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dimanche 17 septembre 2017

"It"


"It" est l'un des rares Stephen King que j'ai lus. Je l'ai découvert à l'époque de sa sortie en français, quand j'étais en prépa - ça remonte donc à trente ans tout rond. Pourtant, contrairement à beaucoup d'autres romans dont j'ai oublié les détails sitôt que je les ai refermés, il m'a laissé une impression très vivace. Je me souviens avoir adoré le style très introspectif de l'auteur, le fait qu'il consacrait beaucoup de temps aux scènes d'exposition, à la psychologie et au quotidien des personnages, et qu'il préférait entretenir une atmosphère angoissante plutôt que de multiplier les scènes d'horreur graphique. Et même si les adaptations de Stephen King au cinéma ou à la télé sont généralement décevantes, j'ai eu envie de voir ce que donnait ce film autour duquel les médias faisaient tant de tapage. 

L'histoire en bref, pour ceux qui ne la connaîtraient pas: dans une petite ville du Maine, des enfants disparaissent par vagues sans qu'on retrouve jamais leur corps. Et il en est ainsi depuis très longtemps. Le frère aîné d'une des petites victimes, Bill, a 13 ans et une bande de copains surnommés les Losers qui se font régulièrement harceler par les brutes de leur collège. Ensemble, ils se mettent à la recherche de Georgie dans les égouts de Derry; ensemble, ils commencent à être victimes d'hallucinations dans lesquelles revient un clown cauchemardesque baptisé Pennywise...

mercredi 23 août 2017

"My stuff", formidable documentaire sur le minimalisme


Petri Luukkainen, jeune auteur et réalisateur finlandais, est en pleine crise existentielle. Quand sa petite amie l'a quitté trois ans plus tôt, il s'est mis à entasser des objets pour combler le vide laissé par son départ. Prenant conscience de l'absurdité de cette attitude, il décide de mener une expérience qu'il documentera avec sa caméra. Il va mettre absolument toutes ses affaires - électroménager, mobilier et vêtements compris - dans une unité de stockage. Puis, pendant un an, il récupèrera un objet par jour, et un objet seulement. Et il n'aura pas le droit d'acheter quoi que ce soit en plus.

Le premier jour, on le voit sortir de chez lui complètement nu avant l'aube, fouiller une poubelle pour y trouver un journal et courir à travers les rues enneigées mais désertes, le journal devant ses parties génitales, jusqu'à son unité de stockage où il récupère un manteau. Il dort enveloppé dans celui-ci à même le sol de son appartement vide. Le second jour, il attend qu'il soit presque minuit pour pouvoir récupérer deux objets d'un coup: une couette et une paire de chaussures. Au bout d'une semaine, il parvient à retourner au travail, et très vite, il laisse passer plusieurs jours sans se rendre à son unité de stockage.

mercredi 22 février 2017

"Kimi no na wa" ("Your name")


Du réalisateur Makoto Shinkai, nous avions tous les deux adoré "The garden of words" et "Cinq centimètres par seconde". Aussi ne pouvions-nous que nous précipiter sur son nouveau long métrage, sorti au Japon en août dernier et qui a paraît-il battu les records d'affluence des anime du studio Ghibli. 

Mitsuha vit à la campagne. Sa mère est morte et son père a abandonné la prêtrise shinto pour devenir maire de leur petite ville, si bien que Mitsuha et sa soeur cadette sont élevées par leur grand-mère. La jeune fille ne rêve que d'une chose: s'en aller vivre à Tokyo. Voeu bizarrement exaucé lorsqu'un matin, elle se réveille dans la peau de Taki, qui vit seul avec son père et a une vie très occupée entre le lycée, ses nombreux amis et son boulot dans un restaurant italien où sa chef ne le laisse pas indifférent. 

Le lendemain, Mitsuha a réintégré son propre corps et sa propre vie, et Taki ne comprend pas quand on lui parle de son comportement étrange de la veille. Puis vient son tour de se réveiller dans la peau de la jeune fille. Quand ils se rendent compte qu'ils échangent ainsi leurs vies plusieurs fois par semaine, Mitsuha et Taki mettent au point des règles de comportement et un moyen de se tenir informés de ce que chacun a fait dans la peau de l'autre. Jusqu'au soir où une comète survole le Japon, et où l'histoire des deux jeunes gens prend un tour encore plus inattendu. 

Après une première moitié plutôt légère et amusante, "Kimi no na wa" bascule vers le drame fantastique. Son scénario original autant qu'émouvant nous a tenus en haleine jusqu'au bout. Mais surtout, le film est absolument somptueux sur le plan graphique. Les paysages et le traitement de la lumière m'ont coupé le souffle à maintes reprises. Comme a dit Chouchou, "les personnages pourraient ne rien faire d'autre qu'aller acheter le pain pendant 1h40 qu'on n'aurait pas perdu notre temps en le regardant". Si vous êtes fans d'anime, vous devez absolument le voir. Et si vous n'êtes pas fan d'anime, c'est le genre de film qui pourrait bien vous faire changer d'avis!



jeudi 9 février 2017

"Captain Fantastic"




C'est l'histoire d'un couple d'idéalistes qui a décidé d'élever ses enfants loin de la société de consommation et au plus proche de la nature. Mais suite à une sévère dépression post-partum, la mère est devenue bipolaire et a dû être hospitalisée. Le père poursuit leur oeuvre tout seul. Dans une forêt sauvage au nord-ouest des Etats-Unis, où ils vivent en autosuffisance, il soumet ses trois fils et ses trois filles à un programme très strict d'entraînement physique poussé et de lectures choisies pour faire d'eux des "philosophes-rois". Puis un jour, il apprend que son épouse s'est suicidée en se taillant les veines, et que malgré ses convictions bouddhistes et son souhait d'être incinérée, ses parents assez conventionnels comptent lui organiser des obsèques chrétiennes. Sur l'insistance des enfants, il embarque toute sa famille dans leur bus aménagé et se lance sur les routes pour une ultime mission de sauvetage...

