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dimanche 15 juillet 2012

Un jour, vingt ans



Récemment, j'ai eu l'occasion de voir le film tiré du roman de David Nicholls "Un jour", dans lequel on suit une fille et un garçon pendant 20 ans à travers ce qu'ils font chaque 15 juillet - à la date-anniversaire de leur rencontre. Et j'ai eu envie de me livrer au même exercice à travers mes propres carnets. J'aurais pu choisir une autre date, plus significative pour moi, mais je trouvais justement ça bien qu'elle ne corresponde à rien de spécial dans ma vie.

J'ai envisagé un instant de commencer avec mes journaux intimes, vers la fin des années 70. Le problème, c'est que je n'écrivais pas tous les jours et que de plus, vers l'adolescence, il y a des choses sacrément intimes là-dedans. Or, même si ça ne saute pas aux yeux de prime abord, mon exhibitionnisme affectif a ses limites. Je me suis dit que 20 ans en arrière, c'était bien. D'autant que si j'ai continué (de manière plus ou moins sporadique) à tenir un journal intime sur papier jusqu'en l'an 2001, à partir de 1991, j'ai pris l'habitude de noter mes activités sur un agenda. Vous aurez donc droit à la version expurgée de mes frasques! 

De 1991 à 1996: recharges d'agenda Memonizer en 11x17


Le 15 juillet 1991, je venais de finir mes études à Sup de Co Toulouse (spécialisation: Gestion de Produits de Grande Consommation), et je préparais le FSO chez un personnage dont j'ignorais encore combien il était douteux... Cette année-là, je me suis payée une petite aventure avec un Anglais à longs cheveux blonds et yeux bleus, et j'y ai laissé les genoux d'un jean sur le carrelage de la salle de bain commune du fort Faron. Oh well.


Le 15 juillet 1992, je cherchais du boulot après un ou deux premiers jobs hautement insatisfaisants, et j'avais des goûts de chiottes en matière de cinéma. Je pratiquais toujours assidûment le jeu de rôles et venais de faire la connaissance de la bande d'Aix-en-Provence. Accessoirement, je commençais à utiliser des petits dessins pour symboliser mes ébats sexuels.


Le 15 juillet 1993, je passais ma journée de repos hebdomadaire à Aix, mais bossais depuis quelques temps au Toys'R'Us de Monpatelin - boulot que je haïssais et qui devait m'envoyer à Nantes à la fin de l'été, pour mon plus grand désarroi.


Le 15 juillet 1994, j'étais mariée depuis 11 jours; je faisais un pseudo-stage de commerce international à la boutique de JdR de Nantes, et je me fâchais avec O&L. C'est cet été-là que j'ai commencé à faire de la traduction professionnellement, pour Hexagonal qui distribuait la gamme White Wolf en France.


Le 15 juillet 1995, je traduisais la seconde (ou la troisième?) édition du Dungeon Master Guide. C'était l'époque où je bossais 6 jours par semaine, 51 semaines par an. Pas facile de gagner sa vie en free lance quand on débute...



Le 15 juillet 1996, je n'ai aucune idée de ce que je traduisais: un bouquin dont le titre commençait par un M. J'avais depuis quelques mois fait la connaissance de JC et, par l'intermédiaire de sa société Arena, lâché le JdR pour passer aux romans tirés de JdR. Même si rien ne l'indique dans ces pages, mon mariage commençait un peu à sentir le gaz.

1997: rien (pour moi)
Je n'ai pris conscience de l'absence d'un agenda cette année-là qu'en fouillant mes archives pour rédiger ce billet. En réfléchissant bien, je n'ai pas le souvenir d'en avoir tenu un. Ca a été une année difficile, celle où j'ai divorcé et où je suis partie cuver ma déprime dans un bled paumé en Pennsylvanie. Même au fond du trou, je regrette de n'avoir pas pris le temps de documenter cette période de ma vie... 

