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dimanche 6 janvier 2019

"Everything all at once" (Katrina Leno)


Helen Reaves vient de mourir d'un cancer. Agée de 40 ans seulement, elle était l'autrice de la série jeunesse la plus vendue dans le monde: l'histoire de deux enfants devenus immortels après avoir bu une potion magique. Elle laisse à sa nièce bien-aimée une série de lettres contenant chacune une mission destinée à la faire sortir de sa zone de confort, et ainsi, l'aider à surmonter l'anxiété chronique qui lui pourrit la vie. Tandis qu'elle s'efforce tant bien que mal de suivre les instructions de sa tante, Lottie fait la connaissance de Sam, un ancien élève d'Helen qui va lui apporter une aide précieuse dans sa quête...

"Everything all at once" n'était pas le premier roman de Katrina Leno que je lisais. Je m'attendais à ce qu'il verse dans le réalisme magique à un moment ou à un autre; aussi, j'ai immédiatement deviné le secret d'Helen et la vérité au sujet de Sam, et surtout, je n'ai pas été désarçonnée par la fin contrairement à beaucoup d'autres lecteurs. Cela dit, la révélation des derniers chapitres n'a au fond que peu d'importance. L'intérêt de ce roman, c'est l'évolution de Lottie, la façon dont elle apprend à vivre avec ses angoisses de mort paralysantes et ce qu'elle finit par réaliser à leur sujet. J'ai particulièrement aimé sa très jolie relation avec son frère cadet Abe, un ado de 16 ans féru de littérature. Cette fois encore, Katrina Leno dose avec talent l'amertume et la douceur pour ouvrir les perspectives de son héroïne et finir sur une magnifique note d'espoir. Je me réjouis qu'il me reste encore quelques romans d'elle à découvrir. 

vendredi 9 novembre 2018

"The toymakers" (Robert Dinsdale)


Londres, 1906. Cathy Wray n'a pas encore 16 ans, et la voilà déjà enceinte. Ses parents veulent la faire accoucher en secret et abandonner le bébé, mais tout en elle s'y refuse. Un soir, elle tombe sur une étrange offre d'emploi dans le journal: "Vous êtes perdu et effrayé? Vous avez gardé votre âme d'enfant? L'Emporium de Papa Jack cherche des vendeurs". Installé au fond d'une petite ruelle, ce magasin à la façade modeste mais à l'intérieur labyrinthique vend des jouets dont la magie attire les foules chaque hiver, depuis le premier gel jusqu'à l'apparition des perce-neige. A sa tête, Jekabs Godman dit Papa Jack, un colosse mystérieux qui ne sort presque jamais de son atelier. Il est secondé par ses fils Kaspar, digne héritier du talent paternel et épouvantablement sûr de lui, et Emil, un garçon pataud aux capacités plus limitées qui s'est spécialisé dans les petits soldats. Entre les deux jeunes gens, la Longue Guerre fait rage pour savoir qui prendra la suite de Papa Jack. Accueillie à bras ouverts dans la grande famille de l'Emporium, Cathy va être le témoin privilégié de sa grandeur et de sa décadence à travers la première moitié du vingtième siècle. 

Je suis toujours bonne cliente pour le réalisme magique, surtout quand les critiques comparent un roman à "Le cirque des rêves" d'Erin Morgenstern. Même si je n'ai pas gardé mon âme d'enfant, même si je ne suis pas du tout sensible à la soi-disant magie de Noël, j'ai pris un plaisir sans mélange à m'immerger dans l'atmosphère de l'Emporium, à partager l'excitation des petits et des grands devant les jouets fabuleux de Papa Jack, à découvrir peu à peu les recoins du magasin et les secrets qu'ils dissimulent. Puis vers le milieu du roman, alors que la guerre de 14-18 faisait basculer la destinée des Godman, j'ai été un peu alarmée par le tour inattendu et très noir que prenait l'histoire. Je ne m'attendais absolument pas à quelque chose d'aussi tragique que le récit du passé de Jekabs Godman, encore moins à ce qu'il advient de Kaspar ou aux conséquences de la rivalité entre Emil et lui. Mais une fois que j'ai accepté de me laisser entraîner, je n'ai pu qu'admirer la manière originale dont Robert Dinsdale orchestre la chute de l'Emporium, jusqu'à une conclusion aussi poétique que poignante. J'envie franchement le/la collègue qui va avoir le plaisir de traduire "The toymakers" en français: magique et sombre à la fois, c'est un roman formidable - et une parfaite lecture de saison!

jeudi 12 juillet 2018

"La course au bonheur" (Maggie Lehrman)


L'hékamie est devenue illégale depuis de nombreuses années. Ses pratiquantes, capables de créer pour leurs clients des sorts sur mesure qu'elles insèrent dans de la nourriture, sont désormais obligées de se cacher - et coupées du groupe qui assurait leur stabilité mentale, elles sombrent peu à peu dans la folie. A Cape Cod, pourtant, une vieille hékamiste reste plus que jamais sollicitée par la population locale.

