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vendredi 26 avril 2019

J'ai testé Ouigo, le nouveau TGV low cost de la SNCF




Quand j'ai commencé à faire des aller-retour entre Toulon et Bruxelles, il y a 12 ans, il existait un TGV direct qui faisait le trajet en 5h50 pour 25€ l'aller simple en tarif Prem's. Au fil des ans, le parcours et sa durée se sont allongés avec l'ajout de nouveaux arrêts à Lille et Lyon; parallèlement, les tarifs n'ont cessé d'augmenter dans des proportions ahurissantes. Depuis quelques mois, je ne trouvais plus aucun direct, et la meilleure combinaison possible était devenue: un Thalys à 29€ minimum entre Bruxelles et Paris, une correspondance par RER, et un TGV à 59€ minimum entre Paris et Toulon, soit un total de 88€ en Prem's pour une durée de voyage de 7 à 8h si tout se passait bien (ce qui n'était pas toujours le cas). Aussi, quand j'ai appris la création de TGV low cost, j'ai aussitôt eu envie de tester. 

mercredi 4 avril 2018

Mésaventures ferroviaires (2)





Autant vous prévenir tout de suite: ce billet n'aura sans doute pas grand intérêt sauf pour les gens qui sont embêtés pour circuler pendant la grève de la SNCF. C'est pour eux que je relate mon expérience, en espérant que ça pourra leur servir!

Or donc. Mon plan initial pour la semaine prochaine était le suivant: faire Toulon-Aix-en-Provence le jeudi matin, passer la journée à Aix avec mon amie Isa, dormir sur place dans un joli hôtel et repartir le lendemain pour monter à Bruxelles avec un combo TGV Aix-Paris puis Thalys Paris-Bruxelles. Problème: le vendredi sera un jour de grève où on s'attend à ce que très peu de TGV circulent, surtout sur l'axe Sud-Est, et je ne voulais pas me retrouver coincée à Aix une deuxième voire une troisième nuit sans hébergement. Donc, j'ai présenté mes excuses à Isa et lui ai dit que ça ne serait que partie remise, puis j'ai entrepris de déplacer mon Aix-Bruxelles du vendredi au jeudi histoire de faire Toulon-Bruxelles dans la journée.

mercredi 28 mars 2018

Mésaventures ferroviaires (1)





Hier, au retour d'une super excursion d'anniversaire que je vous raconte très bientôt, j'essaie de changer mon Bruxelles-Toulon prévu pour le 3 avril, premier jour de la grève des cheminots. Le numéro du service client est, bien entendu, toujours en dérangement. Sur la page concernée du site internet, on m'indique que mon billet n'est échangeable gratuitement que dans un point de vente SNCF, mais que sur internet, je peux annuler le billet initial à 94€, direct et en 1ère classe, puis racheter pour le 2 avril un billet de 2nde avec 2 correspondances pas pratiques pour la modique somme de 288€. Euh, non. A la billetterie internationale de la gare du Midi, où je me suis traînée exprès, on me dit qu'il ne reste plus aucun point de vente SNCF en Belgique depuis 7 ans. Au bord de la En pleine crise de nerfs, j'achète des billets de Ouibus pour faire un aller-retour à Lille le lendemain en bousillant une journée de travail. 

dimanche 18 mars 2018

"J'ai survécu à la soirée d'inauguration de Livre Paris", un témoignage poignant de notre envoyée spéciale




Jeudi midi, une heure avant le départ de l'Izy qui doit nous emmener à Paris où j'assisterai le soir même à l'inauguration de Livre Paris, je vérifie les billets achetés par Chouchou mi-janvier et imprimés la veille. 

Ils sont au départ de Paris Nord et à destination de Bruxelles. Bien entendu, non échangeables et non remboursables. 

vendredi 27 octobre 2017

Pas cool, Raoul




J'ai descendu la poubelle, fermé les volets, arrêté la chaudière, coupé l'arrivée d'eau et bien verrouillé la porte; je peux m'en aller l'esprit tranquille pour prendre le bus de 10h30, qui m'amènera à la gare plus d'une demi-heure avant le départ de mon TGV pour Paris. Comme ça, j'aurai le temps de m'acheter de quoi manger et lire pendant le trajet. Cool, Raoul.

vendredi 4 août 2017

Une semaine à Toulouse #1




Jeudi

S'il y a de la clim' dans cet Intercités, on ne peut pas dire qu'elle fasse beaucoup d'effet. Le grand jeu des cinq prochaines heures: bouger le moindre possible et ne pas me toucher moi-même.

Identification d'un nouveau super-pouvoir pourri: systématiquement choisir un mauvais bouquin pour meubler mes longs trajets.

jeudi 9 mars 2017

Un après-midi pluvieux au Train World




C'est à l'occasion de l'expo temporaire Tintin que nous nous sommes enfin décidés à aller faire un tour au musée du train installé depuis septembre 2015 dans l'ancienne gare de Schaerbeek. Si je ne raffole pas du héros de Hergé, le train est de très loin mon moyen de transport préféré, celui qui excite le plus mes trois atomes et demi de romantisme. A une autre époque, j'aurais économisé pour m'offrir un voyage en Orient Express. Alors certes, l'histoire ferroviaire de la Belgique, c'est un poil moins exotique, mais avec les gros moyens matériels dont a visiblement disposé Train World pour sa conception et une scénographie signée François Schuiten, on obtient tout de même un résultat aussi spectaculaire que passionnant. Quatre halls immenses abritent d'authentiques motrices (liste complète ici, pour les passionnés) ainsi que des wagons plus ou moins anciens dans lesquels on peut généralement pénétrer. Les accessoires ne sont pas en reste, qu'il s'agisse de plaques d'identification, de pièces détachées, des modèles de rails, d'horloges de gare, de malles de voyage ou de boîtes postales. En tout, il faut compter une grosse heure et demie de visite pour tout admirer/commenter/photographier. Personnellement, nous avons adoré. 











CHOUCHOU: Celle-là, tu vois, c'est ma préférée.
MOI: Pourtant, toutes les autres ont beaucoup plus de charme que ce machin monstrueux.
CHOUCHOU: Oui mais l'Atlantic 12.004, elle est profilée, elle est puissante, regarde la taille de ses roues! Je suis un homme, et cette locomotive, elle a des couilles.
(Oui, on entendait les italiques dans sa voix.)











