Affichage des articles dont le libellé est féminisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est féminisme. Afficher tous les articles

samedi 5 janvier 2019

La masse et le marteau





Ceci est une partie du texte qui accompagnait un récent Instagram d'Alexandria Ocasio-Cortez (à droite sur la photo), une des femmes les plus inspirantes de 2018:

"Ma mère est née et a grandi à Puerto Rico. Elle a pratiquement élevé ses frères et soeurs, dans la pauvreté, pendant que sa propre mère travaillait sans arrêt pour qu'ils aient un toit et de quoi manger. Elle a rencontré mon père, un garçon du Bronx qui rendait visite à sa famille sur l'île,  quand elle était encore très jeune. Ils se sont mariés et installés à New York; elle ne parlait même pas anglais. Mes parents sont partis de rien: nouvelle langue, nouvelle vie, nouveau tout. Puis je suis arrivée, et ils ont déménagé pour recommencer à zéro afin que je bénéficie d'une bonne éducation. Ma mère lavait les sols, conduisait des bus scolaires, répondait au téléphone. Tout ce qu'il fallait faire, elle l'a fait - pour moi. A la mort de mon père, elle s'est retrouvé mère célibataire de deux enfants, et elle a encore dû repartir de zéro. Nous avons failli perdre notre maison; alors, nous l'avons vendue et nous nous avons recommencé, encore et encore et encore. 

vendredi 10 août 2018

Les ratés de la déconstruction





Je suis devenue très militante ces dernières années. En partant des causes qui me tenaient déjà à coeur de base (le féminisme et l'environnement), j'ai lu et discuté sur beaucoup d'autres sujets et fait ce qu'on appelle un travail de déconstruction: c'est-à-dire, appris à reconnaître les préjugés que m'avait inculqués la culture dominante, et essayé de les dépasser. Ca a bien marché dans pas mal de domaines. Par exemple, je suis désormais consciente de mes privilèges de personne blanche, cisgenre et (plus ou moins) hétéro; je m'efforce d'écouter les minorités qui sortent de ce cadre et de me comporter en alliée envers elles. Non, je ne comprends toujours pas la transexualité et non, je n'ai aucune expérience des discriminations raciales, mais j'ai foi en la parole des concerné(e)s et je gueule chaque fois que je peux pour qu'on leur fasse une juste place. 

mardi 5 juin 2018

"Girl made of stars" (Ashley Herring Blake)


Mara vient de rompre avec sa petite amie Charlie, et même si c'est elle qui a pris l'initiative, elle ne le vit pas très bien. Mais les relations amoureuses sont très compliquées pour la jeune fille depuis qu'elle a été victime d'une agression trois ans plus tôt. Or, au lendemain d'une soirée lycéenne arrosée, son amie Hannah accuse Owen, le jumeau de Mara, de l'avoir violée. Mara ne veut pas croire que son frère, son double, ait pu faire une chose pareille, mais elle sait qu'Hannah ne mentirait pas sur un sujet aussi grave, et surtout, elle souffre trop de s'être tue elle-même à l'époque de crainte qu'on ne la croie pas...

Sous une couverture très poétique, "Girl made of stars" aborde un sujet douloureux avec énormément d'empathie et de justesse. Mara se retrouve dans une situation impossible, coincée entre son amour pour son frère, que leurs parents soutiennent à fond, et son amitié pour Hannah dont le traumatisme fait écho au sien. D'autant que la jeune fille est une féministe féroce, très engagée dans la lutte contre le sexisme et le patriarcat, qui ne supporte pas de voir ses camarades de classe prendre automatiquement le parti d'Owen et traiter Hannah de traînée. 

La manière dont l'auteure traite toute l'affaire est si réaliste qu'en tant que lectrice, j'ai été prise de nausée et de rage impuissante. Owen, ado ordinaire pas spécialement macho ou agressif, ne se rend même pas compte de ce qu'il a fait, et on comprend assez vite qu'il n'y aura aucune conséquence pour lui, tandis qu'Hannah sera condamnée à vivre toute sa vie avec le souvenir de ce viol impuni et à faire avec dans une société qui considère encore et toujours les victimes comme les coupables. 

A côté de ça, j'ai beaucoup apprécié la façon dont l'auteure dépeint la bisexualité de Mara - même si je doute que beaucoup d'adolescent(e)s soient aussi à l'aise avec cette orientation que l'héroïne du roman. D'ailleurs, son ex-petite amie Charlie, qui est gender queer, a bien du mal à se définir et à assumer vis-à-vis de ses parents. Globalement, les personnages de lycéens sont tous très réussis, complexes et attachants - à l'exception d'Owen, qu'on ne voit jamais qu'à travers les yeux de sa soeur alors qu'on aimerait savoir ce qui se passe dans sa tête et s'il est vraiment aussi basique qu'il en a l'air. 

J'espère que "Girl made of stars" sera traduit en français très bientôt: c'est un roman remarquable sur la culture du viol, avec une énorme valeur humaine et éducative, à mettre entre les mains de tous les ados. 

jeudi 8 mars 2018

"Le goût d'Emma" (Julia Pavlowitch / Emmanuelle Maisonneuve / Kan Takahama)


Emma a toujours eu un palais exceptionnel, une passion pour la cuisine et un rêve: devenir inspectrice au Guide Michelin. Un jour, alors qu'elle n'y croit plus, elle est invitée à rejoindre l'équipe du célèbre petit livre rouge. Elle sera la seule femme parmi une équipe masculine où ses collègues doutent d'abord qu'elle soit faite pour ce métier. 

