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jeudi 1 septembre 2016

It is what it is



Dans la vie, il y a les choses qui font râler mais qu'on peut nourrir l'espoir d'améliorer un jour. Et puis il y a les choses sur lesquelles on n'a aucune prise, de sorte que s'énerver contre elles représente juste une perte de temps et d'énergie, et qu'il vaut mieux les accepter avec fatalisme. Petite liste personnelle:

♠︎ Les retards presque systématiques de la SNCF
♠︎ Les excuses foireuses aux retards presque systématiques de la SNCF
♠︎ La hausse ahurissante des tarifs de la SNCF
♠︎ Le refus de la SNCF de vendre sur internet des e-billets ou des billets imprimables chez soi, quelques jours avant la date du départ sur un trajet international - au moment et dans les conditions où ce serait le plus pratique, donc, alors que le reste du temps, ils savent très bien émettre ce type de titre de transport
(On sent qu'il y a un gros gros contentieux entre moi et la SNCF?)
♠︎ La météo belge
(Pester contre la pluie et la grisaille ne m'a jamais permis d'invoquer le plus petit rayon de soleil. Le monde est tout de même mal fait.)
♠︎ La distraction de Chouchou
(Respirer un grand coup. Se dire qu'il ne fait pas exprès et qu'il est généralement le plus embêté de nous deux.)
♠︎ L'humidité dans notre appartement
(A moins de déménager, pas d'autre solution que d'aérer au maximum et de frotter régulièrement au vinaigre blanc les petites moisissures qui se forment sur les murs et les vitres.)
♠︎ Les facteurs qui laissent un avis de passage dans ma boîte sans même sonner, alors que je suis à la maison
(Peut-être que ce sont des tire-au-flanc. Peut-être aussi qu'il y a dans l'organisation de leur travail un problème indépendant d'eux qui les empêche d'emporter tous les colis dans chaque tournée, ou qui les oblige à se dépêcher au point de vouloir gratter les 30 secondes qu'il me faudrait pour descendre mes deux étages, ou que sais-je encore.)
♠︎ Ma mère
(Longtemps vexée de ne pas réussir à trouver les mots magiques qui la feraient renoncer à son attitude de perpétuelle victime impuissante, j'ai suite à nos dernières engueulades fini par accepter qu'à son âge, elle ne changerait plus. Maintenant, quand elle me dit au téléphone "Personne ne peut imaginer la souffrance que c'est d'être moi", je réponds "Mmmh" et je réoriente la conversation vers un sujet neutre, genre ses plants de tomates.)

Depuis quelques mois "It is what it is" (en gros "Les choses sont ce qu'elles sont") est devenu mon mantra quand je sens monter l'énervement face une situation dont l'issue ne dépend pas de moi. J'aurais aussi pu choisir: "S'il n'y a pas de solution, il n'y a pas de problème", mais ça claque un peu moins!

