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lundi 18 novembre 2019

"The Starless Sea" (Erin Morgenstern)


Alors qu'il prépare une thèse sur la narration dans les jeux vidéo, Zachary Rawlins découvre un curieux livre dans la bibliothèque de son université. Parmi les histoires de pirates amoureux, de cités perdues et d'acolytes sans nom, il tombe sur une scène extraite de sa propre enfance. Bien décidé à résoudre cette énigme, il suit la piste des indices présents sur la couverture. Une abeille, une clé et une épée le guident jusqu'à un bal masqué, puis un inquiétant club privé, et pour finir, une porte magique. De l'autre côté de celle-ci s'étend un monde souterrain rempli d'histoires...

8 ans. 

Après le succès mondial de "The Night Circus", que j'avais adoré à l'époque, c'est le temps qu'Erin Morgenstern aura pris pour publier son deuxième roman à la quatrième de couverture si prometteuse. Je l'attendais avec tant d' impatience qu'à minuit une le jour de sa sortie, je le téléchargeais sur ma Kindle.

mardi 15 octobre 2019

"Stand still, stay silent" (Minna Sundberg)


90 ans se sont écoulés depuis qu'une maladie mystérieuse appelée la rouille a éradiqué presque toute l'humanité. Seule l'Islande, qui s'est immédiatement coupée du reste du monde, a pu se préserver pour l'essentiel. Le reste de la Scandinavie est ravagé. En Finlande ne subsistent que quelques bastions isolés et presque aucune technologie. Les Suédois jouissent de meilleures conditions de vie et se prennent pour les maîtres du monde connu, mais ne sont plus qu'une vingtaine de milliers. La Norvège a basculé dans le mysticisme. Les Danois, eux, sont résolument athées mais obsédés par la récupération de documents de l'ancien monde.

Epargnés par la contamination à l'inverse de nombreuses espèces animales, les chats sont devenus de féroces guerriers et les meilleurs protecteurs des hommes. Partout sévissent des trolls et des géants redoutables, dont la lumière est la seule faiblesse. Et au sein de l'humanité, de nombreux individus naissent désormais avec des pouvoirs magiques. Lalli l'éclaireur en fait partie. Avec sa cousine Tuuri, une érudite qui rêve d'explorer le monde, il est engagé pour participer à une expédition dans les territoires silencieux...

mardi 6 février 2018

"Le Club de l'Ours Polaire T1: Stella et les Monde Gelés" (Alex Bell)


Trouvée dans la neige quand elle était toute petite, Stella a été adoptée par Felix, un explorateur du Club de l'Ours Polaire qu'elle rêve d'accompagner dans sa prochaine expédition au coeur des Mondes Gelés. Oui mais voilà: tout le monde sait bien que les filles ne peuvent pas devenir exploratrices. D'ailleurs, sa tante Agatha préfèrerait l'envoyer dans un pensionnat pour que la fillette de douze ans y apprenne la broderie et les bonnes manières...

C'est la superbe couverture de ce roman jeunesse qui a attiré mon attention en librairie (comme quoi, payer un bon illustrateur vaut vraiment la peine - je dis ça je dis rien, mesdames-messieurs les éditeurs). Je n'avais jamais entendu parler d'Alex Bell, qui n'avait jusqu'ici écrit que pour un public adulte, mais j'avoue avoir dévoré "Stella et les Mondes Gelés" en une seule journée. Certes, on pourra trouver que l'héroïne est le stéréotype de la jeune aventurière: têtue, curieuse au point d'en devenir imprudente, mais toujours sauvée par son courage et son astuce. Et le public visé étant relativement jeune, il ne faut pas non plus s'attendre à un scénario d'une complexité diabolique ou d'une originalité folle.

