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lundi 18 juin 2018

[ECOSSE] Où je ne vais pas tarder à devenir sociable si ça continue comme ça





Samedi matin. Après une nuit moyenne (nos matelas n'étaient vraiment pas terribles) et un petit-déjeuner si copieux que nous avons des restes à emporter pour un en-cas, nous quittons notre oubliable Air B'n'B et roulons en direction d'Armadale, le point de départ du ferry qui relie Skye au continent. Celui de 10h40 était plein quand nous avons réservé, et d'ici à celui de 12h10, nous avons le temps de faire un tour au château local. Ce dernier était en si mauvais état faute d'entretien que les autorités ont dû le démolir aux trois quarts et que ses ruines sont inaccessibles, mais les jardins abritent un musée dédié au clan MacDonald qui a principalement dirigé l'île pendant des siècles. Si je suis intéressée par l'histoire de Skye, je trouve l'expo bavarde et assez indigeste. Nous notons cependant, avec un certain amusement, que le Celte ressemble fort à la langue des Grands Anciens imaginée par Lovecraft - ou l'inverse, plus probablement. Et je retiens une ligne du chant de guerre des MacDonald: "Be strong, nurse your wrath" ("Sois fort, nourris ta colère"). Si je me fais créer un blason un jour, ça pourrait bien être ma devise. Nous faisons également un tour dans le jardin botanique luxuriant, qui contient de très beaux spécimens d'arbres, mais la pluie battante ne nous incite hélas pas à nous attarder.

samedi 16 juin 2018

[ECOSSE] Où je me découvre de nouveaux super-pouvoirs pourris





En me réveillant, je suis une fois de plus stupéfaite par la vue depuis notre studio Air B'n'B. Cet endroit est extraordinairement beau et paisible, un vrai coup de coeur à l'encontre de tous mes goûts habituels d'über-citadine. Nous en discutons avec Chouchou tout en retournant à pied vers Skyeskyns, et nous nous disons que nous aimerions bien revenir ici une semaine entière pour écrire le matin et visiter l'île en profondeur l'après-midi. A l'occasion de ses 50 ans ou des miens, par exemple - ce serait un chouette moyen de marquer le coup. 

vendredi 24 mars 2017

Mr Oh et moi




Ca fait maintenant 9 ans que Mr Oh et moi, on se voit tous les six mois environ - plus souvent quand je peux. 

Nous n'avons jamais échangé plus de quelques phrases, toujours les mêmes, jamais dans sa langue maternelle ni la mienne. Je crois qu'il est originaire du Sri Lanka, mais je n'en suis pas certaine. J'ignore son âge, ce qui l'a amené à Bruxelles et comment il s'habille en civil. Il ne sait pas ce que je fais comme métier, si j'ai des enfants ou non, de quel côté je penche en politique, comment j'occupe mon temps libre. 

Mais il est l'une des rares personnes au monde qui sait combien j'ai de tatouages, quoi et où. Et peut-être la seule qui connaît le craquement de chacun de mes orteils, la consistance de mon ventre, les musclés noués dans le haut de mon dos, la souplesse ou la raideur de mes articulations, le grain de peau de mon visage, les reliefs de mon crâne sous ma tignasse. 

C'est très particulier, le rapport entre un masseur et sa cliente. 

mardi 13 septembre 2016

Les super-héros ne portent pas toujours de cape




- Tiens, elle n'est pas là votre dame aujourd'hui?
- Non, elle a des petits soucis de santé depuis deux-trois mois, alors je suis tout seul pour gérer la boutique.
- Ca doit être bien fatigant.
- Ben... je suis debout tous les matins à 3h30, et les deux seules demi-journées où je ferme, le dimanche après-midi et le jeudi après-midi, je m'occupe de ma mère qui est très vieille et qui a un cancer maintenant.
- Ah oui, quand même. J'espère au moins que vous faites une petite sieste entre midi et deux pour vous rattraper.
- Entre midi et deux, j'ai les livraisons.
- Quelles livraisons?
- Vous savez, il y a beaucoup de personnes âgées sur la commune, et puis des gens malades ou handicapés qui ne peuvent pas venir au magasin, alors on les livre, ça fait partie du service. Certains se sentent obligés de commander beaucoup trop, je suis obligé de leur dire: "Ne prenez pas tant, vous allez gaspiller, je préfère passer deux fois pour des quantités plus petites!"
- ...C'est vraiment très gentil de votre part.
- Oh c'est normal, seulement là, y'a mon camion qui m'a lâché. Le garagiste m'a prêté une fourgonnette, mais on en rentre quatre fois moins dedans, et en été, les melons, les pastèques, ça prend de la place."
- Vous devez faire drôlement d'exercice, à déplacer tout ça.
- 10 tonnes depuis le début de la saison. A charger chez le fournisseur, décharger ici, recharger parfois pour le livrer ailleurs. Non mais là, je pense que ça a été le pire été de ma vie.
Tout ça dit très doucement, avec l'ébauche d'un sourire jamais bien loin.

Mon primeur est un super-héros du quotidien. 

jeudi 19 mai 2016

Où je dois me rendre à la cruelle évidence





Je suis peinarde dans le bus, en train de lutter contre un vague mal au coeur parce que je veux finir le troisième tome des Salauds Gentilshommes d'ici demain et que du coup, je lis depuis Monpatelin alors que je sais très bien que c'est une mauvaise idée. Entre Amigas et Champ de Mars, quelqu'un s'arrête près de mon siège et une petite voix lance timidement: "Excusez-moi, madame". 

Je lève la tête. Une blondinette de quinze ans environ, le teint frais bien qu'un peu acnéique, pas un poil de maquillage, me fixe avec de grands yeux innocents et pleins de confiance. Si elle veut me taper une clope, elle est mal barrée. 

"Moui?" 

Elle se retourne vers le fond du bus et désigne un sac à dos en toile kaki sur la banquette. "Le monsieur qui était assis là est descendu à l'arrêt précédent en laissant ça." Et elle attend en continuant à me fixer benoîtement. 

Un doute me saisit: la robe rouge que je porte aujourd'hui serait-elle le nouvel uniforme de la Police des Objets Abandonnés? Sérieusement, pourquoi cette gamine me dit ça, à moi? 

Puis je regarde les autres passagers. A l'arrière, des jeunes à divers états de l'avachissement. A l'avant, des vieux à divers stades de la liquéfaction. Alors, la lumière se fait dans mon esprit. 

Je suis dans ce bus ce qui ressemble le plus à une Adulte Compétente et Responsable (hormis le chauffeur qui a les mains occupées et un air pas super commode). 

Flûte. J'imagine que les lunettes rigolotes et le vernis à paillettes ne suffisent plus à masquer la triste réalité. 

jeudi 15 octobre 2015

Où les apparences m'induisent en erreur




La nuit vient de tomber quand deux collégiens montent dans le bus qui m'emmène à Monpatelin. A cette heure-ci, les autres passagers sont surtout des gens qui rentrent chez eux après leur journée de travail; la lassitude se lit sur leur visage et aucun d'eux ne pipe mot. Au milieu du silence général à peine troublé par le ronronnement du moteur, les voix excitées des gamins résonnent très fort. 

Le premier est un minuscule rouquin de douze ou treize ans environ, malingre avec une épaisse tignasse bouclée, des lunettes rectangulaires, le teint laiteux et les taches de rousseur règlementaires, un survêtement en nylon et une sacoche un peu ringarde. Le second est un Noir massif qui doit avoir 15 ou 16 ans; l'air un peu gauche, il porte une casquette de baseball à l'envers sur ses cheveux presque rasés et parle d'une voix aiguë qui contraste bizarrement avec sa carrure. Leur duo paraît un peu incongru, mais je suis amusée par l'enthousiasme fébrile qui émane d'eux, et par leur totale indifférence pour le fait que tout le monde peut entendre ce qu'ils disent. 

