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mercredi 20 mars 2019

La tristesse en embuscade




Ce matin, à l'issue de ma visite de contrôle annuelle, mon ophtalmo m'a annoncé qu'elle prendrait sa retraite en juin, et que c'était donc la dernière fois que nous nous voyions. Elle semblait partagée quant à sa décision. "Ma soeur est plus âgée que moi, et beaucoup de mes amis aussi; je voudrais profiter d'eux avant qu'ils deviennent invalides", m'a-t-elle expliqué de sa voix douce. Mais on sentait bien que ce serait dur pour elle d'abandonner son cabinet - pour lequel elle n'a pas encore trouvé de repreneur, les nouveaux médecins ayant tendance à fuir l'exercice libéral. Et aussi, que symboliquement, ça marquerait son entrée dans la vieillesse, qui n'est jamais une perspective très réjouissante. "De plus en plus de portes qui se ferment", a-t-elle commenté sur un ton un peu fataliste. J'ai dit les banalités qu'on dit dans ces cas-là, que je la regretterais mais qu'avec les horaires infernaux qu'elle faisait depuis toujours, elle avait bien mérité de se reposer. Que ça lui ferait du temps pour voyager après sa découverte récente du Japon dont elle était rentrée enchantée. J'aurais dû conclure en lui souhaitant une bonne continuation et partir sans me retourner. 

vendredi 13 juillet 2018

Don de plasma: comment, pourquoi?





Le sang n'est pas le seul produit biologique que collectent les centres de la Croix-Rouge. Certains sont également équipés pour les dons de plaquettes ou de plasma, moins connus car plus longs à effectuer mais tout aussi nécessaires. Or en décembre 2017, un très beau centre a ouvert rue des Alexiens, à deux pas de chez mon coiffeur, dans un endroit facile à atteindre pour moi lorsque je suis à Bruxelles. J'avais donc décidé cet été de tester le don de plasma. J'ai fait une première tentative début juin. Mais comme j'étais inconnue de la Croix-Rouge belge (même si j'avais déjà une carte de l'Etablissement Français du Sang), j'ai dû commencer par effectuer un don de sang ordinaire pour qu'ils vérifient que tout allait bien chez moi. Et hier, j'y suis retournée pour faire enfin mon premier don de plasma. 

vendredi 5 mai 2017

Un mois sans sucre: le bilan


Le banana bread avec lequel j'ai célébré la fin de mon expérience

Début avril, je décidais d'arrêter le sucre ajouté pendant un mois pour voir si ça avait des conséquences positives sur mon poids et mon niveau d'énergie. L'expérience ayant pris fin début mai, il est temps de faire le bilan. 

Est-ce que j'ai trouvé ça difficile? Oui et non. Bizarrement, le plus dur n'a pas été de me passer d'un truc sucré quand j'en avais envie: j'arrive assez bien à contrôler mes fringales. Le plus dur, ca a été les répercussions sur mon temps libre et ma vie sociale. Pas question d'aller bouquiner dans un salon de thé. Pas question de proposer un goûter à une copine. Pas question de sortir bruncher en amoureux le dimanche matin. Je me suis rendu compte que beaucoup des activités conviviales que j'aime tournent autour de l'absorption de douceurs. Et que j'étais hyper frustrée de ne pas pouvoir préparer des gâteaux le week-end pour égayer mon petit-déjeuner du lundi matin. Bref, ce qui m'a manqué, c'est moins le sucre lui-même que les rituels qui entourent sa consommation

Du coup, comme je ne pouvais pas me récompenser de la façon habituelle après une journée un peu difficile ou quand j'étais contente de moi, je me suis rabattue sur du shopping en ligne. Au lieu de boire des chocolats chauds et de grignoter des pastéis de nata, j'ai commandé des produits de beauté et des bijoux fantaisie, retombant dans un travers que je croyais avoir plus ou moins éliminé. Moralité: si je me frustre dans un domaine, je vais compenser dans un autre. A moi de voir si ça en vaut la peine. 

Et en l'occurrence, ça n'a pas été le cas. Mon niveau d'énergie n'a pas augmenté sensiblement; malgré le retour du printemps et un niveau de ferritine en hausse, je suis toujours assez fatiguée pour avoir envie de faire une sieste après le déjeuner et pour m'endormir très facilement le soir (ce qui n'est pas que négatif). Quant à mon poids... Les trois quarts du temps, lorsque j'avais envie d'un truc sucré, je m'abstenais de manger plutôt que de reporter ma fringale sur un truc salé. Parallèlement, j'ai recommencé à marcher davantage - même si je n'ai atteint mon objectif de 10 000 pas par jour que deux fois par semaine en moyenne. Pourtant, mon poids n'a pas vraiment baissé, juste varié comme d'habitude dans une fourchette de deux kilos selon le moment du mois et l'importance de mon dîner de la veille. 

En ce qui me concerne - et il va de soi que ce bilan est valable uniquement pour moi... -, ce fut donc une expérience totalement improductive, dont le seul résultat a été de me frustrer socialement et de me faire multiplier les petites dépenses. Mais il est vrai que de base, je ne consomme pas tant de sucre ajouté que ça. Mon problème se situerait plutôt au niveau des sucres lents (ceux qu'on trouve dans les pâtes, le riz, le pain...), et pour le régler, je devrais remanier une fois de plus mon alimentation en profondeur. Ce que je ne suis pas disposée à faire pour le moment. Je ne vois donc plus que deux solutions pour perdre un nombre significatif de kilos: me couper une jambe ou déménager sur la Lune. Je vous tiens au courant. 

mardi 28 février 2017

Où je passe pour la fille qui abuse (alors que non)


Admirez ce splendide humérus

Fin janvier, pour la première fois, j'ai réussi à faire un exercice assez difficile à l'aerial yoga. Pour les gens qui font du fitness: vous voyez ce qu'est une planche latérale? Bien; maintenant, imaginez que vous la faites avec la jambe du dessus suspendue, par la cheville, à une hauteur équivalente à celle de vos genoux quand vous êtes debout, et qu'une fois en appui sur un seul bras, vous tendez la jambe de dessous en l'air devant votre buste pour attraper votre pied avec votre main du dessus. Et que vous restez comme ça pendant 3 à 5 respirations. Je galérais avec ce truc depuis septembre, et voilà que ça y est, j'y arrivais! Ma prof m'a même félicitée. 

Quelques heures plus tard, j'ai commencé à avoir hyper mal à l'épaule et au coude gauches chaque fois que je levais le bras. Je me suis dit: "Bon, tu as un peu trop présumé de ta musculature embryonnaire, c'est pas grave, ne force pas dans les jours qui viennent et ça va passer." Quand je suis malade ou souffrante, ma réaction par défaut, c'est d'attendre que ça guérisse tout seul. Comme je suis solide, ça marche en général assez bien.

Puis les jours se sont changés en semaines. Non seulement la douleur ne passait pas, mais elle empirait et remontait le long de mes cervicales. Je ne pouvais plus m'habiller, sortir mes cheveux de l'intérieur de mon manteau ou attraper quoi que ce soit sur une étagère sans frémir et grimacer. Quant à porter quoi que ce soit de plus lourd qu'un petit sac à main de ce côté-là, il ne fallait plus y penser. J'ai conclu que j'avais dû me faire une belle tendinite, et au bout d'un mois, je me suis décidée à aller consulter mon généraliste pour qu'il me prescrive des anti-inflammatoires. 

Mon généraliste m'a fait ce qu'on appelle un palm test et prescrit une radiographie assortie d'une échographie de l'épaule gauche, pour voir de quoi il retournait réellement. Le seul double rendez-vous disponible avant qu'il ne parte en congés plusieurs semaines tombait à deux jours de la date de remise de mon énorme trad (terminée, elle devrait faire dans les 1140 pages) et m'obligeait à me rendre dans une clinique de l'autre côté de la ville. Investissement: au moins trois heures du précieux temps qui me restait. Tant pis, je voulais en finir, recommencer à bouger normalement et à aller à l'aerial yoga - fût-ce sans retenter les planches latérales à l'avenir. 

Hier en fin d'après-midi, donc, j'ai vu un charmant radiologue qui m'a demandé de lui montrer dans quelles positions j'avais mal. Et là, grand moment de solitude. J'ai eu beau faire rouler mon épaule, tourner et plier mon bras dans tous les sens: rien. Nada. Nichts. Des nèfles. Même pas une petite gêne symbolique. Le gars a dû me prendre pour une illuminée qui aimait gaspiller son temps et l'argent de la sécurité sociale. Je me suis rhabillée en bredouillant des excuses incohérentes et j'ai filé avec mes radios où toute lésion brillait par son absence. Je me suis dit que bon, au moins, ce n'était pas une capsulite comme ma mère en a eu une, que j'échappais au combo intervention chirurgicale et immobilisation subséquente pendant un mois et demi, et que de toute façon, si le ridicule tuait, je serais déjà morte plus de fois que Kenny dans South Park. 

Après, je suis passée chez Sushi Shop m'acheter des makis pour fêter ça; je suis rentrée chez moi et une fois installée sur le canapé avec mon bidon plein de riz et un bon bouquin, je me suis rendu compte que j'avais de nouveau mal au bras. Surtout au coude, en fait.

Sérieusement, l'univers?

Bon, pour être honnête, la douleur est beaucoup moins forte que les semaines passées. Si je réfléchis bien, il me semble qu'elle a commencé à diminuer juste après la visite chez mon généraliste - sauf que comme j'étais hyper focalisée sur mon boulot, je n'y ai pas vraiment fait attention. Donc, je vais continuer à me ménager de ce côté jusqu'à ce que ça passe, point. Je serai Batman, un T-shirt mis à sécher au soleil ou même une banane pendant les cours d'aerial yoga, mais j'éviterai de me prendre pour les biscottos de Jean-Claude Van Damme jusqu'à nouvel ordre (et sans doute même après).

jeudi 19 janvier 2017

La grosse gnioque




Mon Papounet,

J'en ai une bien bonne à te raconter. 

