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dimanche 25 juin 2017

"Danser" (Astrid Eliard)


Ils sont trois, âgés de treize ans, qui viennent d'entrer en première division à l'école de danse de l'Opéra de Paris: Chine la discrète, ravie d'échapper à une mère célibataire et négligente; Delphine la sociable qui passe son temps à l'infirmerie et se cache pour pleurer parce que ses parents lui manquent trop; Stéphane le cadet d'une famille de cinq garçons, prodige au physique disgracieux que les hormones commencent à tourmenter. Ils ont les mêmes problèmes, les mêmes interrogations, les mêmes doutes que tous les adolescents, mais doivent les mettre de côté pour se plier aux exigences de leur vocation précoce. Car pour devenir une Etoile comme ils en rêvent tous, ils ne peuvent se permettre aucun manquement à la discipline et doivent rester maîtres de leur corps en toutes circonstances...

Les amateurs de danse classique savent déjà combien l'apprentissage des petits rats est réputé difficile; les autres le découvriront ici à travers les trois jeunes héros qui tour à tour racontent la naissance de leur passion et leur adaptation à la vie de cet internat très particulier. A un âge où on ne pense souvent qu'à s'amuser et à enchaîner les expériences nouvelles, eux ont déjà choisi leur carrière et doivent presque tout lui sacrifier. Astrid Eliard pourrait forcer le trait en insistant sur la fatigue physique, les dérapages alimentaires ou les rivalités entre élèves; au lieu de ça, sans nier ces derniers, elle choisit de se concentrer sur l'intimité de ses personnages, leurs pensées les plus sincères et leurs sentiments les plus délicats ou les plus vifs. Un roman qui se lit d'un trait, et dont je regrette seulement la fin un peu abrupte.

mercredi 22 octobre 2014

"Tutu" à Bobino, la danse dans tous ses états!


Si j'aime passionnément la danse dont j'ai longtemps pratiqué plusieurs formes, je dois avouer qu'à une ou deux exceptions près, les interminables ballets classiques m'ennuient à mourir. Aussi, quand j'ai lu un article sur le spectacle délirant des Chicos Mambo, j'ai tout de suite eu envie d'y embarquer Chouchou durant notre week-end parisien. Mon amoureux s'intéresse à toutes les formes d'art; je serais bien bête de ne pas en profiter... 

Six danseurs nous entraînent dans un maelstrom visuel effréné et plein d'humour. En 20 tableaux, ils revisitent les icônes du ballet, de la danse contemporaine, de salon, sportive et rythmique, académique ou acrobatique. C’est une ode à la danse, où la dérision côtoie l’exigence. L’occasion pour les néophytes de découvrir ses grands thèmes incontournables, et pour les plus avisés de les redécouvrir sous un jour nouveau, mais jamais dénaturés.

Chaque tableau est une surprise haute en couleur, où la compagnie nous transporte dans son univers fantasque et théâtral. Les six interprètes hommes, tels des caméléons, endossent tous les rôles – plus de 40 personnages nous font rire, nous étonnent et nous impressionnent. Mais si la troupe est connue pour son autodérision, elle est aussi appréciée pour sa technique.

Et le spectacle tient tout à fait ses promesses: remarquablement bien réglé, il est inventif, drôle et virtuose à la fois. Même en pointes et tutu rose semi-intégral, les danseurs ne sont jamais ridicules; leur performance finit par abolir la notion de genre pour devenir juste enthousiasmante, et un peu troublante aussi. J'ai failli mourir étouffée de rire pendant leur parodie d'un numéro de danse moderne (le truc intello-barbant par excellence). Mais même pour quelqu'un qui ne saisit pas les références, "Tutu" reste un divertissement coloré, pêchu et tout à fait abordable. Dommage qu'il dure seulement 1h20. 






Au théâtre Bobino jusqu'au 31 décembre 2014

dimanche 30 décembre 2012

"Danseurs dans la ville"


Depuis le 5 novembre et jusqu'au 7 janvier, les passants qui longent les grilles du jardin Raymond VI, à Toulouse, peuvent admirer une série de splendide portraits réalisés par Daniel Herrero. Les danseurs du ballet du Capitole y posent dans des lieux emblématiques de Toulouse - près d'un Airbus, sur la pelouse ou dans les vestiaires du stade Ernest Wallon en compagnie de plusieurs rugbymen, au jardin des plantes, sur le toit du Capitole ou la balustrade du pont Neuf. Les clichés sont magnifiques, et  cette expo de plein air a fait un bien joli but de promenade pour conclure hier après-midi des vacances de Noël extrêmement difficiles. 








