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dimanche 24 juin 2018

"Le jardin des bonheurs égarés" (Tor Udall)


Professeur de musique, Jonah ne se remet pas du décès de sa femme dans un accident de voiture. Audrey voulait désespérément un enfant; elle avait enchaîné trois fausses couches, et il la savait dépressive. Peut-être s'est-elle suicidée? Hanté par son souvenir, Jonah passe de longues heures dans les jardins botaniques de Kew qu'Audrey aimait tant. Il y rencontre Chloé, une artiste spécialisée dans l'origami qu'un lien douloureux attache elle aussi à cet endroit. Leurs trajectoires vont croiser celles d'Harry, jardinier dévoué qui vit depuis longtemps à l'écart du monde, et de Milly, l'étrange fillette qu'il a recueillie...

Voilà un livre dont il est très difficile de parler, à la fois pour ne pas déflorer son intrigue et parce qu'il ne ressemble à aucun autre. Tor Udall, qui signe ici son premier roman, déploie une prose incroyablement maîtrisée et poétique, un vrai régal de bout en bout. Elle fait évoluer des personnages rongés par la perte dans une atmosphère paradoxalement très sereine. L'histoire se déroule avec une telle lenteur qu'elle semble parfois faire du sur-place. En réalité, il se passe mille choses sous sa surface; mille détails esquissent la personnalité et le passé des protagonistes, guidant le lecteur vers une révélation que j'ai déjà souvent vu utilisée en littérature, mais jamais de manière aussi subtile et naturelle. "Le jardin des bonheurs égarés" ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais sa beauté lancinante m'a totalement ensorcelée (et donné très envie de retourner à Kew).

Traduction de Claire Desserrey

mardi 24 octobre 2017

"L'esprit de Lewis T1" (Santini/Richerand)


Bouleversé par la mort de sa mère, Lewis Pharamond se réfugie dans l'une des quatre demeures familiales: Childwickbury, où il n'a pas remis les pieds depuis son enfance. Il compte y écrire un roman, mais l'inspiration se dérobe à lui. Jusqu'au jour où, après avoir été témoin de phénomènes bizarres, il fait la connaissance de Sarah, le fantôme d'une très belle jeune femme qui a tout oublié des circonstances de sa mort. Lewis tente de l'aider à se souvenir, et ce faisant, il tombe amoureux d'elle...

Avec "L'esprit de Lewis", la collection Métamorphose propose une fois de plus une oeuvre à l'atmosphère envoûtante et au graphisme fort. On pourrait penser que des couleurs aussi franches clasheraient avec la période historique choisie, mais il n'en est rien: elles se contentent de donner dynamisme et originalité à un scénario qui reprend beaucoup de clichés du roman gothique. Cependant, bien qu'assez classique au premier abord, l'histoire du tome 1 s'achève de manière assez inattendue pour donner très envie de découvrir la suite et fin de ce diptyque.



samedi 11 mars 2017

"Le gardien des choses perdues" (Ruth Hogan)


A la mort de son patron, l'écrivain Anthony Peardew, Laura hérite de la demeure victorienne de celui-ci ainsi que d'une étrange mission: tenter de restituer à leur propriétaire tous les objets perdus qu'il a collectionnés au fil des ans pour tenter de se racheter. En effet, dans les années 70, le jour de la mort de sa fiancée Thérèse, Anthony a lui-même inexplicablement égaré la médaille qu'elle lui avait confiée en lui faisant promettre de ne jamais s'en séparer...

Dans "Le gardien des choses perdues", on suit simultanément deux histoires. De nos jours, Laura, l'ancienne assistante d'Anthony, tâtonne pour exécuter les dernières volontés du défunt tout en tissant maladroitement des liens avec Sunshine, une jeune voisine trisomique, et Freddy, le jardinier taciturne avec qui elle aimerait bien retrouver l'amour après un premier mariage raté. Ses efforts sont compliqués par les manifestations de l'esprit de Thérèse, qui semble incapable de trouver le repos. Elle attend manifestement quelque chose, mais quoi?

Parallèlement, dans les années 70, une jeune femme nommée Eunice croise sans le savoir la route d'Anthony au moment du décès de Thérèse - et ramasse la médaille de celle-ci, qu'il a fait tomber par inadvertance. Elle se rend à un entretien pour un poste de secrétaire dans l'édition. Embauchée sur-le-champ, elle développe très vite une grande complicité avec son patron Bomber, dont elle partage l'amour du cinéma et des chiens...

Ce roman de Ruth Hogan m'a laissée très partagée. D'un côté, j'ai aimé le thème des objets perdus à l'histoire souvent douce-amère sinon tragique, insérée dans le récit principal sous forme de nouvelles; la façon dont les deux lignes temporelles se font écho en reprenant un même élément marquant lors de chaque transition; le personnage d'Eunice et son choix délibéré d'un "mariage" platonique avec l'homme dont elle est folle mais qui préfère les autres hommes; l'atmosphère délicieusement anglaise - soulignée par la consommation de moult tasses de thé - de Padua, la maison d'Anthony.

