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dimanche 9 septembre 2012

Il n'y a décidément plus moyen de ranger les gens dans des cases


Je vous ai déjà parlé de ma voisine Solange, respectable vieille dame ultra-catho et probablement un peu FN, qui à l'occasion me fait de surprenantes révélations fruitières
Tout à l'heure, je suis allée lui rendre ma visite habituelle. Entre les doléances rituelles sur sa femme de ménage qui n'en fout pas une et le récit des infiltrations qu'on lui fait pour soigner son mal au dos, Solange a pointé un doigt vers mon avant-bras gauche et m'a déclaré tranquillement:
- Le mois prochain, je me fais faire un truc comme vous!
J'ai pensé avoir mal compris.
- Un tatouage?
- Ben un dessin avec les aiguilles, là. 
- Un tatouage. 
Voyant mon air quelque peu surpris, elle a expliqué: 
- C'est mon anniversaire, et mes enfants m'ont demandé ce que je voulais. Alors comme j'ai déjà tout et que j'ai toujours eu envie de m'en faire faire un... 
- M-m-m-mais, OK, d'accord. Vous savez quand même que pour que ça rende bien, il faut que la peau soit, euh...
- Encore tendue, oui. C'est pour ça que je vais faire ça sur un mollet, pas là où c'est tout fripé, dit-elle gaiement en agitant le gras de son bras droit. 
Faiblement, j'ai tenté:
- Y'a aussi une question d'épaisseur... En vieillissant, la peau devient plus fine et l'encre prend moins bien.
- Oh, je vais avoir 86 ans: ça tiendra bien jusqu'à ce que je meure!
Vaincue, j'ai encore demandé, par pure curiosité:
- Et comme motif, vous savez ce que vous voulez? 
- Ben j'ai d'abord pensé au nom de mes petits-enfants, mais j'en ai 11 et 13 arrière-petits-enfants, ça ferait beaucoup! Alors, je vais juste faire un coeur percé d'une flèche avec marqué: "Je vous aime, Mamie". 
J'ai hâte de voir le résultat.


Photo empruntée ici

lundi 5 mars 2012

Où Solange m'en apprend une bien bonne


Je rentre à l'instant de chez ma voisine de 85 ans, et je suis encore un peu sous le choc de ses révélations. Notre discussion, entamée comme de coutume par l'inventaire de ses petits bobos, a glissé doucement vers les indignités globales de la vieillesse.

"Et vous savez, m'a-t-elle dit, les hommes ne sont pas épargnés. Parce que nous, on a les seins qui tombent, mais eux, ben les figues se détachent de l'arbre."

Avec geste à l'appui.

Ca m'a fait un peule même effet que la fois où la mère de l'Homme m'a expliqué tout d'une traite que les poils de foufoune blanchissaient eux aussi, que parfois même ils tombaient, mais que ça ne décourageait pas son partenaire qui était très doué pour faire les minettes.

Sur ce, je vais étendre mon linge et tâcher d'effacer les visions qui me brûlent le cerveau en les remplaçant par l'image de pulls en cachemire tout propres et sentant bon le Woolite.

lundi 21 novembre 2011

Ma voisine


Ma voisine s'appelle Solange. Elle a eu 85 ans le mois dernier. Elle vit seule dans l'appartement en face du mien, après avoir enterré deux maris et un de ses cinq enfants décédé d'un cancer du pancréas. Elle a des tas de petits-enfants et même d'arrière-petits-enfants, mais le seul qui vient la voir, c'est le prof de natation quasi-trentenaire qui lui apporte ses chemises à repasser tous les mercredi, et qui en profite pour se faire offrir à déjeuner.

Ma voisine est un peu sourde mais ne se fait pas appareiller parce que c'est cher et mal remboursé par la mutuelle. Elle y voit de moins en moins bien et elle a des douleurs chroniques dans une épaule, mais enfin, elle est encore assez vaillante pour son âge. Tous les matins, elle traîne son caddie à roulettes jusqu'au Super U du coin pour y acheter ses quelques provisions de la journée, et elle remonte les deux étages à pied avec.

