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lundi 26 octobre 2015

Les croyances sociales




En tant qu'adulte raisonnablement intelligente, lucide quant à ses propres besoins et assez imperméable au jugement d'autrui, j'aime à penser que je fais les meilleurs choix pour moi, sans me soucier de ce qu'on pourrait attendre de ma part. Malgré le mythe selon lequel une femme ne saurait s'épanouir réellement que dans la maternité, je n'ai pas eu d'enfant parce que l'idée m'inspirait un non-désir viscéral, un rejet absolu. 

Mais parfois, les croyances sociales ont un effet plus insidieux, au point qu'on ne se rend même pas compte de leur existence et qu'on se trouve donc incapable d'y résister. Exemple concret: je suis issue d'une famille de la classe moyenne française, pour qui l'accession à la propriété constituait l'objectif matériel numéro un. C'était tellement acquis pour moi que je ne me suis pas posé de question. Dès que j'ai fini de rembourser mon prêt étudiant, j'ai ouvert un Plan d'Epargne Logement, et dès que celui-ci est arrivé à terme, j'ai cherché un appartement à acheter. 

Treize ans plus tard, je ne compte plus le nombre de fois où je m'en suis mordu les doigts. Je consacrerai un jour un billet à mes désillusions en la matière, non pas pour décourager les aspirants propriétaires, mais pour leur proposer un point de vue différent de ce qu'ils entendent partout et tiennent certainement, eux aussi, pour une vérité absolue. Parce que si une seule voix s'était élevée pour me dire, arguments concrets à l'appui, qu'acheter un appartement ne convenait pas à tout le monde, ma décision de l'époque aurait sans doute été bien différente. Mais cette voix n'a jamais retenti. En France, dans la classe moyenne, on aspire à posséder son logement, point. 

(En Suisse, c'est déjà différent: les prix de l'immobilier sont tellement élevés que la plupart des gens savent qu'ils resteront locataires toute leur vie, et je n'ai pas l'impression qu'ils s'en portent plus mal.) (En même temps, ils ont le meilleur chocolat du monde pour se consoler.) (Mais je m'égare.)

Du coup, depuis quelque temps, je m'interroge pas mal sur ce que j'appelle les "croyances sociales", c'est-à-dire, les pseudo-évidences qu'on ne songe généralement pas à contester. Genre:

- "Il faut faire des études pour réussir". Ha ha. J'exerce depuis 20 ans, avec un succès fort raisonnable, un métier pour lequel je n'ai aucun diplôme. Et s'il y a bien des gens qui ne manquent pas de boulot en ces temps difficiles pour beaucoup d'entre nous, ce sont les travailleurs manuels comme les plombiers, qui n'ont pas été à l'école bien longtemps mais dont on aurait du mal à se passer. Sans parler de tous ceux qui inventent actuellement des métiers liés au web, pour lequel ils se sont formés sur le tas. 

- "On sera toujours moins bien seul qu'en couple". N'importe quoi. Je me suis toujours sentie très bien seule, même si j'admets que ça ne convient pas à tout le monde. Et comme je le lisais récemment dans je ne sais plus quel article: être dans un couple qui ne fonctionne pas et qui vous rend malheureux, c'est avoir une étape de retard par rapport aux célibataires qui ne sont plus qu'à un pas de former un couple fonctionnel et heureux.

- "Hors la monogamie, point de salut". Personnellement, je trouve que faire fonctionner une relation harmonieuse entre deux personnes, c'est déjà beaucoup de travail, et l'idée d'ajouter d'autres gens à cette équation complexe me fait l'effet d'un pur cauchemar. Mais Laurell K. Hamilton, une des auteurs que je traduis, vit en ménage à quatre et s'en trouve très épanouie; Amanda Palmer et Neil Gaiman ont un mariage ouvert, et ça ne les empêche pas d'être un couple admirablement aimant. A chacun d'inventer le modèle de vie qui lui convient, et tant pis pour la morale!

- "Une femme ne s'épanouit que dans la maternité". J'ai réussi à éviter ce qui aurait été une grosse erreur pour moi. Mais deux ou trois de mes amies m'ont avoué, sous le couvert du secret, avoir eu des enfants parce que ça leur paraissait "naturel", et le regretter désormais. "J'aime mes enfants, mais si c'était à refaire, je m'abstiendrais d'en avoir", m'ont-elles dit en piquant du nez d'un air honteux, comme si elles se sentaient monstrueuses de constater que la maternité ne leur convenait pas. Je trouve ça triste - que non seulement la société les ait poussées à l'erreur, mais qu'en plus, elle les fasse culpabiliser de l'admettre. 

