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mercredi 21 mars 2018

"Le célèbre catalogue Walker & Dawn" (Davide Morosinotto)


Ils sont quatre copains qui vivent près de la Nouvelle-Orléans au début du XXème siècle. P'tit Trois, issu d'une famille de garçons, espiègle et curieux. Eddie, qui a la santé fragile et entend parler les animaux. Julie, courageuse et débrouillarde, et son petit frère Min, qui a la peau noire et ne parle jamais mais n'en pense pas moins. Pour échapper à une existence peu riante, ils se sont construit une cabane dans le bayou et s'y réfugient le plus souvent possible. 

Un jour, ils trouvent trois dollars au fond d'une boîte de conserve et décident d'utiliser cette petite fortune pour se commander quelque chose dans le célèbre catalogue de vente par correspondance Walker & Dawn... Ils ne se doutent pas qu'ils viennent de mettre en branle une aventure qui les conduira jusqu'à Chicago et leur permettra d'élucider un crime vieux de plusieurs années. 

La littérature jeunesse italienne réserve décidément de très bonnes surprises. Après Pierdomenico Baccalario et sa boutique Vif-Argent, c'est au tour de Davide Morosinotto de m'embarquer avec ses héros dans un périple qui n'a pas été sans me rappeler celui du jeune T.S. Spivet. P'tit Trois, Eddie, Julie et Min, les inséparables copains unis dans l'adversité, racontent chacun à son tour une partie de leur histoire commune, illustrée pour le premier par des extraits du catalogue, pour le second par des cartes géographiques, pour la troisième par des coupures de journaux, et pour le dernier par... Je vous laisse le soin de le découvrir vous-même. 

Si le scénario est décidément rocambolesque et la happy end fort prévisible, "Le célèbre catalogue Walker & Dawn" a le grand mérite de ne pas gloser sur la pauvreté, le racisme ou les mauvais traitements qui composent le quotidien de ses personnages et semblent normaux pour l'époque. Un bon moyen, sûrement, d'aborder ces questions difficiles avec les lecteurs de 9 à 12 ans auxquels le roman me semble destiné. 

Traduction de Marc Lesage

jeudi 31 août 2017

"Pachinko" (Min Jin Lee)


Dans un petit village de pêcheurs au sud de la Corée, sous l'occupation japonaise au début du XXème siècle. Sunja, 15 ans, a perdu son père et tient avec sa mère une modeste pension où toutes deux travaillent très dur pour subvenir aux besoin de leurs clients. Lorsque la jeune fille tombe enceinte d'un yakuza marié, son avenir se trouve compromis. 

Mais Isak, un prêtre chrétien à la santé fragile dont elle s'est occupée pendant qu'il souffrait de pneumonie, lui offre une chance de salut: il l'épousera, donnera son nom à l'enfant et l'emmènera avec elle au Japon pour y commencer une nouvelle vie. A leur arrivée à Osaka, Sunja se rend vite compte qu'ils sont condamnés à une pauvreté et une discrimination perpétuelles dans un pays qui ne veut pas d'eux... 

"Pachinko", c'est une chronique qui s'étend de 1911 à 1989, et qui retrace l'évolution d'une famille d'immigrés coréens au Japon, avec une emphase particulière sur la période très difficile de la Seconde Guerre Mondiale. Le manque d'argent, la faim chaque jour, le racisme ordinaire modèlent tragiquement la vie de Sunja. Pourtant, cette femme fière et dure à la tâche ne baisse pas les bras et, sans se rebeller ouvertement contre son sort, tente toujours de tirer le meilleur parti de la situation. 

Mais si ses deux fils vont réussir à se sortir de la misère grâce au pachinko, un jeu d'argent typiquement japonais, leurs origines les empêcheront à tout jamais d'être considérés comme des gens respectables dans le seul pays qu'ils auront connu. Récit bien documenté, très réaliste et dépourvu de pathos, "Pachinko" montre le Japon sous son jour le moins glorieux, celui d'une xénophobie rampante qui perdure à travers les générations. Il n'a pas encore été traduit en français.

jeudi 15 juin 2017

"Outrun the moon" (Stacey Lee)


San Francisco, 1906. Fille d'un couple d'immigrés chinois, Mercy Wong est une adolescente pleine de caractère, comme le trahissent ses pommettes hautes selon sa mère qui lit sur les visages et prédit l'avenir. Bien qu'amoureuse de son ami d'enfance Tom, elle n'a aucune intention de devenir une épouse docile: elle veut faire fortune, habiter un manoir sur Nob Hill et surtout arracher son petit frère Jack aux seize heures quotidiennes de labeur harassant qui l'attendent au pressing tenu par leur père. A force de détermination et de ruse, elle parvient à intégrer St-Clare, une académie réservée aux jeunes filles de la bonne société blanche - où elle reçoit un accueil plus que tiède de certaines de ses camarades autant que de la sévère directrice. Jusqu'à ce jour d'avril où un monstrueux séisme ravage la ville...

