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mercredi 5 décembre 2018

Où je m'interroge sur le mouvement des gilets jaunes





A l'apparition des gilets jaunes, j'ai grogné: "Y'a pas des trucs un peu plus importants que le prix de l'essence au sujet desquels manifester en ce moment?". Oubliant que, si c'est un non-problème pour moi qui n'ai pas de voiture et souhaite ardemment qu'on cesse d'exploiter les énergies fossiles, beaucoup de gens aux revenus modestes ne peuvent pas aller travailler en transports en commun et n'ont pas les moyens de se payer un véhicule hybride ou électrique.

dimanche 4 février 2018

Tout est politique




faire ses courses à l'hyper / consommer de préférence bio-local-de saison / acheter ses fruits et légumes directement au producteur, sur le marché ou en adhérant à un système de panier hebdomadaire
manger de la viande à tous les repas / manger de la viande rarement, et bien la choisir / être végétarien ou végane
se faire plaisir avec plein de vêtements pas chers / acheter moins et plus éthique

mercredi 26 avril 2017

Palmarès des mauvaises raisons de s'abstenir ou de voter blanc au second tour


Dessin: Uderzo

- "De toute façon, Macron va l'emporter, ce n'est pas la peine que je me salisse les mains en allant voter pour lui". La victoire de Macron est à peu près aussi garantie que celle de Clinton pendant les dernière élections américaines. C'est dire si l'argument me rassure. En France aussi, il s'est passé des trucs chelous pendant le premier tour (500 000 cartes d'électeurs émises en double, des tas de radiations injustifiées, dont 80 000 rien que dans le Val-de-Marne...). En France aussi, il est permis de soupçonner que Poutine cherche à influencer le résultat final. Et même si on n'est pas complotiste pour deux sous: malgré la consigne de Fillon, il y a fort à parier que la droite dure votera Le Pen, ou ne votera pas. Si la droite raisonnable et la gauche s'abstiennent aussi, on fera mentir les sondages une fois de plus, et il sera trop tard pour geindre "Si j'avais su" façon Brexiters.

- "Si on élit Macron maintenant, on aura Le Pen en 2022". Donc, comme on ne veut absolument pas avoir Le Pen en 2022, on va prendre le risque de la laisser passer dès aujourd'hui? C'est ça, la formidable logique du truc? Expédier d'abord le dossier le plus chiant? Se forcer à avaler les haricots surgelés vert fluo du FN en espérant que les frites grasses et croustillantes du renouveau gauchiste suivront dans la foulée? Finir par avoir un(e) président(e) d'extrême-droite n'est pas une fatalité. Comment on évite ça? Election après élection, on vote utile au second tour. Même si ça fait mal au fondement. (Ou alors, on estime que le concept de démocratie a fait son temps et qu'il faut une révolution, mais dans ce cas, on n'a pas voté au premier tour et la question de quoi faire au second ne se pose même pas.) Il peut se passer beaucoup de choses en 5 ans. Une troisième guerre mondiale durant laquelle on succombera tous aux radiations nucléaires - ou juste un anévrisme cérébral qui laisserait le FN décapité au moment opportun. Personne ne peut dire de quoi demain sera fait. La seule chose en notre pouvoir, c'est sauver aujourd'hui.

- "Puisqu'on n'a pas eu ce qu'on voulait, vous pouvez tous crever, bande d'abrutis qui n'avez pas voté comme nous". Ne ricanez pas, je l'ai vue passer une bonne douzaine de fois sur mon mur Facebook - et encore, j'évite de lire les statuts des Mélenchonistes fanatiques en ce moment. Je ne vais pas me faire que des amis sur ce coup-là, mais tant pis: de mon point de vue, cette réaction est digne d'un enfant de 5 ans qui pique une colère parce que ses parents viennent de lui refuser un paquet de Haribo à la caisse de Carrefour (histoire de poursuivre dans les métaphores alimentaires), ou du jeune Pépé d'"Astérix en Hispanie" qui s'arrête-de-respirer-jusqu'à-ce-qu'il-lui-arrive-quelque-chose quand on ne cède pas à ses caprices. Et, oui, j'ai conscience qu'une société meilleure, c'est un enjeu largement supérieur à une poignée de bonbons. Raison de plus pour avoir une réaction mature quand il nous passe sous le nez, et continuer à se battre pour ce qui peut encore être obtenu au lieu de sombrer dans le nihilisme.

- "Pour moi, Macron et Le Pen, c'est kif-kif et bourricot". Si vous avez prononcé cette phrase, vous êtes probablement blanc et hétérosexuel avec un nom à consonance bien française, et vous n'en avez rien à foutre de ce qui arrivera aux minorités vulnérables. Auquel cas, je n'ai pas de mots assez forts pour vous dire mon mépris (vous pouvez sortir en claquant la porte du blog, merci, bisous). Ou bien, vous pensez que ça ne sera pas si grave que ça - et je vous enjoins à vous pencher quelques minutes sur ce qui se passe aux USA depuis que les racistes homophobes décomplexés, se sentant légitimisés par un gouvernement qui abonde dans leur sens, s'en donnent à coeur joie en harcelant, en tabassant et en tuant impunément cha-que-pu-tain-de-jour. Vous avez raison sur un point: quel que soit le vainqueur du second tour, on en (re)prend pour 5 ans de bagne sur le plan économique. Du coup, autant sauver les meubles sur le plan social. Quand l'idéalisme a échoué, il ne reste plus qu'à opter pour le pragmatisme. 

Moi aussi, je suis plus que dégoûtée par le choix de mes concitoyens (à Monpatelin, Le Pen, Fillon et Dupont-Aignan ont récolté 63% des suffrages à eux trois - ça fait peur). Moi aussi, je rêvais qu'on foute un grand coup de pied dans les couilles du capitalisme qui n'en finit plus d'écraser la classe moyenne et de bousiller l'environnement. Mais je ne fais pas partie de la majorité sur ce coup-là. Bien que ses raisons m'échappent, la classe moyenne a signé pour continuer à morfler jusqu'au moment où elle cessera enfin de rejeter la faute sur plus malheureux qu'elle et de voter pour ses oppresseurs. En attendant cet éclair de lucidité salutaire, je refuse de me confire dans un orgueil stupide autant qu'égoïste.