En revanche, je peux vous certifier que l'histoire est menée tambour battant, qu'on ne s'ennuie pas une seule seconde et que l'auteure réussit à caser très habilement ses convictions féministes en même temps que quelques leçons de vie bien senties. Mais ce qui m'a le plus enchantée, c'est l'univers qu'elle a construit, un univers magique dans lequel se côtoient des dinosaures nains et des arbres à bagels, des concombres chantants et des cuillères à moustache. J'ai adoré le personnage de Dragigus, meilleur ami demi-elfe et vraisemblablement autiste de Stella, les quatre clubs d'explorateurs et leurs règlements intérieurs respectifs qu'on trouve à la fin du livre, mais aussi le cliffhanger final qui donne très très envie de découvrir la suite de cette série bourrée de charme. J'espère qu'Alex Bell écrit vite!

Traduction de Faustina Fiore

samedi 24 juin 2017

"Gloutons & dragons T1" (Ryoko Kui)


C'est un groupe d'aventuriers tout ce qu'il y a de plus classique, parti à l'assaut d'un de ces donjons dans lesquels plusieurs de mes alter ego ont traîné leurs guêtres durant une bonne partie de mon adolescence. Quand sa soeur se fait gober par un dragon, le guerrier de la bande décide de repartir à l'assaut pour la délivrer avant qu'elle ne soit digérée. Le voleur est partant pour le suivre; la magicienne elfe crève la dalle et veut manger d'abord. Mais leurs fonds sont au plus bas, et on trouve peu de tavernes dans les sous-sols infestés de pièges et de créatures redoutables. Heureusement, nos aventuriers croisent le chemin d'un nain très versé dans la cuisine de monstres...

"Gloutons & dragons": le manga qui invente la gastronomic fantasy, clame la quatrième de couverture de ce tome 1. Et de fait, comme dans tout bon manga culinaire qui se respecte, chaque chapitre porte le titre d'un plat dont on suit la préparation et la dégustation. Sauf qu'ici, les personnages n'achètent pas les ingrédients au supermarché: ils doivent les chasser en risquant leur peau. Si le guerrier bien propre sur lui nourrit des fantasmes gustatifs délirants, la magicienne elfe, en revanche, pousse des cris hystériques devant le contenu de sa gamelle - avant de finir par admettre que c'est étonnamment délicieux. Quant au nain, il tient absolument à ce que l'équilibre diététique soit respecté et fournit la composition en protéines, en graisses, en vitamines et en minéraux de chacune de ses recettes.

J'ignore si les lecteurs biclassés rôlistes/gourmands, et donc susceptibles de goûter pleinement le piquant de cette série, sont légion. Mais j'en fais définitivement partie. Comment éplucher une mandragore? Y a-t-il quelque chose à bouffer dans une armure animée? Dans le basilic, du serpent et du coq, qui est la tête et qui est la queue? Comment récupérer l'huile du piège censé vous ébouillanter pour faire plutôt une bonne friture? "Gloutons & dragons" répond à toutes ces questions que vous ne vous êtes jamais posées, et plus encore! Un mélange  aussi improbable que réussi.

lundi 5 juin 2017

"La passe-miroir T3: La mémoire de Babel" (Christelle Dabos)


Deux ans et sept mois qu'Ophélie se morfond sur son arche d'Anima. Aujourd'hui il lui faut agir, exploiter ce qu'elle a appris à la lecture du Livre de Farouk et les bribes d'informations divulguées par Dieu. Sous une fausse identité, elle rejoint Babel, arche cosmopolite et joyau de modernité. Ses talents de liseuses suffiront-ils à déjouer les pièges d'adversaires toujours plus redoutables? A-t-elle la moindre chance de retrouver la trace de Thorn?

Rarement j'ai attendu un livre avec autant d'impatience que ce tome 3 de "La passe-miroir". Trop d'impatience, sans doute, car lorsque j'ai entamé ma lecture, la déception s'est révélée aussi cuisante que mes attentes étaient stratosphériques. Pourquoi? Si vous tenez à le savoir, je vais devoir vous spoiler légèrement...

