m'avaient annoncé qu'ils venaient de changer ma grand-mère de maison de retraite. J'avais assez souvent l'occasion de passer à l'ancienne, située à côté d'un grand centre commercial. La nouvelle était beaucoup plus loin, dans un endroit que je ne connaissais pas. Or, j'ai un sens de l'orientation lamentable et une trouille terrible de me perdre en voiture. Mais je savais bien que c'était de fausses excuses pour ne pas y aller. La vérité, c'est que je ne supportais plus ces visites à ma grand-mère. Les maisons de retraite sont des mouroirs aseptisés dont le personnel à la gentillesse convenue et les pauvres efforts de décoration ne parviennent pas à masquer la finalité. Elles me renvoient à ma terreur, non pas de la mort, mais de la vieillesse solitaire qui m'échoiera si un accident ou une affreuse maladie ne m'emporte pas avant. C'était déjà la raison pour laquelle j'avais arrêté de faire du bénévolat chez les Petits Frères des Pauvres. Ma peur me pousse à perpétuer le comportement même que je trouve regrettable chez les adultes bien portants et dont je voudrais tant ne pas être victime plus tard. Stupide, je sais.
Si ma grand-mère était "juste" invalide physiquement, je ne crois pas que ça me poserait de problème. Mais depuis quelques années, elle a sombré dans une forme de douce démence dépressive. Peu m'importe qu'elle répète en boucle les mêmes histoires que je connais par coeur à force. En revanche, je ne supporte pas de la voir se mettre à pleurer, dire qu'elle veut rentrer chez elle, qu'elle ne pense qu'à se suicider pour échapper à tout ça. Comment réagir face à une telle détresse? Du coup, j'ai l'impression que mes visites lui font plus de mal que de bien - en remuant le passé et en lui rappelant qu'il existait une vie à l'extérieur des murs de sa maison de retraite. Mais peut-être est-ce juste une excuse supplémentaire que je me donne pour justifier ma lâcheté.
Je m'étais dit que j'irais lui rendre visite avec Soeur Cadette et sa famille, pour ne pas me retrouver seule face à elle. Et puis (inconsciemment ou pas?), j'ai laissé passer une occasion qui pourrait être la dernière. Dans dix jours je retourne au Japon. J'aurai revu Tokyo avant ma grand-mère.

vendredi 31 août 2007

Wanted

Un pachorex. Description: poisson qui nage dans les airs et peut se transformer, selon ses besoins, en autruche, en ours ou en lapin. Vu pour la dernière fois: dans mes rêves cette nuit. Verdict: l'alcool (deux vodka-pamplemousse hier soir) est néfaste à la qualité de mon sommeil.

Bons baisers de New York

Apprenant que Soeur Cadette et sa petite famille partaient une semaine à New York, j'ai réclamé une carte postale parce que, chaque fois que je voyage à l'étranger, je me promets de m'en auto-envoyer une en souvenir, et au final je ne le fais jamais. Et puis la dernière carte que Soeur Cadette m'avait envoyée de Barcelone était une superbe mosaïque de détails des oeuvres de Gaudi qui m'avait tant plu que deux ans après, elle trône toujours sous le sous-main transparent de mon bureau. M'en remettant à son bon goût, j'ai donc demandé "quelque chose d'original, hein, pas une vue de la Statue de la Liberté ou de l'Empire State".

Au second jour de sa semaine à New York, Soeur Cadette aperçoit dans la vitrine d'un magasin NBC des cartes postales Heroes avec les personnages de la série dessinés façon comics. Nous avons regardé les trois premiers épisodes ensemble et elle connaît mon affection pour la bande dessinée. "Banco", se dit-elle. C'est le soir, le magasin est fermé. Qu'à cela ne tienne, il lui reste 5 jours pour repasser.

Le quatrième jour de sa semaine à New York, Soeur Cadette revient au magasin NBC. Dont le vigile lui refuse l'entrée. "On ferme." "Mais... vous avez laissé passer les gens juste devant moi!", proteste Soeur Cadette. "On ferme", répète le vigile. "S'il vous plaît, je sais exactement ce que je veux, j'en ai juste pour une minute", plaide Soeur Cadette. "On ferme", s'obstine le vigile. Dépitée, Soeur Cadette fait demi-tour.

