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dimanche 10 mars 2019

"La lanterne de Nyx T1" (Kan Takahama)


Nagasaki, 1878. Orpheline recueillie par sa tante, qui la considère juste comme une bouche supplémentaire à nourrir, Miyo ne possède aucune compétence monnayable - sauf peut-être ce pouvoir qui lui permet, en touchant un objet, de voir ses propriétaires passés et futurs. Elle parvient à se faire embaucher par Momotoshi, un marchand excentrique tout juste rentré de l'Exposition Universelle de Paris avec une myriade d'objets fort exotiques pour le Japon de l'époque...

Beaucoup d'originalité pour ce manga en 6 tomes (terminé en VO). D'abord le format, légèrement supérieur à celui des publications ordinaires, et qui m'a tout juste suffi à déchiffrer certains passages. Ensuite, l'époque, le thème et l'atmosphère, mélange d'Orient et d'Occident, de réalisme historique et de fantastique. Entre les chapitres, l'autrice expose le résultat de ses recherches sur les objets qu'elle met en scène: la première édition japonaise d'"Alice au pays des merveilles", l'apparition des tablettes de chocolat en Europe, la machine à coudre et le développement du prêt-à-porter, la technologie du phonographe... On apprend plein de choses tout en suivant avec plaisir le quotidien de Miyo, ado mal dégrossie qui, au fur et à mesure qu'elle s'instruit, gagne en assurance et s'épanouit dans son nouvel environnement. J'ai juste regretté qu'elle fasse très peu usage de son intéressant pouvoir dans ce premier tome. Raison de plus pour guetter la suite avec impatience!

Traduction de Yohan Leclerc

jeudi 3 mai 2018

"Calpurnia" (Jacqueline Kelly)


Calpurnia Virgina Tate, dite "Callie V", a onze ans trois quarts. C'est la seule fille d'une famille texane aisée qui vit à la campagne et compte sept enfants au total. A l'aube du XXème siècle, son intérêt pour l'observation des animaux la conduit à se rapprocher de son grand-père, homme d'affaires à la retraite et naturaliste passionné. Avec lui, la fillette découvre la théorie de l'évolution de M. Darwin et les autres lois qui gouvernent les êtres vivants, et elle décide que plus tard, elle deviendra une grande savante. Mais sa mère ne l'entend pas de cette oreille. Ce qui compte, c'est de faire de Callie une future épouse et mère rompue aux arts ménagers. Aussi entreprend-elle de lui enseigner plutôt le tricot et la cuisine...

J'avais beaucoup entendu parler de ce roman sorti il y a quelques années et sur lequel toutes les amatrices de littérature jeunesse de ma connaissance s'extasiaient unanimement. Et même si j'ai mis du temps à me pencher dessus, je confirme qu'il mérite tout le bien qu'on a pu en dire. Pour l'atmosphère paisible du petit monde de Calpurnia, les descriptions de la vie animale minuscule qui grouille autour d'elle et prêtent un caractère presque enchanteur à son coin de campagne brûlé par le soleil. Pour la belle relation qui se développe entre elle et son grand-père, un vieux monsieur bourru et néanmoins très ouvert d'esprit. Pour l'insatiable curiosité de cette jeune héroïne que son époque semble condamner à gâcher ses dons. Pour la candeur avec laquelle elle juge le comportement des adultes qui l'entourent. Pour les bêtises souvent très amusantes de ses six frères. Pour le réalisme des attentes que sa mère fait peser sur elle et contre lesquelles la fillette a, malgré toute sa détermination, bien du mal à lutter. A la fois joli roman d'apprentissage et témoignage sur la condition féminine il y a à peine plus d'un siècle, "Calpurnia" a tout d'un futur classique de la littérature jeunesse.

Traduction de Diane Ménard

mardi 2 janvier 2018

"La femme d'argile et l'homme de feu" (Helene Wecker)


1899. Une golème créée en Pologne se réveille à bord du bateau qui la conduit à New York avec son époux. Celui-ci ayant succombé à une appendicite, c'est seule et âgée de quelques jours seulement qu'elle débarque à Ellis Island. Sans maître, cette créature d'argile à la force surhumaine et au tempérament potentiellement meurtrier est tout à fait perdue. Elle a de la chance: un rabbin devine sa véritable nature et la prend sous son aile. 
Pendant ce temps, dans le quartier syrien, un djinn est accidentellement libéré du flacon où il croupissait depuis plus de mille ans. Il a perdu la mémoire et ne sait pas qui l'a emprisonné ni comment il est arrivé là. Coincé sous sa forme humaine par une manchette de fer, il est forcé de s'adapter à une nouvelle vie triviale et pleine d'entraves. Un soir dans Manhattan, sa route croise celle de la golème...

C'est à l'occasion de sa sortie en poche que j'ai découvert ce roman qui avait beaucoup fait parler de lui dans le milieu des littératures de l'imaginaire au moment de sa sortie, en 2015. Si la femme d'argile et l'homme de feu sont des créatures de légende, Helene Wecker les utilise surtout pour évoquer les problèmes bien réels de l'immigration, du sentiment d'inadaptation et de la solitude. A travers eux, elle pose d'une manière très intéressante la question de la nature des êtres: en est-on responsable, est-il possible de lui échapper? Elle dépeint New York à l'aube du 20ème siècle, ses communautés juive et arabe avec ce qu'elles ont de chaleureux mais aussi de contraignant, la pauvreté qui accable les gens du commun et surtout ceux qui viennent d'ailleurs. Dans un contexte plutôt tragique, elle parvient à tisser une histoire enchanteresse dont la lenteur et la longueur pourront rebuter certains, mais qui m'a tenue sous son charme jusqu'à la dernière page. 