Tu te souviens de la secrétaire de notre ophtalmo de famille? Pendant 20 ans, tu t'es pris la tête avec elle chaque fois qu'un de nous avait rendez-vous pour faire contrôler sa vue. Je ne compte plus le nombre de fois où tu l'as traitée de grosse gnioque, la bave aux lèvres et la tension à 37. Il faut dire qu'elle était particulièrement molle, incompétente et de mauvaise volonté. Toute le monde le savait, y compris sa patronne qui était pourtant trop gentille pour la virer. Une fois que j'ai été assez grande pour prendre mes propres rendez-vous, à mon tour, je me suis colletée avec cette fameuse secrétaire, qui nous a fourni le sujet de maintes récriminations en stéréo sur le thème: "Tu ne sais pas ce qu'elle m'a fait la dernière fois, cette grosse gnioque?". 

Mais un jour, après quelques années durant lesquelles j'avais négligé mes visites de contrôle, l'ophtalmo m'a découvert un problème de surtension oculaire - comme toi. Apparemment, il y a une composante héréditaire là-dedans. J'ai encore plus peur de devenir aveugle que d'avoir un cancer, donc la nouvelle ne m'a pas précisément plongée dans la félicité et les paillettes. C'est même la dernière chose dont je t'ai parlé au téléphone avant ta mort. De ça, et du panaris assez douloureux que j'avais à un doigt. Le panaris n'était pas encore guéri le jour de tes obsèques, mais il a disparu peu de temps après. Le problème de surtension, lui, est resté et devra être surveillé jusqu'à la fin de ma vie. 

Du coup, j'ai compris que j'allais devoir me coltiner la fameuse secrétaire très régulièrement, et je me suis dit que j'allais faire un effort pour bien m'entendre avec elle parce que ça diminuerait le stress de mes visites régulières chez l'ophtalmo. Et miracle! Ca a marché tout de suite. Je me suis mise à lui sourire beaucoup et à l'appeler par son prénom; elle a commencé à se montrer arrangeante pour mes rendez-vous. Et puis, elle avait dû enfin apprendre à faire correctement son boulot pendant les quelques années où je n'étais pas venue chez sa patronne, parce que désormais elle était mieux organisée et nettement plus dynamique. Comme quoi, les gens changent. 

Aujourd'hui, en arrivant chez l'ophtalmo, je me suis réjouie du vide absolu de la salle d'attente.
- C'est génial! Je me souviens, il y a quelques années, c'était toujours bondé et on passait avec des heures de retard...
- Ah oui, mais ça, c'était à l'époque de Claire, m'a répondu ma nouvelle grande copine la secrétaire.
- Claire?
- La secrétaire qui était là avant moi. Un vrai boulet.
- ...Vous avez commencé à travailler ici il y a combien de temps, déjà?
- Ca va faire sept ans en février. J'ai été embauchée quand Claire a pris sa retraite anticipée.

Oui, les gens changent.

Parfois, au sens littéral du terme - et sans que je m'en aperçoive.

(Bon, en même temps, je suis cette fille qui la dernière fois qu'un type en Kangoo l'a saluée à un feu rouge a attendu qu'il ait redémarré pour identifier le mec avec qui elle avait vécu pendant sept ans. Ou bien ma vue est encore plus mauvaise que je ne le soupçonne, ou bien je ne prête vraiment aucune attention à la tête des gens.)

A part ça, je me demande ce que tu penserais de l'intronisation de Donald Trump demain. Rien de bon sans doute, vu que tu étais encore plus pessimiste et angoissé que moi. 

Encore un hiver sans toi.

Je t'embrasse. 

mercredi 26 octobre 2016

La révision des 45000, épisode 3




Quand je me réveille, une infirmière vient m'annoncer que "Tout s'est bien passé" sans plus de précisions, et me demande si j'ai mal. Non, et je me sens nettement plus réveillée que certains matins. On me remonte dans ma chambre où, pour tuer le temps, j'entame les Chroniques des Cazalet. Bon choix: c'est à la fois facile à lire et très prenant. Je viens de finir ma collation quand ma gastroentérologue passe en coup de vent. "Je n'ai pas terminé au bloc, je dois redescendre tout de suite, mais je voulais vous rassurer: vous n'avez rien. Je reviens tout à l'heure vous expliquer plus en détail." Si ça n'était pas tout à fait inapproprié, et si je n'avais pas une haleine de poney au sortir de l'anesthésie, je l'embrasserais pour sa gentillesse. 

Ses interventions du jour terminées, elle réapparaît pour me dire que l'intérieur de mon colon est nickel, je n'ai même pas un petit diverticule dans un coin. D'un côté, je suis rassurée; de l'autre, ça ne m'explique pas l'origine des fameux maux de ventre qui m'angoissent depuis des mois. Elle me dit qu'il est toujours possible qu'il y ait quelque chose sur la paroi extérieure du colon, mais que dans ce cas j'aurais sans doute d'autres symptômes tels que... des trucs dont je me souviens juste que je ne les ai pas, car visiblement je n'étais pas aussi bien réveillée que je le pensais et ma mémoire n'enregistrait que les faits essentiels. Elle me prescrit un mois d'anti-spasmodiques pour voir si ça arrange le problème. Puis elle passe à ma voisine de chambre, qui a l'âge de mes parents et plusieurs diverticules de taille variée (ce qui me fait une occasion d'apprendre en quoi ça consiste et comment les éviter, même si ça ne va pas me servir tout de suite - apparemment, les graines et les pépins sont l'ennemi numéro un). 

Gaby vient me chercher pour me ramener chez moi. Le temps que j'arrive, il est presque 14h. Je passe un après-midi paisible à manger des fruits, lire, siester et surfer sur internet depuis mon canapé. Assez vite, je commence à avoir mal au ventre, et dans la soirée, c'est devenu très douloureux (ce qui n'avait pas été le cas la dernière fois pour autant que je me souvienne). Je prends un Doliprane et je vais me coucher en craignant de passer une mauvaise nuit, mais je suis tellement crevée des deux précédentes qu'au final, je roupille comme une bienheureuse pendant plus de huit heures d'affilée. 

Le lendemain, il fait gris et il pleut, mais je me traîne quand même chez ma dentiste pour mon détartrage annuel. "Vous êtes une fée", lui dis-je en constatant que je ne crache pas la moindre goutte de sang après son passage sur toute la mâchoire inférieure. "Bah, c'est vous qui vous lavez bien les dents, il n'y a pas grand-chose à faire", me répond-elle modestement. Et elle me réenfourne son instrument avant que je puisse objecter que je me lave les dents de la même façon depuis plus de 40 ans et que tous ses prédécesseurs sans exception m'ont toujours mis la bouche en sang. (Si vous habitez en région toulonnaise et que vous cherchez, pour vous ou vos enfants, un dentiste qui ne fait pas mal, je vous donne volontiers ses coordonnées par mail. Même chose pour ma gastroentérologue, cette héroïne.)

Du fait que je vais suivre un traitement médicamenteux pendant un mois, je renonce à faire la prise de sang prévue mercredi matin et annule le rendez-vous de suivi chez mon généraliste jeudi après-midi. J'irai fin novembre; ça suffira bien. Maintenant que je n'ai plus l'impression d'être en train de mourir du bide, je survivrai probablement quelques semaines sans vérifier où en sont ma légère anémie et ma VS trop élevée. Je me sens comme ressuscitée. Je me fous de la météo déprimante; je bosse alors que rien ne m'y oblige et je fais plein de projets pour la fin de l'année. J'ai d'ailleurs eu une idée assez géniale (oui, c'est ma dentiste qui a capté toute la modestie disponible dans la région) pour remercier ma gastroentérologue de sa bienveillance d'une manière qui ne nous gênera ni l'une ni l'autre - mais le fait que ça fonctionne ne dépendra pas seulement de moi, et il faudra quelque temps pour dire si ça a marché ou non. J'espère pouvoir vous montrer ça prochainement!

mardi 25 octobre 2016

La révision des 45000, épisode 2




Vendredi, je profite du fait que je n'ai pas de rendez-vous médical ni autre obligation pour cravacher un maximum et boucler la traduction de mon thriller australien avec dix jours d'avance. Comme ça, la semaine prochaine, aucun stress lié au boulot - ce sera toujours ça de pris. Sur ma lancée, je me débarrasse de trois coups de fil importants (je hais le téléphone) et de quelques courriers administratif. Je passe même chez la couturière apporter une robe et un manteau à retoucher! C'est peut-être idiot, mais barrer des trucs sur ma To Do List constitue pour moi l'un des plus courts chemins vers la zénitude. Ca me donne l'impression de contrôler ma vie, au moins dans ses aspects extérieurs. Je trouve ça apaisant. 

Samedi, j'entame le régime sans résidu. Pendant 48h, les fruits et les légumes (frais ou secs) me sont interdits, ainsi que les céréales complètes et les laitages. En temps ordinaire, ça doit représenter 90% de mon alimentation, mais pour deux jours, je survivrai. Histoire de me distraire, je descends en ville porter des livres chez le bouquiniste et je m'offre un thé au Chantilly, puis une séance de ciné dans l'unique salle d'art et d'essai locale. Le moral est bon, voire très bon... jusqu'à ce que la pluie me réveille à trois heures et demie du matin, que je ne parvienne pas à me rendormir et que mes angoisses se jettent sur moi telle une meute de chiens de chasse à la curée. Je passe une fin de nuit affreuse. 

Dimanche, c'est la purge. Au sens littéral du terme. Bizarrement, alors que c'est le même produit qu'il y a 5 ans (du Citrafleet) et la même posologie, les résultats sont bien moins apocalyptiques. Je n'ai pas du tout mal au ventre et je passe beaucoup moins de temps cumulé sur les toilettes. Je ne sais pas si je dois m'en réjouir ou m'en inquiéter. A partir du milieu de l'après-midi, l'angoisse commence à monter. Je ne crois pas à l'option "Vous n'avez rien, c'est juste la partie bouchonnante de votre colon qui est facilement irritable", et j'essaie de ne pas anticiper la pire - le même cancer que mon père. Donc je me prépare pour une issue médiane, genre un ou des polypes à retirer chirurgicalement le mois prochain. J'ai d'ailleurs fait exprès de ne pas prévoir grand-chose en novembre sorti de mon boulot. Contre toute attente, je passe une nuit potable, même si je me réveille à 4h40 pour ne plus me rendormir. Dans quelques heures, je serai fixée.

