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mardi 7 mai 2019

Nos vérités contraires




Lors d'un pétage de plombs récent, j'ai jeté des horreurs à la tête de Chouchou, et au cours de la discussion qui a suivi, je me suis excusée en disant que je ne les pensais pas vraiment. Il m'a répliqué que ce qui sort quand on est à bout, c'est toujours la vérité profonde. J'ai contré que pas du tout: lui-même m'avait également balancé des atrocités à l'occasion d'anciennes disputes alors que de toute évidence, il ne les pensait pas. J'ai cité un exemple spécifique et il m'a dit que si si, il le pensait, en expliquant pourquoi. Ce qui ne l'empêche pas de m'aimer, et de me le répéter très souvent sous des formes aussi flatteuses qu'argumentées. Malgré nos accrochages spectaculaires, on va sur nos 13 ans de relation - un fait sans précédent pour lui comme pour moi. Il faut donc croire que l'on pense effectivement des choses très dures l'un sur l'autre, mais que ce négatif est plus que contrebalancé par les qualités qu'on se trouve mutuellement. 

Ou peut-être que c'est un peu plus compliqué que ça.

jeudi 21 juin 2018

Blues post-écossais





Durant nos vacances, j'ai passé peu de temps sur internet: juste de quoi poster mes Instagram chaque soir et rédiger mes comptes-rendus sur le vif pour ne rien oublier. Je n'ai guère prêté attention à l'actualité, et inutile de dire que déconnecter ainsi m'a fait presque autant de bien que les paysages sublimes que nous traversions et les gens adorables que nous rencontrions. Ce fut certainement le voyage le plus peace and love de ma vie jusqu'ici. 

jeudi 1 mars 2018

Où le froid me rend pompeusement philosophe





Parce que l'hiver et certaines circonstances matérielles me portent à l'introspection (je veux dire: encore plus que d'habitude), je me demandais récemment quelle avait été la meilleure période de ma vie. Mon enfance? Harcèlement scolaire, pas d'amis, sentiment d'inadaptation totale. Mon adolescence? HA HA HA HA HA. Mes études? Seigneur, je détestais tellement cette école et cette ville. Mon entrée dans la vie professionnelle? Trois ans à galérer dans des boulots pas du tout faits pour moi. Le début de ma carrière de traductrice? J'ai enchaîné rapidement une IVG, un mariage précipité et un divorce houleux. L'année passée aux USA? Déprime absolue. Ma trentaine? Une liaison avec un type fraîchement marié avec qui je finirai par vivre malheureuse pendant 7 ans. Ma quarantaine? La mort d'une amie très chère, celle de mes deux chats à un an d'intervalle, puis celle de mon père; corollaire: des crises d'angoisse atroces. Aujourd'hui? On ne peut pas dire que les perspectives professionnelles et financières soient très riantes, que ce soit pour moi ou pour mon compagnon.

dimanche 5 juin 2016

Novembre en juin




Il pleut tous les jours en ce moment; j'ai ressorti collants et chaussures fermées; vendredi j'ai dû rallumer les radiateurs parce que mon linge ne séchait pas et que je devais me fourrer sous la couette pour ne pas grelotter en lisant. Même pour Bruxelles, ce n'est pas du tout un temps de saison. Je voulais profiter de mon mois sabbatique pour me promener et faire le plein de soleil; jusqu'ici, c'est assez raté. Et encore, je m'estime heureuse que nous ne soyons pas inondés comme beaucoup d'autres gens dans le Nord de la France ou de la Belgique.

Reste que combinée à une actualité désastreuse, cette météo a tout pour plomber le moral. Et avec mon pessimisme (réalisme?) habituel, je me dis qu'il va falloir s'habituer à ça tant bien que mal: les saisons détraquées, la multiplication des catastrophes naturelles, les réfugiés sans cesse plus nombreux, le durcissement des haines imbéciles, la trahison par ceux-là mêmes qui sont censés préserver nos intérêts et n'agissent plus que dans celui des banques et des grandes entreprises, une agitation civile d'une brutalité grandissante.