Bercée par le roulis du bus, je ne prête tout d'abord pas attention à leurs propos. Puis le téléphone du petit rouquin sonne, et il décroche très vite. 
- Oui, Mamie. On a oublié de te dire un truc, c'est que David va être papa! (Il tapote le bras de son copain.) Il est tellement heureux qu'il n'arrête pas de pleurer depuis tout à l'heure. 
Je jette un coup d'oeil discret au jeune Noir. Effectivement, des larmes de joie silencieuses coulent sur ses joues. Bigre. Il est peut-être plus âgé que je ne l'imaginais. 
Le petit rouquin continue:
- Oui, il est venu avec moi chez ma gynéco. Il était là quand elle m'a annoncé que j'étais enceinte.
Je... 
Que... 
HEIN?
- Là, ben, on rentre au foyer. Je te rappelle plus tard. Bisous, Mamie. 
La petite rouquine méga excitée raccroche et reprend sa conversation avec le grand Noir, et maintenant que je les écoute, je me rends compte qu'elle n'arrête pas de l'appeler "bébé", à peu près deux fois par phrase, et qu'elle se tient à quelques centimètres de lui même si elle ne le touche pas. Quand son regard croise le mien, je ne peux m'empêcher de lui sourire, mais elle ne me voit pas - aveugle à tout ce qui n'est pas sa petite bulle de grand bonheur. 

J'aimerais bien connaître leur histoire, à ces deux-là. 

Quelques arrêts plus tard, ils descendent du bus épaule contre épaule, sans se tenir la main, et disparaissent dans la nuit. 

mercredi 22 juillet 2015

Quand soudain, un inconnu m'offre un beignet




Hier. Parti avec un retard d'une demi-heure "à cause des âneries habituelles de la SNCF", annonce franco le chef de bord, le Bruxelles-Nice arrive à Toulon à 19h30 au lieu de 18h44. D'un côté, je serai contente de me faire rembourser un tiers de mon billet en première classe (pendant les grandes vacances, je n'hésite pas à payer 20€ de plus pour éviter de voyager dans des wagons de seconde bondés de familles avec enfants). De l'autre, il ne faudrait surtout pas que je rate le TER Toulon-Trululu, supprimé pendant toute l'année scolaire qui vient de s'écouler pour cause de travaux sur les voies, rétabli l'espace de deux mois pour les touristes et voué à disparaître de nouveau à la rentrée prochaine. C'est la seule fois de l'année où j'aurai pu faire Toulon-Monpatelin en 13 minutes au lieu d'une grosse heure en bus; ça ne se manque pas. 

Grâce au retard de mon TGV, je n'ai que 5 minutes pour l'attraper, et je crains que ça ne fasse un peu court. Mais comme mon premier train s'immobilise enfin en gare de Toulon, je vois que mon TER attend sur le même quai, à sa voie-habituelle-de-quand-il-daigne-circuler. Parfait! Je me jette dedans et reprends la lecture du dernier Odd Thomas. Premier arrêt: "Machinette-les-Oies". Deuxième arrêt: "Prosper-Youplaboum". Je rassemble mes affaires et vais me positionner près de la porte. Tiens, ça me semble un peu plus long que d'habitude jusqu'à Monpatelin, et je ne reconnais pas trop le paysage. "Duquai-Dugland". Je blêmis. "Hein? Mais comment ça, Duquai-Dugland? Je vais à Monpatelin, moi." "Ah, vous n'êtes pas dans le bon TER, m'informe un monsieur roux tout transpirant qui attend à côté de moi. Ce n'est pas le Toulon-Trululu, mais le Toulon-Tralala. Il ne passe pas par Votrepatelin". 

Grand moment de solitude. Bien que Monpatelin et Duquai-Dugland soient des communes mitoyennes, elles ne sont reliées par aucun transport en commun. Il faudrait que je trouve un bus pour retourner à Toulon, puis que j'attende le dernier bus pour Monpatelin qui me mettrait chez moi aux environs de 22h30. Un instant, j'envisage de faire le trajet à pied, mais le soleil cogne encore très fort, je suis trop habillée pour la météo, je n'ai pas de crème solaire ni de chaussures adaptées à la marche, je traîne une valise à roulettes et surtout: je ne connais pas le chemin et j'ai un sens de l'orientation méga-pourri. Taxi, alors? Mon portable est chargé, mais je ne suis pas certaine d'avoir de numéro idoine en mémoire et je ne connais pas le numéro du service de renseignements de mon opérateur. C'est alors qu'un miracle se produit: face à ma mine déconfite, le monsieur roux tout transpirant pousse un gros soupir et me dit: "Bon, de toute façon, j'ai déjà une demi-heure de retard, je vais vous emmener en voiture". 

En temps normal, j'aurais sans doute refusé poliment. Ca pourrait être un serial killer (oui, à Duquai-Dugland, parfaitement: il faut bien que les serial killers vivent quelque part), ou au moins un conducteur fou, et surtout, j'ai déjà un mal de chien à me sentir redevable envers mes proches - alors, envers un parfait inconnu! Mais là, je suis franchement embêtée. Et aussi, ça fait des mois que je travaille à gommer mon hostilité naturelle envers "Les Gens", cette espèce qui ne m'a jamais rien inspiré de bon. Alors, je décide de faire confiance et de monter dans la Fiat 500 rouge du monsieur roux tout transpirant.

Vingt minutes plus tard, je ne reconnais toujours pas le paysage et je commence à flipper; on devrait être arrivés en terrain familier depuis un bon moment. Le monsieur roux tout transpirant n'est néanmoins pas un serial killer: il a juste un sens de l'orientation presque aussi pourri que le mien. On fait trois fois plus de chemin que nécessaire, mais on finit par s'arrêter dans le parking de ma résidence, où je remercie mon Bon Samaritain du fond du coeur. Le pauvre semble juste pressé de rentrer chez lui, ce qui est bien naturel. Je ne pourrai jamais lui rendre service en retour, et ça me désole. Mais ça m'est aussi arrivé de faire spontanément une grosse bonne action pour un parfait inconnu, et quelque part, c'était une récompense en soi. Alors, je décide de considérer que le monsieur roux tout transpirant vient de créditer son compte karmique, et que je ferai circuler quand l'occasion se présentera. 

N'empêche. En novembre dernier, quand je me suis retrouvée bloquée à Toulon par des inondations, j'ai appelé un ami de longue date pour me servir de chauffeur jusqu'à Monpatelin. En mai, quand j'ai cru ne pas pouvoir atteindre la gare pour cause d'absence de bus un jour férié, c'est ma couturière (que je connais depuis dix ans, mais dont je ne suis pas proche) qui a offert de m'y conduire. Et aujourd'hui, un parfait inconnu m'a tirée d'un mauvais pas. Que dois-je en déduire? Que je suis victime de persécution ferroviaire? Ca me semble évident. Que le monde n'est pas toujours un endroit hostile et qu'il existe aussi des gens sincèrement gentils? Malgré ma méfiance et mon pessimisme naturels, je le savais déjà, même si je préfère ne pas compter dessus. Alors, quoi?

Dans son mémoire "The Art of Asking: How I Learned to Stop Worrying and Let People Help", Amanda Palmer parle de la difficulté qu'ont les artistes à accepter l'aide qu'on leur propose spontanément en comparant ça à une boîte de donuts offerts. Puis elle explique comment elle en est venue à solliciter l'aide des autres sans craindre de se montrer vulnérable ni considérer ça comme une faiblesse de sa part. Je n'en suis pas encore tout à fait là. Mais désormais, je suis capable de prendre le beignet qu'on me tend. C'est déjà un gros progrès pour moi. 

lundi 29 juin 2015

Où je découvre que j'ai le registre émotionnel d'une barbare - merci, Pixar!



