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dimanche 16 juin 2019

"Recursion" (Blake Crouch)


Bonjour, je m'appelle Armalite et je suis accro aux histoires qui me retournent les méninges.

Il y a 3 ans, j'étais scotchée par "Dark matter", uchronie personnelle renversante signée Blake Crouch.

Hier, j'ai probablement raccourci mon espérance de vie de 5 ans en lisant le dernier roman du même auteur.

Pourtant, ça n'avait pas si bien commencé. Dans "Recursion", on suit deux trajectoires en parallèle. Helena Smith est une neuroscientifique brillante qui a dédié son existence à combattre la maladie d'Alzheimer. Dans ce but, elle fabrique une chaise censée enregistrer les souvenirs des patients afin de les leur restituer ultérieurement. Onze ans plus tard, Barry Sutton, inspecteur dans la police de NewYork, est confronté au suicide d'une femme atteinte du Syndrome des Faux Souvenirs, une étrange maladie qui a fait son apparition récemment et dont nul n'est encore parvenu à identifier les causes ou le fonctionnement...

mardi 11 septembre 2018

"The psychology of time travel" (Kate Mascarenhas)


En 1967, quatre femmes scientifiques inventent une machine à voyager dans le temps. Mais lorsqu'elles révèlent son existence à la presse, l'une d'elles se met à divaguer en direct. Pour ne pas risquer que ses problèmes mentaux compromettent l'exploitation de leur découverte, les trois autres l'écartent immédiatement et poursuivent sans elle. 

En 2017, le voyage dans le temps est devenu une chose banale, gérée par un Conclave qui possède ses propres lois et ne répond de ses actes devant aucune autre autorité. Barbara, qui fut la quatrième pionnière et continue à regretter d'avoir été mise sur la touche autrefois, reçoit un message du futur: un article de journal relatant la découverte du corps d'une vieille femme dans l'étranges circonstances. Craignant qu'il ne s'agisse d'un avertissement, Ruby, sa petite-fille bien-aimée, décide de mener l'enquête...

Le voyage dans le temps est une de mes obsessions littéraires. La plupart des romans qui traitent de ce sujet explorent la notion de paradoxe temporel - la manière dont, de par leur intervention, les voyageurs risquent de modifier des événements du passé et donc  le cours de l'histoire à venir. Articulée sur les ressorts de la logique, l'intrigue traite des conséquences pour le monde en général et les personnages en particulier. Le plus intéressant dans "The psychology of time travel", c'est que son auteure a choisi de prendre le contrepied absolu des conventions du genre. Elle part du principe que, quoi qu'ils fassent, les voyageurs dans le temps ne peuvent rien changer au déroulement des choses: ils peuvent juste être changés eux-mêmes par leurs expériences. Et la chose en eux qui se transforme le plus profondément, c'est leur rapport à la mort. Puisqu'ils peuvent retourner dans le passé quand ils le veulent afin de revoir les proches qu'ils ont perdus, le décès de ceux-ci en arrive à ne plus avoir aucune signification pour eux. De leur point de vue, seule leur propre mort reste réelle et définitive - ce qui les rend plus cyniques et détachés que la moyenne, les coupe du commun des mortels et complique d'éventuelles relations amoureuses avec eux. 

Kate Mascarenhas est psychologue, et on sent qu'elle a beaucoup réfléchi à cet aspect jusque là moins exploré du voyage dans le temps. A la fin du roman, on trouve même les questionnaires très élaborés que le Conclave administre aux postulants avant de les accepter dans ses rangs. Du coup, je trouve assez curieux que ses héroïnes manquent à ce point de personnalité, chacune possédant au mieux un unique trait de caractère et une unique motivation: Ruby est lesbienne et veut protéger sa grand-mère; Odette, qui découvre le corps de la vieille femme anonyme, est noire et cherche à être acceptée quelque part; Margaret, qui dirige le Conclave, est une garce blonde et riche, prête à tout pour imposer sa volonté. Des stéréotypes ambulants sur le squelette desquels aucun détail personnel ne vient ajouter un tant soit peu de chair. 