Comment garder espoir dans un monde de plus en plus sombre et inquiétant? Comment faire son deuil de l'avenir meilleur qu'on nous a toujours fait miroiter, celui qu'on pensait nous être dû? Comment ne pas baisser les bras mais continuer à se battre à sa petite échelle? Ne pas se contenter d'écoper pour rester plus ou moins à flots, mais réussir à filer sereinement au milieu de la tempête? Je n'ai pas de réponses à ces questions. Comme tout le monde sans doute, je les cherche un peu chaque jour.

jeudi 20 novembre 2014

Comment partager les belles choses?




Le mois dernier, j'ai dîné avec ma plus vieille amie, que je n'avais pas vue depuis 8 ans. Nous ne nous étions guère donné de nouvelles pendant cette période, et il a fallu faire une séance de rattrapage. De son côté: sa mère a eu la maladie de Lyme, son mec roadie galère de plus en plus pour trouver du boulot, elle-même qui est professeur de salsa à mi-temps craint de devoir fermer son association l'an prochain faute d'élèves, et la marraine de sa fille cadette a un cancer généralisé. Du mien: le crabe a emporté une de mes grandes amies en 2008 et mon père il y a 2 ans, j'ai dû me faire soigner pour des attaques de panique et me débats encore beaucoup avec mes angoisses irrationnelles, le secteur de l'édition va mal et je ne sais pas combien de temps je pourrai continuer à exercer mon métier. 

On était dans un resto très chouette, contentes comme tout de se revoir et... la conversation était parfaitement déprimante, une avalanche de mauvaises nouvelles. Pourtant, mon amie a deux filles qu'elle adore et s'épanouit complètement dans sa vie de famille; de mon côté, si ces dernières années ont été parmi les plus rudes de mon existence sur certains plans, elles ont aussi, paradoxalement, été les plus heureuses, avec beaucoup de jolis voyages, une chouette relation de couple, plein de temps libre pour mes loisirs et un début de sérénité conquis de haute lutte. Alors, pourquoi ne pas avoir parlé des choses qui allaient bien plutôt que de nos malheurs et de nos craintes pour l'avenir? Pourquoi ne pas nous être focalisées sur le positif, largement prioritaire pour elle comme pour moi si on creuse un tout petit peu? 

Si j'évoque ce dîner en particulier, c'est parce que c'était une occasion spéciale et que cela a rendu le déséquilibre encore plus flagrant. Mais au quotidien, c'est un peu la même chose: bien que je collectionne les petits bonheurs, je communique plus facilement sur mes contrariétés et mes peurs. Je ne me considère pas du tout comme quelqu'un de morose, et je suis une fervente adepte du positivisme. Pourtant, j'ai toujours plus de mal à parler de ce qui va bien. Un peu par superstition, comme si une partie de moi pensait que clamer son bonheur, c'était provoquer le destin et inviter les catastrophes (ce qui est totalement idiot, j'en ai bien conscience). Un peu par crainte d'être perçue comme vantarde ou manquant de tact si je m'adresse à des gens moins chanceux que moi. Alors que quand je vais mal et qu'une copine m'annonce une bonne nouvelle la concernant, ça ne me rend pas jalouse ni déprimée, au contraire: ça me change les idées, et ça me redonne espoir que pour moi aussi, les choses finiront par s'arranger. 

Malgré ça, et bien que la diplomatie ne soit décidément pas ma qualité première, j'hésite à me réjouir trop ouvertement de ma bonne fortune. Je dis souvent que j'en suis consciente et reconnaissante, mais je m'attarde beaucoup moins là-dessus que sur les mille et unes raisons de rouspéter qui se présentent chaque jour. Par exemple, hors internet, je ne parle pas tellement de mes voyages qui sont pourtant une de mes plus grandes sources de bonheur, parce que je me rends compte que tout le monde n'a pas les moyens ou la possibilité de bouger autant et que je n'ai pas envie de passer pour une pétasse trop gâtée. Je crains qu'au lieu de leur faire partager mon enthousiasme pour telle ou telle ville, l'évocation de mes souvenirs ne réussisse qu'à agacer mes interlocuteurs. 

