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mercredi 26 février 2020

Comment je m'y prends pour traduire un roman (2/2)




PREMIET JET / RELECTURE

Certains de mes collègues font un premier jet kilométrique et passent ensuite beaucoup de temps à le mettre en forme. Moi, c'est l'inverse: je soigne énormément mon premier jet, et en relecture, je me contente de supprimer les coquilles et les répétitions, de corriger quelques tournures maladroites, d'améliorer un jeu de mots ou de remplacer un terme du lexique si j'ai eu une meilleure idée entre-temps. Pour un roman dont la traduction m'a pris deux mois, je consacre deux ou trois jours à la relecture avant envoi à l'éditeur, pas davantage.

DICTIONNAIRE(S)

Lorsque j'ai commencé à exercer, en 1994, mon unique outil était un gigantesque Harrap's papier en deux volumes. Il prenait une place dingue; il était horriblement lourd à manier, et la plupart du temps, je n'y trouvais pas les termes trop spécifiques que je cherchais. Quant aux références culturelles, si je ne les comprenais pas, c'était une énorme galère pour réussir à les clarifier. De ce point de vue, l'apparition d'Internet a révolutionné ma vie professionnelle.

Aujourd'hui, si j'ai un doute sur un nom appartenant à un champ lexical que je maîtrise mal ou une expression peu usitée en langage courant, je commence par chercher dans le dictionnaire en ligne Lexilogos, ou tout simplement sur Google. Internet regorge de sites dédiés à tous les sujets possibles et imaginables; si je bute sur le nom français des figures de cheerleading, comme ça m'est arrivé récemment, je trouverai toujours une liste de vocabulaire anglais/français mise en ligne par une pratiquante passionnée. Il faut juste chercher un peu. 

Je n'hésite pas non plus à faire appel aux connaissances de mes collègues - sur Facebook, nous avons un groupe d'entraide réservé aux traducteurs de l'imaginaire - ou même de mon entourage: "Dis, toi qui pratique le XXX, comment tu appelles le bidule qui sert à YYY?". Enfin, le français supportant beaucoup plus mal les répétitions que l'anglais, le dictionnaire des synonymes du Crisco m'est souvent d'une aide précieuse. 

LEXIQUE

Lorsque je traduis une série, particulièrement si elle se déroule dans un monde imaginaire avec énormément de termes inventés, j'établis un lexique dans un fichier distinct, afin de ne pas risquer d'incohérences de traduction d'un tome sur l'autre (et aussi par charité envers le traducteur qui prendrait éventuellement ma relève si je devais abandonner cette série pour une raison de santé ou de planning). J'y consigne le vocabulaire spécifique et les noms de lieux, ainsi que certaines expressions qui reviennent fréquemment. Par ailleurs, je tiens à jour une liste de tutoiement et de vouvoiement entre les personnages - une distinction qui n'existe pas en anglais et qui est donc laissée à l'appréciation du traducteur.

CORRECTIONS

Quelle que soit l'attention apportée à mon travail, il reste TOUJOURS une erreur quelque part, et plein de petites choses qui pourraient être améliorées - soit objectivement, soit selon les critères spécifiques de l'éditeur. Chacun de mes clients a une liste personnelle de bêtes noires, verbes qu'il refuse d'employer ou tournures qu'il déteste, et j'ai du mal à me souvenir de toutes. Une fois que j'ai remis ma traduction, quelqu'un (parfois une éditrice junior, parfois une correctrice free lance) la relit donc pour proposer des changements.

La quantité de corrections suggérées varie énormément d'un éditeur à l'autre, et même d'un ouvrage à l'autre selon la personne qui m'a relue. Il arrive qu'il n'y ait pratiquement rien, et il arrive aussi que je peine à reconnaître mon texte. Il arrive que je trouve le travail de la correctrice ultra-pertinent, et il arrive aussi que je m'arrache les cheveux en découvrant mon texte truffé d'erreurs qui ne s'y trouvaient pas à la base. Je suis libre de refuser toute correction relevant uniquement d'une appréciation subjective. Mais il n'est guère judicieux de se battre pour des peccadilles, d'autant que je m'efforce toujours de justifier ma réaction par écrit et que ça prend un temps délirant.

Lorsqu'il a reçu mon retour, l'éditeur valide les corrections que j'ai acceptées, et le texte part en composition. Au bout d'un délai variable, je récupère un nouveau fichier appelé épreuves corrigées, et c'est là l'ultime possibilité de signaler un problème avant que le texte soit envoyé chez l'imprimeur. A ce stade, normalement, il ne doit rester que très peu d'erreurs, et elles ont le plus souvent trait à la mise en page. Mais je ne crois pas avoir jamais tenu entre mes mains un livre publié dans lequel il ne subsistait pas au moins une coquille. 

mardi 25 février 2020

Comment je m'y prends pour traduire un roman (1/2)




POSTE DE TRAVAIL

Depuis que je mène une vie semi-nomade, je n'ai plus de poste fixe: juste un ordinateur portable 13" que je trimballe partout avec moi - et dont le clavier souffre beaucoup des cadences infernales que je lui impose. Du temps où les éditeurs mettaient en traduction des textes déjà parus dans leur pays d'origine, ils m'envoyaient un exemplaire VO que je posais à gauche de mon écran sur un lutrin; aujourd'hui, je travaille 80% du temps à partir de PDF d'ouvrages pas encore publiés. J'ouvre donc deux fichiers sur mon écran: la VO à gauche et ma VF à droite. Encombrement minimum, d'autant que je n'utilise même pas de souris - juste le touchpad, que je manie avec une précision olympique. Mais il faut bien admettre que ça n'est sans doute pas très bon pour mes yeux. La plupart de mes collègues, surtout à partir d'un certain âge, travaillent le plus souvent possible sur poste fixe avec un grand écran, et je devrai sûrement y revenir un jour.