Le sixième jour de sa semaine à New York, Soeur Cadette arrive au magasin NBC plus tôt dans la journée. Et apprend que les cartes postales Heroes ne sont pas à vendre, qu'il y en a juste un set dans la vitrine pour la déco.

L'avant-dernier jour de sa semaine à New York, Soeur Cadette m'achète la carte ci-dessus à Seaport Village. A sa décharge, ce n'est effectivement ni la Statue de la Liberté ni l'Empire State.

jeudi 30 août 2007

Parfum d'ambiance

Avant la visite de Soeur Cadette et de sa petite famille, j'avais fait le ménage et pulvérisé du Diptyque à la fleur d'oranger dans tout l'appartement, parce que j'aime bien quand ça sent bon chez moi.
Quatre heures et une douzaine de rafales de pets de Cahouète plus tard, j'ai dû ouvrir toutes les fenêtres pour évacuer la puanteur. Même mes chats sont partis se réfugier sur le balcon.
Deux solutions: soit ses parents lui font bouffer de la Blédine radioactive, soit il connaît lui aussi le truc de la respiration.

Ce que je sais de mon grand-père paternel

Il est mort au printemps 1976.
C'est un infarctus qui l'a tué.
Il venait de prendre sa retraite d'ouvrier de l'arsenal.
Il avait à peine 59 ans.
Il était obèse.

[A cause de ça, mon père est super angoissé par son poids: à 58 kilos, il se trouve "gras comme un cochon", alors que ma mère affiche, pour une taille identique, un bon 75 kilos sur la balance. A cause de ça également, mon père a vu arriver ses 60 ans avec angoisse, comme si la fatalité pouvait lui interdire d'arriver à un âge que son propre père n'avait jamais atteint.]

Peu de temps avant sa mort , il m'avait emmenée au cinéma voir "Blanche-Neige". J'avais été si odieuse que nous étions partis avant la fin.
Il avait constamment une casquette grise vissée sur la tête.
Ma grand-mère était sa seconde épouse.
Il avait divorcé de la première.
Sa mère était, paraît-il, une femme odieuse à qui il témoignait un dévouement aveugle. Elle habitait avec lui et a consciencieusement pourri la vie de ma grand-mère, exigeant par exemple, pendant la guerre, les rations de lait de celle-ci qui était alors enceinte de mon père.
J'ai cru comprendre qu'il était gentil et plutôt mou de caractère.
Que, peut-être, mon oncle n'était pas son fils.

C'est tout.

Mon nom de famille, celui dont j'ai refusé de changer en me mariant même s'il ne sonne pas très bien, me vient de lui. Tout comme le quart du sang qui coule dans mes veines. Pourtant, je ne sais presque rien de cet homme. Avait-il des frères et soeurs? Pourquoi a-t-il divorcé de sa première femme? Qu'aimait-il faire pendant son temps libre? Qu'ai-je hérité de lui?

mercredi 29 août 2007

Ma famille c'est que des grands malades

Conversation téléphonique n°1:
MOI: Du 11 au 26 septembre, vous ne pourrez pas me joindre parce que je serai au Japon.
PERE (tombant des nues alors que je parle de ce voyage depuis presque un an): Hein? Mais qu'est-ce que tu vas foutre au Japon?
MOI: Ben... Prendre des vacances.
PERE: Mais tu y es déjà allée!
MOI: Euh, je te rappelle que Mère et toi, vous avez dû retourner en Irlande genre une demi-douzaine de fois.
PERE: Oui mais c'est pas pareil, c'était pour pêcher le saumon.
MOI: Evidemment, vu comme ça...
Conversation téléphonique n°2:
MOI: Tu m'appelles de la voiture? Vous êtes en route pour Marseille?
SOEUR CADETTE: Oui, mais parti comme c'est, on n'est pas prêts d'arriver.
MOI: Pourquoi?
SOEUR CADETTE: Figure-toi qu'un camion a pris feu sur l'autoroute ce midi et que depuis, il y a un embouteillage monstre. Donc, nous sommes sortis de l'autoroute, mais comme la moitié des gens ont fait pareil, David n'a pas voulu prendre la nationale de peur que ça bouchonne aussi. Là, on roule en pleine cambrousse. On a déjà dépassé l'entrée suivante de l'autoroute, mais David a décrété qu'il ne le sentait pas et qu'il voulait rester sur la départementale.
MOI: Vous êtes où exactement?
SOEUR CADETTE: A Pézenas, un peu avant Montpellier.
MOI: En effet, vous en avez encore pour un bon moment, surtout si vous ne reprenez pas l'autoroute.
SOEUR CADETTE: Ah, justement, y'a une entrée pas loin. David! David? ...Bon ben, y'avait une entrée. Chéri, pourquoi tu n'as pas repris l'autoroute?
DAVID (voix étouffée mais pleine d'assurance mâle): T'inquiète, je sais ce que je fais.
SOEUR CADETTE (placide): Alors tout va bien.
MOI: Et sinon les vacances à New York c'était comment?
SOEUR CADETTE: Super, on s'est éclatés. (Deux minutes de description de la météo new-yorkaise de la semaine dernière, puis:) Ah tiens, ça y est, on a repris l'autoroute.
MOI: Cool.
SOEUR CADETTE: ...L'autoroute de Clermont-Ferrand. (Sur le ton mi-inquiet mi-prudent qu'on prend pour s'adresser aux foux dangereux:) Chéri, tu n'es pas du tout dans la bonne direction.
DAVID (de plus en plus catégorique): Pas de souci, je gère.
SOEUR CADETTE (à mi-chemin entre résignation et fou-rire): Je suppose qu'on fera demi-tour à la prochaine sortie. Oh, un panneau. "Clermont-Ferrand, 340 kilomètres". Merveilleux. Surveille les infos: si jamais ils annoncent qu'une famille de quatre personnes est morte de faim dans sa voiture sur l'autoroute de Clermont-Ferrand, tu sauras que c'est pas la peine de nous attendre.