Par contre, et de manière assez curieuse, je possède quand même un agenda rempli pour cette année-là: celui de mon grand-père, que j'ai récupéré après sa mort. C'est un document très précieux pour moi, et une des premières choses que je sauverais si ma maison brûlait. J'aime regarder sa belle écriture d'ex-prof de français, lire ses observations sur la météo du Puy-en-Velay, sur ses récoltes potagères ou sur ses vieux amis, ponctuées ça et là d'une attaque en règle (et en majuscules) contre l'Eglise!



De 1998 à 2003: agendas du Disque-Monde, tous plus merveilleusement drôles les uns que les autres. J'ai beaucoup regretté que la série ne continue pas (même si elle fera un retour exceptionnel en 2008).


Le 15 juillet 1998, j'étais rentrée à Monpatelin, je sortais avec Etre Exquis et je faisais du bénévolat chez les Petits Frères des Pauvres. A un moment donné, aussi, je me suis retrouvée à regarder la finale de jeséplukoi, un match de foot que la France a gagné 3-0 contre le Brésil.


Le 15 juillet 1999, nous ne saurons pas ce que je faisais car dans un accès de cruchitude aiguë, j'ai photographié la page du 15 juin de cette année-là. Où, apparemment, je n'ai rien fait qui mérite d'être mentionné. Par contre, derrière la photo du repas de fin d'année de mon cours d'aïkido (auquel l'Homme assistait avec sa future femme, qu'il avait déjà trompée avec moi une fois), à la date du 18 et du 19, il y a le mariage de Soeur Cadette.


Le 15 juillet 2000, j'étais donc en pleine liaison clandestine avec l'Homme qui m'envoyait des textos romantico-sexy que je notais en majuscules, sans toutefois se décider à quitter sa femme. A la page suivante, un de ces textos dit: JE VEUX ETRE GRAND-PERE AVEC TOI. I'm sorry, have we met??? Les petits coeurs à l'envers, qui symbolisent astucieusement (ou pas...) une paire de fesses, indiquent le nombre de jours où nous nous étions envoyés en l'air depuis novembre de l'année précédente. Une bonne petite moyenne, comme on peut le constater.


Le 15 juillet 2001, Attila venait de naître. La femme de l'Homme avait fini par le quitter d'elle-même et nous commencions juste à nous afficher publiquement dans les stages d'aïkido. Et oui, je suivais assidûment Loft Story. Nobody's perfect.


Le 15 juillet 2002, l'Homme et moi étions partis en Toscane à moto. C'est la semaine où il y a eu des inondations historiques dans le nord de l'Italie. Des vacances très inspirées - et mouillées, trèèèès mouillées. J'ai détesté Florence mais adoré Sienne, la campagne toscane et surtout la bouffe italienne juste sublime.


Le 15 juillet 2003, JC m'annonce le dépôt de bilan d'Arena. Je continuerai à travailler pour nos anciens clients, mais en direct désormais. Je gagnerai, du coup, beaucoup mieux ma vie mais regretterai toujours le travail d'équipe que nous faisions avec lui, sa soeur Zorro et quelques autres. Ce week-end-là, nous montons dans ma famille lyonnaise avec l'Homme qui a un stage dans le coin. J'ai arrêté l'aïkido depuis un moment, ne supportant pas bien de recevoir sur le tatami des ordres du type avec qui je vis.

2004: agenda Days de Susan Branch, une illustratrice américaine dont j'aimais beaucoup les dessins naïfs à l'époque


Le 15 juillet 2004, l'Homme et moi sommes en vacances à Canari, un petit village du cap corse où des amis à lui possèdent une maison. J'adore les amis en question, mais le plan plage ou balade en moto sur des routes avec tellement de virages qu'on fait maximum du 25 km/heure, bof. Je bloogue depuis le mois d'avril, mais pas encore assez assidûment pour qu'internet me manque pendant ce séjour.

