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mardi 23 août 2011

La thérapie conjugale en 7 séances


En mai, suite à une Nième explosion spectaculaire de Chouchou, j'ai suggéré, puisque nous ne parvenions pas à régler ce problème seuls, de faire appel à une tierce personne neutre. Je ne suis pas du tout une fana des psys, mais je ne voulais pas vivre avec la perspective de l'explosion suivante suspendue au-dessus de ma tête telle une épée de Damoclès. Il fallait que quelque chose change.

Miss Sunalee a suggéré une thérapeute qu'elle avait consultée à titre individuel des années auparavant, mais qui exerçait toujours et qui recevait aussi des couples en difficulté. "Tu verras, elle propose des solutions très concrètes", m'at-elle dit. Ca me convenait; j'ai pris notre premier rendez-vous pour un vendredi soir de début juin. Depuis, nous y sommes allés sept fois, et nous avons annoncé vendredi dernier notre intention d'arrêter là pour le moment. C'est un petit bilan de cette expérience que je vous propose ici. Il me semble que la thérapie conjugale reste quelque chose d'un peu honteux auquel les gens n'osent pas avoir recours, ou sont gênés d'admettre qu'ils ont recours - alors que les couples parfaits qui roulent toujours tout seuls et sans friction, ça n'existe pas.

Trois de ces séances - les deux premières et l'avant-dernière - ont été extrêmement dures pour moi. J'ai eu l'impression de me faire jeter à la tête des reproches infondés, injustes ou dont il n'avait jamais été question jusque là. Je suis tombée de haut, au point de me dire que la relation essentiellement harmonieuse que je croyais avoir avec mon compagnon n'était qu'un fantasme et n'avait en fait jamais existé. Je sais que je ne suis pas parfaite et, notamment, que mes brusques sautes d'humeur peuvent être difficiles à supporter pour la personne qui partage ma vie. Mais tout ce que je demande quand je vais mal, c'est qu'on me laisse mariner dans mon coin jusqu'à ce que je touche le fond et décide de remonter à la surface par mes propres moyens, ce qui ne tarde jamais beaucoup car je ne suis pas du genre à me complaire dans l'auto-apitoiement. Je ne comprenais pas pourquoi mon compagnon ne pouvait pas m'accorder cette liberté, pourquoi il se sentait nécessairement tenu de me "rattraper" de force alors que je ne lui réclame rien dans ces moments-là, pourquoi il voulait absolument me faire partager certaines expériences ou opinions qui ne m'aidaient pas, ou me pousser à adopter des solutions qui lui ont convenu quand il était confronté à des problèmes similaires, mais qui ne me correspondent pas du tout.

Par ailleurs, j'ai été stupéfaite de découvrir à quel point il m'en voulait de ne pas porter de montre et de ne jamais penser à recharger mon téléphone portable, ce qui faisait de lui le "gardien de l'heure" dans notre couple. J'ai argué que je me débrouillais toujours pour être extrêmement ponctuelle; il a répliqué que oui, pour ça comme pour l'informatique, j'y arrivais en m'appuyant sur lui, et que moi qui me proclamais fièrement autonome, je ne l'étais en réalité pas du tout. J'ai répliqué que s'il ne pouvait ou ne voulait pas me donner l'heure, je pouvais toujours la trouver autrement, et qu'effectivement je suis nulle en informatique, mais que personne ne sait tout et que lui-même serait bien obligé de faire appel à quelqu'un d'autre s'il avait un problème d'électricité ou de plomberie. Bref, ça a beaucoup crié pendant ces séances, et je crois que c'est l'une des premières fois où j'ai osé élever la voix en retour parce que je me trouvais dans un cadre sécurisant et que je savais que ça ne pouvait pas (trop) dégénérer.

Du déballage, il y en a eu, et pratiquement que du côté de mon compagnon. Moi? Quand quelque chose m'énerve, ou bien je décide que ça n'est pas important et je laisse filer, ou bien je le dis en expliquant pourquoi je préfèrerais que les choses soient autrement. Du coup, j'ai passé toute cette thérapie à encaisser des attaques et à me défendre. Ca m'a franchement épuisée, et à la fin, je saturais. Je ne suis pas certaine que tout ait été dit, et je soupçonne que nous devrons probablement retourner chez la psy un jour, mais pour le moment, j'avais atteint le maximum de ce que je pouvais encaisser. Nous avons largement matière à travailler, chacun de son côté ou ensemble, durant les mois à venir.

J'ai pris conscience que non, mes états d'âme n'appartiennent pas qu'à moi, qu'ils ont des répercussions importantes sur la personne qui partage mon quotidien et que de ce fait, je dois m'efforcer de les maîtriser un minimum. Maintenant que je sais combien cette histoire d'heure ennuie Chouchou, je vais faire attention à avoir toujours mon GSM chargé avec moi. Et pour l'informatique ou la photo, au lieu de redemander dix fois la même chose, je vais tâcher de prendre des notes. Pour sa part, Chouchou a admis qu'il y avait une colère immense en lui, une colère qui prend sa source dans un passé douloureux et que, malgré dix ans de thérapie individuelle (EMDR, hypnose...), il ne parvient toujours pas à contrôler. Cette colère n'est pas de mon fait même s'il m'arrive involontairement de la déclencher en appuyant sur un mauvais bouton. Et j'aurai beau marcher sur des oeufs en permanence, je ne parviendrai jamais à éviter tous les mauvais boutons de Chouchou qui sont nombreux et sensibles, surtout en période de stress. Or, son travail le stresse quasi constamment... La gestion de la colère est donc une chose à laquelle il doit travailler de son côté.