- "Le médecin a toujours raison". J'ai beaucoup d'admiration pour les bons soignants. Mais ne nous voilons pas la face: 1/ comme dans tous les corps de métier, il y a aussi de fameux connards (au hasard: ces gynécologues maltraitants dont on parle pas mal en ce moment) 2/ même bien intentionné, le médecin n'est pas omniscient et peut prescrire certains médicaments ou examens qui causent plus de tort qu'autre chose. En ce moment, je me documente beaucoup sur la pertinence des mammographies préventives pour les femmes n'ayant pas d'antécédents familiaux, parce qu'il est hors de question que je remette aveuglément ma santé entre les mains de qui que ce soit. 

Et vous? Quelles sont les croyances sociales auxquelles vous avez adhéré sans vous poser de questions? Vous est-il arrivé de le regretter? 

samedi 29 août 2015

La pilule rouge




Dans la journée d'hier, un peu partout sur les réseaux sociaux, des gens ont publié les photos atroces d'enfants syriens morts noyés en tentant de fuir leur pays en guerre, et dont le corps s'était échoué sur une plage en Libye. Et un peu partout sur les réseaux sociaux, d'autres gens ont hurlé: "Je ne veux pas qu'on m'impose de voir ces horreurs; de toute façon, je ne peux rien y faire!". (Si jamais vous y avez échappé, voir à ce sujet le compte Twitter de Maître Eolas, un condensé de réactions typiques.)

Je comprends les gens qui ont hurlé. Moi aussi, ces images me soulèvent le coeur, et moi aussi, j'ai l'impression qu'elles me soulèvent le coeur en vain parce que je suis impuissante, parce que je n'ai pas de super-pouvoirs pour sauver tous ces pauvres réfugiés ni même le temps ou, soyons honnêtes, l'envie de faire du bénévolat dans des associations qui les aident. Tant de causes qui méritent notre attention, tant de nouvelles horribles qui nous assaillent chaque jour au point qu'on finit par être pris d'une furieuse envie d'éteindre la télé, de ne plus lire les journaux, de se barricader contre le reste de ce monde de souffrances auxquelles il nous est impossible de remédier. 

Sauf que ça n'est pas vrai qu'il nous est impossible d'y remédier. Même sans prendre d'engagements individuels, on peut exiger des gens qui nous gouvernent qu'ils mettent en place des politiques adaptées. On peut éviter de voter pour ceux qui prétendent que la France (ou la Belgique, ou la Suisse, ou le Canada, ou n'importe quel autre pays riche) ne peut pas accueillir toute la misère du monde. On peut, au minimum, s'abstenir de colporter l'idée absolument fausse et archi-fausse que les migrants sont une charge insupportable en temps de crise. A la place, on peut propager l'information, participer à une prise de conscience collective, contribuer à faire de l'humanitaire une priorité de nos dirigeants. 

On peut déjà commencer par ouvrir les yeux sur les réalités du monde au-delà de nos vies si affairées d'Occidentaux bien nourris habitant des pays en paix. 

On peut déjà commencer par considérer qu'au-delà de sa famille, de sa communauté ou de sa nation, on est solidaire de l'humanité tout entière. 

Mais pour cela, il faut accepter de renoncer à un certain confort mental. Choisir la pilule rouge plutôt que la pilule bleue. 

Je n'ai pas une vocation de militante et encore moins d'évangéliste. Je me garderai bien de donner des leçons à quiconque sur ce qu'il doit faire ou ne pas faire. Je pense que c'est un cheminement très personnel, et que ne pas accorder de temps de cerveau aux réfugiés syriens ne fait de personne un monstre sans coeur. Tout comme acheter des fringues H&M fabriquées dans des conditions épouvantables au Bangladesh ne fait de personne un monstre sans coeur, ou consommer de la viande sans se soucier de la cause animale et des dégâts de l'élevage sur l'environnement ne fait de personne un monstre sans coeur. Nos existences sont complexes, nos esprits sans cesse sollicités par une chose ou une autre; nous ne pouvons pas être sur tous les fronts à la fois.

Mais je pense aussi que refuser d'au moins prendre conscience de ces choses fait de nous des complices passifs. Coupables de rien d'autre que de ne pas vouloir sortir de notre zone de confort mental, mais coupables quand même de cela. Pas un grand crime, non. Juste une de ces négligences minuscules qui mises bout à bout contribuent à nous déresponsabiliser de tout, à nous déshumaniser collectivement. Une de ces négligences minuscules que, pour ma part, j'ai désormais envie de commettre le moins souvent possible.