Les tournées en province sont longues et épuisantes, ce qui ne facilite pas la vie amoureuse ou de famille. On roule beaucoup; on mange souvent riche et pas toujours bien; il faut mémoriser et respecter une procédure draconienne... Sans parler de la difficulté de faire un retour négatif à des restaurateurs qui se sont parfois lourdement endettés pour leur établissement. 

Mais grâce à son talent et à son implication absolue, Emma impose très vite le respect. Puis, lors de vacances au Japon, elle découvre une cuisine minimaliste qui change radicalement son approche de la restauration et la fait douter d'être encore à sa place au Michelin...

Basé sur l'histoire vécue par Emmanuelle Maisonneuve, qui en signe le scénario avec Julia Pavlowitch, "Le goût d'Emma" propose à la fois une trajectoire de femme passionnante et un coup d'oeil inédit dans les coulisses du plus célèbre guide gastronomique au monde. L'ensemble est servi par les très jolis dessins de Kan Takahama (même si je regrette que beaucoup des décors soient visiblement des photos à peine transformées). Une bédé idéale en cette journée internationales des droits des femmes! 

dimanche 18 février 2018

Si j'étais un homme




Si j'étais un homme, je me ficherais que les toilettes des trains, des bars et des restos soient propres ou pas puisque je n'aurais pas besoin des abdos de Schwarzenegger et du sens de l'équilibre d'une acrobate chinoise pour faire pipi en position de squat sans toucher la cuvette.

Si j'étais un homme, j'aurais perdu ma virginité en deux minutes chrono vaguement honteuses au lieu de batailler avec un hymen en titane pendant des mois.

Si j'étais un homme, j'aurais eu la pression d'arriver à bander et à maintenir mon érection assez longtemps à chaque rapport sexuel, mais jamais l'ennui de devoir feindre l'orgasme pour en finir avant que le caoutchouc du préservatif ne commence à fondre.

Si j'étais un homme, moi aussi, j'aurais pu me contenter de demander "Et tu comptes faire quoi?" au lieu de devoir subir une IVG la veille de Noël. Et la peur de retomber enceinte malgré la contraception n'aurait pas hanté toute la suite de ma vie sexuelle. Par contre, je me serais peut-être demandé si je n'avais pas un enfant quelque part à l'insu de mon plein gré. 

samedi 13 janvier 2018

"Moi aussi, je voulais l'emporter" (Julie Delporte)


Depuis que je l'ai découverte avec son "Journal", j'adore le travail de Julie Delporte, ses dessins aux crayons de couleur faussement maladroits et sa manière de raconter pudiquement des choses très intimes. Sa nouvelle bédé parle de féminisme, ce qui ne pouvait pas mieux tomber dans le contexte actuel, entre le mouvement Time's Up triomphant et l'odieuse tribune sur la "liberté d'importuner". De Bruxelles où elle essaie de faire un enfant puis se ravise, craignant de se retrouver enfermée dans le rôle de mère, jusqu'à Montréal qui est son port d'attache, en passant par Helsinki où elle part sur la trace de Tove Jansson (la créatrice des Moomins et un des rares modèles féminins forts à ses yeux), l'auteure se remémore l'agression sexuelle dont elle fut victime enfant et le silence familial qui entoura l'événement. Elle repense à la façon dont, enfant, elle s'est toujours sentie floué d'être une fille, notamment à cause de cette fichue règle de grammaire qui veut que le masculin l'emporte sur le féminin (d'où le titre de l'album). Elle s'interroge sur la représentation des femmes - leur absence dans la sélection du festival d'Angoulême ou parmi les artistes d'une exposition, alors que c'est si souvent leur corps qui est mis en scène. Elle se rebelle contre l'idée d'être aliénée au désir des hommes, considérée comme finie dès lors qu'elle ne le suscitera plus. Au fur et à mesure de sa prise de conscience, elle en vient à se demander si elle pourra encore avoir un amoureux. "Quel homme va supporter une féministe? Quel homme vais-je pouvoir supporter?" Une réflexion personnelle pleine de sensibilité, d'émotion et de justesse. 

lundi 16 octobre 2017

Le type au cigarillo




J'approche de la cinquantaine. Je n'ai pas et n'ai jamais eu un physique de mannequin. Je ne me maquille pas et porte des tenues tout ce qu'il y a de plus couvrantes. Hier, par une belle journée ensoleillée d'octobre, je descendais une avenue pas spécialement déserte en compagnie de Chouchou. Je suis passée devant un type qui fumait un cigarillo, sans même croiser son regard, et deux mètres plus loin, il m'a apostrophée en me lançant des horreurs que je suis incapable de rapporter ici. J'ai continué à m'éloigner sans réagir. 

jeudi 17 août 2017

"Art is comic" au MIMA: où sont les femmes?




C'est en avril dernier, après les attaques terroristes à Bruxelles, qu'est née l'idée de cette exposition: une réponse humoristique à la haine. Le concept est merveilleux et bien exécuté, avec des artistes dont le travail met en lumière les travers de la société qui contribuent à alimenter la violence et les tourne habilement en ridicule, tout en conservant un côté généralement esthétique et accessible à tous (chose assez rare dans l'art contemporain pour être soulignée).

samedi 8 avril 2017

"Bad girls throughout history" (Ann Shen)


Vous avez adoré les deux tomes des "Culottées"? Vous voulez plus d'histoires de femmes qui n'en ont fait qu'à leur tête à travers le monde et les époques? Vous lisez l'anglais? "Bad girls throughout history: 100 remarkable women who changed the world" est fait pour vous. On y retrouve certaines des figures déjà évoquées par Pénélope Bagieu comme Wu Zetian, Nellie Bly, Hedy Lamarr ou Josephine Baker, mais dans l'ensemble, ses choix et ceux d'Ann Shen se recoupent assez peu, et c'est tant mieux!

