Affichage des articles dont le libellé est immigration. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est immigration. Afficher tous les articles

mardi 8 mai 2018

"Les anges et tous les saints" (J. Courtney Sullivan)


Dans les années 50, la pauvreté en Irlande contraint Nora et Theresa Flynn à émigrer à Boston. Docile et réservée, l'aînée est censée épouser un garçon de chez elles qui les a précédées en Amérique, tandis que la cadette brillante et pleine de charme espère devenir enseignante. Mais dans sa naïveté, elle succombe aux charmes d'un homme plus âgé et se retrouve bientôt enceinte - une grossesse qui va modeler la vie de deux familles durant plus d'un demi-siècle...

J'avais beaucoup aimé les romans précédents de J. Courtney Sullivan: "Les débutantes", "Maine" et "Les liens du mariage", aussi était-il évident que j'allais lire "Les anges et tous les saints". Mais pour la première fois avec cette auteure, j'avoue n'avoir accroché ni à l'histoire ni aux personnages. Les Irlandais pauvres venus tenter leur chance en Amérique, c'est un thème qui a souvent été exploité en littérature ces dernières années, me donnant une forte impression de déjà-lu. Le premier secret de famille est rapidement deviné - et de toute façon révélé dès la fin du premier tiers; le second intervient beaucoup trop tard et m'a paru insuffisamment exploité. La fin n'apporte qu'une résolution partielle, tout à fait insatisfaisante de mon point de vue. Quant aux deux héroïnes, Nora toujours guidée par son sens du devoir et des conventions ne suscite guère d'empathie, et Theresa choisit un chemin de vie assez intrigant mais un peu frustrant du point de vue narratif. Bref, cette fois, je suis restée sur ma faim. 

Traduction de Sophie Troff

jeudi 31 août 2017

"Pachinko" (Min Jin Lee)


Dans un petit village de pêcheurs au sud de la Corée, sous l'occupation japonaise au début du XXème siècle. Sunja, 15 ans, a perdu son père et tient avec sa mère une modeste pension où toutes deux travaillent très dur pour subvenir aux besoin de leurs clients. Lorsque la jeune fille tombe enceinte d'un yakuza marié, son avenir se trouve compromis. 

Mais Isak, un prêtre chrétien à la santé fragile dont elle s'est occupée pendant qu'il souffrait de pneumonie, lui offre une chance de salut: il l'épousera, donnera son nom à l'enfant et l'emmènera avec elle au Japon pour y commencer une nouvelle vie. A leur arrivée à Osaka, Sunja se rend vite compte qu'ils sont condamnés à une pauvreté et une discrimination perpétuelles dans un pays qui ne veut pas d'eux... 

"Pachinko", c'est une chronique qui s'étend de 1911 à 1989, et qui retrace l'évolution d'une famille d'immigrés coréens au Japon, avec une emphase particulière sur la période très difficile de la Seconde Guerre Mondiale. Le manque d'argent, la faim chaque jour, le racisme ordinaire modèlent tragiquement la vie de Sunja. Pourtant, cette femme fière et dure à la tâche ne baisse pas les bras et, sans se rebeller ouvertement contre son sort, tente toujours de tirer le meilleur parti de la situation. 

Mais si ses deux fils vont réussir à se sortir de la misère grâce au pachinko, un jeu d'argent typiquement japonais, leurs origines les empêcheront à tout jamais d'être considérés comme des gens respectables dans le seul pays qu'ils auront connu. Récit bien documenté, très réaliste et dépourvu de pathos, "Pachinko" montre le Japon sous son jour le moins glorieux, celui d'une xénophobie rampante qui perdure à travers les générations. Il n'a pas encore été traduit en français.

jeudi 24 août 2017

"Le gang des rêves" (Luca di Fulvio)


1909. Cetta Luminati a quinze ans et un bébé de six mois quand elle quitte sa famille et son Italie natale pour se rendre aux Etats-Unis. A leur arrivée, son fils est rebaptisé Christmas et la jeune fille attire l'attention de Sal, un gangster laid et bourru qui l'envoie travailler dans une maison close. Mais rien ne peut entamer la détermination de Cetta: grâce à elle, son fils sera américain. 

1922. Christmas rêve de devenir quelqu'un malgré la pauvreté du quartier dans lequel il a grandi. Et pour cela, il ne voit qu'un moyen - devenir un chef de bande respecté. Jusqu'au soir où il sauve une gamine de treize ans qui vient d'être battue, violée, mutilée et laissée pour morte. Ruth Isaacson est issue d'une riche famille juive, et en dépit de tout ce qui les sépare, Christmas tombe immédiatement et violemment amoureux d'elle...