Et c'est fort dommage, car par ailleurs, j'ai trouvé le roman tout à fait épatant (malgré des failles énormes dans la physique du voyage dans le temps). Moi qui aime les points de vue multiples et les lignes temporelles mélangées, j'ai été servie! J'ai adoré essayer de reconstituer le puzzle du crime au musée du jouet à partir des indices semés en désordre dans les différentes époques. La féministe en moi a également apprécié que tous les rôles importants, dans le livre et au sein du Conclave, soient tenus par des femmes. Enfin, la fan de "The time traveler's wife" a retrouvé avec bonheur des échos de cette histoire d'amour très particulière entre un partenaire qui voyage dans le temps et un autre dont la chronologie reste linéaire. "The psychology of time travel" est un premier roman à l'écriture trop clinique à mon goût, mais que j'ai quand même dévoré et qui a beaucoup excité mon imagination. Ce qui est déjà très bien. 

mardi 13 février 2018

"The seven deaths of Evelyn Hardcastle" (Stuart Turton)


Le narrateur revient à lui alors qu'il est en train de courir dans les bois avec le nom d'"Anna" sur les lèvres. Peu de temps après, il voit passer au loin une femme qui hurle, poursuivie par un homme. Un coup de feu retentit. 

Le narrateur ne se souvient de rien; il ignore où il se trouve et ce qu'il fait là. Une boussole lui permet de gagner une vaste demeure décrépite et pourtant grouillante de monde, dont les occupants semblent le connaître. Il se nomme Sebastian Bell; il est médecin et a été invité à passer quelques jours au domaine de Blackheath en l'honneur d'Evelyn Hardcastle, la fille aînée des propriétaires qui rentre au logis après 20 ans d'absence. 

Le lendemain matin, le narrateur se réveille dans une autre chambre que celle où il s'est endormi, et dans un autre peau que celle de Sebastian Bell - mais le même jour que la veille. Désormais, il est le majordome qui ouvre la porte au médecin quand celui-ci arrive affolé, affirmant qu'on vient de tuer une femme dans les bois...

Une atmosphère à la croisée des romans d'Agatha Christie et d'une partie de Cluedo, en un peu plus sinistre encore. Des éléments qui rappellent le film "Un jour sans fin", le début de la deuxième saison de "The Good Place", la fin du roman "Dark matter" et le principe d'un escape game. Une intrigue épouvantablement retorse qui donne le tournis. Ca faisait longtemps que je n'avais pas à ce point été happée par une histoire, que je n'avais pas dépensé autant d'énergie mentale à assembler les pièces d'un puzzle sans avoir la moindre idée de ce que l'image finale allait donner. 

Souvent, les romans qui partent sur une base très originale ou provocante ont du mal à maintenir l'intérêt du lecteur sur la durée et peinent à proposer une conclusion satisfaisante. Ici, j'ai adoré l'explication donnée aux tribulations du narrateur, et j'ai été enchantée par la façon dont, à l'exception peut-être d'un ou deux détails sans importance, tous les éléments s'emboîtaient à la perfection. Ma seule réserve concerne l'origine de la mort d'Evelyn Hardcastle, celle qui est révélée tout à la fin et qui déclenche la succession des événements - je ne la trouve pas hyper crédible. 

J'ai également eu du mal à me faire à l'écriture de l'auteur, que j'ai trouvée un peu plate pendant toute la première moitié du livre. Après, je m'y suis faite et j'ai considéré la narration comme un exposé et un processus purement intellectuels - même si les émotions du narrateur jouent un rôle très important dans la résolution de l'histoire. Dans l'ensemble, malgré quelques légers défauts,  "The seven deaths of Evelyn Hardcastle" m'a soufflée comme peu de romans y parviennent encore aujourd'hui.

Si vous aimez les histoires qui bougent et les grands sentiments, je ne vous le recommande pas: il vous ennuiera sûrement. Si, par contre, vous aimez vous torturer les neurones et admirer l'architecture d'une intrigue complexe autant que moi... Foncez. (Puis revenez me dire combien j'ai été admirable d'écrire une critique sans spoiler grand-chose alors qu'il y a tant d'éléments que j'aurais eu envie de commenter!)

mercredi 31 janvier 2018

"The rise and fall of D.O.D.O." (Neal Stephenson/Nicole Galland)


Melisande Stokes, experte en langages anciens, est contactée par Tristan Lyons, un agent du gouvernement en mission secrète, qui l'embauche pour traduire des documents historiques relatifs au fonctionnement de la magie. Ayant découvert la raison pour laquelle cette dernière a disparu au milieu du 19ème siècle, les deux acolytes s'adjoignent les services de Frank Oda, un physicien à la retraite, et le chargent de créer une sorte de boîte de Schrödinger à l'intérieur de laquelle il serait possible de lancer des sorts. Ils se demandant où trouver une sorcière lorsqu'une étrange vieille femme nommée Erszebet Karpathy contacte Melisande sur Facebook en affirmant qu'elles se sont rencontrées à Londres en 1851, et que Melisande lui a demandé de prolonger son existence afin de pouvoir les aider à faire revenir la magie au 21ème siècle...