Ari, ballerine de talent qui s'apprête à rejoindre une compagnie new-yorkaise, veut oublier son petit ami récemment décédé. Kay, dont le physique ingrat la condamne à la solitude, veut modifier son apparence et s'attacher des amis de manière à ce qu'ils ne puissent plus la quitter. Win veut se débarrasser de la dépression qui le ronge. Mais la magie a a toujours un prix...

Ne vous fiez pas à son titre un peu mièvre: "La course au bonheur" est un roman jeunesse plutôt noir, dans la lignée de "Nous les menteurs" ou "Les déviants". En s'appuyant sur les points de vue de quatre ados assez peu sympathiques, Maggie Lehrman tisse une histoire complexe faite de mensonges et de manipulations en cascade. Les personnages désirent tous trouver une échappatoire magique à leurs problèmes, sans se préoccuper le moins du monde des conséquences. Bien entendu, la combinaison de leurs égoïsmes respectifs va entraîner une conclusion dramatique.

Je n'ai pas raffolé de la traduction trop littérale à mon goût; pourtant, je n'ai pas pu lâcher le livre avant la fin tant je voulais voir de quelle façon les différents éléments allaient se combiner. J'ai beaucoup aimé aussi le concept de l'hékamie, l'idée que toute amélioration sur un plan donné doit se payer par une diminution dans un autre domaine, sans qu'il soit possible de choisir lequel. Et qu'à cause de cette magie, les protagonistes du roman ne peuvent faire confiance à rien ni à personne, pas même à leurs propres désirs. 

Traduction d'Antoine Pinchot

Merci à Casterman pour cette lecture

mercredi 14 mars 2018

"The Disappearances" (Emily Bain Murphy)


Septembre 1942. Parce que leur mère bien-aimée vient de mourir et que leur père a été appelé sous les drapeaux, Aila, 16 ans, et son jeune frère Miles partent vivre chez la meilleure amie d'enfance de leur mère, dans la petite ville de Sterling. S'ils sont très bien reçus par la famille Cliffton, Aila ne tarde pas à remarquer beaucoup de phénomènes étranges: rien n'a d'odeur, on ne voit pas les étoiles dans le ciel la nuit, toutes les portes sont peintes dans le même gris, personne n'a de reflet... Ces Disparitions, qui se produisent au rythme d'une tous les 7 ans, ont commencé le jour de la naissance de Juliet Cummings, la mère d'Aila et Miles, seule personne ayant jamais échappé à l'emprise de Sterling. De ce fait, les autres habitants la tiennent responsable de la malédiction et se montrent immédiatement hostiles envers ses enfants...

Pour son tout premier roman, Emily Bain Murphy propose une histoire des plus originales, avec une atmosphère envoûtante et une écriture un cran au-dessus de ce qu'on trouve généralement en littérature jeunesse. "The Disappearances" pèche pourtant sur quelques points. D'abord, je n'ai jamais eu l'impression d'être réellement dans l'Angleterre du début des années 40: le rationnement évoqué au tout début cède très vite la place à des descriptions de nourriture délicieuse et abondante; la population masculine adulte semble intouchée par la guerre et surtout, garçons et filles se mélangent joyeusement avec une décontraction très peu crédible pour l'époque. Si ce n'est pour le fait que les héros doivent effectuer leurs recherches à l'ancienne et très laborieusement plutôt qu'avec Google en deux coups de cuillère à pot, on croirait voir des ados de maintenant. Ensuite, bien que très intrigants, les éléments magiques de l'histoire manquent de cohérence et d'explications. J'ai malgré tout beaucoup aimé ce roman - la première moitié plus que la seconde, ce qui est hélas souvent le cas dans les récits empreints de fantastique. 

mercredi 20 décembre 2017

"A semi definitive list of worst nightmares" (Krystal Sutherland)


Esther Solar n'est pas une fille comme les autres. Ce n'est pas seulement à cause de sa façon de s'habiller (toujours avec un déguisement: aujourd'hui, le Petit Chaperon Rouge), ou même de sa famille dont chaque membre souffre d'une obsession unique et maladive. Quand elle se fait détrousser par Jonah Smallwood, un ancien camarade de classe, celui-ci lui prend son téléphone et la liste de ses pires cauchemars. Il lui rend le premier, dans lequel il a tout effacé hormis son propre numéro. Et la seconde lui inspire un défi: affronter les peurs d'Esther ensemble, une par une, chaque dimanche durant l'année à venir...

