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vendredi 14 septembre 2018

"Motor girl" (Terry Moore)


Je dois être une des plus grandes fans au monde de "Strangers in paradise", la série qui a fait connaître Terry Moore et l'a imposé comme un des meilleurs artistes indie de son époque. Je l'ai découverte quand je vivais aux USA, en 1997, et même après mon retour en France, je me suis débrouillée pour me procurer chaque nouveau numéro au moment de sa sortie.

C'est en 2007 que Terry Moore a mis le point final (ou pas...) aux aventures de Katchoo, Francine et David. Et je dois dire que je n'ai pas adoré ce qu'il a fait par la suite. J'ai suivi tout "Echo" sans grand enthousiasme, et décroché assez rapidement de "Rachel rising". Le trait était toujours aussi chouette, les héroïnes poutraient toujours du gnou, mais les histoires ne m'intéressaient pas. 

Du coup, je n'ai même pas su qu'il avait publié une série courte en dix numéros intitulée "Motor girl". Et quand je l'ai découvert, j'ai fait une moue dubitative. Sam, vétéran rentrée d'Irak avec un solide syndrome post-traumatique, tient une casse auto dans le désert avec son meilleur pote, Mike le gorille. Et un jour, elle rencontre des extra-terrestres. Gni? Pour être honnête, je pensais faire l'impasse. Mais quand j'ai vu que Delcourt sortait l'intégrale en français pour la modique somme de 20€, je me suis dit qu'au pire, je me rincerais l'oeil sur les beaux dessins de Terry Moore et glousserais en voyant sa nouvelle femme forte maraver la gueule d'un ou deux méchants.

Oh boy. Je n'étais pas du tout prête à me laisser embarquer dans un tel tourbillon d'émotions. De l'aventure, forcément, avec un pitch pareil; de l'absurde à foison, et de grands éclats de rire à plusieurs reprises. Mais surtout, surtout, la gorge serrée, le coeur gonflé et les yeux qui piquent comme aux plus belles heures de SIP. J'ai lu l'album d'une traite, et je l'ai refermé éperdue d'admiration pour le brio avec lequel l'auteur venait de boucler une histoire complètement dingue en me baladant d'un bout à l'autre de la gamme des sentiments. Je connais peu de créateurs capables de parler de traumatismes psychiques d'une manière aussi réaliste à travers des scénarios qui le sont si peu, et quasiment aucun homme dont chaque oeuvre soit une telle déclaration d'amour au sexe féminin. 

dimanche 10 septembre 2017

"Grupp" (Yves Grevet)


A la fin du XXIème siècle, les gens portent un implant géré par la société Long Life qui permet de réguler leur santé ainsi que leurs éventuels comportements dangereux et d'intervenir tout de suite en cas de problème, ce qui a permis de faire disparaître de nombreuses causes de mortalité et considérablement allongé la durée de vie. Pourtant, certains jeunes se révoltent contre les restrictions de liberté que cela entraîne. Un jour, l'un des meneurs du mouvement, Scott, 17 ans, est arrêté et envoyé en prison pour six mois. Sa famille, qui ignorait tout de ses activités, tombe des nues...

Moins de liberté pour plus de sécurité, c'est déjà le marché que nous imposent les autorités de nos jours - soi-disant pour nous protéger contre les attentats terroristes, et en réalité, pour mieux contrôler toute forme de dissidence. (Oui, je suis une sale gauchiste, lapidez-moi.) Dans l'avenir imaginé par Yves Grevet, cette logique a été poussée à l'extrême grâce au développement de nouvelles biotechnologies qui permettent d'étouffer dans l'oeuf la plupart des maladies en adoptant une hygiène de vie hyper saine et très strictement surveillée. Bien entendu, les adultes trouvent ça formidable, et c'est la jeunesse bridée dans ses élans qui finit par se rebeller la première contre ce carcan et ses dérives possibles. 