Et il me semble que tout le monde ou presque fait la même chose. Que nous partageons beaucoup plus facilement le négatif que le positif, que nous passons bien plus de temps à en discuter et à tisser des liens autour de nos malheurs petits ou grands que de n'importe quoi d'autre. On dit que les gens heureux n'ont pas d'histoire; peut-être, simplement, que rien dans notre société ne les encourage à la partager. Alors que notre monde ne s'est jamais porté aussi bien (si, si, j'ai parfois du mal à m'en convaincre, mais c'est la réalité objective), l'accent mis par les médias sur les actualités anxiogènes nous pousse à devenir de plus en plus pessimistes quant à notre avenir. Dans ces conditions, comment ne pas craindre d'être indécent en avouant qu'on va plutôt bien, voire très bien, ou qu'il vient de nous arriver un truc absolument génial? Comment ne pas penser qu'on va donner à tout notre entourage l'envie de nous faire taire à coups de pelle sur la tête? Alors que ça ne serait probablement pas le cas (ou alors, il faut changer d'entourage: celui-là est tout pourri). 

Bref: comment cultiver un discours positif sans passer pour le ravi de la crèche ou une personne insupportablement bouffie d'auto-satisfaction? 

La photo, c'est parce que ce week-end, je vais à Londres et que ça me remplit de joie, mais chut! Je n'ose pas le dire trop fort.

lundi 7 avril 2014

Confession d'une végétarienne qui souffre


Y'a des jours où j'en ai MARRE de devoir faire mes courses dans trois endroits différents et de rentrer quand même à la maison sans deux des ingrédients cruciaux à mon menu de la semaine. 

Y'a des jours où la souffrance animale me paraît une réalité très lointaine, où je me souviens que n'ayant pas d'enfants je peux me permettre de me foutre du sort de la planète, et où je me demande s'il existe une seule étude sérieuse sur les bénéfices du végétarisme pour la santé. 

Y'a des jours où au lieu d'avoir envie de traiter les carnivores d'égoïstes et d'inconscients, je me demande s'ils n'ont pas bien raison de manger ce qui leur fait plaisir et advienne que pourra. 

Y'a des jours où je me dis que me conformer à mes valeurs morales et à ma vision de ce que devrait être le monde, c'est quand même super chiant. 

Y'a des jours où je pense à l'énergie et au temps que ça me pompe, cette hygiène de vie, et où le doute m'assaille: est-ce que ça en vaut vraiment la peine?

Y'a des jours où j'imagine que le bio est juste une mode lancée pour extorquer plus de pognon aux gens crédules et bien intentionnés dans mon genre, vu que c'est bien beau de ne pas pulvériser de pesticides sur les cultures, mais si l'air, les nappes phréatiques et la terre en sont déjà gorgés, hein... 

Y'a des jours où je me dis que si je meurs renversée par un camion demain, ou que si mes artères de nouveau-né et moi-même passons quinze ans à traîner notre misère en maison de retraite avec les autres Alzheimer, je vais l'avoir franchement mauvaise.

Y'a des jours où j'ai beau me répéter en boucle que c'est du cadavre, j'ai quand même terriblement envie d'une entrecôte saignante, le genre qui meugle encore quand tu plantes ta fourchette dedans. 

Vendredi dernier était un de ces jours-là. Je suis allée à l'Amour Fou, et au lieu d'un burger végétarien, j'ai commandé un New York. 




Je me suis régalée.

Après, je suis rentrée chez moi et j'ai préparé les menus de ma semaine de détox. 

mardi 17 avril 2012

La distance juste


Les nouvelles de mon père empirent. Ses scanners sont de plus en plus mauvais. Dimanche au téléphone, il avait la voix affreusement faible, et ma mère m'a dit qu'il avait reperdu 5 kilos. Il commence une troisième chimiothérapie à l'hôpital jeudi. Pour être honnête, je ne me demande plus s'il va guérir; la seule question qui reste dans ma tête, c'est "Combien de temps?". Plus que dans certains cas de cancers foudroyants, sans doute; moins, bien moins que je ne le voudrais, c'est sûr. 