Ici, la vie des héroïnes n'est pas mise en bédé mais résumée en une page et accompagnée d'une très chouette illustration. Les portraits sont classés par ordre chronologique, depuis Lilith la badass originelle jusqu'à la benjamine Malala Yousafzai.

Si certaines des femmes évoquées sont très, très connues (Cléopâtre, Marie-Antoinette, Jeanne d'Arc, Elizabeth Ière, Jane Austen, Marie Curie, Rosa Parks, Margaret Thatcher, Bettie Page, Oprah...), et si j'ai eu plaisir à retrouver certains de mes modèles personnels (Helen Keller ou Judy Blume), j'ai aussi fait de belles découvertes, comme Diana Nyad qui, à l'âge de 64 ans, a nagé de Cuba jusqu'à la Floride sans l'aide d'une cage à requins. Vu que je risque la noyade chaque fois que je me douche, je ne pouvais être qu'admirative! Le seul reproche que je ferais à ce livre c'est que, malgré ce que la couverture laisse espérer, les femmes blanches y sont sur-représentées: j'en compte 78 sur 100...





dimanche 22 janvier 2017

La rage et l'espoir



Y'en a au moins une qui s'est éclatée cette semaine, c'est la culture du viol. 

Une cliente Orange à qui un technicien récemment passé chez elle avait envoyé un texto pour la draguouiller s'est plainte auprès de la direction de la boîte. Levée de boucliers sur internet: cette connasse risquait de faire perdre son emploi à un pauvre type qui avait juste tenté sa chance gentiment. C'est bien triste qu'un homme ne puisse même plus adresser la parole à une femme sans se faire accuser de harcèlement. Clairement, la dénommée Buffy Mars a surréagi. 

Je veux bien croire à la bonne foi des messieurs qui ont protesté en ces termes, bien croire que la plupart d'entre eux sont des "mecs bien" qui jamais ne feraient de mal à une femme. Sauf que. Ils n'ont aucune idée de ce que c'est de grandir bombardée d'injonctions à ne pas s'habiller de façon trop provocante, à ne pas traîner seule trop tard le soir, à ne pas boire trop d'alcool au cas où. Aucune idée de ce que ça fait de toujours se sentir une proie pour la seule raison qu'on possède un vagin. Ils ne mesurent pas l'effarante injustice qu'il y a à toujours mettre en cause la parole de l'agressée, toujours penser que quand même, avec une jupe aussi courte, un rouge à lèvre aussi rouge et une demi-douzaine de whisky-Coca au compteur, elle l'a un peu cherché. Le viol et le harcèlement sexuel sont les seuls crimes pour lesquels c'est toujours la victime qui est présumée coupable et le vrai coupable rarement et toujours trop légèrement puni. 

Parfois même, on lui confie la présidence des César. 

Arguments des "mecs bien" qui ne voient pas trop où est le problème: "La fille faisait beaucoup plus mûre que son âge et posait pour des photos de lingerie". Quel que ce soit l'âge d'une femme, quel que soit son métier, ce n'est jamais acceptable de la droguer pour la sodomiser. "Elle a elle-même pardonné et souhaité qu'on ne parle plus de cette affaire." Elle a le droit de vouloir qu'on lui fiche la paix. Ca reste quand même un viol. "Vous mélangez tout; Polanski est un cinéaste de talent et c'est pour ses mérites professionnels qu'on le distingue là." Aucun mérite professionnel au monde ne devrait éclipser le fait qu'un homme est un violeur. La compétence n'est pas une excuse au crime. En faisant passer une agression sexuelle derrière la qualité d'une poignée de films, on envoie clairement le message que la moitié de l'humanité peut être impunément méprisée et violentée, surtout si c'est par un homme blanc et riche (mais pas que - voir l'affaire Bill Cosby). Ce qui permet à la plus grande puissance mondiale d'élire à sa tête un type qui trouve sa propre fille fort baisable et affirme que les femmes, il faut les attraper par la chatte. C'est loin d'être le seul problème avec Donald Trump, mais c'est un problème qui à lui seul aurait dû empêcher son élection si la culture du viol n'était pas à ce point prégnante dans nos sociétés que 53% des femmes blanches ont voté pour lui. 

Heureusement, toutes les femmes ne sont pas à ce point endoctrinées et résignées. Hier, 2,9 millions d'entre elles ont marché pour l'égalité hommes/femmes, pour la préservation du droit à l'avortement, pour que tout le monde soit traité de la même façon quel que soit son genre, son origine ethnique et ses préférences sexuelles. Pour une société sans discrimination et sans haine. J'ai regardé un bout de la manifestation de Washington en direct: le discours de Michael Moore, l'impressionnant beat d'Ashley Judd, l'intervention d'America Ferrara. J'ai vu fleurir sur mon fil Twitter des photos d'autres marches un peu partout dans le monde: toutes les célébrités que je suis sont allées défiler avec les bonnets roses, depuis Jillian Michaels jusqu'à Elizabeth Gilbert en passant par Emma Watson, Pénélope Bagieu et Claire North. Et il n'y a eu aucun débordement, aucune casse, aucune violence. Juste des gens paisibles mais férocement déterminés à revendiquer leurs droits et à résister à l'Empire. 

