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mercredi 21 mars 2018

Un brunch tout petit et un bus très rapide





Dernier jour à Paris. Chouchou descend nous chercher des viennoiseries et met longtemps à revenir car toutes les boulangeries du quartier sont fermées en ce dimanche à l'exception d'un lointain Paul - bizarre. Nous nous préparons et quittons l'appartement Air B'n'B avec notre petite valise, puis prenons à pied la direction de République car j'ai réservé chez Umami Matcha Café, un endroit que j'adore et dont je souhaitais tester le brunch depuis longtemps. Nous arrivons en début de service et optons tous les deux pour la formule Umami à 30€ (par opposition à la formule Veggie qui en coûte 28). Le menu est très alléchant. Le plateau qui nous parvient au bout d'une vingtaine de minutes l'est aussi, mais... Surprise, le burger et le dorayaki, que j'imaginais en taille normale, sont en fait tout petits. L'ensemble est excellent, avec des saveurs originales et subtiles, mais me laisse sur ma faim. Je reviendrai sûrement ici, mais juste pour le déjeuner. 

jeudi 19 mai 2016

Où je dois me rendre à la cruelle évidence





Je suis peinarde dans le bus, en train de lutter contre un vague mal au coeur parce que je veux finir le troisième tome des Salauds Gentilshommes d'ici demain et que du coup, je lis depuis Monpatelin alors que je sais très bien que c'est une mauvaise idée. Entre Amigas et Champ de Mars, quelqu'un s'arrête près de mon siège et une petite voix lance timidement: "Excusez-moi, madame". 

Je lève la tête. Une blondinette de quinze ans environ, le teint frais bien qu'un peu acnéique, pas un poil de maquillage, me fixe avec de grands yeux innocents et pleins de confiance. Si elle veut me taper une clope, elle est mal barrée. 

"Moui?" 

Elle se retourne vers le fond du bus et désigne un sac à dos en toile kaki sur la banquette. "Le monsieur qui était assis là est descendu à l'arrêt précédent en laissant ça." Et elle attend en continuant à me fixer benoîtement. 

Un doute me saisit: la robe rouge que je porte aujourd'hui serait-elle le nouvel uniforme de la Police des Objets Abandonnés? Sérieusement, pourquoi cette gamine me dit ça, à moi? 

Puis je regarde les autres passagers. A l'arrière, des jeunes à divers états de l'avachissement. A l'avant, des vieux à divers stades de la liquéfaction. Alors, la lumière se fait dans mon esprit. 

Je suis dans ce bus ce qui ressemble le plus à une Adulte Compétente et Responsable (hormis le chauffeur qui a les mains occupées et un air pas super commode). 

Flûte. J'imagine que les lunettes rigolotes et le vernis à paillettes ne suffisent plus à masquer la triste réalité. 

jeudi 15 octobre 2015

Où les apparences m'induisent en erreur




La nuit vient de tomber quand deux collégiens montent dans le bus qui m'emmène à Monpatelin. A cette heure-ci, les autres passagers sont surtout des gens qui rentrent chez eux après leur journée de travail; la lassitude se lit sur leur visage et aucun d'eux ne pipe mot. Au milieu du silence général à peine troublé par le ronronnement du moteur, les voix excitées des gamins résonnent très fort. 

Le premier est un minuscule rouquin de douze ou treize ans environ, malingre avec une épaisse tignasse bouclée, des lunettes rectangulaires, le teint laiteux et les taches de rousseur règlementaires, un survêtement en nylon et une sacoche un peu ringarde. Le second est un Noir massif qui doit avoir 15 ou 16 ans; l'air un peu gauche, il porte une casquette de baseball à l'envers sur ses cheveux presque rasés et parle d'une voix aiguë qui contraste bizarrement avec sa carrure. Leur duo paraît un peu incongru, mais je suis amusée par l'enthousiasme fébrile qui émane d'eux, et par leur totale indifférence pour le fait que tout le monde peut entendre ce qu'ils disent. 

