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lundi 11 juin 2018

"Qu'est-ce qui monte et qui descend?" (KNL)


KNL souffre depuis toujours d'un trouble bordeline qui l'empêche de mener une vie normale et la pousse à s'automutiler. A 25 ans, elle a déjà fait plusieurs tentatives de suicide. Dans ce carnet de bord dessiné, elle raconte deux ans de sa vie entre séjours en clinique psychiatrique, nouveaux traitements et rechutes. 

Sur chaque page, des taches d'aquarelle aux couleurs vives contrastent avec la gravité de sa maladie et les aspects déprimants du quotidien en clinique psychiatrique. Heureusement, KNL est bien entourée par une solide maman poule et un amoureux présent pour le pire comme pour le meilleur. Et puis surtout, c'est une fille combattive quand elle parvient à sortir la tête de l'eau, et qui peut se raccrocher à sa passion pour le dessin. 

Les maladies mentales telles que le trouble borderline étant invisibles, la plupart des gens qui ont la chance de ne pas en souffrir peinent à se représenter combien elles peuvent être invalidantes et terribles. "Qu'est-ce qui monte et qui descend ?" ouvre une fenêtre sur la vie d'une patiente qui se dévoile avec sincérité mais non sans humour. C'est un témoignage précieux, qui apporte de l'espoir au concernés et incite les autres à l'empathie. 

On peut admirer les autres travaux de l'auteure sur son site internet.





mercredi 26 juillet 2017

"J'aime le nattô" (Julie Blanchin-Fujita)


Expatriée à Tokyo depuis fin 2009, l'illustratrice Julie Blanchin raconte en images ses aventures nippones: ses appartements de style années 70 et ses petits boulots successifs, sa découverte de la nourriture et des coutumes locales, son apprentissage de la langue japonaise, l'ascension du Mont Fuji avec ses parents venus lui rendre visite, les tremblements de terre de mars 2011, sa rencontre avec celui qu'elle finira par épouser... Elle montre ce qu'elle aime et n'aime pas dans ce pays si différent du nôtre, évoque ses particularités plus ou moins connues: les toilettes sidérales, les transports en commun super efficaces, les vélos qui roulent à tombeau ouvert sur les trottoirs mais aussi l'omniprésence des cafards et des cigales asiatiques appelées semis. Malgré un style graphique assez différent, on pense très fort au "Tokyô sanpo" de Florent Chavouet - et on prend le même plaisir à s'immerger de nouveau dans la culture japonaise vue à travers les yeux d'un(e) gaijin. "J'aime le nattô": un mélange de carnet de voyage et de carnet intime très réussi!





samedi 6 mai 2017

"Le journal intime de Baby George" (Clare Bennett)


"Le journal intime de Baby George", c'est - comme son nom l'indique assez bien - le journal intime fictif du futur héritier de la couronne d'Angleterre entre son premier et son deuxième anniversaires. Icône populaire dès sa naissance, George prend ses responsabilités très au sérieux et travaille déjà dur avec les différentes équipes chargées de son image publique. Ses parents sont accros aux séries télé, surtout Homeland, Downton Abbey et Game of Thrones. Kate, dotée d'une chevelure hypnotisante et fan de One Direction, passe son temps à comploter avec son BFF Harry et à lancer des vannes au reste du monde. William se soucie beaucoup de la protection des animaux, est un peu benêt et ne comprend pas toujours tout ce qu'on lui raconte (mais il rosit très souvent). Son oncle Harry demande sa tante Pippa en mariage trois fois par an et met régulièrement la honte à William en lui faisant des clés de cou. Son grand-père paternel parle à ses plantes, et son grand-père maternel ne va nulle part sans s'être déguisé. Son arrière-grand-mère est l'unique souverain d'Europe capable de réparer elle-même un véhicule à moteur grâce à la mini-trousse d'outils qui ne quitte jamais son sac - quand elle ne louche pas méchamment sur Brad Pitt en visite avec Angelina et leur smala au grand complet. Sa grand-tante Anne, super compétitive, tanne tout le monde pour jouer à des jeux de société à chaque réunion de famille. David, l'ami qui rend visite à son arrière-grand-mère une fois par semaine pour discuter de la gestion du royaume, est un boulimique dans le déni. Bref, George a déjà largement de quoi s'occuper avec tous ces barjots, et pas du tout envie de voir débarquer le cadet dont on vient de lui annoncer la naissance prochaine...

Vous cherchez un livre drôle et sans prétention qui vous fera rire aux éclats ou glousser bêtement le nez enfoui dans ses pages? Vous éprouvez une inexplicable affection pour la famille royale d'Angleterre et possédez une bonne connaissance de la culture populaire récente? N'allez pas chercher plus loin, et dépêchez-vous de vous procurer le réjouissant "Journal intime de Baby George" (en VO: "The Prince George diaries") de Clare Bennett.