Ce qu'il va falloir continuer à faire pendant chaque jour des 4 années à venir. Mais après la dépression noire de vendredi, hier, j'ai entrevu une lueur d'espoir. 

samedi 24 septembre 2016

"Culottées 1" (Pénélope Bagieu)


Quand Pénélope Bagieu a commencé, l'an dernier à la même période, un blog sur le site internet du journal Le Monde où elle publiait chaque semaine la biographie dessinée d'une femme qui n'en avait fait qu'à sa tête, j'ai mis un certain temps à aller voir de quoi il retournait parce que le principe ne m'enthousiasmait pas plus que ça. Ce que j'aime lire, moi, c'est de la fiction, et ce que je préfère chez cette auteure, c'est quand elle raconte sa propre vie (ou qu'elle dénonce le chalutage en eaux profondes et le racisme dans le milieu de la pub).

Hé bien, j'avais grand tort. Un jour, parce que je m'ennuyais un peu, j'ai fini par cliquer sur le lien menant à une de ses histoires. J'ai tellement aimé que j'ai rattrapé tout mon retard d'un coup, suivi fidèlement son blog à partir de là, et un an plus tard, alors que j'en ai déjà lu tout le contenu et que je ne conserve désormais plus que très peu de bouquins, je viens quand même d'acheter l'album qui rassemble 15 portraits de la première "saison" des Culottées - la seconde vient juste de débuter.

Il faut dire que c'est un très bel objet avec sa couverture turquoise embossée de rouge métallisé; de plus, une illustration double page inédite (et très chouette) a été rajoutée à la fin de chaque chapitre. Et puis, évitant l'écueil du féminisme blanc, l'auteure a eu l'excellente idée de choisir des "femmes qui ne font que ce qu'elles veulent" à travers le monde entier et une large période historique. Ainsi, la célèbre Joséphine Baker côtoie la maman finlandaise des Moomins, Tove Jansson, mais aussi Nzinga, reine du Ndongo et du Matamba au début du XVIIème siècle, Las Mariposas, soeurs révolutionnaires et martyres en République Dominicaine, Lozen, guerrière indienne et chamane au XIXème siècle, Agnodice, gynécologue plus de trois siècles avant Jésus-Christ, Christine Jorgensen, célèbre transexuelle, ou Wu Zetian, impératrice chinoise au VIIème siècle.

On découvre aussi des destinées plus modestes mais témoignant du même courage qui poussa un jour d'illustres inconnues à se dresser contre les conventions établies pour s'assumer telles qu'elles étaient, réaliser leurs rêves apparemment impossibles ou lutter contre une injustice malgré le danger. Tout cela raconté avec un humour jubilatoire. Bref, "Culottées" est un ouvrage formidable que toute féministe amatrice de bédé se doit non seulement de posséder, mais d'offrir à ses copines féministes non amatrices de bédé qui risqueraient de passer à côté, les pauvres.

mardi 20 août 2013

"Bridget, parce que le féminisme n'est pas un gros mot"


Dimanche à l'aéroport de Blagnac, je cherchais un magazine pour occuper mon heure et demie de vol de retour. J'avais déjà lu le NEON et le BioMood en cours, plus ma dose maximum de presse féminine "classique". Je m'apprêtais à sortir du Relay les mains vides quand mon regard s'est posé sur une couverture marrante titrée "Bridget: parce que le féminisme n'est pas un gros mot". Malgré le grand format que je déteste et le prix plutôt salé (4,90€), la curiosité et le désoeuvrement potentiel l'ont emporté. 

Au premier abord, on ne peut s''empêcher de remarquer une forte ressemblance avec Causette: la maquette, le ton, rien ne démarque Bridget de sa grande soeur. Certes, les féminins classiques sont tous plus ou moins les mêmes, mais justement, j'attendais davantage d'originalité de la part d'un mensuel féministe. Et puis Bridget, moi, ça me fait surtout penser au personnage d'Helen Fielding, que je ne qualifierais pas franchement d'icône féministe. 

Passons au contenu. Beaucoup de remplissage avec, notamment, pas moins de 9 portraits pleine page de femmes (toutes jeunes et jolies, mais pas toutes blanches, c'est déjà ça...) qui font des grimaces marrantes avec, en haut, une citation célébrant le féminisme. Les brèves, je les ai déjà toutes vues et revues sur Facebook ou sur Twitter. Les articles reprennent des sujets traités maintes fois ces derniers mois, notamment sur les blogs féministes mais pas que: les Antigone, les déclarations consternantes de Valérie Pécresse sur le congé paternité, le sexisme dans l'industrie du jeu vidéo, le test Bechdel, les attaques à l'encontre de Marion Bartoli suite à sa victoire à Wimbledon, le harcèlement de rue... Ce n'est pas mal écrit, mais ça ressemble plus à un travail de compilation que de véritable journalisme. Le seul qui m'interpelle vraiment arrive à la fin et est intitulé "Nabila et Zahia: foutons-leur la paix". C'est dire.

Alors, Bridget, une addition inutile et probablement éphémère au paysage de la presse française? J'aurais tendance à répondre par l'affirmative. D'un autre côté, en accro du net et féministe convaincue, je suis certainement mieux renseignée que la moyenne sur la question. Mais une personne qui ne se sent pas concernée par le sujet du sexisme, et à qui Bridget pourrait donc apprendre des choses, aura-t-elle envie de le lire? Ca m'étonnerait beaucoup. Je prédis donc un flop à court terme - même si je serais ravie de me tromper.

dimanche 10 février 2013

Deux merveilleux féministes


J'avais déjà clamé ici mon amour pour les hommes féministes.
Aujourd'hui, je voudrais vous présenter deux d'entre eux.
Dans cette conférence TED (en anglais), Colin Stokes parle de la représentation de la virilité dans les films, citant notamment Le Magicien d'Oz, Star Wars et Rebelle.