Je vais voter Macron la mort dans l'âme, pas pour moi qui n'ai rien à y gagner et qui vomis les convictions néolibérales du bonhomme, mais pour toutes les catégories de population hyper vulnérables qui souffriraient atrocement d'une présidence FN. Après ça, je voterai écolo aux législatives; je protesterai par tous les moyens à ma disposition si on veut faire passer des lois iniques; je continuerai à essayer d'avoir au quotidien un comportement aligné avec mes valeurs et d'utiliser cette modeste plateforme qu'est mon blog pour propager mes idées. Je ne suis pas naïve: je sais que ça ne suffira pas à provoquer la révolution populaire bienveillante dont nous aurions grand besoin. Mais puisque c'est tout ce que je peux faire, alors, je vais au moins faire ça. Et vous?

dimanche 23 avril 2017

A voté




Il y a une ou deux semaines, lors d'une de nos nombreuses discussions d'avant les élections, Chouchou (qui, bien que partageant mes convictions écolos, se situe beaucoup plus au centre que moi pour toutes les questions économiques), s'est légèrement énervé suite à une de mes diatribes sur le thème: "Je veux de la justice sociale, merde!". Visiblement, il ne comprenait pas que je m'enflamme pour des mesures qui au final me concernent assez peu. 

C'est vrai que je suis blanche avec un nom bien français et pas le moindre ancêtre étranger aussi loin que remontent mes connaissances généalogiques. C'est vrai que je suis en couple hétéro et désormais trop vieille pour avoir besoin d'avorter. C'est vrai que je ne suis pas salariée et que depuis le début de ma carrière, je n'ai pas droit aux allocations chômage et finance déjà à grands frais ma propre mutuelle ainsi que ma retraite complémentaire. C'est vrai que je gagne assez bien ma vie pour être imposée à 20% sur mes revenus et n'avoir bénéficié d'aucune prestation sociale depuis une bonne vingtaine d'années. C'est vrai que je n'ai pas d'enfants et que pour mon usage personnel, il me suffit que la Terre reste habitable pendant un demi-siècle dans le meilleur des cas. Alors, que m'importe le traitement réservé aux homosexuels, aux racisés et aux jeunes femmes encore fertiles? Que m'importe qu'on démantèle un droit du travail qui ne m'a jamais protégée? Qu'on foute la sécu en l'air puisque je fais partie des gens qui auront de toute façon les moyens de se soigner dans le privé? Qu'on bousille l'environnement pour les générations suivantes? 

Hé bien, en fait, ça m'importe beaucoup. 

Je ne vote pas juste pour ma gueule. Je vote pour un idéal de société. Et mon idéal de société, c'est que tout le monde bénéficie des mêmes droits et des mêmes opportunités; que chacun puisse pratiquer sa sexualité et/ou sa religion en paix tant qu'il n'emmerde pas ses voisins; que la classe moyenne ne soit pas écrasée par des riches qui ont déjà plus de fric qu'ils ne pourront en dépenser dans toute une vie; que le travail cesse d'être considéré comme une valeur et une nécessité alors qu'il l'est de moins en moins, et que ce qu'il en reste soit partagé équitablement et rémunéré à sa juste valeur; que la collectivité prenne soin des pauvres, des malades, des handicapés et des vieux; qu'on mette toute nos formidables ressources scientifiques et intellectuelles au service d'un développement durable plutôt que du pillage de ressources qui touchent à leur terme. Je vote parce que je ne veux plus être une privilégiée, parce qu'il me semblerait juste que tout le monde partage ce qui est actuellement une immense chance alors que ça devrait être la norme. 

Par ailleurs, je pense que ce serait une énorme connerie de sortir de l'Europe. Oui, elle a grand besoin d'être réformée, mais un Frexit pourrait sonner le glas d'une institution nécessaire au maintien d'un ordre mondial déjà bien trop ébranlé par les dictateurs et les fous. 

Ce matin, après avoir beaucoup hésité et tergiversé, j'ai voté Benoît Hamon. Sans illusions: je sais qu'il ne passera pas le premier tour et que je vais déprimer sec ce soir devant les résultats. Mais en mon âme et conscience, je n'ai pas réussi à faire autre chose. 

jeudi 1 décembre 2016

La rage au coeur




Il y a 3 ans, j'écrivais cet article afin d'expliquer pourquoi je me faisais radier des listes électorales. 
Je n'ai pas changé d'avis depuis lors: je maintiens que notre démocratie ne fonctionne plus en l'état et qu'il y a besoin d'un grand chambardement. 
Je sais aussi que le soir du 8 novembre, même si je n'aime pas beaucoup Hillary Clinton parce qu'elle est l'incarnation même de l'establishment, je priais pour qu'un maximum d'Américains aillent voter démocrate afin d'éviter la catastrophe Trump. Pas juste pour leur pomme, mais pour le reste du pays et du monde. 
En mai prochain, ça va être le tour de la France qui risque fort de se retrouver avec à sa tête François Fillon dans le rôle de la Peste ou Marine Le Pen dans le rôle du Choléra. (Si vous pensez que François Fillon sera juste un président de droite conservatrice comme les autres, je vous invite fortement à étudier son programme que Margaret Thatcher n'aurait pas renié - et inutile d'avoir un doctorat d'histoire pour savoir quel mal elle a fait aux classes moyennes et pauvres de Grande-Bretagne.)
Je pourrais camper sur mes positions. Me dire qu'après tout, je ne fais pas partie des gens qui vont morfler en premier. Je suis blanche, baptisée catholique, dans une relation hétérosexuelle, en bonne santé pour le moment. Je n'ai jamais été salariée et n'ai pas l'intention de le devenir, alors la durée hebdomadaire du travail ou la dégressivité des allocations chômage, qu'est-ce que j'en ai à foutre? Je n'ai pas d'enfants, alors que m'importe qu'on massacre le système éducatif ou même l'environnement? Et bien que je sois très loin d'être redevable de l'ISF (à mon grand regret...), vu la tranche d'imposition sur le revenu dans laquelle je tombe pour le moment, si ça se trouve, j'aurais même intérêt à ce que le prochain gouvernement soit de droite. 
Bref, s'il ne s'agissait que de défendre mon propre bifteck, je m'en laverais les mains et j'attendrais bien au chaud que le système se casse la gueule comme je pense qu'il finira forcément par le faire. 
Par contre, ne pas m'exprimer pour tous les moins privilégiés que moi, les plus vulnérables qui se retrouveront dans une situation intenable si Fillon ou Le Pen passent? J'ai beaucoup réfléchi depuis le résultat des primaires de droite, et je ne vais pas y arriver. 
Je suis très, très consciente de la chance que j'ai eue dans la vie. Et intimement convaincue que si je ne fais rien pour que tout le monde puisse avoir la même, alors je ne la mérite pas. Les intellectuels et les privilégiés ont le devoir de se battre afin de rendre le monde meilleur pour tous. Vous pouvez trouver ça naïf si ça vous chante. Je préfère être naïve qu'indifférente, égoïste, profiteuse ou les trois à la fois. 
Lundi matin, donc, je retournerai m'inscrire sur les listes électorales dont je me suis fait radier il y a 3 ans. 
Et en mai 2017, j'irai voter la rage au coeur, mais j'irai. 

lundi 14 novembre 2016

Et maintenant, on fait quoi?