2005: agenda New York 


Le 15 juillet 2005, je n'ai rien foutu d'assez important pour détrôner la photo de "Charlie et la chocolaterie", que je n'ai pourtant qu'assez moyennement apprécié. J'étais en pleine traduction à la chaîne des romans inspirés de "Buffy contre les vampires"; je crois que j'ai bien dû m'en taper une quarantaine en tout... Au mois d'août cette année-là, j'ai fait mon premier voyage de touriste dans l'ouest américain avec les VIP.

2006: agenda Oxford à couverture en plastique fuchsia


Le 15 juillet 2006, l'Homme et moi étions séparés depuis 3 mois (mais je ne m'étais pas encore rendu compte qu'il me trompait depuis le début de l'année). Je venais de renouer avec Captain, et j'étais allée le voir à Nantes. Dès l'instant où je l'avais aperçu à l'aéroport, j'avais su que ça ne collerait pas. J'ai quand même essayé, et renoncé quand il est à son tour venu me rendre visite au mois d'août. En octobre, j'ai rencontré Chouchou que je connaissais online depuis plus de deux ans et lui aussi célibataire depuis peu. C'était aussi le dernier été que mes parents passaient à Monpatelin avant d'aller s'installer à Toulouse pour la naissance de Cahouète. 

2007: agenda Paperblanks, mon plus grand à ce jour. Son rabat magnétique n'est pas pratique du tout vu que j'ai collé des tas de trucs à l'intérieur...


Le 15 juillet 2007, Chouchou et moi dépensions beaucoup de sous en billets d'avion Bruxelles-Monpatelin et vice-versa. Nous avions déjà nos habitudes au Comptoir Florian et au IIème Elément. Je crois qu'il a fait beau cet été-là en Belgique. 

2008: agenda du Disque-Monde (le retour, donc)


Le 15 juillet 2008, Chouchou et moi passions de chouettes vacances à Toulouse. La veille, nous avions vu le sublime feu d'artifice de Carcassonne.

2009: agenda Bookbinders


Le 15 juillet 2009, c'est en train que je fais Monpatelin-Bruxelles. Résistants aux sirènes du téléchargement, Chouchou et moi attendons que les séries télé que nous aimons sortent en DV pour les regarder: cet été-là, c'est la saison 4 de How I met your mother qui occupe nos soirées.

2010: agenda Pénélope Bagieu, dédicacé sur la page de garde


Le 15 juillet 2010, la Belgique subit une canicule qui nous a forcés à acheter un ventilateur quelques jours plus tôt. (Inutile de préciser que depuis le 20 juillet 2010, le ventilateur en question prend la poussière en haut d'un meuble, et que les accessoires indispensables de l'été depuis lors ont plutôt pour nom "couette double épaisseur" et "pulls en cachemire".) Mon père est déjà malade mais, à cause du ralentissement des services hospitaliers pendant les grandes vacances, nous ne l'apprendrons qu'en septembre, la semaine après qu'il ait enterré sa mère.

2011: agenda Margaux Motin




Le 15 juillet 2011, Chouchou et moi sommes de nouveau en vacances à Toulouse. Nous suivons une thérapie conjugale depuis peu et ce n'est pas la joie entre nous. Chez mes parents où nous logeons et où il n'y a pas grand-chose à faire, je confectionne des zombies en feutrine. 

2012: agenda Moleskine Pacman. Pour toute la première fois tou-toute premières fois, j'ai choisi un agenda avec une page par jour plutôt qu'une double page par semaine, parce que j'avais envie de pouvoir y écrire plus de choses. Je comptais aussi dessiner un peu dessus, mais c'est resté au stade de l'intention pieuse (le papier très fin n'est de toute façon pas idéal pour ça). Par contre, je ne vous montrerai pas ce que j'y ai marqué aujourd'hui, pas même par un edit demain matin: si j'avais l'intention de le faire, ça orienterait le ton et la teneur de mes notes...


lundi 31 mai 2010

Imaginales 2010: impressions après refroidissement


Bien sûr, c'était pas le FSO.