De l'autre, je me serais bien passée de la gentillette histoire de fantôme; je suis partagée sur la présence de Sunshine (c'est sympa de montrer une ado trisomique sous un jour positif, mais son côté envahissant m'a mise assez mal à l'aise); j'ai trouvé Laura, Freddy et leur relation d'une fadeur absolue, le succès instantané de leur site internet pas crédible du tout et la traduction terriblement littérale, émaillée d'un tas de détails qui m'ont fait grincer des dents (non, ce n'est pas sur un vélo que Tom Cruise circule dans "Top Gun", et le Diet Coke a un nom en français...). Au final, j'ai eu l'impression qu'il y aurait eu de quoi faire un très chouette roman à condition de moins abuser des bons sentiments et des facilités scénaristiques.

mardi 29 décembre 2015

"Avant l'ouragan" (Jewell Parker Rhodes)


En Louisiane, tout le monde croit aux esprits. Lanesha, elle, a le don de les voir. 
"Tu es comme moi, ma chérie, tu as un don de double vue", lui a expliqué Mama Ya-Ya, la sale-femme qui l'a recueillie à sa naissance. 
Mama Ya-Ya savait qu'un ouragan approchait, bien avant que la radio et la télévision n'en parlent. 
Les dégâts seront incommensurables, répète le présentateur. Tous les habitants de La Nouvelle-Orléans doivent quitter la ville. 
Mama Ya-Ya est très âgée et ne possède pas de voiture, alors Lanesha a fait des provisions d'eau et de nourriture et cloué des planches sur les fenêtres. Elle ne sait pas ce qui l'attend, mais elle se prépare de toutes ses forces à survivre. 
Avec TaShon, le fils des voisins, avec le chien Spot qu'ils viennent d'adopter ensemble. 
Avec le fantôme silencieux de sa mère, qui est venu pour l'aider. 
Avec l'amour de Mama Ya-Ya, qui est incommensurable. 

C'est décidément de la littérature jeunesse que seront venus mes plus belles surprises en cette fin d'année.
Dans le District Neuf, un des quartiers les plus pauvres de la Nouvelle-Orléans (et de ceux qui ont le plus souffert du passage de l'ouragan Katrina), Lanesha est une orpheline de douze ans, rejetée par la famille riche de sa mère et élevée par une vieille femme qui voit des signes partout. Bonne élève, elle veut devenir ingénieure pour construire des ponts. Elle n'a pas d'amis, ni de beaux vêtements ou de jouets coûteux, mais jette un regard curieux et émerveillé sur tout ce qui l'entoure. C'est une héroïne touchante, pleine de volonté et d'espoir en toutes circonstances. Sa relation avec Mama Ya-Ya est magnifique, et le fait de voir les esprits lui confère beaucoup de sagesse et de sérénité par rapport à la mort.
Bien qu'a priori destiné aux 9-11 ans, "Avant l'ouragan" m'a remuée de la meilleure des façons avec son message positif et l'extraordinaire élan de vie qui le traverse de bout en bout. Je le recommande sans aucune modération, aux petits comme aux grands.

"- La météo annonce une grosse tempête, peut-être un ouragan. Qu'est-ce que j'avais dit? dit Mama Ya-Ya en éteignant le feu sous une casserole. Je le sentais. J'ai vu les oiseaux quitter leurs arbres, j'ai vu que l'eau mettait du temps à bouillir. Rentre tout de suite après les cours, Lanesha. Je vais avoir besoin de toi pour acheter des réserves. Du lait, du pain, du riz, des haricots et des bouteilles d'eau. 
- Tu crois que ce sera un autre Betsy? 
Avant ma naissance, l'ouragan Betsy a ravagé La Nouvelle-Orléans. J'ai vu des images d'archive au journal télévisé. Les gens n'avaient même plus d'eau potable ni de nourriture. Mama Ya-Ya nous veut prêtes à toute éventualité. 
Spot s'assied et mendie auprès de Mama Ya-Ya. Il a déjà eu son petit déjeuner mais elle lui donne un morceau de pain grillé, puis dépose une assiette devant moi. Fascinée par les couleurs vives de l'oeuf retourné, je perce le jaune et observe la rivière baveuse qui tourbillonne, puis l'arrose de sauce piquante rouge." 

"Au déjeuner, je mange un sandwich au thon et un jus de pomme à ma table. Je l'appelle "ma table" car personne ne vient se joindre à moi. Cependant, à l'inverse de TaShon, je n'essaie pas d'être invisible. Je suis installée au beau milieu de la cantine. Je n'ai pas honte de moi-même. En cours, c'est la même histoire: mes camarades m'évitent comme la peste. Dans mon ancienne école, lorsque les professeurs obligeaient un élève à se mettre à côté de moi, il se mettait à hurler: "Je ne veux pas, je ne veux pas!". 
Mes professeurs, croyant voir que la situation ne me dérangeait pas, ont fini par laisser tomber. En réalité, l'attitude de mes camarades me blesse, mais par fierté, je n'en montre rien. Au déjeuner, je lis; en classe, je me concentre sur le professeur et le tableau. J'efface de mon champ de vision les élèves et préfère imaginer que ce sont des fantômes, eux aussi."