C'est la question que je me pose depuis mercredi dernier. Parce que même d'un point de vue très égoïste, il serait naïf de croire que ce qui se passe aux USA ne va pas nous affecter, fût-ce indirectement. Et encore plus naïf de refuser de voir que les soubresauts d'agonie du patriarcat blanc sont en train de provoquer en Europe une nouvelle montée du fascisme et du repli identitaire qui rappelle méchamment l'Allemagne des années 30. En France, on peut être quasiment certains de voir Marine Le Pen au second tour des présidentielles en mai prochain. Et même si elle est battue, ce sera vraisemblablement par Alain Juppé ou un politicard du même acabit, quelqu'un de déconnecté de la réalité qui continuera à faire le jeu des banques et des multinationales et d'aller chercher de l'argent là où il n'y en a plus (dans les poches de la classe moyenne) au lieu de courir après le manque à gagner ahurissant de l'évasion fiscale. 

Ce qui n'est pas qu'un problème d'ordre économique: quand la classe moyenne se sent acculée, elle se retourne rarement contre les puissants; elle préfère chercher des boucs émissaires parmi les gens encore moins fortunés qu'elle. Soit les immigrés et les réfugiés, au hasard. On a un gros, gros problème de société sur les bras, et de mon point de vue, on ne le résoudra pas sans dynamiter le capitalisme. Comme le temps qu'on s'y résolve, on aura sans doute pourri la planète au point de la rendre quasi-inhabitable par l'être humain, j'avoue que la tentation de baisser les bras est assez grande pour les privilégiés dans mon genre, ceux dont le mode de vie se trouve le moins directement menacé. 

Car après tout, que faire contre cette situation déprimante qui nous dépasse? Comment penser qu'on peut avoir un impact significatif sur elle? Je n'ai pas l'intention d'entrer en politique pour tenter de changer le système de l'intérieur. Je n'aime pas assez les gens pour aller faire du bénévolat sur le terrain. Je ne suis même pas suffisamment maîtresse de mon tempérament pour essayer de recadrer les racistes/misogynes/homophobes de façon calme, polie et raisonnée - c'est-à-dire, sans les traiter de connards décérébrés au bout de 2,7 secondes, ce qui me soulagerait sur le coup mais serait sans doute peu productif et risquerait de m'envoyer à l'hosto pour peu que je tombe sur un connard décérébré violent. Je ne suis pas prof pour éduquer la prochaine génération. Et comme je vis, encore plus que la moyenne, dans une bulle où je ne laisse entrer que des gens possédant des valeurs similaires aux miennes, la seule chose que je sais faire à peu près bien - écrire - ne toucherait que des personnes déjà convaincues. 

Pourtant, je pense qu'il est important de chercher des moyens d'action concrets. Parce qu'au bout d'un moment, ne rien faire, c'est collaborer avec les dominants. J'ai beau me dire que je suis quelqu'un de globalement bienveillant (à distance si possible, mais globalement bienveillant quand même), si je n'agis pas pour changer ce que je vomis, j'en deviens responsable moi aussi. Coupable d'avoir laissé faire les pourris. De cautionner leurs agissements par mon silence et mon immobilisme. J'ai très souvent envie de me soustraire à la société humaine, mais que ça me plaise ou non, j'en fais partie. Je ne peux pas me dérober. 

Et donc, je cherche comment être l'un de ces petits ruisseaux qui, paraît-il, peuvent faire les grandes rivières. J'aime beaucoup l'initiative de l'épingle à nourrice, mais même si ça prenait en Europe, vu que je passe 95% de mon temps enfermée chez moi, l'adopter ne servirait qu'à décupler ma consommation de pansements (je suis assez peu adroite). J'ai la ferme intention d'augmenter mes contributions financières à des causes qui m'importent. Et de prendre un abonnement payant à un site de presse sérieux. Autre idée à laquelle je n'aurais pas forcément pensé sans Sarah von Bargen: privilégier les événements et les produits culturels qui mettent en avant les LGBTQ et les racisés ou traitent de leurs droits. Je dirais bien: a contrario, ne pas consommer d'âneries crasses qui incitent au sexisme et à la discrimination (genre les émissions de Cyril Hanouna et Cie), mais je ne le fais déjà pas. Après, je sèche un peu. Et comme je suis sûre de ne pas être la seule à me poser ces questions depuis quelques jours... je vous écoute. Au quotidien, qu'est-ce que vous faites ou envisagez de faire pour défendre vos valeurs et empêcher le Côté Obscur de gagner? 

