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jeudi 28 février 2019

"Yasmina et les mangeurs de patates" (Wauter Mannaert)


Malgré son jeune âge, Yasmina est déjà une cheffe émérite, qui réussit à préparer de savoureux petits plats à partir des légumes donnés par ses deux amis jardiniers Cyrille et Marco. Mais le jour où un méchant fabricant de patates en sachet rase les potagers pour y installer son usine, la fillette se retrouve bien embêtée. Ce n'est pas avec le maigre salaire d'Omran, son papa employé dans un fast-food, qu'elle va réussir à acheter des tomates à près de 3€ le kilo. Heureusement, elle arrive à se servir en douce dans le jardin qu'une mystérieuse voisine cultive sur le toit de son immeuble. Puis les patates en sachet envahissent les magasins, connaissant un succès fou, et les gens qui en ont mangé se mettent à se comporter très bizarrement... 

On aura compris depuis longtemps que je suis incapable de résister à une bédé culinaire. Mais outre son thème alléchant, "Yasmina et les mangeurs de patates" coche pratiquement toutes les cases de ce que j'adore en bande dessinée. Sur le plan graphique: absence de cases, longues plages muettes et néanmoins très parlantes, bâtiments vus en coupe et architecture originale, gros plans d'assiette, belles illustrations pleine page... Sur le plan de la narration, une jeune héroïne racisée, futée et militante du bien-manger, des personnages secondaires divers et attachants malgré leurs petits travers, des échanges hyper drôles (notamment entre le jardinier tradi et le fou du bio, ou entre Omran et ses collègues qui, voyant ses bento végétariens, soupirent qu'eux, sans viande et sans frites, ils ont de nouveau faim à 16h). Même si j'ai davantage aimé le côté "tranche de vie" de la longue mise en place que l'aventure qui s'emballe dans le dernier tiers, le récit est original et maîtrisé, sans aucun temps mort. Et malgré son côté parfois farfelu, il fait passer de très chouettes idées. Mon avis: il vous le faut. Pas encore convaincu? Allez lire les 24 premières pages ici

Traduction de Laurent Bayer



dimanche 7 octobre 2018

"Bouillon" (Olivier Milhaud/Sandra Cardona)


Eugénie Croque-Bol a du caractère et de l'ambition. Mais quand elle se rend sur l'île de Bouillon pour devenir commis de cuisine au célèbre restaurant Caldo, elle découvre qu'en fait, on l'a engagée pour la moins prestigieuse brasserie. Bien que dépitée, la jeune femme accepte de rester. Très vite, elle devient amie avec sa colocataire Bigoudi, une danseuse de cancan doublée d'une mangeuse d'hommes, et se fait bien voir du sévère mais juste Chef Gilbert qui la surnomme Môme. Elle peut donc envoyer des lettres rassurantes à son Papino - jusqu'au jour où Maître Crouzille, le chef du Caldo, est assassiné... 

Si je suis toujours bonne cliente pour les bédés culinaires, je n'avais pas entendu parler de ce titre avant de tomber dessus chez mon libraire, ne connaissais pas ses auteurs et ne savais pas du tout à quoi m'attendre en l'achetant. Ce fut une très bonne surprise, notamment grâce à l'esthétique Art Déco de l'univers qui m'a tout de suite enchantée. Ile à la géographie improbable, Bouillon offre un cadre fascinant aux aventures de l'opiniâtre Eugénie. Mêlant découvertes culinaires et investigations policières, les 124 pages de l'album défilent trop vite tant on aimerait s'attarder dans ces ruelles tortueuses bordées de gargotes ou traîner encore un peu dans l'adorable studio de l'héroïne. Un one shot très réussi. 

dimanche 3 juin 2018

"Le rêve de Ryôsuke" (Durian Sukegawa)


Le père de Ryôsuke s'est suicidé quand il était petit. Depuis, ce jeune homme de 28 ans traîne un mal-être indéfinissable qui menace souvent de le submerger. Un jour, il répond à une petite annonce pour aller faire des travaux de terrassement sur Aburi, une île rocheuse desservie par un seul ferry hebdomadaire et sur laquelle il n'y a pas de réseau. Deux autres jeunes gens ont été embauchés avec lui, et tous trois se heurtent très vite à l'hostilité des habitants gouvernés d'une main de fer par un homme que tout le monde appelle le Président. Malgré des conditions de vie difficiles, Ryôsuke est étrangement séduit par Aburi, sa nature sauvage et les chèvres qui la peuplent. Au point qu'il décide de reprendre à son compte le rêve de son père en s'essayant à la fabrication de fromage...