Place princesse Elisabeth 5
1030 Bruxelles
Expo Tintin jusqu'au 16 avril
Ouvert de 10h à 17h tous les jours sauf le lundi
Tarif normal: 10€
Tram 7 ou 92, bus 58 ou 59

samedi 14 janvier 2017

Où je m'emmène déjeuner au Train Bleu




Si affreusement terre-à-terre qu'elle puisse sembler, ma résolution de "dépenser mes sous intentionnellement" en 2017 est sans doute l'une des plus significatives que j'ai prises, et aussi celle que j'ai adoptée avec le plus d'enthousiasme et dont je me félicite déjà le plus au bout de deux semaines. Ne pas tomber dans le piège des soi-disant achats-plaisir qui se servent au final qu'à prendre la poussière sur une étagère (ou une tringle à vêtements) et me culpabiliser. A la place, investir consciemment dans des choses qui m'apportent un vrai plaisir, et si elles sont immatérielles et n'encombrent pas mon espace vital, c'est encore mieux.

Hier, je devais passer la journée dans le train. Jeudi soir, Thalys m'a envoyé un texto pour me prévenir qu'en raison des intempéries prévues dans le nord de la France, l'arrivée de mon train à Paris était prévue avec 60mn de retard. Ce qui me laissait encore tout juste le temps d'attraper ma correspondance; par contre, à partir de 70mn, ça commençait à sentir le moisi. Bien entendu, stressée de la vie comme je suis, je n'en ai quasiment pas dormi de la nuit. Et à 8h du matin le lendemain, Thalys m'a envoyé un nouveau texto pour me prévenir que mon train était carrément supprimé. J'ai téléphoné au service client en m'attendant à ne pas réussir à les joindre, mais surprise! J'y suis parvenue dès mon second appel. Un monsieur très aimable m'a informée qu'exceptionnellement, je bénéficiais d'une "souplesse d'accès" toute la journée, c'est-à-dire que je pouvais prendre n'importe quel autre Thalys circulant sur le même trajet à l'heure de mon choix. Le temps de me préparer, j'ai immédiatement foncé à la gare, et réussi à attraper un train qui partait une heure plus tôt que mon train supprimé. Il y avait des places libres, et Thalys distribuait des boîtes-déjeuner: bravo pour la gestion de crise.

Le trajet s'étant déroulé sans aucun ralentissement, et le RER D étant toujours aussi rapide pour traverser Paris, je me suis retrouvée gare de Lyon 2h30 avant le départ de mon TGV. Pour tuer le temps, je pouvais me faire un lunch fonctionnel chez Prêt-à-manger puis me balader dans la galerie commerçante où les soldes battaient leur plein et me laisser tenter par deux-trois merdouilles inutiles. Mais j'ai décidé qu'après mon coup de stress, ma nuit presque blanche et ma course du matin, je méritais mieux que ça. Alors, j'ai monté le grand escalier qui mène au restaurant mythique Le Train Bleu, et j'ai réclamé une table pour une personne. J'ai mangé un magret aux cèpes en sirotant un verre de Côtes-de-Provence blanc et conclu par un thé gourmand (des aiguilles d'argent au jasmin accompagnées de quatre gâteaux miniatures). Comme ce n'était pas bondé même s'il y avait pas mal d'animation pour un midi de semaine, j'ai traîné à table avec mon bouquin en cours, jetant de temps à autre un regard admiratif à la ronde. Le personnel a été aux petits soins, et j'ai passé un moment délicieux pour sûrement moins cher que ce que j'aurais bêtement claqué avec ma première option. Bref, hier midi, j'ai dépensé mes sous de la meilleure façon pour moi, et j'entends bien continuer sur cette lancée! 

mercredi 25 novembre 2015

Parfois, juste un peu, ça compte vraiment beaucoup




Franchement, je m'étais préparée à me retrouver coincée à Bruxelles. Ou alors, à atteindre Toulon, mais avec trois heures de retard. Et je me serais encore estimée heureuse d'arriver vivante et en un seul morceau. 
Ouais, j'ai beau crâner et faire comme si de rien n'était, je suis légèrement traumatisée par les attentats de Paris et le lockdown bruxellois. Ca fait dix jours que je dors super mal et que je passe mon temps éveillée à imaginer des scénarios catastrophe tous plus horribles les uns que les autres. J'arrive à me faire chialer toute seule, c'est d'une connerie...
Bref. Hier matin, je me suis pointée à la gare du Midi une heure avant le départ de mon train, tellement je m'attendais à ce que ce soit un bordel innommable. 
En fait, les halls étaient quasiment déserts. Il y avait plus de policiers et de militaires que de passagers. Pour la première fois, j'ai mis environ quinze secondes à acheter mon sandwich chez Panos au lieu des dix minutes habituelles. J'ai fait un bisou à Chouchou (qui m'avait accompagnée en voiture, vu que le métro ne circulait toujours pas) en essayant de ne pas écouter la petite voix dans ma tête qui me disait: "Si ça se trouve, c'est la dernière fois que tu le vois". Je lui ai fait promettre de m'envoyer des petits mots toute la journée pendant mon absence. Puis il est parti. J'ai montré mon titre de transport, ma pièce d'identité, ouvert mon sac et ma valise, remercié les agents pour leur service, et je me suis retrouvée avec trois quarts d'heure à tuer avant l'heure officielle de départ de mon TGV. 
Je crois qu'il s'est ébranlé avec deux minutes d'avance. 
Pendant tout le début du trajet, j'étais super crispée. Je me disais: "S'il se passe quoi que ce soit, tu es cuite. Aucun moyen de t'échapper ou de te planquer." Dans ma paranoïa, j'ai recensé les enfants de ma voiture (seulement deux, moins de 5 ans pièce à vue d'oeil), et calculé que si on entendait tirer à l'autre bout du train, en faisant très vite, on avait juste le temps de les cacher derrière les valises dans les nouveaux porte-bagages au sol pour qu'eux au moins soient sauvés. 
C'était riant dans ma tête, je vous raconte même pas. 
(Ah si, en fait, je suis en train.) 
(En train. Ha ha.)
(Humour ferroviaire.)
Comme Bruxelles puis Paris s'éloignaient, j'ai commencé à me détendre un peu. Je suis allée au wagon-restaurant me chercher un Earl Grey et une mousse au chocolat au prix de la truffe blanche. J'ai lu un premier roman qui connaît un très gros succès en librairie, et que j'ai trouvé pas terrible. J'ai repéré, dans le carré en diagonale à mon siège, un jeune couple qui voyageait avec un British Shorthair bleu de cinq ou six mois à vue de nez, terriblement mignon. J'ai été prise d'une folle envie de l'enlever et de m'enfuir en courant avec, mais j'ai résisté. J'ai entamé un second roman que j'ai tout de suite adoré, et dont j'ai dévoré les 250 premières pages. 
Un peu après Marseille, mon téléphone a sonné. C'était Seb et Gaby. "On est dans le centre de Toulon, tu veux qu'on vienne te chercher pour t'emmener chez toi en voiture?" J'ai dit: "C'est gentil, mais vous êtes sûrs que ça ne vous dérange pas?" "Mais non enfin, avec tout ce qui se passe en ce moment!". J'ai accepté avec gratitude.
Pour la première fois en trois ans, mon TGV est arrivé à l'heure à la gare de Toulon. Et un quart d'heure plus tard, Gaby me déposait chez moi avec environ une heure et demie d'avance sur mon horaire habituel. J'ai remercié tout plein. 
Et je me suis dit qu'au milieu de toutes ces horreurs, il restait une multitude de petits miracles comme celui-là. Les miracles de la solidarité, de la bienveillance, de l'amitié, de l'entraide. Des mains spontanément tendues dans le noir, qui chassent les ténèbres juste un peu. 
Mais parfois, juste un peu, ça compte vraiment beaucoup. 