mercredi 9 novembre 2016

Où on nage en plein cauchemar




Depuis des semaines, Chouchou jubilait en regardant la progression des intentions de vote aux Etats-Unis. Depuis des semaines, la parano en moi lui répétait "Rien n'est décidé avant le vote proprement dit; je ne serai tranquille que le 9 novembre au matin".
C'est pas souvent que je déteste avoir raison. 
Hier, j'ai réussi à ne pas rester collée devant mon ordinateur. Je suis allée à mon cours d'aerial yoga; j'ai déjeuné en ville, acheté quelques bouquins chez Tropismes et lu l'un d'eux chez Méert devant un Earl Grey pointes blanches. Puis j'ai rejoint Chouchou à l'UGC Toison d'Or pour aller voir "Dr. Strange" que - une fois n'est pas coutume avec les films de super-héros - j'ai adoré. On est rentrés de bonne humeur. Chouchou devait encore faire une nuit blanche pour son boulot, et vu les circonstances, j'ai décidé de rester debout avec lui. On s'est fait du sobacha, on a ouvert chacun une fenêtre sur le site de CNN et une autre sur le site de The Guardian, et on a regardé tomber les estimations. 
Je ne vais pas vous la refaire état par état, mais assez vite, j'ai trouvé que ça sentait le roussi et commencé à répéter: "J'y crois pas, il va passer. Mais qui sont les abrutis qui votent pour ce malade mental? Comment c'est possible que plus ou moins une moitié des votants américains pensent qu'un milliardaire-né qui a fait banqueroute trois fois, gruge ses employés et s'arrange pour ne pas payer d'impôts va lutter efficacement contre la corruption et améliorer les conditions de vie des plus pauvres? Comme une seule femme a-t-elle pu donner sa voix à quelqu'un qui a été accusé de plus d'une dizaine d'agressions sexuelles et qui tient des propos si méprisants envers l'ensemble de son genre? Comment un seul racisé a-t-il pu penser que Donald "on-va-bâtir-un-mur" Trump, qui passe son temps à soupçonner tous les Musulmans d'être des terroristes, avait ses intérêts à coeur?"
Bon, en vrai, c'était moins cohérent que ça; ça donnait plutôt quelque chose comme "Putain. Putain, putain, PUTAIIIIIIIIIIN."
Quand j'ai fini par me coucher vers 6h30, il restait encore quelques états qui ne s'étaient pas prononcés, mais on savait déjà que les carottes étaient cuites. 
Apparemment, les Américains sont plus sexistes que racistes. Ils ont bien voulu élire un président noir deux fois, mais une femme? 
Le peuple a parlé: plutôt filer les codes de l'arme nucléaire la plus puissante au monde à un malade mental pro-Poutine qu'à une personne qualifiée pourvue d'un vagin. 
Mon dégoût est immense. Mes peurs pour l'avenir aussi. 
On n'avait déjà pas avancé des masses sur la question du réchauffement climatique, mais maintenant, avec un président américain qui nie l'existence même du phénomène... Enfin cela dit, s'il commence à balancer des bombes dans tous les sens, l'humanité n'aura pas le temps d'être éradiquée par des catastrophes naturelles en plus en plus violentes. Je ne sais pas s'il faut voir ça comme une consolation. Je sais, par contre, que je me réjouis plus que jamais de ne pas avoir d'enfants et que j'ai envie de pleurer en pensant à l'avenir qu'on prépare à mes neveux. 
On était tous unanimement d'accord pour trouver 2016 pourrie. 2017 et les suivantes s'annoncent tellement pires...
Je veux croire que d'ici le printemps, les trois quarts des électeurs de Trump feront comme les pro-Brexit et pleureront que ah oui mais ils n'avaient pas bien compris, peut-on refaire les élections? Sauf que PommeZ, ça marche juste dans "Dr. Strange" si on a l'oeil d'Agamotto. Je veux croire aussi que des garde-fous se mettront en place, mais avec le Sénat et le Congrès, plus sans doute la Cour Suprême, du côté républicain, Trump va disposer d'un pouvoir de nuisance sans précédent dans l'histoire du monde. 
Plus tard, peut-être, j'arriverai à faire preuve du bel optimisme de The Blogess qui publiait ce chouette billet hier. Pour l'instant, je suis bien trop furieuse, révoltée et inquiète. 

lundi 14 septembre 2015

#BXLRefugees




C'est un quartier gris et froid, désert le dimanche; un quartier de tours monolithiques en verre et en acier qui suintent le fric et le pouvoir; un quartier sans âme et sans humanité qui se dresse avec arrogance vers les nuages. 

Et puis en son centre, le carré vert du parc Maximilien, îlot de vie presque incongru coincé entre deux mornes avenues. Là, à ras de terre, des centaines et des centaines de tentes se pressent les unes contre les autres. Les allées et le terrain de sport grouillent de gens qui distribuent ou reçoivent à manger, qui portent le hijab ou une chasuble jaune - parfois les deux -, qui discutent en français, en arabe, en anglais ou en néerlandais, qui ramassent les détritus, jouent au ballon, somnolent sur des matelas auto-gonflants, transportent d'énormes marmites de soupe orange, confectionnent des banderoles, démontent des palettes afin de fabriquer des meubles de fortune. Des enfants sourient, dessinent, se courent après et se font rappeler à l'ordre par leurs parents. Non loin d'écoles improvisées, un stand invite à gonfler des ballons blancs pour envoyer des messages de paix.










A première vue, le tableau paraît presque joyeux, une sorte de grande colonie de vacances un peu bordélique. Mais ses protagonistes ne sont pas venus à Bruxelles pour prendre du bon temps. La plupart d'entre eux arrivent de très loin, ont tout perdu et bravé la mort afin d'atteindre la Belgique. 

Où les pouvoirs publics refusent de les accueillir décemment. 

Dimanche matin, les bénévoles qui s'affairent sans relâche depuis quinze jours au parc Maximilien avaient dénombré 1700 réfugiés en attente de papiers et d'hébergement. La seule pseudo-solution proposée par le secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration Théo Francken: 500 lits de camp dans une tour voisine, sans sanitaires, sans nourriture et sans intimité. A ce compte-là, oui, les demandeurs préfèrent rester dans leur camp remarquablement bien achalandé pour selon qu'il s'est développé en si peu de temps. 

Malheureusement, leur situation est bien trop précaire pour durer. Samedi déjà, malgré les tranchées d'évacuation creusées à la hâte par les bénévoles, les premières pluies automnales inondaient les tentes et changeaient les allées en gadoue. Bientôt, les températures vont chuter. Et les réfugiés affluent sans cesse plus nombreux chaque jour. 

Il est urgent d'agir, et les personnes qui détiennent le pouvoir ne semblent pas du tout décidées à le faire. Alors, en attendant que la situation se débloque, les réfugiés ne peuvent compter que sur les gens de bonne volonté, ceux qui acceptent de retrousser leurs manches, de donner un peu de leur temps, de leurs compétences ou de leur argent pour venir en aide à leurs frères humains. 

Soyons de ceux-là. Elevons la voix au nom de ceux que l'on n'écoute pas, que l'on refuse même de voir. 

Parce qu'en ce moment, ils n'ont que nous au monde. 





Concrètement, comment aider?
- La page Facebook de la Plateforme Citoyenne de soutien aux réfugiés publie chaque jour ses besoins précis en dons matériels, à déposer soit au parc Maximilien, soit au centre de tri de la rue François Mus (métro Belgica). 
- Les bonnes volontés sont les bienvenues au camp, de jour comme de nuit. Inutile de s'inscrire: il suffit de se présenter au point bénévoles pour y recevoir un bracelet bleu et s'enquérir des tâches à effectuer. Les gens qui parlent arabe et ceux qui possèdent des compétences médicales sont particulièrement utiles, mais une paire de bras vaillants pour trier les dons ou préparer à manger sera aussi très appréciée, tout comme les initiatives d'animation et d'enseignement.
- Sur les réseaux sociaux, pour discuter de la situation ou accompagner les photos prises au camp, utiliser le hashtag #BXLRefugees
- Ce soir à 18h, un rassemblement aura lieu au rond-point Schuman:



- Les organisations sérieuses auxquelles donner de l'argent: International Rescue Committee, Médecins du Monde, Médecins sans Frontières, la Croix-Rouge



lundi 26 mai 2014

Non, le score du FN n'est pas la faute des abstentionnistes




Si je conçois fort bien qu'on soit attristé par le score qu'a fait le FN lors des élections européennes de dimanche, je suis en revanche un peu fâchée qu'on en attribue systématiquement la faute aux abstentionnistes. 