Hier, donc, Chouchou et moi sommes allés voir "Inside out" - "Vice-versa" en français, titre qui n'a absolument rien à voir avec la choucroute et encore moins avec le film qu'il est censé désigner, mais passons. Sans surprise, le dernier Pixar est un dessin animé très intelligent, à la fois drôle, émouvant et instructif, qui plaira aussi bien aux petits qu'aux grands. Sa géniale idée de base consiste à mettre en scène sous forme de personnages les cinq émotions majeures qui dictent le comportement des gens: la Joie, la Tristesse, la Peur, la Colère et le Dégoût. Le film parle de construction de la personnalité et de structure de la mémoire; il illustre le fonctionnement et les limites de la psychologie positive, le tout d'une façon ludique et digeste. Bref, une grande réussite. 

Bien entendu, à la sortie, je n'ai pas pu m'empêcher de m'interroger: qui est aux commandes dans mon QG à moi? Quelles sont les émotions qui me gouvernent? J'ai beau tourner et retourner la question dans tous les sens, je n'en vois que trois: la Gratitude (qui est une version un peu plus calme et plus stable - plus mature, disons - de la Joie), l'Angoisse et la Colère. Parfois la première et la deuxième cohabitent bizarrement; parfois la deuxième et la troisième font équipe. C'est à peu près tout. En gros, j'ai le registre émotionnel d'une barbare. Ma Tristesse, je l'ai étouffée sous un oreiller depuis belle lurette: trop douloureuse, impossible à gérer. 

Quand nous sommes sortis du cinéma, je me suis arrêtée pour donner une pièce à un SDF. Il a levé vers moi des yeux bleus très clairs et un sourire rayonnant, et dans un mauvais français, il m'a dit qu'il prierait Dieu de me bénir parce que j'avais bon coeur. Franchement, ça m'a donné envie de foutre des coups de pied dans les murs et de mettre le feu aux façades. Comment, pourquoi y a-t-il de nos jours des gens contraints de mendier à genoux - à genoux, putain - sur les boulevards d'une grande ville riche comme Bruxelles? Si je commence à m'attrister, je n'en finirai jamais de pleurer sur les malheurs du monde. Je préfère nourrir ma rage, même si elle n'est pas nécessairement plus productive. 

Je ne m'autorise pas plus à être triste qu'à me montrer vulnérable. La Tristesse, quand j'étais encore capable d'en éprouver, me ravageait dans des proportions insoutenables, à me donner envie de me jeter par la fenêtre pour la faire voler en éclats. Je lui préfère la Colère, plus sombre mais plus énergique, qui pousse vers l'avant au lieu de clouer à terre. C'est d'ailleurs le seul trait que je partage avec Anita Blake, l'héroïne flingueuse et impitoyable d'une des séries que je traduis. Pas d'attendrissement inutile: il me faut des actes. Des flammes qui purifient plutôt que des larmes qui noient.

(Si vous n'avez pas vu le dessin animé et que vous ne voulez pas être spoilé, arrêtez-vous de lire ici.)

Pourtant, dans "Inside out", c'est la Tristesse qui sauve tout à la fin, en poussant la jeune héroïne à baisser ses défenses pour révéler à ses parents combien elle est malheureuse, et donc leur permettre de l'entourer et de l'aider. J'étais prête à concéder qu'il y avait peut-être quelque chose à apprendre de "The Art of Asking", le mémoire d'Amanda Palmer qui traite essentiellement de vulnérabilité. Mais si Pixar se mêle aussi de me donner des leçons de vie, où va-t-on? 

mardi 2 décembre 2014

Le mardi où les jeunes et moi, on a du mal à se comprendre




Réveil à 8h30 et seulement deux snooze avant de me lever, mais j'ai l'impression d'être un zombie. Par contre, avoir l'occasion de commencer la journée par une BA grâce à Amanda Palmer et MassMosaic, je kiffe! Et on devine même le bleu du ciel derrière les nuages ce matin. Juste avant que je ne me mette à appliquer ma colo, le facteur sonne à l'interphone: il m'apporte "L'effroyable encyclopédie des revenants" qui n'était censée arriver que jeudi, hourra! Colo terminée, je file prendre mon bus et pour une fois, j'arrive dans le centre de Toulon juste à temps pour acheter mon thé bien-aimé (le vert à l'écorce d'orange et au bleuet) chez La Vie Claire avant la fermeture de 13h. Titou et Kiki ont l'air de bien apprécier La fabbrica di Marco eux aussi, et ça me fait super plaisir (même si je n'en doutais pas vu la qualité de la cuisine). La dame de la mutuelle, que j'interroge sur les conditions de déductibilité de ma cotisation dans le cadre de la Loi Madelin, me parle chinois - c'est normal? Ayant cessé depuis 2 ans la fabrication des shorties en Tencel qui étaient la seule chose dont je consentais à parer mon auguste postérieur depuis une décennie (et dont mon stock commence par conséquent à baisser de façon inquiétante), Etam daigne cette saison vendre le même modèle en microfibre. J'en achète trois et manque m'étrangler à la vue de la note. Presque 50€ pour trois culottes en synthétique? C'est vraiment parce que mon auguste postérieur aime son confort. "Un oiseau blanc dans le blizzard", en gros, c'est la même histoire que "Esprit d'hiver", vue par la fille au lieu de la mère. Du coup, je m'emmerde sévère, et ça m'étonnerait que je le termine. Certes, il y a plus romantique qu'un coucher de soleil derrière des bateaux de guerre, mais je suis si contente de revoir de la lumière naturelle que je ne peux pas m'empêcher de descendre sur le port pour photographier ça. Au rayon papeterie de Carrefour, j'explique à un jeune homme complètement paumé la différence entre crayons H et crayons B. "Mais alors pour dessiner, je prends quoi?" "Ben ça dépend, si vous voulez des traits secs qui ne bavent pas, du H; si vous voulez des traits gras qui s'estompent bien, du B." "...Ca veut dire quoi, estomper?". Je reformule. "Vous êtes prof de dessin, c'est ça, hein?" Euh, pas vraiment. Tiens, il existe des bébés-bouteille d'Absolut pour les célibataires géographiques qui boiraient bien un coup à la fin de leur rude journée de travail. Mélangé à la chouette limonade Michel & Augustin, je suis sûre que ce sera délicieux. Oh mon dieu, ces bottines Schmoove me plaisent TELLEMENT! Mais soyons raisonnable: elles sont très chères et trop plates. Evidemment, le bus de 17h10 est bondé. Un jeune Beur monte et laisse à sa copine la seule place disponible alors qu'il vient d'être opéré de la cheville. "La galanterie, madame, vous êtes pas d'accord avec moi? C'est les femmes qui s'assoient en premier." "Euh, de mon point de vue, c'est la personne qui a le plus de mal à tenir debout qui s'assoit en premier." "Mais le romantisme, madame!" Je me pousse pour lui faire de la place. "Vous êtes bien gentille. Pas beaucoup de gens auraient fait comme vous, c'est ça le gros problème de la France en ce moment. Je le dis toujours: l'habit ne fait pas le moine." Oui oui oui. Voilà voilà voilà. Petra, que je ne connais pas mais qui a très envie de lire "The art of asking" et pas les moyens de se l'offrir, accepte que je lui en envoie un exemplaire via Amazon. De nous deux, c'est sûrement moi la plus heureuse. Rep a sa, toi qui penses qu'internet tue le vrai contact humain. Sur Skype, longue conversation avec Chouchou à qui je raconte mes rencontres de la journée: "C'est affreux, dans le regard des jeunes, maintenant, je suis une personne d'âge mûr respectable. Ils me considèrent comme un dinosaure, mais ils cherchent mon approbation. Sauf qu'ils ne connaissent probablement pas le mot." Je ne sais pas trop ce qui me consterne le plus.

jeudi 4 septembre 2014

Où je déclare la guerre à la pensée magique négative (2ème partie)




Ce jour-là, pour changer un peu, mon ophtalmo était très en retard sur son planning de rendez-vous: elle ne refuse jamais les urgences, et elle prend son temps avec chaque patient. Si poireauter une ou deux heures dans une salle d'attente est le prix à payer pour un médecin disponible et à l'écoute, je suis heureuse de le payer. J'avais acheté un roman japonais pour m'occuper, mais voilà: dès mon arrivée, on m'a mis des gouttes pour dilater mes yeux, et je me suis mise à y voir bien trop flou pour pouvoir lire. Comme tous les autres patients qui attendaient avec moi étaient dans le même cas, par ennui plus qu'autre chose, on s'est mis à discuter. 