Quant à cette publicité également en anglais, mais compréhensible par tous, je crois qu'elle parle d'elle-même! Big Up pour ce formidable papa.




jeudi 20 septembre 2012

"La coureuse": où je me rends compte que Maïa Mazaurette et moi n'avons pas la même définition du féminisme


Aujourd'hui est la date officielle de parution du nouveau livre de Maïa Mazaurette, "La coureuse", auto-fiction dans laquelle elle raconte essentiellement sa relation d'un an avec un Danois prénommé Morten. "La coureuse" était déjà en rayon hier après-midi chez Filigranes, et comme je pensais l'acheter, j'ai commencé à le lire dans le magasin. Après l'avoir survolé en totalité, j'ai éprouvé une telle déception que je l'ai reposé pour, à la place, investir dans un roman paru chez Actes Sud. N'ayant pas noté les passages qui m'avaient interpelée, je ne comptais pas en parler ici. Et puis hier soir, l'auteur a posté sur son blog un extrait qui illustre parfaitement bien mon malaise. 

Après avoir menti au Danois en lui affirmant qu'elle n'avait, avant lui, eu que deux relations sérieuses et quelques aventures, elle se justifie de la sorte: "Je joue le jeu parce que je n'ai pas le choix. S'il faut que je sois une princesse comme dans les contes de fées, alors je m'inventerai une couronne. S'il faut que je me transforme en guerrière je prendrai les armes, parce que j'aime les hommes jusqu'à l'absurde et que toute mon éducation féministe ne m'empêchera jamais de me conformer à ce qu'ils veulent. Pas pour l'argent ou le pouvoir mais pour le privilège de tomber amoureuse, de ne pas en dormir la nuit."

Paaaaaaardon?

Que deux choses soient claires. Premièrement, j'aime beaucoup Maïa Mazaurette. Outre le fait qu'elle écrit très bien, et pas seulement dans le registre de la sexo, j'ai toujours apprécié l'intelligence dont elle faisait preuve dans ses analyses des relations hommes-femmes et du rapport de séduction qui les lie. Je la trouve pertinente dans le fond et percutante dans la forme. Deuxièmement, elle a tout à fait le droit de professer les opinions de son choix et de mener sa vie personnelle comme elle l'entend... mais j'ai le droit, moi, d'avoir une réaction à ce qu'elle écrit dans le but d'être lue. 

Ce que j'ai retenu de son livre (et qu'illustre donc le passage ci-dessus, mais bien d'autres m'ont fait bondir...), c'est qu'une féministe auto-proclamée estime ne pouvoir séduire et être aimée que si elle se conforme à ce qu'un homme attend d'elle - en l'occurrence, si elle reste sagement dans les clous en n'avouant pas trop d'amants au compteur. D'une part ça me semble très triste de devoir mentir à l'autre pour susciter son désir ou son amour; d'autre part je suis bien placée pour savoir que ça n'est en aucun cas une règle universelle. C'est vrai, je suis tombée sur des hommes que mon expérience sexuelle tous azimuts dérangeait. Ils n'étaient pas pour moi, voilà tout. Mon partenaire actuel n'a aucun problème avec ça, et si unique soit-il à mes yeux, j'ai du mal à croire qu'il soit réellement le seul spécimen de son espèce. 

Pour tomber amoureuse, il n'y aurait pas d'autre choix que de se couler docilement dans un moule? Etre tantôt une rouquine pétillante, une brune amatrice de jeux vidéo ou une blonde qui fait du yoga, au gré des préférences de ces messieurs? De la part d'une femme qui m'a toujours semblé avoir de la personnalité à revendre, ces propos me sidèrent. Je n'achèterai finalement pas "La coureuse", et si je pense continuer à suivre le blog de Maïa Mazaurette, ce ne sera sans doute plus jamais du même oeil. Dommage, vraiment, car elle était pour moi l'exemple typique de la féministe qu'on ne peut pas accuser de ne pas aimer les hommes, et qui de ce fait renforce notre crédibilité à toutes. Plus maintenant. 


jeudi 23 août 2012

Hommage aux hommes féministes


Deux "affaires" ont profondément choqué la féministe en moi cette semaine: l'article, dans le magazine Joystick, d'un journaliste faisant l'apologie du viol subi par Lara Croft dans le dernier opus du jeu vidéo éponyme, et les propos d'un sénateur américain qui a déclaré sans trembler qu'en cas de viol véritable, le corps de la femme avait un mécanisme de protection naturel qui l'empêchait de tomber enceinte, et que l'avortement n'était donc pas justifié même pour les victimes d'agression sexuelle. 

Le propos de mon billet n'est pas de prouver à quel point l'attitude du premier relève d'un machisme ignoble et celle du second d'un obscurantisme crasse, ni de me désoler que l'on entretienne ainsi la culture du viol dans nos sociétés pseudo-égalitaires où le féminisme n'a soi-disant plus lieu d'exister vu que toutes les batailles importantes ont déjà été remportées. Ces arguments, vous les connaissez déjà, et si vous aimez me lire pour d'autres raisons que baver devant des photos de chaussures ou récupérer des adresses de resto sympas, vous partagez sans doute mon point de vue. 