J'ai demandé ma radiation des listes électorales l'an dernier, pour des raisons que j'explique en détail ici. Par la suite, une lectrice ayant tenté la même démarche dans sa commune m'a informée qu'une telle chose n'était a priori pas possible; du coup, j'ignore si j'ai été comptabilisée dans les abstentionnistes ou pas avant-hier. Dans un cas comme dans l'autre, il est certain que ma voix n'a pas servi à faire barrage au FN. Et dans un cas comme dans l'autre, je ne me considère néanmoins pas responsable des résultats. Ils sont la faute, d'une part des gens qui ont voté FN pour une raison quelconque, d'autre part des politiciens qui ont réussi à dégoûter une grande partie de la population française de voter. De mon point de vue, la démocratie telle que nous la pratiquons est une vaste blague, un système en faillite qui devrait être modifié au plus vite. Si je refuse de contribuer à le perpétuer, je refuse tout autant d'endosser un échec qui n'est pas le mien. 

A l'heure actuelle, la seule liberté qu'ont les citoyens français est celle d'élire leurs représentants. Une fois en place, ceux-ci font ce qu'ils veulent pendant la durée de leur mandat, sans plus avoir à se soucier de l'opinion populaire (ou juste vaguement dans la mesure où ils veulent être réélus). Ce n'est donc pas parce qu'on vote pour un président ou des députés de gauche qu'on se retrouve avec une politique de gauche, comme on peut s'en apercevoir depuis deux ans. 

Que faire alors? On pourrait commencer par s'inspirer du système suisse, qui consulte les électeurs chaque fois qu'il y a une décision importante à prendre. Parce qu'on ne me fera pas croire que les véritables fachos sont si nombreux que ça. Les gens qui ont voté FN dimanche sont, pour une grande partie, des déçus des partis "traditionnels" qui ne savent plus par quel autre moyen obtenir un vrai changement. Et bien entendu, je pense qu'ils se fourvoient en votant pour Marine et sa clique. Mais si on leur demandait leur avis plus souvent et qu'on en tenait réellement compte pour gouverner, auraient-ils besoin de recourir à une mesure aussi stupide désespérée? Je ne le crois pas. 

Tous les gens bien intentionnés qui fustigent les abstentionnistes depuis hier soir ont pour objectif n°1 de barrer la route au FN. Moi, mon objectif n°1, c'est d'obtenir la révision du système pour qu'il n'y ait plus besoin de barrer la route au FN. Et je n'apprécie pas beaucoup d'être, à cause de ça, considérée comme une sorte de traîtresse à la cause.


PS: J'ai tenté d'expliquer mon point de vue respectueusement, et j'apprécierais que les gens qui décideront de commenter mon billet fassent de même. Merci d'avance. 

mardi 17 septembre 2013

Où je brûle ma carte d'électeur


Illustration empruntée ici

La réforme des retraites et les dernières âneries d'Aurélie Filipetti ont été la goutte d'eau qui a mis le feu aux poudres. 

Au terme d'une longue et douloureuse réflexion, hier matin, je me suis rendue à la mairie de Monpatelin pour me faire radier des listes électorales. 

Quand François Hollande a été élu, je ne plaçais pas d'énormes espoirs en lui; je me disais juste que son gouvernement ne pourrait pas faire pire que celui qui l'avait précédé. 

Visiblement, il se donne beaucoup de mal pour me prouver le contraire. 

J'ai toujours entendu dire que le vote était le premier geste citoyen, le meilleur moyen de se prononcer en faveur des valeurs qu'on défend. 

Mais les valeurs que défendent tous les politiciens d'aujourd'hui - y compris ceux qui sont soi-disant de gauche -, les intérêts qu'ils servent, ce ne sont pas les miens ni ceux du peuple en général: ce sont ceux des actionnaires et des banquiers.

Et moi, j'en ai assez de participer à cette mascarade comme si le bulletin que je glisse dans l'urne comptait ne fût-ce qu'un peu. Assez de voter non pas pour un programme qui m'enthousiasme, mais contre un autre qui me fout la trouille, pour me retrouver au final avec un gouvernement qui prend des décisions aussi absurdes qu'injustes, voire carrément ignominieuses. 

Puisque même les chefs d'état de très bonne volonté n'ont plus aucun pouvoir face aux grandes entreprises, puisque c'est la finance plutôt que la politique qui gouverne le monde, désormais, je voterai avec le seul moyen qui reste à ma disposition: mon argent. 

En résistant aux sirènes de la pub qui veulent me faire acheter n'importe quoi, en boycottant les produits Monsanto, en privilégiant des aliments bios et locaux, en me fournissant chez des artisans ou dans de petites boutiques plutôt qu'en grande surface, je servirai ma vision du monde bien plus sûrement qu'en soutenant le pantin rouge ou le pantin bleu que les électeurs auront désigné comme interlocuteur des véritables dirigeants du monde.

Pratiquer la solidarité au quotidien, lutter activement contre les préjugés sexistes ou raciaux, oeuvrer à la protection de l'environnement: tels seront désormais les seuls actes politiques que je poserai. Et même à mon échelle minuscule, je veux croire qu'ils seront plus efficaces qu'un rectangle de papier marqué Truc ou Machin. 

J'ai fini de remettre à d'autres le soin de défendre mes idéaux. A partir de maintenant, je ne compterai pour cela plus que sur moi-même. 


Vous pouvez lire ici un article très intéressant qui liste 100 raisons de ne pas voter (même si je crois comprendre que son auteur parle d'abstentionnisme plutôt que de radiation des listes électorales).

Et je veux bien discuter dans les commentaires, y compris avec les personnes qui ne sont pas d'accord avec moi, pourvu que le débat reste courtois. 

jeudi 8 novembre 2012

Je m'énerve


Je me réjouis de la réélection d'Obama, mais m'énerve quand même après les presque 48% d'Américains qui ont voté Romney: sérieusement, les gars - et surtout, les filles?

Je m'énerve contre les gens qui, connaissant mes convictions sur le sujet, tentent de me convaincre que mon père veille toujours sur nous de là-haut, et je mijote de balancer bien fort la porte de mon athéisme dans la figure du prochain qui osera me chanter le même refrain. 

Je m'énerve après ma mère qui m'appelle en pleine journée afin de se lamenter d'être un fardeau pour ma soeur mais qui, quand je suggère qu'elle pourrait s'occuper elle-même d'une partie des formalités liées au décès de mon père, se dépêche de changer de sujet. 

Je m'énerve après la Poste qui signale qu'un avis de passage a été déposé chez moi jeudi à 14h, puis que le colis correspondant m'a été livré à 15h45 le même jour, alors que je n'ai pas bougé de la journée ni entendu le moindre coup de sonnette ou vu l'ombre du plus minuscule facteur. 

Je m'énerve après les incohérences repérées dans le bouquin que je suis en train de traduire: ils foutent quoi, les relecteurs des maisons d'édition américaines?

