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samedi 20 février 2010

De la nature


Je hais la nature.

J'ignore d'où me vient cette aversion. Peut-être des promenades en forêt que mes parents nous imposaient le dimanche après-midi quand Soeur Cadette et moi étions petites. J'aurais voulu rester tranquillement au chaud, vautrée sur le canapé familial avec un bouquin; au lieu de quoi, il fallait chausser de vilaines bottes en caoutchouc pour aller patauger dans la gadoue, la gadoue, la gadoue et se frayer un chemin à travers les ronces dans le seul but de "prendre l'air". Je n'ai pourtant jamais eu l'impression de manquer d'oxygène en restant à l'intérieur.

Même chose durant les vacances scolaires qui se déroulaient invariablement à la campagne, chez mes grands-parents maternels. J'étais toujours contente de voir mes cousines et de fouiller parmi les vieux bouquins poussiéreux de mon grand-père. Lire tout Dumas la nuit, planquée sous l'édredon, en m'usant les yeux à la lumière d'une lampe-torche pour ne pas me faire repérer par mes parents, m'excitait terriblement. Dans la journée, en revanche, je ne pouvais pas me poser dans un coin sans que quelqu'un vienne m'en chasser avec un: "Bon Dieu, mais va jouer dehors!".

Dehors, il y avait de la gadoue (encore), des vaches qui m'effrayaient vaguement et plein de bêêêêtes qui grouillaient dans l'herbe ou bourdonnaient dans l'air, n'attendant qu'une occasion de m'agresser sauvagement. Un jour, un énorme taon s'est posé sur ma main, et je suis restée paralysée de terreur plusieurs minutes, le temps qu'il décide d'aller voir ailleurs. Chaque fois que j'apercevais une abeille, je m'imaginais en train de mourir dans d'atroces souffrances après avoir été piquée à la gorge. Ne parlons pas de mes cuisants souvenirs de chutes de vélo dans les orties - que ma grand-mère tentait, à l'occasion, de me faire ingurgiter en soupe. Ni du traumatisme qui m'a été infligé la fois où un de mes oncles a égorgé un coq devant moi.

Je sais depuis longtemps que la nature est hostile aux rats de bibliothèque et aux accros du shopping. Comment pourrais-je désirer le moindre contact avec un milieu où il est impossible de circuler en talons de 9 et où la première librairie se trouve à des kilomètres? S'il y a bien quelqu'un que le concept de "maison à la campagne" n'a jamais fait fantasmer, c'est moi. Idem d'ailleurs pour ses variantes la "villa au bord de mer" et le "chalet à la montagne". A la mer, on crève de chaud, c'est klaffi de touristes, on se fout du sable partout, il y a plein d'eau où je n'ai pas pied et dont je ne vois pas le fond, on se bourre de glaces et on revient déprimée avec deux kilos en plus. A la montagne, on crève de froid, on doit se déguiser en bidendum Michelin pour survivre et ce n'est pas pratique pour quelqu'on qui fait pipi tous les quarts d'heure, le sol est pentu et il y a plein de neige qui m'a coûté l'intégrité de deux ménisques la seule et unique fois où j'ai tenté de skier dessus, on se bourre de raclette et de tartiflette et on revient déprimée avec cinq kilos en plus. Je laisse volontiers ma place. Partez sans moi, je vous retarderais, je vais me sacrifier et rester en ville avec tous les méchants temples de la consommation.

lundi 8 août 2005

J'aime pas la plage


Bien qu'habitant au bord de la mer, dans une région où le reste de la France se rue en masse pendant l'été, je n'ai pas dû mettre les pieds à la plage plus d'une dizaine de fois ces vingt dernières années. Et encore - si je compte juste les fois où il faisait jour et où je me suis baignée, les doigts d'une seule main doivent me suffire.
D'abord, je nage comme un fer à repasser, et je panique dès que je ne vois plus le fond de l'eau. Et je n'ai même pas vu "Les dents de la mer"! Mon cauchemar perso, c'est des algues carnivores tueuses qui s'enroulent autour de mes chevilles pour m'attirer vers leur petite gueule remplie de grandes dents.
[On appréciera d'autant plus l'intensité de mon dévouement envers l'Homme: pour découvrir son univers sous-marin, j'avais passé mon brevet élémentaire de plongée au début de notre histoire. Quand le moniteur m'a expliqué qu'il allait falloir, par 5 mètres de fond, enlever le masque, respirer par le détendeur sans se noyer en aspirant de l'eau par le nez, puis remettre le masque et le vider de son eau, j'avais tellement la trouille que je me suis mise à pleurer. L'Homme s'est limite moqué de moi, le chacal. J'ai serré les dents, j'ai fait le truc et j'ai eu mon brevet. C'était il y a cinq ans et je lui en veux encore (à l'Homme, pas au brevet).]
Ensuite, comme nous l'avons vu dans les posts précédents, j'ai un teint de navet (ou de porcelaine si on veut être gentil), qui au bout de 5 minutes d'exposition au soleil vire à la tomate farcie boursouflée. A défaut de téléportation, j'ai inventé la métamorphose légumineuse...
Et puis je m'emmerde. La position allongée n'est pas du tout commode pour lire, et rester sans rien faire, je déteste.
Last but not least, la vue de toutes ces chairs plus ou moins appétissantes répandues sur le sable comme à l'étal d'une boucherie humaine, ça m'écoeure toujours pas mal. Honnêtement, je ne comprends pas pourquoi les gens aiment tellement s'entasser à quinze par mètre carré telles des sardines dans une boîte, se baigner dans de l'eau d'une propreté douteuse et risquer de choper des cancers de la peau. Encore une preuve, s'il en fallait, de l'irrémédiable stupidité du genre humain.