Hier, j'ai regardé les photos insoutenables des enfants noyés échoués sur la plage de Zouara.

Hier, j'ai choisi la pilule rouge.

jeudi 25 septembre 2014

★COPENHAGUE★ Vendredi: le charme des pseudos-champs de patates et d'un authentique salon de thé










Tentons aujourd'hui le petit-déjeuner de l'hôtel, un buffet à 10€ par personne qui nous semblait cher en arrivant - mais beaucoup moins après avoir plusieurs fois payé 20€ voire davantage pour deux boissons et deux trucs à bouffer; j'adore Copenhague, mais tout est vraiment super cher ici; au programme de la matinée, une balade photo dans les "champs de patates", anciens logements sociaux mignons comme tout aujourd'hui occupés par une poignée de privilégiés; certaines cours sont pavées, d'autres complètements envahies par la végétation qui semble sur le point de dévorer un salon de jardin oublié; les habitants s'étalent jusque dans la rue: cabanes d'enfants construites sur le trottoir, bacs à sable remplis de jouets, paniers de basket et tables de pique-nique au milieu de la chaussée, et partout, des vélos sans antivol juste appuyés contre les palissades; tout ça a un charme fou et semble très convivial; pendant que nous nous promenons, l'iPhone de Chouchou commence à sonner avec insistance: un de ses clients a un problème technique avec son site internet et tient visiblement à ce qu'il soit résolu TOUT DE SUITE.





Le long de la berge du lac de Sortedams, encore un chantier aux palissades vertes couvertes de street art, dont une flopée d'yeux avec des vinyls en guise d'iris et une émouvante baleine prise dans un filet (les eaux du Danemark ayant récemment été le cadre d'un massacre légal).






Arrivés à Trianglen, prendre le bus 3A jusqu'à Elmegade; bien qu'il ne soit pas encore midi, nous nous posons au Laundromat Café (plus petit que celui de Reykjavik) pour boire un apéro en attendant d'avoir faim; Chouchou dessine des pitichompignons avec des dents secrètes tandis que je regrette de n'avoir pas emporté un livre aujourd'hui.








J'étais super fière d'avoir résolu l'énigme de "Broken" en moins de deux minutes, dommage que je n'aie pas remarqué que la cache n'avait pas été découverte depuis fin juillet - ça nous aurait évité de nous traîner pour rien jusqu'à Osterport; un coup de STog jusqu'à Vesterbro, un peu de marche et nous voilà devant le musée de la ville de Copenhague; une expo passionnante consacrée à l'identité copenhagaise et la place de l'immigration dans l'histoire de la ville (c'est là qu'on se rend compte que PARTOUT les Roms sont persécutés, PARTOUT on a fait venir de la main-d'oeuvre d'Afrique du Nord dans les années 60 et on l'a parquée dans des cités-dortoirs, et PARTOUT on a enfermé les Juifs dans des ghettos tout en les gardant sous la main pour leur argent - même socialement plus avancés que les autres, les pays scandinaves n'échappent pas à la règle); je me demande comment je peux être aussi misanthrope et me passionner à ce point pour les anecdotes du quotidien de gens ordinaires; enfin un vrai salon de thé, et sublime par-dessus le marché; merci Tante T pour le délicieux cheesecake sans l'ombre d'une miette de speculoos; si j'avais de quoi lire, je pourrais passer des heures ici - mais puisque je n'ai pas, continuons la visite; une autre expo non moins passionnante consacrée au pourquoi et au comment de l'intégration de la nature dans le paysage urbain; nous nous apprêtons à partir quand nous nous apercevons qu'il y a encore deux étages; la fermeture approchant, nous avons juste le temps de jeter un coup d'oeil à la belle expo interactive sur les objets qui symbolisent différentes formes d'amour, basée sur l'oeuvre et la vie de Kierkegaard; c'est de très loin mon musée préféré depuis le début du séjour.