C'est toujours difficile de parler d'un livre qu'on a adoré et qu'on voudrait forcer tout le monde à lire. Pourtant, au premier abord, "A semi-definitive list of worst nightmares" n'a rien d'un inoffensif roman jeunesse. Les Solar souffrent d'une malédiction qui les condamne à avoir une grande peur dans la vie, et à mourir de l'objet de cette grande peur. Esther n'a pas encore trouvé la sienne, mais elle souffre déjà d'une anxiété généralisée galopante. Eugene, son frère jumeau, voit des démons et des monstres dans le noir, raison pour laquelle toutes les lumières sont allumées en permanence chez eux. Dépressif, il s'automutile et nourrit des pensées suicidaires. Peter, le père, est tellement agoraphobe qu'il n'est pas sorti de la cave depuis six ans, y compris quand une série de petits AVC a commencé à le pétrifier. Rosemary, la mère, est paralysée par ses superstitions et accro aux jeux d'argent, de sorte que parfois, les meubles partent au mont-de-piété et qu'il n'y a plus rien à manger dans la maison. Autour d'eux, Jonah est battu par son père et Hephzibah, la meilleure amie d'Esther, refuse de parler pour une raison inconnue.

Rien de bien riant en somme, d'autant que les maladies mentales des Solar sont dépeintes d'une façon criante de vérité. Et pourtant... Ce roman est aussi plein de fantaisie, d'humour, de bienveillance et même d'espoir. Dans ma tête, j'entendais ce que je lisais récité par la voix du narrateur de "Pushing daisies", série télé trop courte à laquelle je trouvais le même genre d'atmosphère. Le style vif et ironique de Krystal Sutherland est un pur régal. J'ai été enchantée par sa façon d'inclure des tas de petites listes dans sa narration, agréablement intriguée par l'histoire de Reginald Solar, le grand-père inspecteur de police qui entretient une drôle de relation avec la Mort, et touchée en plein coeur par certaines des choses que dit l'auteure sur l'amour et la vulnérabilité. La fin, qui arrive beaucoup trop vite et a réussi à me surprendre, est un bijou de douceur amère ou d'amertume douce. J'espère que "A semi definitive list of worst nightmares" sera rapidement disponible en français pour que je puisse l'offrir et le recommander à l'infini.

samedi 2 septembre 2017

"Stolen things" (Stephen Parolini)


La mère de Berry s'est enfuie quand elle n'avait que quatre ans, et son père se meurt d'un cancer de l'estomac. Alors, il emmène la fillette de douze ans s'installer chez sa tante Annabelle dans l'idée que celle-ci l'adoptera après sa disparition. Annabelle est une vieille fille bourrue qui vit dans une maison isolée à la campagne et qui n'aime guère les enfants. Sans amis de son âge, en plein déni par rapport à la maladie de son père adoré, Berry se réfugie dans les livres et entreprend d'explorer la forêt voisine. Elle va y faire maintes découvertes surprenantes...

Ca faisait bien longtemps qu'un roman ne m'avait pas autant émue. Il faut dire qu'en plus de taper là où ça fait mal chez moi, "Stolen things" est dans l'absolu une petite merveille de sensibilité, qui utilise les mystères de la forêt pour parler tout en subtilité de choses terriblement réalistes: l'amour, la famille, la mort. En l'espace de quelques semaines, Berry, qui a une relation géniale avec son père, se trouve forcée d'accepter qu'elle va le perdre bientôt, et on ne saura jamais si les rencontres qu'elle fait sont ou pas le produit de son imagination cherchant à remplacer une peur primordiale par une autre peur primordiale, un monde où elle n'a de prise sur rien et dont les règles lui échappent par un autre monde où elle n'a de prise sur rien et dont les règles lui échappent. 

Si la fillette est très clairement l'héroïne de l'histoire, les adultes qui l'entourent - notamment la mère réapparue après une absence de huit ans - sont eux aussi dépeints avec beaucoup de nuance et de délicatesse. Au passage, Stephen Parolini, éditeur avant d'être écrivain, gratifie le lecteur de quelques très jolies considérations sur le pouvoir des livres. Je sais que "Stolen things" est théoriquement un roman jeunesse, mais j'avoue avoir du mal à comprendre comment un(e) ado pourrait le savourer à sa juste valeur. Qui est immense.