J'avais beaucoup aimé le précédent roman de l'auteur, "Les délices de Tokyo", qui a connu un gros succès de librairie et fait l'objet d'une adaptation cinématographique très réussie. Ici aussi, Durian Sukegawa met en scène un héros à l'aube de la trentaine qui cherche sa voie et qui finit par la trouver dans la préparation d'un aliment. La ressemblance s'arrête ici. "Le rêve de Ryôsuke" se déroule sur une île presque oubliée par le temps, où la technologie est réduite au minimum, où les gens entretiennent des coutumes archaïques et où seules la chasse et la pêche permettent de se nourrir au quotidien. Ryôsuke, qui s'est vite attaché aux chèvres, a beaucoup de mal à accepter la nécessité d'en tuer certaines, et encore plus de mal à le faire lui-même. Sa confrontation avec une nature primitive va le réconcilier avec son passé et tracer pour lui l'ébauche d'un chemin de vie. Un beau roman contemplatif et intimiste.

Traduction de Myriam Dartois-Ako

jeudi 8 mars 2018

"Le goût d'Emma" (Julia Pavlowitch / Emmanuelle Maisonneuve / Kan Takahama)


Emma a toujours eu un palais exceptionnel, une passion pour la cuisine et un rêve: devenir inspectrice au Guide Michelin. Un jour, alors qu'elle n'y croit plus, elle est invitée à rejoindre l'équipe du célèbre petit livre rouge. Elle sera la seule femme parmi une équipe masculine où ses collègues doutent d'abord qu'elle soit faite pour ce métier. 

Les tournées en province sont longues et épuisantes, ce qui ne facilite pas la vie amoureuse ou de famille. On roule beaucoup; on mange souvent riche et pas toujours bien; il faut mémoriser et respecter une procédure draconienne... Sans parler de la difficulté de faire un retour négatif à des restaurateurs qui se sont parfois lourdement endettés pour leur établissement. 

Mais grâce à son talent et à son implication absolue, Emma impose très vite le respect. Puis, lors de vacances au Japon, elle découvre une cuisine minimaliste qui change radicalement son approche de la restauration et la fait douter d'être encore à sa place au Michelin...

Basé sur l'histoire vécue par Emmanuelle Maisonneuve, qui en signe le scénario avec Julia Pavlowitch, "Le goût d'Emma" propose à la fois une trajectoire de femme passionnante et un coup d'oeil inédit dans les coulisses du plus célèbre guide gastronomique au monde. L'ensemble est servi par les très jolis dessins de Kan Takahama (même si je regrette que beaucoup des décors soient visiblement des photos à peine transformées). Une bédé idéale en cette journée internationales des droits des femmes! 

mardi 16 janvier 2018

"Les cuisines du Grand Midwest" (J. Ryan Stradal)


Sa mère s'est enfuie en l'abandonnant alors qu'elle n'avait que quelques mois; peu de temp après, son père a été tué par une crise cardiaque. Eva Thorvald est adoptée par son oncle et sa tante, qui ne lui diront jamais qu'ils ne sont pas ses vrais parents. Très tôt, elle manifeste un palais exceptionnel et des dons stupéfiants pour la cuisine...

Si c'est bien le parcours hors du commun d'Eva que raconte J. Ryan Stradal, il le fait, à une exception près, toujours à travers les yeux d'autres gens. Centré sur un aliment ou un plat spécifique, chaque chapitre est narré du point de vue d'un membre de l'entourage de la jeune femme, et souvent, cette dernière n'y fait qu'une brève apparition. 