"La mémoire de Babel" se déroule sur l'arche du même nom. Et si je trouve que c'était une bonne idée de changer de cadre, tant l'univers inventé par Christelle Dabos semble offrir de possibilités alléchantes, je n'ai pas du tout été séduite par Babel qui n'a pour elle ni la fantaisie d'Anima, ni le mystère du Pôle ou l'extravagance de la Citacielle. Hormis pour quelques détails tels que les tramoiseaux et le Mémorial (dont le concept rappelle fortement le Mundaneum de Mons), rien sur cette arche ne m'a fait rêver.

Ensuite, Ophélie passe presque tout le bouquin dans une sorte de pensionnat où elle se fait bizuter et harceler pendant des mois, un thème que je trouve d'une banalité à pleurer comparé à l'intrigue des deux premiers tomes. Ici aussi, il se produit une série de crimes autour d'elle, mais qui se diluent dans les péripéties scolaires au point de ne m'avoir inspiré quasiment aucun intérêt. Globalement, l'action se traîne jusqu'au dernier quart du livre.

Enfin, mon plus grand regret est la quasi-absence de tous les personnages secondaires que j'en suis venue à adorer: Berenilde, la tante Roseline, l'insolent Archibald, Gaëlle et Renard ne font que de très fugaces apparitions, et à part peut-être Octavio, les nouvelles connaissances d'Ophélie à Babel sont toutes trop fades ou trop antipathiques pour susciter un véritable attachement.

Cependant, il faut admettre que Christelle Dabos écrit toujours aussi bien, et que la seconde moitié du bouquin se révèle nettement plus intéressante que la première. A elles seules, les révélations des derniers chapitres garantissent que je lirai le quatrième et dernier tome dès sa sortie. Même si je l'attendrais sans doute avec davantage de circonspection.

mardi 7 février 2017

"Les poisons de Katharz" (Audrey Alwett)


A Katharz, ville-prison ans laquelle sont expédiés les criminels, le meurtre est légal et même récompensé. Ténia Harsnik, la dirigeante, y règne par la terreur et aime jouer de la guillotine. Non qu'elle soit cruelle, mais il lui faut coûte que coûte maintenir le nombre d'habitants sous le seuil des cent mille âmes. Le dépasser conduirait hélas à la fin du monde, et ce serait désagréable. 

Bien entendu, les enjeux sont secrets. Bien entendu, le marchand de sortilèges Sinus Maverick prépare un coup d'Etat infaillible. Bien entendu, le Prince Alastor a planifié de raser la ville avec sa trop nombreuse armée. Bien entendu, Dame Carasse, la seule sorcière capable d'affronter ce chaos, vient de ficher le camp. Bien entendu...

Je connaissais Audrey Alwett uniquement comme scénariste de bédé. C'est grâce à une copine libraire que j'ai découvert la semaine dernière qu'elle avait publié un soi-disant excellent roman chez Bad Wolf, la collection fantasy d'ActuSF. Je m'y suis plongée par curiosité, et dès les premières pages, j'ai été frappée par le caractère pratchettesque - pratchettien? - de l'écriture comme des personnages. Même humour mordant, même esprit satirique, même références culturelles constituant autant de clins d'oeil aux amateurs,  même magie loufoque, même héroïnes sévères qui terrifient leur entourage tout en étant animées par les meilleures intentions, mêmes personnages secondaires délicieusement hauts en couleurs, même façon d'aborder une question morale universelle sous couvert d'univers alternatif. Du coup, "Les Poisons de Katharz" aurait pu n'être qu'une pâle copie d'un tome des Annales du Disque-Monde, mais non: il est exécuté (ha ha) avec suffisamment de brio pour soutenir la comparaison avec un des maîtres du genre. Je me suis franchement marrée tout du long, et je vous le recommande à mon tour.