Non, ce que je voudrais faire ici, c'est rendre hommage aux hommes féministes qui m'entourent. Ils ne se revendiquent peut-être pas comme tels, mais ils sont faciles à reconnaître. Ils ont choisi de partager la vie de femmes brillantes, drôles, qui parfois gagnent plus qu'eux, et ils ne se sentent absolument pas menacés dans leur virilité pour autant. Ils savent la valeur d'une vraie égalité dans le couple, d'un rapport de partenaires et de complices plutôt que de chef de famille et de femme de ménage gratuite. Ils ne se sentent pas rabaissés quand ils se mettent aux fourneaux ou empoignent l'aspirateur. Ils respectent le droit des femmes à disposer librement de leur corps, qu'il s'agisse de contraception, d'avortement ou d'allaitement. Ils trouvent normal qu'à poste semblable et compétences égales, leurs collègues dotées d'un utérus soient payées autant qu'eux. Ils ne pensent pas que certains métiers sont réservés aux hommes, que les conductrices sont toutes des dangers ambulants, qu'une femme à la sexualité libérée est une salope, qu'une lesbienne a juste besoin d'un bon coup de bite pour changer d'avis ou qu'un "non" n'est jamais qu'un "oui" qui n'ose pas se dévoiler. Ils ont compris qu'il est aussi dans leur intérêt que les deux sexes aient les mêmes droits et les mêmes devoirs - que tout autant que les femmes, ça les libèrera des attentes archaïques qui pèsent sur eux.

A tous ces hommes, du fond du coeur, je dis merci d'exister. Merci de vous dresser avec nous contre le machisme pas mort et le paternalisme encore rampant de ceux avec lesquels vous ne partagez rien de plus qu'un chromosome Y. 

Photo empruntée ici.

mercredi 4 juillet 2012

Les 10 petites phrases qui me font grimper au mur (et pas dans le bon sens du terme)


- Le plus beau rôle d'une femme, c'est celui de mère. Pourtant Mère Teresa ou Jeanne d'Arc n'ont pas eu d'enfants, et elles ont réussi à faire deux-trois trucs vaguement utiles. Quant à Aung San Suu Kyi, je doute que son statut de mère soit ce que l'histoire retiendra d'elle.

- Tu ne sais pas ce que c'est d'aimer tant que tu n'as pas eu d'enfant. Des formes d'amour, il en existe plein, je ne vois pas pourquoi il faudrait établir une hiérarchie. Surtout que des parents maltraitants, hélas, il en existe plein aussi.

- Je ne suis pas du tout féministe. Pour la Xème fois: être féministe, ça ne veut pas dire haïr les hommes et refuser de se raser les mollets. Ca veut juste dire réclamer une égalité de droits et de traitement pour tous les êtres humains quel que soit le contenu de leur slip.

- L'infidélité, c'est dans les gènes masculins. Mais oui, bien sûr. Faisons aux hommes l'insulte de penser que, même au nom de la confiance et de l'engagement amoureux, ils ne sont pas plus capables de résister à leurs pulsions que des clébards en chaleur.

- Un enfant a besoin d'un papa ET d'une maman. D'après toi, il vaut donc mieux qu'un orphelin reste seul et malheureux dans son coin plutôt que de grandir dans un foyer aimant auprès de deux parents de même sexe? Oh, et au passage, merci de cracher à la gueule de tous les parents célibataires qui font un boulot d'enfer.

- La politique, ça ne m'intéresse pas. Tu es absolument libre de te désintéresser du monde qui t'entoure. Mais dans la mesure où le monde qui t'entoure, lui, ne se désintéressera pas de toi, je ne trouve pas que ce soit une attitude très logique ou très productive. JDCJDR.

- Les chômeurs, c'est rien que des fainéants. Je veux bien croire qu'il y a dans le lot quelques assistés qui profitent du système pour se tourner les pouces. Mais sérieusement, tu ne crois pas qu'une très grosse majorité d'entre eux préfèrerait avoir une raison de se lever le matin, un métier que leurs gosses pourraient indiquer dans la case "profession des parents" sur les fiches scolaires, voire quelques sous de rabe à la fin du mois pour payer plus que les factures et les Panzani pâtes Lidl, au lieu de crever de honte face à des jugements comme le tien?

- Je ne suis pas raciste, mais quand même, elle dit pas que des conneries Marine Le Pen. Inutile de gaspiller ta salive, j'ai cessé de t'écouter à partir de "mais". Pour info: mettre les problèmes de tout un pays sur le dos d'un groupe ethnique, si, c'est du racisme. Aie au moins le courage d'assumer tes idées.

- J'ai adoré le dernier Marc Lévy/Guillaume Musso. Je sais, je suis une horrible snobinarde de la littérature. Je reconnais qu'on ne peut pas toujours lire que des trucs intelligents (moi-même, je viens de terminer le 10ème "Queen Betsy", c'est dire!) et qu'un petit roman pas prise de tête, de temps en temps, ça fait du bien. Mais c'est épidermique. Quand je pense que ce sont les deux auteurs français qui vendent le plus de livres, j'ai envie de pleurer des larmes de sang. 