Un roman historique qui parle du rêve américain, mais aussi de la fascination exercée par la radio et par le cinéma. Une chronique sociale qui dit la misère des immigrés, le désespoir ou la criminalité auxquels ils sont poussés, les tensions communautaires, le racisme ordinaire envers les Noirs, les violences faites aux femmes. Une histoire d'amour impossible à première vue et pourtant plus fort que tout. Une série de portraits magnifiques, extraordinairement vivants et humains. "Le gang des rêves" est tout cela et bien plus encore. Une saga réaliste et bien documentée, comportant des scènes très dures, et qui déborde pourtant d'énergie et d'espoir. Près de mille pages dans lesquelles on s'absorbe totalement et dont on regrette de voir arriver la fin. Mon gros coup de coeur du mois d'août. 

jeudi 20 juillet 2017

"La mélodie familière de la boutique de Sung" (Karin Kalisa)


A l'occasion de la semaine cosmopolite de son école, le petit Minh est sommé d'apporter un "objet culturel" de son pays. Et peu importe qu'il soit né dans ce quartier de Prenzlauer Berg, dans l'ancienne Berlin-Est, et n'ait jamais mis les pieds au Vietnam! Sa grand-mère Hien lui vient en aide en exhumant de sa malle aux souvenirs une marionnette en bois traditionnellement utilisée pour des spectacles aquatiques, dont elle se sert pour conter l'histoire de son immigration en Allemagne. 

Emus, les habitants du quartier se prennent de curiosité pour la culture vietnamienne. Les têtes se couvrent de chapeaux de pailles pointus; les élèves adultes affluent dans le cours de langue de Hien; un potager communautaire se crée pour produire des légumes exotiques, et d'étranges ponts de bambou éphémères apparaissent entre les toits des immeubles...

Premier roman d'une auteure spécialiste de la culture asiatique, "La mélodie familière de la boutique de Sung" est une joyeuse ode à la curiosité envers ceux qui ne nous ressemblent pas, un conte résolument optimiste dont tous les personnages voient leur vie enrichie par l'intérêt qu'ils se mettent à porter à des voisins ignorés jusque là. Et si, comme toutes les oeuvres qui promeuvent la tolérance et l'entente entre les peuples, il peut paraître utopique voire carrément naïf, c'est le genre de naïveté qui fait du bien à l'âme et dont nous avons plus que jamais besoin en ce moment. 

Merci aux éditions Héloïse d'Ormesson pour cette lecture.

mardi 6 juin 2017

"Banana girl: jaune à l'extérieur, blanche à l'intérieur" (Kei Lam)


A l'âge de six ans, Kei Lam débarque à Paris avec sa mère pour rendre visite à son père, un artiste peintre qui vit là depuis un an. Elles sont censées rester deux semaines; en fait, elles ne repartiront jamais à Hong-Kong. 

L'auteure raconte sa découverte de la culture française, la curiosité qu'elle inspire à ses camarades de classe, les appartements minuscules dans lesquels sa famille va longtemps s'entasser, les problèmes administratifs auxquels ses parents sont confrontés et la façon dont, ayant très vite appris la langue locale, elle doit souvent servir de trait d'union entre eux et leur nouveau pays. 

Les dessins au trait en noir et blanc de son récit cèdent parfois la place à de belles illustrations aux couleurs éclatantes. Dans l'ensemble, "Banana girl" propose un témoignage intéressant, souvent amusant, parfois plus grave, mais toujours sincère et plein de charme.






vendredi 8 juillet 2016

"La pâtissière de Long Island" (Sylvia Lott)


Pour l'empêcher de fréquenter l'homme qu'elle aime, le père de Marie décide de l'envoyer aussi loin que possible de leur petit village de Frise orientale: à New York, chez deux de ses frères. Avec pour seuls bagages son coeur brisé et la recette secrète de son gâteau au fromage blanc, la jeune fille débarque à Brooklyn par ce froid mois de novembre 1932, à la fois fascinée et terrifiée par ce qui l'entoure. Elle est bien loin de se douter de l'incroyable destin que lui réserve le Nouveau-Monde. 
Des décennies plus tard, Rona, sa petite-nièce en plein revers professionnel et sentimental, vient lui rendre visite. Marie lui raconte son histoire et lui confie la recette du cheesecake qui doit changer sa vie. 

Au début, j'avoue avoir été stupéfaite par les similitudes entre "La pâtissière de Long Island" et "Un goût de cannelle et d'espoir". Dans les deux cas, une jeune Allemande émigrée aux Etats-Unis vers le milieu du siècle dernier s'y fait une place grâce à son don pour la pâtisserie et, devenue vieille dame, narre son existence mouvementée à une quadra en pleine dérive pour la remettre sur les rails. Heureusement, l'atmosphère des deux romans n'est pas du tout la même. Au lieu d'un drame sous le régime nazi, Sylvia Lott propose une histoire feel-good et gourmande, où l'héroïne n'affronte rien de plus grave que le mal du pays et quelques déconvenues amoureuses tandis qu'elle découvre New-York et les moeurs américaines.

Soumise et conciliante au début, Marie se crée des expériences, forge ses propres opinions et gagne peu à peu son indépendance sans jamais renier ses origines ou sa famille. Le roman se concentre exclusivement sur sa vie pendant les années 30, puis sur sa rencontre, au début des années 2000, avec une Rona en pleine remise en question. Guidée par la sagesse de son aïeule, la plus jeune des deux femmes va complètement bouleverser sa vie et, ce faisant, trouver sa propre place tout en refermant une boucle d'une façon aussi symbolique qu'émouvante. "La pâtissière de Long Island" est un délicieux roman initiatique, un pur plaisir de lecture que je vous recommande chaudement en cette période estivale.