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vendredi 16 juin 2017

"Comment maximiser (enfin) ses vacances" (Anne Percin)


MAXIME MAINARD EST DE RETOUR!

Pardonnez-moi de crier, mais j'ai littéralement bondi de joie en découvrant au hasard du rayon jeunesse de ma Fnac qu'Anne Percin venait de sortir un quatrième tome des aventures de son héros si gouailleur et attachant. Déjà deux ans que j'avais dévoré les trois premiers, et je n'espérais pas revoir Maxime un jour. Pour une bonne surprise...

Dans "Comment maximiser (enfin) ses vacances", Maxime vient de décrocher son bac avec mention très bien et... d'être recalé à l'entrée de Sciences Po, où il rêvait de faire ses études depuis toujours. C'est l'occasion d'explorer sa nouvelle passion pour la musique. Maxime embarque les autres membres de son groupe de rock, mais aussi ses potes Alex et Kévin, sa petite amie Natacha et même sa soeur Alice: direction le bassin d'Arcachon, où le Kremlin a été engagé pour se produire durant le festival de la Moule...

Autant le dire de suite: je n'ai pas tout aimé dans cette "saison 4". L'humour de Maxime, qui me faisait mourir de rire jusqu'ici, m'a paru souvent forcé, et extrêmement lourdingue par moments. Surtout, j'ai eu un gros problème avec le fait que, lors de ses disputes avec Natacha, tous deux se bousculent et se mettent des claques. Je trouve que banaliser la violence physique sous prétexte qu'il s'agit de jeunes gens au tempérament vif est un parti pris dangereux lorsqu'on s'adresse à un lectorat adolescent. Même s'il ne s'agit que de deux ou trois scènes courtes sur 400 pages, c'est un élément qui m'a beaucoup dérangée, voire choquée.

A côté de ça, l'auteure décrit très bien les sentiments de Maxime lorsqu'il est sur scène, la façon dont la musique le transporte. Et j'ai aimé qu'elle l'amène à remettre son avenir en question, à s'interroger sur ce qu'il veut vraiment et à envisager des possibilités nouvelles - c'est, de nos jours, un thème qui peut parler à beaucoup d'adultes! C'était chouette aussi d'en apprendre davantage sur les acolytes de Maxime, notamment les trois autres membres du Kremlin, et de les voir évoluer au fil du temps. Dans l'ensemble, malgré tout, un bilan de lecture mitigé qui m'empêche de souhaiter une "saison 5".

samedi 18 mars 2017

"Every anxious wave" (Mo Daviau)


Ex-guitariste d'un groupe d'indie rock assez connu et désormais propriétaire de bar, Karl Bender aborde la quarantaine solitaire et désabusé, avec un appart' pourri et un seul véritable ami - un über geek du nom de Wayne DeMint. Jusqu'au jour où il tombe tête la première par le plancher de sa penderie et atterrit trois mois plus tôt. Avec l'aide de Wayne, il construit une machine à voyager dans le temps qui permet d'utiliser son "trou de ver" pour assister à des concerts mythiques ou voir sur scène des musiciens disparus. Il en fait même un petit business assez rentable, mais avec des règles très strictes: ne jamais se rendre dans le futur, ne jamais interagir avec le passé, ne jamais rien en rapporter. Puis un jour, Wayne décide d'empêcher l'assassinat de John Lennon, et Karl l'envoie par erreur, non pas en 1980, mais en 980 où il est impossible de trouver une charge électromagnétique suffisante pour le voyage de retour. Afin de récupérer son ami, il se met en quête qu'un astrophysicien. Entre en scène Lena Geduldig, une punk brillante et sarcastique de 99 kilos qui s'est fait tatouer le même extrait de chanson que Karl. La connexion est immédiate... 

Peu de temps avant de tomber sur ce premier roman de Mo Daviau, j'avais failli être dégoûtée des histoires de voyage dans le temps par "All our wrong todays" d'Elan Mastai, atrocement mal écrit et épouvantablement sexiste. Comme quoi, les romans à thème se suivent et ne se ressemblent pas. Parce qu'"Every anxious wave" est une réussite à tous les niveaux. Un style superbe, mordant et mélancolique à la fois, qui donne envie de coller des Post-It partout pour retrouver tel ou tel passage plus tard. Une héroïne glorieusement imparfaite comme on aimerait en rencontrer plus souvent. Une histoire bien ficelée et pas particulièrement prévisible, qui joue autant sur la nostalgie du passé que sur la crainte de l'avenir. Des péripéties qui exploitent à fond la faillibilité humaine des personnages. Les lecteurs avides d'explications scientifiques seront probablement déçus, tandis que ceux qui connaissent bien la scène indie rock des années 1990 auront droit à un supplément de kif. Je ne suis ni dans le premier ni dans le second cas, et j'ai absolument adoré. 

mardi 10 mai 2016

"Rhapsodie française" (Antoine Laurain)


33 ans: c'est le temps qu'aura mis, pour parvenir à son destinataire, la lettre l'informant que le directeur artistique de Polydor avait beaucoup aimé la maquette de son groupe de cold wave et l'invitait à prendre contact avec lui. Entre-temps, bien entendu, les Hologramme se sont dissous faute de succès. Alain est devenu médecin, comme son père, et s'ennuie un peu entre l'épidémie de gastro qui sévit chez ses patients et une épouse qui le trompe depuis le départ de leurs enfants. Alors, il va reprendre contact avec les autres membres du groupe. Le bassiste est devenu le leader d'un mouvement d'extrême-droite. Le synthé s'est installé en Thaïlande où il tient un hôtel. Le batteur a fait carrière dans l'art contemporain. Le producteur, homme d'affaires génial, est pressenti pour se présenter à la présidence de la République. Quant à la chanteuse, elle a dû se marier et changer de nom, car impossible de retrouver sa trace...

