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mercredi 27 février 2019

"Adieu, mon utérus" (Yuki Okada)


Yuki Okada a 33 ans, un mari très pris par son métier de mangaka, une petite fille de deux ans et demi et une carrière qui décolle enfin quand elle découvre qu'elle a un cancer du col de l'utérus. Dans ce manga en un seul tome, elle raconte son parcours depuis le diagnostic jusqu'à la radiothérapie qui a suivi son opération. Très angoissée de nature, elle doit faire le deuil d'un éventuel deuxième enfant, gérer l'idée d'une ménopause précoce, mais aussi apaiser les craintes de ses proches et gérer les répercussions matérielles que sa maladie va avoir sur eux. 

Le sujet n'est certes pas très gai, mais l'autrice ayant publié "Adieu, mon utérus" cinq ans plus tard, on sait d'entrée de jeu que son histoire se termine bien. Elle la raconte avec beaucoup de candeur et de sensibilité, sans toutefois s'apitoyer sur son sort. J'ai été particulièrement touchée par la solidarité entre elles et les autres patientes qui partagent sa chambre - la manière dont leur présence, qu'elle vit d'abord comme une agression, finit par lui apporter courage et réconfort. Toutefois, j'aurais aimé en savoir un peu plus sur l'après-hystérectomie. J'ai regretté qu'elle ne parle pas vraiment des suites de l'opération, des conséquences sur sa santé et sa forme physique, de ce que ça avait pu changer à sa manière d'appréhender la vie. Du coup, bien que ce manga soit intéressant, je l'ai refermé un peu frustrée. 

Traduction de Mireille Jaccard

samedi 2 septembre 2017

"Stolen things" (Stephen Parolini)


La mère de Berry s'est enfuie quand elle n'avait que quatre ans, et son père se meurt d'un cancer de l'estomac. Alors, il emmène la fillette de douze ans s'installer chez sa tante Annabelle dans l'idée que celle-ci l'adoptera après sa disparition. Annabelle est une vieille fille bourrue qui vit dans une maison isolée à la campagne et qui n'aime guère les enfants. Sans amis de son âge, en plein déni par rapport à la maladie de son père adoré, Berry se réfugie dans les livres et entreprend d'explorer la forêt voisine. Elle va y faire maintes découvertes surprenantes...

Ca faisait bien longtemps qu'un roman ne m'avait pas autant émue. Il faut dire qu'en plus de taper là où ça fait mal chez moi, "Stolen things" est dans l'absolu une petite merveille de sensibilité, qui utilise les mystères de la forêt pour parler tout en subtilité de choses terriblement réalistes: l'amour, la famille, la mort. En l'espace de quelques semaines, Berry, qui a une relation géniale avec son père, se trouve forcée d'accepter qu'elle va le perdre bientôt, et on ne saura jamais si les rencontres qu'elle fait sont ou pas le produit de son imagination cherchant à remplacer une peur primordiale par une autre peur primordiale, un monde où elle n'a de prise sur rien et dont les règles lui échappent par un autre monde où elle n'a de prise sur rien et dont les règles lui échappent. 

Si la fillette est très clairement l'héroïne de l'histoire, les adultes qui l'entourent - notamment la mère réapparue après une absence de huit ans - sont eux aussi dépeints avec beaucoup de nuance et de délicatesse. Au passage, Stephen Parolini, éditeur avant d'être écrivain, gratifie le lecteur de quelques très jolies considérations sur le pouvoir des livres. Je sais que "Stolen things" est théoriquement un roman jeunesse, mais j'avoue avoir du mal à comprendre comment un(e) ado pourrait le savourer à sa juste valeur. Qui est immense. 

samedi 17 juin 2017

"Miss you" (Kate Eberlen)


Teresa et Angus se croisent pour la première fois à Florence, à la fin de l'été 1997. Teresa est alors sur le point de perdre sa mère d'un cancer et de voir ses rêves d'études universitaires s'envoler car elle est la seule à bien vouloir s'occuper de sa petite soeur autiste, Hope. De son côté, Angus court pour oublier que quelques mois plus tôt, son frère aîné Ross - le fils préféré de leurs parents - est mort dans un accident de ski. Il s'apprête à faire médecine comme le défunt, mais sans aucun enthousiasme. Au fil des ans, Teresa et Angus ne vont cesser de se rater partout où ils iront avant de se découvrir à un moment où il semble qu'il n'y a plus d'espoir pour eux...