Malgré la popularité de Neal Stephenson auprès des lecteurs de SFFF, je n'avais encore jamais lu aucun de ses romans, toujours très longs et réputés pleins de technoblabla. Mais je suis incapable de résister à une histoire de voyage dans le temps, surtout avec une couverture aussi intrigante. Il m'aura fallu près de deux semaines pour venir à bout de "The rise and fall of D.O.D.O.", et je le referme très partagée. J'ai beaucoup aimé les 200 premières pages, qui racontent la mise en place du D.O.DO. et les premières expéditions temporelles des deux héros. Mais ensuite, les voyages dans le temps deviennent extrêmement répétitifs; le D.O.DO. se mue en organisme gouvernemental tentaculaire; la narration s'éclate et, quittant le point de vue de Melisande, progresse par accumulation de documents écrits - lettres, mails et mémos - visant à ridiculiser le côté procédurier des administrations. Certes, c'est très bien foutu et assez drôle au début, mais on a l'impression que les deux auteurs, éblouis par leur propre brillance, font durer leur plaisir au-delà du raisonnable. L'histoire s'embourbe dans des longueurs ennuyeuses, et l'événement entrevu dans les toutes premières pages, celui qui a servi à exciter la curiosité du lecteur, semble ne jamais devoir se produire. Puis, dans le dernier cinquième du roman, l'action s'accélère brusquement. On se réjouit qu'il se passe enfin quelque chose, mais tout va si vite qu'on peine un peu à suivre le mouvement. L'attaque du Walmart par une horde de Vikings, racontée à la façon d'une saga épique, cristallise assez bien mon sentiment sur l'ensemble du livre: une idée excellente, mais une réalisation qui se regarde beaucoup trop le nombril et finit par en devenir chiante.

samedi 18 mars 2017

"Every anxious wave" (Mo Daviau)


Ex-guitariste d'un groupe d'indie rock assez connu et désormais propriétaire de bar, Karl Bender aborde la quarantaine solitaire et désabusé, avec un appart' pourri et un seul véritable ami - un über geek du nom de Wayne DeMint. Jusqu'au jour où il tombe tête la première par le plancher de sa penderie et atterrit trois mois plus tôt. Avec l'aide de Wayne, il construit une machine à voyager dans le temps qui permet d'utiliser son "trou de ver" pour assister à des concerts mythiques ou voir sur scène des musiciens disparus. Il en fait même un petit business assez rentable, mais avec des règles très strictes: ne jamais se rendre dans le futur, ne jamais interagir avec le passé, ne jamais rien en rapporter. Puis un jour, Wayne décide d'empêcher l'assassinat de John Lennon, et Karl l'envoie par erreur, non pas en 1980, mais en 980 où il est impossible de trouver une charge électromagnétique suffisante pour le voyage de retour. Afin de récupérer son ami, il se met en quête qu'un astrophysicien. Entre en scène Lena Geduldig, une punk brillante et sarcastique de 99 kilos qui s'est fait tatouer le même extrait de chanson que Karl. La connexion est immédiate... 

Peu de temps avant de tomber sur ce premier roman de Mo Daviau, j'avais failli être dégoûtée des histoires de voyage dans le temps par "All our wrong todays" d'Elan Mastai, atrocement mal écrit et épouvantablement sexiste. Comme quoi, les romans à thème se suivent et ne se ressemblent pas. Parce qu'"Every anxious wave" est une réussite à tous les niveaux. Un style superbe, mordant et mélancolique à la fois, qui donne envie de coller des Post-It partout pour retrouver tel ou tel passage plus tard. Une héroïne glorieusement imparfaite comme on aimerait en rencontrer plus souvent. Une histoire bien ficelée et pas particulièrement prévisible, qui joue autant sur la nostalgie du passé que sur la crainte de l'avenir. Des péripéties qui exploitent à fond la faillibilité humaine des personnages. Les lecteurs avides d'explications scientifiques seront probablement déçus, tandis que ceux qui connaissent bien la scène indie rock des années 1990 auront droit à un supplément de kif. Je ne suis ni dans le premier ni dans le second cas, et j'ai absolument adoré. 