mercredi 22 juillet 2015

Quand soudain, un inconnu m'offre un beignet




Hier. Parti avec un retard d'une demi-heure "à cause des âneries habituelles de la SNCF", annonce franco le chef de bord, le Bruxelles-Nice arrive à Toulon à 19h30 au lieu de 18h44. D'un côté, je serai contente de me faire rembourser un tiers de mon billet en première classe (pendant les grandes vacances, je n'hésite pas à payer 20€ de plus pour éviter de voyager dans des wagons de seconde bondés de familles avec enfants). De l'autre, il ne faudrait surtout pas que je rate le TER Toulon-Trululu, supprimé pendant toute l'année scolaire qui vient de s'écouler pour cause de travaux sur les voies, rétabli l'espace de deux mois pour les touristes et voué à disparaître de nouveau à la rentrée prochaine. C'est la seule fois de l'année où j'aurai pu faire Toulon-Monpatelin en 13 minutes au lieu d'une grosse heure en bus; ça ne se manque pas. 

Grâce au retard de mon TGV, je n'ai que 5 minutes pour l'attraper, et je crains que ça ne fasse un peu court. Mais comme mon premier train s'immobilise enfin en gare de Toulon, je vois que mon TER attend sur le même quai, à sa voie-habituelle-de-quand-il-daigne-circuler. Parfait! Je me jette dedans et reprends la lecture du dernier Odd Thomas. Premier arrêt: "Machinette-les-Oies". Deuxième arrêt: "Prosper-Youplaboum". Je rassemble mes affaires et vais me positionner près de la porte. Tiens, ça me semble un peu plus long que d'habitude jusqu'à Monpatelin, et je ne reconnais pas trop le paysage. "Duquai-Dugland". Je blêmis. "Hein? Mais comment ça, Duquai-Dugland? Je vais à Monpatelin, moi." "Ah, vous n'êtes pas dans le bon TER, m'informe un monsieur roux tout transpirant qui attend à côté de moi. Ce n'est pas le Toulon-Trululu, mais le Toulon-Tralala. Il ne passe pas par Votrepatelin". 

Grand moment de solitude. Bien que Monpatelin et Duquai-Dugland soient des communes mitoyennes, elles ne sont reliées par aucun transport en commun. Il faudrait que je trouve un bus pour retourner à Toulon, puis que j'attende le dernier bus pour Monpatelin qui me mettrait chez moi aux environs de 22h30. Un instant, j'envisage de faire le trajet à pied, mais le soleil cogne encore très fort, je suis trop habillée pour la météo, je n'ai pas de crème solaire ni de chaussures adaptées à la marche, je traîne une valise à roulettes et surtout: je ne connais pas le chemin et j'ai un sens de l'orientation méga-pourri. Taxi, alors? Mon portable est chargé, mais je ne suis pas certaine d'avoir de numéro idoine en mémoire et je ne connais pas le numéro du service de renseignements de mon opérateur. C'est alors qu'un miracle se produit: face à ma mine déconfite, le monsieur roux tout transpirant pousse un gros soupir et me dit: "Bon, de toute façon, j'ai déjà une demi-heure de retard, je vais vous emmener en voiture". 

En temps normal, j'aurais sans doute refusé poliment. Ca pourrait être un serial killer (oui, à Duquai-Dugland, parfaitement: il faut bien que les serial killers vivent quelque part), ou au moins un conducteur fou, et surtout, j'ai déjà un mal de chien à me sentir redevable envers mes proches - alors, envers un parfait inconnu! Mais là, je suis franchement embêtée. Et aussi, ça fait des mois que je travaille à gommer mon hostilité naturelle envers "Les Gens", cette espèce qui ne m'a jamais rien inspiré de bon. Alors, je décide de faire confiance et de monter dans la Fiat 500 rouge du monsieur roux tout transpirant.

Vingt minutes plus tard, je ne reconnais toujours pas le paysage et je commence à flipper; on devrait être arrivés en terrain familier depuis un bon moment. Le monsieur roux tout transpirant n'est néanmoins pas un serial killer: il a juste un sens de l'orientation presque aussi pourri que le mien. On fait trois fois plus de chemin que nécessaire, mais on finit par s'arrêter dans le parking de ma résidence, où je remercie mon Bon Samaritain du fond du coeur. Le pauvre semble juste pressé de rentrer chez lui, ce qui est bien naturel. Je ne pourrai jamais lui rendre service en retour, et ça me désole. Mais ça m'est aussi arrivé de faire spontanément une grosse bonne action pour un parfait inconnu, et quelque part, c'était une récompense en soi. Alors, je décide de considérer que le monsieur roux tout transpirant vient de créditer son compte karmique, et que je ferai circuler quand l'occasion se présentera. 

N'empêche. En novembre dernier, quand je me suis retrouvée bloquée à Toulon par des inondations, j'ai appelé un ami de longue date pour me servir de chauffeur jusqu'à Monpatelin. En mai, quand j'ai cru ne pas pouvoir atteindre la gare pour cause d'absence de bus un jour férié, c'est ma couturière (que je connais depuis dix ans, mais dont je ne suis pas proche) qui a offert de m'y conduire. Et aujourd'hui, un parfait inconnu m'a tirée d'un mauvais pas. Que dois-je en déduire? Que je suis victime de persécution ferroviaire? Ca me semble évident. Que le monde n'est pas toujours un endroit hostile et qu'il existe aussi des gens sincèrement gentils? Malgré ma méfiance et mon pessimisme naturels, je le savais déjà, même si je préfère ne pas compter dessus. Alors, quoi?