Station de métro la plus proche: St Cyprien République (ligne A)

samedi 26 mai 2012

Où Etre Exquis révèle un potentiel de geekitude insoupçonné


Nous sommes assis à la terrasse de l'Opéra Café. Après une brève séance de shopping utilitaire, nous avons fait un déjeuner tardif mais très sympa dans un resto choisi au hasard, sur une jolie petite place de la vieille ville. Puis j'ai cherché chez le bouquiniste la suite des "Gouttes de Dieu", dont il n'avait pas un seul volume, et Etre Exquis a cherché des mocassins Church en daim bleu marine que le magasin n'avait plus en 46. Il ne nous restait plus rien à faire en ville, mais il faisait trop beau pour que j'aie envie de rentrer chez moi. 

Donc, nous buvons un verre à la terrasse de l'Opéra Café en face du bâtiment éponyme. C'est un endroit où j'ai beaucoup de souvenirs: pendant un an, j'y ai suivi des cours de danse classique sous les combles et fait de la figuration dans différents spectacles - esclave maure enduite de cirage noir dans "Aïda", petit frère à perruque poudré qui chantait "Jésus vient de naître" dans "Werther". Et pendant une vingtaine d'années, tous les mois de juin ou presque, j'ai participé à l'un ou l'autre gala durant lequel mon père s'endormait immanquablement dès le troisième morceau de piano. 

En fermant les yeux, je revois l'étroit escalier en colimaçon qui montait vers la salle de cours, le carrelage dans le couloir des loges, les miroirs hollywoodiens entourés de spots, les costumes bariolés qui s'entassaient en désordre sur les portants. Je sens l'odeur de la poussière, de l'encaustique, du tissu défraîchi et de la résine qu'on écrasait sous nos pointes pour ne pas glisser. J'entends le bruit de la canne avec laquelle ma prof scandait les pas, celui du lourd rideau en velours bordeaux qui s'ouvre sur une salle dont les projecteurs empêchent de voir les dorures magnifiques et les fauteuils tous occupés, le brouhaha des voix dans le foyer pendant l'entracte. Ce bâtiment abrite un univers en soi, un monde très spécial auquel j'ai appartenu quelque temps, même si je n'y ai toujours été que de passage. Dans mon souvenir, c'est un labyrinthe grouillant de recoins obscurs, de décors en carton-pâte et de femmes maigres outrageusement maquillées. Du coup, je m'étonne toujours que, vu de l'extérieur, il semble si petit, et j'en fais la remarque à voix haute. 

- Normal, réplique Etre Exquis, imperturbable. C'est parce qu'en fait, c'est un Tardis. 

lundi 16 avril 2012

Souvenirs académiques



Le plancher en bois sur lequel je n'arrivais pas à faire mes pirouettes pieds nus a été recouvert d'un tapis de sol en caoutchouc noir paraît-il génial pour les pointes. Près du grand miroir, des étagères ont été installées pour la chaîne hi-fi; dans le coin derrière la porte, des penderies qui n'existaient pas de mon temps débordent de tutus et de robes de flamenco; quelques sièges ont été miséricordieusement installés pour les mamans et autres visiteurs. Mais c'est toujours le même banc devant l'entrée sur lequel les fumeurs s'attardent le temps de s'en griller une dernière, la même odeur de baume du tigre qui monte depuis la salle d'arts martiaux du premier étage, les mêmes espaliers et les mêmes barres sur lesquelles les filles s'étirent les jambes, les mêmes glaces dans lesquelles elles vérifient leur posture et leur ensemble.

J'avais une vingtaine d'années à l'époque où je venais transpirer ici tous les soirs de la semaine. Choupie, qui y passe désormais tout le temps où elle n'est pas assise sur les bancs de l'école primaire, a la moitié de mon âge d'alors. Mais vendredi soir, en la regardant répéter avec ses copines sur "Diamonds are a girl's best friend", j'ai souri en pensant que j'avais dans mes placards des chaussons Repetto en satin saumon tout cassés et un petit justaucorps en lycra rouge identiques aux siens. 