Ne vous laissez pas prendre aux couleurs gaies de l'affiche et aux tenues loufoques des personnages. "Captain Fantastic" n'est pas un film drôle ou léger (même s'il ménage une poignée d'éclats de rire), et on ne peut pas non plus dire qu'il réchauffe le coeur du spectateur. Mais il fait quelque chose de beaucoup plus rare et essentiel à mon sens: il oblige à réfléchir, et il le fait sans manichéisme. Même pour quelqu'un comme moi qui partage beaucoup de ses opinions, Ben Cash, le héros interprété par Viggo Mortensen, a des méthodes pour le moins radicales et parfois choquantes. Afin d'endurcir ses enfants, il n'hésite pas à les exposer à des dangers qui hérisseraient les cheveux sur la tête de beaucoup d'adultes. Et si on peut trouver louable qu'il veuille les préserver de certaines influences abrutissantes, il est permis de se demander s'il leur rend service en les endoctrinant selon ses propres convictions politiques et en les privant des expériences sociales de tous les petits Américains de leur âge.

D'une certaine façon, il fait pour eux des choix qui seront très difficiles à défaire plus tard. Oui, mais n'est-ce pas là le lot de tous les parents - la seule différence étant que la plupart d'entre eux vont dans le sens général de la société moderne et emploient des méthodes éducatives plus policées? A cette question, le réalisateur Matt Ross n'apporte pas de réponse. Il se contente d'opposer la vision de Ben à celle de son beau-père, en montrant qu'il n'y a pas de méchant dans cette histoire et que les deux hommes sont également soucieux du bien-être de la petite tribu. Et confronté à la rébellion de certains de ses enfants (l'aîné qui veut partir à la fac, un autre garçon qui le tient responsable de la mort de leur mère), Ben se remet sincèrement et douloureusement en question. La fin, en dépit d'un ou deux éléments peu crédibles, est empreinte d'une force, d'une originalité et d'une émotion exceptionnelles. C'est très rare qu'un film me remue à ce point.

vendredi 18 novembre 2016

"Dr. Strange"


Chouchou et moi m'avions pas été au cinéma ensemble depuis le mois de mars. Mais le Dr. Strange est un de mes héros Marvel préférés, et comme j'adore Benedict Cumberbatch, je me suis dit que même si je trouvais le film nul, j'aurais toujours le plaisir des yeux. Or donc, pour ceux qui n'auraient pas passé leur adolescence le nez enfoui dans les comics, Stephen Strange est un neurochirurgien brillant mais d'une arrogance insupportable. Le jour où un accident de la route le laisse avec les mains trop abîmées pour continuer à opérer, le sens de sa vie s'envole, et il part au Népal en quête d'un mystérieux Grand Ancien qui aurait le pouvoir de le guérir. Il découvre qu'il possède des pouvoirs mystiques, mais aussi que l'univers est bien plus vaste et plus dangereux qu'il ne l'imaginait...

Bon, on ne va pas se mentir: la seule originalité du scénario, c'est la  magie du Dr. Strange, qui change un peu des pouvoirs plus typiques de super-héros comme les X-Men ou les Avengers. Pour le reste, on est dans un film assez calibré, mais de bonne facture. L'humour obligatoire fonctionne à merveille - surtout dans les moments où Strange se fait rabattre le caquet, dans ses échanges avec le méchant Kaecilius et ses interactions avec la Cape de Lévitation (je veux la même pour Noël, merci, bisous). Les effets spéciaux vertigineux font penser à "Inception" en beaucoup plus réussi. Benedict Cumberbatch est à peine moins tête-à-claques que dans "Sherlock", mais ça lui va bien. Je reste assez perplexe quant au choix de Tilda Swinton pour incarner ce qui était à la base un vieil Asiatique. Certes, elle joue très bien, et on ne peut qu'applaudir le fait de féminiser un peu un casting où, sans elle, le seul personnage non pourvu d'un pénis serait l'obligatoire chérie du héros. Mais sérieusement, des actrices asiatiques qui auraient été parfaites dans le rôle, je suis sûre qu'il en existe des tonnes. Michelle Yeoh, au hasard? Cela dit, j'ai beaucoup apprécié l'ambiguïté de son personnage, dans le genre "Faites ce que je dis, pas ce que je fais". Son Grand Ancien n'est pas spécialement bienveillant et, à mille lieues de la sagesse d'un Yoda ou d'un maître Miyagi, se révèle pétri d'énormes défauts. Je me suis sentie affreusement concernée par tout ce qu'ielle dit à Strange sur son rapport aux autres et sa place dans le monde. Bref, pour une fois, je suis sortie d'un film de super-héros absolument ravie de m'être laissée embarquer! Et je rempilerai volontiers quand sortira la suite.


dimanche 13 novembre 2016

"Sausage party": le foodporn au sens littéral du terme


Dans un supermarché américain comme il y en a tant, les aliments sont persuadés que les clients sont des dieux, et ils ont hâte que ceux-ci les mettent dans leur chariot pour les emporter dans le Grand Au-Delà où, c'est certain, ils ne connaîtront qu'une félicité sans mélange. Jusqu'au jour où un pot de moutarde au miel, acheté par erreur et rapporté pour échange, révèle la terrible vérité à ses camarades: en fait, les dieux les tuent pour les manger! 