Outre son principe très intéressant car très réaliste, j'ai aimé la construction narrative de ce roman. Dans la première partie, on suit Stan, le frère cadet de Scott, tandis qu'il découvre l'existence du Grupp et tente de comprendre ce qui est arrivé à son aîné. Toutes les questions soulevées trouvent leurs réponses dans la deuxième partie, où on rembobine quelques mois pour revivre la même période à travers les yeux de Scott. Enfin, dans la troisième et dernière partie, qui se dirige vers une résolution musclée, on s'intéresse aux autres membres du Grupp et aux talents particuliers qu'ils mettent au service de leur combat. "Grupp": un roman jeunesse qui, malgré son rythme plutôt lent dans les deux premiers tiers, captive et devrait donner à réfléchir à son lectorat cible. 

Merci aux éditions Syros pour cette lecture.

vendredi 3 février 2017

"L'espace d'un an" (Becky Chambers)


En principe, je ne lis pas de science-fiction - d'ailleurs, après plus de 500 critiques de livres publiées, c'est la toute première fois que j'utilise ce tag. Au mieux, les histoires de vaisseaux spatiaux, d'extraterrestres et d'explorations de la galaxie m'ennuient; au pire, elles m'angoissent. Mais depuis quelques mois, plusieurs de mes amis me vantaient chaleureusement les mérites de ce roman de Becky Chambers: "Tu vas voir, c'est super positif et feel good". J'avoue: la curiosité a fini par l'emporter. Et je ne le regrette pas, car "L'espace d'un an" est une pépite qui m'a fait tout oublier l'espace de quelques heures.

Ici, il n'est pas question de sauver la galaxie, de s'opposer à un régime totalitaire, de livrer des batailles épiques ou quoi que ce soit d'aussi ébouriffant, mais de la vie quotidienne à bord d'un sympathique vaisseau de bric et de broc à l'équipage cosmopolite. Les humains (le capitaine, la greffière, les deux techniciens et l'ingénieur en carburant) ont la peau foncée pour la plupart et sont considérés comme une race mineure qui est parvenue à rejoindre la confédération galactique par chance plus que par mérite. La pilote appartient à une espèce simili-reptilienne très affectueuse, qui ignore toute notion de pudeur et dont la notion de famille diffère immensément de la nôtre. Le médecin-cuisinier amoureux des plantes est l'un des derniers représentants d'une autre espèce dont les membres se sont entretués quasiment jusqu'à l'extinction. Le navigateur est un étrange symbiote, seul capable de percevoir et de comprendre la sous-couche de l'espace. L'AI a développé une personnalité propre et envisage de se transférer dans un corps.

Leur travail consiste à percer des tunnels pour faciliter les déplacements longue distance. Un jour, on les embauche pour relier au reste de la galaxie le monde d'un clan très belliqueux qui vient juste de rejoindre la confédération. A cause de l'éloignement et de l'isolement de ce dernier, il est prévu que la mission dure environ une année. Et pendant cette année, on observe les interactions de l'équipage; on découvre petit à petit les secrets de chacun de ses membres; on visite avec eux des mondes étranges et on fait connaissance avec d'autres cultures; on partage leurs problèmes et leurs rencontres bonnes ou mauvaises; on rit de leurs mésaventures, on sourit de leurs amitiés et on s'émeut de leurs amours parfois très particulières. Si la galaxie n'est pas toujours un endroit paisible et si les membres de l'équipage ont aussi leurs frictions, la bienveillance et l'ouverture d'esprit dominent toujours. Par les temps qui courent, ça fait un bien fou.

En lisant ce roman, j'ai eu moi aussi envie d'arpenter les couloirs du Voyageur, de m'asseoir dans son jardin sous bulle transparente, de partager les repas exotiques de l'équipage, de baigner dans l'atmosphère familiale et chaleureuse qui règne à bord. J'ai admiré le talent avec lequel Becky Chambers a su créer des personnages si vivants, si bien caractérisés et si follement attachants que pendant les derniers chapitres, j'avais le coeur qui battait super fort et je retenais mon souffle pour eux. Je les aurais bien suivis l'espace de deux, dix ou même vingt ans de plus.

J'ai lu ce roman en anglais et ne peux donc rien dire sur la traduction française.