Lundi, j'arrive à l'hôpital de bonne heure, et je suis prise en charge par des employés tous super agréables et souriants, depuis les secrétaires de l'accueil jusqu'aux infirmiers de bloc. Mine de rien, ça fait une très grosse différence. Ma gastroentérologue vient me chercher dans le couloir pour me pousser en salle d'op. Pendant que l'anesthésiste (qui n'est pas celui de vendredi, mais une dame intriguée par mon tatouage de Régis) me pose le cathéter, elle me dit qu'elle a lu l'article de blog consacré à ma précédente coloscopie, et elle ajoute avec un sourire plein de douceur: "Le tombeau des hommes, c'est le coeur des vivants. Je me souviens très bien de votre papa." Je m'endors en pleurant.

(A suivre)

vendredi 21 octobre 2016

La révision des 45000, épisode 1




Depuis le mois de février, je souffre de maux de ventre inexpliqués qui me donnent des angoisses terribles. Je devais de toute façon faire une coloscopie cette année (tous les 5 ans à partir de 40 ans quand on a un parent direct qui a eu un cancer du côlon), mais ma gastroentérologue a été en congé maladie pendant tout le premier semestre et je ne souhaitais pas voir quelqu'un d'autre. Par ailleurs, en septembre, une prise de sang a révélé une légère anémie et surtout une VS - vitesse de sédimentation, un indicateur d'inflammations internes - trois fois supérieure au taux acceptable. C'est peu dire que je balisais.

Bref, en l'espace d'une semaine, j'ai casé à la fois ma coloscopie, une seconde prise de sang et le rendez-vous de suivi chez mon généraliste - et tout à fait par hasard, mon détartrage annuel déjà programmé depuis le début de l'été. Je vais toujours chez l'ophtalmo en début d'année, et je n'ai pas eu envie de m'infliger un frottis chez la gynéco en plus de tout le reste. Mais quand même, la semaine s'annonçait chargée et plutôt stressante. Du coup, je me suis débrouillée pour n'avoir quasiment pas de travail à faire en parallèle et pour me caler quelques pauses sympas entre les rendez-vous médicaux. Puis j'ai pris mon courage à deux mains, mon billet de TGV entre les dents, et je suis descendue dans le sud pour la révision des 45000. 

Mercredi soir, donc, j'arrive à Monpatelin. Jeudi matin, en me rendant au village pour faire mes courses (du riz blanc, du jambon de Paris, du beurre et du fromage râpé qui constitueront mes seuls repas ce week-end - merci la préparation à la coloscopie...), je croise mon merveilleux généraliste dans la rue. Depuis plus de 15 ans que j'habite ici, ce n'était encore jamais arrivé. C'est sûrement un signe. "Ouais: le signe qu'il avait une visite à domicile dans le coin", lance, blasée, la partie rationnelle de mon esprit. Pfff, si on ne peut même plus s'imaginer que l'univers nous envoie des messages pour contrebalancer les heures sup de notre amygdale hyperactive, où va-t-on, je vous le demande.

En début d'après-midi, je me rends à la clinique pour la consultation anesthésie. La secrétaire est adorable et me promet d'essayer de me faire admettre le plus tard possible lundi (vu que je viens en bus, qu'il n'y en a qu'un toutes les heures et qu'il met 45 minutes depuis chez moi). Par contre, le docteur qui me reçoit m'ordonne deux fois de m'asseoir alors que je suis debout en train de sortir de mon sac les documents qu'il vient de me réclamer. Y'a le feu ou quoi? J'étais pourtant seule dans la salle d'attente. Il me demande si j'ai rempli le questionnaire vert. Je le lui remets.
- Tenez, j'ai aussi mon dernier bilan sanguin.
- Je m'en fous, c'est pour Mme X.
(Mme X: ma gastroentérologue. Se taper onze ans d'études pour mériter le titre de Dr. et se faire appeler "Madame" par un collègue. Les boules.)
- Mais il y avait marqué de l'apporter pour la consultation d'anesthésie.

L'anesthésiste fronce les sourcils d'un air irrité et, sans répondre, se saisit de mon questionnaire.
- Vous fumez?
- Non. C'est noté là.
(Moi aussi, je peux être désagréable.)
- Vous avez des appareils dentaires?
- Non plus, comme je l'ai indiqué.
- Vous avez déjà fait un AVC?
- Pas depuis que j'ai coché la case "non".

Après m'avoir fait répéter toutes les informations qu'il a sous le nez, il me demande si j'ai des questions.
- J'aimerais savoir pourquoi on ne m'a pas prescrit de douche à la Bétadine. J'avais dû en prendre une la dernière fois. Peut-être que ma gastroentérologue a oublié?
- Comment voulez-vous que je le sache?
- La secrétaire m'a dit qu'au cas où, vous pourriez m'en prescrire.
- C'est pas mon boulot. Autre chose?
- ...Euh, non.
- Ca fera 50€.
Il s'est écoulé royalement 4 minutes depuis mon entrée dans son bureau. J'espère que ce sera plutôt un(e) de ses collègues qui s'occupera de moi lundi.

(A suivre)

mardi 20 septembre 2016

Pimpe ton Château-Lapompe



Mon dernier bilan sanguin a révélé une légère anémie, probablement une carence en fer. Mon généraliste m'a laissé le choix: ou il me prescrivait des comprimés de fer, ou je réduisais ma consommation de thé à deux tasses par jour (actuellement, je dois être à 5 ou 6 grands mugs). J'ai voulu jouer les dures-à-cuire: "Non mais ça va, je suis pas droguée non plus, je préfère éviter de prendre des cachets tant que c'est possible."

Là il est midi, j'ai déjà atteint mon quota autorisé en ayant passé deux heures et demie bloquée dans une salle d'attente, et je fais beaucoup moins la maligne. 

Deux tasses par jour, c'est misérable. Il m'en faut évidemment une au réveil, sinon je n'arriverai jamais à démarrer, mais à quel moment m'autoriser l'autre? Quand je me mets au travail en milieu de matinée pour m'encourager? Quand je me remets au travail après ma pause déjeuner, pour éviter de m'endormir? Quand j'ai fini de travailler, en guise de récompense? 

Et surtout, je vais boire quoi, le reste du temps? Les sodas et les jus de fruits bourrés de sucre, pas question. Les laits végétaux que Chouchou consomme en quantité ahurissante, je trouve ça dégueu. Les tisanes, je n'en raffole pas; ça peut encore passer le soir, mais c'est tout. Et l'eau seule, bof. Il va sans doute falloir que je prenne l'habitude d'acheter des citrons, de la menthe et des concombres bios et de les mettre à infuser dans une carafe le soir pour le lendemain. D'autres idées?

jeudi 11 août 2016

La fin de la malédiction du don de sang




Hier, nous avons passé la journée à Albi. Je n'ai pas trouvé ça pas aussi chouette que la première fois, il y a 5 ans: beaucoup de commerces étaient fermés en ce début de mois d'août, le service au resto que nous avions choisi pour le midi s'est révélé d'une lenteur exaspérante, l'expo au Musée de la Mode qui recueille des critiques dithyrambiques ne m'a pas plu du tout, je ruminais encore ma mauvaise entente avec ma mère et notre dispute de la veille... Bref, au moment de repartir, j'étais assez maussade. Mais comme j'avais vu partout à travers la ville des affichettes pour une collecte de sang en cours cette semaine, nous avons décidé de nous arrêter à l'antenne locale de l'EFS (Etablissement français du sang) pour que je fasse un don. 

Je donnais régulièrement mon sang dans les années 1990, quand le centre toulonnais m'était facilement accessible. Puis il s'est déplacé dans un endroit galère à atteindre pour moi. Et la seule fois où j'ai pris mon courage à deux mains et me suis décidée à y aller quand même, on m'a informée qu'ils n'acceptaient pas de sang à ce moment-là parce qu'ils en avaient déjà trop, et que j'avais un trop petit gabarit pour les "gros" dons de plaquettes qu'ils prenaient. Les fois précédentes où j'avais tenté de donner mon sang, j'en avais été empêchée par un tatouage trop récent, puis par une anesthésie générale trop récente. 

Car il faut bien admettre que depuis le scandale du sang contaminé, donner son sang relève du parcours du combattant. Les volontaires commencent par remplir un questionnaire plein de questions sur leur santé, mais aussi leur sexualité ou leurs voyages. Si vous avez séjourné en Grande-Bretagne à l'époque de la vache folle, si vous avez été un jour dans un pays où sévit le paludisme, si vous vous êtes rendu récemment dans un endroit où le virus Zika a été signalé, on ne voudra pas de vous. Si vous êtes homosexuel homme, ça va également être compliqué. Si vous avez accepté de l'argent en échange d'un rapport sexuel, pareil. Donc Melania Trump et toutes les autres trophy wives, inutile de vous déplacer.

Votre questionnaire rempli à la main, vous passez devant un médecin qui vous repose exactement les mêmes questions, à un point absurde et presque insultant. "Vous n'avez eu qu'un seul partenaire sexuel durant l'année écoulée? Et lui, il n'a pas eu d'autres partenaires sexuels que vous?" "Ecoutez, si c'est le cas, il ne s'en est pas vanté, mais je ne le surveille pas 24h/24." La dame à qui j'ai eu affaire cette fois était très sympa et a volontiers reconnu l'absurdité de certaines procédures, mais bon, c'est l'administration et il faut faire avec. Elle m'a également piquée à l'annulaire gauche pour prélever une goutte de mon sang et vérifier mon taux de globules rouges: il était de 11g/l en 1999 ("Un peu limite", a-t-elle commenté), il est désormais de 14,5 ("Parfait, vous pétez la forme!"). Enfin, elle m'a remis un numéro à appeler si j'avais de la fièvre ou un autre problème médical infectieux dans les deux semaines à venir. 