Pour le moment, j'arrive à maintenir à distance mes visions morbides d'agonie sur un lit d'hôpital, mes hallucinations auditives d'une respiration assistée et caverneuse. J'essaie de rester dans le ici et maintenant. Et à chaque coup de fil où j'apprends que la situation s'aggrave, je me demande comment je dois réagir. Je n'ai pas envie de me laisser submerger par un désespoir qui n'aiderait personne, un chagrin auquel j'aurai tout loisir de m'abandonner plus tard. Mais je n'ai pas envie non plus de devenir blasée au point de ne plus rien ressentir. Pas envie de raccrocher et de reprendre le cours normal de mon existence sans que rien ne témoigne que je suis en train de perdre l'homme à qui je dois la vie, le seul dont j'ai toujours su que je pouvais compter sur lui. Et je ne sais pas où je devrais me situer entre ces deux extrêmes. Je ne sais pas trouver l'attitude juste, l'équilibre entre la solidité dont j'ai besoin pour ne pas me laisser de nouveau aspirer par le trou noir des attaques de panique et l'empathie que je dois à mon père. 

Entendons-nous bien: je ne prétends pas que le fait que je souffre avec lui fasse la moindre différence pour lui, surtout à plus de mille kilomètres de distance. Je ne me demande pas non plus comment me comporter vis-à-vis de lui; j'en ai une idée assez claire. Etre présente autant que possible, par des visites ou au moins des coups de téléphone - ne pas lui donner de raisons de s'inquiéter pour moi - lui faire sentir que je l'aime. Je ne suis pas non plus, comme me l'a suggéré Chouchou l'autre soir, révoltée par sa maladie. J'ai trop d'amis à qui le crabe a enlevé un parent, voire les deux, alors qu'ils étaient bien plus jeunes que moi aujourd'hui. Et je connais les statistiques. La majeure partie d'entre nous devra un jour combattre cet animal vicieux. Ce qui arrive à mon père est trop tristement banal pour que j'aie envie de maudire le sort. 

Non, le problème n'est pas entre mon père et moi, ni entre moi et le destin: il est entre moi et moi. J'ai du mal à porter ma douleur et seulement la mienne - c'est-à-dire, ma douleur de fille proche de sa famille, et non la douleur de mon père reprise à mon compte par le truchement de l'empathie et de la phobie combinées. La seule solution que je connais pour ne pas sombrer dans ce travers, c'est de ne pas y penser. Ne pas penser aux cellules immortelles mais crétines qui sont en train de se multiplier en tuant leur hôte à petit feu. Bosser comme une folle, m'étourdir de sorties, me perdre dans un livre. Reprendre des somnifères pour arriver à dormir s'il le faut. Me couper de toutes les émotions difficiles. Or il me semble que ces émotions difficiles, mon père mérite que je les éprouve, quand bien même ça ne change rien à son état de santé. C'est comme si j'en faisais un... une sorte de devoir moral, je suppose. Ce qui est sans doute idiot. 

Entre éloignement géographique et proximité affective, je cherche la distance juste par rapport à la maladie de mon père.

Illustration Damien Patard

samedi 10 mars 2012

Où je manque de zen. Deux fois.


Mercredi, dans le TGV Marseille-Toulouse. Deux jeunes, la vingtaine et l'élocution racaille, montent à Narbonne, s'installent juste derrière moi et commencent à parler tellement fort qu'ils dérangent tout le wagon. Puis, malgré l'interdiction signalée partout et répétée par le chef de bord, l'un d'eux se met à téléphoner en hurlant pour bien se faire entendre de sa correspondante. Une fois, deux fois, trois fois. Tout le mond soupire et manifeste des signes d'agacement, mais personne n'intervient. Au quatrième coup de fil, je me retourne et dis très sèchement au jeune: "Si vous avez l'intention de continuer à gueuler, ça serait bien d'aller le faire dans le couloir." Son copain s'énerve et crie je leur manque de respect. Je réplique: "Quand vous respecterez les règles en vigueur et la tranquillité des autres passagers, je vous respecterai, vous".