mardi 9 août 2016

Pourquoi j'ai été déçue par "Harry Potter and the cursed child"


Au départ, je ne pensais pas lire "Harry Potter and the cursed child": ce n'était pas le 8ème roman de la saga, mais le script d'une pièce de théâtre, et je savais que ça me plairait forcément moins. Et puis le plan "Ayant épuisé l'histoire de la première génération de héros, intéressons-nous maintenant à leurs enfants" s'est toujours révélé un peu décevant pour moi. Mais après avoir lu les critiques dithyrambiques des premiers spectateurs de la pièce qui se joue actuellement à Londres, j'avoue, j'ai cédé à la hype et commandé le bouquin. Ce qui prouve bien qu'un comportement moutonnier est rarement une bonne idée. 

Car je suis peut-être la seule, mais je n'ai pas du tout aimé "Harry Potter and the cursed child". Passons sur le fait qu'effectivement, lire les dialogues et les indications scéniques d'une pièce, ce n'est pas du tout la même chose que lire un roman construit avec de longs passages narratifs - ça va beaucoup plus vite et c'est un peu l'équivalent littéraire de la barbe à papa, rien d'assez substantiel pour satisfaire mon appétit de lectrice. C'était annoncé dès le départ, et on ne peut pas reprocher à un cochon de ne pas faire "Meuh" (je me comprends).

Le vrai problème, c'est l'histoire. J'ignore quelle part J.K. Rowling a prise à sa conception, mais j'ai eu l'impression de lire une longue fanfic rédigée par des amateurs dont le seul but était de s'amuser en trouvant un prétexte pour réutiliser des personnages morts depuis 20 ans. Résultat: un scénario pas crédible pour deux sous dans lequel les protagonistes enchaînent des décisions aberrantes. Il arrive même un moment où Draco Malfoy devient plus sympathique que Harry Potter! Ce n'est pas "Harry Potter 8": c'est une farce pour enfants, dans le meilleur des cas. Une farce qui doit très bien donner au théâtre vu la profusion de scènes d'action magiques et/ ou spectaculaires, mais une farce qui, malgré quelques moments drôles ou émouvants, a totalement échoué à me convaincre.

lundi 23 novembre 2015

"Par bonheur, le lait" (Neil Gaiman/Boulet)


C'est l'histoire d'un papa qui, sa femme étant partie donner une conférence et ses enfants n'ayant plus de lait pour arroser les céréales de leur petit-déjeuner, s'arrache à la lecture de son journal bien-aimé pour faire un tour à l'épicerie du coin. Et tarde à revenir, car il est en train de vivre une aventure rocambolesque pleine d'extraterrestres, de pirates et de vampires, qui le verra faire des allers et retours dans le temps à bord d'une montgolfière pilotée par un stégosaure... le tout en protégeant sa précieuse bouteille de lait!

Selon son éditeur français, ce court roman jeunesse est "un concentré d'action tonique et débridée, hommage au petit-déjeuner, à l'imagination, aux enfants et à tous les parents". Ce qui me semble une description très juste. On ne s'ennuie pas une seconde pendant la centaine de pages de "Par bonheur, le lait", et on est même un peu désolé que l'histoire farfelue inventée par Neil Gaiman se termine aussi vite - d'autant qu'elle contient quelques boucles temporelles particulièrement réjouissantes, ainsi qu'une bonne dose d'humour et de références culturelles plus ou moins planquées dans le texte. Le type même du bouquin qui réjouira les lecteurs de tous les âges. 

- Si deux objets qui sont le même se touchent, a proclamé le dieu volcan, alors l'Univers tout entier prendra fin. Ainsi parle le grand et indicible Splod.
- Comment se fait-il qu'un volcan en connaisse si long sur la métascience transtemporelle? a demandé un des extraterrestres vert pâle. 
- Etre une formation géologique laisse beaucoup de loisir pour réfléchir, a déclaré Splod. En plus, je suis abonné à un certain nombre de revues savantes.