D'abord, on n'a pas crevé de chaud et passé notre temps à chercher de l'ombre ou à piquer le parasol des voisins, parce que les Vosges fin mai, c'est pas la Provence en juillet, même si on a eu beau temps presque tout du long.

Ensuite, on n'a pas campé sur les remparts dans des sacs de couchage poussiéreux et mangé des salades de thon en boîte pendant quatre jours: on a dormi au charmant et très abordable Hôtel Azur et fait bombance au resto à chaque repas (sauf pour le pique-nique de spécialités régionales où on a fait bombance assis dans l'herbe avec des assiettes en carton, un unique couteau en plastique et pas assez de pain, mais c'était chouette quand même).

On n'a pas baisé furieusement à quatre pattes dans des douches communes à moitié inondées ou au milieu de la forêt avec des aiguilles de pin qui nous rentrent dans les fesses et les genoux et les copains qui matent par les meurtrières sans qu'on s'en rende compte: on s'est contentés, en vieux couple paresseux, d'un câlin matinal dans les draps en désordre.

Au lieu d'enchaîner des jeux de rôles dont le scénario nous avait été livré à l'heure où la partie était censée commencer, on a assisté à une table ronde sur le thème "La violence dans la fantasy", écouté Editeur Préféré récapituler la belle aventure qui est la nôtre depuis 10 ans (et fêté ça avec du champagne et de délicieux petits fours) et apprécié les confidences de Jacqueline Carey sur sa géniale série "Kushiel".

Au lieu d'acheter un Xème supplément pour "L'Appel de Cthulhu" ou une superbe mais quelque peu encombrante hache de bataille en latex, on s'est fait dédicacer des bouquins par des auteurs qu'on aime déjà bien ou qu'on voudrait découvrir: Jacqueline Carey, donc, mais aussi Gudule, Jeanne A. Debats, Maïa Mazaurette ou Don Lorenjy. On a hésité à investir dans "Le déchronologue" ou "Les lames du cardinal" parce que bon, valise déjà trop pleine et compte en banque plus assez.

A première vue, non, ces Imaginales n'avaient pas grand rapport avec la manifestation culte qui a marqué la fin de mon adolescence et le début de mon âge adulte.

Pourtant...

Pourtant dans les deux cas, l'esprit était le même. Ce week-end, des potes qui vivent aux quatre coins de la France le reste de l'année se sont retrouvés pour partager, en plus d'une passion, le plaisir d'être ensemble. Loin de leur quotidien, dans une bulle qui n'a duré que quelques jours et dont ils sont ressortis aussi crevés que ravis avec des souvenirs plein la tête.

...Et une seule envie: remettre ça l'année prochaine.

mercredi 5 novembre 2008

Utopiales 2008: le concert du Naheulband

Samedi soir, en raison d'une virée shopping prolongée au centre commercial de Beaulieu, Gren et moi avons regagné la Cité des Congrès juste au moment où démarrait le concert du Naheulband. Résultat: la fosse et les alentours de la scène étaient déjà archi-combles; des gens se pressaient contre toutes les balustrades de la mezzanine en surplomb, et je me demandais bien comment j'allais y voir quelque chose. Et puis, miracle, au bout d'un quart d'heure à peine, les deux personnes assises sur des chaises devant Gren et moi sont parties, et nous avons pu récupérer de fort bonnes places pour assister à la suite du spectacle.