Première géocache de la journée (enfin!) en devanture d'un lieu culturel décoré façon Gaudi, un endroit incroyable que nous n'aurions jamais vu autrement; le bus 26 nous ramène à Kongens Nytorv; nous n'empochons la difficulté 4 de Nyhavn que grâce à l'aide d'un pêcheur qui nous montre où elle se trouve (j'avais déjà regardé à cet endroit, mais pas assez bien); bye-bye, double TB "smiling sheep" et "smiling pig" que je traînais depuis Paris en juillet - bon voyage jusqu'à Las Vegas! - je vous remplace par un TB finlandais nettement moins volumineux; Chouchou rentré à l'hôtel pour s'occuper de son client, je traîne un moment au rayon maison du Magasin du Nord, mais me retiens sagement de tout achat de vaisselle; ce soir, ce sera pique-nique dans la chambre (les lois danoises l'interdisent, mais nous sommes des délinquants internationaux!); il y a eu de très grosses inondations dans le Var aujourd'hui, j'espère que tout va bien à l'appartement. 

dimanche 27 juillet 2014

A tous ceux et celles qui osent




A tous ceux et celles qui mettent fin à une longue relation qui ne les rendait plus heureux, malgré la peur de la solitude et des difficultés matérielles,
tous ceux et celles qui font ou refont leur vie avec une personne d'une autre couleur, d'une autre religion ou d'un autre milieu social au mépris du qu'en-dira-t-on,
tous ceux et celles qui partent vivre à l'étranger l'estomac noué à la perspective de tout recommencer à zéro, sans repères familiers et sans réseau de contacts, mais qui partent quand même,
tous ceux et celles qui plaquent un boulot salarié dans lequel ils crevaient à petit feu pour tracer leur propre chemin en free lance, visant l'épanouissement au prix d'une précarité permanente,
tous ceux qui réfléchissent à des moyens de changer le monde en mieux, et qui se démènent pour les mettre en application quand ce serait tellement plus simple de bêler avec le reste du troupeau,
tous ceux et celles qui ont choisi un mode de vie non conventionnel et affrontent perpétuellement les questions déplacées voire agressives des braves gens qui n'aiment pas que...

A tous les pères au foyer, les mères qui ont une carrière hyper-prenante, les femmes qui assument de ne pas vouloir d'enfants, les Juifs qui épousent des Arabes, les divorcés après 20 ans de mariage, les expatriés à l'autre bout du monde, les gens qui inventent leur métier chaque jour, les parents d'handicapés qui se battent pour les droits de leurs enfants, les intermittents qui se font traiter de parasites et les écrivains dépouillés de leurs droits, les homosexuels qui fondent une famille, les polyamoureux, les vegans et les militants écologistes, les révolutionnaires du quotidien, les insurgés qui mettent le feu aux poudres des conventions,

Je vous salue: vous êtes vivants. 

mardi 18 février 2014

Il n'y a pas deux catégories de gens




Hier, j'ai lu  cet article de la philosophe espagnole lesbienne Beatriz Preciado que plusieurs de mes contacts avaient relié sur Facebook. Et bien que je l'aie trouvé très fort et très beau d'un point de vue strictement littéraire, l'image de la balle m'a beaucoup dérangée. Elle semble dire: "En tant que LGBT, nous sommes frappés par un mal extérieur sans que ce soit notre faute". Alors que la notion de mal et de faute n'a pas sa place ici en premier lieu. Il me semble que c'est perpétuer l'idée totalement erronée que l'humanité se divise en deux camps: les hétéros d'un côté, ceux qui sont naturellement conformes, et les LGBT de l'autre. Et ça, c'est justement ce que voudraient nous faire croire les partisans de la haine et du rejet. 

En réalité, il n'y a pas deux camps, parce qu'il n'y a pas deux catégories de gens - les Blancs et les Noirs hier, les hétéros et les homos aujourd'hui. De tout temps et en tout lieu, il y a juste des individus tous différents et tous semblables. Des êtres humains qui respirent, qui mangent, qui dorment, qui rient, qui souffrent, qui espèrent et qui aiment, indépendamment du contenu de leur culotte et de celle de la personne qui partage leur lit. C'est cela qu'il est urgent de faire comprendre à ceux qui s'obstinent à croire que les homosexuels sont de dangereux déviants qui menacent notre mode de vie, et c'est cela qu'il est urgent de faire comprendre à tous les jeunes membres de la communauté LGBT qui douteraient encore de leur droit à vivre comme ils l'entendent.

On m'a répliqué que l'image était poétique et belle, que je cherchais la petite bête là où il n'y avait pas lieu. Mais je suis désolée, j'estime que si, il y a lieu. Les mots et les images importent; ils sont ce qui forme inconsciemment notre vision des choses. Utilisons-les à bon escient pour faire prévaloir l'idée qu'il n'existe pas de façon d'aimer plus légitime qu'une autre. 