Du coup, pour le lecteur comme pour le grand public, elle reste perpétuellement cette célébrité insaisissable dont on ne sait jamais ce qu'elle pense ou ce qu'elle ressent. Faute de bien la cerner (oui, OK, elle est passionnée de bouffe, mais quoi d'autre?), on peine à s'attacher à elle. 

Néanmoins, pour frustrante qu'elle semble par certains côtés, la construction du roman permet de visiter toutes les classes de la société américaine et d'avoir un aperçu intéressant de leurs rapports respectifs à la nourriture. J'ai beaucoup aimé le personnage de la femme au foyer de la classe ouvrière, effarée de découvrir lors d'un concours de pâtisserie que les aliments traditionnels qu'elle utilise sont désormais considérés comme du poison violent!

J'ai apprécié aussi le dernier chapitre qui réunit la plupart des protagonistes et récapitule les étapes marquantes de la vie d'Eva au cours d'un dîner mémorable - lequel s'achèvera, non par une résolution facile, mais par un point d'interrogation plus subtil du point de vue littéraire. En somme, il ne faut pas voir "Les cuisines du grand Midwest" comme un roman classique racontant l'histoire d'une femme, mais plutôt comme un recueil de nouvelles tournant autour du même thème et reliées entre elles par un fil rouge pas si épais. 

Traduction de Jean Esch (pour ma part, j'ai lu ce livre en V.O.)

mardi 12 décembre 2017

"Noël à la petite boulangerie" (Jenny Colgan)


Après "La petite boulangerie du bout du monde" et "Une saison à la petite boulangerie", Jenny Colgan conclut les aventures de Polly Waterford, son fiancé apiculteur Huckle, leur macareux domestique Neil et leur couple d'amis honteusement riches Reuben et Kerensa. Comme toujours, il y aura du pain et des pâtisseries, beaucoup de pain et de pâtisseries répandant leur bonne odeur à travers toutes les pages; une île de Cornouailles à laquelle on ne peut accéder la moitié du temps, un phare impossible à chauffer et des conditions météos pas toujours miséricordieuses, surtout en plein hiver. Il y aura des éclats de rire nerveux provoqués par le comportement outrancier de la famille Finkel. Il y aura des querelles amicales et amoureuses qui se termineront forcément bien, et aucune allusion à une actualité plombante parce qu'on est dans un roman feel-good. Mais il y aura aussi quelques passages un peu plus profonds ou émouvants, une réflexion sur les erreurs que l'on commet et la difficulté de faire la paix avec le passé. Sans être de la grande littérature, les bouquins de Jenny Colgan font généralement très bien leur boulot, et ce "Noël à la petite boulangerie" (que j'ai lu en anglais) est idéal pour savourer sous un plaid par une froide soirée de décembre, avec un chocolat chaud à portée de main.

samedi 24 juin 2017

"Gloutons & dragons T1" (Ryoko Kui)


C'est un groupe d'aventuriers tout ce qu'il y a de plus classique, parti à l'assaut d'un de ces donjons dans lesquels plusieurs de mes alter ego ont traîné leurs guêtres durant une bonne partie de mon adolescence. Quand sa soeur se fait gober par un dragon, le guerrier de la bande décide de repartir à l'assaut pour la délivrer avant qu'elle ne soit digérée. Le voleur est partant pour le suivre; la magicienne elfe crève la dalle et veut manger d'abord. Mais leurs fonds sont au plus bas, et on trouve peu de tavernes dans les sous-sols infestés de pièges et de créatures redoutables. Heureusement, nos aventuriers croisent le chemin d'un nain très versé dans la cuisine de monstres...