Dans son mémoire "The Art of Asking: How I Learned to Stop Worrying and Let People Help", Amanda Palmer parle de la difficulté qu'ont les artistes à accepter l'aide qu'on leur propose spontanément en comparant ça à une boîte de donuts offerts. Puis elle explique comment elle en est venue à solliciter l'aide des autres sans craindre de se montrer vulnérable ni considérer ça comme une faiblesse de sa part. Je n'en suis pas encore tout à fait là. Mais désormais, je suis capable de prendre le beignet qu'on me tend. C'est déjà un gros progrès pour moi. 

mardi 25 novembre 2014

Le mardi où Titou me sauve de la noyade




Chouchou, qui part en rendez-vous professionnel de bonne heure ce matin, vient me faire des bisous alors que je suis encore tout ensommeillée. Avant de m'en aller, je compose vite fait un petit message sur la porte du buffet Ikea rouge avec des lettres magnétiques. 3 passages à la gare du Midi en 5 jours, je pense que c'est mon record personnel. Il me m'aura guère fallu que 26 ans de fréquentation des wagons-restaurant pour me rendre compte qu'en l'absence d'eau courante potable à bord d'un train, les serveurs préparent les boissons chaudes à la Cristalline. Suggestion de sport extrême: traverser un TGV bringuebalant avec un gobelet de thé bouillant à la main. La fin de "The Unnaturalists" me plaît beaucoup plus que le début et me donne envie d'acheter la suite. J'ai mal calculé mon coup - aux alentours de Valence, j'ai épuisé tout le matériau de lecture que j'avais emporté. Par chance, je retrouve au fin fond de mon iPad un numéro de Real Simple que je n'avais pas encore parcouru. A mi-chemin entre Marseille et Toulon, mon train s'arrête pendant une heure et demie pour cause de voies inondées et impraticables. Un pompier s'en prend violemment aux contrôleurs (qu'il imagine peut-être responsables des intempéries?). Je me dis que tant que j'arrive à choper le bus de 20h15, ma foi, ça ira. Nous arrivons à Toulon à 20h05; je cours sous la pluie avec ma grosse valise jusqu'au quai n°3... qui est désespérément vide, comme d'ailleurs le reste de la gare routière. Après vingt minutes d'attente vaine, je me décide à claquer les 40€ et quelques que coûte un taxi jusqu'à Monpatelin en tarif de nuit, mais aucun chauffeur ne veut m'emmener parce que les communes voisines sont sous les eaux, et que la mienne risque de l'être aussi. Certes, je pourrais passer la nuit à l'hôtel, mais je n'ai que des livres dans ma valise - pas de pyjama, pas d'affaires de toilette, pas de tenue de rechange pour demain... Mortifiée, je me résous à appeler Titou. Qui me dit tranquillement: "Je suis là dans dix minutes". Et qui me conduit chez moi en pleine nuit sous un déluge effrayant, me déposant devant ma porte malgré la barrière à l'entrée de l'avenue. Cet homme est un héros*. Ma voisine Solange, chez qui je passe chercher mon courrier, m'annonce que le couple de l'appartement d'à côté, qui s'occupait beaucoup d'elle en mon absence, vient de déménager. Je suis un peu inquiète, et j'espère que les nouveaux locataires seront serviables eux aussi. Ma mère, que j'ai tenue au courant de mes mésaventures, m'appelle une fois pour savoir si je suis bien arrivée à Monpatelin, puis une seconde fois un peu plus tard pour savoir si mon sauveur est bien rentré chez lui - ce doit être la première conversation sincèrement affectueuse que j'ai avec elle depuis des mois. Le risotto à la truffe blanche Picard manque nettement de cuisson (et ne vaudra de toute façon jamais celui de Chouchou). La météo prédit du mauvais temps pour les 48h à venir, mais je m'en fous: j'ai un chauffage qui fonctionne, une montagne de boulot, des kilos de thé en réserve et de sacrées bonnes fréquentations.

*(et un excellent photographe amateur dont vous pouvez admirer le travail ici)

dimanche 13 juillet 2014

"Il était une fois l'Orient-Express" à l'Institut du Monde Arabe




Même si je rouspète assez souvent contre la SNCF, le train est certainement mon moyen de transport préféré, celui qui ne me rend jamais malade, qui ne me fout jamais la trouille, qui me permet de profiter du paysage, de lire, de me dégourdir les jambes ou d'aller casser une petite croûte au wagon-restaurant si l'estomac m'en dit. Aussi, bien que n'ayant globalement pas des goûts de luxe, j'ai toujours fantasmé sur le mythique Orient-Express qui reliait autrefois l'Europe de l'Ouest à la Russie, à l'Egypte ou aux Indes, et qui a été amplement représenté dans la culture populaire depuis "Le crime de l'Orient-Express" d'Agatha Christie jusqu'au film de la franchise James Bond "Bons baisers de Russie". Il était donc impossible pour moi de faire l'impasse sur l'exposition que lui consacre actuellement l'Institut du Monde Arabe.




D'abord, une brève leçon d'histoire: l'Orient-Express a été conçu par le Belge Georges Nagelmackers, fondateur de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits. (Ici Chouchou, dont la fibre patriotique a été réveillée par les récentes performances des Diables Rouges, se lance dans une ola solitaire en pleine file d'attente.) Pourvu de tous les conforts possibles et imaginables à l'époque, il est mis en service en 1883. (L'Orient-Express, donc, pas Chouchou.) Il voit sa circulation perturbée par les deux conflits mondiaux, mais aussi par des incidents parfois des plus rocambolesques. En 1929, une tempête de neige le bloque en Turquie pendant cinq jours et force les passagers à chasser des loups pour se nourrir. En 1931, une attaque terroriste le fait dérailler en Hongrie; bilan: une vingtaine de morts. Victime des destructions provoquées par la Seconde Guerre Mondiale, il perd son statut de train de luxe en 1947 et entame son lent déclin...




L'exposition "Il était une fois l'Orient-Express" se compose de deux parties. Après une longue attente debout dans le froid et la pluie de novembre sur le parvis de l'institut, les visiteurs sont introduits par petits groupes dans 3 des voitures originelles de l'Orient-Express, redécorées et mises en scène pour l'occasion. La première est un salon sur les tables desquelles sont reconstitués toutes sortes de passe-temps mondains. Autant vous dire que nous nous sommes réjouis que les 58 cigarettes présentes ne soient pas allumées. Je n'ose imaginer comment ça devait empester à l'époque...