J'ai entendu parler du Donjon de Naheulbeuk pour la première fois durant l'été 2006. Après avoir écouté quelques podcasts, j'ai lu toutes les bédés au fur et à mesure de leur parution. Et comme beaucoup de rôlistes, passés ou présents, j'y ai retrouvé avec délectation mes parties d'AD&D les plus pourraves. Mais jusqu'ici, je ne connaissais pas du tout les chansons. Prévenue par quelques personnes qui avaient déjà vu le Naheulband en concert, je m'attendais à un joyeux bordel n'ayant qu'un lointain rapport avec de la musique. J'ai été agréablement surprise: même si leurs textes sont clairement parodiques et leurs voix pas hyper justes, John Lang et ses acolytes se débrouillent plutôt bien avec leurs instruments. Emmené par une magicienne à l'énergie contagieuse et à la poitrine tressautante, leur show est aussi drôle qu'entraînant. J'ai ri, j'ai balancé la tête en cadence et tapé du pied avec enthousiasme. A la sortie, j'ai filé acheter leur premier CD. Et pendant les vingt-quatre heures qui ont suivi, j'ai passé mon temps à m'écrier brusquement: "C'est en marchant dans les entrailleuh que les barbares vont... A-LA-BASTON!". Pour quelques jours, le Naheulband a ravivé les souvenirs d'une époque que je ne revivrais pour rien au monde mais qui a servi de fondations à toute mon existence telle qu'elle est aujourd'hui.

samedi 6 janvier 2007

Valeriane in Inisfallen

[En triant mes documents Word, je viens de tomber sur le descriptif d'un perso que j'avais fait pour un JdR en ligne. Et quand je dis "perso", hum...]
Valeriane has made a long journey to come to Inisfallen. She’s in her late twenties, about 5’7”, with a medium build, dark eyes, milky skin and long dark red hair.
All she’s interested in is learning and, maybe someday, imparting her knowledge to other people. But that is not the only reason she left home to go wandering through the world. As a very opinionated, somehow politically incorrect female, she sometimes leans toward arrogance and a know-it-all attitude, and is quick to anger people. Not being a gregarious person, she doesn’t really mind: she’s just annoyed that people are too stupid to realise she’s right, most of the time. Her travels have started to soften her a bit, though, and she’s (slowly) coming to realise that a person’s worth does not only lie in her intelligence.
Valeriane has a very sarcastic, dry sense of humour, and is often too stubborn to shut up when she should. But she is never cruel, and at heart, she’s a good, compassionnate person (though she would die rather than admit it). She has a strong sense of justice, and will help the weak whenever possible. She can be quite generous, but she’s always very private about her good deeds. She’s also incredibly frank, not at all the backstabbing or comploting kind.
Having traveled and seen a lot, and being wise for her young age despite all her faults, she’s a good conversationnalist – though books interest her much more than people. She tends to get bored quickly and is constantly looking for new, exciting stuff to experiment. She has a very addictive personnality, and strives to hide this fact because she doesn’t want it to be seen as a weakness.
A few other random facts about her: good at horsemanship, but prone to terrible seasickness. Despises violence of any kind. A bit lazy; doesn't like to get her hands dirty. Her worst nightmare would be to end up a wife and a mother.

vendredi 15 septembre 2006

Pour les initiés (lire: "nerds au stade terminal")

HP Lovecraft en rêvait, des allumés l'ont fait: Cthulhu is now a comic strip hero!

http://www.macguff.fr/goomi/unspeakable/home.html

Les chansons de l'épisode musical de Buffy ("Once more with feeling") revisitées à la sauce Lord of the Ring. Pour qui connaît par coeur les morceaux originaux (comment ça, je suis la seule?), c'est à mourir de rire.

http://www.omwh.com/

jeudi 2 février 2006

Instantanés

5 ans – Sur les photos, je suis un adorable bout de chou souriant avec des yeux qui pétillent. Il paraît que tout le monde m’adore. Je suis si sage que mes parents se sont longtemps demandé si je n’étais pas autiste. Du coup, ils m’ont donné une petite sœur il n’y a pas longtemps (ce qui s’avèrera un mauvais calcul, car la petite sœur en question cassera tout dans la maison et finira aux urgences avec un truc pété tous les six mois). Fascinée par les livres, je sais déjà lire et écrire depuis un an. Du coup, je rentre à l’école primaire avec un an d’avance. Je ne le sais pas encore, mais ma petite vie idyllique ne va pas le rester bien longtemps.