En ce qui concerne nos rapports de couple, la psy a fait une suggestion toute simple mais dont nous avons déjà pu tester l'efficacité: malgré la petite taille de notre appartement, nous devons mettre de la distance entre nous quand ça ne va pas, et ne pas hésiter non plus à le faire même quand tout va bien. C'est tout bête, mais c'est vrai que le fait de se mettre, lui dans la salle à manger sur son iMac et moi dans la chambre avec mon MacBook ou un livre quand il y a de la tension entre nous, nous permet de nous ressourcer séparément et de laisser retomber cette tension au lieu de l'entretenir en nous surveillant du coin de l'oeil, chacun attendant que l'autre fasse le premier pas. Et même les soirs normaux, j'ai cessé de penser que je devais rester à la salle à manger pour profiter de la présence de Chouchou. J'ai pris l'habitude d'éteindre mon portable dès que j'en ai fini pour ce jour-là, et d'aller lire au lit souvent une heure avant qu'il soit prêt à me rejoindre. Résultat: je glande moins sur internet, ma PAL descend à vue d'oeil et nous ne partageons pas moins de choses finalement puisque Chouchou reste toujours à portée de voix.

Nous sommes deux personnes compliquées qui trimballent pas mal de casseroles chacune de son côté, même si je pense que celles de Chouchou sont beaucoup plus difficiles à gérer que les miennes. Si pénible qu'elle ait été pour moi, cette thérapie a permis de déballer un certain nombre de choses qui avaient besoin d'être dites et qui, jusque là, étaient restées informulées ou non-entendues. Nous avons pris conscience que nous ne sommes plus les mêmes personnes qu'aux débuts de notre histoire, il y a presque cinq ans, et que continuer à baser notre façon d'agir sur ce qui a pu se passer à l'époque est une mauvaise idée. En concluant, la psy nous a félicités pour notre honnêteté émotionnelle (comprendre: nous avons été tellement bavards tous les deux qu'elle a dû lutter sans cesse au cours de nos séances pour en placer une ^^). Je suis bien contente d'avoir entrepris cette démarche dont les effets positifs se font déjà sentir sur notre couple. Je ne suis malheureusement pas certaine que nous ne devrons pas reprendre notre travail là où nous l'avons interrompu, plus tard... mais au moins, nous savons maintenant que pour 55 euros de l'heure, nous pouvons obtenir une aide efficace quand nous sommes arrivés au bout de nos propres moyens.

lllustration chipée sur ce site

mardi 16 août 2011

Où le geocaching rattrape un peu un long week-end pourri


Ce week-end de trois jours avait plutôt mal commencé. Vendredi soir, la séance de thérapie conjugale a été plus que houleuse - assez horrible de mon point de vue, en fait. Du coup, la sortie geocaching prévue à Hasselt le samedi a sauté; comme il ne faisait pas beau, j'ai eu la flemme d'aller me balader seule et Chouchou et moi avons passé toute la journée à nous éviter dans nos 50 mètres carrés avec une communication verbale réduite au strict minimum. Cerise sur le gâteau: le soir, nous étions invités à manger chez sa mère. Non vraiment, un merveilleux début de week-end.

Dimanche, nous avons eu une longue explication qui a fait avancer le schmilblik mais rien arrangé à la météo, d'où nouvelle journée enfermés. Heureusement, lundi était férié et le soleil a daigné montrer le bout de ses rayons. Je suis allée faire un tour sur le site de geocaching, qui m'a révélé l'existence de deux caches très récemment créées à Bruxelles. Sitôt le repas de midi avalé, nous nous sommes donc précipités en voiture du côté de Tour & Taxis.

A une extrémité du quai de Willebroek, sur le pont qui enjambe le canal du même nom, une vieille locomotive est enfermée dans une sorte de cage en métal. Pourquoi? Mystère. Un Mugle assis sur un banc contemple l'eau d'un air mélancolique; du coup, pas facile de vérifier toutes les cachettes possibles - et elles sont nombreuses quand on cherche un container magnétique de taille 1 planqué quelque part sur une énorme structure métallique. Nous tournons et virons un long moment. Nous sommes sur le point de repartir quand, avec le recul, Chouchou finit par apercevoir une boîte de pellicule planquée sous un montant, à ras de terre.

Nous sommes les 3èmes à trouver cette cache précise, qui est apparue sur le site l'avant-veille seulement. Ca porte un nom en langage geocaching: "TTF", ou "Third To Find". Evidemment, c'est moins bien que d'être les premiers ou les deuxièmes, mais comme ça ne nous était encore jamais arrivé, nous sommes tout contents de cette petite mention honorifique. Je sais que certains geocacheurs se font envoyer des notifications chaque fois qu'une cache est créée près de chez eux, et qu'ils se précipitent alors pour être les premiers à la découvrir; peut-être en arriverons-nous là aussi après avoir épuisé la plupart des caches bruxelloises (m'enfin, comme il y en a plus de 170, nous avons encore un peu de marge devant nous).