"Selon les jours, Dame Carasse se donnait cinquante ans bien tassés ou la petite soixantaine, ce qui lui convenait assez car elle n'avait aucun talent pour la jeunesse. Elle avait la ride noble qui vous pose un regard. Mais ce qui la rendait reconnaissable à cent mètres, c'était une paire de maxillaires étonnamment musclée qui vous douchait les insolences comme un rien. Elle aimait qu'on la redoute, c'était pratique au quotidien, c'est d'ailleurs pourquoi elle était devenue grande, avec une solide carrure. (...) Très intelligente, mais pas au point d'avoir appris à le cacher, on aurait pu briser des briques sur son ego sans craindre de l'égratigner." 

"Avant d'atterrir à ce poste qu'on lui avait présenté comme une promotion, (...) Eustache Badufond avait été victime d'une douzaine de tentatives de meurtre. Un statut de victime qu'il compensait amplement en étant responsable de trois fausses couches générées par des crises de nerfs, d'une trentaine d'apoplexies et du suicide de cinq jeunes gens qui s'étaient tailladé les veines en déclarant que "si c'était ça, la vie, alors non merci". L'homme avait rempli ses fonctions à Katharz avec la même scrupuleuse incompétence toute sa vie. A un moment donné, il était mort sans s'en rendre compte. La faute en était peut-être au crépitement de magie permanent qui sourdait du mur, à moins que ce ne fût une volonté de faire chier le monde absolument surnaturelle, mais Eustache Badufond était revenu d'entre les morts dès le lendemain sous forme d'un zombie. Avec le temps, sa peau s'était parcheminée et crissait comme les formulaires qu'il affectionnait tant."

mercredi 14 septembre 2016

"Six of crows" (Leigh Bardugo)


Bien qu'il n'ait que dix-sept ans, Kaz Brekker, si impitoyable qu'on le surnomme Dirtyhands, est l'un des chefs de gang les plus redoutés des bas-fonds de Ketterdam. Un jour, un riche marchand mandaté par le Conseil de la Ville lui propose une mission quasi impossible, mais très richement récompensée. Kaz recrute donc une équipe de jeunes hors-la-loi aux talents bien particuliers: Inej, espionne aussi furtive qu'une ombre, Jesper, tireur d'élite excité par le danger, Nina, redoutable Grisha capable d'arrêter le coeur de ses ennemis à distance, Matthias, fier guerrier du nord, et Wylan, fugueur expert en démolition. Durant leur périple, ces personnages d'origines diverses, issus de cultures parfois antagonistes, vont finir par se rapprocher pour former une vraie famille. C'est qu'il leur faudra une entente parfaite pour survivre aux pièges de la Cour des Glaces...

Si je n'avais jamais entendu parler de Leigh Bardugo ni de sa série consacrée aux Grisha et située dans le même monde, la promesse d'un "croisement entre Game of Thrones et Ocean's Eleven" ne pouvait que me mettre l'eau à la bouche. Hélas, le scénario n'est pas à la hauteur de ces illustres comparaisons - pour tout dire, je l'ai même trouvé franchement prévisible d'un bout à l'autre. Rien à voir avec, par exemple, les premiers tomes des Salauds Gentilshommes. Les pseudo retournements de situation se voient venir à des kilomètres. Pour autant, "Six of crows" se lit sans déplaisir grâce à ses personnages attachants. (Seulement cinq d'entre eux ont des chapitres écrits de leur point de vue, ce que je trouve dommage car il me semble qu'avec un peu de doigté, il y avait tout à fait moyen d'inclure le sixième sans trahir ses secrets.) La ville de Ketterdam, largement inspirée d'Amsterdam, offre une toile de fond intéressante qu'on regrette de quitter pour la contrée pseudo-scandinave de Fjerda. Bref, un roman qui ne mérite pas sa réputation mais qui plaira sans doute aux lecteurs de fantasy pas encore trop blasés.