La deuxième voiture est un des fameux wagons-lits. L'intérieur de certaines des cabines est dédié à unepersonnage célèbre, réel ou fictif, ayant marqué l'histoire de l'Orient-Express. Mata Hari et le général Patton y côtoient donc la Madonne des Sleepings et James Bond.




La troisième voiture est un wagon-restaurant décoré de superbes marqueteries, de tapisseries des Gobelins et de cristaux signés Lalique. Une belle collection de bouteilles d'alcool trône derrière le bar! 






J'ai beaucoup aimé cette partie de l'exposition à un élément près, mais un élément de taille. Les photos des "une" de journaux d'époque, ainsi que les portraits de présentation de personnages célèbres, ont été remplacées par... des écrans qui diffusent de courtes scènes filmées (avec le son, parfois). Je n'ai pas compris la raison de cet atroce anachronisme qui pour un peu aurait gâché mon plaisir. Des photos ordinaires, de préférence en noir et blanc, auraient été tellement préférables!




La seconde partie de l'exposition se compose de deux salles situées à l'intérieur de l'institut, et rassemblant des objets et documents d'archives liés au développement du rail, à l'équipement de l'Orient-Express et à sa dimension géopolitique. Ca aurait pu être passionnant, et j'ai juste trouvé ça rasoir: mal éclairé, peu lisible, sans fil directeur clair. A 14,80€ le billet adulte, réservation comprise, l'ensemble bien que très riche m'a paradoxalement laissée sur ma faim. Mais je suis un public difficile, et cette exposition reste à mon avis assez exceptionnelle pour mériter une visite. 

1, rue des Fossés-Saint-Bernard
Place Mohammed V
75005 PARIS
Métro Jussieu (7) ou Cardinal Lemoine (10)
Exposition visible jusqu'au 31 août 2014


dimanche 15 juin 2014

Où je ne sais pas quand ni comment j'arriverai à Monpatelin, et où je le vis plutôt bien




Demain, je dois traverser toute la France en train en pleine grève des cheminots. 
J'ai déjà vérifié sur le site de la SNCF: mon TGV, normalement direct de Bruxelles à Toulon, fera cette fois terminus à Marseille. Après? Je ne sais pas. J'espère trouver un TER, même bondé, qui m'amènera jusqu'à Toulon avant l'heure de départ du dernier bus pour Monpatelin. 
Il fut un temps où cette nouvelle m'aurait mise dans tous mes états. Complètement psychorigide, je grimpe très vite aux rideaux quand les choses ne se passent pas comme prévu. 
Mais là, en fait, je suis assez zen. D'une part, les revendications des cheminots me semblent plus que justifiées, ce qui aide grandement à faire passer la pilule de mon petit inconfort personnel. 
D'autre part, j'arrive assez bien à relativiser. D'une façon ou d'une autre, j'arriverai à destination. Si j'ai quelques heures de retard, tant pis. Personne ne m'attend sur place; je n'ai ni rendez-vous important ni examen à ne surtout pas manquer, que ce soit ce jour-là ou le lendemain. Et j'ai encore un mois entier avant la date de remise de ma traduction en cours (même si j'espère la terminer dans quinze jours).
J'ai prévu plein de lecture pour m'occuper, des trucs sains à grignoter si le voyage se prolonge, une valise pas trop encombrante, une tenue confortable et une petite laine au cas où, un sourire pour le personnel certainement sous pression qui bossera ce jour-là et mon attitude la plus positive: au pire, ça fera une aventure à raconter ici. 
Maintenant, si j'arrivais à appliquer ce genre de lâcher-prise au reste de ma vie...

jeudi 19 septembre 2013

La nostalgie frileuse




Ce matin vers 7h à Monpatelin, le soleil se levait dans un ciel couleur de barbapapa. Une douzaine de personnes attendaient sur le quai de la gare, mais j'étais la seule avec une valise. Les autres sont descendues à la grande ville voisine pour commencer leur journée de travail, tandis que d'un regard ensommeillé je regardais défiler toutes les gares minuscules jusqu'à Marseille. 

Ce matin vers 8h30 à Marseille Saint-Charles, il y avait des pins bien alignés à l'intérieur du hall, un cygne noir et blanc à petits pois, un jeune homme en survêtement qui jouait du piano, une affiche pour l'adaptation ciné de "L'extraordinaire voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet" qui m'a mis le coeur en joie. 

Et puis il y avait moi, assise au comptoir du Monop'Daily face à la vitrine, qui regardais passer les gens en trempant un croissant dans un mauvais chocolat chaud de distributeur. L'esprit encore un peu embrumé, pas mécontente au fond de me trouver là en transit avec l'essentiel de ma vie sur roulettes et le soleil qui brillait sur l'esplanade. 

Ce matin vers 11h, à Lyon Part-Dieu, une jeune fille aux cheveux châtains frisés est montée dans le TGV 9860 et s'est assise à la place 21 de la voiture 5, juste à côté de moi. Elle a ouvert un livre de développement personnel appelé "Trouvez un sens à votre vie avec la Bible". Avec application, elle s'est mise à en surligner des passages au Stabilo Boss orange en s'aidant d'une règle. 

J'ai mangé une salade de rigatoni aux coeurs d'artichaut et un petit pot de graines de grenade rouge translucide. J'ai lu deux nouveaux magazines, un très chouette et un complètement rasoir, puis j'ai sorti mon livre du nouveau sac en cuir gris aviateur déniché sur eBay et que je ne me lasse pas d'admirer. Je me suis plongée dans l'histoire de cette fille devenue muette suite à un choc amoureux, et qui décide d'ouvrir un restaurant très particulier dans son village natal. Chaque fois que je levais la tête, le ciel était un peu plus gris. 

Quand le train est arrivé à son terminus, le soleil avait tiré sa révérence. Il était 14h25, le thermomètre affichait 16°, et je grelottais presque dans mon T-shirt Totoro et ma jupe courte. Bienvenue à Bruxelles. Pour me consoler, je suis passée à l'Espace Café de la gare du Midi, où je bois toujours un thé délicieux avant de descendre à Monpatelin, et j'ai acheté 100 grammes de Sables Emouvants. J'en finis ma deuxième tasse en rédigeant ce billet. La menthe, les dattes et la fleur d'oranger ramènent au moins mes papilles dans ce Sud qui me manque tant lorsque je n'y suis pas.

lundi 11 mars 2013

DIY 10/52: Une couverture pour le Groseillon





Inspiration: J'ai utilisé ce patron gratuit, auquel j'ai rajouté deux rangs de mailles serrées sur tout le tour pour faire une petite bordure et donner à l'ouvrage un aspect plus "fini". 
Fournitures: 3 pelotes de fil Laura orange, laine et acrylique mélangées (Veritas, 12,95€ pièce); un crochet n°7. 
Temps de réalisation: une douzaine d'heures environ

Le Groseillon, c'est le futur rejeton de ma copine Sophie. Normalement, la naissance de bébés dans mon entourage m'enthousiasme très modérément; j'ai toujours l'impression que la nouvelle mère va devenir infréquentable pendant cinq ans au bas mot. Pour celui-là, c'est un peu différent. Oh, je me doute qu'il empêchera ses parents de dormir et fera des cacas pestilentiels comme tous les autres. Mais Sophie a eu un cancer il y a 3 ans, elle s'en est sortie, puis elle a galéré pour mener une grossesse à bien alors qu'elle voulait vraiment un enfant.