Bercée par le roulis du bus, je ne prête tout d'abord pas attention à leurs propos. Puis le téléphone du petit rouquin sonne, et il décroche très vite. 
- Oui, Mamie. On a oublié de te dire un truc, c'est que David va être papa! (Il tapote le bras de son copain.) Il est tellement heureux qu'il n'arrête pas de pleurer depuis tout à l'heure. 
Je jette un coup d'oeil discret au jeune Noir. Effectivement, des larmes de joie silencieuses coulent sur ses joues. Bigre. Il est peut-être plus âgé que je ne l'imaginais. 
Le petit rouquin continue:
- Oui, il est venu avec moi chez ma gynéco. Il était là quand elle m'a annoncé que j'étais enceinte.
Je... 
Que... 
HEIN?
- Là, ben, on rentre au foyer. Je te rappelle plus tard. Bisous, Mamie. 
La petite rouquine méga excitée raccroche et reprend sa conversation avec le grand Noir, et maintenant que je les écoute, je me rends compte qu'elle n'arrête pas de l'appeler "bébé", à peu près deux fois par phrase, et qu'elle se tient à quelques centimètres de lui même si elle ne le touche pas. Quand son regard croise le mien, je ne peux m'empêcher de lui sourire, mais elle ne me voit pas - aveugle à tout ce qui n'est pas sa petite bulle de grand bonheur. 

J'aimerais bien connaître leur histoire, à ces deux-là. 

Quelques arrêts plus tard, ils descendent du bus épaule contre épaule, sans se tenir la main, et disparaissent dans la nuit. 

samedi 15 février 2014

Entendu aujourd'hui dans le bus




Une ado d'une quinzaine d'années discute avec sa copine:
"Non mais moi je veux faire L de toute façon. S y'a que des sciences, c'est super ennuyant."
(Bonne chance en filière littéraire.)
Plus tard:
"Non mais de toute façon pour faire trader faut un bac ES, pas S. Qu'est-ce qu'y z'en ont à foutre les traders d'être bons en maths?"
(Essaie d'appliquer la formule de calcul de rentabilité d'un portefeuille d'actions et tu vas comprendre très vite.)
Puis:
"Non mais de toute façon pour devenir traducteur faut pas forcément avoir fait L. L c'est français littéraire, après les langues étrangères c'est pareil dans toutes les filières."
(Si tu ne parles pas un "français littéraire", tu comptes traduire vers quoi au juste? Le langage SMS?)
Et enfin, cette perle magnifique - quoique sans rapport avec l'enseignement secondaire:
"Tes parents font encore l'amour? Souvent? A leur âge? Beeeeerk, c'est dégoûtant!"

Prévoir de grosses, grosses désillusions à l'entrée dans l'âge adulte.

samedi 11 juin 2011

Un long week-end qui commence bien



Hier soir, je pars de la maison pour rejoindre Chouchou chez la thérapeute conjugale. Juste après La Chasse, mon bus se retrouve coincé dans un embouteillage et parcourt environ 20 mètres en autant de minutes. Plusieurs passagers demandent à descendre; malgré l'absence évidente de danger, le chauffeur refuse d'ouvrir les portes. Des parents qui doivent aller récupérer leurs enfants à la sortie de l'école commencent à l'insulter. Il se décide à appeler son central, qui lui ordonne de nous laisser descendre. Me voici donc libre, mais dans un quartier que je ne connais pas, sous une pluie battante et avec un parapluie qui refuse de s'ouvrir.

Je cours droit devant moi et finis par atteindre Arsenal où je suis censée prendre le tram n°7. Il y en a justement un à l'arrêt de l'autre côté du carrefour. Je me jette entre les voitures pour le rejoindre avant son départ et tape à la porte vitrée. Le conducteur fronce les sourcils et me fait un geste. J'insiste d'un air suppliant. Il répète son geste et en baissant les yeux, je finis par voir qu'il y a un bouton d'ouverture à l'extérieur. J'appuie dessus, monte et adresse un sourire d'excuse au conducteur: "Je ne suis pas d'ici. " "Et alors? Moi non plus, je suis pas d'ici, je suis d'Ostende", réplique-t-il sur un ton agressif. "Ca va, pas la peine d'être désagréable, je vous explique juste pourquoi je ne connaissais pas le système d'ouverture des portes." Et là, il marmonne entre ses dents: "Connasse de Française". Génial.