mercredi 27 juillet 2016

"The raven cycle T1: The raven boys" (Maggie Stiefvater)


"Il n'existe que deux raisons pour qu'une personne dépourvue de pouvoirs médiumniques voie un esprit la veille de la saint-Marc. Ou bien tu es son véritable amour... ou bien c'est toi qui l'as tué."
Chaque année, Blue Sargent se tient près de sa mère clairvoyante tandis que les morts de l'année à venir défilent devant elles. Blue ne les a jamais vus - jusqu'à ce qu'un jeune homme émerge de la nuit et parle avec elle. Il s'appelle Gansey, et c'est un des élèves d'Aglionby, le lycée privé local. Blue a pour principe de se tenir à l'écart de ces garçons privilégiés et arrogants. Mais elle est attirée par Gansey d'une façon qu'elle ne s'explique pas. Celui-ci a entrepris une quête dans laquelle il a entraîné trois de ses camarades: Adam, un boursier pauvre et battu par son père; Ronan, dont l'agressivité est difficilement contrôlable depuis la mort de ses parents, et Noah, qui parle peu et ne semble jamais rien manger...

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en me lançant dans cette nouvelle série de fantasy jeunesse, mais j'ai été très vite séduite. D'abord, j'ai beaucoup aimé l'atmosphère qui règne chez Blue. Celle-ci, qui n'a jamais connu son père, vit avec sa mère et quatre autres voyantes dont elle amplifie les pouvoirs alors que, pour sa plus grande frustration, elle n'en possède pas elle-même. Ensuite, les Raven Boys qui pourraient sembler des personnages stéréotypés à première vue se développent tous d'une façon assez noire et aussi complexe que les liens qui les unissent. L'histoire, plus ou moins basée sur des mythes celtiques, se révèle intrigante et prend quelques détours agréablement surprenants. Enfin, Maggie Stiefvater écrit bien, de façon directe mais évocatrice, avec pas mal d'humour mordant, et elle sait ménager ses effets de style. De sorte qu'en arrivant à la fin de The raven boys, je me suis aussitôt précipitée sur Amazon pour commander les tomes suivants - la série en compte 4 en tout, disponibles en anglais seulement. Cela dit, je serais tout à fait ravie de remédier à l'actuelle absence de VF! 

Edit: Pardon! Après vérification, les deux premiers tomes de la série ont été traduits en 2013, sous le nom "La prophétie de Glendower". Avec une couverture <s>moche</s> qui ne laisse en rien supposer qu'il s'agit de fantasy. Mais la version papier est épuisée chez l'éditeur, qui par ailleurs semble avoir renoncé à traduire les deux derniers tomes. 

samedi 21 mai 2016

"Les Salauds Gentilshommes T3: La république des voleurs" (Scott Lynch)


Empoisonné à la fin du tome 2, Locke Lamora se meurt malgré tous les efforts de son fidèle compagnon Jean Tannen. C'est alors que surgit Patience, une Mage-Esclave qui leur propose un marché. Elle sauvera Locke s'il consent faire campagne pour l'un des deux principaux partis politiques qui, tous les cinq ans, se disputent les 19 sièges du Konseil de Karthain. Mais ce n'est pas tout: pour l'empêcher de gagner, l'opposition a embauché au même poste une certaine Sabetha Belacoros, voleuse émérite et surtout grand amour perdu de Locke...

Cinq ans se sont écoulés entre la parution des tomes 2 et 3 de cette série de fantasy, six ans durant lesquels l'auteur a lutté contre la dépression. A cela, il faut ajouter que j'ai gardé "La république des voleurs" trois ans dans ma PAL, alors que j'avais adoré les "Les mensonges de Locke Lamora" et "Des horizons rouge sang". L'intuition, peut-être - car j'ai été fort déçue par ce tome. 