Et parce que nous semblions tous bien connaître mon ophtalmo, qui a perdu son mari début juin d'un cancer secondaire aux poumons (la même chose qui a tué mon père), la conversation s'est très vite concentrée sur cette maladie. Nous étions quatre dans cette salle d'attente: une dame d'une soixantaine d'années dont le mari avait été emporté par le crabe à 58 ans, une autre dame un peu plus âgée qui avait vaincu son propre cancer deux ans avant mais qui continuait à prendre des cachets pour l'empêcher de revenir, et le concierge de l'immeuble où mon ophtalmo a son cabinet et où mes parents ont habité pendant 25 ans. Il connaissait très bien mon père qui, parti de bonne heure en retraite anticipée, était très actif au sein du conseil syndical. "C'était quelqu'un de bien, votre papa", m'a-t-il dit avec son curieux accent étranger que je n'ai jamais réussi à identifier. Il a loué son sérieux et sa fiabilité, et m'a dit combien il avait été triste d'apprendre sa mort alors même que mes parents avaient déménagé à Toulouse depuis plus de 6 ans. Il y avait beaucoup de respect et d'affection dans sa voix, et pour la première fois, j'ai réussi à acquiescer en souriant sans que mes yeux ne se remplissent de larmes. Ca m'a émue de me trouver confrontée tout à fait par hasard à quelqu'un qui avait connu et apprécié mon père dans un cadre totalement inconnu de moi, mais ça m'a émue sans m'attrister, et c'était un gros progrès. 

J'ai aussi parlé avec la dame qui avait eu un cancer. Elle semblait avoir très bien récupéré, et tout en disant sa conviction que ce genre de maladie finissait toujours par revenir, elle tenait des propos très positifs. "J'étais obligée de guérir. J'avais une motivation pour me battre: je voulais voir grandir mon petit-fils de 6 ans." L'espace d'une fraction de seconde, j'ai eu envie de répondre amèrement: "Et vous croyez que mon père n'avait pas envie de voir grandir ses petits-enfants? Vous croyez qu'il ne s'est pas battu lui aussi? Vous croyez vraiment que c'est l'envie de vivre qui détermine l'issue de la maladie?" Heureusement, j'ai eu le bon sens de me ressaisir à temps. Elle est toujours là, elle. Qu'elle croie ce qu'elle veut si ça lui fait du bien. Sans jamais se départir de son sourire, elle a évoqué la lourdeur du traitement, mais aussi la coiffeuse qui avait su la convaincre avec douceur de se raser le crâne quand ses cheveux avaient commencé à tomber par poignées, ou l'esthéticienne débordante d'énergie qui l'emmenait presque malgré elle pour lui redonner bonne mine quand elle avait l'impression d'être morte debout. Elle a dit en riant qu'elle avait repris dix kilos depuis la fin de sa chimio et qu'elle était redevenue convenablement dodue mais que ça ne la dérangeait pas le moins du monde, bien au contraire. 

Il y avait vraiment une drôle d'atmosphère dans cette salle d'attente qui n'était même pas celle d'un oncologue. Nous étions assis sur des chaises en plastique dans une pièce toute carrelée de blanc, où la climatisation trop forte menaçait de nous filer une pneumonie, mais métaphoriquement, nous étions les survivants d'une tribu groupés autour d'un feu invisible, échangeant nos récits de batailles perdues et gagnées contre le crabe pendant que tombait la nuit. Et pour la première fois, l'obscurité qui nous enveloppait ne me faisait plus si peur, parce que nous la partagions tous d'une manière indécelable au premier abord, et que la solitude glacée cédait la place à un début d'acceptation, une ébauche de fatalisme serein. 

L'un après l'autre, mes compagnons ont été appelés dans la salle d'examen et sont partis sur un au revoir chaleureux. Quand mon tour est venu, je me sentais très calme. J'ai demandé à mon ophtalmo comment elle allait, et pendant qu'elle me faisait des tests, nous avons discuté de la maladie de son mari et de celle de mon père - le choc du diagnostic initial, les horribles effets secondaires du traitement, la conviction que ça va être dur mais qu'on s'en sortira, l'hébétude quand la fin survient, l'injustice de voir partir avant l'heure des gens bien qui avaient une excellente hygiène de vie, le trou béant que rien ne semble pouvoir combler, le coup de poignard sans cesse renouvelé quand quelque chose évoque le défunt. Et sans même réfléchir, j'ai laissé s'exprimer mon empathie. Je n'ai pas cherché à minimiser le chagrin de mon ophtalmo, pas tenté de la convaincre avec des paroles creuses que tout allait s'arranger. Je lui ai fait sentir que je partageais son chagrin, que j'en mesurais le poids écrasant. Contrairement à ce que je fais d'habitude quand quelqu'un me parle de ses problèmes, je n'ai pas cherché de solutions concrètes à lui proposer, parce que je sais bien qu'il n'y en a pas. La meilleure chose à faire, pour une fois, c'était juste d'ouvrir mon coeur, de mettre ma vulnérabilité sur la table pour communier avec elle dans cette douleur - sans pathos, mais avec une sincérité totale. 

Et je ne me suis pas sentie faible ou bête ou insupportablement émotive de faire ça. Je n'ai pas eu honte de me livrer ainsi; je n'ai pas été embarrassée de recevoir les confidences de cette femme que je connais très peu bien que je sois sa patiente depuis 30 ans. Tout dans notre conversation me semblait juste. C'était la bonne attitude, les bons mots. Une connexion bien plus forte que ce que je m'autorise d'habitude. Pas un coup de baguette magique qui résout les problèmes en un clin d'oeil: un moment de partage entre deux êtres humains figurativement nus l'un face à l'autre. Un moment qui ne m'a ni brisée ni diminuée d'aucune façon, bien au contraire. Il m'a grandie émotionnellement; il a fait disparaître les résidus tenaces de mon angoisse et de ma peur de l'avenir.

A la fin de l'examen, mon ophtalmo m'a dit: "Il faut attendre les résultats de l'analyse du nerf optique par la machine, mais ce que je vois me semble parfait." Elle s'est montrée très rassurante: je finirai sans doute par avoir besoin de traitement à moyen terme, mais puisque le problème a été détecté dans l'oeuf, il n'y a pas de raison qu'on ne puisse pas le tenir sous contrôle. Quand on s'est séparées, elle a suggéré timidement: "On se fait la bise?" Et sans réfléchir, j'ai passé un bras autour de ses épaules pour l'étreindre très fugacement, comme si j'avais peur de la casser ou que je n'étais pas sûre que mon geste soit approprié. Mais avec le recul, je crois qu'il l'était. 

Hier, j'ai remporté une victoire personnelle que j'espérais depuis longtemps: désormais, je peux considérer les problèmes potentiels d'un oeil optimiste sans que le ciel s'estimant provoqué par mon insouciance ne décide de me tomber sur la tête. Au passage, j'ai eu une révélation que je ne recherchais même pas: occasionnellement, il m'est possible de faire preuve d'empathie sans que ce monde cruel n'en profite pour me piétiner avec des chaussures à clous. On progresse. Petit à petit, mais on progresse.

A ce rythme-là, d'ici quelques décennies, je ferai sans doute un être humain passable. 