"Gloutons & dragons": le manga qui invente la gastronomic fantasy, clame la quatrième de couverture de ce tome 1. Et de fait, comme dans tout bon manga culinaire qui se respecte, chaque chapitre porte le titre d'un plat dont on suit la préparation et la dégustation. Sauf qu'ici, les personnages n'achètent pas les ingrédients au supermarché: ils doivent les chasser en risquant leur peau. Si le guerrier bien propre sur lui nourrit des fantasmes gustatifs délirants, la magicienne elfe, en revanche, pousse des cris hystériques devant le contenu de sa gamelle - avant de finir par admettre que c'est étonnamment délicieux. Quant au nain, il tient absolument à ce que l'équilibre diététique soit respecté et fournit la composition en protéines, en graisses, en vitamines et en minéraux de chacune de ses recettes.

J'ignore si les lecteurs biclassés rôlistes/gourmands, et donc susceptibles de goûter pleinement le piquant de cette série, sont légion. Mais j'en fais définitivement partie. Comment éplucher une mandragore? Y a-t-il quelque chose à bouffer dans une armure animée? Dans le basilic, du serpent et du coq, qui est la tête et qui est la queue? Comment récupérer l'huile du piège censé vous ébouillanter pour faire plutôt une bonne friture? "Gloutons & dragons" répond à toutes ces questions que vous ne vous êtes jamais posées, et plus encore! Un mélange  aussi improbable que réussi.

vendredi 23 juin 2017

"La merveilleuse boutique de crèmes glacées de Viviane" (Abby Clements)


Anna, 28 ans, est responsable marketing du Royal Pavilion, à Brighton, et vient d'acheter un appartement où elle compte s'installer avec son petit ami Jon et le jeune fils de celui-ci, Alfie. Sa soeur cadette Imogène bourlingue en Thaïlande où elle prend des photos sous-marine en vue de monter une exposition. A la mort de leur grand-mère bien-aimée, Viviane, elles héritent de sa boutique de crèmes glacées rétro qui vivotait à grand-mal depuis quelques années. Ce qui ne cadre pas du tout avec leurs projets de vie respectifs...

Visiblement, la recette qui permet à Jenny Colgan de cartonner dans les ventes fait des émules! Le problème, c'est qu'Abby Clements n'est pas aussi douée pour restituer des atmosphères qui font rêver, que ses dialogues sont loin d'être aussi vifs et que son histoire ne ménage pas la moindre surprise. Prévisible et nettement moins savoureux que les glaces de ses héroïnes, "La merveilleuse boutique de crèmes glacées de Viviane" est tout juste potable comme lecture de train ou de plage - vite lu, vite oublié. 

mercredi 7 juin 2017

"A boire et à manger avec Sonia Ezgulian" (Guillaume Long)


Pour le quatrième tome de sa série "À boire et à manger", Guillaume Long s'est associé avec la sympathique restauratrice Sonia Ezgulian qui lui fait découvrir ses recettes fétiches. Si l'idée pouvait sembler bonne, j'avoue n'avoir que peu apprécié le résultat. D'abord, ce n'est plus tout à fait une bédé: la moitié des pages environ est consacrée à des souvenirs écrits de Sonia Ezgulian ou au récapitulatif "au propre" des recettes abordées dans les pages dessinés. Au final, ce que j'apprécie dans ABAM n'occupe donc que 50% de l'ouvrage. 

De plus, si les recettes présentées mettent souvent l'eau à la bouche, beaucoup d'entre elles contiennent des ingrédients dont je n'ai jamais entendu parler et que je doute de pouvoir trouver facilement: le citron caviar du fameux beurre au citron caviar, pour n'en citer qu'un seul. Recherche effectuée, en plus d'être rare, il coûte une blinde! Or ce qui était sympa dans ABAM à l'origine, c'était justement que toutes les recettes pouvaient être reproduites facilement et sans faire des frais énormes. Bref, malgré la découverte d'une restauratrice à l'univers culinaire non dénué d'intérêt, je ne suis pas séduite par ce tome.

dimanche 5 février 2017

"La cantine de minuit T1" (Yarô Abe)


C'est un petit restaurant qui ne paye pas de mine. Situé dans le quartier chaud de Shinjuku, à Tokyo, il est ouvert tous les jours entre minuit et sept heures du matin. Sa carte se limite à un menu fixe et trois types de boissons, mais en réalité, le patron peut préparer n'importe quel plat à la demande pour peu qu'il ait les ingrédients sous la main. Autour de son comptoir se succèdent des gens de la nuit - yakuza, stripteaseuse, entraîneuse de bar, propriétaire de boîte gay, catcheuse, boxeur, ou encore cambrioleurs - qui partagent ce qu'évoquent pour eux les plats réclamés. Parfois, ils se chamaillent sur la façon d'assaisonner ou de manger un aliment; parfois, à force de se côtoyer, ils forment des couples ou des amitiés improbables.