L'effet est immédiat: les deux jeunes baissent le ton de trois crans. Pendant un bon quart d'heure, ils m'insultent à voix basse, me traitant de pétasse et de sale bourge et me menaçant à mots couverts. Je les ignore. Regards pleins de reconnaissance du reste du wagon. Je peux savoir pourquoi c'est TOUJOURS moi qui me décide à protester quand quelqu'un fait chier tout le monde? D'autant que c'est pas comme si j'étais un grand costaud d'1m90. Je trouve ça vraiment triste que les gens se laissent emmerder sans rien dire. Si j'étais d'humeur à lancer un débat politique, je dirais bien que c'est assez symptomatique d'un peuple qui autorise ses banquiers, ses patrons et ses dirigeants à lui marcher dessus: au point où il en est, deux malotrus de seconde zone de plus ou de moins...

Cet après-midi, le portable de mon père sonne. Numéro inconnu. Mon père décroche. C'est le fils des voisins, un gars de 36 ans incapable de garder un boulot ou de dépenser moins de cent euros quand il en a cinquante en poche, et qui a déjà escroqué ses propres parents dans les grandes largeurs. Il dit qu'il a besoin d'argent pour faire le plein de sa voiture, "50 euros, ce serait bien". Mon père se met à fouiller dans son portefeuille, et mon sang ne fait qu'un tour. Je lui prends le téléphone des mains; je traite le type de parasite, "à votre âge, vous n'avez pas honte de ne pas être foutu de subvenir à vos propres besoins?", "ne confondez pas bon voisin et bonne poire", et "ne vous avisez surtout plus d'emmerder mon père". Puis je lui raccroche au nez, non mais ho.

Et là, je me dis quand même que ça fait deux fois en trois jours que je joue la vieille conne, que tout ça n'est pas très bon pour ma zénitude et que je dois avoir des gènes de Zorro d'emmerdeuse destinés à ressortir malgré tous mes efforts. J'essaie de n'être qu'amour et compréhension, j'essaie vraiment. Faut-il pour autant accepter n'importe quel comportement de la part d'autrui?

jeudi 8 mars 2012

Chaque jour est un cadeau


Tant de souffrances dans ce monde, tant de désespoir face à un présent difficile et un futur qui s'annonce pire encore, tant de familles broyées par un système ignoble, tant de vies fauchées injustement et bien trop tôt.

Je ne veux plus perdre de temps à angoisser, à laisser ma peur m'empêcher de profiter de l'instant présent, à me perdre en conjectures pessimistes, à me lamenter sur des pseudo-problèmes insignifiants - y compris à l'échelle de ma propre existence.

Vivre en pleine conscience, savourer les mille petits plaisirs du quotidien, chercher toujours à m'en inventer de nouveaux, aimer fort et beaucoup, être reconnaissante pour tout ce que j'ai. Ne jamais céder à la tentation du négativisme ou de l'auto-apitoiement; ne pas les laisser me voler des instants précieux qui ne reviendront jamais.

Chaque jour est un cadeau. On ne crache pas sur un cadeau.

jeudi 12 janvier 2012

Où mon ressort du shopping à outrance semble cassé


Pendant des années, je me suis dit: "Ca serait bien que tu t'arrêtes de fumer". Mais je n'étais pas vraiment convaincue. Et puis il y a six ans tout juste, ça m'a pris brusquement. Un vendredi soir, j'ai fini mon paquet de Peter menthol, et je n'en ai jamais racheté.

Pendant la première année et demie, j'ai continué à avoir envie de fumer sporadiquement, et taxé une clope par-ci par-là. Jusqu'au jour où, juste avant un concert de Bon Jovi, je n'ai pas réussi à tirer plus de cinq taffes avant d'être écoeurée. J'ai écrasé cette cigarette à peine entamée, et depuis, je suis devenue plus anti-tabac que la plupart des gens qui n'ont jamais fumé de leur vie. La simple odeur d'une clope me dégoûte profondément.