Où je déclare la guerre à la pensée magique négative (1ère partie)




Depuis plus de 6 ans que je lutte contre mes folles angoisses, j'ai eu tout le temps de disséquer leur mécanisme pour tenter de le comprendre - dans l'espoir de réussir à le désamorcer un jour. Le cycle est toujours le même. Un symptôme mystérieux fait son apparition et perdure au-delà du raisonnable. Je me convaincs que j'ai un cancer d'ici ou de là. Je prends rendez-vous chez le docteur. Plusieurs semaines ou plusieurs mois s'écoulent. Je passe un examen quelconque, et le résultat tombe: je n'ai RIEN. Je sors du laboratoire en dansant. Pendant quelques jours, je trouve la vie merveilleuse et je suis ivre de soulagement. Peu de temps après, un autre symptôme mystérieux fait son apparition, et c'est reparti pour un tour. 

J'ai enchaîné tant de ces cycles que je devrais désormais être capable de relativiser. Pourtant, ce n'est pas le cas, et je me suis longtemps demandé pourquoi avant d'accoucher d'une explication assez tordue pour être vraisemblable. Chaque fois, je panique, mais chaque fois, en fin de compte, je vais bien. Je paye mon tribut en angoisse fantasmatique plutôt qu'en soucis réels. Du coup, si je cessais d'avoir peur, ne serait-ce pas justement là que le vrai problème frapperait? Mon inconscient abreuvé de trop de lectures est devenu superstitieux: il croit à l'ironie du sort, aux retournements de situation dramatiques, à la pensée magique négative. Il a dû se persuader que flipper à partir de tout et de rien est un moyen de prévention efficace. Et peut-être, aussi, est-il un peu accro à la joie de vivre insensée, à la gratitude inouïe qui me submerge lorsqu'un diagnostic dissipe une menace imaginaire. 

Début juin, j'ai appris que mon problème d'hypotonie oculaire, détecté fin 2012, avait empiré et qu'il faudrait bientôt envisager un traitement pour ne pas que je développe un double glaucome susceptible, à terme, de me rendre partiellement ou totalement aveugle. Il faut savoir qu'au hit-parade de mes terreurs médicales, la cécité arrive en position n°2, juste derrière la maladie d'Alzheimer et avant les cancers de toutes sortes. Donc, bien entendu, j'ai fait une crise maousse, m'imaginant finir ma vie dans une obscurité perpétuelle et une dépendance abjecte. Chouchou m'a passé un méga-savon, aboyant que je n'avais pas à lui pourrir la vie avec mes angoisses et que s'il me fallait un déversoir, je n'avais qu'à consulter un psy. Chose que j'ai déjà faite, et dont j'ai détesté chaque minute. Un examen complémentaire était prévu début septembre. J'ai compris que si je voulais passer un bon été, j'allais devoir trouver un moyen de mettre mes angoisses en sourdine toute seule comme une grande. 

Alors, j'ai fait un truc qui peut sembler totalement idiot mais qui, à moi, me paraissait follement risqué. J'ai décidé de ne pas m'inquiéter. De partir du principe que de toute façon, je n'allais pas devenir aveugle en l'espace de deux mois, et qu'après ça, même si le résultat de l'examen n'était pas fabuleux, je recevrais un traitement qui aurait de très grandes chances de fonctionner. Qu'en tenant compte des statistiques de réussite actuelle, de la détection précoce du problème, de mon âge et des progrès constants de la médecine, il était fort probable que je ne perdrais pas la vue parce que de toute façon, un cancer m'aurait emportée bien avant

Mon été a été plutôt morose quand même, mais pour des raisons tout à fait différentes, et je peux sans mentir affirmer que j'ai réussi à ne presque pas penser à mon problème d'yeux pendant tout juillet et août. Même à l'approche de l'examen, j'ai repoussé fermement la tentation de la panique qui revenait parfois à la charge. Je me suis concentrée sur ce que j'étais en train de faire et sur les petits plaisirs qui se présentaient à moi; je me suis imaginé des résultats corrects à modérément mauvais que j'accueillais avec calme, et j'ai esquissé des tas de projets pour l'automne afin de ne pas, cette fois, mettre ma vie en suspens dans l'attente d'un rendez-vous médical. Je ne suis pas certaine que ma tactique aurait fonctionné pour un problème objectivement grave, mais là, je savais que le vrai problème était dans ma tête - et que par conséquent, je devais aussi pouvoir y trouver une solution dans ma tête. 

Hier, j'ai vécu ma journée minute par minute, refusant de penser à autre chose que ce que j'étais en train de faire ou allais faire immédiatement après. Je me suis préparée tranquillement le matin. Je suis allée à la gare du Midi prendre mon TGV. Je me suis absorbée dans la lecture de mon roman en cours pendant une grande partie du trajet. J'ai couru pour attraper mon bus. Entre Toulon et Monpatelin, je me suis forcée à faire le vide dans ma tête, me bornant à regarder la route familière en profitant du ciel bleu et de la chaleur. Arrivée chez moi, j'ai vérifié que tout était en ordre à l'appartement. J'ai traité le courrier en attente. J'ai skypé un peu avec Chouchou. J'ai retardé le moment d'aller me coucher, parce que c'est toujours juste avant de m'endormir que je gamberge le plus et que j'ai les idées les moins rationnelles, mais même ça, j'ai réussi à gérer. Ce matin, après une bonne nuit de sommeil sans rêves, je suis allée faire mes courses au village. En début d'après-midi, comme je commençais à tourner en rond chez moi, j'ai pris le bus une heure plus tôt que nécessaire. Je suis passée à la Fnac jeter un coup d'oeil aux nouveautés de la rentrée littéraire. Pour m'encourager, je me suis offert un roman choisi parmi les trois qui me faisaient de l'oeil, en me disant que je le lirais dans la salle d'attente. 

Et puis je suis allée chez l'ophtalmo, et ma journée a pris un tour complètement inattendu. 

(A suivre...)

dimanche 25 mai 2014

Un long week-end d'Imaginales


Se traîner jusqu'à Epinal sans enthousiasme et arriver sous la pluie; en descendant vers l'hôtel, expliquer à Annaig comment déclarer ses droits d'auteur; râler en constatant que le wifi ne passe pas dans la chambre 15 de l'hôtel Azur; obtenir du gentil proprio une autre chambre plus grande, plus jolie et plus près du routeur; à force de venir ici chaque année, ce chemin à travers le parc me donne presque l'impression de rentrer à la maison; complimenter Magali sur sa jolie idée d'arbre à papillons-mots doux, et Pierre Pevel sur son élégance qui, dit-il, le dispense de faire du sport; recevoir une bague poulpe un chouïa petite de la part de Marika Gallman et une dédicace d'Alice Scarling avec double bonus d'autocollants Chibi; à la buvette, hésiter entre un thé Lipton et un verre de champ' et prendre finalement un chocolat chaud; discuter longuement avec Stéphane Marsan d'Harry August et de l'état de l'édition (spoiler: il est mauvais et ça ne va pas s'arranger); recevoir le meilleur texto du monde: "Il est sauvé, il est sauvé!" et manquer en pleurer de joie; grelotter en sortant de la bulle aux livres; admirer la jolie tasse à thé faussement japonaise et se régaler avec la farandole de desserts du resto bio (mention spéciale au crapuleux à la rhubarbe); avoir encore des problèmes de connexion en rentrant à l'hôtel.