D'Antoine Laurain, j'avais déjà beaucoup aimé "La femme au carnet rouge" qui mettait en scène une jolie romance. Dans "Rhapsodie française", l'auteur ressuscite le rêve de jeunes adultes pour l'opposer à ce que la vie a fait d'eux. C'est une histoire qui joue à fond sur le facteur nostalgie, sur les "et si...?" du chemin qu'on n'a pas emprunté, sur la perte des illusions que tout adulte a forcément subie, et qui en profite pour dresser au passage un état des lieux plutôt ironique de la société française. Si certaines trajectoires individuelles semblent peu réalistes, on se laisse emporter avec plaisir par les retournements scénaristiques jusqu'à un twist final aussi parfait qu'inattendu. Un très agréable moment de lecture.

mardi 9 février 2016

"Quatuor" (Anna Enquist)


Ils sont quatre musiciens classique amateurs qui se réunissent régulièrement juste pour le plaisir de jouer ensemble. Caroline, médecin généraliste, ne se remet pas d'avoir perdu ses enfants dans un accident. Son mari Jochem évacue une grande violence intérieure dans son métier de luthier. Sa meilleure amie Heleen, infirmière, est une âme bienveillante membre d'un club de correspondance avec des prisonniers. Hugo, le cousin d'Heleen, vit sur une péniche et dirige un centre culturel qui prend l'eau de toutes parts en ces temps où la culture ne reçoit plus aucune subvention. A la lisière de leur quatuor, Reinier, l'ancien professeur de Caroline et Hugo, autrefois un violoncelliste virtuose, se trouve désormais cloué chez lui par l'arthrose et la paranoïa: il sait que si on le juge inapte à vivre seul, il sera emmené dans un ces mystérieux centres où les visites sont découragées et où les pensionnaires ne font généralement pas long feu. Pendant que chacun se débat avec ses problèmes personnels, une affaire de corruption met les médias locaux en émoi...

D'Anna Enquist, une des plus importantes auteurs néerlandaises, j'avais adoré "Le retour" qui romançait l'existence de la femme du capitaine James Cook. Avec "Quatuor", on est dans un tout autre registre: un avenir proche qui semble une évolution à la fois crédible et glaçante de notre société actuelle. Mépris extrême pour la personne humaine, autorités incompétentes ou corrompues... Et telles des grenouilles plongées dans une casserole d'eau froide dont la température augmente trop imperceptiblement pour qu'elles songent à se sauver, les gens ordinaires continuent à vaquer à leurs occupations en occultant d'un haussement d'épaules fataliste les iniquités qu'on leur impose. Les quatre héros trouvent une forme de salut dans leur musique, la seule chose qui leur apporte encore une joie véritable, mais même ces moments ne sont que des éclaircies fugaces dans un quotidien plus que plombant. Bien que "Quatuor" soit un excellent roman, très bien écrit et traduit (au point qu'il semble avoir été rédigé directement en français), il appuie vraiment là où ça fait mal, et pour cette raison j'ai eu beaucoup de mal à l'apprécier.

"Incroyable que le pays soit gouverné par des individus pareils. (...) Apparemment, les gens qui veulent faire quelque chose d'utile et qui en plus ont les compétences requises n'occupent jamais ce genre de poste. Ya qu'à voir l'endormi qu'on a au ministère de la Santé, ce type n'a aucune idée de ce qu'est la maladie ou le handicap et de toute façon, ça ne l'intéresse pas. On parlait de lui l'autre soir à table, chez Heleen, la pauvre était absolument outrée des offenses infligées aux personnes qu'elle soigne. L'Etat-Providence appartient au passé, avait dit le ministre, on avait eu raison à l'époque de remplacer ce système par une logique participative: pas de soins à domicile ni de remboursements inabordables, mais de l'aide apportée par les voisins et la famille. L'approche s'est elle aussi révélée impraticable, avait-il reconnu d'un air jovial, on n'avait pas les moyens de contrôle adéquats et on sollicitait trop la population active. L'autonomie, voilà notre nouvel idéal, avait-il résumé avec enthousiasme, autonomie et responsabilisation. Chaque citoyen doit faire lui-même en sorte que la maladie ne se déclare pas. Bouger, manger sain, ne pas rester toute la journée en position assise - autant de bienfaits scientifiquement prouvés dont nous devons tous tirer profit. Tenez, moi par exemple, avait conclu le ministre, je cours dix kilomètres par jour et je ne mange pas de sucre."