Nous nous déplaçons ensuite à l'autre extrémité du quai où nous attend le Concrete Truck, une très étrange sculpture en dentelle gothique de métal rouillé représentant une bétonnière, comme son nom l'indique. C'est une oeuvre étonnante, que nous n'aurions probablement jamais admirée sans le geocaching car elle ne se trouve pas du tout dans un endroit où nous avons l'occasion de passer. J'en profite pour faire quelques photos qui nourriront ma mosaïque pour la semaine orange du challenge en cours. La cache créée trois jours auparavant est facile à trouver, et nous sommes les 7èmes à nous loguer.

Voyant sur l'application geocaching du smartphone de Chouchou que nous ne sommes pas loin de la Bruxelles#1, nous décidons de tenter notre chance même si nous ne l'avons pas préparée. Nous cherchons un long moment dans le Botanique, où les promeneurs sont peu nombreux malgré une météo clémente, mais en vain. Beaucoup de jolies fleurs rouges ou violettes; que ne suis-je passée là quinze jours plus tôt! Mais cette statue vert-de-gris trouvera peut-être sa place dans la mosaïque de ma semaine verte :)

Dernière cache de notre modeste liste pour cet après-midi: La Maturité, dont j'ai obtenu les coordonnées exactes en effectuant quelques recherches Google pour résoudre la petite énigme posée par son créateur. Elle se situe non loin de la gare centrale, dans une cachette du même type que celle de la Niagara Falls in Brussels que nous avions faite en novembre dernier; du coup, nous la trouvons immédiatement. Et pour nous récompenser de nos bons résultats, nous partons goûter en feuilletant des magazines chez Filigranes. Ouf, le week-end se termine mieux qu'il n'a commencé!

samedi 11 juin 2011

Un long week-end qui commence bien



Hier soir, je pars de la maison pour rejoindre Chouchou chez la thérapeute conjugale. Juste après La Chasse, mon bus se retrouve coincé dans un embouteillage et parcourt environ 20 mètres en autant de minutes. Plusieurs passagers demandent à descendre; malgré l'absence évidente de danger, le chauffeur refuse d'ouvrir les portes. Des parents qui doivent aller récupérer leurs enfants à la sortie de l'école commencent à l'insulter. Il se décide à appeler son central, qui lui ordonne de nous laisser descendre. Me voici donc libre, mais dans un quartier que je ne connais pas, sous une pluie battante et avec un parapluie qui refuse de s'ouvrir.

Je cours droit devant moi et finis par atteindre Arsenal où je suis censée prendre le tram n°7. Il y en a justement un à l'arrêt de l'autre côté du carrefour. Je me jette entre les voitures pour le rejoindre avant son départ et tape à la porte vitrée. Le conducteur fronce les sourcils et me fait un geste. J'insiste d'un air suppliant. Il répète son geste et en baissant les yeux, je finis par voir qu'il y a un bouton d'ouverture à l'extérieur. J'appuie dessus, monte et adresse un sourire d'excuse au conducteur: "Je ne suis pas d'ici. " "Et alors? Moi non plus, je suis pas d'ici, je suis d'Ostende", réplique-t-il sur un ton agressif. "Ca va, pas la peine d'être désagréable, je vous explique juste pourquoi je ne connaissais pas le système d'ouverture des portes." Et là, il marmonne entre ses dents: "Connasse de Française". Génial.

Chouchou qui arrive du boulot débarque encore plus en retard que moi chez la thérapeute. Nous passons pratiquement toute la séance à nous engueuler. Par chance, nous devons dîner juste après à la Caneva avec Eve et son mari, ce qui nous donne la possibilité de nous détendre. Les tortelloni al tartufo sont merveilleux pour le moral. Mais en ressortant, alors que nous venons de traverser la foule dense qui se masse devant l'AB, un type énervé nous emboîte le pas et se met à nous insulter, Eve et moi, comme quoi il pisse sur les Français et se torche avec leur drapeau. Nous ne réagissons pas; il en déduit que nous sommes dures d'oreille et répète les mêmes invectives en boucle, cinq ou six fois. Je suis un peu perplexe: c'est marqué où sur ma tronche que je suis française? J'ai tant d'accent que ça?

