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dimanche 7 octobre 2018

"Bouillon" (Olivier Milhaud/Sandra Cardona)


Eugénie Croque-Bol a du caractère et de l'ambition. Mais quand elle se rend sur l'île de Bouillon pour devenir commis de cuisine au célèbre restaurant Caldo, elle découvre qu'en fait, on l'a engagée pour la moins prestigieuse brasserie. Bien que dépitée, la jeune femme accepte de rester. Très vite, elle devient amie avec sa colocataire Bigoudi, une danseuse de cancan doublée d'une mangeuse d'hommes, et se fait bien voir du sévère mais juste Chef Gilbert qui la surnomme Môme. Elle peut donc envoyer des lettres rassurantes à son Papino - jusqu'au jour où Maître Crouzille, le chef du Caldo, est assassiné... 

Si je suis toujours bonne cliente pour les bédés culinaires, je n'avais pas entendu parler de ce titre avant de tomber dessus chez mon libraire, ne connaissais pas ses auteurs et ne savais pas du tout à quoi m'attendre en l'achetant. Ce fut une très bonne surprise, notamment grâce à l'esthétique Art Déco de l'univers qui m'a tout de suite enchantée. Ile à la géographie improbable, Bouillon offre un cadre fascinant aux aventures de l'opiniâtre Eugénie. Mêlant découvertes culinaires et investigations policières, les 124 pages de l'album défilent trop vite tant on aimerait s'attarder dans ces ruelles tortueuses bordées de gargotes ou traîner encore un peu dans l'adorable studio de l'héroïne. Un one shot très réussi. 

mardi 11 septembre 2018

"The psychology of time travel" (Kate Mascarenhas)


En 1967, quatre femmes scientifiques inventent une machine à voyager dans le temps. Mais lorsqu'elles révèlent son existence à la presse, l'une d'elles se met à divaguer en direct. Pour ne pas risquer que ses problèmes mentaux compromettent l'exploitation de leur découverte, les trois autres l'écartent immédiatement et poursuivent sans elle. 

En 2017, le voyage dans le temps est devenu une chose banale, gérée par un Conclave qui possède ses propres lois et ne répond de ses actes devant aucune autre autorité. Barbara, qui fut la quatrième pionnière et continue à regretter d'avoir été mise sur la touche autrefois, reçoit un message du futur: un article de journal relatant la découverte du corps d'une vieille femme dans l'étranges circonstances. Craignant qu'il ne s'agisse d'un avertissement, Ruby, sa petite-fille bien-aimée, décide de mener l'enquête...

Le voyage dans le temps est une de mes obsessions littéraires. La plupart des romans qui traitent de ce sujet explorent la notion de paradoxe temporel - la manière dont, de par leur intervention, les voyageurs risquent de modifier des événements du passé et donc  le cours de l'histoire à venir. Articulée sur les ressorts de la logique, l'intrigue traite des conséquences pour le monde en général et les personnages en particulier. Le plus intéressant dans "The psychology of time travel", c'est que son auteure a choisi de prendre le contrepied absolu des conventions du genre. Elle part du principe que, quoi qu'ils fassent, les voyageurs dans le temps ne peuvent rien changer au déroulement des choses: ils peuvent juste être changés eux-mêmes par leurs expériences. Et la chose en eux qui se transforme le plus profondément, c'est leur rapport à la mort. Puisqu'ils peuvent retourner dans le passé quand ils le veulent afin de revoir les proches qu'ils ont perdus, le décès de ceux-ci en arrive à ne plus avoir aucune signification pour eux. De leur point de vue, seule leur propre mort reste réelle et définitive - ce qui les rend plus cyniques et détachés que la moyenne, les coupe du commun des mortels et complique d'éventuelles relations amoureuses avec eux. 