Si Scott Lynch reprend sa structure habituelle consistant à mener en parallèle une histoire de la jeunesse des Salauds Gentilshommes et une histoire du présent de Locke, cette fois, la ville dans laquelle il envoie son héros n'est pas un dixième aussi fascinante que Camorr et Tal Verrar précédemment. Au lieu des arnaques incroyablement complexes qui faisaient tout le suspens des deux premiers tomes, il ne nous offre ici qu'une série de ruses minables et de manoeuvres d'intimidation sans intérêt. La fameuse Sabetha, dont on avait beaucoup entendu parler sans jamais la voir, se révèle incroyablement crispante, une emmerdeuse de première devant laquelle Locke se change en toutou pitoyable. Leur relation à peu près réaliste dans la partie de l'histoire où ils sont adolescents devient carrément pénible une fois qu'ils sont devenus adultes, et prend toute la place au détriment du scénario ou du développement des personnages secondaires. 

Restent malgré tout l'écriture plaisante de Scott Lynch, ses dialogues sarcastiques à souhait, ses insultes colorées et étonnamment crues, et surtout l'espoir qu'il redresse la barre dans les prochains tomes. Après que sa sortie ait été repoussée plusieurs fois, "The Thorn of Emberlain" devrait paraître en septembre de cette année. Un peu échaudée par "La république des voleurs", j'attendrai sans doute sa sortie en poche pour l'acheter. 

samedi 20 février 2016

"Les cartographes T1: La sentence de verre" (S.E. Grove)


Nous sommes en 1891. Il y a près d'un siècle, le Grand Bouleversement a projeté tous les continents dans des époques différentes, depuis la préhistoire jusqu'à un futur lointain. Dans ce nouveau monde, la cartographie est devenu un art complexe, mélange de science et de magie. 
Sophia Tims appartient à une famille d'explorateurs et de cartographes. Huit ans plus tôt, ses parents sont partis pour une mission urgente dont ils ne sont jamais revenus. L'adolescente vit désormais avec son brillant oncle Shadrak, le plus doué et le plus célèbre cartographe de Boston, qui lui enseigne tout ce qu'il sait. 
Mais un jour, Shadrack est enlevé par des hommes arborant d'effrayantes cicatrices. Sophia part à sa recherche en compagnie de Theo, un réfugié de l'Ouest. Au cours de leur voyage, elle devra protéger le plus important des artefacts collectionnés par son oncle: une carte de verre qui révèle l'emplacement d'un trésor capable d'infléchir la destinée du monde...

Après "La passe-miroir", "Les cartographes" est la seconde série de fantasy jeunesse pour laquelle j'ai un énorme coup de coeur depuis le début de l'année. Ici aussi, l'auteur propose un univers hyper original, produit d'un grand bouleversement inexpliqué. L'Est des Etats-Unis vit toujours à la fin du dix-neuvième siècle, tandis que le Canada est retourné à la Préhistoire et que plusieurs âges se mélangent au Mexique. Du point de vue dramatique, les possibilités sont infinies. J'ai été fascinée par les différentes sortes de cartes, inscrites sur d'autres supports que du papier, s'activant à l'aide de certains éléments et pouvant être superposées pour obtenir une vision complète d'un endroit à un moment précis - je trouve le concept assez fabuleux. L'histoire de ce premier tome, bien que de facture assez classique et reprenant pas mal de poncifs du roman d'aventure, tient en haleine grâce à la richesse du monde et à un antagoniste très intéressant, tant par sa nature tragique que son objectif finalement très compréhensible. Seule l'héroïne ne m'a pas emballée: trop fade et passive. Mais cela changera peut-être dans les prochains tomes, au fur et à mesure qu'elle prendra de l'âge et de l'assurance!