Quand j'ai appris qu'elle était enceinte de plus de trois mois, peu de temps après le décès de mon père, je me suis dit: "Et pan dans la gueule du crabe!". Même si elle ne changeait rien à ma propre situation, cette victoire, outre le fait qu'elle m'enchantait pour ma copine, me redonnait un peu foi en la vie. Du coup, j'ai eu envie de célébrer ça par un cadeau de naissance plus personnel qu'un doudou - et que les parents, même s'ils le détestent, seront obligés de réceptionner avec un sourire ému parce que c'est fait maison. (Insérer ici un rire diabolique.)




La chambre du Groseillon a un thème "jungle" dans les tons vert et orange, d'où mon choix de couleur. Le point est très simple (une maille serrée et une bride dans la même maille, sauter une maille, recommencer) mais je trouve qu'il rend particulièrement bien, et grâce à la grosseur du fil, l'ouvrage est monté très rapidement. Je le remercie d'ailleurs de m'avoir, il y a deux semaines, tenue occupée et zen pendant que mon TGV était immobilisé en pleine voie pendant une heure et demie à cause d'une alerte à la bombe en gare de Marne-la-Vallée. Crocheter dans le train, quel excellent moyen de tuer le temps plutôt qu'un contrôleur!

mardi 3 juillet 2012

"Je hais la SNCF": saison 41, épisode 17


Tout commence hier après-midi vers 15h15, quand mon père me dépose au terminus de la ligne A du métro toulousain. Je suis à ce moment-là encombrée par:
- un cabas en cuir bourré jusqu'à la gueule
- un cartable contenant mon MacBook
- une grosse valise (alias "le monstre rayé") pesant environ 30 kilos
- un tableau encadré de 50x50cm
L'ascenseur est en panne. Je m'apprête à attaquer la descente du grand escalier qui mène à la station Balma-Gramont quand des employés en uniforme m'arrêtent: "Le métro ne circule pas, madame". "Ah, et je fais comment pour aller à la gare?" "Vous prenez le bus, là-bas."
Heureusement que je prévois toujours large. Au lieu de mettre 5 minutes montre en main pour rejoindre Matabiau, il me faut presque une demi-heure dans un bus bondé où, bien entendu, je voyage debout et où la température doit avoisiner les 60°. Mais j'arrive à la gare à temps pour prendre le 15h51, qui part du quai... euh, qui n'est pas indiqué sur le tableau des départs. Je me rends au service clientèle, où une employée commence par me dire que j'ai rêvé, que ce train n'existe pas. Une fois que je lui ai présenté mon billet, elle consulte son écran et se ravise: il a juste été supprimé à cause des travaux. 
Et sachant que j'ai réservé mon billet sur internet, donc en laissant une adresse mail, ça aurait vraiment été trop dur de me prévenir? Apparemment, oui. (Alors que, par un fait curieux, le service clientèle retrouve TOUJOURS mon adresse quand il s'agit de m'envoyer des pubs. Bande de branquignols.)
Comme solution de dépannage, on me propose un train qui part une heure plus tard. Du coup, je louperai ma correspondance à Marseille, et j'arriverai à Monpatelin à 22h05, alors que le dernier bus pour chez moi (une bonne quinzaine de kilomètres plus loin) quitte la gare routière à 21h40. Bien bien bien. 
Par chance, Etre Exquis est disposé à venir me chercher. J'essaie donc de me calmer et, pour tuer le temps, mes bagages et moi allons nous installer au café de la gare. 
Un quart d'heure s'écoule. Puis une demi-heure. Puis quarante minutes. Je suis assise à moins de cinq mètres du bar, et aucune des quatre serveuses ne passe prendre ma commande. Je finis par me lever pour aller réclamer un diabolo menthe. Lequel m'est servi avec de la limonade éventée, dans laquelle il ne reste plus la moindre bulle. Je n'ai pas le courage de râler. Comme je n'ai pas eu de ticket, je me lève de nouveau pour aller régler au comptoir. Une des serveuses qui m'a si superbement ignorée tout à l'heure me bouscule avec son plateau et me renverse un verre de rosé plein dessus. Au lieu de s'excuser, elle s'exclame: "Bah oui, mais vous êtes dans le passage du service!".
Je crie un peu, voire beaucoup. Je rajoute que le diabolo était dégueu. "Bon ben c'est offert par la maison", dit le barman de mauvaise grâce. J'espère bien. 
Je passe sur le Toulouse-Marseille dans un wagon à la climatisation en panne, à côté d'un type qui empeste la transpiration, avec mon tableau coincé entre les jambes. Je passe sur le type tellement pressé de descendre qu'il me bouscule, fout ma valise par terre et trouve encore le moyen de m'insulter. Je passe sur le fait que le quai de  ma correspondance à Marseille est annoncé 5 minutes avant le départ, et qu'elle se trouve tout au bout de la voie A, à environ 7 minutes de marche de là où je suis. Je passe sur le fait que j'ai payé un billet de TGV et que là, je me tape un tortillard qui s'arrête à toutes les gares entre Marseille et Monpatelin. 
Par contre, j'ai un peu plus de mal à passer sur le type même pas bourré qui, pendant tout le voyage, fume alors que c'est interdit dans les trains et agonit d'injures un autre passager en le traitant de sale Arabe, de bicot qui ferait mieux de rentrer chez lui, et "monsieur le contrôleur appelez les CRS s'il vous plaît pour arrêter ce voleur, c'est vraiment dommage qu'il n'y ait plus de légionnaires dans le coin parce que tu ferais moins le malin sale pédé, espèce d'enculé, quand on arrive je te casse la gueule moi". Je brûle de lui jeter à la figure que la seule personne qui me dérange dans ce train, c'est lui le bon Français. Mais je me dis qu'après la journée que je viens de passer, ce n'est peut-être pas utile de chercher les emmerdes. Quand même, y'a des baffes qui se perdent. 
Bref. Aujourd'hui, j'ai rendez-vous chez le dentiste, activité qui figure aisément dans mon Top 10 des trucs les plus détestables à faire et qui - à quelque chose malheur est bon - m'apparaît désormais comme une riante distraction à côté d'un voyage en train. 

samedi 10 mars 2012

Où je manque de zen. Deux fois.