Kate Mascarenhas est psychologue, et on sent qu'elle a beaucoup réfléchi à cet aspect jusque là moins exploré du voyage dans le temps. A la fin du roman, on trouve même les questionnaires très élaborés que le Conclave administre aux postulants avant de les accepter dans ses rangs. Du coup, je trouve assez curieux que ses héroïnes manquent à ce point de personnalité, chacune possédant au mieux un unique trait de caractère et une unique motivation: Ruby est lesbienne et veut protéger sa grand-mère; Odette, qui découvre le corps de la vieille femme anonyme, est noire et cherche à être acceptée quelque part; Margaret, qui dirige le Conclave, est une garce blonde et riche, prête à tout pour imposer sa volonté. Des stéréotypes ambulants sur le squelette desquels aucun détail personnel ne vient ajouter un tant soit peu de chair. 

Et c'est fort dommage, car par ailleurs, j'ai trouvé le roman tout à fait épatant (malgré des failles énormes dans la physique du voyage dans le temps). Moi qui aime les points de vue multiples et les lignes temporelles mélangées, j'ai été servie! J'ai adoré essayer de reconstituer le puzzle du crime au musée du jouet à partir des indices semés en désordre dans les différentes époques. La féministe en moi a également apprécié que tous les rôles importants, dans le livre et au sein du Conclave, soient tenus par des femmes. Enfin, la fan de "The time traveler's wife" a retrouvé avec bonheur des échos de cette histoire d'amour très particulière entre un partenaire qui voyage dans le temps et un autre dont la chronologie reste linéaire. "The psychology of time travel" est un premier roman à l'écriture trop clinique à mon goût, mais que j'ai quand même dévoré et qui a beaucoup excité mon imagination. Ce qui est déjà très bien. 

mardi 13 février 2018

"The seven deaths of Evelyn Hardcastle" (Stuart Turton)


Le narrateur revient à lui alors qu'il est en train de courir dans les bois avec le nom d'"Anna" sur les lèvres. Peu de temps après, il voit passer au loin une femme qui hurle, poursuivie par un homme. Un coup de feu retentit. 

Le narrateur ne se souvient de rien; il ignore où il se trouve et ce qu'il fait là. Une boussole lui permet de gagner une vaste demeure décrépite et pourtant grouillante de monde, dont les occupants semblent le connaître. Il se nomme Sebastian Bell; il est médecin et a été invité à passer quelques jours au domaine de Blackheath en l'honneur d'Evelyn Hardcastle, la fille aînée des propriétaires qui rentre au logis après 20 ans d'absence. 

Le lendemain matin, le narrateur se réveille dans une autre chambre que celle où il s'est endormi, et dans un autre peau que celle de Sebastian Bell - mais le même jour que la veille. Désormais, il est le majordome qui ouvre la porte au médecin quand celui-ci arrive affolé, affirmant qu'on vient de tuer une femme dans les bois...

Une atmosphère à la croisée des romans d'Agatha Christie et d'une partie de Cluedo, en un peu plus sinistre encore. Des éléments qui rappellent le film "Un jour sans fin", le début de la deuxième saison de "The Good Place", la fin du roman "Dark matter" et le principe d'un escape game. Une intrigue épouvantablement retorse qui donne le tournis. Ca faisait longtemps que je n'avais pas à ce point été happée par une histoire, que je n'avais pas dépensé autant d'énergie mentale à assembler les pièces d'un puzzle sans avoir la moindre idée de ce que l'image finale allait donner. 

Souvent, les romans qui partent sur une base très originale ou provocante ont du mal à maintenir l'intérêt du lecteur sur la durée et peinent à proposer une conclusion satisfaisante. Ici, j'ai adoré l'explication donnée aux tribulations du narrateur, et j'ai été enchantée par la façon dont, à l'exception peut-être d'un ou deux détails sans importance, tous les éléments s'emboîtaient à la perfection. Ma seule réserve concerne l'origine de la mort d'Evelyn Hardcastle, celle qui est révélée tout à la fin et qui déclenche la succession des événements - je ne la trouve pas hyper crédible. 

J'ai également eu du mal à me faire à l'écriture de l'auteur, que j'ai trouvée un peu plate pendant toute la première moitié du livre. Après, je m'y suis faite et j'ai considéré la narration comme un exposé et un processus purement intellectuels - même si les émotions du narrateur jouent un rôle très important dans la résolution de l'histoire. Dans l'ensemble, malgré quelques légers défauts,  "The seven deaths of Evelyn Hardcastle" m'a soufflée comme peu de romans y parviennent encore aujourd'hui.

