Affichage des articles dont le libellé est dépression. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est dépression. Afficher tous les articles

mercredi 16 janvier 2019

"The light in the dark" (Horatio Clare)


Horatio Clare vit dans un coin paumé d'Angleterre avec sa femme Rebecca et leur fils de 5 ans; deux jours par semaine, il fait un long trajet en train pour aller enseigner à l'université de Manchester. Sujet à une forte dépression saisonnière, il décide de tenir un journal pendant l'hiver pour combattre ce phénomène. C'est l'occasion pour lui d'égrener ses souvenirs de gamin qui a grandi à la campagne, puis vécu en France et en Italie avant de revenir s'installer à la campagne dans son pays natal. Pendant quelques mois, il s'attache à observer la nature, à détailler sa beauté et à y chercher des traces d'espoir.

Sa prose est très belle, mais j'avoue qu'elle m'a ennuyée par moments. J'avais envie d'en savoir plus sur lui, sur ses états d'âme et sur leurs effets vis-à-vis de ses proches, pas sur les espèces d'oiseaux qu'il croisait dans ses promenades ou la teinte exacte de la brume un 5 février en milieu de matinée. J'ai même failli interrompre ma lecture au milieu. Mais dans le dernier tiers de son court mémoire , l'auteur commence enfin à aborder frontalement le sujet de sa dépression, sa culpabilité de ne pas gagner assez d'argent et d'être un boulet pour sa famille, ses craintes d'être bipolaire, ses hésitations à aller voir un médecin pour se faire diagnostiquer. Son épilogue est lumineux et plein d'espoir.  

mercredi 20 juin 2018

"Solitude d'un autre genre" (Kabi Nagata)


A 28 ans, Kabi Nagata est une jeune femme profondément dépressive, incapable de s'accrocher ne serait-ce qu'à un emploi subalterne à mi-temps. Depuis sa sortie du lycée, elle a été tour à tour anorexique et boulimique; souvent, elle s'automutile pour exprimer d'une façon concrète une douleur mentale invisible qu'elle peine à identifier, et l'envie de mourir la taraude constamment. Après sa dernière grosse rechute, elle a dû revenir s'installer chez ses parents qui ne la comprennent pas - alors que son besoin d'être acceptée par eux prime sur toute autre motivation. Elle souffre aussi de phobie sociale, n'a aucun ami et commence juste à comprendre qu'elle est attirée par les femmes. Par soif de contact humain et pour perdre enfin sa virginité, elle décide de faire appel à un service d'escort girls...

Oeuvre 100% biographique, "Solitude d'un autre genre" décortique la maladie mentale de l'auteure avec une franchise si complète, si brutale qu'on se sent parfois gêné en lisant. Le dessin au trait en noir et blanc simplement rehaussé de rose, aux personnages de manga classiquement kawaii, contraste très fort avec l'enfer intérieur que décrit Kabi Nagata. Même les passages un peu drôles - quand elle s'interroge sur l'attitude à avoir avec l'escort girl, notamment - restent poignants de par leur contexte. On souffre vraiment avec elle; à la fin, on se réjouit qu'elle ait pris conscience de ses propres besoins et osé aller à l'encontre des attentes de son entourage pour trouver enfin une forme d'épanouissement. Une douloureuse et pourtant très accessible quête de l'acceptation de soi, que je recommande à tous les anglophones intéressés par les thèmes de la maladie mentale et de l'homosexualité. 

Traduction de Manon Debienne

jeudi 3 mars 2016

"Juliette: Les fantômes reviennent au printemps" (Camille Jourdy)


Une jeune Parisienne hypocondriaque et sans doute dépressive revient pour un laps de temps indéterminé dans la ville de province où elle a grandi. Son père n'a jamais refait sa vie depuis le départ de sa mère, une excitée New Age qui change de petit ami comme de chemise bariolée. Sa grand-mère perd la boule et va devoir être placée dans une maison de retraite. Sa soeur aînée en a un peu marre que tout le monde se repose sur elle au prétexte qu'elle est forte, et s'évade le jeudi dans les bras d'un amant dont elle n'attend rien. Son beau-frère s'est récemment découvert une passion pour les flans. L'aîné de ses neveux, sur le point d'avoir onze ans, est atteint de tics nerveux qui le défigurent. Alors qu'elle va revoir la maison de son enfance dans l'espoir de ressusciter ses souvenirs enfuis, Juliette rencontre le nouveau locataire, un pilier de bistrot malchanceux en amour...

Comme "Rosalie Blum" que j'avais tant aimé, "Juliette : Les fantômes reviennent au printemps" s'attache à suivre le quotidien de provinciaux très ordinaires, voire passablement ennuyeux, mais qui dès qu'on s'intéresse à eux d'un peu plus près se révèlent gentiment barrés chacun à leur façon, et finissent tous par inspirer une tendresse à mi-chemin entre amusement et résignation. Cette histoire sans véritable histoire pourrait déprimer le lecteur si le dessin n'était pas aussi coloré et faussement naïf, et si l'auteure ne s'amusait pas à semer des petits grains de folie par-ci par-là: un caneton nommé Norbert Magret, un poisson pané sauvage, un vendeur de déguisements qui se rend chez sa belle dans la peau d'un ours, d'un lapin ou d'un fantôme... La vie passe quoi qu'il arrive, avec ses angoisses, ses peines et ses chamailleries, mais même sans rien en faire de grandiose, on peut toujours y trouver une forme de douceur, un réconfort, un apaisement, semble dire Camille Jourdy. J'ai été très sensible à la représentation ultra-fidèle de l'hypocondrie, mais aussi à la dynamique des rapports familiaux conditionnés par le poids des non-dits et des rôles définis dans l'enfance. Une oeuvre pleine de sensibilité, mais au charme de laquelle on ne se laissera prendre qu'à condition d'être dans un certain état d'esprit.