10 ans – J’ai encore sauté une classe (mes parents ont mis le holà pour une troisième) ; du coup je me retrouve en 5ème. La primaire, déjà, c’était dur. Je me faisais régulièrement taper dessus par mes camarades parce que toute petite, toute timide, incapable de me défendre et chouchou des profs. Le collège, c’est l’enfer. Les enfants sont cruels, mais les ados disposent de moyens autrement plus pervers pour torturer leurs pairs. La seule fois où j’ai craqué et essayé de parler à mes parents, ça a fait un foin pas possible ; ça s’est calmé pendant trois jours et c’est reparti de plus belle. J’ai bien retenu la leçon : dans la vie, on ne peut compter que sur soi. Les livres sont mes seuls amis. Je me prends de passion pour Racine ; je tiens un journal ; j’écris des poèmes pas spécialement bons mais où pointe un certain mal de vivre et une rébellion précoce contre la société, plus une pièce de théâtre à la fin de laquelle c’est le méchant qui gagne et part avec la fille (j’ai déjà une forte aversion pour les conventions de tout poil). Plus tard, je veux être écrivain. Je viens de commencer la danse classique et à ma grande surprise, je me débrouille bien – moi qui suis si empotée quand on fait du sport à l’école.

15 ans – L’année du bac. C’est rien de dire que je me cherche, surtout au niveau du look. J’ai la coupe de Catherine Ringer et à côté de moi, Madonna est un modèle de bon goût. Une fois, je suis allée en cours en pyjama ; une autre fois, en tutu ; le summum a sans doute été atteint avec une audacieuse combinaison chemise de cow-boy/minijupe en feutre vert/une chaussette fluo jaune et l’autre rose + mitaines assorties. Mais je ne suis plus seule. J’ai une petite bande de copines à la danse, un tas de copains dans mon club de jeu de rôles et même un premier grand amour. La danse, j’en fais deux ou trois heures tous les soirs de la semaine et je suis vraiment douée. Le jeu de rôles, je viens de découvrir et je suis à fond dedans : enfin, j’ai la possibilité de changer de peau, d’être qui je veux et d’échapper à une réalité dont la banalité me désole. Le grand amour, il va me plaquer au bout de deux mois en arguant de notre différence d’âge, et je passerai trois ans à multiplier les stratagèmes pour le reconquérir – en vain. C’est la seule fois de ma vie où je serai quittée. Je ne m’entends toujours pas avec les gens de ma classe, mais depuis que je suis entrée au lycée, on me fiche la paix. Je n’en demande pas plus, puisque je m’éclate à l’extérieur. Cette année-là, mon gros chagrin (à part le départ de Legolas), ce sera la mort de Balavoine. Sentiment d’injustice : si ce gars que je considérais comme un héros peut mourir à 33 ans à peine en essayant d’aider les autres, à quoi bon se conformer aux règles ? Il n’y a pas de récompense ici bas, et je n’ai jamais cru à l’au-delà.

20 ans - Je sors d’une grande école de commerce avec un bac +5 en poche. J’ai haï mes études, les petits minets BCBG de ma promo et le bourrage de crâne « vous êtes l’élite de la France ». Et maintenant je n’ai pas le choix : il va falloir que je bosse là-dedans, et vite car j’ai un gros emprunt à rembourser. Je vis seule depuis plusieurs années déjà, loin de ma famille et de mes ex-amis ; j’ai appris à m’assumer matériellement et à ne compter sur personne. De toute façon, je me méfie de tout le monde. Une sale cassure s’est produite dans ma vie. Depuis, ça ne tourne pas très rond dans ma tête. Je suis borderline schizo. J’ai trois personnalités bien distinctes à qui j’ai donné des noms et même attribué une couleur. Un rien suffit pour que je bascule de l’une à l’autre. Et j’entends en permanence les voix des deux autres dans ma tête. Tous les moyens sont bons pour les faire taire. L’alcool, à l’occasion. La drogue, chaque fois que c’est possible. Le sexe - extrême ou rien. D’autant que c’est le meilleur moyen que j’aie trouvé pour m’imposer et avoir enfin du pouvoir sur les autres. Ma seule vraie jouissance, c’est le moment où je vois basculer le regard de la personne d’en face et où je sais que je pourrais lui faire faire n’importe quoi. Je deviens très douée pour manipuler les gens. J’ai bien compris que c’était eux ou moi, et ça sera plus jamais moi. La souffrance, la folie et la mort me fascinent. La musique que j’écoute, les fringues que je porte, les bouquins que je lis, le regard que je porte sur le monde : tout en moi est goth.