L'été dernier, lorsqu'est venu le moment d'emmener mes neveux voir un dessin animé au cinéma, j'avais trois possibilités en tête: "Le monde de Dory", "Comme des bêtes" et "Sausage party". Ce dernier n'étant pas encore sorti en France, il a été disqualifié d'entrée de jeu. Et heureusement. Parce que je ne sais pas trop comment j'aurais expliqué à Attila et Darklulu les constantes allusions salaces entre saucisses et pains à hot-dogs, la philosophie du flacon de douche vaginale selon laquelle tous les trous se valent, et surtout la monstrueuse orgie des aliments victorieux à la fin. (Pour la violence délirante, j'imagine qu'ils sont déjà blasés.)

Chouchou et moi avons passé toute la durée du film à ouvrir de grands yeux en nous écriant: "Noooooon?". On s'attendait à un dessin animé irrévérencieux, mais pas à quelque chose d'aussi trash et politiquement incorrect. Au total, un film jouissivement barge, mais pas du tout pour les enfants, et sans doute même pas pour tous les adultes. Après, c'est sûr que ça change des bons sentiments de Disney et Pixar...




mardi 8 novembre 2016

"After life"


C'est une mention dans un article de Flow qui m'a donné envie de voir ce film japonais dont je n'avais jamais entendu parler auparavant. Le concept: après leur mort, les gens ont trois jours pour choisir un unique souvenir de leur vie à emporter dans l'au-delà. Puis les gardiens chargés de veiller sur eux reconstituent le souvenir en question sous la forme d'un film dans lequel ils tiennent le rôle principal. Après quoi, ils disparaissent. Et chaque nouvelle semaine amène une autre fournée de défunts.

J'avoue que si le thème ne m'avait pas tant intriguée, j'aurais décroché très vite - je ne suis pas du tout bonne cliente pour les films lents et contemplatifs. Mais là, le thème me fascinait. Dans la première partie, mise en scène comme un documentaire, les défunts de la semaine filmés de face et en gros plan pendant leur interview avec le gardien qui leur a été assigné peinent plus ou moins à choisir parmi leurs souvenirs. Une jeune fille opte banalement pour un séjour à Disneyland. Un pilote veut voler à travers les nuages avec son Cessna. Une vieille dame se revoit danser en robe rouge pour son grand frère quand elle était enfant. Une ex-prostituée évoque son histoire avec un homme marié. Un vieillard indécis doit se repasser les enregistrements vidéos de toute sa vie, tandis qu'un jeune homme de 21 ans refuse catégoriquement de choisir pour ne pas désavouer le reste de sa courte existence. Puis les gardiens se mettent au travail pour recréer les souvenirs avec des moyens plus que réduits qui les obligent à faire preuve d'une grande imagination, et le documentaire prend des allures de film de Michel Gondry. Enfin, alors qu'on croit que l'histoire va s'arrêter là, elle prend un tour très personnel pour les gardiens restés assez neutres jusqu'ici - un rebondissement que j'ai beaucoup apprécié dans la façon dont il permet de boucler une certaine boucle. 

L'atmosphère d'"After life" est assez particulière: alors que le film introduit une notion de l'au-delà originale et plutôt poétique, l'action (le peu qu'il y en a!) se déroule dans une sorte de pensionnat décrépit et vaguement déprimant. Les acteurs jouent de façon assez retenue pour la plupart, et hormis lors des récits de souvenirs, les dialogues sont minimalistes. Ce qui laisse toute latitude au spectateur pour se poser lui aussi la question cruciale: et moi, si je devais n'emporter qu'un seul moment de ma vie, lequel choisirais-je? En ce qui me concerne, je n'ai pas eu à réfléchir longtemps. Ce serait le 61. Et vous? 

dimanche 23 octobre 2016

"Ma vie de Courgette"


Courgette a neuf ans. Un soir où sa mère alcoolique menaçait de lui foutre une énième raclée, il a refermé sur elle la trappe qui menait à sa chambre, et la chute l'a tuée. Courgette atterrit donc au foyer des Fontaines, parmi une bande d'enfants tout aussi cabossés par la vie. La mère de Béatrice a été expulsée vers l'Afrique; chaque fois que la fillette aux lunettes rouges entend une voiture, elle se précipite sur le perron pleine d'espoir en criant "Maman?". Le papa d'Ahmed fait de la prison pour holdup; le petit garçon, lui, s'accroche à sa peluche et refait pipi au lit. Les parents de Simon sont drogués tous les deux, et le jeune rouquin se sonne des allures de petit dur: dès le début, il surnomme Courgette "la Patate" et lui pique son précieux cerf-volant. Alice a été sexuellement abusée par son père; elle se planque derrière sa mèche blonde et tape très fort avec le manche de sa fourchette quand les gens commencent à se disputer à table. La mère de Jujube est atteinte de TOC qui la rendent inapte à élever son enfant. Et puis un jour débarque Camille, qui a vu son père tuer sa mère et se suicider ensuite. Pour Courgette, c'est le coup de foudre...