(Et pendant qu'on y est, je me permets de relier la vidéo de l'émouvant coming out d'Ellen Page qui parle très bien de la pression au conformisme exercée par la société en général et Hollywood en particulier:)




jeudi 23 août 2012

Hommage aux hommes féministes


Deux "affaires" ont profondément choqué la féministe en moi cette semaine: l'article, dans le magazine Joystick, d'un journaliste faisant l'apologie du viol subi par Lara Croft dans le dernier opus du jeu vidéo éponyme, et les propos d'un sénateur américain qui a déclaré sans trembler qu'en cas de viol véritable, le corps de la femme avait un mécanisme de protection naturel qui l'empêchait de tomber enceinte, et que l'avortement n'était donc pas justifié même pour les victimes d'agression sexuelle. 

Le propos de mon billet n'est pas de prouver à quel point l'attitude du premier relève d'un machisme ignoble et celle du second d'un obscurantisme crasse, ni de me désoler que l'on entretienne ainsi la culture du viol dans nos sociétés pseudo-égalitaires où le féminisme n'a soi-disant plus lieu d'exister vu que toutes les batailles importantes ont déjà été remportées. Ces arguments, vous les connaissez déjà, et si vous aimez me lire pour d'autres raisons que baver devant des photos de chaussures ou récupérer des adresses de resto sympas, vous partagez sans doute mon point de vue. 

Non, ce que je voudrais faire ici, c'est rendre hommage aux hommes féministes qui m'entourent. Ils ne se revendiquent peut-être pas comme tels, mais ils sont faciles à reconnaître. Ils ont choisi de partager la vie de femmes brillantes, drôles, qui parfois gagnent plus qu'eux, et ils ne se sentent absolument pas menacés dans leur virilité pour autant. Ils savent la valeur d'une vraie égalité dans le couple, d'un rapport de partenaires et de complices plutôt que de chef de famille et de femme de ménage gratuite. Ils ne se sentent pas rabaissés quand ils se mettent aux fourneaux ou empoignent l'aspirateur. Ils respectent le droit des femmes à disposer librement de leur corps, qu'il s'agisse de contraception, d'avortement ou d'allaitement. Ils trouvent normal qu'à poste semblable et compétences égales, leurs collègues dotées d'un utérus soient payées autant qu'eux. Ils ne pensent pas que certains métiers sont réservés aux hommes, que les conductrices sont toutes des dangers ambulants, qu'une femme à la sexualité libérée est une salope, qu'une lesbienne a juste besoin d'un bon coup de bite pour changer d'avis ou qu'un "non" n'est jamais qu'un "oui" qui n'ose pas se dévoiler. Ils ont compris qu'il est aussi dans leur intérêt que les deux sexes aient les mêmes droits et les mêmes devoirs - que tout autant que les femmes, ça les libèrera des attentes archaïques qui pèsent sur eux.

A tous ces hommes, du fond du coeur, je dis merci d'exister. Merci de vous dresser avec nous contre le machisme pas mort et le paternalisme encore rampant de ceux avec lesquels vous ne partagez rien de plus qu'un chromosome Y. 

Photo empruntée ici.

dimanche 23 mai 2010

Où je me désolidarise de plus en plus de mes compatriotes

C'est assez rare que je regarde les vidéos postées sur Facebook par mes amis à moins qu'elles montrent des chatons tout mougnoumougnoux. Mais Chouchou est plus curieux que moi. En début de soirée, il a cliqué sur ce lien permettant de voir le Sept à Huit consacré aux évadés fiscaux, notamment à ces millionnaires français qui se réfugient en Belgique pour échapper à l'ISF. Comme j'étais à côté, je n'ai pas pu m'empêcher d'entendre.

La gerbe.

Ca m'est souvent arrivé d'avoir honte d'être française. Les soirs d'élection présidentielle, par exemple. Ou pendant mon unique voyage organisé. Selon la vingtaine de gros beaufs qui composaient le reste du groupe, on ne voyait pas assez de sites touristiques... MAIS ils auraient voulu passer trois fois plus de temps sur chacun d'eux. Oh, et la nourriture n'était "pas comme à la maison" (entendu dans un resto du Chinatown de San Francisco tandis que l'ensemble de la tablée contemplait la nourriture - pourtant très bonne - d'un air soupçonneux). Si vous voulez manger comme à la maison, restez-y donc: ça vous coûtera moins cher et ça évitera d'aggraver la réputation d'arrogance et d'impolitesse des Français à l'étranger. Au final, ces blaireaux ont réussi à faire pleurer notre guide pendant le dîner d'adieu. Mortifiée, j'étais.