Comme c'est rafraîchissant de lire un roman jeunesse où les préoccupations amoureuses de l'héroïne n'occupent qu'une place ultra-secondaire! Féministe un peu avant l'heure, Mercy refuse d'entrer dans les cases préparées pour elle et se montre admirablement entreprenante. Malgré son esprit rebelle, elle est très attachée à sa famille et à sa communauté, et son bon coeur la pousse à vouloir sauver tout le monde - comme le lui reproche la blonde Elodie Du Lac, sa némésis à St-Clare. A travers Mercy, Stacey Lee explore le thème du racisme de façon vivante et concrète. Elle utilise intelligemment le drame du tremblement de terre pour bouleverser la donne sociale et tisser entre les survivants éplorés des liens qui auraient été inimaginables dans d'autres circonstances. En refermant "Outrun the moon", on a le coeur à la fois serré et gonflé d'espoir. J'espère qu'il sera très vite traduit en français (et au pire, je veux bien m'en charger moi-même!).

vendredi 28 avril 2017

"Tout ce qu'on ne s'est jamais dit" (Celeste Ng)


1977, Ohio. Lydia Lee, seize ans, est une élève et une fille modèle. Elle est le grand espoir de son père, d'origine chinoise, qui projette sur elle ses rêves d'intégration, et de sa mère qui espère à travers elle accomplir ses ambitions professionnelles déçues. Mais à quoi rêve Lydia en secret? Lorsque la police découvre son corps au fond d'un lac, la famille Lee, en apparence si soudée, va affronter ses secrets les mieux gardés...

Si j'avais beaucoup entendu parler de ce roman à succès, d'abord lors de sa sortie en VO, puis de sa parution française en grand format, je m'imaginais à tort qu'il s'agissait d'un thriller. En réalité, dans "Tout ce qu'on ne s'est jamais dit", le suspense est plutôt d'ordre psychologique. On est assez vite fixé sur les circonstances probables de la mort de Lydia, de sorte que la problématique réelle consiste à démontrer comment on en est arrivé là.

L'auteur procède par flashbacks qui auscultent les blessures intimes des parents à travers leur propre jeunesse, les circonstances de leur mariage et la naissance de chacun de leurs trois enfants. Elle démonte habilement l'implacable mécanique qui pousse James et Marilyn à ignorer leur fils aîné Nathan - pourtant un élève brillant - et leur petite dernière Hannah - toujours si discrète - pour placer sur les épaules de Lydia une pression que celle-ci n'a pas réclamée et dont elle souffre malgré son statut d'enfant préférée. C'est ainsi qu'une famille qui, en apparence, a tout pour être heureuse est gangrénée jusqu'à la moelle par les non-dits accumulés au fil des ans. Jusqu'au drame.

J'ajoute que ce roman bénéficie d'une belle écriture et d'une traduction fluide qui font défiler les pages toutes seules. Dans l'ensemble, une lecture très prenante.