25 ans – Je suis mariée. A un Breton psychorigide catho de droite qui veut une famille nombreuse. Qui pense qu’une femme ça porte les cheveux longs, ça s’habille en jupe (pas trop courte surtout) et ça laisse parler le chef de famille. Mais qui se tourne royalement les pouces sous prétexte qu’il ne veut pas faire un boulot ennuyeux et qu’il ne trouve rien d’assez bien pour lui. Du coup, j’assure toute seule financièrement. Aussi curieux que ça puisse paraître, on est fous l’un de l’autre. Et trop têtus pour céder sur quoi que ce soit. Résultat, on passe notre temps à se déchirer. Je refuse de jeter l’éponge. J’ai pris un engagement ; j’entends bien le respecter. Venir vivre à Nantes a eu le mérite de me couper du milieu que je fréquentais. Je ne me drogue plus, je ne touche pas une goutte d’alcool et je suis fidèle – même malheureuse, même sollicitée par plusieurs autres hommes. Je veux désespérément changer, trouver un équilibre et tourner le dos à mes vieux démons. Avoir enfin le sentiment de valoir quelque chose. C’est mon travail qui m’en fournit la première opportunité. Je me suis lancée au culot dans la traduction littéraire, et ça marché tout de suite. Je commence à avoir trop lu pour penser que je serai écrivain un jour. Je n’ai pas d’histoire à raconter, et si mon style est honnête, il n’a rien de follement original ou personnel. Mais comme ça, au moins, je bosse quand même avec des livres.

30 ans – Après un divorce houleux, une année passée aux USA et deux ans avec Etre Exquis – le premier homme avec qui j’ai eu une relation saine -, j’ai craqué pour mon prof d’aïkido qui était sur le point de se marier. Et j’ai fini par l’avoir. Nos débuts ont été très mouvementés ; nous avons mené une double vie jusqu’à son divorce et je ne donnais pas deux kopeks de notre histoire. Mais étonnamment…. Ca fonctionne. Nous sommes opposés et complémentaires. Il m’apaise, me rend plus sereine. Avec lui, j’arrive même à gérer la vie de couple, moi qui ne suis bien que seule à la base. A côté de ça, j’ai dû arrêter la danse pour cause de blessures au dos répétées ; je n’ai aucun ami qui habite à proximité et tous les hivers, je me tape une mini-dépression tellement je m’ennuie. Depuis mon adolescence, je ne visais qu’une chose : l’harmonie avec moi-même et avec mon environnement. Je l’ai, et je me rends compte avec angoisse que ça ne me suffit pas.

Le mois prochain, j’aurai 35 ans. Si j’ai appris une chose en cours de route, c’est que rien n’est écrit à l’avance et que très peu de choses sont réellement hors de ma portée. Que la vie a le chic pour nous surprendre et que les opportunités sont là pourvu qu’on sache les voir et les saisir. Que l’amour ne suffit pas, mais que rien n’a d’importance sans lui. Et que le pouvoir de l’esprit humain est quasiment infini – encore faut-il savoir ce qu’on veut en faire.

mardi 31 mai 2005

31 mai 1986

Dix-neuf ans aujourd'hui que j'ai rencontré Legolas pour la première fois, et tous les 31 mai, j'y pense encore (comme tous les 4 novembre je pense encore à son anniversaire). La mémoire des dates, c'est parfois plus encombrant qu'autre chose... Mais au moins grâce à ça, je me souviens approximativement quand a eu lieu la catastrophe de Tchernobyl, puisque c'est de ça que parlaient les garçons quand je les ai rejoints devant la MJC.