mardi 23 août 2016

L'été du lâcher-prise




J'ignore si c'est le contrecoup d'un printemps passé sous angoisse extrême, mais au début de l'été, sans que je le recherche particulièrement ou fasse le moindre effort dans ce sens, quelque chose s'est dénoué en moi.
Le matin, j'ai parfois commencé à bosser à l'heure passée de 13 ou de 47 minutes, alors qu'en temps normal, je suis une psychorigide de l'heure pile ou de la demie. 
Je n'ai pas touché à ma compta pro. Je me suis contentée de télécharger mes justificatifs une fois de temps en temps, et de les rassembler dans un fichier marqué "Docs à imprimer", point. 
Je n'ai quasiment pas ouvert mon agenda. Je ne planifiais que ce qui devait absolument l'être; pour le reste, je faisais les choses quand l'envie me prenait, et si elle ne me prenait pas, je ne les faisais pas. 
J'ai stoppé les cours de JavaScript parce que ça me gonflait et que je n'en avais pas l'usage pour le moment. Je m'y remettrai peut-être plus tard, ou pas. 
Je ne me suis pas affolée pour préparer mon planning de boulot 2017. Je me suis dit que je contacterais tous mes éditeurs à la rentrée et que ça suffirait bien.
J'ai renoncé à m'énerver pour les bricoles qui traînaient dans l'appartement ou les corvées en attente. Soit je m'en suis chargée moi-même et je les ai oubliées aussitôt, soit j'ai attendu que Chouchou s'en occupe sans lui en vouloir de ne pas réagir aussi vite que je l'aurais souhaité. Contre quelques pauvres minutes de rangement ou de ménage par-ci par-là, j'ai gagné une atmosphère domestique délicieusement allégée. 
Je ne me suis pas énervée quand on n'avait toujours pas entamé la préparation du dîner à 19h30 (le moment auquel j'aime manger  en principe, pour avoir fini de digérer quand je me couche). Et plusieurs fois, on n'est passé à table que vers 21h. Mon colon a survécu.
Je me suis quand même disputée avec ma mère, mais j'ai réussi à dédramatiser à peu très tout le reste et à désamorcer les petits agacements qui me pourrissent l'humeur d'habitude. 
J'ai annulé des rendez-vous médicaux pris "par principe", en me disant que je n'avais pas de raison objective de flipper et qu'il fallait que je me détende un peu avec ce suivi obsessionnel. 
Deux fois, je me suis sciemment couchée sans me brosser les dents (négligence a priori impensable pour la maniaque de l'hygiène bucco-dentaire que je suis).
J'ai adoré nos vacances à Edimbourg et presque pas écrit dessus parce que j'avais la flemme. Je me suis autorisé ce "trou" dans mes archives bloguesques.
J'ai laissé tomber l'organisation de la troc party prévue en août parce que ça me prenait la tête. Par contre, j'ai souvent improvisé des activités et des sorties à la dernière minute.
Je ne me suis jamais forcée à socialiser quand je n'en avais pas envie.
J'ai fait très peu de choses pour la satisfaction du résultat, mais beaucoup pour le plaisir du processus.
Et maintenant, je me demande si je vais réussir à garder cet état d'esprit pendant la mauvaise saison. Je sais que ce sera difficile mais je vais m'y efforcer, parce que je trouve ça vachement plus confortable!

jeudi 2 janvier 2014

Où je décide de me taire pendant un mois




Dans mes objectifs de cette année, il y a "apprendre à lâcher-prise". Quand j'ai écrit ça, je pensais à un type de situation bien particulier: celui où les gens n'agissent pas comme j'estime qu'ils devraient. Exemples: l'éditeur qui a encore oublié de me payer ce mois-ci et qui m'informe que du coup je vais devoir attendre le mois prochain (il est bien connu que je peux aisément suspendre le paiement de mes propres factures et cesser de manger pendant 4 semaines et demie), l'électricien qui ne vient pas au rendez-vous sans prévenir alors que j'ai organisé ma journée pour le recevoir, ma mère qui me tanne au sujet de mon alimentation pourtant dix fois plus saine que la sienne, mais aussi mes contacts Facebook qui parlent sans réfléchir et racontent des âneries plus grosses qu'eux. 

Dans ces cas-là, une répartie cinglante à souhait surgit immédiatement dans ma tête, et je dois lutter très fort pour la contenir. J'ai vécu assez longtemps pour comprendre que même lorsque j'ai raison, le faire remarquer d'une manière agressive ou humiliante ne me servira pas à long terme. N'empêche que ce qui m'apparaît comme de l'incompétence, du manque d'organisation, du je-m'en foutisme ou de la bêtise pure et simple continue trop souvent à me faire grimper aux murs. Combien de fois m'arrive-t-il encore de composer des mails incendiaires que je finis par effacer la rage au coeur? Combien de fois par jour me retiens-je de renvoyer dans leurs buts les auteurs de stupidités cosmiques? 

J'ai renoncé à agir sous le coup de la colère; désormais, je prends le temps nécessaire pour me calmer avant de composer une réponse ferme mais uniquement factuelle si nécessaire - et de laisser tomber dans le cas contraire. Néanmoins, la tentation subsiste. Pendant des heures, je remâche les arguments imparables qui me permettraient d'écrabouiller moralement l'impudent. Et ça ne sert à rien. C'est du pur gaspillage de temps et d'énergie. Comme me l'a fait remarquer Chouchou, souvent, les dysfonctionnements qui m'affectent ne résultent pas de la mauvaise volonté d'une personne, mais de la défaillance d'un système. Quant aux conneries que les gens profèrent parfois... il serait très étonnant que je n'en raconte pas aussi à l'occasion, sans m'en rendre compte. (On est toujours l'abruti ou le "les gens" de quelqu'un d'autre!)