mardi 3 juillet 2012

"Je hais la SNCF": saison 41, épisode 17


Tout commence hier après-midi vers 15h15, quand mon père me dépose au terminus de la ligne A du métro toulousain. Je suis à ce moment-là encombrée par:
- un cabas en cuir bourré jusqu'à la gueule
- un cartable contenant mon MacBook
- une grosse valise (alias "le monstre rayé") pesant environ 30 kilos
- un tableau encadré de 50x50cm
L'ascenseur est en panne. Je m'apprête à attaquer la descente du grand escalier qui mène à la station Balma-Gramont quand des employés en uniforme m'arrêtent: "Le métro ne circule pas, madame". "Ah, et je fais comment pour aller à la gare?" "Vous prenez le bus, là-bas."
Heureusement que je prévois toujours large. Au lieu de mettre 5 minutes montre en main pour rejoindre Matabiau, il me faut presque une demi-heure dans un bus bondé où, bien entendu, je voyage debout et où la température doit avoisiner les 60°. Mais j'arrive à la gare à temps pour prendre le 15h51, qui part du quai... euh, qui n'est pas indiqué sur le tableau des départs. Je me rends au service clientèle, où une employée commence par me dire que j'ai rêvé, que ce train n'existe pas. Une fois que je lui ai présenté mon billet, elle consulte son écran et se ravise: il a juste été supprimé à cause des travaux. 
Et sachant que j'ai réservé mon billet sur internet, donc en laissant une adresse mail, ça aurait vraiment été trop dur de me prévenir? Apparemment, oui. (Alors que, par un fait curieux, le service clientèle retrouve TOUJOURS mon adresse quand il s'agit de m'envoyer des pubs. Bande de branquignols.)
Comme solution de dépannage, on me propose un train qui part une heure plus tard. Du coup, je louperai ma correspondance à Marseille, et j'arriverai à Monpatelin à 22h05, alors que le dernier bus pour chez moi (une bonne quinzaine de kilomètres plus loin) quitte la gare routière à 21h40. Bien bien bien. 
Par chance, Etre Exquis est disposé à venir me chercher. J'essaie donc de me calmer et, pour tuer le temps, mes bagages et moi allons nous installer au café de la gare. 
Un quart d'heure s'écoule. Puis une demi-heure. Puis quarante minutes. Je suis assise à moins de cinq mètres du bar, et aucune des quatre serveuses ne passe prendre ma commande. Je finis par me lever pour aller réclamer un diabolo menthe. Lequel m'est servi avec de la limonade éventée, dans laquelle il ne reste plus la moindre bulle. Je n'ai pas le courage de râler. Comme je n'ai pas eu de ticket, je me lève de nouveau pour aller régler au comptoir. Une des serveuses qui m'a si superbement ignorée tout à l'heure me bouscule avec son plateau et me renverse un verre de rosé plein dessus. Au lieu de s'excuser, elle s'exclame: "Bah oui, mais vous êtes dans le passage du service!".
Je crie un peu, voire beaucoup. Je rajoute que le diabolo était dégueu. "Bon ben c'est offert par la maison", dit le barman de mauvaise grâce. J'espère bien. 
Je passe sur le Toulouse-Marseille dans un wagon à la climatisation en panne, à côté d'un type qui empeste la transpiration, avec mon tableau coincé entre les jambes. Je passe sur le type tellement pressé de descendre qu'il me bouscule, fout ma valise par terre et trouve encore le moyen de m'insulter. Je passe sur le fait que le quai de  ma correspondance à Marseille est annoncé 5 minutes avant le départ, et qu'elle se trouve tout au bout de la voie A, à environ 7 minutes de marche de là où je suis. Je passe sur le fait que j'ai payé un billet de TGV et que là, je me tape un tortillard qui s'arrête à toutes les gares entre Marseille et Monpatelin. 
Par contre, j'ai un peu plus de mal à passer sur le type même pas bourré qui, pendant tout le voyage, fume alors que c'est interdit dans les trains et agonit d'injures un autre passager en le traitant de sale Arabe, de bicot qui ferait mieux de rentrer chez lui, et "monsieur le contrôleur appelez les CRS s'il vous plaît pour arrêter ce voleur, c'est vraiment dommage qu'il n'y ait plus de légionnaires dans le coin parce que tu ferais moins le malin sale pédé, espèce d'enculé, quand on arrive je te casse la gueule moi". Je brûle de lui jeter à la figure que la seule personne qui me dérange dans ce train, c'est lui le bon Français. Mais je me dis qu'après la journée que je viens de passer, ce n'est peut-être pas utile de chercher les emmerdes. Quand même, y'a des baffes qui se perdent. 
Bref. Aujourd'hui, j'ai rendez-vous chez le dentiste, activité qui figure aisément dans mon Top 10 des trucs les plus détestables à faire et qui - à quelque chose malheur est bon - m'apparaît désormais comme une riante distraction à côté d'un voyage en train. 

vendredi 23 octobre 2009

Où je perds encore une illusion

Hier après-midi, je sortais de la poste de Namur et commençais à remonter la chaussée d'Ixelles lorsque j'entendis des éclats de voix devant moi. Un type en voiture avait baissé sa vitre et, roulant au pas, insultait copieusement deux jeunes filles très mignonnes et vêtues d'une façon absolument pas vulgaire qui marchaient sur le trottoir de droite. "Tu me parles pas comme ça, sale pute! vociférait-il en brandissant un index menaçant. Parce que moi, je descends et j'te fais ta fête!".

La scène s'est poursuivie un moment, jusqu'à ce que les autres véhicules qui s'accumulaient derrière lui commencent à klaxonner. Alors, il a enfoncé son accélérateur non sans jeter un dernier: "Je vais revenir, et vous allez voir!". Au même moment, les deux jeunes filles sont entrées chez Mango, qui était aussi ma destination. Non, je ne voulais pas ENCORE m'acheter des fringues: je voulais vérifier s'ils avaient toujours une bricole que je pensais offrir à Soeur Cadette pour Noël.

Pendant que j'hésitais devant le rayon ("Le M lui sera sûrement trop grand, menue comme elle est; mais le S me paraît riquiqui...)", le malotru a fait irruption dans le magasin et foncé sur les jeunes filles en les invectivant de plus belle. Il gesticulait et les traitait vraiment de tous les noms, au prétexte que soi-disant "elles l'avaient insulté devant son fils qui était dans la voiture". Deux vigiles ont dû intervenir, le grand en costume qui se tenait près de la porte et un autre en civil qui traînait dans les rayons, pour éviter que ça ne dégénère.

Après que le type ait été reconduit à la porte du magasin, j'ai entendu les vigiles commenter la scène en secouant la tête d'un air désapprobateur. "De toute façon, ces Arabes, ils cherchent tous la merde. C'est des sournois et des malsains, tu peux pas leur faire confiance." Les deux vigiles étaient blacks, et j'ai été désagréablement surprise de constater que le fait d'être victime du racisme n'empêchait absolument pas d'en nourrir soi-même à l'égard d'autrui.