Chouchou qui arrive du boulot débarque encore plus en retard que moi chez la thérapeute. Nous passons pratiquement toute la séance à nous engueuler. Par chance, nous devons dîner juste après à la Caneva avec Eve et son mari, ce qui nous donne la possibilité de nous détendre. Les tortelloni al tartufo sont merveilleux pour le moral. Mais en ressortant, alors que nous venons de traverser la foule dense qui se masse devant l'AB, un type énervé nous emboîte le pas et se met à nous insulter, Eve et moi, comme quoi il pisse sur les Français et se torche avec leur drapeau. Nous ne réagissons pas; il en déduit que nous sommes dures d'oreille et répète les mêmes invectives en boucle, cinq ou six fois. Je suis un peu perplexe: c'est marqué où sur ma tronche que je suis française? J'ai tant d'accent que ça?

Ce matin en me levant, j'appelle le Cook & Book pour réserver le brunch promis à Gianluca depuis février. "Désolé, pour demain, c'est complet depuis trois jours", me répond le serveur. Bien bien bien. Tâchons au moins d'aller chez le vétérinaire acheter de la bouffe pour les mamichats, puis de passer chez Pêle-Mêle nous délester de cet énorme sac de bouquins qui encombre l'entrée depuis des semaines. Oui mais non, car pour ça il nous faudrait une voiture. Or, la nôtre ne se trouve plus à l'endroit où nous l'avons garée. Par contre, il y a des travaux dans la rue (un samedi, sans déconner?), et un joli panneau menaçant d'enlèvement tous les véhicules stationnées là entre 7h et 20h. Panneau que bien sûr, nous n'avons pas vu hier soir en rentrant. Au lieu du véto et de Pêle-Mêle, ce sera donc commissariat, fourrière et une facture de 190€. Gloups. Enfin au moins, ni le flic ni l'employée de Radar ne m'ont dit "Bien fait pour ta face, connasse de Française"...

mercredi 8 juillet 2009

Home sweet home

Rien de tel que débarquer d'un TGV chargée comme un mulet, sous le soleil de plomb, pour voir démarrer le bus qui dessert Sonpatelin et ne passe qu'une fois par heure; rien de tel que tambouriner désespérément à sa porte pendant qu'il est arrêté à un feu rouge et voir le chauffeur secouer obstinément la tête; rien de tel que courir sur 500 m avec tous ses bagages (et un blouson en jean faisant office d'étuve) pour le rattraper à la sortie de la boucle qu'il décrit;

Rien de tel qu'arriver chez soi épuisée, trois quarts d'heure plus tard, et trouver une pluie de terre sur le dossier de son canapé, le sol de son salon jonché d'insectes morts et un début d'infiltration sous la toiture de son duplex; rien de tel qu'appeler le syndic pour qu'il s'occupe du problème et s'entendre répondre qu'il est en vacances;

Rien de tel que se dire qu'on va sans doute être obligée de prolonger son séjour et de racheter un deuxième billet de train pour Bruxelles en pleine période de pointe pour réaliser que l'angoisse qu'on se trimballe comme un linceul étouffant depuis des semaines a au moins un côté positif: elle permet de se foutre des petits soucis matériels.