jeudi 15 mars 2012

Globalement, le corsaire n'est pas un garçon très dégourdi


Dimanche dernier, je suis allée avec Soeur Cadette et son amie Charlotte au Gaumont de Labège pour voir une retransmission en direct du ballet classique "Le corsaire" dansé par le Bolchoï. Sur le ticket imprimé à l'avance, il y avait marqué "durée du spectacle: 4h10". Nous avions décidé à l'unanimité que c'était sûrement une erreur: même en tenant compte des entractes, aucun corps de ballet ne saurait tenir sur scène aussi longtemps sans défunter de fatigue. Nous ignorions alors que 1/la troupe du Bolchoï compte plus de 200 danseurs (donc a les moyens de les faire tourner jusqu'à ce que le public craque le premier) 2/au fil des ans, des tas de gens sont venus rajouter un pas de deux par-ci, un tableau de groupe par-là à la chorégraphie originale de Marius Petipa. Tout de même, nous disions-nous, une histoire si longue à raconter devait être bougrement compliquée.

...En fait, pas tant que ça.


Acte I, tableau 1: La place du marché d'Andrinople. Le pacha vient acheter des esclaves au marchand Lankedem. Apercevant Médora, qui n'est ni la femme ni la fille de Médor mais la pupille de Lankedem, il exige que celui-ci la lui offre en cadeau Bonux sous peine d'être promptement décapité. Lankedem décide que sans tête, son turban lui irait beaucoup moins bien, et il s'apprête à remettre Médora au pacha. Surgit alors le corsaire Conrad, lui aussi amoureux de Médora - bien qu'il porte une jupe par-dessus son pantalon, ce qui ne laisse rien présager de bon concernant son hétérosexualité. Il se dépêche de l'enlever, et le lot d'esclaves avec, car les temps sont durs et il faut bien vivre ma pov'Lucette. Le pacha est colère.

Acte I, tableau 2: Le repaire des pirates - une grotte coquettement aménagée qui ne déparerait pas dans les pages de Marie-Claire Maison. A peine arrivée, Médora commence à chouiner pour que Conrad libère les autres esclaves. Ce qu'il fait, au grand mécontentement de ses compagnons. Ces derniers n'ont aucune intention de laisser la nouvelle taulière régenter leur existence: non mais vous vous rendez compte, une bonne femme qui dicte sa loi! Pourquoi pas lui filer le droit de vote et un salaire égal à boulot égal, pendant qu'on y est? Du coup, ils vaporisent une rose (dont on se demande bien comment elle a réussi à pousser sur leur caillou en plein mer, mais passons) avec un puissant narcotique. De leur côté, Conrad et Médora "s'adonnent à leur amour", selon le livret. Mais ils ont dû sécher les cours de sciences nat', parce qu'ils le font tout habillés en tricotant des guibolles. A ce train-là, je ne leur prédis pas une descendance nombreuse. Ils sont encore en train de chercher le mode d'emploi quand quelqu'un leur apporte la rose chloroformée. Ils la respirent tous les deux, s'endorment instantanément, et les pirates rebelles enlèvent Médora pour aller la remettre au pacha. Bon débarras!

Acte II, tableau 3: Le sérail du pacha. L'ancienne favorite et la nouvelle, Gulnare, se disputent car elles veulent toutes les deux s'adonner avec leur maître, et visiblement une partie à trois est hors de question. De toute manière, elles ne l'auront ni l'une ni l'autre, car FedEx vient juste de livrer Médora en 24h Chrono. Et là, pendant une demi-heure, pour une raison que je ne m'explique pas bien, des gonzesses en blanc dansent avec des cerceaux de fleurs. C'est d'un ennui mortel, d'ailleurs je m'endors dans mon siège. Quand je me réveille, Conrad vient de débarquer avec ses fidèles pour récupérer Médora. Ils sont déguisés en Jawas, s'y prennent comme des manches et se font capturer par la garde.

Acte III, tableau 4: La terrasse du sérail, avec la mer en toile de fond. Le pacha propose à Médora de libérer Conrad si elle consent à l'épouser. Mais Médora n'est pas Anna Nicole Smith: au vieux riche, elle persiste à préférer son jeune bellâtre. Gulnare imagine alors un subterfuge. Voilée, elle prend la place de Médora pendant la cérémonie pour que les deux femmes puissent s'adonner chacune avec l'élu de son coeur (ou de son portefeuille, c'est selon). Pendant ce temps, Médora s'enfuit avec Conrad. Tout est bien qui finit bien.