Mais là, je crois que c'est pire.

Déjà, j'ai un problème avec le concept d'évasion fiscale. Si tu as gagné ton fric dans un pays lambda, la moindre des choses, c'est de payer tes impôts dans le pays en question. Il a contribué à t'enrichir; tu te plies à ses règles et tu lui rends un peu de ce qu'il t'a donné. Un peu ou beaucoup, OK. Mais si tu payes beaucoup d'impôts, c'est que tu gagnes beaucoup-beaucoup de fric. Tu devrais te réjouir d'être un privilégié au lieu de pleurer que l'ISF va te coûter plusieurs millions d'euros. Quand tellement de gens luttent pour boucler leurs fins de mois, je trouve qu'il y a une vraie indécence à se barrer à l'étranger pour se soustraire à son devoir de solidarité et pouvoir se payer une villa à Saint-Barth, un jet privé ou que sais-je encore.

On peut toujours contester l'usage qui est fait de l'argent des impôts; on peut toujours penser que certaines personnes abusent des prestations sociales et ne font pas d'efforts pour s'en sortir par elles-mêmes; rien n'excuse le fait de jouer les Oncle Picsou, même avec de l'argent qu'on a acquis à la sueur de son front. D'abord, je ne connais pas tellement de métiers où on transpire qui permettent de devenir millionnaire, pas tellement d'occupations honnêtes grâce auxquelles on peut arriver par soi-même à ce genre de fortune. La plupart des évadés fiscaux ont hérité de leur argent ou l'ont acquis à la sueur du front des autres - à part peut-être certains artistes et sportifs de haut niveau. Et je ne veux pas minimiser le travail que ça représente d'être Johnny ou Nicolas Anelka, mais bon, c'est pas non plus les 3/8 sur une chaîne de montage. Ce sont des Français qui achètent leurs disques, leurs places de concert ou de match - une société dont ils veulent bien prendre mais à laquelle ils ne veulent rien donner en retour.

Donc déjà, l'évasion fiscale, je trouve ça inique. Mais aller en plus se plaindre, comme le font les personnes interviewées dans ce reportage, qu'on vit beaucoup moins bien à Bruxelles qu'à Paris et qu'on souffre du manque d'endroits où prendre un café sur le "zingue"... Franchement, y'a des coups de pied au cul qui se perdent. Si on veut vraiment les faire passer à la télé, ces gros cons, on pourrait pas plutôt les mettre dans "Vis ma vie de RMIste"?

samedi 21 novembre 2009

De l'écroulement potentiel de la civilisation à cause du travail des femmes

Je voudrais revenir sur les propos de David Douillet que j'ai rapportés l'autre jour et, plus généralement, sur le problème des gens qui pensent que toute évolution d'une structure sociale établie au Moyen-Age menace notre société d'écroulement. Ceux qui estiment que le travail des femmes compromet l'équilibre du foyer et le bon développement des enfants, mais aussi ceux qui s'offusquent qu'on puisse laisser des homosexuels se marier ou adopter des enfants. Les deux attitudes me choquent autant l'une que l'autre et témoignent selon moi d'une même faille de raisonnement.

Oui, il fut un temps où il était normal que la personne la plus costaud aille chasser le mammouth et que la personne dotée de seins reste dans la caverne pour allaiter bébé Krômignon. Mais quelques centaines de millénaires se sont écoulés depuis. Aujourd'hui, le mammouth (ou ses descendants...) s'achète sous emballage plastique chez Carrefour, et une merveilleuse invention appelée biberon permet même à un être doté d'un pénis de nourrir son rejeton. Le progrès technique a mis la plupart des tâches à la portée de tout adulte doté de trois neurones connectés entre eux ce qui visiblement exclut certains sportifs de haut niveau. Partant de là, la division sexuée des fonctions parentales n'est plus nécessaire. Et il me semble que ceux qui plaident pour son maintien - essentiellement des hommes, vous l'aurez remarqué - nourrissent surtout la peur secrète que l'indépendance financière et sociale de la femme fasse perdre à son époux le pouvoir dont il se prévalait sur elle jusque là.