Ce matin en me levant, j'appelle le Cook & Book pour réserver le brunch promis à Gianluca depuis février. "Désolé, pour demain, c'est complet depuis trois jours", me répond le serveur. Bien bien bien. Tâchons au moins d'aller chez le vétérinaire acheter de la bouffe pour les mamichats, puis de passer chez Pêle-Mêle nous délester de cet énorme sac de bouquins qui encombre l'entrée depuis des semaines. Oui mais non, car pour ça il nous faudrait une voiture. Or, la nôtre ne se trouve plus à l'endroit où nous l'avons garée. Par contre, il y a des travaux dans la rue (un samedi, sans déconner?), et un joli panneau menaçant d'enlèvement tous les véhicules stationnées là entre 7h et 20h. Panneau que bien sûr, nous n'avons pas vu hier soir en rentrant. Au lieu du véto et de Pêle-Mêle, ce sera donc commissariat, fourrière et une facture de 190€. Gloups. Enfin au moins, ni le flic ni l'employée de Radar ne m'ont dit "Bien fait pour ta face, connasse de Française"...

jeudi 17 février 2011

Chez le petit-grand sorcier

Hier, j'ai pris le train de 12h01 jusqu'à la Hulpe pour me rendre à mon premier rendez-vous avec le "grand sorcier hypnotiseur" recommandé par Sara. Une demi-heure de train et presque autant de marche à pied pour gagner la maison de ce monsieur, il fallait être motivée quand même! Heureusement qu'il faisait beau; je frémis d'imaginer le même trajet début décembre pendant les grosses chutes de neige.

Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, le grand sorcier n'est pas du tout impressionnant. C'est un petit bonhomme à lunettes rondouillard et à moitié chauve, qui a la même manie que moi de se déchausser et de s'asseoir sur une de ses jambes repliées en remuant les orteils de l'autre. Du coup, je me suis sentie plus détendue avec lui dès le début que je n'avais jamais réussi à l'être pendant toute ma thérapie avortée avec Mme MonExPsy.

Quant à sa technique... il appelle ça de l"autosuggestion"; en réalité, ce n'est ni plus ni moins que la visualisation pratiquée par Catherine et Claudia: c'est-à-dire (en gros) qu'il propose des scénarios ou des situations dans lesquels le patient doit se placer mentalement pour reprogrammer son cerveau. Son approche est beaucoup moins structurée, beaucoup plus brouillonne que celle de mes profs. Mais j'ai trouvé ça bien de profiter d'une séance en tête-à-tête. Le petit sorcier rondouillard a fait plusieurs remarques très pertinentes et n'a pas compté son temps: la séance prévue pour durer 1h30 a finalement frôlé les 1h45. Je pense que je vais continuer à le voir pour travailler entre les deux ateliers annuels de Catherine à Bruxelles. Parce que contrairement à l'EMDR que pratiquait Mme MonExPsy, la visualisation est une technique qui fonctionne vraiment sur moi.

Pendant qu'on parlait des origines de ma phobie, j'ai tout à coup eu une illumination. Si j'ai commencé à dérailler après la mort de Brigitte, si j'ai encaissé si durement la souffrance de mon père pendant sa maladie, c'était... par solidarité. J'ai souffert rétrospectivement pour mon amie et en temps réel avec mon père parce que c'était une façon de ne pas les abandonner, de leur montrer ma loyauté. La chose que je trouverais la plus difficile si je tombais malade, c'est de savoir que même entourée (ce qui ne serait pas forcément le cas...), je serais seule face à mon crabe, seule à me battre et à vaincre ou à mourir. Et comme j'essaie toujours de donner aux autres ce que j'aimerais qu'ils me donnent si nos positions étaient inversées, j'ai poussé l'empathie jusqu'à m'approprier mentalement leur maladie, sous la forme d'une angoisse paralysante. Juste pour les accompagner.

Vous me direz que c'est idiot, que ma souffrance mentale n'a pas soulagé mon père un seul instant et que si j'avais eu moins de volonté à faire ce qui devait être fait, quoi qu'il m'en coûte, ça aurait même pu m'empêcher d'être là pour lui. Je sais. Mais sur le coup, je ne me suis pas rendu compte de tout ça - et quand bien même je m'en serais rendu compte, il n'est pas dit que ça aurait suffi à désamorcer le mécanisme. Maintenant, je sais, et je dispose de bases plus solides pour travailler à éradiquer mes angoisses. Il me semble avoir fait un grand pas en avant hier.

vendredi 29 janvier 2010

Six mois sous Xanax: le bilan...

Il y a six mois, mon généraliste me mettait sous Deroxat et Xanax suite à une grosse crise de panique, en me prévenant que ce n'était qu'un palliatif temporaire et que je devais suivre une psychothérapie pour résoudre le problème de mon angoisse de la maladie.

Les premiers temps, je n'ai pas bien réagi du tout aux médicaments. J'étais complètement assommée; je dormais 16h par jour et le reste du temps, je luttais pour garder les yeux ouverts ou ne pas m'écrouler en pleine rue. J'ai dû augmenter la dose beaucoup plus lentement que prévu, et deux bons mois se sont écoulés avant que je recommence à fonctionner à peu près normalement. Effets positif:s adieu les insomnies, bonjour la coolitude à toute épreuve! Effets négatifs: adieu les orgasmes (à cause de la perte de sensibilité...), bonjour les fringales! J'ai bien dû prendre cinq kilos à cause de ça, alors que j'en traînais déjà pas mal de surnuméraires.

La thérapie, entamée avec toute la bonne volonté du monde, a été un pur échec. Si raconter ma vie ne m'a curieusement posé aucun problème, j'étais tellement sceptique par rapport aux méthodes utilisées que ça ne pouvait juste pas fonctionner. Peut-être aurais-je dû voir un comportementaliste plutôt qu'une traumatologue...