Je m'énerve après les températures polaires de Bruxelles alors que techniquement, on est à peine au milieu de l'automne. 

Je m'énerve contre les scénaristes de "The Big Bang Theory" et "How I met your mother" qui nous livrent respectivement une saison atrocement plate et une saison carrément pathétique.

Mais quand je ne suis pas en train de m'énerver, je vois le visage de mon père partout, son visage d'avant la maladie, quand la chimio n'avait pas encore fait fondre ses chairs, cerné ses yeux et clairsemé ses cheveux, son visage de quand il lui arrivait encore de se marrer comme un sale gosse sous sa moustache. Et invariablement, je me mets à pleurer. 

Par chance, je passe la journée de lundi dans le train. Je suis sûre que la SNCF contribuera avec empressement à ma lutte anti-larmes. 

mercredi 4 juillet 2012

Les 10 petites phrases qui me font grimper au mur (et pas dans le bon sens du terme)


- Le plus beau rôle d'une femme, c'est celui de mère. Pourtant Mère Teresa ou Jeanne d'Arc n'ont pas eu d'enfants, et elles ont réussi à faire deux-trois trucs vaguement utiles. Quant à Aung San Suu Kyi, je doute que son statut de mère soit ce que l'histoire retiendra d'elle.

- Tu ne sais pas ce que c'est d'aimer tant que tu n'as pas eu d'enfant. Des formes d'amour, il en existe plein, je ne vois pas pourquoi il faudrait établir une hiérarchie. Surtout que des parents maltraitants, hélas, il en existe plein aussi.

- Je ne suis pas du tout féministe. Pour la Xème fois: être féministe, ça ne veut pas dire haïr les hommes et refuser de se raser les mollets. Ca veut juste dire réclamer une égalité de droits et de traitement pour tous les êtres humains quel que soit le contenu de leur slip.

- L'infidélité, c'est dans les gènes masculins. Mais oui, bien sûr. Faisons aux hommes l'insulte de penser que, même au nom de la confiance et de l'engagement amoureux, ils ne sont pas plus capables de résister à leurs pulsions que des clébards en chaleur.

- Un enfant a besoin d'un papa ET d'une maman. D'après toi, il vaut donc mieux qu'un orphelin reste seul et malheureux dans son coin plutôt que de grandir dans un foyer aimant auprès de deux parents de même sexe? Oh, et au passage, merci de cracher à la gueule de tous les parents célibataires qui font un boulot d'enfer.

- La politique, ça ne m'intéresse pas. Tu es absolument libre de te désintéresser du monde qui t'entoure. Mais dans la mesure où le monde qui t'entoure, lui, ne se désintéressera pas de toi, je ne trouve pas que ce soit une attitude très logique ou très productive. JDCJDR.

- Les chômeurs, c'est rien que des fainéants. Je veux bien croire qu'il y a dans le lot quelques assistés qui profitent du système pour se tourner les pouces. Mais sérieusement, tu ne crois pas qu'une très grosse majorité d'entre eux préfèrerait avoir une raison de se lever le matin, un métier que leurs gosses pourraient indiquer dans la case "profession des parents" sur les fiches scolaires, voire quelques sous de rabe à la fin du mois pour payer plus que les factures et les Panzani pâtes Lidl, au lieu de crever de honte face à des jugements comme le tien?

- Je ne suis pas raciste, mais quand même, elle dit pas que des conneries Marine Le Pen. Inutile de gaspiller ta salive, j'ai cessé de t'écouter à partir de "mais". Pour info: mettre les problèmes de tout un pays sur le dos d'un groupe ethnique, si, c'est du racisme. Aie au moins le courage d'assumer tes idées.

- J'ai adoré le dernier Marc Lévy/Guillaume Musso. Je sais, je suis une horrible snobinarde de la littérature. Je reconnais qu'on ne peut pas toujours lire que des trucs intelligents (moi-même, je viens de terminer le 10ème "Queen Betsy", c'est dire!) et qu'un petit roman pas prise de tête, de temps en temps, ça fait du bien. Mais c'est épidermique. Quand je pense que ce sont les deux auteurs français qui vendent le plus de livres, j'ai envie de pleurer des larmes de sang. 

- Notre train circule actuellement avec un retard de 312 heures environ et estimez-vous déjà heureux qu'il n'ait pas été supprimé; nous nous excusons pour la gêne occasionnée et vous remercions pour votre compréhension. Compréhension? Mais QUELLE COMPREHENSION putain de bordel de merde chié con bite? Vous avez épuisé tout mon stock aux alentours de novembre 2008.

lundi 28 mai 2012

Le ver dans le fruit


Marché du dimanche à Monpatelin. J'ai vaincu ma flemme congénitale pour sortir profiter un peu du beau soleil printanier. En robe légère et sandales compensées qui me permettent de m'extasier sur mes orteils vernis enfin rendus à la liberté, je me dirige vers le centre du village.

Je n'ai pas besoin de grand-chose, mais j'aime cette ambiance, les vendeurs qui bavardent avec leur clientèle en forçant un peu l'accent du coin, les couleurs éclatantes des étals de fruits et légumes, la bonne odeur des poulets rôtis qui tournent lentement sur leurs rangées de broches, les fromages que j'ai envie de goûter tous, la charcuterie corse dont je me tiens soigneusement à l'écart, les microrobes à trois francs six sous et les tops moulants archi-décolletés qu'affectionnent les cagoles, même les bijoux en toc doré que je ne porterai jamais. Les enfants aux jambes nues et déjà brunes zigzaguent entre les stands. Plantés au milieu de la rue, les adultes discutent tranquillement sans se soucier le moins du monde de gêner le passage. 

Je constate avec plaisir que quelqu'un a repris la presse fermée depuis trois ou quatre mois. C'est triste, un village provençal où on ne peut pas acheter le journal et des cartes postales kitsch avec deux palmiers sur fond de coucher de soleil. A la bonne boulangerie de la place de l'église, je fais héroïquement la sourde oreille aux cris des brioches dodues qui me supplient de les emmener et prends juste une baguette aux céréales. Au 8 à Huit, deux boîtes de thon à l'huile d'olive. A la marchande d'olives, une barquette de tapenade verte dont je raffole - mais pas de caviar d'artichaut, soyons un peu raisonnable. Chez mon primeur, une barquette de fraises, des abricots dont le jus ressemble à du miel et des tomates grappe incroyablement parfumées dont je sniffe discrètement la tige comme une junkie. Puis je rebrousse chemin sans me presser. 