Je ne suis pas une sommité en matière d'éducation, mais je suis prête à parier toute ma (considérable) collection de chaussures sur une chose: pour bien grandir, un enfant n'a pas besoin d'une mère au foyer. Il a besoin de conditions matérielles décentes, d'amour et d'éducation. Toutes choses qu'il peut parfaitement recevoir d'une mère qui travaille*. Je n'irai pas jusqu'à dire que celle-ci aura plus d'argent à lui consacrer, plus de joie à passer du temps avec lui, et plus de choses à lui enseigner du fait même que son horizon n'est pas restreint aux quatre murs de son domicile, parce que ce serait aussi réducteur que l'affirmation contraire. Je suis certaine qu'une femme qui a choisi, parce qu'elle en avait profondément envie, de se consacrer toute entière à l'éducation de ses enfants et à la tenue de son foyer peut elle aussi faire un boulot génial - ou commettre quelques belles bourdes, d'ailleurs. J'aimerais juste qu'aucune femme ne se sente forcée de le faire par des conventions archaïques, et qu'aucun homme n'aille plus s'imaginer que c'est là sa place "naturelle".

Ca veut dire quoi, "naturel"? Ce qui était au commencement de l'humanité? Mais on a quand même fait un tout petit peu de chemin depuis! Au début du XXIème siècle, on est capable d'envoyer des sondes sur Mars. Ce serait quand même terrible que l'ordre social soit la seule chose qui n'ait pas évolué pendant tout ce temps - ou la seule qui ait évolué de manière négative, pour engendrer des hordes de futurs adultes déséquilibrés. Non?

Scientifiquement, il n'existe pas de gène maternant. Un homme est tout aussi capable qu'une femme de panser une écorchure et de sécher des larmes avec un bisou. De la même façon qu'une femme est tout aussi capable qu'un homme de monter une Ferrari en Lego (oui, le modèle avec 17000 pièces). Un homme peut préparer la meilleure tarte aux pommes du monde et une femme hausser la voix quand un gamin pousse le bouchon un peu loin, Maurice. En vérité, dès le moment où l'enfant est paru, je ne vois plus aucune raison justifiant que tel ou tel rôle échoie à l'un des parents plutôt qu'à l'autre. Les stéréotypes masculins et féminins n'ont plus de raison d'être.

Et il y a quand même des tas de gens qui trouvent ça très bien, Dieu merci. Des hommes qui sont contents que la survie financière du foyer ne repose plus nécessairement sur leurs seules épaules, comme ils sont contents de pouvoir pleurer au cinéma sans être considéré comme des tapettes, pour reprendre l'élégante expression de David Douillet. Des hommes assez sûrs d'eux-mêmes pour ne pas s'imaginer que si leur femme gagne son propre argent et possède son propre statut social, elle n'aura plus besoin d'eux et qu'ils deviendront obsolètes. Des hommes qui savent qu'ils ont autre chose à apporter à leur couple que le traditionnel cliché masculin de la virilité forte et silencieuse. Des hommes conscients qu'on peut les aimer non seulement malgré, mais à cause de leur sensibilité. Et de leur capacité, si nécessaire, à assumer un enfant malade sans se sentir complètement paumés parce que c'est un "travail de femme".

Je passe mon temps à pester contre le fait qu'on me met la pression pour avoir des enfants. Mais j'imagine que la position de mère qui travaille (que ce soit par choix ou par nécessité) n'est pas non plus très enviable quand certains dinosaures sous-entendent que vous volez du temps et de l'attention à vos enfants, qu'il ne faudra pas s'étonner s'ils tournent mal sans que vous ayez rien vu venir, que vous allez leur créer des carences traumatiques qu'ils traîneront toute leur vie. Vous qui êtes dans ce cas, dites-vous plutôt que vous donnez à vos filles un exemple d'indépendance et à vos fils une leçon d'égalité entre les sexes. Combiné à un nombre raisonnable de bisous et de "je t'aime", ça ne me paraît pas un si mauvais départ dans la vie.

*Ou de deux papas, pour en revenir au thème de l'homosexualité évoqué en introduction.

mercredi 11 mars 2009

Y'a encore du boulot

Samedi après-midi, au Promod de la rue Neuve. Pendant que je fouille les portants en quête d'une jupe au-genou-évasée-pas-en-jean, je surprends la conversation d'une petite blonde toute fluette, 18 ans à vue de nez, avec un grand type sapé façon épouvantail et une autre blonde bâtie comme une armoire normande flamande. La petite blonde manifeste des velléités d'essayer tel ou tel pantalon tandis que son mec et sa copine se récrient: "Ah mais c'est horrible! Tu vas pas porter ça, sérieusement!". Je ne fais pas attention aux vêtements choisis par la petite blonde; peut-être sont-ils effectivement affreux, mais la question n'est pas là. Comme elle passe près de moi, je lui souris et murmure un complice "Le shopping, il faut le faire seule!". Elle me rend mon sourire d'un air un peu gêné. "Oui mais ça servirait à rien parce qu'ensuite, les fringues, j'aurais pas le droit de les mettre". Mon sang ne fait qu'un tour. J'envisage un instant de lui remonter les bretelles (celles du pantalon qu'on lui interdit visiblement d'acheter), mais je renonce. Après tout, ça ne me regarde pas.