Pour la première fois depuis des mois, se réveiller sans le moindre mal au dos: vive les matelas fermes; seulement deux phrases et moins d'une minute pour me rendre involontairement antipathique à la personne qu'on vient de me présenter, c'est un record perso; assister à une table ronde rectangulaire sur le réalisme et la magie; se faire dédicacer le dernier Karim Berrouka et la magnifique réedition d'"Arcadia" de Fabrice Colin; manger avec Sylvie Denis à la terrasse du Bureau sous un soleil éclatant et oser le trifle aux fruits rouges en dessert; tiens, des cadenas d'amoureux commencent à fleurir sur le pont dont la géocache nous tient en échec depuis plusieurs années; passer une grande partie de l'après-midi avachie sur le canapé de la buvette en se plaignant de la chaleur; les scones d'Annaig justifient une demande en mariage immédiate; faire la connaissance d'une sympathique éditrice de gauche et devoir écourter à regret une discussion animée avec sa bande de potes au bord de l'eau; raconter des histoires d'hémorroïdes et de vagin plus étanche autour d'une crêpe, mais fuir avant le dessert à cause de la pluie qui menace; manquer s'endormir au Bougnat, autour d'une bouteille de blanc de la cuvée Imaginales 2014, à même pas 22h; être réveillée par le meilleur album des Pixies qui me donne toujours envie de chanter et de danser; rentrer à l'hôtel en courant presque pour ne pas se faire tremper: mes sandales rouges auront-elles survécu?




Laver et équeuter les radis ronds dans le lavabo de la salle de bain; nettement plus de monde ce matin sous la bulle aux livres; une paire d'Irregular Choice à talons lapins me pousse à engager la conversation avec Sophie Dabat - c'est étonnant le nombre de points communs que nous avons; semi-pétée au champ', je me mets à discuter avec Christopher Priest et Pierre Dubois en tentant de masquer que ma fangirl intérieure crie "Hiiiiiiiiiiiiii" en agitant les coudes; le pique-nique alternatif en comité réduit dans l'herbe du parc est un franc succès; Chouchou assure sa présence virtuelle au moyen d'un selfie à poil avec un Totoro en guise de cache-sexe; il faudrait un mot pour désigner la nostalgie des choses pas encore terminées; tant pis, je risque quand même les Lola Ramona rayées; Christine me raconte comment Mélenchon a changé sa vie; des lecteurs qui s'extasient sur mon boulot, ça fait toujours plaisir; en fait, à condition d'avoir mis de la crème solaire, on est nettement mieux dehors; discuter d'Harry August (what else?) avec César pendant qu'AnneEli masse Valérie, que Leslie comate et que Mathieu Gaborit exhibe de sublimes bottines steampunk; plaindre les gens des autres tables qui espéraient manger tranquilles chez Sens et Découvertes; Kettch a encore frappé; puisqu'il n'y a personne au Bougnat, allons nous coucher comme des vieux.




Levée avant la sonnerie du réveil et toujours sans mal au dos: si je fauche le matelas en partant, est-ce que ça se verra?; encore une table ronde rectangulaire, pour aller voir Ando cette fois; "les tatous, c'est cool"; discuter statut d'indépendant avec Barbara près de la buvette; alors que je quitte la bulle aux livres, trois incroyables mariés froufroutants font irruption sur des échasses; la brasserie art déco conseillée par Marion et Pauline non loin de la gare de Nancy est bourrée à craquer - tant pis; ma mère avoue un petit moral au téléphone; le pain au cacao de la boulangerie du quai, acheté en quittant Epinal, est aussi délicieux qu'original, et je suis assez fan du nouveau thé vert jasmin-orange vendu chez Starbucks; j'ai lu intégralement "Lacrimosa" avant d'arriver à Paris; oh, une place de Thalys en première avec du wifi gratuit!; Chouchou n'a pas fait que se photographier nu en mon absence: il a aussi préparé des crêpes; finalement je suis bien contente d'y être allée, à ces Imaginales 2014. 

mercredi 7 mai 2014

Le mariage oublié




Quand je descends du TGV au bout de six heures et demie de voyage, je suis une femme investie d'une mission: faire pipi. Vite. Je me dirige vers les nouvelles et très belles mais très payantes toilettes de la gare de Toulon. Je fouille mon porte-monnaie Totoro: damned, pas de monnaie, et je connais suffisamment bien les employées du Relay attenant pour savoir qu'elles refuseront de m'en faire à moins que je n'achète quelque chose.
Au-delà du portillon, j'aperçois une jeune femme aux proportions généreuses qui s'agite devant les lavabos. Je songe à l'interpeler, pensant que c'est peut-être une dame pipi, mais elle n'a pas franchement l'air de nettoyer, plutôt de s'inspecter dans la glace. Tant pis. Je vais acheter un magazinàlakon et, munie d'une précieuse pièce de 50 cents, fonce à l'intérieur des toilettes. Je viens d'ouvrir la porte d'un des box quand la voix de la jeune femme s'élève derrière moi. 
"Excusez-moi madame, vous auriez une minute?"
Je me fige avant de soupirer et de me retourner de mauvaise grâce. 
"Vous pourriez me dire si ce que je porte, ça peut aller pour un mariage? J'ai complètement oublié que j'avais ça ce soir et je ne suis pas sûre...", explique-t-elle, embarrassée. 
Je la détaille. Elle porte un top bandeau vert clair froissé qui lui comprime la poitrine et accentue sa silhouette en pomme, plus une sorte de pantalon noir molletonné trop long pour elle qui tire-bouchonne sur ses mollets, et des baskets compensées. Déjà, pour la vie de tous les jours, ce serait moche, alors pour un mariage... 
Mais la jeune femme, qui doit avoir une vingtaine d'années, semble horriblement malheureuse. Je n'ai pas envie de lui mentir; je n'ai pas non plus envie de l'enfoncer. Au fond, qu'est-ce que ça peut foutre, comment elle est habillée? On ne va pas à un mariage pour faire sensation avec sa tenue, on y va pour partager un moment important avec les nouveaux époux. Ou en tout cas, on devrait. Alors, je rassemble le peu de diplomatie dont je dispose. 
"Bah, votre pantalon est foncé, ça passe partout, ça... Et puis dans un mariage, ce n'est pas vous que tout le monde va regarder," lui dis-je avec un sourire qui se veut rassurant. 
"Oui... Peut-être... Vous devez avoir raison...," répond-elle, moyennement convaincue. 
Alors, pour détendre l'atmosphère, je lance en riant:
"Franchement, comment vous avez fait pour oublier que vous aviez un mariage?"
Elle prend un air navré.
"Ben, je travaille de nuit, je suis tout le temps fatiguée, vous savez ce que c'est..."
Et c'est mon tour de me sentir embarrassée, parce que non, je n'ai pas la moindre idée de ce que c'est de travailler de nuit et d'être fatiguée au point d'en oublier un mariage. Je m'obstine à plaisanter quand même.
"Bon, tant que ce n'est pas le vôtre, ça peut encore passer". 
La jeune femme glousse un peu. 
"Ne vous en faites pas, ça va aller, lui dis-je avant de battre précipitamment en retraite à l'intérieur du box. 
Quand je ressors délestée du demi-litre de thé bu depuis le matin, la jeune femme est encore en train de s'examiner sous toutes les coutures en essayant vainement de s'arranger un peu. 
J'espère qu'elle aura réussi à s'amuser quand même. 

mercredi 12 mars 2014

"Hiérarchie du burger" suivi de "Les fesses, oui; la langue, non"


Photo empruntée ici


Hier soir. En l'absence de Chouchou, j'ai emmené ma toux sèche et ma gorge inflammée dîner à l'Amour Fou pour fêter nos dix jours de ménage à trois. 

A ma droite, une pré-ado est attablée avec un monsieur d'âge mûr qui n'est pas son père (oncle? parrain?). Il commande un burger BBQ et une bière, elle un cheeseburger et un Tao. Leurs assiettes arrivent très vite - on est en début de service. Ils mangent en silence pendant une minute, puis l'homme demande à la gamine: "Alors, c'est comment?". Le verdict tombe, sans appel: "Meilleur qu'au Balmoral, moins bon qu'au Hard Rock Café".

Les jeunes n'ont plus aucun goût de nos jours. 