Si vous aimez les histoires qui bougent et les grands sentiments, je ne vous le recommande pas: il vous ennuiera sûrement. Si, par contre, vous aimez vous torturer les neurones et admirer l'architecture d'une intrigue complexe autant que moi... Foncez. (Puis revenez me dire combien j'ai été admirable d'écrire une critique sans spoiler grand-chose alors qu'il y a tant d'éléments que j'aurais eu envie de commenter!)

dimanche 11 décembre 2016

"13 Devil Street: 1888" (Benoît Vieillard)


Londres, 1888. Le jour de chacun des meurtres commis par Jack l'Eventreur, l'agitation règne au 13 Devis Street. Le rez-de-chaussée de cette maison bourgeoise est occupé par Tatoo, la vieille domestique sri lankaise qui voit au-delà du réel, et son époux écossais Douglas un peu trop porté sur la bouteille. Au premier étage vivent les Church. Monsieur dirige la plus grande fabrique de boutons du monde mais perd tout son argent au poker et espère marier sa fille dans la bonne société. Farouchement opposée à ce plan car elle a déjà un amoureux secret, Elizabeth est tourmentée par des visions médiumniques dues à son hypersensibilité. Au deuxième étage, le Dr. Freaks soigne même les pauvres sans leur demander d'argent et s'adonne corps et âme à la recherche scientifique pour soulager les maux de ce monde, pendant que sa ravissante épouse Peggy, ancienne artiste de cabaret, veille sur leur fils unique - le petit William que ses crises de somnambulisme amènent fréquemment à errer à la nuit dans toute la maison...

Sorti en 2015 sans grand tapage, "13 Devil Street:" est réédité en cette fin d'année 2016, ce qui m'a permis de le découvrir un peu par hasard et d'être immédiatement séduite par l'originalité de son concept. En effet, chaque double page montre l'intérieur de la bâtisse en coupe, un peu comme on pourrait regarder simultanément à l'intérieur de toutes les pièces d'une maison de poupée. Plusieurs actions se déroulent en simultané dans une ambiance à la fois policière, vaudevillesque et fantastique; il faut bien observer toutes les cases pour ne manquer aucun détail et comprendre de quelle façon les différentes histoires finissent par se rejoindre. Un bel  et gros ouvrage (plus de 320 pages!) qui devrait ravir même les amateurs de bédé les plus blasés. Je guetterai avec impatience le prochain volume dont l'action se situera en 1940.





vendredi 17 juin 2016

"The mystery of the clockwork sparrow" (Katherine Woodfine)


Son père militaire étant mort durant la guerre des Boers, Sophie Taylor, 14 ans, se retrouve à la rue et obligée de chercher un emploi pour subsister à ses besoins. Elle a la chance de décrocher un poste de vendeuse chez Sinclair's, fabuleux grand magasin qui doit ouvrir ses portes prochainement. Là, elle se fait rapidement des ennemies parmi ses collègues, mais aussi des amis en la personne de Lilian Rose, mannequin et apprentie comédienne, et Billy le jeune porteur maladroit. Mais la veille de l'ouverture, un vol est commis chez Sinclair's, et à cause d'un malheureux concours de circonstances, c'est sur Sophie que se portent les soupçons de la police et de ses employeurs. Pour laver son nom et conserver son travail, la jeune fille n'a d'autre choix que de se mettre elle-même à la recherche du coupable...

D'un côté, il y a une belle écriture qui donne merveilleusement corps à l'atmosphère de Londres à la fin du XIXème siècle et qui transporte instantanément le lecteur dans les coulisses de Sinclair's, grand magasin au raffinement inouï que toute accro du shopping rêverait de visiter. De l'autre, il y a malheureusement une intrigue cousue de fil blanc et d'invraisemblances grossières, qui ne nous épargne aucun des poncifs du genre tels que définis par "Le club des 5" ou "Alice détective". Planter un si beau décor pour faire s'y dérouler une histoire si ridicule, c'est un véritable gâchis. "The Mystery of the Clockwork Sparrow" pourrait sans doute plaire à des pré-ados n'ayant pas encore lu beaucoup de policiers jeunesse, mais c'est à peu près tout.