Dimanche, c'était la journée internationale des droits de la femme. Et certes, nous autres occidentales bénéficions d'une situation extrêmement confortable par rapport à certaines de nos consoeurs d'Afrique, d'Asie, du Moyen-Orient ou d'Amérique du Sud. On ne nous excise pas à l'âge de cinq ans, on ne nous force pas à nous planquer sous une toile de tente noire dont ne dépassent que nos yeux, on ne nous arrose pas d'acide si on a eu le malheur de se faire violer, on ne nous immole pas par le feu pour un mot de travers lancé à un époux qu'on nous a imposé (bien que ces incidents atroces se produisent parfois aussi en France). Nous avons le droit de voter, de choisir nous-mêmes nos partenaires et d'exercer le métier que nous voulons pour un salaire équivalent à celui d'un homme. Sur de nombreux points, la théorie n'a pas encore tout à fait rejoint la pratique, mais franchement, nous sommes mieux loties que n'importe quelles autres femmes sur cette planète. Pourtant, quand je vois une réaction comme celle de la jeune fille du Promod, je me dis qu'il y a encore un sacré boulot à faire sur les mentalités des premières intéressées.

lundi 10 novembre 2008

Pour ou contre: le port d'arme pour les citoyens

Le Second Amendement de la Constitution américaine, qui garantit à tous les citoyens le droit de porter une arme, est l'un des sujets qui opposent traditionnellement Démocrates et Républicains - les premiers étant pour sa suppression, les seconds hurlant au scandale et arguant qu'il est l'un des fondements de leur nation. Et de fait, je comprends que dans un pays aussi jeune, fondé par des pionniers qui ont dû se battre pour voler conquérir et conserver leurs terres, la possibilité de se défendre par le fer et le feu fasse partie des acquis culturels. En même temps, on n'est plus au temps du Far West, hein.

Bien sûr que si quelqu'un nous agressait, moi et ma famille, j'aimerais être en mesure de le neutraliser de manière efficace. Si je croyais notre sécurité physique menacée et si j'avais une arme sous la main, je n'hésiterais pas à m'en servir - et sans une once de remords. Mais honnêtement, la probabilité que cela arrive est infinitésimale. Beaucoup plus probablement, si je gardais un flingue chez moi, l'aîné de mes neveux ou l'un des jeunes enfants de mes amis finirait par le trouver et risquerait de se blesser, voire de se tuer avec.

Et puis, où s'arrête la justification sécuritaire? Comment puis-je être certaine qu'une personne va vraiment me faire du mal? A quel moment puis-je décider qu'elle mérite que je lui tire dessus?
- Quand elle brandit un couteau sous la gorge de mon compagnon?
Dans cette situation, je pense que tout le monde me donnerait raison, y compris un tribunal de justice français.
- Quand elle s'introduit chez nous, croyant la maison vide et pensant peut-être juste à emporter notre console de jeux vidéo et mes bijoux?
A cette question, beaucoup d'Américains (et mon paternel...) répondraient "oui"; moi, je pense que la riposte doit rester proportionnée à l'offense et qu'on n'abat pas quelqu'un pour des possessions matérielles.
- Quand je la surprends à rôder dans mon jardin, à titre préventif?
Et si ce n'était qu'un voisin soûl qui a perdu ses clés?

La frontière entre la légitime défense et la bavure est excessivement mince. Même si c'était légal en France, je ne souhaiterais pas me promener avec une arme à feu. J'aurais trop peur, sous l'emprise du stress, de commettre une grave erreur de jugement. Et puis, c'est prouvé: rien de tel que de dégainer un flingue pour faire dégénérer une situation déjà tendue. Un calibre .38 dans les mains, la tentation est trop grande de jouer les cowboys. Alors, même si je peux comprendre que l'on souhaite être en mesure de défendre ses proches, je pense que le jeu n'en vaut pas la chandelle. Pour un meurtre ou une agression sérieuse évités, combien d'innocentes victimes du Second Amendement aux Etats-Unis? Les psychopathes en liberté sont, fort heureusement, beaucoup moins nombreux que les gamins curieux et les petits délinquants.