Du temps où je vivais à Monpatelin, elle me gardait les chats quand je partais en vacances, en échange de quelques billets pour arrondir sa maigre retraite, "seulement 925 euros par mois alors que j'ai bossé dur toute ma vie, vous vous rendez compte?". Ma voisine était femme de boucher, et bien sûr, elle travaillait sans statut ni couverture sociale, de sorte qu'elle n'a droit qu'à la pension de reversion de son second mari. Quand elle a cessé son activité, elle a vendu sa boucherie et partagé les sous entre ses enfants. Maintenant, elle vivote tant bien que mal.

Ma voisine regarde beaucoup la télé, surtout TF1. Elle est contre l'avortement, parce qu'il n'y a qu'à faire attention avant de coucher et sinon, ben on assume, et contre l'immigration, parce qu'il faut laisser le travail aux Français. Elle n'est pas méchante pour deux sous; simplement, elle est le fruit d'une autre époque, et elle croit que tout ce que raconte le journal de 20h est parole d'Evangile.

Ma voisine relève mon courrier quand je ne suis pas là. De mon côté, je lui envoie des cartes postales chaque fois que je pars en voyage; je lui rapporte systématiquement un magnet pour son frigo et de menus souvenirs comme un savon à l'huile d'olive d'Istanbul ou une plaque de délicieux chocolat suisse de Lausanne. La veille de mes départs, je passe la voir pour bavarder un peu et lui donner les produits intacts qui restaient dans mon frigo - les yaourts que je n'ai pas mangés, les fruits et légumes achetés en trop chez le petit primeur où elle ne se sert jamais parce que c'est trop cher.

Vendredi dernier, donc, je lui rends visite. Comme toujours, elle commence par se plaindre doucement de ses petits bobos et de ses enfants qui ne viennent jamais la voir. Elle rit, presque embarrassée d'avouer qu'elle crève de solitude. Puis elle me demande de mes nouvelles.

ELLE: - Ah tiens, j'ai vu à la télé qu'ils allaient baisser la TVA sur les livres.
MOI: - Euh, non, en fait, elle va augmenter.
ELLE: - Vous êtes sûre?
MOI: - Assez, oui. D'ailleurs ça fait tout un tollé dans le monde de l'édition. Déjà que c'est la crise...
ELLE: - Oh, vous savez, la crise, la crise... On en parle beaucoup, mais vous les voyez, vous, les effets de la crise?
MOI (les yeux ronds): - Un peu, quand même. Le chômage n'arrête pas d'augmenter, il y a de plus en plus de SDF, et même les ménages avec deux salaires modestes ont du mal à boucler leurs fins de mois.
ELLE: - Ah, le chômage, c'est la faute des Italiens qui viennent prendre les postes de cadres à Paris! Alors que leur pays est beaucoup moins endetté que le nôtre!
MOI (un poil hagarde): - Hum, je ne crois pas qu'on puisse mettre la crise française sur le dos des immigrés italiens.
ELLE: - Ils l'ont dit à la télé.
MOI (avec un sourire forcé): - Vous savez, il ne faut pas croire tout ce qu'on raconte. Les média ne sont pas indépendants...
ELLE: - Oh, et puis de toute façon, quand on veut se débrouiller, on y arrive, hein. Moi par exemple, je suis inscrite aux Restos du Coeur.
MOI (sans voix): - ...
ELLE (sur un ton presque guilleret): - Notez, je consomme jamais ce qu'ils me donnent; c'est surtout des pâtes et du riz, et moi, je suis plutôt pommes de terre, vous voyez? Du coup, je distribue à ma femme de ménage, cette fainéante qui arrive à huit heures moins le quart et qui repart une demi-heure plus tard après m'avoir à peine passé un coup d'aspirateur, et même pas dans les coins!
MOI (hésitante): - Vous savez que les Restos du Coeur n'ont pas de quoi satisfaire toute la demande, avec le nombre de gens en difficulté depuis quelques années? Si vous ne vous servez pas de ce qu'ils vous donnent, ce serait peut-être mieux de le laisser à d'autres, non?
ELLE: - Ah, mais puisque j'y ai droit!

Je n'ai pas su quoi répondre. Depuis vendredi, je cherche, et quatre jours plus tard, je n'ai toujours pas trouvé. Bien sûr, j'aurais pu m'indigner contre ses enfants qui savent que leur mère va aux Restos du Coeur et qui, à quatre et alors qu'ils ont tous un bon job et une belle maison, n'arrivent pas à se cotiser pour verser 100 ou 200 euros mensuels à une femme qui leur a donné tout ce qu'elle possédait. J'aurais pu, mais je ne vois pas à quoi ça aurait servi à part à retourner le couteau dans la plaie.