Adapté par Céline Sciamma ("Naissance des pieuvres", "Tomboy", "Bande de filles") du roman "Autobiographie d'une Courgette" de Gilles Paris, ce film d'animation est une petite merveille tant sur le fond que sur la forme. Tour à tour dramatique, tendre et joyeux, il parle de la résilience des enfants. Sur le fumier de leur histoire tragique, Courgette et ses amis parviennent à faire éclore une irrépressible joie de vivre en dépit de tout. Leurs visages en pâte à modeler sont incroyablement expressifs; les maniérismes des personnages et le talent des jeunes comédiens qui leur prêtent leur voix les rendent extrêmement touchants. Je ne suis hélas pas certaine que dans la vraie vie, les petits Courgette rencontrent toujours des adultes aussi bienveillants que le personnel des Fontaines ou Raymond le policier moustachu. Mais comme la littérature, le cinéma sert aussi parfois à représenter les choses telles qu'on voudrait qu'elles soient. "Ma vie de Courgette": un film délicat et drôle, juste indispensable. 



samedi 13 août 2016

"Comme des bêtes"


Max a une relation très exclusive avec sa maîtresse Cathy, jusqu'au jour où celle-ci ramène de la fourrière un énorme toutou poilu du nom de Duke. La guerre sournoise que se livrent les deux chiens les entraîne loin de leur domicile. Ils finissent par tomber entre les pattes d'une bande d'animaux sauvages vivant dans les égouts de New York. Alarmés par la disparition de Max, ses amis qui habitent le même immeuble que lui montent une expédition de secours...

C'est une tradition instaurée il y a quatre ans: pendant les vacances d'été, Chouchou et moi emmenons toujours mes neveux voir un dessin animé au Gaumont de Labège (ce qui nous permet ensuite d'aller boire un verre ou manger un bout au Tommy's voisin). Cette année, nous avions proposé "Le monde de Dory" ou "Comme des bêtes", et c'est le second qui a fait l'unanimité. L'horaire qui nous arrangeait correspondait malheureusement à une séance en 3D; or, la première et la dernière fois que j'avais vu un film en 3D avant ça ("Avatar", pour ne pas le nommer), j'étais sortie de la salle en pleurant à cause d'une atroce migraine ophtalmique. "Comme des bêtes" ne dure qu'une heure et demie, et j'avais espoir que la technique avait peut-être fait des progrès ces dernières années: j'ai donc pris le risque. Et j'ai bien fait, car non seulement je n'ai pas eu de migraine (même si j'ai bien senti que mes yeux forçaient pas mal), mais je me suis éclatée! 80% du film est clairement conçu pour la 3D, et vraiment très fun et spectaculaire à voir ainsi.

Cela dit, je pense qu'il m'aurait plu aussi en 2D. D'abord parce que le New York qu'il met en scène est super coloré, pimpant et grouillant de vie de toute sorte. Ensuite parce que même en français, les dialogues parviennent à être hyper drôles (ce qui n'est pas toujours le cas, l'humour étant l'une des choses les plus difficiles à transposer d'une langue à une autre). Parce que les animaux sont variés et tous géniaux - mention spéciale pour le sphinx rose plein de trous qui dirige la bande des chats de gouttière, pour Pompon le lapin psychopathe mais stylé et pour Tibérius le faucon qui lutte contre ses instincts de prédateur. Enfin, parce que la relation particulière entre un maître et son poilu est présentée d'une façon aussi juste que touchante. Si vous avez vous-même un animal, il faut absolument voir "Comme des bêtes" - une heure et demie de pur plaisir!




mardi 24 mai 2016

"Kotonoha no niwa" ("Le jardin des mots")


Takao a quinze ans. Son rêve: concevoir et fabriquer des chaussures. Il vit avec sa mère qui n'est jamais là, et son frère aîné qui s'apprête à déménager. Aussi, c'est surtout lui qui s'occupe des tâches domestiques, en plus du boulot alimentaire qu'il fait le soir et pendant les vacances scolaires. Au milieu de son existence si bien remplie, Takao ne s'accorde qu'une fenêtre de liberté: les matins pluvieux, il sèche les cours pour aller dessiner dans un jardin public du quartier de Shinjuku. Et chaque fois, il y croise une jeune femme qui fait de son côté le travail buissonnier pour lire en buvant de la bière et en mangeant du chocolat...

Bien qu'il ne dure que 49 mn, "Kotonoha no niwa" compense largement sa brièveté par l'incroyable beauté de son graphisme. Jamais je n'avais vu la pluie si bien rendue dans un film d'animation, au point de presque sentir le pétrichor depuis mon canapé! Les scènes de traversée d'une grande ville en métro sont aussi réussies que la représentation des gestes du quotidien telle la préparation d'un repas. Et le fond se révèle à la hauteur de la forme avec sa réflexion sur la difficulté d'être adulte, menée avec une subtilité toute asiatique et baignée par une atmosphère puissamment mélancolique. N'ayons pas peur des mots: cet anime est un pur chef-d'oeuvre.



lundi 18 avril 2016

"Brooklyn": les racines ou les ailes?