Après ça, j'ai été conduite en salle de prélèvement, où à ma demande une infirmière m'a piqué le bras gauche plutôt que le droit. Elle m'a pris un demi-litre de sang: une grosse poche pour les transfusions (s'il n'est pas utilisé avant sa date de péremption, j'ai donné mon autorisation pour qu'il soit utilisé à des fins non-thérapeutiques, c'est-à-dire pour la recherche ou l'enseignement), et plusieurs petites fioles qui serviront à des analyses en laboratoire afin de vérifier mon groupe sanguin et le fait que je ne suis porteuse d'aucune infection problématique pour un éventuel receveur. (Si tel était le cas, on me préviendrait à l'adresse postale que j'ai fournie.) Cette procédure a pris une grosse dizaine de minutes, pendant lesquelles j'ai été invitée à serrer une balle en mousse dans ma main afin d'accélérer le débit sanguin. 

Petite précision: comme beaucoup de gens, je manquais tourner de l'oeil les premières fois qu'on m'a fait des prises de sang. Je détestais vraiment ça et j'étais à la limite du malaise vagal. Je me suis quand même forcée à aller faire des dons parce que ça me paraissait important, et mon altruisme a été récompensé puisque j'ai fini par m'y habituer et que maintenant, quand on doit me piquer pour des raisons médicales personnelles, ça ne me fait quasiment plus rien. Une angoisse en moins, c'est toujours bon à prendre!

Le prélèvement terminé, l'infirmière a insisté pour que je ne me relève pas tout de suite même si je me sentais parfaitement bien. Beaucoup de gens ont des vertiges à ce stade, et du coup les précautions sont identiques pour tout le monde, y compris pour les cyborgs dans mon genre. Après ça, passage en salle de collation pour m'hydrater - comme je déteste les sodas et les jus de fruits industriels, j'ai bu de l'eau minérale et un thé Lipton - et manger un bout - un gâteau au citron et une banane, mais il y avait aussi du pâté et du saucisson pour les amateurs! Le personnel m'a très gentiment remerciée, et j'ai pu aller récupérer en salle d'attente Chouchou qui avait épuisé la batterie de son iPhone entre-temps. Car en tout, donner mon sang m'a pris plus de trois quarts d'heure: je ne veux pas décourager les bonnes volontés, mais il me semble important de savoir à quoi s'attendre pour que le don se passe bien. 

Je suis ressortie certes plus vieille d'une heure, mais en ayant accompli ce que je considère comme le geste citoyen le plus facile et le plus utile du monde. Ravie d'avoir enfin brisé la malédiction du don de sang et sauvé ma propre journée du même coup. 

Si vous êtes intéressé, rendez-vous sur le site de l'EFS 
pour découvrir le point de collecte le plus proche de chez vous. 

mercredi 29 avril 2015

Celui qui n'est pas malade



Celui qui n'est pas malade doit assurer sur tous les fronts à la fois, génie domestique, bonne fée de l'administratif, taxi corvéable à merci, oreille compatissante disponible à toute heure du jour et de la nuit. Il doit avoir douze bras, une énergie inépuisable et zéro état d'âme.
Celui qui n'est pas malade doit mettre ses propres envies, ses propres besoins, ses propres projets de côté pour le moment, parce que c'est bien la moindre des choses. 
Celui qui n'est pas malade ne peut jamais rien prendre personnellement; il doit toujours garder son calme face aux sautes d'humeur de l'autre et se dévouer entièrement à sa guérison. 
Celui qui est en bonne santé se trouve lui aussi otage de la maladie, à un niveau que personne ne reconnaît.
Celui qui n'est pas malade doit faire le relais avec les proches, ressasser sans cesse les mêmes informations médicales, dire "merci" mille fois en réponse aux mêmes formules bien intentionnées - y compris quand son interlocuteur ne pense pas à lui demander comment il va, lui, dans tout ça.
Celui qui n'est pas malade doit rester fort pour son conjoint. Le porter à bout de bras pendant qu'il souffre dans sa chair. Sourire et faire preuve d'optimisme pour deux.
Celui qui n'est pas malade est prié de mourir d'épuisement et de trouille en silence.

vendredi 17 avril 2015

Remise en forme, phase 2


Ca fait maintenant un peu plus de 3 mois que je me suis mise au fitness à raison de 6 séances de 30 à 40 mn par semaine (en moyenne). Si je me suis visiblement affinée de la taille et des cuisses, mon ventre et mes bras - les deux zones à problème que je visais en priorité - n'ont qu'assez peu bougé, et sur la balance, j'accuse seulement 4 kilos de moins. Autrement dit: oui, il y a des résultats, mais ils ne sont pas aussi spectaculaires que je l'espérais, loin s'en faut. Comme je mange très sainement, il ne me reste guère que deux domaines dans lesquels je peux encore intervenir:

1. Augmenter mon niveau d'activité générale
Le fitness tous les jours ou presque, c'est super, mais ça ne suffit pas pour quelqu'un d'aussi sédentaire que moi. J'ai besoin de bouger davantage. Ca tombe bien: avec le retour des beaux jours et la fin de la période de boulot assez intense que j'ai connue depuis le début de l'année, je vais avoir à la fois le temps et la motivation nécessaires pour faire de grandes promenades plusieurs fois par semaine, et éviter de prendre les transports en commun chaque fois que je pourrai plutôt me déplacer à pied. 

2. Consommer moins de calories
La qualité de la nourriture, c'est important, et j'y veille déjà. Mais il me semble assez clair que je pourrais faire un effort sur la quantité. J'ai vraiment tendance à manger, non pas trop gras ou trop sucré, mais juste trop tout court pour mon gabarit. Du coup, j'ai pris deux mesures dont j'espère qu'elles se révèleront efficaces:
- Pour mes repas du midi, souvent composés de féculents, j'ai acheté des bols plus petits que les récipients qui nous servaient d'assiettes jusqu'ici afin de diminuer la taille de mes portions. Au lieu de mes 100 à 125g de pâtes ou de riz habituels, je suis tombée à 75/80.




- Pour mes repas du soir, j'ai supprimé les féculents. La saison s'y prêtant bien, à la place, je prépare de grandes salades contenant: 
une légumineuse (pois chiche, lentilles, haricots secs...) pour la sensation de satiété 
+ quatre ou cinq légumes frais de couleurs différentes (parce que c'est plus appétissant, mais aussi parce que ça indique qu'ils contiennent des éléments nutritionnels variés) 
+ un fromage (chèvre frais ou feta, plus digestes que les fromages au lait de vache) et/ou un oeuf dur + éventuellement des fruits secs concassés (j'adore les noix de cajou...) et/ou des graines. 
En guise de sauce, le plus souvent, je mélange le jus d'une orange avec une cuillère de moutarde au vinaigre de cidre: c'est super frais, ça donne un bon petit goût, et ça ne rajoute ni sel ni gras. 
A côté de ça, je ne me prive pas d'aller au resto une ou deux fois par semaine, et j'y mange le plat qui me fait envie (mais qui, désormais, est rarement un truc crapuleux dont je sais qu'il me restera sur l'estomac). Comme je ne suis pas très dessert, m'en passer ne constitue pas du tout une privation. 
Quant à l'alcool, je ne suis pas une grosse buveuse et n'en consomme jamais à la maison; je m'accorde donc sans remords un cocktail avec mes copines environ deux fois par mois, et éventuellement un verre de vin dans les restos autres qu'asiatiques. 

Avec tout ça, j'espère avoir perdu 7 kilos de plus d'ici la rentrée de septembre, ce qui ne me semble toujours pas démentiel mais qui me ramènerait au poids de forme de mes 30 ans. 

mardi 24 mars 2015

20 shades of Armalite



L'appréhension quand je me lève pour attaquer cette journée que je redoute depuis le mois dernier. 

L'énervement quand, dans la boutique de reprographie, la machine que j'utilise multiplie les incidents de fonctionnement tandis que tous les autres clients me bousculent sans s'excuser et que l'heure tourne, tourne, tourne...

La honte de ne pas pouvoir me retenir de hurler pendant l'examen tellement je crève de mal, bordel.

L'abattement quand ma gynéco m'annonce que non, après la ménopause, je ne pourrai pas reprendre une vie sexuelle normale parce que loin de se résoudre, le problème actuel empirera encore. 7 ans que je comptais les jours jusqu'à mon 50ème anniversaire avec un... euh, coeur gonflé d'espoir. (Par la même occasion, j'apprends qu'à cause de mon endométriose, je n'aurai pas droit aux traitements hormonaux de substitution. Mais youpi, quoi.)

L'inquiétude pour Chouchou quand, en plus, elle me dit que toutes les poudres dont il se bourre pour améliorer ses performances à la gym sont des facteurs d'accidents cardio-vasculaires.

L'hébétude en ressortant de la clinique et en me dirigeant machinalement vers le centre-ville pour chercher un endroit où manger avant la suite des réjouissances. 

La surprise de tomber, chez Les Têtes d'Ail où je me rends pour la première fois, sur une amie parisienne de passage dans la région. Je ne m'attends tellement pas à la voir là que je mets quelques secondes à réagir quand elle se plante devant moi en souriant et m'appelant par mon prénom. 

La déception de constater que la confiture maison qui accompagne le yaourt bio (et qui m'a poussée à préférer cette option au crumble poire/fruits rouges) est de la prune, que je déteste. 

L'indignation quand les premières gouttes commencent à tomber. Il faisait super beau quand je suis partie ce matin, et comme on n'est pas à Bruxelles, je n'ai pas de parapluie dans mon sac. Mais courir sur un kilomètre en tenant mon manteau au-dessus de ma tête, ça fait à la fois cardio et muscu, Jillian serait fière de moi!