samedi 6 septembre 2008

Môdite des transports en commun

Pleine de bonnes résolutions et d'envie de pouvoir rapidement m'offrir mon mini-Twee, j'ai décidé hier soir de me rendre à l'aéroport non pas en taxi comme d'habitude, ce qui me coûte dans les 38 euros, mais en bus + navette: coût total de l'opération, 3,90 euros, soit déjà un dixième de sac économisé. Ca me faisait partir de chez moi une heure plus tôt, mais quand on aime, on ne compte pas. Ou si, justement.
Ca avait l'air d'une bonne idée. Mais je n'ai pas tardé à m'apercevoir que si le bus mettait trois quarts d'heure pour effectuer un trajet de sept kilomètres en ligne droite, c'était parce qu'il faisait mille détours par les lotissements du coin et décrivait une grosse boucle pour rejoindre son terminus de la gare routière. Or, il se trouve que j'ai grave le mal des transports. J'ai failli descendre en cours de route pour vomir sur le trottoir. Un vrai supplice. Mais j'ai tenu bon.
...Pour voir, au moment où le bus entrait dans la gare routière, démarrer sous mon nez la dernière navette de la journée en direction de l'aéroport.
Du coup, j'ai dû prendre un taxi pour la deuxième moitié du trajet.
Arrivée à l'aéroport, j'avais toujours la nausée. A l'enregistrement de ma valise, j'avais toujours la nausée. Chez le marchand de journaux et de Kit-Kat Chunky au chocolat blanc, j'avais toujours la nausée. Assise dans l'avion, j'avais toujours la nausée. Mais je n'y pensais plus qu'à moitié. "La température extérieure est de moins 46°", a annoncé, un quart d'heure après le décollage, notre jovial commandant de bord. Problème: il ne devait pas faire beaucoup plus chaud à l'intérieur. Avec mon débardeur et ma petite veste d'été, j'étais frigorifiée. J'ai réclamé une couverture à une hôtesse: il n'y en avait pas. "J'espère que vous avez bien profité de votre séjour dans le sud de la France, a poursuivi notre toujours aussi jovial commandant de bord, car à Bruxelles, il fait actuellement 15°". Vie de merde.
Nous nous sommes posés avec 25 mn d'avance. Chouette, hein? Sauf qu'après, nous avons attendu nos bagages trois quarts d'heure. Que j'ai passés à me reprocher d'avoir oublié mon passeport à Monpatelin, et à prier le dieu des voyageurs pour que ma carte d'identité suffise à me permettre d'embarquer pour le Danemark dans dix jours.
Les voyages forment la jeunesse. Mais parfois, ils mettent rudement à l'épreuve les nerfs des quasi-quadras.

mardi 10 juin 2008

Post décousu

J'aurai plein de choses à raconter la semaine prochaine, mais ces jours-ci, j'ai un peu la tête dans le guidon. Je dois rendre une très grosse trad ce week-end, et bien que je ne sois pas en retard, je ne suis pas non plus en avance. La bonne nouvelle, c'est que le bouquin est excellent; je me suis éclatée tout du long et la fin me plaît encore davantage que le reste car elle évite la classique grosse bataille entre les forces du bien et celles du mal - chose que je considère toujours comme un pensum et à cause de laquelle je peine très souvent sur les dix derniers jours d'un gros boulot.

Que dire d'autre? Je suis chez moi depuis dimanche soir. Il fait beau et chaud dans le Sud de la France (28° aujourd'hui paraît-il; je ne peux pas confirmer car je n'ai pas mis les pieds dehors).

Hier j'ai fait un tour au centre commercial voisin et acheté sur un coup de tête un collier Agatha avec de petites pierres dans des tons doux, ainsi que des compensées violettes dont j'ai pensé sur le coup qu'elles iraient super bien avec ma robe longue en batik du Comptoir des Cotonniers - mais plus je les regarde, plus je doute. Au retour, m'apercevant que j'avais raté le bus à 5 minutes près et que le suivant ne passait pas avant une demi-heure, je me suis assise en tailleur sur le trottoir (désert, car en plein milieu d'une zone industrielle) pour jouer à la DS pliée en deux histoire d'y voir quelque chose sur les écrans malgré la réverbération du soleil couchant. A un moment, j'ai entendu un gros bruit de moteur passer devant moi. C'était mon bus que je n'avais pas hélé. J'ai agité désespérément les bras; par chance, le chauffeur m'a vue et a eu la gentillesse de s'arrêter un peu plus loin pour attendre que je le rejoigne en courant.

Aujourd'hui, je n'ai pas bougé de la maison, mais à 17h un charmant jeune homme dépêché par mon assureur est venu me voir pour me présenter un contrat "maintien de revenu en cas d'arrêt maladie prolongé". Sa proposition était un chouïa moins avantageuse que celle arrachée de haute lutte au type de ma mutuelle, mais lui au moins, je n'avais pas dû le harceler par mail trois mois durant pour obtenir une malheureuse estimation. Donc j'ai signé, et je suis bien contente d'avoir réglé cette question qui me préoccupait depuis assez longtemps. A partir du 1er juillet, je peux me casser un bras ou choper un cancer: je crèverai peut-être de douleur mais pas de misère. Humour de mauvais goût, bien entendu. En réalité, j'espère faire jouer le syndrôme du parapluie. Vous savez bien: les jours où le ciel est couvert, si vous pensez à l'emporter, il ne pleuvra pas; si vous sortez sans, saucée garantie.