Parce qu'il n'y a ni travail ni avenir pour elle dans la petite ville irlandaise où elle a grandi, la jeune Eilis Lacey quitte sa mère veuve et sa soeur adorée pour se rendre en Amérique où un prêtre de leur connaissance lui a trouvé logement et emploi. Les débuts sont rudes; Eilis souffre d'un terrible mal du pays. Mais petit à petit, elle se bâtit une nouvelle vie à New York, prend des cours du soir pour passer un diplôme et surtout se lance dans une histoire d'amour avec un adorable plombier italien. Puis un drame l'oblige à revenir en Irlande où, comme par miracle, tout ce qui lui faisait défaut au moment de son départ lui tombe soudain tout cuit dans le bec...

J'avais lu le roman à succès de Colm Toibin, et je ne l'avais pas adoré: si je trouvais le sujet intéressant, l'héroïne m'apparaissait comme beaucoup trop fade et passive. Dans le film aussi, jusqu'à la toute fin, Eilis laisse les circonstances décider à sa place. Mais c'est la merveilleuse Saoirse Ronan qui lui prête ses traits et sa sensibilité, et ça change tout. Malgré une réalisation sans relief, l'actrice illumine l'écran à tel point que le spectateur conquis est bien forcé de partager son dilemme et de se demander ce qu'il ferait à sa place. D'un côté, le confort d'un environnement familier et la satisfaction d'accomplir son devoir filial; de l'autre, un avenir inconnu à la fois incertain et excitant. Que choisira Eilis? Si vous avez déjà songé à vous expatrier, voire si vous avez sauté le pas, "Brooklyn" vous parlera certainement. Et même dans le cas contraire, il reste très plaisant à regarder. Pour une fois, je peux que je peux dire "le film est mieux que le livre"!

mardi 5 avril 2016

"Rosalie Blum": alors ce film, il est aussi bien que la bédé?


Quand j'ai appris qu'une de mes bédés-culte de ces dernières années venait d'être adaptée pour le cinéma, je me suis sentie partagée entre l'excitation et la méfiance. Le réalisateur arriverait-il à rendre l'atmosphère si particulière du triptyque de Camille Jourdy, cet ennui provincial au milieu duquel jaillissent des excentricités individuelles sévèrement barrées? Respecterait-il sa structure et son esprit? 

"Rosalie Blum", donc, c'est l'histoire de Vincent, un coiffeur trentenaire qui s'ennuie pas mal dans la vie et se fait tyranniser par sa vieille mère complètement siphonnée. Un jour, il rencontre une épicière dont le visage lui dit quelque chose sans qu'il parvienne à le replacer exactement, et il se met à la suivre dans la rue... "Rosalie Blum", c'est aussi l'histoire d'Aude, 25 ans. En rupture de ban avec sa famille et ses études, elle partage l'appartement d'un type bizarre qui entre deux plans louches rêve de monter un cirque avec les moyens du bord. Elle ne fait pas grand-chose hormis glander avec ses deux inséparables copines et refuser tous les petits boulots proposés par Pôle Emploi. "Rosalie Blum", enfin, c'est l'histoire d'une femme désespérément seule depuis qu'une tragédie brisa sa vie au sortir de l'adolescence. 

Premier bon point pour le film: comme la bédé, il enchaîne les trois points de vue dans l'ordre, sans toucher au déroulement du récit. Il reprend même certaines scènes au dialogue près, à la mimique près, et en rajoute d'autres très judicieuses (le Sabbat au milieu des bois, la lettre dans la boîte à la fin). Parfois, il modifie certains détails en mieux: Vincent ne fabrique plus des maquettes de bateaux mais des cerf-volants, ce qui fournit le prétexte à quelques jolis moments à l'écran. 

Malheureusement, d'autres modifications sans doute destinées à rendre le film plus grand public affadissent beaucoup l'histoire, de mon point de vue. Oubliés les scènes les plus crues - et il y en avait de vraiment gratinées dans la bédé, ce qui lui donnait un piquant pas désagréable du tout. A l'écran, "Rosalie Blum" est beaucoup plus gentillet, jusque dans la nature exacte de la tragédie qui brisa autrefois la vie de l'héroïne. 

Et puis, visuellement, rien n'est fait pour restituer la fantaisie des dessins de Camille Jourdy, cette fantaisie dont le contraste avec un propos quelque peu déprimant faisait tout le charme de la bédé. Au final, le seul véritable atout du film, c'est son casting impeccable: le sourire résigné et très doux de Noémie Lvovsky, la bonne volonté pataude de Kyan Khojandi, la grâce d'Alice Isaaz, les gesticulations azimutées d'Anémone... Mais je suis sûrement trop sévère. "Rosalie Blum" le film est plutôt chouette dans l'ensemble. Le truc, c'est que "Rosalie Blum" la bédé était nettement mieux. 




mardi 8 mars 2016

"Demain", à voir dès aujourd'hui






Dès que j'ai entendu parler de "Demain" en fin d'année dernière, j'ai manifesté mon envie d'aller le voir. Mais janvier et février ont été très (trop) remplis, et plus j'entendais fuser les critiques dithyrambiques, plus je commençais à craindre que le film n'ait aucune chance d'égaler mes attentes désormais stratosphériques. Et puis j'ai de plus en plus de mal à tenir deux heures dans une salle de cinéma devant une oeuvre de fiction même excellente, alors un documentaire - ne risquais-je pas de m'ennuyer ferme? Bref, j'ai failli renoncer, et j'aurais eu bien tort. Parce qu'au final, j'ai trouvé ça encore plus génial que ce qu'on m'avait dit. 