Le mois prochain, je prévoierai plus large pour les courses. Mon primeur aura sûrement de jolies pommes de terre.

vendredi 21 octobre 2011

Plus fort que la coquille Saint-Jacques en céramique


Ma belle-mère n'est pas la seule à rapporter de vacances des cadeaux improbables dont les destinataires ne savent plus comment se débarrasser. Mes parents ont un couple de voisins à la retraite, plutôt friqués, qui passent environ la moitié de l'année en voyage. Pendant leurs absences, mes parents nourrissent leur chat, récupèrent leur courrier, vont tous les matins ouvrir les fenêtres de leur maison afin que les plantes aient de la lumière dans la journée et retournent les fermer le soir.

En récompense de leurs services de gardiens désignés volontaires, ils ont eu droit à des tas de brols à trois kopeks, probablement achetés à la hâte dans un aéroport dix minutes avant le début de l'embarquement: un papyrus imprimé dont l'encadrement sur mesure leur a coûté une fortune, un petit masque africain en bois foncé qui jure atrocement avec leur intérieur des plus traditionnels, un dessous de plat orné du coq portugais...

Leurs voisins doivent rentrer lundi d'un séjour d'un mois au Pérou. Qui sait ce qu'ils vont pouvoir leur rapporter cette fois? Mon père est fataliste: "Ce sera probablement un gri-gri en poils de cul de lama".

Les paris sont ouverts.

mercredi 4 août 2010

Bisous et merci! (ou pas)

Suite à l'excellente semaine que je viens de passer à Monpatelin (même si je n'ai mis le nez dehors que le jeudi et le samedi), j'aimerais remercier:
- mon primeur préféré pour ses abricots juteux qui fondent dans la bouche, ses coeurs-de-pigeon qui jouent à merveille l'alibi-légume mélangés à un sachet d'Ebly micro-ondé, et ses avocats toujours mûrs à point qu'il faut "laisser dans le sachet et ne surtout pas mettre au frigo": oui madame, tu me le dis à chaque fois, j'ai compris maintenant ^^
- Sophie Marceau et la couv' du dernier ELLE qui m'ont fourni un modèle pour ma nouvelle frange
- le chouette sac Abaco soldé à - 60% qui est enfin venu mettre un terme à ma quête d'un sac noir ayant du caractère et néanmoins portable avec n'importe quoi
- le jus de pastèque givré du Roy d'Ys, le petit collier à fleurs Axelle Création dont la seule vue me remplit de bonheur, et les cartes postales à nulles autres pareilles qu'on trouve au Castellet
- le tube d'enduit de rebouchage souple spécial "fissures qui bougent", avec lequel j'ai tenté de solutionner mon problème de fourmis pour la somme modique de 5€; verdict en fin de mois lors de mon prochain passage à l'appart'
- la voisine qui a eu la gentillesse d'écrire un petit mot de remerciement sur le panneau SERVEZ-VOUS que j'avais scotché, dans le hall de mon immeuble, au-dessus de deux cartons de jolis brols divers et flambants neufs dont je ne me servais pas mais que je refusais de jeter à la poubelle (l'opération fut un succès foudroyant: tout a été emporté!)
- le gros virement que je n'espérais plus avant le 15 septembre (traditionnellement, le service comptabilité des éditeurs est fermé en août) et qui, me parvenant hier matin, m'a permis de profiter de la toute dernière journée des soldes d'été en raflant les échasses salomés Verena de Pura Lopez que je convoitais depuis plusieurs semaines déjà

En revanche, je ne remercie pas:
- ma couturière, qui a eu l'égoïsme de se faire un lumbago et de vouloir prendre huit jours de congé pour se soigner alors que j'avais apporté trois robes et un pantalon de yoga à lui faire retoucher
- mon syndic qui doit n'être qu'une construction de l'esprit de sa secrétaire, puisqu'après treize mois passés à le supplier sur tous les tons, il n'a toujours rien fait pour résoudre mon problème de fourmis (mais s'il existe vraiment, je m'en vais l'aligner quelque chose de mignon à la prochaine assemblée générale de la copro)
- le plafond ridiculement bas au-delà duquel il n'est plus possible de déclarer ses revenus en micro BNC au régime forfataire; moi qui me voyais déjà fermer mon compte bancaire professionnel et laisser tomber la corvée annuelle de la comptabilité du même nom, je suis super déçue
- la tarte aux fromages de Picard: 306 calories les 100g, ça devrait être interdit par la loi, surtout quand il est impossible de se contenter d'une portion de 100g (évidemment)
- le gestionnaire de stock de Sarenza, qui affichait les bottines Fonfonce d'Annabel Winship toujours disponibles dans ma pointure et soldées à -44%, alors qu'en fait, la dernière paire était déjà vendue
- "Shampoo Planet" de Douglas Coupland, totalement insipide alors que je n'avais rien emporté d'autre à lire après "The book of unholy mischief"