A ma gauche, un couple visiblement récent se fait des confidences par-dessus un cocktail. Le garçon, un brun terriblement propret, se penche par-dessus la table pour embrasser la fille, qui lui rend son baiser avec beaucoup d'enthousiasme. Gêné, il se recule. "Pas la langue en public." Mais quand elle se lève cinq minutes plus tard pour aller aux toilettes, il lui pelote ostensiblement les fesses par-dessus son sweat-shirt blanc orné de cerises.

Les jeunes sont bizarres de nos jours.

lundi 24 février 2014

Ses mots contre mes maux: Lola


Peu d'artistes ont touché ma vie de telle façon que j'aimerais les rencontrer pour leur dire merci. La plupart d'entre eux sont morts; comme je ne possède hélas aucun talent de médium, ma gratitude à leur égard restera inexprimée. Il me semble peu probable que j'aie un jour l'occasion d'un tête-à-tête avec Leonard Cohen, face auquel je resterais de toute façon pétrifiée d'admiration et bien incapable d'articuler la moindre syllabe. Amanda Palmer, entrée dans ma liste depuis peu, se montre très accessible pour ses fans, et je ne désespère pas de pouvoir lui toucher quelques mots un jour. Mais avec Lola Lafon, j'ai eu au fil des ans une incroyable suite de rendez-vous manqués, au point que je finissais par croire qu'une malédiction m'empêcherait à tout jamais de lui expliquer le foudroiement qu'avait été pour moi "Une fièvre impossible à négocier". 

Samedi, Lola dédicaçait à la Foire du Livre de Bruxelles son quatrième roman "La petite communiste qui ne souriait jamais". Le premier qu'elle publie chez mon éditeur français préféré Actes Sud, le premier salué de manière unanime et dithyrambique par les critiques de tous bords. Je m'étais retenue de l'acheter en prévision de cet événement. Et jusqu'à la dernière minute, j'ai craint que l'univers ne me mettre encore des bâtons dans les roues. Avec mon cours de yoga entre midi et deux, le temps de déjeuner même vite fait chez Exki, ne risquais-je pas d'arriver trop tard à Tours & Taxis? Ou de découvrir, une fois sur place, que sa venue était annulée? Que la séance avait finalement eu lieu le matin? Que victime d'un empoisonnement à la frite-mayo survenu lors du déjeuner, Lola avait été transportée d'urgence à l'hôpital? J'en avais des palpitations rien que d'y penser. 

Et puis non. 




Elle était là avec ses grands cheveux blonds et sa frange de fille faussement sage, ses yeux sombres au regard pénétrant, ses ongles vernis de couleurs différentes. J'avais le coeur qui battait très fort et j'ai parlé trop vite, un peu n'importe comment, en hésitant entre le "vous" et le "tu", en essayant de mettre mille choses dans la même phrase, faire tenir des années de tumulte rentré en quelques mots, décrire avec des sons parfaitement inadéquats la lumière blanche aveuglante qui s'échappe des pages de ses livres. Elle m'a écoutée avec un sourire grave et répondu de sa voix douce et je crois qu'elle m'a entendue vraiment, et j'en étais très émue et très heureuse. Il faut toujours remercier les gens pour ce qu'ils vous donnent, même quand ils n'ont pas conscience de changer votre vie. 

Un peu plus tard, elle a donné un concert-lecture, et j'ai regardé ses mains danser dans l'air pendant qu'elle lisait-vivait des passages de son roman, reprenait un vieux tube de Bronski Beat sur un tempo si différent que je ne l'ai reconnu qu'au refrain ou entonnait pour conclure un morceau dans son autre langue, le roumain. Et puis c'était déjà le moment de partir. Un dernier sourire échangé à travers la foule massée devant elle à la sortie du petit théâtre, et je me suis dirigée vers la sortie avec l'impression de marcher sur des nuages, la certitude que ça valait bien le coup d'attendre cette rencontre, et dans mon sac, un nouveau rendez-vous de 310 pages avec les mots de Lola Lafon qui résonnent si bien en moi.



lundi 6 janvier 2014

Idée de dernière minute




Dites, les gens de la région de Toulon, ça vous dirait de faire connaissance en vrai? Je me doute que vous n'êtes pas méga-nombreux, mais ça pourrait être sympa quand même. Un goûter samedi après-midi dans le centre-ville (à l'Aparté ou à la Théière, par exemple), ça tente quelqu'un?

lundi 25 novembre 2013

Instantanés parisiens




Nous n'avons guère fait de shopping, mais Chouchou qui a perdu 8 kilos récemment avait besoin de nouveaux jeans, alors nous sommes passés chez Uniqlo. Où, dans la cohue, il a perdu le bonnet que je lui avais amoureusement crocheté l'hiver dernier. J'étais super triste. En repassant devant le magasin quelques heures plus tard, j'ai eu l'idée de demander au vigile s'ils avaient un service des objets trouvés. Pas exactement, mais ils avaient bel et bien ramassé le bonnet de Chouchou, qu'ils nous ont promptement restitué. Pour un peu, je leur aurais sauté au cou et je leur aurais claqué une bise. A part ça, les sous-pulls Heattech se déclinant désormais dans plein de motifs sympas (notamment Orla Kiely, mais pas que), j'en ai acheté trois pour survivre à la rigueur de l'hiver bruxellois. Ce sera toujours plus glamour qu'un Damart. 




Puisque le géocaching a désormais remplacé le shopping dans la liste de nos activités de "voyage", nous nous sommes rendus dans la cour du Louvre pour y chercher le conteneur planqué dans la rainure de la mini-pyramide - et nous en avons profité pour faire une petite séance photo dont l'un des clichés illustrera sans doute bientôt une publication dans un magazine belge (mais chut!).




Sur l'Ile de la Cité, nous avons été tenus en échec par deux premières caches et par le froid glacial qui ne nous donnait guère envie de traîner dehors. Nous avons eu plus de chance sur le pont de l'Archevêché: alors que nous cherchions un conteneur noir au milieu des milliers de cadenas, Chouchou a repéré un cycliste qui tripotait quelque chose par-dessus la balustrade. Dès qu'il s'est éloigné, nous sommes allés voir... la cache était là, avec un logbook tout neuf dedans. Sans doute avions-nous croisé son propriétaire en pleine opération de maintenance. 




Les vitrines des grands magasins... Dans celle des Galeries Lafayette, une poupée rousse qui s'amuse avec des animaux en peluche dans différentes saynettes plus ou moins inspirées. Dans celles du Printemps, des nounours qui brandissent des lettres géantes épelant le mot PRADA, et des fringues à 3000€. Juste à côté, un vieil infirme qui fait la manche dans l'indifférence générale. J'en ai chialé de dégoût, de rage et d'envie de poser une bombe. "Mais enfin, c'est toi qui as voulu venir les voir, ces vitrines!" a protesté Chouchou. J'ai pas dit que j'avais toujours QUE des idées brillantes. 




A côté de ça, le Virgin des Champs-Elysées, où j'ai passé tant d'heures à fureter dans les rayons et à grignoter des choses délicieuses en bouquinant, n'existe plus désormais. Le Brentano's de l'avenue de l'Opéra, lieu autrefois mythique rempli jusqu'à la gueule d'ouvrages en anglais, ne propose plus que deux misérables présentoirs avec les dernières nouveautés dans la pièce du devant. Tout le reste du magasin est désormais envahi de cucuteries touristiques à paillettes. "De toute façon, vu comment l'édition va mal, ces endroits sont appelés à disparaître", m'assène Chouchou. Euh, merci pour les paroles réconfortantes. Par contre, Sephora marche toujours du feu de Dieu - mais pas grâce à moi, qui n'y mets plus les pieds. 




A ce stade-là, entre le froid glacial, le naufrage de la culture, la multiplication des sans-abris et la débauche de surconsommation qui me donne la nausée, j'étais assez tentée de me la jouer Thomas Dutronc et de me lancer dans un petit "J'aime plus Paris". Heureusement, Paris, c'est aussi les copains, retrouvés au Sir Winston pour un buffet brunch d'anthologie. La lumière était pourrie, et j'ai raté toutes les photos prises avec mon iPhone flambant neuf (que je ne suis pas encore certaine de garder...), mais c'était un moment aussi délicieux que le contenu de nos assiettes, plein de papotages et de grosses marrades. 