Bien que bonne cliente pour les mangas culinaires, je n'étais pas certaine d'apprécier celui-ci lorsque je l'ai acheté: j'avais un peu de mal avec le dessin des visages et je craignais que ça ne me gâche le récit. En réalité, je m'y suis faite très vite, et j'ai même fini par apprécier le fait que le graphisme ne ressemble pas à celui d'un millier d'autres mangas.

Ici, pas d'histoire à proprement parler, mais des chapitres courts comme autant de nouvelles, chacun axé autour d'un plat et d'un ou deux clients du restaurant. Si la nourriture est ce qui les rassemble, elle n'est pas le thème principal comme dans "Le gourmet solitaire", "Oishinbo" ou "What did you eat yesterday": juste un prétexte pour raconter des tranches de vie un peu à la marge de la société japonaise (et en même temps très typiques de celle-ci). Les plats présentés sont du genre simple et sans prétention. Tout le monde les connaît et les apprécie; tout le monde a des souvenirs liés à eux et une idée bien précise sur la meilleure façon de les consommer, ce qui contribue a créer une atmosphère de camaraderie nocturne étrangement apaisante. J'ai aimé "La cantine de minuit" beaucoup plus que je ne m'y attendais, et j'achèterai volontiers les prochaines tomes.

dimanche 4 décembre 2016

3 livres de cuisine que je convoite en ce moment


S'il y a un rayon de librairie où je suis toujours émerveillée par les nouveautés, c'est bien le rayon cuisine. Les livres sont tellement beaux que pour un peu, on les achèterait juste pour les regarder. Sauf que pour quelqu'un qui s'efforce de suivre le chemin du minimalisme, ce ne serait pas très judicieux. Je sais que je n'aime pas passer du temps à préparer mes repas, et encore moins à pister des aliments exotiques à travers toute la ville. Mais comme tout le monde n'est pas aussi feignasse que moi, je vous présente trois ouvrages repérés récemment et qui m'ont beaucoup fait saliver:


Tout ce que je connais à la cuisine coréenne pour le moment, c'est le bibimbap (que j'adore) et le kimchi (qui me fait cracher des flammes par les nasaux). Mais j'aime l'aspect équilibré et les belles couleurs des plats proposés dans ces pages. Principes, ustensiles et ingrédients sont expliqués au début; la mise en page est claire et donne l'impression qu'exécuter une des recettes serait un jeu d'enfant. 





Dans la ligné de Gastrono Geek, des plats et desserts inspirés de tout un tas d'oeuvres de la culture populaire fantastique: Ma sorcière bien-aimée, Le monde de Narnia, Harry Potter... Les recettes sont très nombreuses et bien détaillées; elles semblent plutôt faciles à réaliser, et les illustrations font terriblement envie. De quoi composer un succulent repas à thème (pour Halloween plutôt que pour Noël, peut-être... encore que quand on aime, on ne se soucie pas des dates!).