Traduction de Michèle Albaret-Maatsch

dimanche 26 novembre 2017

"Isabella Bird, femme exploratrice T1" (Taiga Sassa)


En mai 1878, l'exploratrice anglaise Isabella Bird, qui a déjà exploré les Montagnes Rocheuses et l'archipel d'Hawaï, se lance dans un nouveau défi: remonter le long de l'archipel du Japon en empruntant des routes peu fréquentées, pour finir son périple sur l'île d'Ezo où elle espère rencontrer le peuple Aïnous.  En se basant sur les récits publiés par cette femme extraordinaire, Taiga Sassa propose un manga instructif sur les moeurs et les conditions de vue du peuple japonais au tout début de l'ère Meiji. L'Isabella qu'elle campe est sympathique en diable, pleine d'enthousiasme et d'énergie. Bien qu'issue  d'un milieu habitué au confort et bourré de préjugés, elle ne rechigne pas devant les difficultés du voyage, et surtout, elle manifeste curiosité et respect aux gens qu'elle rencontre, si différents d'elle soient-ils. Ce premier volume la voit débarquer à Yokohama où elle engage celui qui sera son unique compagnon de route, l'interprète Tsurikichi Ito, puis traverser successivement Edo, Kasukabe et Nikko en multipliant les découvertes. J'attends impatiemment la sortie du second, prévue pour début décembre. 

lundi 18 septembre 2017

"Les derniers jours de l'émerveillement" (Graham Moore)


New York, 1888. Les lampadaires à gaz éclairent les rues, l'électricité en est à ses balbutiements. Celui qui parviendra à en contrôler la distribution sait déjà qu'il gagnera une fortune considérable et sa place dans l'histoire. Deux hommes s'affrontent pour remporter la mise: Thomas Edison et George Westinghouse. Lorsqu'un jeune avocat, Paul Cravath, aidé par le légendaire Nikola Tesla, se mêle de ce combat homérique, il ne tarde pas à se rendre compte qu'autour de lui, les apparences sont trompeuses et que chacun a des intentions cachées. 

Romancier et scénariste oscarisé pour "The imitation game", Graham Moore revient ici à la fiction historique mettant en scène des personnages célèbres. Brodant autour de faits bien réels - et récapitulés en fin d'ouvrage -, il narre une incroyable bataille juridique capable de captiver même les gens qui n'entendent pas grand-chose au droit ou à la physique. Ses portraits de génie sont fascinants: Thomas Edison, assoiffé de gloire à n'importe quel prix; George Westinghouse, avant tout soucieux de réaliser de bons produits; Nikola Tesla, solitaire à moitié fou inspiré par ses visions; Alexander Graham Bell, homme sage et pondéré qui s'est retiré du monde, et même le financier JP Morgan qui a su amasser par lui-même une fortune sans précédent. A côté d'eux, bien que jeune prodige dans sa branche, Paul Cravath semble un personnage presque falot.

Près de 130 ans plus tard, il est très instructif de considérer les débuts de l'électricité et la méfiance initialement engendrée par cette technologie qui fait désormais partie de notre quotidien. On sourit notamment de ce passage: "Edison et quelques autres s'étaient attachés à améliorer le téléphone initial d'Alexander Bell. Tesla, lui, se proposait de le faire fonctionner sans aucune sorte de fil. Pas besoin d'être scientifique pour se rendre compte qu'un tel projet était absurde. Même si, par miracle, Tesla parvenait à en créer un de ce type, qui diable lui trouverait la moindre utilité?". Et on est happé par les incroyables rebondissements que provoque la contestation du brevet sur la première ampoule électrique. Jusqu'au twist final un peu amer, "Les derniers jours de l'émerveillement" se lit comme un policier doublé d'une ode à la créativité des scientifiques, une histoire essentiellement vraie animée par un grand souffle romanesque. 

Merci aux éditions Cherche Midi pour cette lecture. 

vendredi 17 juin 2016

"The mystery of the clockwork sparrow" (Katherine Woodfine)


Son père militaire étant mort durant la guerre des Boers, Sophie Taylor, 14 ans, se retrouve à la rue et obligée de chercher un emploi pour subsister à ses besoins. Elle a la chance de décrocher un poste de vendeuse chez Sinclair's, fabuleux grand magasin qui doit ouvrir ses portes prochainement. Là, elle se fait rapidement des ennemies parmi ses collègues, mais aussi des amis en la personne de Lilian Rose, mannequin et apprentie comédienne, et Billy le jeune porteur maladroit. Mais la veille de l'ouverture, un vol est commis chez Sinclair's, et à cause d'un malheureux concours de circonstances, c'est sur Sophie que se portent les soupçons de la police et de ses employeurs. Pour laver son nom et conserver son travail, la jeune fille n'a d'autre choix que de se mettre elle-même à la recherche du coupable...

D'un côté, il y a une belle écriture qui donne merveilleusement corps à l'atmosphère de Londres à la fin du XIXème siècle et qui transporte instantanément le lecteur dans les coulisses de Sinclair's, grand magasin au raffinement inouï que toute accro du shopping rêverait de visiter. De l'autre, il y a malheureusement une intrigue cousue de fil blanc et d'invraisemblances grossières, qui ne nous épargne aucun des poncifs du genre tels que définis par "Le club des 5" ou "Alice détective". Planter un si beau décor pour faire s'y dérouler une histoire si ridicule, c'est un véritable gâchis. "The Mystery of the Clockwork Sparrow" pourrait sans doute plaire à des pré-ados n'ayant pas encore lu beaucoup de policiers jeunesse, mais c'est à peu près tout.