Je crois qu'il est en train de m'arriver un peu la même chose pour le shopping, mais en accéléré. Les premiers jours de janvier, je n'ai pas pu m'empêcher de regarder les chaussures sur internet et de soupirer un peu. Pour les soldes de vêtements dans les magasins bruxellois, c'était plus facile de résister: j'ai pris tellement de poids ces dernières années que rien ne me va, et comme je compte larguer une ou deux tailles dans les mois à venir, je me disais que ce serait idiot d'investir dans des fringues qui seraient bientôt trop grandes. Peut-être que je me fourre le doigt dans l'oeil et que je ne redescendrai plus jamais au-dessous d'un bon 40, mais au minimum, ça m'empêchait d'acheter une 117ème petite robe que je ne porterais pas.

Et puis depuis quelques jours, avec l'approche des soldes françaises qui ont commencé hier matin, j'assiste à un étrange phénomène intérieur, une sorte de nausée qui s'empare de moi à la vue de tous les mails dont me bombardent les marques chez qui je suis cliente. Ecoeurée, je suis juste écoeurée par toutes ces incitations à consommer, à dépenser mes sous durement gagnés pour entasser des chiffons inutiles dans des placards déjà beaucoup trop pleins. Je me sens stupide d'avoir si longtemps cru qu'une jupe parfaitement coupée changerait ma vie, que je ne survivrais pas sans un fard à paupières vert anis, qu'une crème miracle effacerait autre chose que des euros de mon compte en banque, que la vision d'un coussin sérigraphié dissiperait tous mes soucis et que ce serait une honte intersidérale de passer à côté de ces fantastiques "affaires" qui attendaient juste d'être repérées par mon oeil de lynx.

Je ne dis pas que je vais bannir le shopping de ma vie à tout jamais. Je dis juste que l'accumulation de biens matériels à laquelle je me livre depuis 20 ans a fini, semble-t-il, par atteindre un point de rupture, par entraîner une sorte de saturation qui est à son tour en train de provoquer un rejet violent. La tête me tourne quand je pense à tout le fric que j'ai claqué en conneries au fil du temps, à tous les voyages que j'aurais pu me payer avec cet argent au lieu d'entretenir un système que j'en suis venue à mépriser.

Je n'ai pas pris de résolutions particulières cette année, juste choisi un mot pour donner le ton à 2012. Mais je crois que je suis bien partie pour me diriger vers une consommation plus mesurée et plus sélective. Des expériences plutôt que des objets. Des produits fabriqués en petite quantité par des artisans locaux plutôt qu'à des milliards d'exemplaires par des enfants payés trois centimes de l'heure à l'autre bout du monde. Des choses dont je vais réellement profiter au lieu de les ranger dans un coin et de les oublier à jamais.

vendredi 23 décembre 2011

Du cynisme et de la solidarité


J'en ai marre du cynisme.
Oui, on vit dans un monde de plus en plus pollué et ça ne va pas s'arranger; oui, c'est la crise économique et ça ne va pas s'arranger non plus; oui, nos dirigeants se foutent éperdument des intérêts du peuple et je doute fort que ça change dans un futur proche. Oui, il y a de quoi nourrir un léger pessimisme quant à l'avenir.
Mais ça, ce n'est pas du cynisme, c'est de la lucidité.
Et le cynisme qui consiste toujours supposer le pire d'autrui, de son voisin ou de son collègue de bureau, j'en ai ras-le-bol. Ce n'est qu'une posture visant à se prémunir contre les déceptions, une posture de repli sur soi qui ne laisse aucune chance aux relations humaines.
Alors que c'est justement parce que les temps sont durs qu'il est primordial de faire un peu confiance aux autres, de se constituer un réseau d'entraide et de soutien. C'est justement parce que les temps sont durs qu'il faut accepter de baisser sa garde et de se laisser surprendre en bien par les gens. C'est justement parce que les temps sont durs qu'il faut tendre la main sans se dire qu'on va se la reprendre dans la gueule, et accepter les mains tendues sans avoir peur de contracter une dette ou de passer pour faible.
Quand tous les facteurs extérieurs se liguent contre nous, la seule chose qui nous reste, c'est la chaleur qu'on peut se donner les uns aux autres.
Que vous soyez accro à la magie de Noël ou que vous considériez, comme moi, que c'est juste une incitation supplémentaire à la consommation tous azimuts, profitez de ces derniers jours de 2011 pour vous serrer contre ceux que vous aimez.
Joyeux Noël, bordel.