J'ai lu ce roman en VO. Mais c'est ma copine Sophie Dabat qui a pondu la VF (veinarde), et elle est sûrement très bien!

dimanche 10 janvier 2016

"La passe-miroir T2: Les disparus du Clairdelune" (Christelle Dabos)


Fraîchement promue vice-conteuse, Ophélie découvre à ses dépens les haines et les complots qui couvent sous les plafonds dorés de la Citacielle. Dans cette situation toujours plus périlleuse, peut-elle seulement compter sur Thorn, son énigmatique fiancé? Et que signifient les mystérieuses disparitions de personnalités influentes à la cour? Ophélie se retrouve impliqué malgré elle dans une enquête qui l'entraînera au-delà des illusions du Pôle, au coeur d'une redoutable vérité. 

Un deuxième roman, c'est toujours casse-gueule quand le premier a remporté un grand succès. A fortiori s'il s'agit du deuxième tome d'une trilogie - ce qu'on appelle traditionnellement le "ventre mou", entre la présentation de l'univers au tome 1 et la résolution de l'intrigue au tome 3. Pourtant, je n'étais pas inquiète: avant même d'entamer "Les disparus du Clairdelune", je n'avais lu que des avis dithyrambiques. Je vous le confirme: Christelle Dabos ne déçoit pas un seul instant sur les 550 pages de ce volume. Ophélie continue à sortir de sa coquille, à s'affirmer et à prendre des initiatives courageuses alors que les dangers se multiplient autour d'elle. Thorn reste le héros romantique le plus improbable qui soit, avec son extrême rigidité psychologique et son incapacité à exprimer la moindre émotion ("Votre jour sera le mien. Ce jeudi m'arrangerait."). On retrouve avec plaisir les personnages secondaires hauts en couleurs que l'on avait appréciés dans "Les fiancés de l'hiver"; on apprend à mieux les connaître et à identifier leurs motivations parfois surprenantes sous le masque enchanteur des apparences créées par les Mirages. De nouveaux clans et de nouveaux pouvoirs font leur apparition, venant enrichir les intrigues de cour. Le mystère central, bien que ne brillant pas par sa complexité, fournit à l'auteure l'occasion d'aborder des sujets tout ce qu'il y a de plus réalistes comme la lutte des classes ou le racisme. La mythologie à peine effleurée jusqu'ici se développe jusqu'à une conclusion qui me fait redouter, pour le tome 3, le sempiternel enjeu de la sauvegarde de l'univers. Mais le style est toujours aussi plaisant, avec de nombreux belgicismes tenant lieu de patois animiste et des expressions savoureusement imagées telles que: "Monsieur l'ambassadeur, vous êtes plus lubrique qu'une salière", ou: "Il a la puissance de concentration d'un noyau de cerise." Je sais déjà que je vais trouver le temps très, très long jusqu'à la parution du tome 3 de cette série vraiment exceptionnelle.

"Recroquevillée dans on lit, accablée par la chaleur tropicale, elle était en proie à une telle anxiété que son animisme, exceptionnellement fébrile, contaminait tout le mobilier de la chambre. La moustiquaire en baldaquin se gonflait comme une voile de bateau, les cintres du paravent cliquetaient les uns contre les autres, les lunettes galopaient le long du lit avec une démarche de crabe furieux, le soulier gauche tapait du talon sur la moquette et les persiennes grelottaient dans leurs gonds, faisant trembler la lumière illusoire du soleil à travers les interstices."

samedi 26 décembre 2015

"La passe-miroir T1: Les fiancés de l'hiver" (Christelle Dabos)


Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers: elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l'arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. A quelle fin a-t-elle été choisie? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d'un complot mortel

Ouah. 
OUAH. 
OUAAAAAAAAAAH. 
Pour un peu, j'en perdrais ma capacité à former des phrases cohérentes. 
Je ne comprends pas comment j'ai attendu si longtemps pour découvrir le premier tome de "La passe-miroir", lauréat du concours du premier roman jeunesse organisé en 2012-2013 par Gallimard. J'avais bien aperçu quelques critiques dans divers blogs de lecture, et Amazon me le recommandait avec insistance, mais j'ai fait une indigestion de fantasy il y a bien longtemps, et depuis, je suis devenue très, très sélective sur mes lectures en la matière. Au cours de la dernière décennie, seuls ont trouvé grâce à mes yeux la série des Kushiel de Jacqueline Carey et celle des Salauds-Gentilhommes de Scott Lynch. Alors, de la fantasy jeunesse écrite par une auteure française, ça ne m'attirait pas plus que ça a priori.