Acte III, tableau 5: ...Ou pas. Sur le pont du bateau des pirates, Conrad et Médora dansent un timide slow pour célébrer leurs retrouvailles. Il faut dire qu'il n'y a pas gras de place entre le mât et les cordages, et que c'est un peu juste pour un manège de grands jetés. Les deux tourtereaux n'ont pas encore réussi à s'adonner, ni même à échanger le moindre bisou, quand une tempête éclate et coule le navire. Merci, bonsoir.

Epilogue: ...Ah ben non, Conrad et Médora ont survécu au naufrage et se sont échoués sur une île, le cheveu pendouillant mais la jupette et le tutu miraculeusement secs. Pour la suite de leurs aventures, ce sera sur TF1 dans "Koh-Lanta: la vengeance du corsaire".

mardi 2 août 2011

"Pina"




A cause de la 3D, j'ai mis du temps à me décider pour aller voir ce film de Wim Wenders dédié à Pina Bausch, danseuse et chorégraphe hors-normes disparue en 2009 juste avant le début du tournage. Et puis quand je suis arrivée à l'UGC Toison d'Or, j'ai découvert qu'ils l'exploitaient maintenant en 2D. Joie: j'allais pouvoir profiter de "Pina" sans me choper une migraine interstellaire.

C'est donc un film sans scénario qui mélange des images d'archive, des interviews des danseurs de la troupe du Tanztheater de Wuppertal, des représentations sur scène et des chorégraphies filmées dans la rue ou en pleine nature. J'ai surtout été intéressée par ces dernières. La danse classique (ou moderne) reste un art très confiné aux théâtres, et je trouvais passionnant de la voir libérée de ce carcan. Pour le reste, j'avoue que je ne suis pas sensible à tout ce qu'a fait Pina Bausch et que j'ai parfois du mal à décoder ses intentions. Que représente le foutu chiffon rouge dans son Sacre du Printemps? La vie, l'amour, le désir? Je suis incapable d'apprécier l'art quand je ne le comprends pas. Mais j'ai aimé le portrait que dessinait le film en filigrane, celui d'une femme exceptionnelle qui a profondément marqué ses collaborateurs et fait d'eux une grande famille d'une durée inégalée dans le monde de la danse.

jeudi 1 janvier 2009

"Barbie Story"

C’est un article dans le Elle Belgique de janvier qui m’a appris l’existence de ce ballet, dont une représentation était donnée le soir du 31 décembre. Comme Chouchou devait travailler à partir de 6h du matin le Jour de l’An, nous savions que nous ne pourrions pas faire grand-chose pour le réveillon. Rester peinards à la maison ne m’aurait pas dérangée, mais nous aimons tous les deux aller au spectacle et ça faisait un petit moment que je voulais initier Chouchou au ballet*. Cependant, je n’ai lu le Elle que dans l’avion qui nous emmenait à Toulouse pour les vacances ; je craignais donc qu’il n’y ait plus de places. A ma grande surprise, une tentative de réservation par internet le matin du 24 décembre m’a néanmoins permis d’en acheter deux plutôt bien situées.

Hier, nous avons vite compris pourquoi en arrivant au Centre Woluwé Saint-Pierre. La salle pourtant pas immense était plus qu’à moitié vide. Manque de publicité ? Sujet rébarbatif pour les adultes ? Le chorégraphe, responsable depuis peu du Brussels Ballet, doit pourtant être assez connu pour attirer le public. Mystère. Quoi qu’il en soit, « Barbie Story » possède d’énormes défauts et, curieusement, de non moins énormes qualités. Parmi ces dernières : un thème original, une chorégraphie inventive qui mélange le classique, le moderne et les danses latines, des interprètes ultra-motivés, des musiques éclectiques et judicieusement choisies (parmi lesquelles deux excellents remixes de « Creep » et de « Toxic »). En revanche, on peut déplorer la pauvreté des costumes et des décors, notamment dans la première partie, alors que le thème se prêtait à pas mal d’extravagance de ce côté-là. La lumière, également, est très peu utilisée pour mettre en valeur le travail des danseurs (sauf dans le numéro « Miss Bubble Cut », qui permet de se rendre compte de l’effet bœuf que peut donner même un éclairage tout simple). Malgré son petit goût de projet bricolé avec quatre bouts de ficelle et énormément d’enthousiasme, j’ai beaucoup apprécié « Barbie Story » et suivrai de près les futures créations de David Sonnenbluck.

*« Mais je l’ai déjà passé plein de fois, tu sais », a-t-il tenté de plaisanter quand je lui en ai parlé. On sait déjà qu’une chose au moins ne changera pas en 2009 : son sens de l’humour disons, euh… Non, ne disons rien.