samedi 8 janvier 2011

Où je réfléchis en marchant

Hier soir, alors qu'on rentrait à pied de l'Ouzerie avec Chouchou, le ventre trop plein de purée à l'ail, de fêta et de saucisses grillées et les chaussures éclaboussées par la pluie, mon esprit vagabond s'est mis à dresser l'inventaire de mes domaines de compétence.

Je suis calée en:
- Mode de vie moyennâgeux. Les armes, les armures et l'architecture des châteaux-forts n'ont pas de secret pour moi.
- Univers science-fictionnesques type Star Wars et Star Trek.
- Créatures fantastiques, avec un doctorat en vampires (les vrais, pas les végétariens qui brillent au soleil façon boule disco) et des mentions honorables dans les catégories "lycanthropes" et "faeries".

En gros, je suis spécialiste des choses qui ont existé autrefois, qui existeront peut-être dans le futur ou qui n'ont jamais existé et n'existeront jamais.

Si demain y'a une apocalypse et qu'il faut rebâtir la civilisation après coup, ne comptez pas sur moi.

mardi 20 janvier 2009

La question existentielle du mardi soir

Je viens de me rendre compte que je connaissais encore par coeur toutes les paroles de toutes les différentes versions du générique de Goldorak.
Par contre, j'ai oublié les identités remarquables et la loi statistique de Poisson depuis belle lurette.
Peut-être ne retient-on durablement que les choses qui nous plaisent. Je peux réciter à la virgule près plusieurs fables de La Fontaine apprises dans ma petite enfance et deux ou trois poèmes de Baudelaire découverts au lycée. En revanche, je serais bien en peine de vous ressortir les dates exactes de la IIIème république française ou de reconstituer la liste des présidents qui se sont succédés à la tête de notre beau pays avant Carlito. (Autrement dit, si vous jouez au Trivial Pursuit en équipe avec moi, vous pouvez me laisser les questions marrons et les roses, mais sur les jaunes et les vertes, vous êtes plus seul qu'un rescapé du vol 815 d'Oceanic Airlines - ou que le héros d'un célèbre roman de Daniel Defoe.)
En vertu de quoi, j'aimerais qu'on m'explique pour quelle raison saugrenue mon disque dur personnel héberge encore un album entier de Carlos et toute la chorégraphie de la Macarena.

PS: La photo qui illustre ce post est une allusion non voilée à un de mes grands traumatismes d'enfance. J'avais supplié mes parents pendant des semaines, voire des mois, pour qu'ils m'achètent ce 45 tours. Et environ 24h après qu'il soit entré en ma possession, Soeur Cadette s'est assise dessus, en cassant un petit bout sur le bord. Résultat, on ne pouvait plus écouter les vingt premières secondes sinon l'aiguille du tourne-disque tombait dans le trou. J'étais inconsolable.
Si j'ajoute à ça que l'album de Carlos incriminé plus haut appartenait à la même Soeur Cadette qui tous les mercredis me l'infligeait jusqu'à dix fois d'affilée ("Faut travailler tous les abdooos, faut être beau de bas en hauuut, faut faire l'effort, de faire du sport, j'ai une recette magique et c'est ma gym en musique..." Voyez, je ne vous mens pas!), on comprendra mieux que cette morpionne ne m'ait inspiré pendant de longues années qu'une solide rancoeur.

lundi 21 janvier 2008

La question du jour

Je me demande pourquoi les gens bien se prennent systématiquement pour des nuls et passent leur temps à se dévaloriser alors que les vrais nuls ont une si haute opinion d'eux-mêmes et passent leur temps à la clamer sur les toits.