En partant du constat écologique alarmant qu'on connaît tous maintenant (réchauffement climatique dangereux, perte rapide de la biodiversité), et dont seule une poignée d'irréductibles crétins s'obstine encore à nier la réalité, Cyril Dion et Mélanie Laurent cherchent à travers le monde entier les solutions qui ont déjà été trouvées et grâce auxquelles on pourrait éviter le pire. Cinq aspects sont abordés:
- la nourriture, à travers notamment les jardins urbains communautaires aux USA et la permaculture dans une exploitation en Normandie
- l'énergie, avec la ville de Copenhague où 67% des gens circulent autrement qu'en voiture, où la population a elle-même investi dans des éoliennes et où l'objectif est de parvenir rapidement à une empreinte carbone neutre, ainsi que l'Islande où on exploite à fond le solaire et le géothermique
- l'économie, avec une entreprise de fabrication d'enveloppes située dans le département du Nord, qui a décidé de produire propre et de rémunérer ses employés plutôt que des actionnaires, mais aussi une banque suisse, la Wir, qui illustre le système de monnaie parallèle
- la démocratie, avec un village indien qui a adopté un système de gouvernement participatif et mélangé les intouchables aux autres castes
- l'éducation, à travers une école finlandaise située dans un quartier défavorisé

Tous ces exemples sont frappants de bon sens, d'humanité mais aussi d'efficacité. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, un terrain cultivé à la main peut avoir un rendement 3 ou 4 fois supérieur à celui de l'agriculture intensive, sans épuiser les sols ni devoir recourir aux pesticides. Et de toute façon, comme le fait remarquer le gérant de Pocheco (l'entreprise qui fabrique des enveloppes): "On n'a pas besoin d'être toujours plus riche; on n'a pas besoin d'aller toujours plus vite". La volonté de croissance ne sert que les banques et les actionnaires des grosses multinationales. Je suis ressortie de là plus que jamais convaincue que la classe politique ne nous apportera pas de solutions, car désormais elle fait aussi partie du problème. Les solutions, on le voit bien ici, viendront des initiatives citoyennes et des efforts de chacun pour repenser son mode de vie.

Si vous faites partie des gens qui en ont marre qu'on les bassine avec le réchauffement climatique parce qu'ils trouvent ça anxiogène, n'ayez crainte: "Demain" est un film résolument pêchu et plein d'espoir, qui montre plein de belles gens au message ultra-positif, avec un montage dynamique et une bande originale des plus entraînantes. En plus, il fait voyager. Et il donne sacrément envie de se retrousser les manches pour cultiver un avenir meilleur. Bref: il a mis beaucoup de baume sur mon petit coeur pessimiste et angoissé. 

lundi 18 janvier 2016

"Miss Hokusai"




En 1814 à Edo (l'actuelle Tokyo), O-Ei est la disciple de son père, le célèbre peintre Hokusai. Malgré la renommée de ce dernier, tous deux vivent dans un logement crasseux et ne possèdent pas grand-chose - mais selon la jeune fille, deux paires de baguettes et deux pinceaux suffisent à leur bonheur. Bien que très douée, O-Ei vit dans l'ombre de celui qu'elle appelle par son prénom et ne cesse d'engueuler. Il faut dire que comme nombre d'autres grands artistes, Hokusai laisse un peu à désirer en tant qu'être humain. Il fréquente assidûment les bordels et, parce que la maladie le terrorise, ne va jamais voir sa cadette O-Nao, une petite aveugle qui a été placée dans un couvent local. Si elle passe beaucoup de temps à pallier les manquements de ce père si particulier, O-Ei s'efforce aussi de découvrir la vie par elle-même et de développer son propre style...

S'il n'a pas été très bien diffusé en France, cet anime de Keiichi Hara a néanmoins remporté le prix du jury au dernier festival international d'Annecy, et il me semble que c'est amplement mérité. Certes, il manque peut-être un peu d'un vrai fil directeur qui en aurait fait autre chose qu'une collection d'instantanés, mais visuellement, il est si beau! Cadrages, perspectives et couleurs prêtent à ses lieux emblématiques une atmosphère qui fleure bon la poésie. La problématique de la création est abordée sous un angle presque mystique, qui fait de l'art une sorte de lutte perpétuelle contre les forces du Mal. Et la BO aux accents rock d'abord surprenants se révèle un choix très pertinent pour illustrer l'élan de vie et d'indépendance qui pousse O-Ei en avant. Une très agréable découverte. 




lundi 19 octobre 2015

"Fatima"


Immigrée algérienne, Fatima est divorcée de son mari et élève seule ses deux filles Nesrine, 18 ans, et Souad, 15 ans, dans une ville anonyme du sud de la France. Pour financer les études de médecine de l'aînée, elle part de chez elle à 6 heures le matin et rentre après la tombée de la nuit. Entre les deux, elle fait des ménages chez des gens qui, parce qu'elle parle mal le français et porte un foulard, la prennent pour une idiote, une voleuse ou une tire-au-flanc. Sa cadette en pleine révolte adolescente s'attire des ennuis au collège et la traite avec mépris à cause de son travail. Pour déverser tout ce qu'elle a sur le coeur, le soir, Fatima écrit dans un grand cahier...