lundi 19 juillet 2010

La disparition

Il y a un quart d'heure, quelqu'un a frappé doucement à ma porte. Pensant que c'était l'ouvrier qui devait venir cette semaine en début d'après-midi pour réparer la porte cassée de notre congélateur, j'ai ouvert sans poser de questions... et me suis retrouvée nez-à-nez avec un jeune homme aux cheveux coupés très courts qui m'a tendu un badge de police.

"Cellule Disparitions, m'a-t-il expliqué, nous recherchons votre voisin du rez-de-chaussée."

Apparemment, la soeur de ce monsieur, inquiète de ne pas arriver à le joindre depuis une semaine, aurait alerté la police bruxelloise. J'ai répondu de mon mieux aux questions de l'enquêteur. Non, je n'ai pas vu monsieur D. depuis plusieurs semaines. Le voisin du 3ème est un étudiant slovène en vacances dans son pays depuis le début du mois. La voisine du 1er est brésilienne et je ne suis pas certaine qu'elle ne soit pas en vacances, elle aussi Les traces de pas d'homme au sous-sol, alors que le balai a été passé lundi dernier? Elles ont probablement été faites par mon compagnon, qui y descend la poubelle tous les soirs vu que les éboueurs ne passent que deux fois par semaine. Non, ma clé de boîte à lettres n'ouvre pas celles des autres résidents de l'immeuble, et je le prouve. Non, je n'ai pas le numéro de GSM de la voisine du 1er, mais vous pouvez le demander à la propriétaire qui tient le magasin de meubles un peu plus bas dans la rue. Je suis désolée de ne pas pouvoir vous aider davantage. Oui, laissez-moi votre numéro et mon compagnon vous appellera ce soir en rentrant du travail s'il a des informations à vous fournir.

Décidément, quand on vit en immeuble, les voisins sont une source inépuisable de divertissement. J'espère tout de même qu'il n'est rien arrivé de grave à Mr D...

lundi 7 juin 2010

Où Dumbo se fait encore un ami

Trouvé ce midi, en descendant chercher le courrier, ce mot scotché sur la porte d'entrée de l'immeuble et signé du voisin du rez-de-chaussée:


Chouchou et moi allons lui proposer gratuitement nos services de traducteurs, histoire d'être sûrs que le message passe bien :P

lundi 3 mai 2010

Cette fois, c'est la guerre!

Vendredi soir, comme nous rentrions de l'Imagin'Air où nous venions de fêter les 40 ans de Wééééé, nous avons eu la désagréable surprise de constater que Dumbo et ses potes remettaient ça. Portes qui claquent, bruits de pas éléphantesques, hurlements dans la cage d'escalier, musique à donf' au-dessus de nos têtes....

Cette fois, Chouchou n'a même pas cherché à discuter. Il a directement appelé la police. Dont la première question a été: "Votre voisin, c'est un Belge ou un étranger?". Si c'était moi qui avais dû répondre, le reste de la conversation aurait probablement manqué de sérénité. On s'en fout de la nationalité de Dumbo: un emmerdeur est un emmerdeur, peu importe qu'il descende du roi Albert II ou qu'il soit né à Tataouine.

Cela dit, les flics sont arrivés dans les dix minutes. Ils sont montés au 3ème et ont donné un avertissement à Dumbo en précisant que s'ils devaient se déplacer de nouveau, il y aurait une grosse amende à payer. Après ça, évacuation des lieux par les hordes hirsutes et retour miraculeux du silence. J'étais partagée entre la honte ("Misère, je suis passée dans le camp des réacs") et le soulagement de pouvoir dormir.