Et en passant près d'un petit groupe de trois personnes, j'entends soudain: "Non mais quand même, j'ai beau ne pas être... Il faut reconnaître qu'elle dit des choses très justes". Une intuition; je ralentis et dévisage le trio. Gens d'âge mûr, chapeau de paille et robes à fleurs pastels pour les dames, lunettes bifocales et pantalon en lin beige un peu froissé pour le monsieur. Bien sous tous rapports. "Oui, et puis bon, le père était un peu... mais elle, elle passe mieux. Elle fait plus politiquement correct, quoi." Bingo. Ils hochent tous les trois la tête d'un air entendu, ces gens qui n'osent même pas aller au bout de leurs idées et prononcer les mots qui fâchent. Et le petit goût de paradis de ce dimanche matin vire à l'aigre dans ma bouche. 

lundi 7 mai 2012

Casse-toi, pov' con


(Je suis curieuse de savoir combien d'autres blogueurs de gauche vont eux aussi céder à la facilité et poster un billet avec le même titre.)

Bon, ben voilà Sarkozy a perdu. Youpi.
Je ne vais pas vous refaire la liste de toutes les raisons pour lesquelles je souhaitais le voir dégager: les gens de mon bord les connaissent par coeur; les gens d'en face ne seront de toute façon pas d'accord avec. Mais heureusement que j'avais prévu un week-end chargé, parce que ça m'a évité de trop angoisser pendant les dernières 48h. Hier, j'ai passé un chouette après-midi à papoter et à me goinfrer de sucre avec une quinzaine de lecteurs, et c'est seulement alors qu'on levait le camp du salon de thé que les premières estimations fiables sont tombées sur l'iPad de Chouchou. Je n'ai pas sauté de joie: j'ai juste poussé un énorme soupir de soulagement. 

Je pense qu'on a évité le pire. Je ne suis pas du tout persuadée qu'on aura le meilleur avec Hollande; je suis même sûre du contraire. Parce que quelle que soit sa bonne volonté (et je veux bien croire qu'elle est grande), il prend les rênes d'une France très mal en point, un peu à cause des actions de son prédécesseur mais aussi beaucoup en raison d'une crise d'ampleur européenne voire mondiale. Une bonne partie des gens qui ont voté pour lui l'ont fait par défaut et avec une petite moue, en disant: "Je ne suis pas sûr(e) qu'il ait les épaules pour être président". J'ai envie de répondre que même s'il avait la carrure d'un bahut normand, il ne pourrait pas éviter que la crise continue à se dérouler jusqu'à sa résolution, que je crains violente. 

Hollande est un homme, pas un miracle. Or, dans le contexte actuel, il nous faudrait un miracle pour retrouver la croissance à laquelle aspirent tous les politiciens (et dont je pense personnellement qu'elle est dangereuse à ce stade de notre évolution, mais ceci est une autre histoire). J'espère juste que notre nouveau président saura atténuer les effets de la crise de façon à ce qu'ils touchent le moins possible les plus démunis. Parce que même et surtout dans des circonstances difficiles, je suis persuadée que la justice sociale reste un objectif accessible autant que désirable. 

lundi 23 avril 2012

J'ai mal à ma France


D'accord, Hollande est en tête du premier tour. 
D'accord, Le Pen n'ayant pas intérêt à ce que Sarko soit réélu si elle veut jouer les législatives, le report des voix jouera sans doute contre le président sortant. 
D'accord, selon toute vraisemblance (même si rien n'est gagné d'avance), nous aurons évité le pire dans quinze jours. 
Mais quand même.
A peine plus de 2% de Français ont considéré que l'écologie était un enjeu majeur de notre avenir.
Un Français sur 4 a de nouveau voté pour l'homme à cause duquel notre pays est aujourd'hui économiquement exsangue et socialement nauséabond. L'homme qui n'a jamais défendu que les intérêts de sa propre caste, et jamais ceux de la classe moyenne qu'il a écrasée de taxes et de mépris. 
Et un Français sur 5 a voté Front National. Un Français sur 5 s'est prononcé en faveur de la peur de l'autre, de la haine ordinaire et de l'exclusion. 
Je suis consciente que, parmi les gens que j'aime et que je respecte, certains auront voté pour Nicolas Sarkozy ou pour Marine Le Pen hier. J'ose croire que ce n'est pas par adhésion au projet de société qu'ils incarnent, mais en l'absence d'alternative valable à droite, et parce que leurs valeurs rendaient impensable pour eux de voter à gauche. 
Mais quand même. 
En 1989, le chanteur des Bérurier Noir réclamait "Plus jamais de 20%, plus jamais", et je scandais avec la foule "La jeunesse emmerde le Front National". 
23 ans plus tard, une certaine France se cherche toujours des boucs émissaires. 
Et moi, j'ai plus qu'un peu envie de vomir.




jeudi 19 avril 2012

Bien malgré moi, je ne voterai pas pour les prochaines élections


Mes intentions de vote étaient claires. Eva Joly* au premier tour, parce que c'est bien la première fois que je suis d'accord en tous points avec une candidate, que son programme reflète très exactement mes préoccupations et que j'ai en outre le sentiment d'avoir affaire à une personne absolument intègre (chose plus rare en politique que les flocons de neige au Sahara). Et puis au second tour, le moins pire - donc François Hollande, vraisemblablement. 

Sauf que les dates des élections ne collaient pas, mais pas du tout avec les séjours prévus et nécessaires à Monpatelin, et que 600€ de budget plus quatre jours de boulot sacrifiés pour faire deux aller-retour supplémentaires en train, ça n'était juste pas envisageable. Qu'à cela ne tienne, j'ai pensé que je voterais par correspondance. On m'a informée que ça n'était plus possible. Une procuration, alors? Sauf qu'on ne peut la donner qu'à une personne inscrite sur les listes électorales de la même commune. Or, à Monpatelin, je ne fréquente que ma vieille voisine Solange qui, d'après les commentaires dont elle me gratifie régulièrement face aux nouvelles de TF1, risque bien de voter pour Marine Le Pen. 

Dimanche, au détour des commentaires d'un blog, j'apprends que le PS a créé un site spécialement dédié à la recherche de mandataires pour les gens qui, comme moi, seront absents le jour des élections. Je file m'y inscrire. Il est trop tard pour le premier tour, pour lequel je n'aurais de toute façon pas souhaité voter socialiste, mais pour le second, peut-être... Hélas, je ne suis contactée que la veille de mon départ de Monpatelin, par quelqu'un qui me dit qu'il part en déplacement le lendemain mais qu'il me recontactera le week-end suivant. D'ici là, je ne serai plus en France pour effectuer les formalités nécessaires. Ma dernière chance de voter s'envole.