J'ai commencé à diminuer mes doses de médicaments en octobre, et là encore, l'arrêt a dû être extrêmement progressif. La première fois que j'ai tenté de supprimer complètement le Deroxat (après être descendue de 40 à 10mg quotidiens), j'ai été saisie au bout de trois jours de violents vertiges qui, tout un samedi durant, m'ont jetée à terre telle une poupée de chiffon, d'une façon presque comique: je suis debout... ah tiens je suis allongée sur le lino. J'ai recommencé à raison de 10mg trois jours d'affilée, puis rien le quatrième, pour espacer les prises jusqu'à ne plus consommer que 10mg une fois tous les trois jours. Arrivée là, j'ai stoppée le Deroxat, attendu un peu que mon état se stabilise, puis entrepris de faire la même chose avec le Xanax.

Actuellement, je ne prends plus qu'un demi-comprimé de Xanax un soir sur deux. Les soirs où je n'en prends pas, mes pensées sont un peu plus sombres que d'habitude, et mon angoisse de la maladie tente de remonter en surface. Mais ça va, j'arrive à gérer.

Je comprends maintenant pourquoi on dit que les anti-dépresseurs ne doivent pas être pris à la légère. J'ai expérimenté la lourdeur de leurs effets secondaires et la difficulté du sevrage. J'aimerais bien ne pas avoir à recommencer. Pourtant, je dois reconnaître qu'ils m'ont permis de sortir du cercle vicieux dans lequel je m'étais lentement enfermée depuis près d'un an et demi, de casser l'enchaînement automatique de pensées négatives qui me donnait l'impression d'être en train de mourir. Comme avec mon endométriose, je constate que lorsqu'un traitement efficace existe, il n'est jamais anodin, et qu'il faut toujours être prêt à en payer le prix.

Illustration: www.istockphoto.com

mercredi 16 décembre 2009

Good-bye Mme Mapsy

Je viens d'annuler la séance prévue cet après-midi avec Mme Mapsy.

Oh, j'ai une bonne excuse: hier soir, j'ai voulu aller admirer les lumières de Noël sur la Grand-Place; il faisait -5°, avec d'abominables courants d'air, et j'ai pris froid. Mais en vérité, je traînais les pieds pour y aller, et j'avais déjà plus ou moins décidé que ce rendez-vous serait le dernier.

La dernière fois que j'ai vu Mme Mapsy, c'était début novembre. Je devais y retourner à la fin du mois, et puis j'étais en pleine période de bouclage, vraiment débordée, et j'ai sauté sur ce prétexte pour annuler.

Je n'ai pas envie d'y retourner. J'ai l'impression de perdre mon temps. Contrairement à ce que je craignais avant d'entreprendre cette thérapie, raconter ma vie à une inconnue ne m'a pas foncièrement dérangée. C'était une professionnelle; elle savait écouter avec une neutralité bienveillante et poser les bonnes questions; je n'avais pas l'impression de m'épancher de manière insupportable. Mais je n'avais pas l'impression d'apprendre quoi que ce soit non plus.

La dernière séance, où elle m'a demandé de conjurer la scène des funérailles de Brigitte et de raconter ce que j'avais ressenti pendant qu'elle me tapotait les mains pour m'empêcher de trop "m'immerger" dans mes émotions m'a plongée dans une grande perplexité (et donné une vague envie de rire). J'avais beau y mettre toute la bonne volonté du monde, je ne ressentais rien, ou si peu. De la tristesse, bien sûr, parce que Brigitte me manque. Mais impossible de me replonger dans le chagrin hystérique que j'ai éprouvé ce vendredi de mars dernier. Et je ne crois pas que les cachets y soient pour grand-chose. Quand je me souviens d'un événement fort, qu'il ait été très joyeux ou très triste, je ne le revis pas. Je me rappelle des émotions qui ont été les miennes à ce moment, et il peut arriver que ça me fasse sourire ou que ça me serre le coeur. Mais ça s'arrête là.

Chouchou me dit que ce n'est pas normal, que je suis déconnectée de mes émotions, que j'ai dressé un mur entre mon intellect et mes sentiments. Très sincèrement, je n'en ai pas l'impression. C'est comme ça que je fonctionne, pour le meilleur ou pour le pire. Oui, il y a des fois où ça m'a desservie, mais souvent aussi, ça m'a permis de surmonter des choses très difficiles. Je n'ai pas l'intention de changer sur ce point si rien ne m'y oblige.