- Notre train circule actuellement avec un retard de 312 heures environ et estimez-vous déjà heureux qu'il n'ait pas été supprimé; nous nous excusons pour la gêne occasionnée et vous remercions pour votre compréhension. Compréhension? Mais QUELLE COMPREHENSION putain de bordel de merde chié con bite? Vous avez épuisé tout mon stock aux alentours de novembre 2008.

mercredi 28 septembre 2011

De la suppression du "mademoiselle"



Deux associations féministes militent actuellement pour la suppression de la case "Mademoiselle" sur les formulaires administratifs, et depuis quelques jours, les débats font rage sur Facebook et dans la blogosphère. Je ne vais pas vous faire l'injure de vous expliquer pourquoi cette mesure me semble nécessaire et justifiée. Ou bien l'état marital d'un individu est pertinent, et il faut le demander aux hommes aussi bien qu'aux femmes; ou bien il ne l'est pas, et il ne faut le demander à personne. Affaire classée. Non, le but de cet article, c'est de m'étonner de certaines des réactions les plus communément suscitées par ce projet, y compris - à ma grande tristesse - chez les femmes, voire même chez celles qui se disent féministes.

Cette histoire de "mademoiselle", c'est un détail; tu n'as pas de plus grandes causes pour lesquelles te battre?
D'abord, j'aimerais savoir qui établit un classement de toutes les causes existantes. Qui décrète que la famine dans la corne de l'Afrique mérite qu'on lui consacre son temps et son énergie davantage que les génocides ethniques ou les crimes d'honneur? Qui dresse le top 10 des horreurs télégéniques contre lesquelles on peut s'insurger avec le sentiment de faire quelque chose d'important? Ensuite, défendre les droits des femmes n'empêche pas de se mobiliser aussi pour d'autres causes. Pas pour toutes, certes. Mais même en se foutant royalement des droits des femmes, nul ne pourra jamais tenter de remédier à tous les maux de ce monde. Que chacun s'emporte pour ce qui lui importe, ça ne sera déjà pas si mal.

Tout à fait d'accord pour défendre les droits des femmes, mais le coup du "mademoiselle", c'est anecdotique. Moi ce qui m'énerve, c'est que les administrations me collent systématiquement le nom de mon mari alors que j'ai gardé le mien; que les banques me réduisent à un "& Mme" sur la dénomination de nos chéquiers communs; qu'au boulot, une femme faisant montre d'autorité soit considérée comme une casse-couilles alors que son pendant masculin passe pour un homme à poigne et un vrai chef.
Dans une lutte globale, rien n'est anecdotique. On ne forcera pas les gens à changer de mentalité du jour au lendemain. Mais on peut légiférer sur ce qui te paraît être un détail pour faire petit à petit évoluer les choses dans le bon sens. Comment le macho lambda accepterait-il l'idée qu'une femme peut prétendre aux mêmes postes et à la même rémunération que lui si l'administration française, au début du XXIème siècle, continue à envoyer le message que cette femme n'est qu'un appendice de l'homme qui a bien voulu l'épouser, que c'est par rapport à lui qu'elle se définit socialement? L'égalité ne sera pas conquise en une fois, on le sait depuis longtemps; elle sera le produit d'une accumulation de "détails" comme la suppression de cet insultant "mademoiselle".

Insultant, le mademoiselle? Au contraire, je le trouve hyper flatteur! Mariée ou pas, je n'ai aucune envie qu'on m'appelle "madame": ça fait vieille rombière...
Donc, tu veux perpétuer un usage sexiste pour le seul plaisir de te faire flatter l'ego? Qu'est-ce que ça peut bien te foutre qu'un parfait inconnu trouve que tu fais ton âge, ou pas? La jeunesse n'est pas une qualité, c'est juste un état de fait - transitoire, qui plus est. Tout comme la beauté physique. Il faut arrêter de croire qu'une peau lisse et des seins défiant la loi de la gravité sont le seul moyen de séduire et de se donner de la valeur. Parce que ça aussi, ça fait partie des messages (pas très) subtils avec lesquels on nous matraque à longueur de journée pour nous empêcher de conquérir une égalité de droits. Je ne dis pas qu'il faut cesser de se maquiller ou de s'habiller joliment, parce que tout ce qui aide à se sentir bien dans sa peau est bon à prendre. Je dis qu'il faut cesser d'être obsédée par la beauté, la minceur, la jeunesse et le regard d'autrui - d'ailleurs souvent bien plus indulgent que le nôtre. Parce que pendant qu'une femme se mine pour une ride du lion un peu trop prononcée ou trois kilos en trop, elle ne cherche pas un vaccin contre le cancer, n'écrit pas les romans qui lui vaudront le prochain Nobel de littérature et ne fait pas campagne pour devenir secrétaire général de l'ONU.

Pfiou, tu ne vas pas chercher un peu loin, là? Je ne me sens pas spécialement féministe ni concernée par tout ça, moi...
Personnellement, je ne comprends pas qu'on puisse être une femme et ne pas se sentir concernée par l'égalité de nos droits avec ceux des hommes. C'est quand même sympa de pouvoir voter, gagner nos propres sous sans devoir en répondre à personne, ne pas être obligées d'épouser quelqu'un qu'on n'a pas choisi, divorcer de lui s'il nous gonfle, rester célibataire à vie, disposer de notre corps comme on l'entend, faire des enfants seulement si on le veut - non? Et tout ça nous serait impossible si ces féministes que tu prends (je le sens bien) pour des viragos écumantes ne s'étaient pas battues un jour. Elles ont fait un gros bout du chemin; à nous de ne pas baisser les bras avant la ligne d'arrivée. C'est une responsabilité que nous avons envers les générations futures.

Et pour en savoir plus sur cette initiative, cliquez ici.

mardi 5 avril 2011

Les filles des 343 salopes


En décembre 93, suite à un accident de pilule doublé d'une imprudence de ma part, je suis tombée enceinte. Je venais juste de m'installer dans une ville où je ne connaissais personne; j'étais sur le point de me faire virer de mon boulot et le géniteur avait déjà une petite amie officielle. De toute façon, même si les conditions idéales avaient été réunies, je savais que je ne voulais pas d'enfant, ni maintenant, ni jamais. Donc, j'ai entamé la procédure pour subir un avortement.