"Fatima" aurait pu s'intituler "Portrait d'une femme digne". L'héroïne, qui n'est là ni pour toucher les allocs en se tournant les pouces ni pour piquer le travail des Français, émeut par sa droiture et sa capacité à tout encaisser sans broncher, mais elle possède des profondeurs insoupçonnées qui ne se révèlent qu'à qui veut bien les voir. Tout au long du film, le jeu des trois comédiennes principales est si juste; les situations sont si bien observées et les dialogues si naturels qu'on croirait regarder un documentaire et non une oeuvre de fiction. Dommage, vraiment: ceux qui gagneraient à le voir n'iront certainement pas.




mardi 13 octobre 2015

"Seul sur Mars"


Durant une mission exploratoire sur Mars, une tempête violente se déclenche, obligeant le vaisseau Hermès à décoller en catastrophe. Le commandant Lewis et le reste de son équipage abandonnent sur place leur camarade Mark Watney, présumé mort après qu'une antenne a compromis l'intégrité de sa combinaison spatiale. Oui mais voilà: Mark est toujours vivant, et après la tempête, il reprend connaissance seul sur Mars, où la prochaine mission ne doit pas arriver avant quatre ans. Pourtant, il est bien déterminé à survivre...

J'avais entendu dire énormément de bien du roman d'Andy Weir dont le film de Ridley Scott est tiré. Mais je ne m'étais toujours pas décidée à le lire quand Chouchou m'a traînée presque de force au cinéma: à plus de 10€ la place désormais, une histoire de Robinson Crusoé de l'espace qui cultive des patates avec son propre caca n'aurait personnellement pas été mon premier choix. Contre toute attente, j'ai pourtant a-do-ré "Seul sur Mars", célébration du triomphe de la volonté et de l'ingéniosité humaine dans une situation apparemment désespérée. 

Avec des ressources ultra-limitées, mais un esprit scientifique affûté et une bonne dose d'humour, Mark Watney réussit l'impensable. J'ai passé la moitié de la séance complètement fascinée par les efforts du héros et l'autre moitié agrippée au bord de mon siège tellement le suspense était insoutenable. On m'avait dit que les personnages du bouquin étaient assez clichés et souvent sexistes; rien de tel dans le film qui, malgré une large majorité de protagonistes masculins, passe (de justesse) le test de Bechdel grâce aux conversations techniques entre le commandant Lewis et l'informaticienne Johanssen. Et puis la bande originale disco est un pur bonheur de décalage un rien absurde. Par les temps qui courent, un film qui célèbre l'intelligence et l'entraide dans les pires circonstances - moi je dis, il faut absolument le voir.



vendredi 25 septembre 2015

HUMAN: magnifique, bouleversant, fondamental


"Qu'est-ce qui nous rend humains ? Est-ce le fait d'aimer, est-ce le fait de lutter ? Le fait de rire ? De pleurer ? Notre curiosité ? Notre quête de découvertes ?
Poussé par ces questions, le réalisateur et photographe Yann Arthus-Bertrand a passé trois années à collecter les histoires de 2 000 femmes et hommes dans 60 pays. Avec son équipe passionnée de traducteurs, journalistes et cameramen, il a capturé en profondeur les émotions et les sujets qui nous unissent tous : les luttes contre la pauvreté, la guerre, l'homophobie et le futur de notre planète, mêlées à des moments d'amour et de bonheur."

C'est mercredi en fin de soirée que j'ai découvert l'existence de ces films tournés par Yann Arthus-Bertrand, dont je connaissais jusqu'ici surtout les travaux de photographie (des portraits de la mère de Scarlett figurent dans son très bel ouvrage "Chats"). J'ai lancé le premier en me disant que j'allais regarder quelques minutes pour me faire une idée. Une heure et demie plus tard, on était jeudi, et le générique de fin défilait sous mes yeux humides.

"HUMAN", ce sont des portraits de gens du monde entier, de tous les âges, de toutes les couleurs, de toutes les nationalités et de toutes les classes sociales. Devant un fond noir, afin que rien ne vienne distraire l'attention du spectateur, ils fixent la caméra et racontent leur histoire parfois drôle, parfois empreinte d'optimisme ou d'une grande sagesse, mais le plus souvent difficile, poignante, voire tragique. Je les ai tous trouvés  magnifiques dans leur franchise, dans cette façon d'aborder sans fard des sujets si fondamentaux et parfois si douloureux. L'émotion pudique d'une larme qui coule en silence, d'une voix qui bute sur des mots, d'un sourire paisible au milieu d'un récit atroce m'a serré le coeur. Et je défie quiconque de les écouter sans se sentir très, très chanceux d'être né dans un pays riche.

Entre leurs témoignages, Yann Arthus-Bertrand filme depuis un hélicoptère des endroits hallucinants de beauté et d'étrangeté (du moins, pour une citadine occidentale comme moi). Il met en évidence la formidable diversité de la race humaine, que nous devrions chérir au lieu de la craindre et de chercher à la nier, mais aussi celle de notre environnement que nous sommes si occupés à détruire. Cette oeuvre triple porte tellement bien son nom qu'on devrait l'inscrire dans tous les programmes scolaires, la diffuser obligatoirement partout et à tous. Elle met une claque terrible à nos petits égoïsmes de privilégiés. Et puis surtout, elle ouvre immensément le coeur et permet, par-delà la distance et les différences, de se sentir relié à l'ensemble de la race humaine. Se la prendre en pleine figure, ce n'est pas facile, mais je trouve ça primordial. 

Le volume 1 parle d'amour, des femmes, de travail et de pauvreté.