mardi 28 août 2007

Season's end

Mes babouches blanches commencent à semer leurs paillettes dans tout l'appartement. Les nectarines jaunes même mûres à point ne m'inspirent plus qu'un soupir de lassitude, tout comme mes sempiternelles salades de tomates, concombre, maïs, avocat, thon, feta, roquette. Mon Carrefour est envahi de familles hystériques en quête d'un protège-cahier mauve qui n'existe pas. Il est de nouveau possible de déjeuner sur la place du village sans avoir réservé une table à l'ombre des platanes et des parasols Casanis. La grosse dame de la Poste qui m'appelle par mon nom et n'est jamais trop regardante sur ce que je fais passer en lettre est rentrée de vacances. Je viens de m'acheter une robe Cop Copine de mi-saison avec un imprimé soucoupe volante sur eBay. J'ai envie de recommencer à porter du maquillage et du parfum, des manches longues et des chaussures fermées.
Pas de doute: même s'il fait encore 40° dehors, l'été touche à sa fin.

lundi 27 août 2007

La conformité à tout prix

D'un côté, il y a ce couple de SDF. Cheveux longs et grisonnants, visage blême, ils pourraient avoir aussi bien 45 ans que 60, tellement la vie dans la rue abîme les gens. Ca fait un an que "chez eux", c'est un matelas posé à même le sol dans le centre d'Argenteuil. Et voilà maintenant que pour les empêcher de squatter des lieux dits publics (et qui de ce fait leur appartiennent autant qu'à n'importe qui d'autre), on les pulvérise avec des produits qui leur bousillent la vue et la gorge. "Comme des cafards", constate l'homme sur un ton trop fatigué pour exprimer la moindre colère. Quelle sera l'étape suivante: gazer tous ceux qui ne veulent pas se conformer - ou qui, tout simplement, ne le peuvent pas? On ne me fera pas croire que la plupart des SDF ont choisi cette existence misérable. De quel crime les accuse-t-on, au juste? De malchance au dernier degré? Que veut-on faire d'eux: les parquer dans des camps pour éclopés de la vie? Supprimer de façon encore plus radicale l'irritation visuelle qu'ils constituent pour les nantis?
De l'autre côté, il y a ce pensionnaire d'un hôpital psychiatrique de Pau qui a réussi à s'évader et tué deux infirmières. Le gouvernement se propose d'abolir la notion d'irresponsabilité mentale afin de pouvoir châtier les gens comme lui - ces salauds qui ont l'audace d'être victimes d'une maladie contre laquelle ils ne peuvent rien. Oui, il est injuste que des criminels parfaitement maîtres de leurs gestes mais très bons comédiens parviennent à échapper aux mailles du filet judiciaire. C'est le système d'expertise psychiatrique qu'il faut remettre en cause, pas l'un des fondements d'une société civilisée, capable de reconnaître et de prendre en charge l'inadaptation de certains de ses membres. Sous Sarkozy 1er, il ne fait décidément pas bon être différent.