Hier en rentrant du cinéma, nous avons croisé Dumbo dans l'escalier. Il a collé un portable contre son oreille et fait mine d'être trop absorbé par sa conversation pour nous voir. Et ce soir, en relevant la boîte à lettres, Chouchou y a trouvé un mot nous prévenant qu'il y aurait une teuf au 3ème étage vendredi soir.

Alors, j'ai écrit une lettre à Dumbo et demandé à Chouchou, qui descendait faire quelques courses avant la fermeture des magasins, de la glisser dans sa boîte.

Chouchou a lu la lettre et explosé de rire.

"Ben quoi?" j'ai demandé, vexée. "Qu'est-ce qu'il y a de si drôle?"

"Je croyais que tu voulais t'excuser auprès du jeune, lui dire que tu étais désolée qu'on ait appelé la police alors qu'il avait prévenu. Et au lieu de ça..." Chouchou mime un coup de massue sur la tête de quelqu'un, puis me réclame un high five.

Voici ce que j'avais écrit:
We only found your note today, probably because you put it in our box Friday after we'd already taken our mail out. Sliding it under our door would have been smarter. Not waiting until the last moment would have been more considerate, too.
Anyway, warning or not, a party once or twice a year is acceptable; once a month is NOT. We both work hard during the week and want to be able to rest on week-ends nights. Therefore, we will not tolerate any more noise after 11:00 PM.
Your downstairs neighbours.

A tout prendre, je préfère être considérée comme une emmerdeuse que me laisser emmerder, moi. Mais quand même, je m'interroge. Serais-je devenue une vieille conne?

samedi 20 mars 2010

Où Dumbo se trouve un nouveau passe-temps

Entre Dumbo et nous, tout avait pourtant bien commencé.
Quand nous avons emménagé dans notre nouvel appartement, il a gentiment accepté de nous donner accès à son wifi en attendant que Belgacom se décide à installer le nôtre (ce qui a pris plusieurs mois).
Quand il a décidé d'apprendre à jouer de la guitare, Chouchou et moi nous sommes payé plusieurs gros fou-rires à l'écouter massacrer quelques classiques du genre.
Quand il s'est enfermé hors de chez lui, je l'ai aidé à tenter de forcer sa porte. Sans succès, certes, mais c'est l'intention qui compte. En attendant que sa mère arrive avec une deuxième clé, je lui ai fait la conversation chez nous et offert un jus de fruit. Il m'a dit qu'il avait eu un chat dans sa Slovénie natale, et j'ai pensé qu'on pourrait peut-être lui confier le soin de veiller sur Scarlett et Copernique durant nos absences de courte durée.

Et puis en décembre, le week-end où ont commencé les vacances de Noël, Dumbo a invité tous ses potes à faire la teuf dans son duplex. Une bande d'ados bourrés et stoned, ça fait un raffut de tous les diables, surtout dans un vieil immeuble où les bruits résonnent. Chouchou voulait appeler la police pour y mettre un terme. J'ai joué les conciliatrices: "C'est la première fois que ça arrive, et puis on a été jeunes nous aussi. Ca nous est arrivé de faire du bruit, et on a été bien contents que les voisins ne nous envoient pas les flics, non?"
Vers quatre heures du matin, alors que le vacarme ne faisait pas mine de se calmer et que je ne parvenais pas à fermer l'oeil, j'ai commencé à regretter mon indulgence. Vers huit heures du matin, quand Dumbo & Cie ont descendu leurs poubelles de bouteilles vides en hurlant, j'étais limite prête à réclamer leur expulsion vers leur pays natal.
Quand j'ai croisé Dumbo dans l'escalier quelques jours plus tard, il s'est excusé pour le bruit. Entre-temps ma colère était retombée, et je lui ai juste dit: "S'il y a une prochaine fois, ce serait sympa de nous prévenir à l'avance."
En vertu de quoi, mi-janvier, Dumbo est venu m'informer que le samedi soir suivant, il fêterait son anniversaire. Argh. Mais bon, me suis-je dit, au moins, on aura la paix pendant les onze mois suivants.
Que nenni. Mi-février, le soir où je suis rentrée de Monpatelin et où, mon avion ayant du retard, je suis arrivée à l'appartement vers deux heures et demie du matin, les murs de l'immeuble vibraient sous l'effet des basses qui s'échappaient du dernier étage.
Trois fois en moins de deux mois, ça commençait à bien faire. "La prochaine fois, j'appelle la police direct!" a menacé Chouchou. J'ai suggéré une solution plus diplomatique: aller voir la proprio et lui demander d'en toucher deux mots à Maman Dumbo afin qu'elle mette un terme aux ardeurs musico-biéro-jointesques de son rejeton.
Lundi, la proprio est passée me voir pour me demander si son avertissement avait porté ses fruits. J'ai répondu qu'en tout cas, il n'y avait plus eu de bordel depuis un mois. Satisfaites, nous avons considéré l'affaire comme classée.