La tristesse de voir qu'à la Poste du quartier où j'ai grandi, les employés ont presque tous été remplacés par des automates.

La satisfaction d'avoir enfin envoyé le dossier professionnel en souffrance depuis un mois. L'association de gestion agréée, c'est fait; maintenant, déclarer mes revenus 2014 à l'Agessa...

Le soulagement quand le remplaçant de mon ophtalmo m'annonce que ma double hypertonie oculaire reste stable, et qu'on peut repousser le moment de traiter jusqu'à nouvel ordre. "Peut-être même indéfiniment."

Le plaisir de retomber sur mon ancienne coiffeuse, connue il y a plus de 20 ans lorsqu'elle était encore apprentie, et devenue depuis lors manager de son salon. "Justement, je pensais à vous il n'y a pas longtemps: ma fille veut faire traductrice!" Comment lui dire que ça n'est pas franchement un métier d'avenir? 

La volupté d'un long massage du cuir chevelu qui, à lui seul, justifierait presque la note de 92€. Mais comme en plus de ça, j'ai les longueurs superbement glossées, le dégradé coupé pile comme j'aime et la frange bien droite, juste à la bonne hauteur pour ne rien planquer des immenses nouvelles lunettes que je récupère vendredi, je suis à deux doigts de demander ma nouvelle coiffeuse en mariage. 

La grogne quand je m'aperçois que Carrefour n'a aucun modèle de grille-pain qui me plaît et que les perceuses coûtent la peau du fondement. Tant pis, je vais juste acheter des tomates, de la polenta et des noix pour Chouchou. ("Chéri, pour la reprise des réjouissances horizontales, ce sera dans une autre vie. Tiens, prends donc de quoi grignoter à la place.")

L'oubli de tout ce qui m'entoure dans le bus pendant que je termine le formidable "Un tout petit rien" commencé le matin même dans la salle d'attente de la gynéco. 

La culpabilité de ne pas faire de fitness aujourd'hui, mais mes genoux tirent de plus en plus fort depuis une semaine et il serait sans doute sage de leur accorder un peu de repos. 

Le bonheur de trouver deux cartes d'anniversaire ornées de renards dans ma boîte à lettres (merci Titite et Mélu!).

Le réconfort des bras de Chouchou.

Le calme d'une soirée à deux sur Chloé-Jasper (mon canapé transexuel) après cette journée un peu éprouvante. Demain, je dois être en forme: les peintres vont me réveiller de bon matin pour faire la porte de l'appart', et je boucle l'énorme traduction chiante qui m'occupe depuis mi-janvier. 

vendredi 30 janvier 2015

J'ai testé: le 30 Day Shred - level 2




Pour savoir en quoi consiste le 30 Day Shred et quelles sont les raisons qui m'ont poussée à me lancer là-dedans, cliquez ici
Pour lire mon compte-rendu du niveau 1, cliquez ici

Jour 11 (69,2 kgs; 13h15): Je suis partagée entre l'excitation et l'appréhension avant d'entamer ce niveau 2. ...Et bien, l'appréhension aurait dû l'emporter. Cette séance est INFERNALE. Déjà, on en bave pas mal dans les deux premiers circuits, que je dois me contenter de faire au niveau débutant avec plusieurs défaillances en cours de route. Mais dans le troisième et dernier circuit, il y a plein de mouvements basés sur la planche, et mes mains sont tellement en sueur que même avec des abdos en béton, je ne pourrais pas tenir. Je passe mon temps à glisser et à m'écraser à plat ventre. Franchement, quel est le sadique qui a inventé les plank twists? Et vue la quantité de sauts, je vais devoir caser mes prochaines séances en journée aussi, avant le retour des voisins du dessous. Je termine semi-découragée, mais en me disant que je ne peux que m'améliorer dans les jours à venir. Pendant le reste de la journée, j'ai raisonnablement mal aux épaules, au haut des bras et au bas des cuisses sur l'avant. 

Jour 12 (69,9 kgs; 12h30): Je me lève avec des courbatures très gérables, probablement parce que j'ai bossé comme une patate hier. La balance m'indique un poids supérieur à celui que j'avais avant de commencer le programme; je savais que je n'aurais pas dû me peser avant la fin, parce que là, entre l'infernalitude de la séance qui m'attend et l'impression que ça ne sert à rien, je ne suis pas motivée du tout. Pourtant, il n'est pas question que je lâche. Donc, je m'y mets en me fixant un seul impératif: tenir jusqu'au bout. Je n'hésite pas à faire en débutant les exercices qui m'ont tuée hier; je ne saute pas hyper haut, je ne descends pas hyper bas, mais j'arrive à la fin de la muscu du circuit 3 sans trop de problèmes. Je peine pas mal sur le cardio et je dois m'arrêter 5 ou 10 secondes pendant les plank twists. Mais globalement, c'était une séance très correcte pour moi. Et demain, elle me fera moins peur!

Jour 13 (69,1 kgs; 13h15): J'ai mal aux épaules et aux bras avant de commencer, et ça ne passe pas pendant l'échauffement. Je serre les dents et je tiens quand même, sauf pendant la toute dernière minute où je dois faire une pause au milieu des plank twists. Le circuit 3 est vraiment une grosse saloperie. Pour ne pas glisser sur mes mains trempées de sueur, j'ai trouvé un truc absolument ridicule: vu que je travaille pieds nus, je glisse les mains à l'intérieur de mes baskets pour profiter d'une surface anti-dérapante. Oh, bien sûr, je pourrais aller m'acheter des gants, mais où serait le fun? Par contre, comme hier, j'ai beaucoup de mal à me remettre au boulot après ma séance: j'ai juste envie d'aller m'écrouler dans un coin avec un livre, ou même sans. 

Jour 14 (69,1 kgs; 17h30): J'ai super bien dormi cette nuit et peu de courbatures, mais guère plus d'énergie qu'une vieille serpillère. J'hésite entre une sieste et une séance de fitness. La séance de fitness l'emporte de justesse. Pendant les jumping jacks de l'échauffement, je sens que mes genoux, pas très solides depuis mon accident de ski, commencent à mal encaisser les chocs répétés. A surveiller. Je me débrouille plutôt bien jusqu'à la dernière minute, les maudits plank twists durant lesquels je dois encore faire une pause. Je vais me coucher à 22h45, et je n'ai même pas la force de lire avant de m'endormir. 

Jour 15 (68,7 kgs; 17h): Je me lève aussi crevée que je me suis couchée hier soir. Mes genoux me font mal. Tant pis. Je tiens bien les neuf dixièmes de la séance, et ne dois faire une pause qu'aux trois quarts des plank twists. Dans le miroir, il me semble que mes cuisses s'affinent et que j'ai perdu du ventre; par contre mes ailes de chauve-souris flapflappent toujours autant, damned!

Jour 16 (68,2 kgs; 12h45): Bien que j'aie un peu mal au dos en me levant, la pesée du matin me met de bonne humeur pour attaquer une nouvelle semaine. Mes lunges et mes squats sont de plus en plus bas, même si je ne descends toujours que de 20 cm en vraies pompes. Mes jumping jacks sont devenus "explosifs" comme le réclame Jillian, mais mes skater's lunges ressemblent plutôt à des pétards mouillés. Je m'interromps de plus en plus tard dans les plank twists, et mon objectif est de les passer d'ici le jour 20. Malheureusement, c'est toujours aussi dur de me remettre au boulot après le déjeuner. 

Jour 17 (68,2 kgs; 17h): Cette fois, je préfère attendre d'avoir fini de bosser pour faire ma séance, histoire de ne pas trop ramer l'après-midi. Mes hormones me font des misères depuis deux-trois jours, et mon poignet droit commence à protester contre tout le temps passé en planche. Mais je ne me laisse pas le choix, et pour la première fois, je tiens les maudits plank twists! Le soir, alors que j'agonise dans mon lit avec une bouillotte sur le ventre, je regarde la vidéo du niveau 3 histoire de voir ce qui m'attend, et je suis à deux doigts de me lever pour essayer les exercices. Je crois que j'ai perdu la raison. 

Jour 18 (68,2 kgs; 13h): Depuis hier matin, j'ai mes règles. Ce n'était pas arrivé depuis presque 8 ans: je suis un traitement censé les supprimer afin d'"endormir" mon endométriose. J'imagine que la reprise du fitness a bouleversé mon équilibre hormonal. Je n'arrive pas à croire qu'une chose a priori aussi positive pour ma santé - le sport - puisse provoquer un tel cataclysme. J'essaie de rester calme, mais c'est vraiment dur de ne pas imaginer le retour des douleurs insupportables et les interventions chirurgicales répétées (j'en ai déjà eu deux avant d'être mise sous Lutényl). Je fais ma séance normalement, mais arrivée à la fin, j'ai envie de pleurer de fatigue et trouille. Sur le groupe Facebook "30 Day Shred" que j'ai créé, des filles plus avancées que moi me racontent qu'elles ont vu leur cycle bouleversé, mais que c'est rentré dans l'ordre au fil des mois - et que, effet intéressant, leur SPM a considérablement diminué. Ca me rassure un peu. 

Jour 19 (68,2 kgs; 15h): Mon poids n'a pas bougé depuis quatre jours, j'aimerais bien qu'il recommence à descendre! Je suis tellement fatiguée qu'aujourd'hui ce ne sont pas mes muscles qui font bouger mon corps: c'est mon cerveau tout seul. Mind over matter, truly. J'arrive à faire une série de doubles sauts de corde sur les deux, mais après, je dois marquer une pause pendant les plank twists. J'ai hâte d'en avoir terminé avec ce niveau.

Jour 20 (68,8 kgs; 12h30): Hier soir j'ai eu grand besoin de comfort food; ce matin, je paye mon énorme pad thai sur la balance. Dernière séance sans histoire mais sans enthousiasme non plus. Globalement, je n'ai pas trop aimé ce niveau, et je suis contente d'en changer demain, même si le suivant sera sans doute pire!

Mes impressions jusqu'ici: Même en laissant de côté l'aspect hormonal, ce niveau 2 m'a fatiguée au-delà de tout ce que j'imaginais. Mais mes courbatures sont restées raisonnables dans l'ensemble, et j'ai fini par réussir tous les exercices. Mon poids a enfin commencé à descendre et ma silhouette à s'affiner, mais vraiment rien de spectaculaire. Cela dit, j'ai presque oublié mon objectif initial qui était de perdre une ou deux tailles de fringues (presque). Ce qui me pousse à faire mes séances, même quand je pourrais me trouver des tas d'excuses pour m'abstenir, c'est la sensation que je deviens chaque jour un peu plus forte et plus endurante. J'ai toujours eu une piètre opinion de mes capacités physiques et aucune motivation pour tenter d'y remédier - après tout, on ne va pas demander à une intello d'être sportive par-dessus le marché. C'est comme si un blocage que je traînais depuis l'enfance venait de sauter. Je me rends compte que les limitations n'ont jamais existé que dans ma tête, et ça me plaît beaucoup. Niveau 3, me voilà!





jeudi 4 septembre 2014

Où je déclare la guerre à la pensée magique négative (2ème partie)




Ce jour-là, pour changer un peu, mon ophtalmo était très en retard sur son planning de rendez-vous: elle ne refuse jamais les urgences, et elle prend son temps avec chaque patient. Si poireauter une ou deux heures dans une salle d'attente est le prix à payer pour un médecin disponible et à l'écoute, je suis heureuse de le payer. J'avais acheté un roman japonais pour m'occuper, mais voilà: dès mon arrivée, on m'a mis des gouttes pour dilater mes yeux, et je me suis mise à y voir bien trop flou pour pouvoir lire. Comme tous les autres patients qui attendaient avec moi étaient dans le même cas, par ennui plus qu'autre chose, on s'est mis à discuter. 

Et parce que nous semblions tous bien connaître mon ophtalmo, qui a perdu son mari début juin d'un cancer secondaire aux poumons (la même chose qui a tué mon père), la conversation s'est très vite concentrée sur cette maladie. Nous étions quatre dans cette salle d'attente: une dame d'une soixantaine d'années dont le mari avait été emporté par le crabe à 58 ans, une autre dame un peu plus âgée qui avait vaincu son propre cancer deux ans avant mais qui continuait à prendre des cachets pour l'empêcher de revenir, et le concierge de l'immeuble où mon ophtalmo a son cabinet et où mes parents ont habité pendant 25 ans. Il connaissait très bien mon père qui, parti de bonne heure en retraite anticipée, était très actif au sein du conseil syndical. "C'était quelqu'un de bien, votre papa", m'a-t-il dit avec son curieux accent étranger que je n'ai jamais réussi à identifier. Il a loué son sérieux et sa fiabilité, et m'a dit combien il avait été triste d'apprendre sa mort alors même que mes parents avaient déménagé à Toulouse depuis plus de 6 ans. Il y avait beaucoup de respect et d'affection dans sa voix, et pour la première fois, j'ai réussi à acquiescer en souriant sans que mes yeux ne se remplissent de larmes. Ca m'a émue de me trouver confrontée tout à fait par hasard à quelqu'un qui avait connu et apprécié mon père dans un cadre totalement inconnu de moi, mais ça m'a émue sans m'attrister, et c'était un gros progrès. 

J'ai aussi parlé avec la dame qui avait eu un cancer. Elle semblait avoir très bien récupéré, et tout en disant sa conviction que ce genre de maladie finissait toujours par revenir, elle tenait des propos très positifs. "J'étais obligée de guérir. J'avais une motivation pour me battre: je voulais voir grandir mon petit-fils de 6 ans." L'espace d'une fraction de seconde, j'ai eu envie de répondre amèrement: "Et vous croyez que mon père n'avait pas envie de voir grandir ses petits-enfants? Vous croyez qu'il ne s'est pas battu lui aussi? Vous croyez vraiment que c'est l'envie de vivre qui détermine l'issue de la maladie?" Heureusement, j'ai eu le bon sens de me ressaisir à temps. Elle est toujours là, elle. Qu'elle croie ce qu'elle veut si ça lui fait du bien. Sans jamais se départir de son sourire, elle a évoqué la lourdeur du traitement, mais aussi la coiffeuse qui avait su la convaincre avec douceur de se raser le crâne quand ses cheveux avaient commencé à tomber par poignées, ou l'esthéticienne débordante d'énergie qui l'emmenait presque malgré elle pour lui redonner bonne mine quand elle avait l'impression d'être morte debout. Elle a dit en riant qu'elle avait repris dix kilos depuis la fin de sa chimio et qu'elle était redevenue convenablement dodue mais que ça ne la dérangeait pas le moins du monde, bien au contraire. 

Il y avait vraiment une drôle d'atmosphère dans cette salle d'attente qui n'était même pas celle d'un oncologue. Nous étions assis sur des chaises en plastique dans une pièce toute carrelée de blanc, où la climatisation trop forte menaçait de nous filer une pneumonie, mais métaphoriquement, nous étions les survivants d'une tribu groupés autour d'un feu invisible, échangeant nos récits de batailles perdues et gagnées contre le crabe pendant que tombait la nuit. Et pour la première fois, l'obscurité qui nous enveloppait ne me faisait plus si peur, parce que nous la partagions tous d'une manière indécelable au premier abord, et que la solitude glacée cédait la place à un début d'acceptation, une ébauche de fatalisme serein. 

L'un après l'autre, mes compagnons ont été appelés dans la salle d'examen et sont partis sur un au revoir chaleureux. Quand mon tour est venu, je me sentais très calme. J'ai demandé à mon ophtalmo comment elle allait, et pendant qu'elle me faisait des tests, nous avons discuté de la maladie de son mari et de celle de mon père - le choc du diagnostic initial, les horribles effets secondaires du traitement, la conviction que ça va être dur mais qu'on s'en sortira, l'hébétude quand la fin survient, l'injustice de voir partir avant l'heure des gens bien qui avaient une excellente hygiène de vie, le trou béant que rien ne semble pouvoir combler, le coup de poignard sans cesse renouvelé quand quelque chose évoque le défunt. Et sans même réfléchir, j'ai laissé s'exprimer mon empathie. Je n'ai pas cherché à minimiser le chagrin de mon ophtalmo, pas tenté de la convaincre avec des paroles creuses que tout allait s'arranger. Je lui ai fait sentir que je partageais son chagrin, que j'en mesurais le poids écrasant. Contrairement à ce que je fais d'habitude quand quelqu'un me parle de ses problèmes, je n'ai pas cherché de solutions concrètes à lui proposer, parce que je sais bien qu'il n'y en a pas. La meilleure chose à faire, pour une fois, c'était juste d'ouvrir mon coeur, de mettre ma vulnérabilité sur la table pour communier avec elle dans cette douleur - sans pathos, mais avec une sincérité totale. 

Et je ne me suis pas sentie faible ou bête ou insupportablement émotive de faire ça. Je n'ai pas eu honte de me livrer ainsi; je n'ai pas été embarrassée de recevoir les confidences de cette femme que je connais très peu bien que je sois sa patiente depuis 30 ans. Tout dans notre conversation me semblait juste. C'était la bonne attitude, les bons mots. Une connexion bien plus forte que ce que je m'autorise d'habitude. Pas un coup de baguette magique qui résout les problèmes en un clin d'oeil: un moment de partage entre deux êtres humains figurativement nus l'un face à l'autre. Un moment qui ne m'a ni brisée ni diminuée d'aucune façon, bien au contraire. Il m'a grandie émotionnellement; il a fait disparaître les résidus tenaces de mon angoisse et de ma peur de l'avenir.

A la fin de l'examen, mon ophtalmo m'a dit: "Il faut attendre les résultats de l'analyse du nerf optique par la machine, mais ce que je vois me semble parfait." Elle s'est montrée très rassurante: je finirai sans doute par avoir besoin de traitement à moyen terme, mais puisque le problème a été détecté dans l'oeuf, il n'y a pas de raison qu'on ne puisse pas le tenir sous contrôle. Quand on s'est séparées, elle a suggéré timidement: "On se fait la bise?" Et sans réfléchir, j'ai passé un bras autour de ses épaules pour l'étreindre très fugacement, comme si j'avais peur de la casser ou que je n'étais pas sûre que mon geste soit approprié. Mais avec le recul, je crois qu'il l'était. 

Hier, j'ai remporté une victoire personnelle que j'espérais depuis longtemps: désormais, je peux considérer les problèmes potentiels d'un oeil optimiste sans que le ciel s'estimant provoqué par mon insouciance ne décide de me tomber sur la tête. Au passage, j'ai eu une révélation que je ne recherchais même pas: occasionnellement, il m'est possible de faire preuve d'empathie sans que ce monde cruel n'en profite pour me piétiner avec des chaussures à clous. On progresse. Petit à petit, mais on progresse.

A ce rythme-là, d'ici quelques décennies, je ferai sans doute un être humain passable. 

Où je déclare la guerre à la pensée magique négative (1ère partie)




Depuis plus de 6 ans que je lutte contre mes folles angoisses, j'ai eu tout le temps de disséquer leur mécanisme pour tenter de le comprendre - dans l'espoir de réussir à le désamorcer un jour. Le cycle est toujours le même. Un symptôme mystérieux fait son apparition et perdure au-delà du raisonnable. Je me convaincs que j'ai un cancer d'ici ou de là. Je prends rendez-vous chez le docteur. Plusieurs semaines ou plusieurs mois s'écoulent. Je passe un examen quelconque, et le résultat tombe: je n'ai RIEN. Je sors du laboratoire en dansant. Pendant quelques jours, je trouve la vie merveilleuse et je suis ivre de soulagement. Peu de temps après, un autre symptôme mystérieux fait son apparition, et c'est reparti pour un tour. 

J'ai enchaîné tant de ces cycles que je devrais désormais être capable de relativiser. Pourtant, ce n'est pas le cas, et je me suis longtemps demandé pourquoi avant d'accoucher d'une explication assez tordue pour être vraisemblable. Chaque fois, je panique, mais chaque fois, en fin de compte, je vais bien. Je paye mon tribut en angoisse fantasmatique plutôt qu'en soucis réels. Du coup, si je cessais d'avoir peur, ne serait-ce pas justement là que le vrai problème frapperait? Mon inconscient abreuvé de trop de lectures est devenu superstitieux: il croit à l'ironie du sort, aux retournements de situation dramatiques, à la pensée magique négative. Il a dû se persuader que flipper à partir de tout et de rien est un moyen de prévention efficace. Et peut-être, aussi, est-il un peu accro à la joie de vivre insensée, à la gratitude inouïe qui me submerge lorsqu'un diagnostic dissipe une menace imaginaire. 

Début juin, j'ai appris que mon problème d'hypotonie oculaire, détecté fin 2012, avait empiré et qu'il faudrait bientôt envisager un traitement pour ne pas que je développe un double glaucome susceptible, à terme, de me rendre partiellement ou totalement aveugle. Il faut savoir qu'au hit-parade de mes terreurs médicales, la cécité arrive en position n°2, juste derrière la maladie d'Alzheimer et avant les cancers de toutes sortes. Donc, bien entendu, j'ai fait une crise maousse, m'imaginant finir ma vie dans une obscurité perpétuelle et une dépendance abjecte. Chouchou m'a passé un méga-savon, aboyant que je n'avais pas à lui pourrir la vie avec mes angoisses et que s'il me fallait un déversoir, je n'avais qu'à consulter un psy. Chose que j'ai déjà faite, et dont j'ai détesté chaque minute. Un examen complémentaire était prévu début septembre. J'ai compris que si je voulais passer un bon été, j'allais devoir trouver un moyen de mettre mes angoisses en sourdine toute seule comme une grande. 

Alors, j'ai fait un truc qui peut sembler totalement idiot mais qui, à moi, me paraissait follement risqué. J'ai décidé de ne pas m'inquiéter. De partir du principe que de toute façon, je n'allais pas devenir aveugle en l'espace de deux mois, et qu'après ça, même si le résultat de l'examen n'était pas fabuleux, je recevrais un traitement qui aurait de très grandes chances de fonctionner. Qu'en tenant compte des statistiques de réussite actuelle, de la détection précoce du problème, de mon âge et des progrès constants de la médecine, il était fort probable que je ne perdrais pas la vue parce que de toute façon, un cancer m'aurait emportée bien avant

Mon été a été plutôt morose quand même, mais pour des raisons tout à fait différentes, et je peux sans mentir affirmer que j'ai réussi à ne presque pas penser à mon problème d'yeux pendant tout juillet et août. Même à l'approche de l'examen, j'ai repoussé fermement la tentation de la panique qui revenait parfois à la charge. Je me suis concentrée sur ce que j'étais en train de faire et sur les petits plaisirs qui se présentaient à moi; je me suis imaginé des résultats corrects à modérément mauvais que j'accueillais avec calme, et j'ai esquissé des tas de projets pour l'automne afin de ne pas, cette fois, mettre ma vie en suspens dans l'attente d'un rendez-vous médical. Je ne suis pas certaine que ma tactique aurait fonctionné pour un problème objectivement grave, mais là, je savais que le vrai problème était dans ma tête - et que par conséquent, je devais aussi pouvoir y trouver une solution dans ma tête. 

Hier, j'ai vécu ma journée minute par minute, refusant de penser à autre chose que ce que j'étais en train de faire ou allais faire immédiatement après. Je me suis préparée tranquillement le matin. Je suis allée à la gare du Midi prendre mon TGV. Je me suis absorbée dans la lecture de mon roman en cours pendant une grande partie du trajet. J'ai couru pour attraper mon bus. Entre Toulon et Monpatelin, je me suis forcée à faire le vide dans ma tête, me bornant à regarder la route familière en profitant du ciel bleu et de la chaleur. Arrivée chez moi, j'ai vérifié que tout était en ordre à l'appartement. J'ai traité le courrier en attente. J'ai skypé un peu avec Chouchou. J'ai retardé le moment d'aller me coucher, parce que c'est toujours juste avant de m'endormir que je gamberge le plus et que j'ai les idées les moins rationnelles, mais même ça, j'ai réussi à gérer. Ce matin, après une bonne nuit de sommeil sans rêves, je suis allée faire mes courses au village. En début d'après-midi, comme je commençais à tourner en rond chez moi, j'ai pris le bus une heure plus tôt que nécessaire. Je suis passée à la Fnac jeter un coup d'oeil aux nouveautés de la rentrée littéraire. Pour m'encourager, je me suis offert un roman choisi parmi les trois qui me faisaient de l'oeil, en me disant que je le lirais dans la salle d'attente. 

Et puis je suis allée chez l'ophtalmo, et ma journée a pris un tour complètement inattendu. 

(A suivre...)

vendredi 27 juin 2014

Dark June




Ce mois de juin m'a épuisée nerveusement. 
Plusieurs nouvelles, d'abord d'ordre professionnel, puis de nature privée, m'ont plongée dans un abîme d'angoisse tel que je n'en avais pas connu depuis longtemps. J'ai passé des heures très noires enfermées dans ma propre tête, à me battre contre des catastrophes qui n'étaient pas encore arrivées et qui n'arriveront peut-être jamais. J'ai été peu présente sur le blog - or, quand je ne suis même pas en état d'écrire ici sur ce qui me tracasse, histoire de prendre un peu de recul et de bénéficier de regards extérieurs dédramatisants, c'est que ça va vraiment mal. J'ai repris des somnifères plusieurs nuits d'affilée. Au plus bas, je commençais à chercher un moyen indolore de me supprimer au cas où mes craintes se réaliseraient. 
Bref, ce mois que j'adore en temps normal a été un petit enfer personnel. Mais avec l'influence que la météo et la luminosité exercent sur mon moral, je ne veux même pas imaginer comment j'aurais réagi si les nouvelles incriminées étaient tombées en novembre. 
Je commence un peu à remonter la pente. C'est une lutte de tous les instants. Mon cerveau rationnel se rend très bien compte que mes réactions sont à la fois disproportionnées et improductives. Le problème, c'est que mon cerveau émotionnel, lui, nage en pleine panique, qu'il ne cause pas à mon cerveau rationnel et qu'il gueule beaucoup plus fort.
C'est quand même un peu décourageant de penser à tous les efforts que je déploie depuis plus de six ans pour retrouver un certain calme intérieur, et de me rendre compte qu'à la première tempête ils se font balayer comme des fétus de paille. Je vais continuer à chercher parce que je n'ai pas d'autre choix, et aussi parce que je déteste être incapable de me contrôler. Si je n'ai pas beaucoup d'indulgence pour les faiblesses des autres, je n'en ai carrément aucune pour les miennes. Parfois c'est fatigant, et parfois c'est la seule chose qui me tient debout. 
Trop occupée à lutter contre mes propres démons, je n'ai guère eu d'énergie à consacrer à autre chose ces dernières semaines. J'ai complètement délaissé mes objectifs, me contentant d'assurer le minimum syndical au niveau boulot et gestion du quotidien, m'autorisant à glander si ça pouvait me faire un peu de bien. Ca ne m'arrive pas souvent et je l'ai fait sans remords - il faut savoir réévaluer ses priorités en fonction des circonstances.
Mais maintenant, j'en ai marre d'être mal. Je suis soûlée de catastrophisme et suffisamment regroupée pour me reprendre en mains. J'ai reçu aujourd'hui une chouette nouvelle professionnelle et, bien qu'elle n'ait pas vraiment d'incidence sur les choses qui me tracassent dans ce domaine, j'ai envie d'y voir un signe que je m'en sortirai. Je recense les pistes susceptibles de m'aider à éviter un drame; je liste les solutions potentielles ou les moyens de gérer la crise. Ca ne me servira peut-être jamais, mais ça me rassure en me donnant l'impression que je ne suis pas totalement impuissante.
Et puis surtout, je tente de me focaliser sur toutes les belles choses que je peux encore faire, là maintenant, au lieu de me pourrir la vie par anticipation. Ce matin, j'ai organisé pour dans 15 jours une très excitante activité de groupe sur Paris (non, pas une soirée en boîte à partouze, bien que Chouchou ait dit: "Au pire, on pourra toujours faire des Instagram" et qu'une des amies qui nous accompagnera ait aussitôt répliqué: "N'oublie pas ton Totoro"). Ce week-end, je participe à un stage de reliure, activité à laquelle je mourais d'envie de m'initier depuis une éternité. Chouchou va bientôt toucher sa première vraie paye de l'année, et on va pouvoir organiser notre voyage à Copenhague en septembre. Je veux profiter des longues journées d'été pour aller boire des mojitos à l'Amour Fou, bouquiner en terrasse, exhiber mes orteils vernis dans des sandales, faire du yoga dans le jardin de Claudia... et le plein de vitamine D en prévision de l'hiver qui, au sens propre comme au sens figuré, arrivera toujours trop tôt.

dimanche 8 juin 2014

Psychologie de l'angoisse


Création: SeaChild

Vendredi, j'étais censée aller à mon cours de Pilates entre midi et deux, et traduire une vingtaine de pages du roman sur lequel je bosse en ce moment. J'ai péniblement atteint les 14, puis passé le reste de la journée roulée en boule sur mon lit à lutter contre l'angoisse qui me bouffe depuis plusieurs semaines. Je suis vraisemblablement en train de devenir presbyte, comme la plupart des gens de mon âge, si bien que je n'y vois plus de près avec mes lunettes actuelles. Jusque là, rien de grave: ça devrait pouvoir se régler avec une visite chez l'opticien et une dépense de quelques centaines d'euros presque pas remboursée par la Sécu. Mais c'est pénible. Et à côté de ça, mon oeil droit se comporte super bizarrement: ma paupière fait des crises de tremblements, je larmoie beaucoup et j'ai presque en permanence une myriade de petites taches d'éblouissement dans mon champ de vision. Mon cerveau rationnel me dit qu'il y 90% de chances que ce soit un truc parfaitement bénin, genre une trop grande exposition aux écrans d'ordinateur, un manque de magnésium ou un corps étranger qui finira par être expulsé naturellement; au pire, la plupart des problèmes oculaires autres qu'un défaut de focalisation peuvent désormais être corrigés chirurgicalement.