Le volume 2 est consacré aux thèmes de la guerre, du pardon, de l'homosexualité, de la famille et de la vie après la mort.




Le volume 3 se penche sur le bonheur, l'éducation, le handicap, l'immigration, la corruption et le sens de la vie.



Diffusion sur France 2 le 29 septembre.

dimanche 13 septembre 2015

"Le Tout Nouveau Testament"


Dieu existe; il habite à Bruxelles et c'est un odieux connard. Quand il n'est pas occupé à terroriser sa famille, il s'amuse à inventer des tonnes de règles débiles pour faire souffrir l'humanité. Mais un jour, la fille de Dieu en a marre. Après avoir utilisé l'ordinateur de son père pour balancer leur date de décès à tous les gens munis d'un portable, elle s'enfuit par le tambour de la machine à laver et, sur les conseils de son célèbre frère, entreprend de réunir six apôtres supplémentaires...

Je m'attendais au genre de comédie grinçante dans lesquelles Benoît Poelvoorde excelle d'habitude, et je me suis pris une bonne grosse claque. Malgré quelques passages drôles, "Le Tout Nouveau Testament" ne se distingue résolument pas par son humour. Tantôt tragique, tantôt surréaliste, tantôt poétique, tantôt cruel, tantôt émouvant, tantôt absurde, c'est un film frappé du sceau de la pure belgitude, une sorte de "Fabuleux Destin d'Amélie Poulain" qui s'interrogerait sur le sens de la vie sans prendre de gants. Avec en prime une jeune actrice formidable, Pili Groyne, une chouette BO signée An Pierlé et un générique de fin entièrement brodé au point de croix. A mon avis, on adore ou on reste tout à fait insensible - et je suis résolument dans le premier camp. 




mercredi 12 août 2015

Le Petit Prince: plutôt pour les grands...


C'est l'histoire d'une Petite Fille prématurément changée en adulte responsable par sa maman divorcée qui veut lui donner les meilleures chances possibles dans la vie. En vue de son entrée dans une école prestigieuse, la Petite Fille est censée passer toutes les grandes vacances à bûcher dans une maison grise en forme de cube qui ressemble à un bunker. Son emploi du temps de ministre ne lui autorise aucun repos, pas même pour fréquenter un ami - et surtout pas si cet ami est le vieux voisin bizarre qui bricole une épave de coucou dans son jardin. Pourtant, la Petite Fille va se laisser charmer par les histoires de l'Aviateur, et notamment par celle de sa rencontre dans le désert avec le Petit Prince...

Traditionnellement, pendant les vacances à Toulouse, on se fait un ciné avec mes neveux. Cette année, ils avaient déjà vu "Les Minions" et nous "Vice-Versa". Donc, j'ai porté mon choix sur "Le Petit Prince" dont la bande-annonce me semblait très prometteuse. Et je l'ai regretté assez rapidement. En tant qu'adulte, je peux supporter un graphisme plat et déprimant pendant une bonne moitié du film - parce qu'il est censé illustrer la tristesse d'une existence formatée pour la performance. Je peux aussi encaisser des considérations certes poétiques mais encore plus déprimantes sur la vie et surtout sur la mort. Mais je pensais que deux garçons de 9 et 14 ans allaient s'ennuyer grave. Au final, l'aîné a jugé ça "pas mal sans plus", et le petit, qui aurait pourtant préféré aller voir "Ant-Man", a été complètement séduit. Quand à Chouchou et moi, nous avons été surpris de trouver le film aussi lugubre, et même si à titre personnel je me suis complètement laissée happer par un dernier tiers très touchant, je me demande bien à qui ce "Petit Prince" s'adresse. Je doute fort que les plus jeunes spectateurs y trouvent leur compte.




lundi 3 août 2015

"Mr. Holmes"


1947. Désormais âgé de 93 ans, Sherlock Holmes coule une retraite bucolique dans sa maison du Sussex. Il a cessé de travailler 35 ans plus tôt, suite à une affaire qui le hante depuis lors mais dont il ne se rappelle pas le dénouement. Peu à peu, cet esprit brillant est en train de basculer dans la sénilité, et ni la gelée royale produite par ses chères abeilles, ni le frêne épineux qu'il a été chercher au Japon ne semblent freiner le processus. Tout en se débattant avec ses souvenirs fuyants, il se prend d'affection pour Roger, le fils de sa gouvernante, un petit garçon vif et éveillé qui adore ses histoires...

Voilà un film merveilleux que je ne saurais pas à qui recommander tant il se démarque du gros de la production cinématographique actuelle. Si, au premier abord, on pourrait croire à une enquête policière abordée par le biais de la perte de mémoire, en réalité, "Mr. Holmes" est un drame psychologique qui traite de sujets lourds tels que la vieillesse et la dépendance, mais aussi la solitude et le remords. Le personnage de Conan Doyle a déjà été exploité à toutes les sauces ces dernières années, de manière plus ou moins originale et plus ou moins brillante. Interprété ici par le magistral Ian McKellen, il s'humanise dans la vulnérabilité de sa fin de vie. L'histoire, remarquablement bien maîtrisée mais pas d'une folle gaieté à la base, est traitée avec une immense délicatesse qui la rend touchante plutôt que plombante, et j'ai rarement vu une conclusion aussi magnifique dans sa simplicité, débordante d'acceptation et de zen - un pur instant de grâce. Pour une fois, je n'ai pas regretté le prix de ma place, et c'est peu de le dire.