Et puis jeudi soir, lorsque Chouchou et moi sommes allés nous coucher vers minuit et demie, un bruit étrange, sorte de grincement rythmique et persistant, s'est fait entendre dans un coin du plafond de notre chambre. Un peu interloqués, nous nous sommes interrogés sur sa provenance. Mais au bout de quelques minutes, le bruit s'est tu.
J'avais à peine lu quatre pages supplémentaires de mon bouquin quand le grincement a repris. Beaucoup plus fort, cette fois. "Mais... il est en train de s'envoyer en l'air!" s'est exclamé Chouchou. Hypothèse rapidement confirmée comme des chocs répétés, semblables à ceux que produit une tête de lit en heurtant un mur, venaient s'ajouter au grincement initial. Dumbo remettait ça avec toute la fougue de ses... quoi, 17, 18, 19 ans?
Il ne lui avait pas fallu cinq minutes pour récupérer.
Sale jeune, va.

dimanche 31 janvier 2010

Tour de Babel

A Bruxelles, Chouchou et moi habitons dans un petit immeuble de trois étages. Tout en haut, juste au-dessus de nos têtes, vit Dumbo, lycéen slovène à la démarche pachydermique, doté d'une mère fonctionnaire aux Communautés Européennes qui est absente les trois quarts du temps. L'appartement du rez-de-chaussée est occupé par un Italien malpoli qui fait semblant de ne pas nous voir quand il nous croise dans le hall. Et celui du premier étage, vide depuis deux ou trois mois, même qu'on l'a bien senti dans nos factures de chauffage abrite désormais une charmante Brésilienne qui parle très bien anglais et qui est venue nous emprunter des allumettes vendredi vers 23h. J'ai cru comprendre qu'elle s'appelait Daniela. Dommage pour Père: entre les euros slovènes que je n'ose pas demander à Dumbo de me ramener depuis que Chouchou a menacé d'appeler la police un soir où il faisait la teuf avec ses potes, les euros italiens trop répandus pour être intéressants, et les non-euros du Brésil fâcheusement situé sur le mauvais continent, ce n'est pas grâce à mes voisins que sa collection va s'agrandir.

mercredi 30 septembre 2009

RHAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

Ceci, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, est le râle de bonheur de la traductrice qui vient de passer trois mois à suer à grosses gouttes sur un bouquin dont, normalement, elle aurait dû venir à bout en la moitié de temps avec une main attachée dans le dos.

Il n'était pourtant pas difficile, ce livre. Bien au contraire. Et quand je pense au mal que j'ai eu à en venir à bout, je remercie le ciel que Maudite Série, sur le tome 7 de laquelle j'aurais normalement dû plancher à cette période, ait été arrêtée en cours. Parce que là, je n'étais pas en état de reformuler de l'anglais archaïque pétri de psychanalyse et d'allégories. Mais alors, vraiment pas.

A cause de l'état dans lequel m'ont mise les cachets que je prends depuis deux mois et demi, j'ai avancé sur ce boulot avec la lenteur d'un escargot paralytique, devant sans cesse lutter contre l'envie de regagner mon lit distant d'à peine dix mètres pour faire une petite sieste de 4 ou 5 heures. Pour la première fois depuis quinze ans que je fais ce métier, j'ai dû réclamer un délai de deux semaines par rapport à la date de remise initialement prévue, ce que j'ai trouvé absolument humiliant (et néanmoins salvateur).

Toujours aussi farceur, le destin a bien tenté de m'empêcher de boucler à temps: cet après-midi, j'ai perdu une demi-heure à tenter de fracturer, d'abord avec un couteau de cuisine, puis avec un tournevis et enfin avec une lime à ongles métallique, la porte blindée de l'éléphanteau slovène qui avait réussi à s'enfermer hors de chez lui en coinçant une paire de lacets entre le battant et le chambranle. La mauvaise nouvelle, c'est que je n'ai aucun avenir en tant qu'apprentie-serrurière. La bonne nouvelle, c'est qu'à moins d'utiliser du C4, personne ne réussira à nous cambrioler Chouchou et moi.