Je suis nominée!

Je n'y croyais pas vu le nombre de blogs en lice, mais c'est la bonne surprise de ce matin (en plus du fait que je sois debout à 8h30 à cause des gosses de la voisine qui jouent bruyamment dans le jardin). Allez voter pour moi, de préférence une fois par jour jusqu'à la date de clôture - le 7 septembre. Mon blog figure dans la page 2 sur 3. Merci d'avance!
PS: Félicitations à Baud qui se retrouve nominé dans la même catégorie que moi, et que le meilleur gagne comme on dit :)

La voie est libre

Yves Leterme a démissionné. Je prends mes fonctions de maître du monde belge le 26 octobre. En exclusivité, je vous livre ici mes premiers décrets de loi :
- prolongation des horaires d'ouverture des magasins jusqu'à 19h30 les jours de semaine et 20h le samedi: c'est quoi cette soi-disant capitale de l'Europe où tout ferme à 18h?
- diminution des passages du facteur à un par jour, mais augmentation des passages des éboueurs à un par jour également: parce qu'on peut attendre une lettre douze heures de plus, mais qu'entre le vendredi et le mardi suivant, les mouches ont largement le temps d'envahir les appartements
- rempacement de tous les distributeurs de titres de transports en commun: à l'heure actuelle, pas un seul n'accepte la carte Visa, un comble dans une ville où la proportion d'expatriés est si élevée!
- remodelage de l'aéroport de Zaventem, qu'il faut à peu près vingt minutes pour traverser même en marchant vite sur les tapis roulants (vite et de guingois pour ceux d'entre nous qui se trimballent avec un ordinateur portable à l'épaule), et prolongation du service de trains desservant le centre de Bruxelles jusqu'à l'heure des derniers avions
Il faut également que j'envisage de sévir sur la question du climat. Hier midi, il faisait 18° à tout casser. Mais je crois que la météo fait partie des pouvoirs qu'on n'acquiert qu'à partir du 5ème niveau dans la classe "maître du monde".

dimanche 26 août 2007

La dernière séparation

Aujourd'hui, c'était la dernière fois que je quittais Bruxelles en touriste.
Mon prochain voyage vers la Belgique sera un aller simple. Même si je compte bien revenir faire le plein de soleil de temps en temps dans le Midi. Je vais garder mon appartement: par prudence, par commodité administrative et fiscale, parce que c'est un bon investissement et que je dois pouvoir me le permettre. Parce que rien ne dit que nous ne nous installerons pas en France d'ici quelques années, quand Hawk sera lui aussi travailleur indépendant. Et parce que j'ai toujours rêvé de vivre entre deux pays, deux endroits très différents: d'un côté, le climat radieux et la douceur de vivre d'un village provençal, de l'autre, l'animation et la richesse culturelle d'une capitale européenne.
La transition ne devrait pas être trop brutale. Je me sens déjà chez moi dans cet appartement que Hawk déteste, dans ce quartier si populaire et proche de tout, dans cette ville pleine de charme, de caractère et de gens surprenants. Je fourmille de projets pour nous deux, et aussi pour moi toute seule: la plus grande proximité de Paris me permettra d'entretenir des rapports plus suivis avec les gens de mon boulot, de me remettre à fréquenter les salons et autres conventions, de voir mes amis sans être obligée de le prévoir deux mois à l'avance. Même ma famille sera désormais à deux heures d'avion plutôt qu'à cinq heures de train ou de voiture.
J'ai hâte d'y être. Depuis hier, la date est arrêtée: ce sera le 26 octobre. Presque un an jour pour jour après ma première rencontre avec Hawk.