Or, rien ne m'y oblige pour le moment. En vérité, je me sens plus sereine que je ne l'ai jamais été de toute ma vie. Lorsque je lis ou entends quelque chose sur le cancer, bien sûr, ça m'angoisse un peu, mais pas plus qu'avant le décès de Brigitte. J'ai cessé de croire que j'étais malade ou que j'allais fatalement le devenir dans un futur proche. Cela pourrait être dû à la petite dose de cachets que je prends encore (un demi-Xanax par jour et un demi-Deroxat un jour sur deux), mais je ne pense pas. Nous verrons bien. Si je recommence à flipper quand j'aurai totalement arrêté les médocs, je reprendrai rendez-vous avec Mme Mapsy. Sinon, j'investirai plutôt mes sous dans de la shoe therapy :-)

vendredi 16 octobre 2009

My safe place

Hier, troisième séance avec Mme Mapsy. Nous sommes vraiment entrées dans le vif du sujet cette fois. Dans le cadre d'un des exercices de thérapie, elle m'a demandé de visualiser "un endroit imaginaire idéal, où je serais seule et où je me sentirais parfaitement sereine et en sécurité". C'est le genre de truc qui me gonfle d'habitude et pour lequel je n'ai jamais d'idée. Mais pleine de bonne volonté, j'ai essayé quand même, et à ma grande surprise, une image est venue assez vite: celle de la bibliothèque du monastère de Strahov sur laquelle j'avais flashé pendant notre séjour à Prague en juin dernier. Il n'a pas été très difficile de broder autour.

Je suis dans une grande bibliothèque pleine de recoins et d'alcôves. Mais pas sombre et poussiéreuse, non: inondée de lumière par le dôme en verre blindé qui lui sert de plafond. Je sens la caresse tiède du soleil sur mon visage et mes bras nus. Une légère odeur de mandarine et de cèdre flotte dans l'air. Le sol est couvert d'une épaisse moquette bleu-gris. Des coussins épars invitent à s'y allonger un livre à la main. Les rayonnages recouvrent entièrement les murs; on peut y accéder par une haute échelle à roulettes et par une mezzanine qui fait tout le tour de l'immense pièce rectangulaire. Tous les ouvrages sont soigneusement classés par genre et par ordre alphabétique d'auteur, et des étiquettes calligraphiées à la main permettent de s'y retrouver. La porte d'entrée est en chêne épais bardée de ferrures et munie d'une énorme serrure à l'ancienne. Face à elle, la mezzanine décrit une avancée de trois ou quatre mètres au-dessus du rez-de-chaussée. Il y a là un très grand bureau dont on peut régler le plateau inclinable pour écrire ou dessiner, et plein de tiroirs contenant crayons, papier, carnets, pinceaux et peinture.

Apparemment, je vais passer pas mal de temps dans cette bibliothèque durant les séances à venir. Une méga-livraison Amazon s'impose ^^
Et vous, à quoi ressemblerait l'endroit idéal où vous vous sentiriez bien et en sécurité?

jeudi 1 octobre 2009

Ironie du Sort 101 : examen de fin de semestre

Contexte

Trois ans que Chouchou me parle de l'EMDR, la méthode de thérapie qu'il a choisie après en avoir vainement essayé plusieurs autres. Trois ans qu'il tente de m'expliquer et que je n'entends qu'un gloubi-boulga de mots apparemment sans rapport les uns avec les autres: "mouvements des yeux... reprogrammer chemin neuronal... cerveau gauche/cerveau droit... tapotements sur (ou avec?) la main... brusque décoinçage... rétablissement connexion...". Trois ans que ça me rentre par une oreille et que ça ressort aussitôt par l'autre. Trois ans pourtant que je constate que cette méthode qui, de mon point de vue, ressemble fort à du charlatanisme ou éventuellement à de la magie, lui permet peu à peu de remettre de l'ordre dans sa tête. Trois ans que je m'en réjouis pour lui mais, par devers moi, mets ça sur le compte d'un effet placebo et me dis que ça ne fonctionne que parce qu'il y croit.

Question d'examen

Sachant que:

1/La liste des compétences de Mme Mapsy est la suivante:
Licenciée en psychologie (master) - Diplôme d'études spécialisées en Cliniques Psychothérapeutiques - Formation à la thérapie systémique et familiale - Formation au psychotrauma - Praticienne EMDR - Thérapie individuelle/de couple - Orientation familiale - Développement personnel : Traumatisme psychologique - Deuil - Séparation - Dépression - Anxiété - Stress - Phobie - Manque de confiance en soi - Questions existentielles - Problèmes relationnels ou affectifs - Difficultés de couple - Médiation

2/Le destin est décidément un fieffé farceur

A votre avis, quelle est selon Mme Mapsy la méthode la plus appropriée pour traiter mon problème à moi que j'ai?

Vous avez 30 secondes pour vous fendre la poire à mes dépens avant que je ramasse les copies.

dimanche 20 septembre 2009

Où je me prends pour une gouroute dans l'art d'avoir confiance en soi

Plusieurs de mes connaissances m'ont récemment confié qu'elles manquaient de confiance en elles. Un problème qui paraît typiquement féminin: les hommes ont toujours l'air très sûrs d'eux, même quand ils enchaînent les pires conneries. Peut-être n'est-ce qu'une façade, mais j'en doute. Alors, pourquoi eux et pas nous? Pourquoi ne se jaugent-ils jamais à l'aune d'une perfection telle qu'ils sont forcés de se trouver pitoyables en comparaison? Pourquoi ne sont-ils pas durs envers eux-mêmes comme jamais ils n'oseraient l'être envers un ami? Pourquoi ne trouvent-ils pas toutes les raisons de s'accabler et aucune de se sentier fiers de ce qu'ils sont et de ce qu'ils font? N'étant ni de sexe masculin, ni télépathe, je ne m'avancerai pas à fournir une explication. En revanche, mon passé de grande complexée me qualifie pour vous donner quelques pistes de réflexion et deux ou trois conseils pratiques.