Mercredi, dans le TGV Marseille-Toulouse. Deux jeunes, la vingtaine et l'élocution racaille, montent à Narbonne, s'installent juste derrière moi et commencent à parler tellement fort qu'ils dérangent tout le wagon. Puis, malgré l'interdiction signalée partout et répétée par le chef de bord, l'un d'eux se met à téléphoner en hurlant pour bien se faire entendre de sa correspondante. Une fois, deux fois, trois fois. Tout le mond soupire et manifeste des signes d'agacement, mais personne n'intervient. Au quatrième coup de fil, je me retourne et dis très sèchement au jeune: "Si vous avez l'intention de continuer à gueuler, ça serait bien d'aller le faire dans le couloir." Son copain s'énerve et crie je leur manque de respect. Je réplique: "Quand vous respecterez les règles en vigueur et la tranquillité des autres passagers, je vous respecterai, vous".

L'effet est immédiat: les deux jeunes baissent le ton de trois crans. Pendant un bon quart d'heure, ils m'insultent à voix basse, me traitant de pétasse et de sale bourge et me menaçant à mots couverts. Je les ignore. Regards pleins de reconnaissance du reste du wagon. Je peux savoir pourquoi c'est TOUJOURS moi qui me décide à protester quand quelqu'un fait chier tout le monde? D'autant que c'est pas comme si j'étais un grand costaud d'1m90. Je trouve ça vraiment triste que les gens se laissent emmerder sans rien dire. Si j'étais d'humeur à lancer un débat politique, je dirais bien que c'est assez symptomatique d'un peuple qui autorise ses banquiers, ses patrons et ses dirigeants à lui marcher dessus: au point où il en est, deux malotrus de seconde zone de plus ou de moins...

Cet après-midi, le portable de mon père sonne. Numéro inconnu. Mon père décroche. C'est le fils des voisins, un gars de 36 ans incapable de garder un boulot ou de dépenser moins de cent euros quand il en a cinquante en poche, et qui a déjà escroqué ses propres parents dans les grandes largeurs. Il dit qu'il a besoin d'argent pour faire le plein de sa voiture, "50 euros, ce serait bien". Mon père se met à fouiller dans son portefeuille, et mon sang ne fait qu'un tour. Je lui prends le téléphone des mains; je traite le type de parasite, "à votre âge, vous n'avez pas honte de ne pas être foutu de subvenir à vos propres besoins?", "ne confondez pas bon voisin et bonne poire", et "ne vous avisez surtout plus d'emmerder mon père". Puis je lui raccroche au nez, non mais ho.

Et là, je me dis quand même que ça fait deux fois en trois jours que je joue la vieille conne, que tout ça n'est pas très bon pour ma zénitude et que je dois avoir des gènes de Zorro d'emmerdeuse destinés à ressortir malgré tous mes efforts. J'essaie de n'être qu'amour et compréhension, j'essaie vraiment. Faut-il pour autant accepter n'importe quel comportement de la part d'autrui?

jeudi 1 mars 2012

Dans "mésaventure", ce qu'il faut voir, c'est "aventure"


Hier, je devais prendre le TGV Bruxelles-Monpatelin pour la toute dernière fois, tou-toute dernière fois. En effet, les billets Prems étant passés de 25€ hors période de vacances scolaires à 91€ à partir du mois d'avril, je me taperai désormais un trajet avec correspondance et partant de la gare du Midi à 7h du matin, ô joie, ô bonheur, tout ça pour quand même 41€ dans le meilleur des cas. J'ai déjà dit combien j'étais en colère contre la SNCF? Bougez pas, je vais vous la refaire.

Car hier matin, mesdames et messieurs, mon ultime Bruxelles-Monpatelin en direct et en à peine plus de 6h, avait été tout bonnement... supprimé. Sans explication et surtout sans aucune forme d'annonce, ni par haut-parleur ni sur le tableau des départs. Si je n'avais pas entendu un contrôleur dire à quelqu'un "Le 10h21? Ah non, il ne roule pas aujourd'hui", je serais peut-être encore plantée sur le quai à cette heure-ci.

Un quart de seconde, j'ai envisagé un pétage de plombs cosmique. Puis je me suis dit: "Stop, ta priorité, c'est d'être à Tonpatelin ce soir. Débrouille-toi pour y arriver, et ensuite, tu râleras". Donc, j'ai affiché mon plus joli sourire et pris mon ton le plus navré pour demander son aide au contrôleur. Sur son conseil, je suis montée dans un autre train qui descendait jusqu'à Lyon. Comme je n'étais pas la seule dans ce cas, j'ai fait une bonne partie du trajet dans le couloir, assise sur un strapontin entre deux piles d'énormes valises qui menaçaient de s'écrouler sur moi à tout moment. A côté de moi, un vieil Anglais s'est étonné: "C'est quand même fou que les trains en France ne marchent pas mieux que dans les pays de l'Est". A qui le dites-vous, mon bon monsieur. Mais j'ai fait contre mauvaise fortune bon coeur et tâché de renseigner les passagers anglophones complètement paumés par ce changement de programme, qui ne savaient plus où aller ni quand descendre du train.

A Lyon Part-Dieu, il a fallu foncer en troupeau vers un autre train qui allait jusqu'à Nice, pour s'entasser de nouveau dans des wagons déjà fort remplis. J'ai eu de la chance: j'ai réussi à trouver un siège dont personne n'est venu me déloger jusqu'à la grande ville la plus proche de Monpatelin. Et au lieu de rouspéter, j'ai papoté avec mes compagnons d'infortune entre deux chapitres d'un magnifique roman. Conjugué au soleil qui passé Valence pointait enfin le bout de son nez, "L'armoire des robes oubliées" (dont je vous reparle très vite) m'a beaucoup aidée à rester zen alors que le petit diablotin à lunettes qui est ma moitié maléfique éructait et gesticulait avec véhémence sur mon épaule gauche.