Et puis après ça, j'avais rendez-vous au Thé des Ecrivains pour une rencontre avec mes lectrices parisiennes. Là encore, l'éclairage du lieu et la disposition des tables auxquelles nous avions pris place se prêtaient mal à la prise de photos décentes. Mais j'ai adoré l'endroit, ses fleurs de thé blanc servies dans de petites théières en verre, sa belle sélection de livres et d'articles de papeterie maison, la gentillesse du personnel qui au lieu de nous pousser à la consommation nous a rapporté de l'eau chaude pour qu'on puisse faire infuser notre thé une seconde fois. Et c'était très sympa de mettre un visage sur certains pseudos, même s'il a été difficile de bavarder vraiment avec tout le monde. En plus, Crying Wall, la lectrice qui s'était occupée de la réservation, m'a offert un des tote bags renards d'Anne Montel, qui n'a pas quitté mon sac à main depuis. 

Ce que j'ai aimé de ce week-end à Paris: les magasins? Pas du tout. Le géocaching? Un peu. La bouffe? Beaucoup. Les gens? Passionnément. 

mardi 5 novembre 2013

Rencontre de lectrices à Paris: dernier appel avant embarquement


Pour l'instant, ont confirmé leur présence le 17 novembre à 15h:
- Kleo
- Crying Wall
- Mélusine
- Isabelle (pas celle d'Au Fil d'Isa, une autre)
- Helolie
- Jade
- Fraise des bois
- Cécile
- La Princesse
- Leyciaan
- Alice
- Daelf
- et moi, bien sûr!
Seront peut-être là:
- Nat75
- Laurie
- Nuryko
Est-ce que les autres filles intéressées pourraient me donner une réponse définitive, afin que Crying Wall se charge de finaliser la réservation? 
La rencontre aura lieu au Thé des Ecrivains, métro Chemin Vert. 
A très vite!

lundi 16 septembre 2013

Fred Bernard en dédicace chez Contrebandes




Cette semaine, le Dieu des amateurs de bédé était de mon côté: Fred Bernard, auteur des aventures de Jeanne Picquigny et des récentes "Chroniques de la Vigne", dédicaçait samedi après-midi dans ma librairie monpatelinoise préférée. Théoriquement, il était là pour les livres jeunesse qu'il co-signe avec François Roca, mais il a gentiment accepté mon exemplaire de "La patience du tigre" pour l'orner d'une très belle aquarelle représentant son héroïne. 




C'est toujours un plaisir de rencontrer un auteur dont on aime le travail, dans des circonstances où on a vraiment la possibilité de discuter avec lui. Contrebandes offre un cadre idéal pour ça avec son espace "salon" meublé de fauteuils en velours, et Fred Bernard est du genre à bavarder volontiers en dessinant. Son éditeur venait de le forcer à ouvrir sur Facebook une page d'auteur qu'il ne savait absolument pas comment gérer; en vieille routarde, je me suis donc fendue de quelques conseils avisés avant de le laisser à ses fans suivants. Et je suis repartie ravie de cette sympathique rencontre.




mardi 21 mai 2013

Journal d'une retraite de yoga (fin)




Cher journal, 

Lundi matin, je me suis réveillée après ma première vraie nuit de sommeil depuis mon arrivée. A la fin de la méditation silencieuse, Claudia nous a proposé un exercice de visualisation dont j'avais déjà rencontré certaines parties dans un stage de Catherine. Deux éléments ne cessent de réapparaître: chaque fois que je dois découvrir un trésor ou que quelqu'un me fait un cadeau, c'est un poisson. Et chaque fois que je dois me changer en homme, là où la plupart des autres femmes butent et n'arrivent pas à se visualiser dans un corps masculin, je me change instantanément en Abraham Lincoln. Je n'ai d'attachement particulier ni envers les bêtes à écailles, ni envers les anciens présidents étazuniens. Alors, pourquoi? Tu vas rire. D'un autre exercice destiné à me fournir des éclaircissements, il est ressorti que ma mission dans la vie était d'éduquer. Qui, comment et dans quel domaine, je n'en ai toujours pas la moindre idée. Oui, je sais, j'aime pas les gens et je n'ai pas de désir particulier de leur enseigner quoi que ce soit. Tu te bidonnes? Je t'avais prévenu. Et c'est toujours mieux que de finir en larmes comme 40% de nos effectifs ce jour-là. La visualisation, ça a l'air  zarbi vu de l'extérieur, mais je t'assure que si tu te prêtes au jeu, c'est super balèze et ça fait sortir de toi des trucs très très puissants. Dont tu ne sais pas nécessairement quoi foutre, mais ceci est une autre histoire. 

Il y avait toujours autant de soleil mais beaucoup moins de vent que la veille. Pour récupérer après tant d'émotions, nous avons donc petit-déjeuné sur la terrasse et fait notre première séance de yoga dehors, dans un coin à l'abri derrière la maison. Je n'avais encore jamais pratiqué le yoga en plein air et c'était hyper agréable, d'autant que Giorgia nous avait choisi des exercices avec une imagerie en rapport avec la nature. Au passage, nous avons continué à survoler la philosophie de Desikachar; j'ai retenu les principes de base mais aucun des nombreux noms en sanskrit. Ca reste quand même intéressant, et quelque chose qu'on n'a pas souvent l'occasion de faire pendant des cours "classiques". Le déjeuner a de nouveau eu lieu sur la terrasse au bord de la piscine, mais à l'ombre cette fois car il ne s'agissait pas de choper des coups de soleil. Comme Maria et Poppy avaient un avion à prendre, nous avons réduit à une heure la pause habituelle du début d'après-midi et repris les cours vers 14h. La "clôture du cercle", qui sert de conclusion au stage, a été l'occasion pour chacune de remercier les autres et de dire si elle avait pu atteindre ses objectifs pour le week-end. C'était très émouvant. 

Après ça, Stephen a conduit Maria et Poppy à l'aéroport. Tandis qu'Inès s'occupait de l'une ou l'autre chose dans la maison, Claudia, sa fille de 4 ans, Giorgia et moi nous sommes mises à danser comme des  folles sur l'immense tapis du salon au son de "I wanna hold your hand", "Perhaps, perhaps, perhaps" ou "Can't take my eyes off of you". Après l'émotion, la spontanéité et la joie s'invitaient parmi nous. Je crois que j'ai ajouté un moment parfait à ma petite liste. Il y a encore eu un jeu avec des cailloux inventé par la fille de Claudia, des conversations dans la cuisine en préparant le dîner, du français et de l'anglais qui se mélangent dans la même phrase, des histoires de grands-parents bien-aimés, des plans sur la comète pour partir tous nous installer dans le comté de Sonoma près de San Francisco, trois sortes de pâtes différentes parfumées avec un pesto maison bourré d'ail qui garantissait qu'aucun vampire ne nous attaquerait pendant la nuit, du chocolat noir à la fleur de sel dévoré en quantité variable devant la cheminée, et puis une discussion quasiment dans le noir avec Giorgia alors que tous les autres étaient montés se coucher et que nous seules traînions encore sur un des canapés du salon. Cette fille déborde de santé, d'énergie positive et d'envie de partager avec les autres; la rencontrer a été un pur bonheur (et pas juste parce qu'elle me donnait le même âge qu'elle, soit 29 ans!). On a convenu ensemble qu'à notre modeste échelle, on pouvait et on devait essayer de changer le monde. Ouais, rien que ça. Et tu sais quoi, cher journal? Après ce qui a sûrement été un des meilleurs week-end de ma vie, je me sens d'attaque pour essayer.