Bref, si le problème du lâcher-prise semble vaste et complexe, et si en venir à bout est certainement un travail de longue haleine, j'ai décidé de l'attaquer par un exercice pratique tout simple. Pendant un mois, chaque fois que quelqu'un me causera du tort de manière non-intentionnelle, chaque fois que quelqu'un me gratifiera d'une opinion que je n'ai pas sollicitée ou se fourvoiera avec une assurance bruyante en ma présence, je me tairai. Sauf nécessité absolue, je ne m'autoriserai pas à réagir de quelque façon que ce soit. Et j'espère que cette obligation de silence me délivrera de la tentation des ruminations à n'en plus finir. Puisque je ne peux rien dire, à quoi bon peaufiner la répartie la plus assassine et me la réciter en boucle sur tous les tons pendant des heures? 

Je n'ai pas dit que ça marcherait. Mais il me semble que l'expérience vaut la peine d'être tentée... et documentée. 

vendredi 13 septembre 2013

Où je renonce à ma colère




Fin juillet, un gros éditeur pour lequel j'avais bossé une fois il y a deux ans m'a proposé un job court et sympa, mais payé des clopinettes. J'ai discuté le tarif et obtenu gain de cause en offrant de lui rendre mon boulot le 15 août au lieu du 15 septembre qui était sa date butoir. Le 8 août, je lui ai envoyé un mail pour lui dire que ma traduction était prête, et que je la lui remettrais dès réception de mon contrat. Réponse: "Ah, c'est dommage car avec les vacances, il va falloir attendre début septembre pour tout ce qui est paperasse". J'ai dit que pas de problème, j'attendrais. Je me trouvais déjà bien gentille d'avoir non seulement commencé, mais fini le boulot sans avoir touché le moindre centime; il était hors de question que je le lui donne avant d'avoir au moins reçu un engagement signé de sa part. Ma bonne volonté et ma foi en autrui ont leurs limites. 

Début septembre, pas de nouvelles. Le 3, j'envoie un mail poli pour demander gentiment où nous en sommes. Silence radio. Le 10, je renvoie un mail bref mais toujours aussi poli (après avoir envisagé des versions qui l'étaient beaucoup, beaucoup moins) pour signaler que j'attends une réponse à mon mail précédent et, accessoirement, un contrat. Je suis de mauvais poil pour diverses raisons, et je commence à me dire que je vais peut-être écoper de mon premier impayé en presque 20 ans de métier. Je fulmine contre les gens qui ne tiennent pas leurs engagements et qui n'ont même pas le courage de l'assumer. Ma tension grimpe, mon moral dégringole, et je rumine jusqu'au milieu de la nuit alors que je n'ai déjà presque pas dormi la veille et que je dois me lever tôt le lendemain pour me traîner chez le dentiste. 

La colère. C'est sans doute le deuxième truc qui me pourrit le plus la vie après mes angoisses irrationnelles. Depuis toujours, l'incompétence des autres et le manquement à la parole donnée me mettent dans des états de rage proches de l'apoplexie. Dans ma vie professionnelle, je livre toujours le meilleur travail dont je suis capable, et en respectant les délais convenus. J'ai été en retard deux fois en presque 20 ans: de 24h au moment où j'ai divorcé et déménagé de manière impromptue aux USA, et de 48h quand mon père est tombé malade et que j'ai foncé à Toulouse pour soutenir ma famille. Quand je me fais opérer de mon endométriose et que je passe une semaine sans pouvoir m'asseoir? Je rends quand même à l'heure. Quand je romps avec l'homme qui partageait ma vie depuis 7 ans? Je rends quand même à l'heure. Quand je dois faire piquer mon chat bien-aimé? Je rends quand même à l'heure. Quand mon père meurt, que je dois prendre huit jours de congé pour descendre à ses obsèques et que je traîne mon chagrin comme une âme en peine pendant les mois qui suivent? Je rends quand même à l'heure. Et si j'ai merdé, dès que je m'en aperçois, je préviens qui de droit, j'explique ma bourde, je m'excuse platement et je propose un moyen de rattraper le coup. Je prends mes responsabilités, quoi. 