VIS-A-VIS DES AUTRES:

- Vous avez l'impression que tout le monde a les yeux fixés sur vous en permanence et vous juge négativement.
Non, le service entier ne se moque pas de vous dans votre dos parce que vos chaussures ne sont pas assorties à votre pull ou que vous avez maillé vos collants en venant au travail. Non, à moins d'être la correctrice chargée de réviser la nouvelle édition du Bescherelle, vous ne perdrez pas toute crédibilité professionnelle à vie parce que vous avez oublié d'utiliser le subjonctif après "bien que" dans un mail adressé à un client. Non, votre voisine de serviette de plage ne va pas se mettre à vomir à la vue de vos vergetures et/ou de votre culotte de cheval. Vous savez pourquoi? Parce qu'elle est trop occupée à se demander si les gens ne trouvent pas que son bide ressemble à une hideuse bouée et qu'il devrait être interdit aux baleines dans son genre de porter des maillots deux-pièces. La vérité, c'est qu'en règle générale, chacun se préoccupe avant tout de lui-même et n'a qu'une attention très fugace à accorder aux bévues des autres.

- Vous vous demandez ce qu'un mec aussi génial que le vôtre fiche avec vous et attendez avec terreur le moment où il se rendra compte de votre insondable nullité.
Accordez-lui un peu de crédit. Puisque vous le trouvez si merveilleux, j'imagine que ce garçon a un QI supérieur à celui d'une cuillère à soupe. Et donc, une assez bonne idée de vos défauts ou de vos défaillances intimes. Si vous étiez aussi inintéressante que vous le croyez, il ne serait pas avec vous. Si vous pensez que vous êtes juste hyper douée pour dissimuler votre vide intérieur, il paraît qu'il y a gras de thunes (et de popularité) à se faire dans le métier d'actrice. Je dis ça, je dis rien.

- Vous vous sentez minable à côté de votre meilleure amie (ou de votre collègue de bureau...) si jolie, si drôle et qui semble réussir tout ce qu'elle entreprend.
Personne n'est parfait. Simplement, beaucoup de gens préfèrent se présenter sous un jour agréable et valorisant pour être appréciés; ils mettent donc en avant ce qu'ils ont de mieux et évitent de parler du reste. Vous ne savez pas ce qui se passe dans leur vie quand ils ne sont pas avec vous, ni ce qu'ils ressentent profondément. Votre meilleure amie a peut-être une vie sexuelle minable quoi qu'elle en dise, ou est persuadée d'être la plus mauvaise mère du monde mais a trop honte pour l'avouer; votre collègue de bureau pourrait très bien ne pas avoir parlé à ses parents depuis cinq ans ou s'y être reprise à 17 fois avant de décrocher son permis de conduire.

VIS-A-VIS DE VOUS-MEME:

De la même façon que personne n' a jamais tout bon, personne n'a jamais tout mauvais. Petits exercices pratiques pour vous en convaincre:

- Dressez une liste des choses que vous avez réussies, les choses dont vous êtes fière. Fouillez bien dans tous les domaines de votre vie et ne négligez pas les petits accomplissements: ce sont souvent les plus appréciables au quotidien. Pas besoin d'être sortie première de Polytechnique pour avoir le droit d'être contente de soi. Préparer le meilleur clafoutis de la galaxie, être capable de monter une armoire Ikea en 90 minutes chrono, savoir réconforter un enfant qui a un gros chagrin, trouver un quart d'heure pour bavarder avec la petite mamie d'en face, écouter sans juger quelqu'un qui vous confie un secret pénible, toujours réussir son créneau ou son trait d'eyeliner du premier coup, ce n'est peut-être pas aussi glorieux que remporter un disque d'or ou un Oscar, mais ça vous rend certainement plus précieuse pour votre entourage. A ce qu'il paraît, les disque d'or sont peu comestibles, et on ne peut pas ranger grand-chose dans un Oscar.

- Si votre estime de vous est proche de la température de congélation de l'azote, vous pouvez même vous obliger à noter dans un petit carnet, chaque soir, au moins une chose faite ce jour-là et dont vous êtes fière. Au fur et à mesure qu'il se remplira, ce carnet vous servira de renforcement positif. Je m'explique: de la même façon qu'on dit que l'appétit vient en mangeant ou qu'il faut se toujours forcer à sourire même quand on n'en a pas envie, parce qu'on finit réellement par éprouver l'humeur qu'on affiche, voir grandir la liste de toutes ces choses valorisantes finira par vous rendre contente de vous pour de vrai. Essayez, vous verrez.

- Gardez dans une boîte (ou dans un dossier de votre boîte mail) tous les messages d'amour ou d'amitié que vous recevez, les dessins d'enfants ornés de coeurs difformes et de "je t'aime" bavouillants, les diplômes que vous avez peiné pour obtenir, des photos de vos plus belles réalisations culinaires ou artistiques. Quand vous doutez de vous, ouvrez-la et ressortez tout. Voyez combien de gens vous chérissent malgré vos imperfections. Voyez combien de choses vous avez accomplies et tendez à oublier dans votre tendance à l'auto-dénigrement.