Un des rares livres de cuisine que je possède est justement un livre de Clea, connue pour ses recette végétariennes et véganes aussi faciles que délicieuses. La soupe accompagnée de tartines est l'un de mes dîners préférés en hiver, et j'aimerais bien varier un peu mes classiques. Comme en plus, cet ouvrage est illustré par des photos incroyablement belles et poétiques, il n'est pas impossible que je finisse par craquer pour celui-là!

dimanche 13 novembre 2016

"Chroniques de la fruitière" (Fred Bernard)


Trois ans après ses très réussies "Chroniques des vignes", Fred Bernard se voit proposer de reprendre le concept avec un autre produit du terroir: le comté! Durant une année entière, il va assister aux diverses étapes de la fabrication, rencontrer et interroger des producteurs et autres intervenants de la chaîne, apprendre à déguster en connaisseur puis rapporter tout ce qu'il a appris avec un savoureux mélange d'humour et d'émerveillement. On découvre avec lui que la filière du comté occupe une place un peu à part dans le monde agricole: restée très humaine avec sa structure coopérative, elle se porte paradoxalement (ou pas, en fait...) beaucoup mieux que l'ensemble du secteur. On a plaisir à voir la passion communicative que chacun des artisans met dans son travail, et on referme ce gros ouvrage exhaustif avec une seule envie: celle d'un verre de vin et d'un bout de fromage! 

"Un fromage comme le comté, c'est aussi le fruit d'une intelligence collective" (Pierre Parguel, "Chroniques de la fruitière")




mercredi 17 août 2016

"Mangeur de feu" (Gérald Gorridge)


A Hanoï, Hoa doit rédiger un guide touristique consacré au pho (prononcer "feu-euh"), la soupe vietnamienne typique. Après avoir mangé dans son échoppe préférée, elle se rend chez Chef Didier qui a francisé la recette en remplaçant le boeuf par du foie gras. Tous deux se lancent dans de grandes suppositions sur les origines exactes du pho... 

Difficile de donner un avis global sur cette surprenante bédé culinaire. J'ai adoré la première partie qui s'attache à la confection du plat même, moins aimé l'histoire des marsouins cernés dans leur fort militaire et de la marchande de vivres peut-être traîtresse, et complètement décroché pendant le délire fantasmagorique sur le génie du pho qui clôture "Mangeur de feu".

Je dirais néanmoins que celui-ci vaut le coup d'oeil ne serait-ce que pour ses dessins magnifiques (mis en valeur par un très beau papier), son mélange de gourmandise et de sensualité, mais aussi l'éclairage culturel qu'il jette sur les rapports entre les langues française et vietnamienne. 

mercredi 6 avril 2016

"La petite boulangerie du bout du monde" (Jenny Colgan)


Quand son couple et sa petite entreprise font naufrage, Polly quitte Plymouth et trouve refuge dans un petit port tranquille d'une île de Cornouailles. Quoi que mieux qu'un village de quelques âmes battu par les vents pour réfléchir et repartir à zéro? 
Seule dans une boutique laissée à l'abandon, Polly se consacre à son plaisir favori: préparer du pain. Petite à petit, de rencontres farfelues - avec un bébé macareux blessé,  un apiculteur dilettante, des marins gourmands - en petits bonheurs partagés, ce qui n'était qu'un break semble annoncer le début d'une nouvelle vie...

Au tout début de la "mode" de la chick-lit, quand il n'y avait pas encore pléthore de titres, j'ai lu les deux ou trois premiers romans de Jenny Colgan, et j'ai bien aimé sans plus. Récemment, une romance mâtinée de SF qu'elle avait écrite sous le nom de Jenny T. Colgan ne m'a qu'à moitié convaincue malgré un excellent début. Et on ne peut pas dire que la couverture de "La petite boulangerie du bout du monde" fasse très envie. Mais je cherchais un bouquin feel-good à me mettre sous les lunettes, et j'éprouve toujours une étrange attirance pour les histoires qui se passent dans des coins reculés d'Angleterre où je m'ennuierais probablement à périr si on m'y parachutait.