On pourra arguer qu'en tant que free lance, la fiabilité est un moyen de préserver mon gagne-pain. Ce n'est pas faux. Mais dans ma vie privée aussi, je m'efforce de traiter les autres comme j'aimerais qu'ils me traitent. Je suis honnête, et je ne reviens pas sur la parole que j'ai donnée. Le corollaire, c'est que beaucoup de gens me trouvent dure et intransigeante, parce que je les condamne quand eux-mêmes manquent à leurs engagements ou se conduisent d'une manière que j'estime incorrecte. Et puis pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines ou même, dans les cas extrêmes, plusieurs années (je n'ai toujours pas digéré le comportement de mon ex lors de notre séparation), je rumine contre ces sales cloportes, je leur lance mille malédictions créatives, je m'indigne de l'absence de justice immanente ou de retour de boomerang karmique, je me traite d'idiote pour me conformer à des critères moraux visiblement d'un autre âge. Je suis furieuse et amère. Je ressasse à mort. Je pourris ma vie et celle de mon entourage innocent. 

Mardi en fin de matinée, donc, je sortais de chez le dentiste avec un affreux goût de sang et de sel dans la bouche, mais le plaisir de savoir que je n'y retournerais a priori pas avant un an. J'avais quelques heures de libres devant moi, et c'était une magnifique journée d'été indien, tout à fait indiquée pour flâner dans les rues baignées de soleil ou bouquiner au frais en terrasse. Je me suis offert le dernier album de Vanessa Paradis et un chouette roman culinaire traduit du japonais. Je suis passée chez mon libraire bédé préféré, qui m'a appris que Fred Bernard dédicaçait chez eux samedi après-midi. Mais bien que contente, je n'arrêtais pas de penser au silence du fameux éditeur, et ma colère intérieure était en train de parasiter une belle journée qui ne reviendrait jamais - comme elle avait déjà parasité des tas d'autres journées et de nuits, sans aucun résultat puisque les cloportes étaient restés des cloportes. 

Alors que je descendais en grommelant tout bas vers mon petit resto préféré dans l'idée d'y déguster une ardoise fraîcheur à côté de la fontaine gazouillante, j'ai senti un déclic se produire en moi. J'ai décidé que le fameux éditeur m'avait déjà potentiellement volé une semaine de mon travail, et qu'il ne me volerait pas en plus ma tranquillité d'esprit - qu'il ne me priverait pas de profiter de ce moment et de cette arrière-saison que j'adore. J'ai décidé que désormais, quand je serais confrontée à ce genre de déconvenue, je prendrais les mesures nécessaires pour faire respecter mes droits ou ma personne, mais qu'au-delà de ça, je ne laisserais pas mon immense contrariété me pourrir la vie. Les gens se comportent comme des cloportes? C'est leur choix. Je ne peux pas les forcer à s'élever au-dessus du niveau du sol. J'ai toujours refusé de m'abaisser à leur niveau, mais à partir de maintenant, je ne les laisserai plus affecter mon moral. Je traiterai le problème froidement, sans y mettre d'affect. J'accepterai le fait que même quand on a raison, on ne gagne pas toujours. Que mes standards, mon idée de ce qui est correct et juste, ne sont tout simplement pas la norme. Que c'est la vie, et que oui c'est rageant, mais qu'il y a des choses plus graves. 

Mardi dans cette petite rue, j'ai renoncé à la colère certes justifiée mais qui m'empoisonnait la vie depuis trop longtemps. Et j'ai passé un délicieux après-midi à me sentir légère, comme délivrée d'un énorme fardeau. 

En rentrant chez moi, j'ai trouvé un mail du fameux éditeur m'annonçant que le contrat avait été expédié le matin même, qu'il était désolé de ces lenteurs administratives et encore plus embêté que moi car coincé au niveau éditorial en attendant la remise de ma trad. 

J'ignore quelle est la morale de cette histoire. Probablement qu'à défaut d'un effet boomerang, le karma a un drôle de sens de l'humour.