4th August 2014
Mummy and Daddy are in Belgium today because of the First World War. My stylist dressed me in the traditional belgian costume of a beret and smock for my Skype call with them before supper. I like to show an interest in their trips, even when my schedule doesn't allow me to join them, because it's important to be supportive. Not my favourite costume, but my stylist said it was either that or they'd have to dress me as a waffle. 

5th December 2014
Who is Father Christmas by the way, and how does he know all this stuff about me? When I refused to eat the stupid kale and threw it on the floor, Maria Teresa said Father Christmas would know and I might go on the Naughty List. Well, hear this, Father Christmas - I too have a list of my own. It's called "People Who Will Never Get Knighthoods". You've been warned.

12th March 2015
Mummy went to the set of Downton Abbey today. Everyone was SO jealous. She came back with a wooden train for me from the George character in the story. She says he is the one who is only going to inherit an Earldom, poor thing.
- Did they tell you anything? Daddy asked desperately when she got home. 
- I watched some of the filming, yes, Mummy said.
- Tell me Isis is actually OK and it was all just a dream? Daddy said. 
- You don't have the clearance, I'm afraid, Mummy said. 

20th March 2015
Mummy started Googling baby names on her iPhone. 
- What about something from Game of Thrones? They're very popular at the moment. Daenerys or Tyrion or Jon Snow? she said. Then HBO might let us in on future plot lines. 
- Dracarys after one of Khaleesi's dragons? Uncle Harry said. 
- There are dragons in Game of Thrones? Daddy asked, sounding surprised. 
- You know nothing, Prince William, Mummy said in a wistful voice. 
- If you didn't spend every episode with your back turned and a cushion over your face shouting, "What's happening? What's happening?", you'd know that, Uncle Harry said. 
- But it's so brutal, Daddy said. 
- Brutal and BRILLIANT, Uncle Harry said. I still miss Sean Bean, though. 
- Why? What happened to him? Daddy asked. 

Article publié à l'origine en décembre 2015, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

samedi 4 mars 2017

"Un clafoutis aux tomates cerise" (Véronique de Bure)


Jeanne a 90 ans. Veuve depuis des années, elle vit à la campagne, dans une vieille maison désormais trop grande pour elle, avec un couple d'agriculteurs presque aussi âgés pour seuls voisins proches. Pourtant, elle ne s'ennuie jamais. Quand elle ne retrouve pas ses amies pour un goûter - ou un apéro au muscat - et de longues parties de bridge, Jeanne faits des mots croisés et des patiences, cuisine les fruits et les légumes de son jardin en prévision d'une visite de ses enfants et petits-enfants, observe l'évolution de la nature et note ses pensées dans un carnet au jour le jour. ("Finalement, les seuls moments où je m'ennuie, ce ne sont pas ceux où je suis seule, ce sont ceux où je suis en compagnie de gens ennuyeux.") Elle ne rate jamais la Messe le dimanche, a un mal fou à comprendre comment fonctionne son téléphone portable et se sent totalement larguée par la technologie moderne, mais fait parfois preuve d'une plus grande ouverture d'esprit que sa descendance. ("Mon neveu affirme que l'homosexualité est la cause majeure du déclin des empires grec et romain. Ca m'étonne un peu.")

Très en forme pour son âge, elle voit néanmoins tomber un par un les gens de sa génération et adopte un certain détachement fataliste pour se protéger ("Comme le reste, les sentiments s'usent. La colère se tempère, l'affection s'assoupit, la compassion s'étiole. Le bruit du monde ne nous parvient plus que de très loin, vague écho d'une vie qui ne nous concerne plus. Les chagrins des autres se diluent dans les brumes de plus en plus épaisses de nos existences fragiles, ils nous atteignent moins. Les gens meurent, souffrent, pleurent, et nous, on ne pense qu'à se sauver. On ne veut pas se voir dans le miroir de la vieillesse que nous renvoient les autres, ceux qui n'ont pas notre chance. Alors on détourne le regard et on poursuit notre petite existence en s'efforçant d'oublier que nous aussi, on arrive à la toute fin."). Si elle a conscience que le bout du chemin approche pour elle, cela ne l'empêche pas de profiter des plaisirs simples que la vie peut encore lui offrir et d'être très lucide sur les changements que la vieillesse provoque chez elle. 

"Un clafoutis aux tomates cerises" est le journal que Jeanne tient pendant un an, depuis le premier jour du printemps jusqu'à la fin de l'hiver suivant. Dans un style sans fioritures, elle y décrit son quotidien tranquille mais agréable, convoque ses souvenirs désormais adoucis par le passage du temps, confesse son égoïsme grandissant et ses difficultés lorsqu'on bouscule ses habitudes. Avec une totale absence de sentimentalisme, Véronique de Bure dresse le portrait nuancé et apaisant d'une nonagénaire à qui on aimerait tou(te)s ressembler plus tard.

vendredi 15 avril 2016

"Je me souviens de tous vos rêves" (René Frégni)


"Chaque année en septembre j'ai peur de mourir, alors j'achète un cahier. J'ai peur de mourir depuis l'âge de cinq ans, tous les jours, à chaque heure du jour et encore plus au milieu de la nuit, quand je vais aux toilettes sans allumer. Si j'allumais j'aurais encore plus peur. En septembre c'est beaucoup plus cruel. C'est si beau septembre, si limpide, si bleu. Chez nous, ici, c'est le plus beau mois de l'année. Ce n'est pas un mois, c'est un fruit. "

Ainsi commence "Je me souviens de tous vos rêves", extrait du journal intime tenu par René Frégni entre septembre 2014 et février 2015. "Chez nous", c'est du côté de Manosque, dans la campagne provençale - donc, c'est aussi un peu chez moi. Et dès les premiers chapitres, où l'auteur décrit les virées de chasse durant lesquelles il accompagnait son père comme je le faisais moi-même enfant, je me suis tout pris dans la figure, la lumière du jour naissant, le murmure des ruisseaux à l'eau glacée, le crincrin des insectes, le goût acide des raisins pas tout à fait mûrs chipés dans les vignes, le plumage moucheté des grives inertes entassées dans la gibecière... 

Quels points communs puis-je bien avoir avec un sexagénaire qui a déserté l'armée autrefois, fait de la prison, réussi à s'évader, élevé seul sa fille unique, passé plusieurs décennies à battre la campagne et à transmettre l'amour de la lecture à des détenus? Plus que je n'aurais pu le croire. La nécessité d'écrire, pour commencer. Les angoisses de mort, évidemment. La peur de perdre la vue. Le chagrin à la disparition d'un chat bien-aimé. La solitude apprivoisée. L'émerveillement devant les choses les plus simples. Un fantôme parental. Une révolte sourde face au sort des déshérités, une sympathie instinctive pour ceux qui finissent par tout casser. "C'est facile de parler de tolérance lorsqu'on possède tout, de donner des leçons de tolérance la bouche pleine de petits-fours. Les racines du mal... Il y a un banquet, et ce sont toujours les mêmes qui sont autour de la table sous des lustres d'or. Alors, de temps en temps, ceux qui regardent renversent tout."

Je crois que les livres qui nous ont le plus ému sont ceux dont il nous est le plus difficile de parler. Dans le cas de "Je me souviens de tous vos rêves", je pourrais vanter sa "mélancolie solaire" (pour reprendre l'expression sur le bandeau de couverture), son mélange de douceur et de rudesse, la profonde humanité qui transpire de chacune de ses phrases, mais aucun de ces arguments ne suffirait à exprimer combien il m'a touchée.

jeudi 28 janvier 2016

"Les carnets de Cerise T4: La déesse sans visage" (Joris Chamblain/Aurélie Neyret)


Cerise vient d'avoir 12 ans. En guise de cadeau, sa maman lui offre une semaine de vacances au bord de la mer. Et comme ce n'est pas la bonne saison pour se baigner, elle a prévu une activité qui devrait ravir notre détective en herbe: une énigme grandeur nature à résoudre au Manoir des Cent Mystères...

C'est avec un plaisir non diminué que j'ai retrouvé l'attachante jeune héroïne qui partage ma passion pour les carnets intimes illustrés. Ce tome 4 ne se prive d'aucun des ingrédients qui faisaient déjà la qualité des trois précédents. Le journal de Cerise est toujours aussi merveilleux; les dessins d'Aurélie Neyret dégagent toujours une douce lumière; les personnages secondaires restent toujours aussi sympathiques - et on a beaucoup de plaisir à revoir Michel le gardien de zoo ou Mme Desjardins la romancière; le scénario de Joris Chamblain met toujours l'accent sur de jolies valeurs humaines d'amitié, de tolérance et d'aide apportée à autrui. Amatrice d'escape games, j'ai particulièrement apprécié le thème "La déesse sans visage", mais aussi le fait qu'à travers cette aventure se poursuit l'évolution de Cerise et de ses rapports avec sa maman. Il sort quand, le tome 5? 




vendredi 22 janvier 2016

"Une odeur de gingembre" (Oswald Wynd)


En 1903, Mary Mackenzie embarque pour la Chine où elle doit épouser Richard Collingsworth, l'attaché militaire britannique auquel elle a été promise. Fascinée par la vie de Pékin au lendemain de la Révolte des Boxers, Mary affiche une curiosité d'esprit rapidement désapprouvée par la communauté des Européens. Une liaison avec un officier japonais dont elle attend un enfant la mettra définitivement au ban de la société. Rejetée par son mari, Mary fuira au Japon dans des conditions dramatiques...

"Une odeur de gingembre" est le roman qui fut le plus souvent offert lors des swaps littéraires et rondes de poches que j'organisais à une époque, et j'avoue que ça m'intriguait. Du coup, même si je ne suis pas très fan de romans historiques, quand je l'ai trouvé chez Pêle-Mêle en état neuf, je me suis dit que je ne risquais pas grand-chose à essayer de le lire. Il avait deux atouts pour me séduire: sa forme de journal intime mâtiné de correspondance privée, et le fait qu'une bonne moitié de l'histoire se passe au Japon. Et de fait, je l'ai dévoré. 

J'ignore comment Oswald Wynd a pu aussi bien se projeter dans la tête d'une femme du siècle dernier, mais son héroïne est extrêmement crédible. Elle porte sur l'Asie du début du XXème siècle le regard d'une étrangère naïve qui découvre tout avec une belle ouverture d'esprit, un mélange de perplexité et d'amusement, mais surtout une grande volonté d'adaptation. Bien qu'elle soit à la base une jeune Ecossaise des plus ordinaires, dont le destin bascule à cause d'une seule impulsion, elle ne renonce jamais et réussit le tour de force de se construire une existence au Japon en tant que femme seule marquée du sceau de l'infamie. J'aurais pu continuer à lire son journal pendant des centaines de pages encore. 

J'avoue avoir été un peu frustrée par les "blancs" à certains moments-clés de sa vie, notamment lorsqu'elle devient mère pour la première fois ou qu'elle lance sa propre entreprise de confection. Ne parlons même pas des circonstances dans lesquelles se referme le roman: elles m'ont laissée tout à fait déconfite. Néanmoins, "Une odeur de gingembre" est vraiment un beau portrait de femme, doublé d'un regard intéressant sur la culture niponne et la vie au Japon dans la première moitié du XXème siècle.  Il m'a appris beaucoup de choses sur les guerres en Asie à cette époque sans me barber une seule seconde. 

"Il m'arrive parfois de penser à ces petits incidents qui semblent sans importance et qui ont changé le cours de ma vie, comme d'aller chez Margaret Blair et d'y avoir rencontré Richard, une chance sur dix mille, en réalité. Et puis il y a eu cette promenade matinale sur un sentier qui traversait un petit bosquet de bambous et menait à Kentaro. Que des événements aussi anodins puissent transformer aussi radicalement le cours de ma vie veut-il dire que je suis atteinte d'une espèce particulière de folie? Les autres bâtissent-ils leur vie sur de tels incidents? Je crois bien que ne réussissent dans la vie que les gens à qui il n'arrive rien, et qui planifient leurs jours comme la trajectoire d'un bateau sur une carte, sans jamais quitter leur boussole des yeux."

vendredi 18 décembre 2015

"Le journal de Frankie Pratt" (Caroline Preston)


1920. Frankie Pratt a 18 ans. Elève prometteuse, lectrice avertie, la jeune fille rêve de devenir écrivain. Avec une machine à écrire Corona et une fantaisie d'archiviste, elle se lance dans le récit de ses aventures sous forme de scrapbook. Tour à tour étudiante, danseuse de charleston amateur, rédactrice de potins à grand tirage, amoureuse éperdue de mauvais garçons, elle nous entraîne dans son sillage du New York de la Prohibition au Paris des Années Folles. 

Mélange de carnet intime et d'art journal à base de collages de documents d'époque, ce roman graphique est un vrai régal pour les yeux. J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre les aventures de l'héroïne, sa vie modeste d'orpheline de père dans une bourgade rurale, son béguin pour un homme plus âgé qu'elle et déjà marié, son entrée dans une université prestigieuse où elle tombe sous la coupe d'une amie riche et charismatique, sa découverte de New York et de la vie d'adulte, les plaisirs dont elle profite avec insouciance, sa traversée de l'océan dans la cabine de 3ème classe d'un énorme paquebot, les rencontres qu'elle y fait, son installation à Montmartre où elle interviewe Hemingway et fréquente une pléthore d'artistes fauchés... J'ai adoré le comportement émancipé de Frankie, son appétit de vivre et de découvrir des choses, ses observations sur le monde et les gens qui l'entourent. Bien que j'aie un peu regretté une fin assez convenue (et néanmoins logique pour l'époque), dans l'ensemble, cet ouvrage désormais disponible en version poche reste un plaisir de lecture à ne pas bouder, surtout si vous avez comme moi un faible pour les années 20!