Comme si ça ne suffisait pas, j'apprends dans la foulée que Soeur Cadette et David ne pourront pas voter non plus, car ayant oublié de faire le changement, ils sont toujours écrits sur les listes électorales de l'ambassade de France à Dallas. Sur ce coup-là, la famille n'a vraiment pas assuré. J'ai le sentiment que ce sont les élections présidentielles les plus cruciales depuis que je suis en âge de voter, celles où le pays ne peut vraiment pas se permettre de se louper, et je suis désespoir de ne pas pouvoir y participer. Dimanche, puis le 6 mai, je devrai me contenter de croiser les doigts et de retenir mon souffle en attendant les résultats. 

*Ici, la retranscription de son magnifique discours au Cirque d'Hiver. Je suis, vraiment, en totale adhésion avec les propos de cette femme, et en totale admiration devant elle. 

samedi 10 mars 2012

Où je manque de zen. Deux fois.


Mercredi, dans le TGV Marseille-Toulouse. Deux jeunes, la vingtaine et l'élocution racaille, montent à Narbonne, s'installent juste derrière moi et commencent à parler tellement fort qu'ils dérangent tout le wagon. Puis, malgré l'interdiction signalée partout et répétée par le chef de bord, l'un d'eux se met à téléphoner en hurlant pour bien se faire entendre de sa correspondante. Une fois, deux fois, trois fois. Tout le mond soupire et manifeste des signes d'agacement, mais personne n'intervient. Au quatrième coup de fil, je me retourne et dis très sèchement au jeune: "Si vous avez l'intention de continuer à gueuler, ça serait bien d'aller le faire dans le couloir." Son copain s'énerve et crie je leur manque de respect. Je réplique: "Quand vous respecterez les règles en vigueur et la tranquillité des autres passagers, je vous respecterai, vous".

L'effet est immédiat: les deux jeunes baissent le ton de trois crans. Pendant un bon quart d'heure, ils m'insultent à voix basse, me traitant de pétasse et de sale bourge et me menaçant à mots couverts. Je les ignore. Regards pleins de reconnaissance du reste du wagon. Je peux savoir pourquoi c'est TOUJOURS moi qui me décide à protester quand quelqu'un fait chier tout le monde? D'autant que c'est pas comme si j'étais un grand costaud d'1m90. Je trouve ça vraiment triste que les gens se laissent emmerder sans rien dire. Si j'étais d'humeur à lancer un débat politique, je dirais bien que c'est assez symptomatique d'un peuple qui autorise ses banquiers, ses patrons et ses dirigeants à lui marcher dessus: au point où il en est, deux malotrus de seconde zone de plus ou de moins...

Cet après-midi, le portable de mon père sonne. Numéro inconnu. Mon père décroche. C'est le fils des voisins, un gars de 36 ans incapable de garder un boulot ou de dépenser moins de cent euros quand il en a cinquante en poche, et qui a déjà escroqué ses propres parents dans les grandes largeurs. Il dit qu'il a besoin d'argent pour faire le plein de sa voiture, "50 euros, ce serait bien". Mon père se met à fouiller dans son portefeuille, et mon sang ne fait qu'un tour. Je lui prends le téléphone des mains; je traite le type de parasite, "à votre âge, vous n'avez pas honte de ne pas être foutu de subvenir à vos propres besoins?", "ne confondez pas bon voisin et bonne poire", et "ne vous avisez surtout plus d'emmerder mon père". Puis je lui raccroche au nez, non mais ho.

Et là, je me dis quand même que ça fait deux fois en trois jours que je joue la vieille conne, que tout ça n'est pas très bon pour ma zénitude et que je dois avoir des gènes de Zorro d'emmerdeuse destinés à ressortir malgré tous mes efforts. J'essaie de n'être qu'amour et compréhension, j'essaie vraiment. Faut-il pour autant accepter n'importe quel comportement de la part d'autrui?

mardi 7 février 2012

Je n'ai pas toujours été une sale gauchiste


Dans la série des aveux fracassants... Après "J'aime pas la musique" et "J'aime pas non plus le cinéma", il faut que je vous dise.

En 1995, j'ai voté Balladur.

Si.

J'avais alors 24 ans, un boulot tout neuf qui ne correspondait en rien à ma formation mais que j'avais conquis à la seule force de mon culot, et l'arrogance de penser que si je l'avais fait, n'importe qui pouvait et se devait d'en faire autant. Que vraiment, il suffisait de se bouger un peu pour se créer la vie qu'on voulait, et que je n'avais aucune envie de contribuer à entretenir des fainéants et des profiteurs.

J'oubliais un peu vite que nous ne partons pas tous dans la vie avec les mêmes atouts. Oui, j'avais choisi un métier sans rapport avec mes études et un statut aussi précaire que responsabilisant, mais j'avais pu le faire parce que j'étais dotée de certaines capacités intellectuelles et de parents qui, en cas d'échec, me serviraient de filet de sécurité. J'ai toujours eu la faculté d'apprendre vite et la certitude que je ne me retrouverais jamais à la rue quoi qu'il arrive. A l'époque, je ne me rendais pas compte que c'était une chance formidable, et qu'il était loin d'en aller de même pour tout le monde.

A ma décharge, j'étais jeune, atrocement naïve, et je venais de passer plusieurs années dans une grande école de commerce où on m'avait appris à me soucier de profit bien plus que de social. La vie s'est chargée de m'enseigner que la valeur des gens ne se résume pas au chiffre inscrit au bas de leur fiche de paye (ou de leur déclaration de revenus). Que la vraie réussite, ce n'est pas d'avoir une jolie carte de visite, un titre prestigieux et une Rolex avant l'âge de cinquante ans. Qu'il n'est absolument pas méprisable d'aspirer à autre chose. Et que même ceux qui ont cette ambition-là ne partent pas tous avec des chances égales; que ce sera beaucoup plus facile pour certains que pour d'autres. Qu'il y a, sans doute, des fainéants et des profiteurs, mais beaucoup moins que de gens qui font leur possible pour donner un niveau de vie décent à leur famille.

Plus globalement, que l'économie est là pour servir l'homme et non l'inverse. Que le libéralisme faisait sens au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale, quand il y avait plus d'emplois que de travailleurs et des ressources apparemment infinies - mais qu'aujourd'hui, c'est un modèle économique pire que périmé: dangereux. Qu'il est injuste qu'1% de la population asservisse plus ou moins subtilement les 99 autres, et que la solidarité est désormais la seule valeur qui vaille la peine d'être défendue.

Aujourd'hui, je suis une sale gauchiste et j'en suis fière.

Illustration empruntée ici.

mardi 24 janvier 2012

De l'élection potentielle de Frodon Hollande


MOI (un peu consternée): - Non mais tu te rends compte que tous les espoirs de changement de la France reposent sur François Hollande? François Hollande! Flamby!

CHOUCHOU (le plus sérieusement du monde): - Et alors? Tous les espoirs de la Terre du Milieu reposent bien sur un hobbit.