Tout ça, je le sais. Mais l'angoisse, comme les phobies, échappe à toute tentative de raisonnement. Et malgré les efforts immenses que je déploie depuis six ans pour maîtriser la mienne, je n'en suis toujours pas venue à bout. Je ne fais plus d'attaques de panique, et c'est déjà ça. Les exercices de cohérence cardiaque m'aident pas mal. Mais ce que je voudrais vraiment, c'est un remède miracle, et je sais qu'il n'existe pas. Tout ce que je peux espérer, c'est progresser lentement dans ma gestion des crises. Et je me demande si dans le fond, ce n'est pas une maladie de personne trop heureuse qui n'a plus grand-chose à gagner mais beaucoup à perdre, ou pire: une superstition inconsciente qui me pousse à m'inventer des problèmes parce qu'un bonheur sans tache serait de ces arrogances insupportables qui suscitent obligatoirement les foudres divines. L'esprit humain - ou juste le mien, en l'occurrence - est-il assez pervers pour préférer se saboter plutôt que de provoquer le sort? Je vois mon ophtalmo dans deux semaines; elle me rassurera probablement... jusqu'au prochain gargouillis de travers qui me poussera à imaginer ma vie presque parfaite se crashant en flammes. 

jeudi 13 mars 2014

J'ai de l'endométriose et je me soigne


Aujourd'hui 13 mars, c'est la journée mondiale contre l'endométriose, comme je l'ai découvert tout à fait par hasard ce matin en lisant cette bédé de Martin Vidberg. Cette maladie qui affecterait 10% de la population féminine et mettrait, en moyenne, 7 ans à être dépistée est encore mal connue, et il n'existe pas de traitement 100% efficace contre elle. Aussi, comme je fais partie des 10% de petites veinardes, j'ai pensé qu'il serait peut-être utile de partager ici mon expérience. 

A l'âge de 35 ans, je décide d'arrêter la pilule que je prends depuis presque 20 ans pour passer au stérilet. La pose censée être à peine un peu inconfortable m'arrache des hurlements. Comme c'est la première fois que je vois ce gynéco, il me pose quelques questions pour tenter de cerner l'origine du problème. Oui, j'ai toujours eu des règles douloureuses, mais on m'a dit que c'était normal, que ça venait avec la condition de femme et que je devais m'en accommoder. Oui, mes rapports sexuels ont eux aussi toujours été douloureux, mais il paraît que c'est parce que j'ai l'utérus antéversé - autrement dit, la tuyauterie montée à l'envers. Oui, j'ai parfois des maux de ventre aussi fulgurants qu'inexplicables à n'importe quel moment de mon cycle; certains s'estompent en quelques minutes, d'autres me laissent KO pendant des heures. 

Le gynéco m'envoie passer une échographie, qui révèle la présence de nombreuses lésions d'endométriose dans ma cavité abdominale. Entre autres choses, ma vessie et mon utérus sont entortillés, et ce dernier est collé à ma colonne vertébrale par un foyer tissulaire qui lui fait perdre toute mobilité. Une opération est programmée deux mois plus tard. Mon gynéco ôte toutes les lésions existantes en me disant qu'il y a 90% de chances que ça résolve le problème. J'en suis quitte pour une nuit d'hôpital et quatre ou cinq jours à grimacer en m'asseyant. Rien de dramatique. 

Mais le stérilet ne me convient pas. Deux ans plus tard, je cherche un nouveau gynéco (le précédent étant décédé entre temps...) pour me l'enlever. Le fil s'est perdu, et après quelques tentatives de retrait aussi insupportablement douloureuses que vaines, le praticien auquel je me suis adressée m'aboie sèchement d'arrêter de faire du cinéma, et que de toute façon ce n'est pas en hurlant que j'aurai moins mal. Il me fouaille le ventre sans ménagements et me traite comme une gamine de 4 ans, avec un mépris total et une absence d'humanité ahurissante. Je suis si choquée que je ressors de son cabinet réduite à l'état de loque sanglotante. Il me faudra un quart d'heure pour être en état de reprendre le volant. 

Heureusement, la gynéco suivante se montre bien plus compréhensive et propose de me retirer mon stérilet sous anesthésie générale légère, parce que "ce n'est pas la peine de souffrir pour rien". L'opération révèle hélas que de nouvelles lésions d'endométriose se sont formées pendant les deux dernières années. Ma nouvelle gynéco suggère de me mettre sous Lutényl, un des deux seuls traitements connus et le plus "doux" des deux. 21 jours par mois, je prendrai des comprimés de progestérone qui stopperont mes règles, et donc, la prolifération de mon endomètre hors de la cavité utérine. Elle me prévient que ça ne marche pas chez toutes les patientes, et qu'il existe une large panoplie d'effets secondaires à l'intensité variable. En l'absence d'autre option, je décide d'essayer quand même. 

Cette fois, je suis chanceuse. Le Lutényl supprime effectivement mes règles. Pour la première fois depuis l'âge de 12 ans (à l'exception de quelques mois juste après ma première opération), je suis libérée des affreux maux de ventre qui me tourmentaient à n'importe quel moment de mon cycle. Côté effets secondaires: ma libido se met aux abonnés absents, mais ni plus ni moins que lorsque je prenais une pilule à base d'oestrogènes. J'hérite d'un superbe "masque de grossesse", c'est-à-dire une collection de taches brunes sur le front et le long de la mâchoire, particulièrement visibles au soleil, et s'accompagnant généralement de petites croûtes sèches. Aucun masque blanchissant/éclaircissant n'en vient à bout - croyez-moi, je les ai tous essayés! -, mais ça se planque assez bien sous du fond de teint. 

Pour le reste, je touche du bois: depuis 7 ans que je suis ce traitement, mon endométriose est sous contrôle. Je n'ai pas grossi à cause du Lutényl - j'ai bien pris 7 ou 8 kilos à cause des anti-dépresseurs que mon généraliste m'a prescrits à l'époque où je faisais des attaques de panique, mais c'était plus tard, et sans rapport avec ma maladie. L'état de mes dents ne s'est pas non plus détérioré comme il le fait chez certaines patientes. L'un dans l'autre, je trouve que je ne m'en tire pas trop mal. Une des conséquences les plus dramatiques de l'endométriose est qu'elle entraîne parfois la stérilité, ou au moins de grandes difficultés à concevoir, et je ne voulais de toute façon pas d'enfants. Je compte rester sous Lutényl tant que ça fonctionne et que les effets secondaires ne se démultiplient pas. J'ai bientôt 43 ans; il me reste moins de dix ans à tenir jusqu'à la ménopause. Au pire, si je devais arrêter le Lutényl et que les lésions réapparaissaient, je les ferais cureter tous les deux ou trois ans jusqu'à ce que mes règles cessent d'elles-mêmes. 

Malgré tout, je déteste parler de cette maladie, qui a été une énorme source d'angoisse pour moi depuis mon diagnostic. Il y a un peu plus d'un an, certains symptômes m'ont fait croire que le Lutényl avait cessé de fonctionner et que mes lésions étaient revenues, ce qui m'a plongée dans un désespoir assez affreux. Heureusement, il ne s'agissait que d'une fausse alerte, comme l'ont confirmé une échographie et une IRM. Je ne vais jamais sur les forums d'"endogirls", et je ne lis jamais d'articles sur le sujet: les témoignages de filles chez qui la maladie est très virulente ou ne répond pas au traitement progestatif sont bien trop anxiogènes pour moi. 

Si je raconte mon histoire aujourd'hui, c'est dans le seul but d'inciter celles d'entre vous qui souffriraient de douleurs inexpliquées à ne pas baisser les bras avant d'avoir obtenu une meilleure explication que "Vous êtes douillette". N'hésitez pas à consulter plusieurs gynécos si nécessaire, et à réclamer des examens si on ne vous en prescrit pas spontanément. Même s'il n'existe pas de traitement miracle, un diagnostic précoce permettra toujours de mieux faire face au problème, surtout pour celles qui désirent des enfants. 

samedi 1 mars 2014

Où je décide de réduire drastiquement mes apports en glucides pendant un mois




Malgré une alimentation globalement saine, malgré la reprise du sport début novembre et mes trois séances hebdomadaires quand je suis à Bruxelles, force m'est de constater que mon poids ne bouge pas. Je suis probablement en meilleure forme générale, mais ça ne se voit pas sur la balance. Partant de là, il me reste trois possibilités pour faire la chasse aux kilos surnuméraires sans recourir à un régime totalement stupide et voué à l'échec sur le long terme:
- D'activités physiques d'intensité modérée (yoga, Pilates, piscine), passer au cardio. J'ai des genoux pourris et je déteste ça, donc: no way José. 
- Adopter la méthode de boostage du métabolisme basée sur ce livre, et qui a spectaculairement bien réussi à Chouchou. Problème: elle se base essentiellement sur une absorption massive de protéines, soit viande, jaune d'oeuf cru dans un peu tous les plats et shakes gerbants après l'effort. Non, merci.
- Diminuer significativement la quantité de glucides que j'absorbe. Certaines personnes sont accros au chocolat ou au sucre en général; moi, quand j'ai une fringale, je rêve d'une pizza, d'un plat de pâtes ou d'un risotto. Je sais que je consomme trop de féculents, parce que quand on a renoncé à la viande, c'est un peu le seul truc qui reste pour accompagner les légumes. Mon effort ciblé du mois de mars consistera donc à trouver des moyens satisfaisants de les supprimer un repas principal sur deux (le soir, vraisemblablement). Compte-rendu de l'expérience le 31.