Dévoré en deux jours malgré ses 500 pages, ce roman m'a enchantée quasiment de bout en bout. J'ai aimé, bien entendu, l'atmosphère du petit village de Cornouailles isolé et comme oublié par le temps, ainsi que la description gourmande des diverses sortes de pains confectionnés par Polly. Bien qu'elle ne soit pas une héroïne inoubliable en soi, celle-ci est confrontée à un changement de vie forcé qui m'a beaucoup interpelée. Après avoir longtemps mené une vie d'entrepreneuse branchée et vécu avec son compagnon dans un somptueux appartement de ville, elle se retrouve sans un sou ni aucune perspective de carrière, obligée de repartir à zéro dans un endroit a priori déprimant où elle ne connaît personne - mais ce passage difficile va révéler sa vraie passion et la transformer en profondeur. Si la tendance globale est plutôt optimiste, Polly va aussi affronter des obstacles, être ébranlée par une tragédie et devoir faire un choix entre son ancienne vie et la nouvelle. La seule chose qui m'a ennuyée, en fait, c'est la romance obligatoire et son happy end convenu. Mais je chipote. Pour le reste, l'écriture est assez agréable; j'ai adoré l'humour sarcastique de Polly dans ses échanges avec Tarnie le marin ou Huckle l'apiculteur, ainsi que la vantardise éhontée de Reuben le milliardaire. Je pense même me procurer la suite un de ces quatre. 

"Neil était sagement posé sur le muret de la jetée et dégustait tranquillement un morceau de bagel. Il leva la tête en entendant son nom. 
- Il semblerait que je sois trop cruelle avec lui et que je ne respecte pas les droits fondamentaux des animaux, soupira Polly. 
- Je trouve qu'il a engraissé, remarqua Tarnie. 
- Mon macareux n'est pas gros, rétorqua Polly avec colère. Et il est encore jeune. Ne parlez pas ainsi devant lui. Cela pourrait gravement altérer l'estime qu'il a de lui-même.
- Et ce ne serait peut-être pas plus mal, insista Tarnie. S'il se sait gros, il pourra faire un régime. Ca n'avance à rien de nier l'évidence."

"Certaines angoisses empiraient la nuit et devenaient plus vivables une fois le soleil levé. Elles s'évanouissaient tels de mauvais rêves après la première tasse de café, ou ne résistaient pas aux mille occupations de la journée, quand le cerveau se voit privé de toute chance de méditer sur les erreurs commises et les opportunités manquées, les regrets et la peur de l'avenir. Polly comprit que ses problèmes n'appartenaient pas à cette catégorie." 

lundi 4 avril 2016

"Les rêveries d'un gourmet solitaire" (Taniguchi/Kusumi)


Dans "Le gourmet solitaire", Gorô Inokashira était un simple commercial qui aimait, au gré de ses déplacements professionnels, manger seul dans de petites gargotes en y allant de moult commentaires sur le contenu de son bol ou de son assiette. Bien que 22 années se soient écoulées depuis la parution du premier volume de ses pérégrinations gourmandes, Gorô n'a pas pris une ride sur le papier. En revanche, il a beaucoup gagné en épaisseur. Dans "Les rêveries d'un gourmet solitaire", on le voit exercer son métier de représentant, ressasser ses souvenirs d'une ancienne amoureuse, dévoiler un petit complexe d'infériorité intellectuelle ou se battre avec une brute épaisse qui force un de ses employés à boire trop d'alcool. On peut même admirer ses fesses sous la douche! Qu'on se rassure pourtant: le sujet principal de ce volume reste bien la nourriture que Gorô consomme avec un appétit étonnant. D'une nécessité terrestre, il fait un véritable art de vivre, voire une philosophie. Et cette fois, outre les spécialités japonaises, il se hasarde à quelques incursions dans des restaurants de cuisine étrangère - péruvienne ou coréenne -, sans parler du couscous qu'il dévore lors d'un voyage à Paris. Pour le lecteur aussi, le plaisir est au rendez-vous à chaque page. A consommer sans modération.



jeudi 18 février 2016

"Les jours sucrés" (Loïc Clément/Anne Montel)


A 28 ans, Eglantine apprend le décès de son père et part pour Klervi, le village breton de son enfance. L'occasion de se plonger dans sa vie d'avant et ses souvenirs enfouis en redécouvrant la boulangerie-pâtisserie familiale dont elle hérite. Elle y retrouve sa vieille tante Marronde entourée de matous envahissants et surtout Gaël, son "amoureux" d'enfance qui a bien grandi... Lorsqu'elle découvre le journal intime de son père, trésor renfermant tous ses secrets de vie et de cuisine, Eglantine se dit que c'est peut-être pour elle le signe d'un nouveau départ. 