samedi 25 août 2007

Comment nous avons failli aller voir Hairspray

Jeudi soir, pensant faire des économies sur le prix prohibitif des places de cinéma, je prends à l'UGC Toison d'Or une carte de 5 places valable en semaine uniquement. A 28,40 euros, ça vaut le coup, et puis on a trois mois pour l'utiliser - alors même avec les vacances au milieu et moi qui ne reviens pas avant le 23 octobre, ça devrait aller. Sauf que juste après avoir payé, la caissière me précise avec un grand sourire: "...Et elle est valable jusqu'au 22 octobre." Je m'étais juste trompée d'un mois. Bon.
Histoire d'en profiter quand même ensemble, nous décidons avec Hawk d'aller voir Hairspray ce soir, à la séance de 19h15. Après des courses chez Carrefour pour nous équiper en nécessaire à chats, nous speedons un peu pour finir, moi le traitement de photos en retard sur son Photoshop Elements, lui le repas du soir à mettre au frais pour le trouver tout prêt lorsque nous rentrerons avec des estomacs qui crient famine. Nous partons en retard, en espérant qu'il n'y aura pas trop la queue et que nous ne manquerons que les bandes-annonces.
A mi-hauteur de la Chaussée d'Ixelles, Hawk s'immobilise.
"On est samedi. La carte n'est pas valable aujourd'hui."
Retour au bercail. Ca branche quelqu'un, une soirée Super Mario?

vendredi 24 août 2007

Mission accomplie

...Mais j'y ai passé la journée. Et il reste encore 7 autres mondes.

"Naissance des pieuvres"

Ca commence un peu comme "L'effrontée": une ado gauche, taciturne et physiquement anodine flashe sur la blonde brillante vers laquelle convergent tous les regards. Elle fait tout pour l'approcher et devenir son amie, mais le rapport déséquilibré qui se développe entre elles n'est qu'une forme de servitude.
Puis le véritable sujet du film se précise: la naissance du désir chez trois adolescentes. Marie est fascinée par Floriane à laquelle elle se cramponne en silence et sans trop comprendre ce qu'elle attend d'elle; elle sait juste qu'elle ne supporte pas de la voir avec des garçons. Anne encore gamine dans sa tête est encombrée par un corps malgracieux, avide de faire ses premières expériences et vaguement amoureuse du petit ami de Floriane. Floriane souffre de sa beauté autant qu'elle en joue: toutes les filles hormis Marie la jalousent, tous les garçons ne pensent qu'à coucher avec elle, et elle traîne une réputation de salope alors qu'elle hésite encore à sauter le pas. Chacune à sa façon est encombrée d'elle-même; chacune à sa façon en devient tour à tour pathétique et cruelle.
J'ai rarement vu de film qui dépeigne aussi bien les tourments affectifs et hormonaux de l'adolescence. Les trois jeunes comédiennes livrent une performance à fleur de peau, et le traitement du sujet pourtant casse-gueule est remarquable de sensibilité pudique - ce qui ne m'a pas empêchée de me sentir gênée, comme prise en flagrant délit de voyeurisme pendant certaines scènes. L'ensemble sonne incroyablement juste, à un point presque dérangeant. J'ai retrouvé beaucoup des douleurs de ma propre adolescence à travers les personnages d'Anne et de Floriane, et une fois de plus je me suis réjouie que tout ça soit très loin derrière moi.
Mais le plus chouette dans ce film, c'est que Hawk est venu le voir avec moi et qu'il l'a aimé aussi. Avoir quelqu'un avec qui échanger ce genre d'impressions à la sortie du cinéma, ça n'a pas de prix.

mercredi 22 août 2007

Flying to Brussels

Pour ne pas changer, mon vol avait une heure de retard. Jetairfly est très fort sur les tarifs, pas sur la ponctualité. Dans la salle d'embarquement, il ne devait pas faire plus de quinze degrés; j'étais transie avec mon T-shirt à paillettes. J'ai attendu si longtemps que j'avais déjà fini mes trois magazines au moment de monter à bord. Dans l'avion, je me suis retrouvée assise à côté d'un gros monsieur transpirant dont la masse empiétait sur mon espace vital, et qui lisait un quotidien en menaçant de m'écraser son coude sur le nez chaque fois qu'il tournait une page. Lorsque je lui en fait la remarque, il m'a superbement ignorée. (Question pour nos amis belges: devinez en quelle langue était rédigé son journal?) La batterie de ma DS m'a lâchée alors que j'arrivais péniblement au milieu du tableau 4 du premier monde de New Super Mario. J'ai été prise de mal au ventre et de fringale au beau milieu du vol - mon repas de midi était déjà loin et mes médicaments en soute. Mais tout ça, je m'en fichais: au bout du voyage, il y avait Hawk.

lundi 20 août 2007

What I did last night

J'espère pour elle que la princesse Peach a toujours rêvé d'épouser une tortue avec une crête de punk rouge. Parce que si elle compte sur moi pour réussir à la tirer des griffes de Bowser avant la ménopause, elle risque d'être déçue.