Au final, le TER avec lequel je devais faire la dernière partie de mon trajet avait lui aussi été supprimé, mais la SNCF a gracieusement fourni un car pour le remplacer. C'est ainsi que je suis finalement arrivée chez moi, sans avoir pu faire ma pause diabolo-menthe d'une heure à la gare de la grande ville la plus proche de Monpatelin, mais avec seulement 30 minutes de retard sur mon horaire habituel. Et surtout, dans un état de calme trèèèès surprenant pour qui me connaît. OK, j'avais l'épaule démontée d'avoir dû courir et monter/descendre moult escaliers imprévus avec le monstre turquoise, mais j'avais atteint mon but: j'étais chez moi. Où, miracle, il ne s'était produit aucune catastrophe même petite en mon absence, et où ma boîte à lettres ne contenait aucune mauvaise surprise - juste les papiers administratifs dont j'avais besoin, la Little Flirt Box dont le contenu m'a enthousiasmée, une gentille carte de ma copine Isa et quelques bouquins en anglais commandés sur Amazon.

Ca paraîtra sûrement idiot à beaucoup de gens, mais j'étais hyper fière de moi. Cette mésaventure illustre bien la nouvelle ligne de conduite que je me suis fixée: accepter le fait que certaines choses sont hors de mon contrôle, et que m'énerver ne servira à rien sinon augmenter ma pression sanguine et me pousser à prendre une mauvaise décision. La SNCF offre un service de plus en plus lamentable, mais j'ai besoin de descendre à Monpatelin une fois par mois, et le train reste globalement moins coûteux que l'avion sur ce trajet. Comme je n'ai pas l'intention de partir en croisade contre le système pour y remettre de l'ordre, il va falloir que je gère ses défaillances, même si elles me semblent profondément injustes. A tout le moins, j'y gagnerai en paix de l'esprit.

Illustration: ouais, je suis zen... mais c'est vraiment pas grâce à vous!

jeudi 2 février 2012

SNCF: c'est jamais leur faute (à croire que l'univers s'acharne personnellement sur eux, les pauvres)


Lorsque Chouchou et moi sommes descendus à Monpatelin mercredi dernier, nous avons constaté que notre train (dont le tarif a récemment doublé, je le rappelle...) mettait désormais une demi-heure de plus pour descendre de Bruxelles à cause d'un arrêt supplémentaire à la gare TGV de Lyon Saint-Exupéry. A cette demi-heure, il a fallu rajouter 35 minutes supplémentaires de retard inexpliqué qui, théoriquement, auraient dû nous valoir le remboursement d'un tiers du prix de notre billet. Toujours bon à prendre par les temps qui courent, n'est-ce pas? Sauf que lorsque nous sommes allés demander une enveloppe de réclamation à l'accueil de la gare, on nous a répondu: "Ah non, c'était dû à un acte de malveillance, donc vous pouvez vous carrer votre billet plus profond là où le soleil ne brille jamais cépanottfott". Admettons.

Hier, au retour, même topo: 40 minutes de retard au départ de Monpatelin, qui s'allongent progressivement durant le voyage et sont devenues 1h10 lorsque le contrôleur passe parmi nous... et nous informe que le problème étant dû "aux intempéries", là non plus, il n'y aura pas de dédommagement qui tienne. Je n'ai pas pu me retenir: j'y suis allée d'une tirade lourdement ironique sur le fait que plus le temps passait, plus les billets étaient chers, plus les trajets s'allongeaient, plus les trains avaient de retard et que, bravo le service public, quoi. Mécontent, le contrôleur m'a répliqué que le côté "public" ne durerait plus très longtemps, et je me suis exclamée: "Hé ben tant mieux, j'ai hâte!", tandis qu'à côté de moi Chouchou mortifié s'abîmait dans sa lecture en faisant semblant de ne pas me connaître.

Le contrôleur est passé à la personne suivante, qui s'inquiétait pour sa correspondance, et lui a expliqué qu'une navette attendrait les passagers de ce train "ce qui ne sera probablement pas le cas une fois que le service aurait été privatisé", a-t-il ajouté d'une voix forte. "Mais avec un peu de chance, les trains seront à l'heure, et il n'y aura donc pas besoin de navette", ai-je rétorqué triomphalement. Alors je sais, le type n'y était personnellement pour rien - et d'ailleurs, je ne l'ai pas engueulé lui. Mais y'en a marre de se faire plumer sans jamais pouvoir rien dire. Si mon éclat n'aura pas fait avancer le schmilblik, il aura au moins eu le mérite de me soulager de mon énervement cinq minutes. Et je suis bien certaine que je n'étais pas la seule personne à penser ça dans notre wagon, même si c'est moi qui ai endossé le rôle de la râleuse de service.

mercredi 11 janvier 2012

SNCF: oui, arnaquer le client, c'est possible (et même incontournable désormais)


L'aller simple Bruxelles-Monpatelin en tarif Prem's (billet non-échangeable et non-remboursable), qui coûtait jusqu'à présent 25€ la majeure partie de l'année et 59€ pendant les vacances, coûte désormais... 91€ quelle que soit la période, pour les voyages effectués à partir du 1er avril.

Mon budget de train annuel, juste sur ces trajets-là, passerait donc de 872 à 2184€. Ce que je ne peux pas me permettre, à moins de renoncer à tout autre déplacement (partir en vacances, assister à des conventions de boulot ou même juste aller voir mes parents). C'est toute mon organisation, mon mode de vie actuel qui sont remis en cause par ce quasi triplement de prix arbitraire.

Et prendre l'avion comme je le faisais quand j'ai rencontré Chouchou n'est plus une possibilité, parce que même si les tarifs sont équivalents à ceux du train, la liaison ne part plus désormais de Zaventem mais de Charleroi, et je dois encore rajouter 80€ de taxi pour l'aller-retour entre l'aéroport de Monpatelin et mon appartement.

J'en pleure de rage et d'impuissance.

Oh, je vais chercher la moins mauvaise solution possible, quitte à me taper deux correspondances et à passer 14 heures dans le train au lieu de 6. Mais je n'arrive pas à croire que la SNCF ait pu faire ça... et je ne parle même pas des suppressions de lignes aberrantes. C'est quoi, la justification pour faire payer un billet de train aussi cher qu'un billet d'avion sur le même trajet?

Et encore, je ne fais pas partie des gens qui doivent le plus compter leurs sous. C'est comme ça qu'on espère relancer la consommation ou pousser les gens à favoriser les transports en commun? Mais à 728€ l'aller-retour vers le sud de la France (dans le meilleur des cas!), pourquoi une famille de quatre personnes ne préfèrerait-elle pas prendre sa voiture pour partir en vacances? Vraiment, il y a là une démarche qui m'échappe. Et qui va considérablement me compliquer la vie.