- Quand vous avez commis une erreur, au lieu de vous lamenter que décidément vous n'êtes bonne à rien, imaginez que ce soit une de vos amies qui ait commis l'erreur en question et qu'elle vienne vous voir, absolument désespérée par sa propre nullité. Lui diriez-vous: "Oui, tu n'es qu'une pauvre gourdasse. Franchement, c'est bien fait pour toi ce qui t'arrive." ? Si la réponse est oui, oubliez cet article: vous êtes un cafard déguisé en être humain, et vous avez raison de ne pas avoir confiance en vous. Si la réponse est non: pourquoi vous traiteriez-vous moins bien que vous ne traitez les autres? Plus que n'importe qui, vous méritez votre propre indulgence et votre compréhension bienveillante. Je ne parle pas de complaisance crasse, hein. Mais par pitié, soyez sympa avec vous-même.

mercredi 16 septembre 2009

Je suis venue, j'ai vu, j'ai pas mouru

J'ai toujours catégoriquement refusé d'aller voir un psy, y compris à des périodes où c'était assez bien le bordel dans ma tête et où j'avais le plus grand mal à m'y retrouver. Je n'avais aucune envie de raconter ma vie à un étranger, et puis surtout, j'aurais considéré ça comme un insupportable aveu de faiblesse. De mon point de vue, j'étais assez intelligente pour m'auto-analyser, trouver des solutions et les mettre en oeuvre toute seule. Ce qui s'est effectivement produit et n'a fait que renforcer ma conviction profonde: les psys, c'est pour les faibles d'esprit.

Puis j'ai rencontré Chouchou, en thérapie depuis de nombreuses années. Je me suis dit qu'il avait des excuses: enfance difficile, vrais gros troubles comportementaux... N'empêche qu'on s'est disputés je ne sais combien de fois à ce sujet. Sans faire de prosélytisme, il défendait l'efficacité de certaines des méthodes qu'il avait testées, et notamment de l'EMDR dont, après me l'être fait expliquer 50 fois, je n'ai toujours pas vraiment compris en quoi ça consiste ni de quelle manière ça peut fonctionner. Moi, en face, je voyais que ça lui faisait du bien, que ses problèmes s'estompaient sensiblement et qu'il semblait aller beaucoup mieux, mais c'est tout juste si je n'attribuais pas ça à une sorte d'effet placebo.

Comme le destin est farceur, il a décidé de tester les limites de mon entêtement. Et m'a donc envoyé, après plus d'un an d'angoisses sévères, deux bonnes grosses attaques de panique des familles qui m'ont réduite à l'état de larve tremblante et suffocante, persuadée qu'elle était en train de crever - d'abord dans un avion en parfait état de marche vol, puis dans un appartement douillet et cadenassé à triple tour. Mon généraliste a temporairement limité la casse en me filant des médocs. Je me suis dit qu'au pire, je pourrais toujours continuer à les prendre jusqu'à la fin des temps. Sauf qu'il est très vite apparu que le cocktail Deroxat/Xanax me faisait dormir entre 12 et 15h par jour et me transformait en zombie le reste du temps. Pas bon pour les affaires d'une travailleuse indépendante, ça.

A partir de là, je n'avais plus le choix. Bon gré mal gré, si je voulais résoudre le problème, il fallait que je me décide à "voir quelqu'un", comme on dit pudiquement. Mon bon sens et mon désir de sérénité ont eu raison de mon orgueil. J'ai demandé une recommandation à la psy de Chouchou, et après avoir repoussé le moment le plus longtemps possible sous prétexte que c'était les grandes vacances, j'ai appelé pour prendre un rendez-vous. Auquel je me suis efforcée d'aller le plus détendue possible, en laissant mes préjugés à la maison et en me disant que je pouvais très bien présenter la situation comme j'aurais énuméré les symptômes d'une grippe à un généraliste. "Après tout, si ça ne passe vraiment pas, rien ne m'oblige à y retourner, raisonnais-je. Et raconter ma vie à des inconnus, j'en ai pris l'habitude depuis plus de 5 ans que je blogue. Parler de moi pendant une heure sera toujours moins pénible que de me faire arracher une dent."

De fait, ça n'a pas été pénible du tout. Beaucoup plus facile que je ne le pensais, même. La psy m'a fait expliquer pourquoi j'étais là et clarifier quelques points de mon contexte personnel, et je ne me suis sentie gênée à aucun moment. Pour un peu, j'aurais même trouvé ça flatteur qu'elle s'intéresse à ce point aux détails de ma vie. Par contre, elle ne pratique pas la thérapie comportementale mais plutôt la traumatologie; or, même si mes attaques de panique prennent effectivement leur source dans un événement traumatique, je pense que celui-ci a juste servi de révélateur à un problème de fond qui est la conjoncture de ma nature anxieuse et de mon système de croyances un peu fumeux (je suis la première à le reconnaître). Donc il me semble que c'est ce problème de fond qu'il faudrait traiter.

Néanmoins, les pistes de travail qu'elle m'a proposées m'ont plu, tout comme son attitude générale. J'ai donc repris rendez-vous dans quinze jours. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis...