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jeudi 19 octobre 2017

"Manhattan murmures" (Giacomo Bevilacqua)


Pour oublier une rupture douloureuse, Sam, photographe, part à New York afin d'y réaliser son premier article de fond. Celui-ci relatera le défi qu'il est lancé: passer deux mois dans cette ville grouillante de monde sans jamais adresser la parole à un autre être humain...

Premier roman graphique de l'italien Giacomo Bevilacqua, "Manhattan murmures" met en scène la solitude, le silence et l'introspection de son héros dans le cadre le plus paradoxal qui soit, un cadre qu'il s'attache à dépeindre avec autant de sensibilité que le paysage intérieur de Sam. 

Ici, quand le photographe capture un instant à travers son objectif, c'est d'une façon assez littérale pour que le récit flirte avec le fantastique sans y basculer tout à fait. Quelques twists bien trouvés assurent la fraîcheur d'une conclusion romantique qui, sans eux, aurait pu paraître trop convenue. Il y aurait de quoi en tirer un très joli petit film d'auteur. 

Merci aux éditions Vents d'Ouest pour cette lecture.

mercredi 9 juillet 2014

Judy




Elle a l'impression que la terre vient de s'ouvrir sous ses pieds pour l'engloutir. 
Bien sûr ça n'allait pas très fort entre eux depuis un certain temps; bien sûr elle avait parfois caressé cette idée comme un dernier recours, sans y croire vraiment. L'ultime solution. La bombe atomique qui va mettre un terme au monde tel qu'elle le connaît. 
Jusqu'ici, malgré les difficultés professionnelles, les petits soucis d'argent ou de santé, les brouilles avec la famille ou les amis, elle avait toujours eu cette certitude à laquelle se raccrocher: quoi qu'il arrive, ils vieilliraient ensemble. Il serait toujours là pour la compléter, la rassurer, l'épauler, réchauffer son lit par les froides nuits d'hiver. 
C'est comme si elle avait été projetée dans une autre dimension, un continuum spatio-temporel qui n'est pas le sien et où leurs chemins se séparent sans qu'elle l'ait choisi vraiment. 
Ils avaient juré. Pour le meilleur et pour le pire, jusqu'à ce que la mort les sépare. Quel échec, quel terrible échec...
Le pire, c'est qu'elle ne sait pas si elle doit accepter la sentence ou se battre pour la faire révoquer. Au fond d'elle, elle sait bien qu'ils ne sont plus en phase, que depuis des mois voire des années, ils puisent leurs bonheurs respectifs à l'extérieur. Mais tous les couples traversent des phases à vide, non? Si on lâche trop vite en cas de problème au lieu de se battre pour le résoudre, comment espérer construire quelque chose de durable? 
Comment savoir quand on s'est assez battu et que continuer serait de l'acharnement thérapeutique pur et simple? Comment savoir quand on a passé le stade où il convient de rendre les armes? Comment savoir quand la situation est devenue irrattrapable, l'éloignement irrémédiable?
Elle n'en a pas la moindre idée. La peur de se retrouver seule, arrachée à son cocon familier, l'empêche de considérer les faits objectivement. Repartir à zéro, à son âge... cette idée l'accable autant que l'absence future de celui qui était la constante numéro un dans son paysage depuis tant d'années. Elle ne sait plus à quoi se fier, n'entend pas la voix hésitante de son instinct dans la clameur des sentiments contradictoires qui hurlent en elle. 
La suite de sa vie lui apparaît comme un tunnel obscur et sans fin. 
Un jour pourtant, elle ressortira du tunnel. Après des mois passés à enchaîner mécaniquement les gestes du quotidien avec un goût de bile dans la bouche, des mois à se sentir congédiée de sa propre vie, des mois à se demander ce qu'elle fait là et à pleurer en songeant à ce qu'elle a perdu, elle lèvera la tête vers le soleil qui caresse son visage et se sentira de nouveau vivante. Elle pensera à cette soirée qu'elle attend avec impatience, et à laquelle il se serait atrocement ennuyé. Ce projet qu'on lui a proposé, et qu'elle n'aurait pas osé accepter du temps où ils étaient ensemble. 
Elle pensera à toutes ces petites choses qu'elle ne pouvait pas faire avec lui, qu'elle sacrifiait volontiers à l'harmonie de leur couple mais qu'elle est bien contente de se réapproprier. Lire jusqu'au milieu de la nuit sans qu'il grogne parce que la lumière l'empêche de dormir. Porter des jupes qu'il aurait jugées bien trop courtes. Boire un cocktail de trop dans un apéro entre copines. Acheter une énième paire de bottines noires même pas en soldes sans planquer le ticket de caisse. S'offrir un city trip avec musées à gogo pendant les prochaines vacances plutôt que mourir d'ennui à la plage ou à la montagne.
Elle aura toujours la conscience lancinante de ce qu'elle a perdu, mais elle commencera à se rendre compte de ce qu'elle a gagné, aussi. Elle occupera à nouveau tout son espace. Elle se sentira plus forte d'avoir survécu à ce cataclysme. Elle réalisera qu'en sortant du chemin tout tracé avec lui, elle s'est ouvert une infinité de voies, et que même si ça lui donne parfois le tournis, c'est excitant, aussi.
Petit à petit, sur les ruines de son ancienne vie, elle reconstruira quelque chose de plus épanouissant et de plus solide. Et ce qui lui était apparu un jour comme la fin du monde ne sera plus qu'une transition éprouvante mais nécessaire. 

jeudi 21 juin 2012

Pour ne pas finir comme Johnny et Vanessa


Cette nuit, j'ai rêvé qu'en chahutant avec Chouchou, je lui faisais un ippon sur le seuil d'une maison, que son cou tapait violemment contre l'arête de la porte pendant sa chute et qu'il était décapité net. 

Je crois que je suis traumatisée par la séparation de Johnny Depp et Vanessa Paradis. 

Même s'ils n'avaient plus fait d'apparition publique ensemble depuis le festival de Cannes 2012, ces deux-là démentaient les rumeurs de rupture depuis des mois. Avant-hier, le publiciste de Johnny Depp a pourtant fini par annoncer que, oui, la divinidylle était bel et bien terminée après 14 ans et deux enfants. 

Des couples de stars qui se brisent, il y en a une demi-douzaine chaque jour. Alors pourquoi suis-je aussi touchée par cette séparation-là? Parce que j'adore Vanessa Paradis et que ça me fait de la peine pour elle, bien sûr. Mais aussi à cause de ce que son couple avec Johnny Depp représentait. Quand ils se sont rencontrés, elle sortait d'une histoire qui s'était mal terminée avec Lenny Kravitz; elle était triste et malheureuse. De son côté, il buvait et détruisait les chambres d'hôtel. Il n'est pas le prince charmant qui l'a sauvée, non: ils se sont sauvés mutuellement. Par une sorte de miracle alchimique, chacun a fait ressortir ce que l'autre avait de meilleur, et leur couple est devenu bien supérieur à la somme de ses parties. Pendant des années, il a été un espace d'apaisement mutuel, de créativité soutenue et encouragée. 

Un peu comme pour Chouchou et moi, donc. 

Mais le miracle alchimique n'a pas résisté à l'usure du temps. Il semblerait que les vieux démons de Johnny Depp soient revenus à la charge et qu'ils aient fait voler la divinidylle en éclats. 

Du coup, je m'en vais acheter du papier de verre pour poncer ma porte. On ne sait jamais.  

dimanche 13 novembre 2011

Les non-Utopiales 2011


Ici s'achève un merveilleux week-end de non-Utopiales.

A la base, je venais à Nantes pour assister à cette convention de SF qui est l'une des trois grosses manifs littéraires auxquelles je participe chaque année (avec le Salon du Livre de Paris en mars et les Imaginales d'Epinal en mai). Puis l'amie qui m'héberge habituellement s'est fait larguer par son mari, aidé de ses deux bons potes pertes et fracas, et j'ai eu plus envie de passer du temps avec elle que de boire des coups au bar de Mme Spock ou de faire la queue une heure pour une dédicace sur un bouquin que je n'aurais pas acheté en temps normal et qui serait juste venu grossir ma PAL.

Oh, nous avons bien passé deux heures au Palais des Congrès dans l'après-midi de samedi, et j'ai bien eu le plaisir de saluer quelques têtes connues, voire de bavarder un peu avec elles. J'ai admiré la robe rayée rouge et noire dans laquelle Garulfo ressemblait à la Musky de Ribera et Godard; je me suis fait payer un jus de pomme par l'organisateur des chroniques de Kandorya; j'ai promis à JCD qu'on trouverait le temps de goûter ensemble à Toulouse pendant les vacances de Noël; j'ai discuté godasses (what else?) avec Pierre Pevel et ma ravissante jeune collègue Annaïg; j'ai été surprise mais ravie d'apprendre que Sam et sa boîte Sans Détour allaient collaborer avec Editeur Préféré sur plusieurs projets; j'ai félicité la jolie Claire pour son bidon tout rond et Jeanne A. Debats pour son allure d'extra-terrestre allumée. En revanche, j'ai raté Anne Fakhouri qui m'avait promis un mojito en échange du récit de mon bref mariage à un Breton catho de droite, et Ando à qui j'avais promis de faire faire des dédicaces mammaires. Mesdemoiselles Mesdames, ce n'est que partie remise.

J'ai visité et aimé l'expo de Greg Broadmore. Pour le reste, aucun auteur présent ne m'intéressait à part Audrey Alwett qui n'était pas prévue au planning des dédicaces ce jour-là, et le duo Carine M.-Elian Black'Mor qui étaient arrivés vendredi et repartis aussi secs, les organisateurs ayant oublié de commander leurs bouquins! Le nouvel emplacement du bar de Mme Spock ainsi que le manque de places assises n'incitaient pas vraiment à s'y attarder; c'est donc sans regret que mon amie et moi sommes rentrées pour finir la soirée en papotant. Finalement, ce que je préfère dans les Utopiales, c'est encore elle.

vendredi 7 octobre 2011

La roue tourne


Il y a un mois, une de mes plus vieilles amies était en couple depuis plus de 20 ans avec le seul et unique homme de sa vie.
Aujourd'hui, elle finit de s'installer dans son tout premier appart' de célibataire; elle a ses deux enfants en garde alternée et son mari et elle vont engager une procédure de divorce.
Elle n'a toujours pas bien compris ce qui lui était arrivé.

Il y a un mois, une amie beaucoup plus récente et néanmoins très chère traversait une période morose, pleine de soucis matériels et affectivement déserte.
Aujourd'hui, elle cause déménagement international pour s'installer avec son "homme parfait", celui qu'elle vient juste de rencontrer mais dont la place dans sa vie s'est tout de suite imposée comme une évidence.
Elle non plus n'a toujours pas bien compris ce qui lui était arrivé.

En bien comme en mal, la vie peut basculer en un clin d'oeil. J'essaie de ne pas l'oublier pour savourer chaque minute de bonheur sans la considérer comme un dû, et tenir bon dans les périodes difficiles grâce à la certitude qu'elles se termineront un jour - peut-être plus vite que je ne le pense.


L'illustration légèrement décalée provient d'ici. J'ai toujours du mal à parler de sujets "sérieux" sans tenter de dédramatiser...

jeudi 8 septembre 2011

Left outside alone


"Je ne t'aime plus."

Qu'ils sont difficiles à entendre, ces mots. Oh, sûrement pas aussi difficiles que "Vous avez un cancer incurable; il vous reste trois mois à vivre." Mais sur le coup, on croit qu'on va crever de mal tout pareil.

Les semaines qui suivent, à se demander comment on en est arrivé là, comment on n'a pas senti que l'autre se détachait à ce point. A chercher tous les moyens de faire renaître un sourire sur ses lèvres et de l'affection dans son regard, quand il ne nous manifeste plus qu'une indifférence glacée, si douloureuse. Le moment où on réalise que malgré toute sa volonté, on ne peut pas se battre, que c'est vraiment fini et qu'il ne reste qu'une chose à faire: s'en aller.

Cette sensation atroce d'avoir été mis à la porte de sa propre vie. Désespérément, on se creuse la tête, on essaie de comprendre quelle erreur d'aiguillage on a commise, à quel moment on est sorti de la route sans même s'en apercevoir, et de façon irrémédiable. On a envie de hurler: "Ce n'est pas juste; je t'aime toujours, moi! J'ai toujours envie qu'on vieillisse ensemble! Et tu m'avais promis. Tu m'avais promis..."

Que vaut-on encore quand on n'a pas réussi à garder l'amour de la personne à qui l'on s'était voué pour toujours? Quel avenir peut-on encore espérer sans elle? Rien, aucun, pense-t-on sur le coup. Et pendant assez longtemps après.

Il m'a fallu des années pour surmonter le sentiment que j'avais laissé "filer" l'homme de ma vie. Bien après que j'aie reconstruit un couple heureux et une relation beaucoup plus épanouissante, je ne pouvais me défendre contre l'impression d'évoluer dans un monde parallèle où je n'avais pas réellement ma place.

Mais ça finit par passer. C'est long, c'est dur, mais ça finit par passer. Il reste d'autres belles choses à vivre, seul ou avec quelqu'un qu'on n'a pas encore rencontré, quelqu'un avec qui on reconstruira quelque chose de différent et de peut-être meilleur.

Ce "Je ne t'aime plus", je l'ai entendu il y a bientôt six ans. Pour une de mes amies très chère, le couperet est tombé il y a quelques jours, après vingt ans passés avec son homme et deux enfants. Je suis loin et ne peux pas faire grand-chose pour elle sinon lui souhaiter beaucoup de courage, lui dire que je comprends sa peine et qu'elle s'en sortira.

PS: Anne-Solange Tardy a écrit hier, avec toute la finesse et la sensibilité qui la caractérisent, un texte magnifique sur la fin d'une histoire d'amour. Même si je ne la connais pas, je souhaite de tout coeur que ça ne soit pas autobiographique.

vendredi 10 décembre 2010

Le livre qui n'en finissait plus de se refermer

Pendant longtemps après ma séparation d'avec l'Homme, j'ai eu l'impression de me mouvoir dans une sorte de monde parallèle, d'avoir été expulsée de la vie qui aurait dû rester la mienne et de suivre désormais une fausse trajectoire. Je savais que j'étais malheureuse avec lui et qu'on n'aurait même jamais dû se mettre ensemble à la base; j'avais conscience d'avoir trouvé une relation bien plus intéressante et plus épanouissante avec Chouchou. Pourtant cette impression a persisté longtemps.

Les deux premières années, il ne s'est pas passé une journée sans que je pense à l'Homme. Je rêvais régulièrement de lui et me réveillais toujours avec le coeur serré de tristesse. Petit à petit et beaucoup trop lentement à mon goût, tout cela s'est estompé. Ce matin, j'ai reçu de lui un mail dans lequel il me prévenait qu'un courrier de mon assurance maison était arrivé chez lui et me demandait de faire le changement d'adresse. Et je n'ai rien ressenti du tout à la vue de son nom. Même plus de rancoeur ou d'énervement.

Tourner définitivement la page ne m'aura pris que 4 ans, 7 mois et 6 jours.

lundi 21 juin 2010

Fuck my ex

Samedi, en voyant la date s'afficher sur mon post du jour, j'ai eu la vague impression d'avoir oublié quelque chose. Mmmh, 19 juin, voyons... L'anniversaire de Philou est bien le 19, mais en octobre. En juin, il y a... euh, celui de David que j'ai totalement zappé le premier, et celui de Mère à qui j'ai eu l'idée originale de faire envoyer un bouquet par Aquarelle. Le 19 juin, le 19 juin, qu'est-ce que ça peut bien être?

Puis ça m'est revenu. Ce soir-là, il y a onze ans, l'Homme me raccompagnait chez moi après un pot bien arrosé au club d'aïkido, et ce qui n'aurait pas dû arriver vu qu'il se mariait sept semaines plus tard arriva quand même. Je ne vais pas passer de nouveau en revue l'histoire mouvementée qui s'en est suivie: je l'ai déjà racontée mille fois (les nouveaux arrivants curieux n'ont qu'à cliquer sur le tag "rupture" en fin de post).

Mais pour connaître le sentiment qui me reste vis-à-vis de l'Homme après toutes ces années, il aurait fallu voir ma jubilation lorsque, samedi après-midi même, j'ai découvert ce pendentif parmi les bijoux que La Princesse mettait en vente chez Mlle François:



Ouais, je me suis jetée dessus et c'est mon collier préféré jusqu'à nouvel ordre :-D

jeudi 15 octobre 2009

A birthday and an anniversary

Hier, c'était le 43ème anniversaire de l'Homme. Le 4ème qu'il fêtait (ou pas) sans moi.
Je ne me rappelle même plus la dernière fois que je l'ai vu. Je crois que c'était il y a un an et demi.
Cette nuit, j'ai fait un cauchemar dans lequel il m'annonçait qu'il me quittait - chose qu'il n'a jamais eu le courage de faire dans la réalité. Et j'avais mal à en crever, vraiment. Ce qui n'a pas été le cas dans la réalité, car je savais que cette histoire était arrivée à son terme et que nous aurions déjà dû nous séparer depuis longtemps.

Si la vie était un roman, à un moment, j'aurais eu un déclic qui m'aurait libérée de son souvenir et mise en paix avec notre rupture foireuse. La vie n'est pas un roman, et ce détachement s'est fait de façon graduelle, imperceptible. Sans qu'il se produise la moindre épiphanie, un jour j'ai réalisé que j'avais cessé de me sentir dans une vie qui, bien que beaucoup plus heureuse que celle que je menais avec lui, n'était pas la mienne. Désormais, je n'ai plus l'impression d'avoir été projetée par erreur dans un univers parallèle à la Sliders. Ce serait même plutôt l'inverse: il me semble avoir enfin trouvé la place qui devait être la mienne depuis le début.

Lundi prochain, ça fera 3 ans que je suis avec Chouchou. C'est le temps qu'il m'aura fallu pour ne plus nourrir aucun sentiment équivoque même dans les recoins les plus secrets de mon coeur.
Le temps guérit tout, oui. Mais on ne peut pas dire qu'il se presse, le salaud.

mercredi 25 février 2009

Je ne m'identifie pas, je compatis

C'était la petite fiancée de l'Amérique, la fille pas terrible à la base qui à force de chirurgie esthétique, de nutritionnistes, d'habilleurs, de coiffeur et de maquilleurs pro avait réussi à devenir une des actrices de télévision les plus adulées et les mieux payées des USA.
Poursuivant son conte de fées moderne, elle a séduit et épousé un acteur que beaucoup considéraient comme le plus bel homme du monde. Ils sont devenus le golden couple universellement envié.
Quelques années de bonheur tranquille ont passé.
Puis le plus bel homme du monde a tourné un film avec la fille la plus sulfureuse de Hollywood. Six mois plus tard, il divorçait de la petite fiancée de l'Amérique. L'année suivante, il avait déjà trois enfants avec la fille la plus sulfureuse de Hollywood. Et jurait sur ses grands dieux que non, bien sûr, il ne s'était rien passé entre eux durant le tournage du film sur lequel ils s'étaient rencontrés.
A l'époque, la petite fiancée de l'Amérique est restée très digne malgré son chagrin, refusant de faire le moindre commentaire négatif sur son ex et sur la nouvelle compagne de celui-ci. Mais les tabloïds la montraient se promenant sur la plage seule avec son chien et un air triste à mourir.
La série qui l'avait fait connaître était terminée, et elle a eu du mal à transformer son passage sur grand écran. La plupart de ses films étaient médiocres et ne cartonnaient pas franchement au box office. Côté vie privée, elle a essayé de se remettre en selle, et là aussi elle a fait de mauvais choix, jetant son dévolu sur des bad boys avec qui ça ne pouvait que mal se terminer.
Pendant ce temps, les journaux ne parlaient que du plus bel homme du monde et de la fille la plus sulfureuse de Hollywood: leurs six enfants biologiques ou adoptés, leurs engagements caritatifs, leurs multiples maisons et voyages à travers le monde, leurs films à succès. Ils les montraient superbes, irrésistibles et conquérants. Beaux, riches, talentueux ET généreux, capables de concilier mille activités tout en entretenant une passion amoureuse dévorante.
Dimanche soir a eu lieu la cérémonie des Oscar. Pour la première fois depuis leur divorce, la petite fiancée de l'Amérique s'est retrouvée en présence du plus bel homme du monde et de la fille la plus sulfureuse de Hollywood. Elle était sur scène, présentant des récompenses. Ils étaient tous deux nominés dans la catégorie "meilleur acteur" ou "meilleure actrice" et assis dans la salle.
Comment peut-on sourire, parler avec naturel et faire son travail sous le regard d'un homme qui a juré de vous aimer jusqu'à ce que la mort vous sépare - puis qui, aux premières difficultés dans votre couple, s'est laissé mettre le grappin dessus par une autre, s'est comporté comme un lâche en n'assumant même pas ses actes, vous a prise pour une conne dans les grandes largeurs et humiliée devant le monde entier?
Pendant qu'un film que je n'avais que moyennement apprécié raflait 8 statuettes, mon coeur saignait pour la petite fiancée de l'Amérique. Et pour moi.

PS: Mais le cinéma, c'est formidable. Beaucoup plus juste que la vraie vie. Le plus bel homme du monde et la fille la plus sulfureuse de Hollywood sont tous les deux repartis les mains vides.

mercredi 2 juillet 2008

La petite vengeance du jour

Tout à l'heure, en rentrant de ma folle journée de soldes, j'ai trouvé un message de l'Homme dans ma boîte mail.
salut, j'ai besoin urgement de l'avis d'imposition de l'année dernière, et je n'ai plus mon exemplaire. peux tu me faire un scan du document et me l'envoyer par mail, ou par courrier. merci
Bien entendu c'est un copié-collé: je sais qu'urgemment n'existe pas et que si ça existait ça prendrait deux M. Je sais aussi qu'on met une majuscule en début de phrase et un point d'interrogation à la fin d'une question. Mais ça, c'est peut-être un effort qu'on fait seulement quand on écrit à quelqu'un qu'on ne prend pas pour la Reine des Dindes.
Je me suis donc fait un plaisir de répondre ceci:
je suis actuellement à bruxelles. l'avis d'imposition se trouve à monpatelin, où je ne rentre pas avant le 31 juillet. je ne vois donc pas ce que je peux faire pour toi avant cette date.
Et le plus beau, c'est que c'est la stricte vérité.
Bien sûr si j'avais été compatissante, j'aurais pu lui signaler que la voisine avait les clés de l'appartement et lui expliquer où trouver mon exemplaire du fameux avis d'imposition. Ca a l'air important pour lui. Oui, mais pas me tromper, pas me mentir, pas me laisser souffrir des mois pour rien, pas me prendre pour la dernière des connes, pas accepter sans piper mot que je lui fasse tout un tas de cadeaux en partant, pas demander d'un air penaud "pour ma nouvelle voiture, tu me prêtes quand même les sous?", pas aller raconter des craques à nos amis communs, pas planter spectaculairement la seule formalité dont je lui avais demandé de se charger au moment de notre séparation, c'était important pour moi. Alors, qu'il se démerde.

samedi 3 mai 2008

[Ceci n'est PAS un poème]

Ce matin en me réveillant
j'ai réalisé qu'on était le 3 mai.
Et que ça faisait donc deux ans tout juste
qu'après une énième nuit passée à pleurer dans le canapé
j'avais annoncé à l'Homme que je m'en allais
puisqu'il ne m'aimait et ne me voyait même plus.

Pendant ces deux ans j'ai découvert
qu'il n'était pas celui qu'il prétendait
et que je n'étais pas non plus celle pour qui il me faisait passer.
Je suis partie loin;
j'ai laissé des impressions d'ailleurs
me distraire de mon chagrin.
J'ai voulu rejouer à l'amour,
une fois pour rien et la deuxième:
- une révélation.
Jour après jour
je suis devenue ce que j'étais depuis le début
et que j'avais étouffé pour le retenir.
L'impression
d'avoir été chassée de ma propre vie
d'errer dans une existence qui n'était pas la mienne
s'est progressivement estompée.
Aujourd'hui je sais
que le second chemin était le bon
celui que j'aurais dû suivre dès le départ.

Et penser à lui
ne me fait plus mal.

dimanche 6 avril 2008

La nuit porte conseil

Opération rapatriement en France annulée. Je répète: opération rapatriement en France annulée.
Reprise de l'activité bloguesque normale dès que nous serons remis de nos émotions.

samedi 5 avril 2008

Sitôt arrivée, sitôt repartie

L'aventure bruxelloise s'achève ici.
Le blog "Moody & Cookie" également.
Merci à tous ceux qui nous ont suivis.

mercredi 10 octobre 2007

To sleep; per chance, to dream not

Un an et demi qu'on est séparés et il continue à me hanter. La nuit, je fais des rêves bizarres ou poignants qui me perturbent pour toute la journée suivante. Le jour, des dizaines de détails, d'endroits ou de situations le font ressurgir inopinément dans ma mémoire. Il ne se passe quasiment pas une heure sans que je pense à lui, sans que je revoie des scènes de notre vie commune, sans que je ressasse tout ce que j'aimerais lui jeter à la figure, sans que j'imagine la vie géniale qu'il doit mener maintenant qu'il est débarrassé de moi. Le fait que ma propre vie n'ait jamais été aussi chouette, que je sois hyper amoureuse de quelqu'un d'autre, que je n'aie aucune envie d'être encore avec lui ne change absolument rien à l'affaire. L'illogisme de mon obsession me flingue presque aussi sûrement que l'absence d'issue à ma rancoeur. Pourquoi revenir sans cesse sur une histoire bancale qui n'a déjà duré que trop longtemps et que je ne regrette même pas? La seule réponse que j'aie trouvé à cette question, c'est: à cause de son imposture. Parce qu'il s'est conduit comme un minable et qu'il refuse de l'avouer, qu'il continue à passer aux yeux de son entourage pour l'incarnation moderne du samouraï - guerrier courageux et irréprochable. Je crois que le seul moyen de rompre l'enchantement néfaste en lequel il me tient bien malgré lui, ce serait de le confronter publiquement à sa lâcheté et à sa faiblesse de caractère. Ce qui ne risque pas d'arriver, ne serait-ce que parce que ça se retournerait probablement contre moi - genre, il s'en tirerait avec l'image du pauvre gars persécuté par son ex psychotique. Alors, comment faire pour oublier cet homme qui avait déjà cessé de penser à moi longtemps avant que je parte chez lui?

mardi 9 octobre 2007

Journée de merde, journée de merde.

En allant chez le véto récupérer Scarlett que j'y avais laissée ce matin pour un détartrage sous anesthésie, j'apprends que la pauvre bête a des transaminases qui explosent tous les quotas: enregistrées à plus de 1200 alors que le taux normal se situe entre 12 et 130. Et encore, c'est peut-être plus, l'indicateur n'allait pas au-delà. Autrement dit, ma petite chérie a un problème de foie. Le véto a réclamé des analyses supplémentaires dont j'aurai les résultats jeudi; nous verrons alors ce qu'il faut envisager comme traitement. Il pense a priori qu'un changement d'alimentation et, peut-être, des hépato-réducteurs pourraient suffire à ramener ses transaminases à un taux plus raisonnable, mais bon, tant que je ne serai pas sûre je m'inquiéterai forcément. Elle n'est quand même pas toute jeune, ma puce. Je savais bien qu'un jour où l'autre les ennuis de santé commenceraient, mais on a toujours tendance à penser que ceux qu'on aime sont immortels.
Donc je sors de la salle de consultation, un peu ébranlée. Au comptoir de l'accueil, je règle ma facture et reprends rendez-vous pour jeudi avec la secrétaire. Derrière moi, j'entends discuter une mère et sa fille qui ont apparemment elles aussi amené un chat. La fille s'approche d'un présentoir situé à côté de moi. Je la vois de dos. Elle doit avoir une douzaine d'années; ses longs cheveux bruns et raides lui descendent jusque dans le creux des reins et... autour la taille, elle porte un sweat-shirt du club d'aïkido de l'Homme. Je me tourne vers la mère. Ces cheveux (mal) teints en blond, ce bronzage orange, ce nez en forme de patate... Ouaip, c'est bien elle. Je finis de régler ma facture et me dirige vers mes paniers à chat. Au passage, je lance un sourire crispé à Fausse Blonde.
- Vous ferez mes amitiés à l'Homme.
Je me penche pour attraper les paniers et entends une voix douce, un peu étonnée, me demander:
- Vous le connaissez?
Euh... Ou elle se fout de ma gueule, ou elle est pas physionomiste pour deux ronds, parce qu'elle a dû en voir quelques-unes, des photos de moi. A moins bien sûr que l'Homme ait effacé toute trace de ma présence dans sa vie (enfin, toute trace dépourvue de valeur pécuniaire, disons). Ce qui ne m'étonnerait guère de lui.
Je me redresse et, tandis que la secrétaire contourne son bureau pour venir m'ouvrir la porte de la clinique, je plante mon regard dans celui de Fausse Blonde.
- Oui. Je suis son ex. Celle à qui vous l'avez piqué.
Et je sors sans attendre sa réaction.
Et maintenant, je m'en veux. Pas de l'avoir agressée - même si je ne suis pas particulièrement en colère contre elle, j'ai bien le droit de lui caser une remarque aigre au passage, et puis je ne me voyais pas sortir de là sans marquer le coup. Non, je m'en veux de ne pas avoir ajouté: "Comme je l'avais piqué à son ex-femme et comme une autre vous le piquera un jour quand vous ne l'idolâtrerez plus suffisamment". Ca, ça aurait été assassin juste comme il faut, parce que dirigé davantage contre lui que contre elle.

lundi 30 juillet 2007

Traces de lui

Petit à petit, je me débarrasse de toutes les traces de lui.
D'abord l'appareil numérique Samsung trop encombrant et trop compliqué pour moi, le dernier cadeau qu'il m'a fait quelques mois avant de commencer à me tromper. Je l'ai donné à mon père, le fan de modes d'emploi. Il était ravi.
Ensuite, les autres cadeaux, ceux qu'il m'avait offerts les premières années, quand il essayait encore de me faire plaisir. La parure collier et boucles d'oreilles Agatha en cristal rose et vert, que je n'aimais pas et que j'ai dû mettre une fois. Le sac Lancel rose Malabar, very cute mais pas du tout pratique. Ca se revend très bien sur eBay.
La bague avec un minuscule rubis en forme de coeur et les clous d'oreille assortis, je les ai donnés vendredi soir à sa filleule. Ce sont des bijoux qui conviendront très bien à une gamine de cinq ans. Pour une femme de trente, c'était juste d'un nunuche absolu.
L'immonde nounours en peluche acrylique blanche qui tenait un coeur marqué "je t'aime" entre les pattes, et que j'avais reçu pour le premier Noël passé ensemble chez mes parents (à l'époque, il vivait toujours avec sa femme), a échoué dans une poubelle peu après notre rupture. Le joli pendentif rose et la chaîne en or reçus le Noël d'après, en revanche, sont toujours dans ma boîte à bijoux. C'était un chouette cadeau: normal, c'est moi qui l'avais choisi.
[En fait la seule fois où il a vraiment été inspiré, c'est pour le petit Minolta rouge qui était un appareil parfait pour moi. Mais je reconnais que ce n'est pas évident de me faire des cadeaux: j'ai des goûts super pointus et les moyens d'acheter moi-même ce qui me fait envie dès que ça sort en magasin.]
Je ne peux pas jeter tous les albums photo sur lesquels il figure - juste éviter de les regarder en attendant que ma rancoeur s'estompe, ce qu'elle tarde à faire comme les lecteurs de ce blog auront pu le constater. Mais je commence à envisager de revendre cet appartement qu'il m'avait aidé à repeindre, dont son pote menuisier a fabriqué la bibliothèque sur mesure, et surtout qui se trouve à un kilomètre à peine de chez lui. Il me semble que je n'aurai vraiment tourné la page que lorsque je n'aurai plus à craindre de tomber sur lui en faisant mes courses chez Champion ou en allant chercher un recommandé à la Poste.

samedi 28 juillet 2007

La fille d'après

Elle vit dans ce qui a été mon décor pendant sept ans, au milieu des meubles que j'ai aidés à choisir. Elle dort comme un bébé malgré la canicule grâce à la clim que j'ai payée pour moitié, pendant que je suffoque toutes les nuits dans ma mezzanine sous les toits. Elle profite de la déco que j'ai faite, des heures que j'ai passées à traquer des objets japonisants alors que ce n'est pas du tout mon style. Ou bien elle déteste et se demande comment tout remplacer petit à petit. Elle a probablement vu les photos de mes vacances en Italie, en Autriche et au Japon, et à tous les coups elle s'est dit que j'étais petite, grosse et mal coiffée. Elle connaît certainement par coeur la liste de mes défauts, les manifestations de mon insupportable déprime hivernale - bref, tous les reproches que l'Homme avait à m'adresser et dont il s'est servi pour justifier le fait de me tromper avec elle. Elle a dû aussi entendre, souvent, que j'étais une des personnes les plus intelligentes et les plus cultivées que l'Homme connaissait, que j'avais un boulot génial et que je gagnais super bien ma vie; et elle l'a sûrement entendu quand il s'efforçait, mine de rien, de la faire se sentir inférieure pour prendre plus d'ascendant sur elle. Elle doit connaître les détails de ma vie sexuelle des sept dernières années mais tout ignorer des véritables raisons pour lesquelles les choses ont périclité entre l'Homme et moi à ce niveau (car ça m'étonnerait qu'il se soit vanté de n'avoir jamais réussi à me faire jouir). Elle doit, notamment, croire que j'étais une de ces rares femmes qui détestent les cunni - alors qu'en fait, je détestais juste ceux de l'Homme. A moins qu'elle soupçonne la vérité en lumière de sa propre expérience. Elle a dû entendre parler de mes problèmes d'endométriose, de mes rapports passionnels avec ma famille, des vacances avec mes amis parisiens pour lesquelles je délaissais l'Homme (il aura sûrement oublié de préciser que lui-même me délaissait pour ses stages d'aïkido, et que j'avais proposé de lui payer le voyage s'il voulait nous accompagner aux USA la première année). Elle marche dans mes pas et commettra sans doute les mêmes erreurs que moi.
D'elle, je sais juste qu'elle s'appelle S***, qu'elle a une fille d'une douzaine d'années et une Clio grise, et que c'est une élève de l'Homme. Depuis hier, je connais aussi sa tête. Elle a un gros nez, un bronzage exagéré et un faux blond à peine plus réussi que le mien dans le temps. Je me serais assez bien passée de la voir en photo, mais ça n'a suscité en moi aucune jalousie, aucune rancoeur. Que pourrais-je reprocher à cette fille? D'avoir les mêmes goûts et les mêmes méthodes que moi? Ce serait de la pure hypocrisie. La seule chose que j'éprouve pour elle, en fait, c'est une vague pitié. Elle sait presque tout sur mon passé, mais moi je peux prédire son avenir.

vendredi 27 juillet 2007

Another one bites the dust

J'apprends à l'instant que ma scrapeuse préférée (celle dont les créations me rendraient malade de jalousie si elles ne laissaient pas transparaître une personnalité aussi fun et aussi originale) est en train de divorcer. Elle doit avoir... 25 ans à tout casser, et elle était avec son mari depuis une dizaine d'années. Elle lui consacrait de nombreuses pages disant combien ils étaient faits l'un pour l'autre - de véritables âmes soeurs. J'ignore pour quelle raison et à l'initiative duquel des deux ils se séparent, mais je trouve ça infiniment triste. Bien sûr on peut imaginer qu'à l'âge où ils se sont rencontrés, aucun des deux n'avait réellement vécu sans l'autre et que cela a fini par leur peser. C'est le danger qui menace tous les bébés couples. D'un autre côté, les gens plus âgés sont, eux, menacés par leurs ratages antérieurs et par le cynisme qui peut en découler. Je ne crois pas qu'il y ait d'âge idéal pour se trouver, ni qu'on puisse prédire avec certitude que tel couple durera ou non. Je suis juste admirative de la réaction d'Elsie, qui reste toujours aussi gaie et positive malgré ses déboires conjugaux. Et je lui souhaite, non pas de tourner la page très vite (car il est certaines blessures que seul le temps peut cicatriser), mais de puiser dans son art et dans l'amour de ses proches la force nécessaire pour continuer à tenir le coup jusqu'à ce qu'un nouveau chapitre de sa vie commence à s'écrire de lui-même.

mercredi 25 juillet 2007

Le marque-page

Janet, une amie américaine que l'Homme n'avait pas vue depuis vingt ans, devait venir l'été dernier en stage de formation dans la ville voisine de celle où nous habitions. Bien entendu, l'Homme a proposé de l'héberger. Je n'étais pas ravie à la pensée qu'une inconnue squatte chez moi quinze jours durant. D'abord, je ne suis pas très sociable. Ensuite, les longues lettres que nous recevions chaque année pour Noël me laissaient supposer que Janet et moi n'aurions pas grand-chose en commun. Entre ses grosses lunettes de geek, son mari coiffé comme au début des années 80, ses deux enfants à dents du bonheur, son job de prof de français et sa maison paumée au fin fond du Maine, je pressentais que Janet devait être une personne très gentille et absolument soporifique - du moins, selon mes critères.
En juillet, deux mois après notre séparation, je suis passée chez l'Homme pour récupérer quelques affaires. Janet séjournait alors chez lui, mais se trouvait en cours à cette heure-là. Ignorant que nous n'étions plus ensemble, elle avait apporté un petit cadeau pour moi. "Mais tu vas probablement détester", m'a prévenue l'Homme. Et il m'a tendu un marque-page brodé au point de croix.
Ca a été le coup de la table de salon, bis. Je l'ai fixé, incrédule. Comment quelqu'un qui avait vécu avec moi pendant 7 ans pouvait-il ignorer que rien ne me touche autant qu'un cadeau fait main, et que je suis toujours en train de lire en parallèle une demi-douzaine de livres dont je me refuse à corner les pages?
J'ai laissé sur le lit de la chambre d'ami un petit mot dans lequel je remerciais chaleureusement Janet pour son adorable attention. Depuis, son marque-page a rejoint dans le tiroir de ma table de nuit les quatre ou cinq autres que j'utilise en permanence: le publicitaire à l'effigie d'une série-fétiche que j'ai traduite pendant longtemps; l'étoile, le chat et le croquemitaine dorés embossés sur bristol de couleur que j'ai achetés chez Trait, à Toulouse. Les bords s'effilochent un peu, et la rose brodée sous mon prénom est assez désuète, mais j'ai une tendresse particulière pour lui. Il représente un lien ténu entre moi et une fille que je ne rencontrerai jamais, et avec laquelle j'aurais peut-être réussi à établir un pont malgré nos différences.