Oh, et puis dans la catégorie des petites misères, je suis de nouveau en panne de gaz. J'ai changé ma bouteille il y a peu de temps et j'ai dû m'en servir une demi-douzaine de fois depuis. Pourtant, quand je tente d'allumer mes feux, il ne se passe rien. Pas d'odeur, pas de chuintement caractéristique. J'ai essayé les deux positions du bitogno-robinet, le résultat est identique. J'ai vérifié que le tuyau ne s'était pas débranché accidentellement de la plaque: non. Je suis maudite du gaz. A tous les coups j'ai hérité d'une bouteille vérolée ou remise en rayon aux trois quarts vide. Du coup, pas de gnocchi pour moi ce soir, mais un triste sachet de riz façon paëlla préparé par Tonton Ben et réchauffé au micro-ondes. Mon estomac est triste, hélas. Heureusement, je n'ai pas fini de lire mon livre du moment: le tordant "The elfish gene" de Mark Barrowcliffe qui relate là sa jeunesse de nerd rôliste. Ah, le doux parfum du souvenir...

vendredi 28 mars 2008

L'inconnu(e) du 29

Hier à la sortie de la gare SNCF, j'ai pris le bus pour finir le trajet jusqu'à Monpatelin. Il était presque vide quand je suis montée dedans; j'ai donc réquisitionné les deux places derrière le chauffeur: celle contre la vitre pour mettre ma valise par terre et mon ordi + mon gros sac à main sur le siège, et l'autre pour poser mon séant.
Deux stations plus loin, le bus subit un assaut de lycéens fraîchement sortis de cours. Il ne reste pas une seule place de libre quand je vois monter une personne de sexe indéterminé à l'allure extrêmement étrange. Longs cheveux clairsemés, tire-bouchonnant sur les épaules et hésitant entre le gris et le jaune. Visage aux traits a priori masculins; un oeil gonflé et à demi fermé; joues rouges; dentition abîmée. Sweat-shirt XXL à message humoristique. Jupe informe en molleton marron. Jambes nues; celle de gauche ne semble avoir ni cheville ni talon. Chaussettes de laine grise tire-bouchonnées sur Converse basses rouges ayant connu des jours meilleurs.
J'entends cette personne expliquer au chauffeur qu'elle ne peut pas rester debout dans un bus en mouvement, et ce que je redoutais arrive: elle se tourne vers moi en souriant et demande d'une voix aussi masculine que ses traits: "Pardon mademoiselle, je peux me mettre à côté de vous?" Je pousse donc mes bagages pour me tasser sur le siège contre la vitre. Comme ma valise occupe toute la place au sol, je me retrouve dans une position très inconfortable, les jambes de biais à demi sur le siège côté allée. Et toute ma cuisse droite pressée contre la cuisse gauche de mon voisin (ou ma voisine, allez savoir). En temps normal, déjà, je déteste la proximité physique avec des inconnus. Là, je priais carrément pour que cette personne descende le plus vite possible.
Pourtant, l'exiguité des sièges mises à part, elle ne me dérangeait en rien. Elle ne sentait pas l'alcool, n'avait pas d'odeur corporelle déplaisante, s'exprimait tout à fait correctement et n'a pas cherché pas à engager la conversation avec moi (mon cauchemar dans les transports en commun). J'ai essayé de définir ce qui me mettait si mal à l'aise. Son handicap physique, un petit peu. Sa mise de SDF, un petit peu aussi. Mais dans le fond ce qui me perturbait le plus, me semble-t-il, c'est que j'étais incapable de la ranger dans une case. Homme ou femme? Aucune idée. Trop propre pour vivre dans la rue. Trop mal attifée pour quelqu'un de "normal". Trop normale dans son comportement et ses paroles pour être soûle ou dingue.
Je ne pouvais pas lui coller d'étiquette, donc elle me faisait vaguement peur. Alors que depuis toujours je prétends vomir le conformisme et prôner l'individualité à tout prix.
Sur ce coup-là, franchement, j'ai eu honte de moi.