Et puis, par curiosité et parce que je ne cessais d'en entendre beaucoup de bien, je me suis plongée dans les 500 pages des "Fiancés de l'hiver". Et dès le premier chapitre, j'ai été complètement happée par l'univers riche et original de Christelle Dabos. La Terre, ronde autrefois, a volé en éclats pour donner naissance à différentes arches, mondes fragmentaires sur lesquels règnent des esprits de famille immortels. Les descendants humains de ces esprits sont dotés de pouvoirs qui diffèrent sur chaque arche, voire à l'intérieur de chaque clan. Ainsi, sur Anima, ce sont des animistes qui communiquent avec les objets et savent les faire se mouvoir par leurs propres moyens. Au Pôle, on trouve les Dragons capables de donner des coups de griffes mentaux, les Mirages qui sont des créateurs d'illusions ultra-réalistes, et bien d'autres encore qu'on ne découvre qu'au fil des chapitres.

Dans ce monde steampunkisant complexe évolue Ophélie, une héroïne très différente de celles qu'on trouve habituellement dans les romans de fantasy: maladroite en diable depuis un accident de miroir survenu alors qu'elle avait 13 ans, toujours vêtue de vieux habits élimés, de bottines dépareillées et d'une immense écharpe-golem qui se comporte comme un chat, si discrète qu'on l'entend à peine quand elle parle, pas romantique pour deux sous mais terriblement obstinée sous son apparente fadeur. Elle est entourée de personnages secondaires tout aussi bien campés: Thorn, son taciturne et mystérieux fiancé dont elle ne parvient pas à comprendre les motivations; la tante Berenilde, favorite d'entre les favorites, la beauté et le charme incarnés mais une redoutable manipulatrice; l'ambassadeur Archibald, déroutant de franchise et dont le passe-temps favori consiste à cocufier tous les époux de son entourage; Renard, le valet roux intéressé mais bon camarade; Gaëlle, la mécanicienne qui a de bonnes raisons de dissimuler un de ses yeux en permanence...

Outre cet univers passionnant et ces personnages formidables, "Les fiancés de l'hiver" possède deux énormes atouts. D'abord, une intrigue savamment tissée. Prise dans les manigances de la cour du Pôle, Ophélie ignore à qui elle peut se fier; les gens les plus attentionnés envers elle nourrissent souvent des intentions cachées, tandis que ceux dont elle se méfie au premier abord se révèlent des alliés potentiels - ou pas. Nul n'est tout noir ou tout blanc: chacun sert ses propres intérêts, et pour une étrangère au Pôle, il est très difficile d'en démêler les fils. Ensuite, Christelle Dabos écrit fichtrement bien, avec un style maîtrisé et plein de fantaisie qui fait jaillir les images sous les yeux du lecteur. Sa façon d'employer ça et là de vieux mots un peu désuets donne énormément de saveur à la narration. Bref, vous l'aurez compris, je suis totalement sous le charme de "La passe-miroir", qui ne m'a tenu trois jours que parce que je bossais en même temps et me forçais à me rationner. C'est certainement ma meilleure lecture de l'année, et une des meilleures lectures de fantasy de ma vie. Avant même de rédiger ce billet, je l'avais déjà fait acheter à trois personnes de mon entourage. Quant à moi, je dois patienter jusqu'à début janvier pour lire le tome 2 paru en novembre dernier.