Peu après 20h, j'ai enfin pu envoyer mon fichier révisé à la charmante Claire. Et me récompenser de mes efforts avec une tasse d'Opium Hill et le dernier album de Pénélope Bagieu, que le facteur m'avait justement apporté ce midi. Demain, ce sera journée détente: deuxième séance avec Mme Mapsy le midi, puis balade-shopping au Châtelain et cours de hatha-yoga au Serendip Spa en début de soirée. Et vendredi, j'attaquerai la traduction du 11ème tome de Série Préférée. Youpi!

vendredi 4 septembre 2009

Dumbo is back

Le voisin du 3ème est rentré de sa Slovénie natale. Non, je ne l'ai pas croisé dans l'escalier avec un énorme sac de voyage dégueulant son linge sale des deux derniers mois. Mais depuis ce matin, il marche au-dessus de ma tête en faisant autant de boucan que s'il pesait 517 kilos. Je m'attends à ce que, d'un instant à l'autre, il passe au travers du plafond et atterrisse sur mes genoux dans une pluie de gravats. Le bruit ne me gêne pas plus que ça; je me demande juste comment il arrive à en faire autant. Les natifs d'Europe de l'Est ont peut-être une densité supérieure à la nôtre? A moins que ce jeune chevelu dont je n'ai jamais réussi à voir le visage soit en réalité un golem de plomb. Ce qui ne me poserait aucun problème si ce n'était pas un golem de plomb avec des aspirations musicales mais aucune oreille du même nom. Depuis une demi-heure, il s'est remis à torturer amoureusement l'instrument mystérieux dont il tire des sons impossibles à identifier. Je suis à deux doigts de lui offrir une Wii et Guitar Hero: là au moins, quand il loupera des notes, on n'entendra que le silence.

Edit du 5/9/09 à 23h19: Chouchou vient de monter pour demander au voisin du dessus s'il pouvait faire un peu moins de boucan. Dumbo lui a ouvert la porte avec des béquilles et un pied dans le plâtre. Il habite un duplex au 3ème étage de notre immeuble qui n'a pas d'ascenseur. Au final, c'est Chouchou qui s'est excusé.

mardi 26 mai 2009

Ce que je sais de notre voisin du dessus

- Notre voisin du dessus est un lycéen slovène qui ne parle pas un mot de français.
- La mère de notre voisin du dessus travaille aux communautés européennes et, bien qu'elle se soit donnée la peine d'emmener son fils en Belgique, elle n'habite pas avec lui.
- Notre voisin du dessus a de quoi loger, dans la longue tignasse frisottée qui lui pend devant la figure, quelques dizaines de familles d'écureuils. Après l'avoir croisé une demi-douzaine de fois, je ne sais toujours pas à quoi il ressemble
- En revanche, je connais par coeur les horaires du voisin du dessus: il monte et descend l'escalier en bois de l'immeuble avec toute la discrétion d'un jeune pachyderme obèse (et néanmoins étonnamment vif).
- Après notre emménagement, quand nous avons dû nous battre avec Mobistar pendant des mois pour récupérer une connexion internet, notre voisin du dessus nous a sauvé la vie en acceptant de nous donner son mot de passe afin que nous puissions nous brancher sur son réseau. Pour cela, qu'il soit béni jusqu'à la dix-septième génération d'éléphanteaux slovènes.

Cela fait maintenant une bonne heure que d'étranges hululements émanent de chez le voisin du dessus. Vingt minutes nous ont été nécessaires pour reconnaître des notes de musique. Vingt minutes supplémentaires m'ont permis d'identifier "Knocking on heaven's door" (qui certes ne doit plus en être à un outrage près). Et depuis près d'une demi-heure, Chouchou et moi sommes en désaccord sur la nature de l'instrument si abominablement torturé. Je penche pour un vieux Bontempi rescapé des années 80 tandis qu'il me soutient qu'il s'agit d'une guitare.
Je commence à comprendre pourquoi la mère du voisin du dessus lui loue un appartement rien qu'à lui.