Un notaire à moustache touffue, descendant de Gustave Doré et accro à la chantilly sur le café. Une vieille tante à "tronche de mérou", les yeux invisibles derrière ses grosses lunettes rondes en cul de bouteille, qui communique par écrit depuis qu'un AVC lui a fait perdre l'usage de la voix, se déguise en super héroïne pour traquer les cafards et patine de bonheur à la surface d'une tarte au citron. Un jeune instituteur roux qui vit dans un moulin et donne sur son temps libre des cours de soutien aux enfants d'immigrés. Une bande de chats gourmands, dont l'un tente depuis des années de se reproduire avec une guirlande électrique. Des guest stars sortis des pages de "Shä et Salomé" (dont je ne désespère pas de lire un jour d'autres aventures). Une boulangerie-couteau suisse qui va redonner vie à un village breton désertifié par la fermeture de la raffinerie voisine, et objet de la convoitise d'un grand fabricant de vin. Une histoire familiale qui n'est pas ce qu'on croyait, révélée par le journal intime d'un père longtemps détesté et récemment disparu. Des recettes gourmandes qu'on a envie d'essayer tout de suite - elle a l'air si bonne, cette soupe à la tomate de l'espace! Un petit coup de griffes bien mérité au monde de la pub. Et puis surtout, une jeune femme toujours en colère qui va réapprendre à faire confiance à la vie et à ceux qui l'entourent, à baisser ses défenses pour se laisser aimer.

Il y a tout cela dans les 145 pages de ces "Jours sucrés", avec en plus une bonne dose d'humour, de l'émotion à gogo, et une humanité profonde qui donne envie d'habiter dans un album de Loïc Clément et Anne Montel. Si j'aime tout ce que ce duo a produit jusqu'ici, "Les jours sucrés" est sans doute leur oeuvre la plus aboutie, la mieux structurée et la plus riche, celle qui trouve le plus juste équilibre entre une réalité pas franchement riante et le cocon de bienveillance qu'il est toujours possible de tisser autour de soi. La double page 46-47, où l'on voit en parallèle deux versions d'un mea culpa - l'une défensive et acerbe, répétée devant des peluches; l'autre fort contrite, en vrai face aux personnes concernées - est à elle seule un petit bijou de sensibilité et de drôlerie. Les dessins pleins de charme et de douceur regorgent de détails qui récompensent le lecteur attentif et fidèle. Bref, une réussite absolue. 






Merci à Dargaud de m'avoir envoyé cet album. Ma critique n'aurait pas été moins dithyrambique si je l'avais acheté avec mes sous. 

jeudi 19 novembre 2015

"12 rue Royale: Les sept défis gourmands" (Richez/Efix)


Détenteur du col tricolore des Meilleurs Ouvriers de France, Mathieu Viannay est depuis 2008 aux manettes (et aux fourneaux) du restaurant lyonnais La mère Brazier  - une institution locale. Richez et Efix le mettent en scène dans une aventure qui le voit relever sept défis culinaires plus tordus les uns que les autres: par exemple, rendre heureux des parents endeuillés, faire tomber amoureux des gens très mal assortis ou satisfaire avec un menu unique un sportif au régime strict et un bâfreur jamais rassasié.

Véritable Mozart des fourneaux, ce chef ultra-sympathique déploie toute son inventivité en s'efforçant de ne jamais renoncer à son principe le plus sain(t): n'utiliser que des produits frais et de saison. Au passage, le lecteur s'instruit sur le fonctionnement de la cuisine d'un grand restaurant. Drôle et gourmand, "12 rue Royale" se termine par quelques-unes des recettes emblématiques de Mathieu Viannay - dont l'Oreiller de la Belle Aurore, hécatombe volaillère qui nécessite le sacrifice d'une quinzaine de bestioles à plumes. Les végétariens pourront toujours se rabattre sur les madeleines tièdes au miel et leur glace au fromage blanc.