Ma grossesse était encore très récente, mais comme à cette époque préhistorique, le RU 486 n'existait pas, ma généraliste m'a envoyée dans une clinique pour une IVG chirurgicale. Je vous passe l'entretien obligatoire avec la psy et le délai imposé de 7 jours avant de pouvoir procéder à l'opération. Le jour venu, sur le conseil de ma généraliste, j'avais emporté un baladeur afin de ne pas entendre les bruits de l'aspiration. L'infirmière de service a refusé que je l'utilise au prétexte que "je devais bien me rendre compte de la gravité de mon acte". Et quand ça a été fini, elle m'a agité la bassine avec le foetus sous le nez en me demandant si je voulais voir. Comme quoi, les hommes n'ont pas le monopole de la connerie, de l'intolérance ou de la misogynie.

Bref. Tout ça pour dire que malgré des conditions assez pénibles (solitude, culpabilisation...), cette histoire ne m'a pas traumatisée. Je n'ai pas remis ma décision en cause quand j'ai fini par épouser le géniteur, et je me suis même félicitée de mon choix lorsque nous avons divorcé quelques années plus tard. Je n'ai pas l'impression d'avoir commis un meurtre, et quand j'y pense en me disant "Tiens, si je l'avais gardé, aujourd'hui il aurait tel âge", c'est avec un frisson de soulagement. Je l'ai échappée belle. J'ai pu disposer de mon corps comme je l'entendais, et comme toute femme devrait pouvoir le faire.

Il se trouve qu'aujourd'hui, le droit à l'avortement est remis en cause un peu partout: aux Etats-Unis où l'on flingue les gynécologues qui pratiquent encore des IVG dans certains états, mais aussi en France. De plus en plus de médecins culpabilisent leurs patientes ou les poussent, semble-t-il, à opter pour le RU 486 même en cas d'avortement tardif, parce que la procédure chirurgicale est mal rémunérée et jugée peu valorisante. Même si j'ai actuellement autant de chances de tomber enceinte qu'une plaque de chocolat de survivre plus d'une demi-heure dans un rayon de quinze mètres autour de Chouchou, je trouve ça scandaleux. Les générations de femmes qui viendront après moi ne peuvent pas avoir moins de droits. C'est inconcevable. Voilà pourquoi j'ai signé ce manifeste. Si vous êtes dans le même cas que moi, je vous invite à en faire autant.

mardi 8 juillet 2008

Louise High Heels


A l'occasion du premier dimanche des soldes, une course d'un genre un peu particulier avait lieu avant-hier dans l'avenue Louise: il s'agissait de sprinter sur cent mètres avec des talons aiguille (minimum 7 cm de haut, maximum 1,5 cm de large) pour remporter 10 000 euros de shopping. L'idée d'y participer m'avait vaguement effleurée - je crois l'avoir déjà dit ici, je ne suis jamais la dernière quand il s'agit de faire une connerie -, mais je craignais la cohue; et surtout, même avec des baskets aux pieds, ma célérité n'est guère supérieure à celle d'une limace neurasthénique. Néanmoins, je trouvais l'idée amusante et potentiellement génératrice de photos sympa. Hawk et moi avons donc été faire un tour sur les lieux pour assister à l'événement.

Là, nous avons été assez surpris de voir une foule de manifestants anti-sexisme qui brandissaient tout un tas de pancartes furibardes. J'avoue que leur revendication m'a laissée perplexe. Pour moi, le sexisme, c'est quand on fait subir un préjugé ou qu'on cause du tort à quelqu'un en raison de son sexe. Pas quand la personne en question choisit, sans y avoir été obligée, d'adopter un comportement stéréotypé.

Sur son site internet, l'association Respire dénonce, je cite: "les caractères humiliant, sexiste, consumériste et normatif de cet évènement". Humiliant? Chacun est libre de se ridiculiser en se tordant les chevilles sur un tapis rouge s'il en a envie. Consumériste? Pfff, si on veut dénoncer le consumérisme, c'est aux fondements même de la société occidentale qu'il faut s'attaquer - pas à une poignée de commerçants qui cherchent, de manière somme toute assez légitime, à se faire de la pub, et à quelques filles assez joueuses pour tenter de profiter de l'occasion. Normatif? Alors là, je me marre vraiment. Il y a bien longtemps que l'immense majorité de mes consoeurs a remisé ses escarpins au placard pour cavaler confortablement chaussée de baskets, de ballerines ou, à la limite, de sandales compensées pour allier surélévation et stabilité.

Et puis surtout, autant je trouve louable de se battre pour que les gens ne soient pas obligés de se conformer à une norme quelconque et puissent exprimer leur individualité de toute manière ne nuisant pas à autrui, autant se battre pour les forcer à renoncer à une norme - et donc, développer une norme opposée ! -, c'est juste la forme bien-pensante du fascisme. Même si, dans nos riches pays d'Europe, nous avons théoriquement obtenu une égalité de droits entre hommes et femmes, il reste encore du boulot pour faire appliquer l'égalité des chances, je suis d'accord. Se battre pour abolir le fameux "plafond de verre" dans l'entreprise, par exemple, me paraît une cause digne d'intérêt. Se battre pour empêcher des femmes libres de porter les chaussures de leur choix et de se déplacer avec à la vitesse qui leur sied, ce n'est pas essayer de leur donner plus de droits mais tenter de leur imposer une nouvelle obligation inverse.