Si cette présentation de "Miss you" vous rappelle "Un jour" de David Nicholls, c'est bien normal - moi-même, je n'ai cessé de comparer les deux durant ma lecture. Mais le roman de Kate Eberlen, lui, fait fi de tout souci de vraisemblance. Seize ans de rencontres manquées pour que, à la fin, les deux héros se rappellent qu'ils se sont parlé pendant trente secondes lors de leurs précédentes vacances en Italie. J'avoue, je suis jalouse de leur mémoire. En revanche, ils peuvent se garder le manque de discernement qui leur fait enchaîner des choix de vie épouvantables jusqu'au moment où le coup de foudre les frappe enfin et où ils commencent à parler mariage au bout de 24 heures.

On ne dirait pas, mais j'ai dévoré "Miss you". Malgré l'énorme suspension d'incrédulité qu'il exige du lecteur, je l'ai trouvé bien écrit, à la fois touchant et réaliste dans sa façon d'aborder des sujets difficiles tels que le deuil, l'autisme ou le cancer. J'ai apprécié le fait que les vies parallèles des deux héros se faisaient écho de maintes façons, de sorte qu'ils semblaient réellement destinés l'un à l'autre. Et j'ai beaucoup apprécié la conclusion de Gus, dans le genre "De toute façon, on ne sait jamais de quoi demain sera fait". Puis ce n'est pas tous les jours qu'on lit une histoire d'amour qui s'arrête au moment de la rencontre des amoureux!

Article publié à l'origine en septembre 2016, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

jeudi 26 mai 2016

"Les derniers jours de Rabbit Hayes" (Anna McPartlin)


Mia Hayes, surnommée Rabbit par tous ses proches, arrive au centre de soins palliatifs où elle va bientôt finir ses jours. Bien qu'elle n'ait que 40 ans et un féroce appétit de vivre, le cancer du sein qu'elle croyait avoir vaincu quelques années plus tôt est revenu en force, métastasant dans son foie, ses poumons et ses os. Alors, sa famille et ses amis se rassemblent autour d'elle pour lui dire au revoir...

Bon, présenté comme ça, il est certain que ça n'a pas l'air gai. D'ailleurs ça ne l'est pas, malgré de beaux moments d'humour noir irrévérencieux comme je les aime. Accompagner vers la mort une personne aimée encore jeune et qui souffre, ou se trouver soi-même dans cette position, c'est sans doute le pire cauchemar de beaucoup de gens. De ce postulat tragique, Anna McPartlin réussit pourtant à tirer un roman lumineux où l'amour l'emporte sur la douleur.

C'est que de l'amour, il y en a à revendre dans cette famille irlandaise, même si ça n'empêche pas Rabbit et sa mère de s'engueuler parce que l'une est farouchement athée et l'autre Catholique fervente. Grace, la soeur aînée qui a eu quatre garçons et peine à gérer le pré-diabète du petit dernier, se demande comment faire de la place dans sa maison déjà pleine à craquer à sa nièce bientôt orpheline. Davey, le frère batteur qui a réussi dans son métier mais jamais eu de relation amoureuse de plus de quatre mois, accourt en lâchant la tournée américaine d'une star de la country. Molly et Jack, la mère fonceuse et le père taiseux, refusent de croire leur benjamine perdue et se battent pour lui trouver un traitement expérimental. Juliet, douze ans, brave petit soldat qui prend soin de sa mère au quotidien depuis des années, est persuadée que Rabbit sera bientôt guérie et attend son retour à la maison encore plus impatiemment que ses premières règles.

Au-dessus d'eux tous plane l'ombre de Johnny, le très talentueux et très charismatique chanteur de l'ancien groupe de Davey qui fut aussi le premier amour de Rabbit. Au fil des jours, ses souvenirs s'égrènent et son histoire fait douloureusement écho à celle de l'héroïne, lui apportant une perspective et une épaisseurs poignantes. J'ai juste regretté que le blog sur le cancer de Rabbit ne soit mentionné que quelques fois en passant; il me semble qu'il aurait soit fallu l'intégrer davantage à la narration, soit l'oublier complètement. Ce détail mis à part, "Les derniers jours de Rabbit Hayes" est un roman très réussi, pas une leçon de vie et de mort mais une de ces fictions qui nourrissent l'âme et éventuellement la réflexion. Moi, en tout cas, malgré son sujet difficile, il m'a fait beaucoup de bien.