mercredi 19 février 2020

Ma journée de traductrice littéraire




Je me lève généralement vers 9h. A mon grand regret, je ne suis pas du matin, et un des principaux avantages du statut d'indépendant, c'est bien de pouvoir décider de ses propres horaires de travail! Je passe la première heure à siroter un thé en faisant le tour des popotes sur internet, puis à 10 h tapantes (oui: je suis maniaque), j'entame mon quota de pages de la journée. 

vendredi 7 février 2020

Comment les traducteurs littéraires sont-ils rémunérés? 2/2




Dans mon billet précédent, je vous expliquais que, comme les auteurs, les traducteurs littéraires sont payés sous la forme d'un pourcentage sur les ventes, mais reçoivent au moment où ils effectuent leur travail une avance appelée l'à-valoir qui leur reste acquise quoi qu'il advienne. En ces temps de surproduction éditoriale, peu d'ouvrages se vendent assez bien pour que les droits générés dépassent un jour l'avance en question, qui reste donc souvent l'unique rémunération du traducteur. 

Un à-valoir est calculé en fonction du volume de texte à traduire, exprimé en nombre de feuillets. Qu'est-ce qu'un feuillet? Excellente question. Au début de ma carrière, le standard universel était le feuillet d'imprimerie français, c'est-à-dire, le nombre de pages de 1500 signes théoriques qu'atteignait la traduction. Par 1500 signes théoriques, j'entends: une page qui contiendrait 1500 signes espaces comprises si elle était totalement pleine, sans début ni fin de chapitre, sans alinéas ni retours à la ligne. Hormis peut-être dans l'"Ulysse" de James Joyce (le pudding littéraire le plus compact qui ait jamais été publié), le nombre de signes réels ne va jamais monter à 1500; sur un texte moyennement aéré, il tourne plutôt autour de 1250. 

jeudi 6 février 2020

Comment les traducteurs littéraires sont-ils rémunérés? 1/2




En France, les traducteurs littéraires sont considérés comme faisant partie du corps de métier des auteurs. Nous avons un statut d'indépendants, et pour chaque ouvrage sur lequel nous travaillons, nous signons un contrat avec la maison d'édition qui en a acquis les droits français. Ce contrat prévoit une rémunération en droits d'auteur (DA), c'est-à-dire, un pourcentage sur les ventes - le chiffre d'affaires, pas le bénéfice -, qui peut varier d'un éditeur à l'autre. Le plus bas que j'aie touché était de 0,3%, pour de la bédé; le plus haut, de 2%. D'après mon expérience, la plupart des maisons d'édition proposent 1%. Cela signifie que sur un livre vendu 20€ en librairie, le traducteur recevra 0,20€. 

vendredi 4 octobre 2019

25 ans de traduction littéraire, veine et déveine




Le mois d'octobre est celui de tous les anniversaires les plus importants de ma vie. Le 19, ma rencontre avec Chouchou. Le 17, la mort de mon père. Et le 4, le début de mon activité de traductrice littéraire. Cette année, cela fait 25 ans que j'exerce ce métier pour lequel je n'ai pas le moindre diplôme. Dans ce laps de temps, j'ai traduit près de 300 ouvrages, essentiellement dans le domaine de l'imaginaire, mais aussi des thrillers, des romans jeunesse, des guides de séries télé et même quelques bédés. Si, crise de l'édition oblige, remplir mon planning devient difficile depuis deux ans, je continue à aimer profondément ce travail et à penser qu'aucun autre ne me conviendra jamais aussi bien.

vendredi 16 août 2019

Bosser un jour férié




C'est un de mes grands plaisirs de freelance: bosser les jours fériés. 
Quand il n'y a rien à faire à l'extérieur de toute façon.
Quand tout est calme de l'autre côté de mes fenêtres et que le silence facilite ma réflexion. 
Quand je sais qu'aucun mail professionnel ne va venir troubler ma concentration, que mon solde bancaire ne bougera ni dans un sens ni dans l'autre. 
Quand le monde (ou au moins le pays) est à l'arrêt et que je peux me dispenser d'enfiler mon armure au saut du lit.  
Quand je ne dois pas me dépêcher de boucler mon quota de pages pour avoir le temps de caser ceci ou cela en fin d'après-midi. 
Quand je peux prévoir avec délectation ce que je ferai du jour de repos que je prendrai pour compenser. 
Quand je dois me débrouiller avec ce que j'ai dans le frigo, ce qui simplifie la prise de tête de l'avant-repas. 
Quand rien ne m'oblige à prendre de décision importante et à la mettre en oeuvre dans la foulée. 
Quand je me sens tranquille et délicieusement décalée par rapport au reste du monde (ou au moins du pays). 
C'est peut-être curieux, mais les jours fériés où je travaille ont toujours un petit goût de vacances. 

mercredi 7 août 2019

Stratégie de la chute libre




J'émerge d'une période assez difficile. 
Pendant un peu plus d'un an, mon cerveau a oscillé entre "A quoi ça sert de continuer?" les bons jours, et "Tu ferais mieux de chercher la solution la plus rapide et indolore pour en finir" les mauvais. J'ai eu beaucoup de mal à ignorer ses injonctions. 
En cause, mes premières périodes de chômage technique, qui se sont multipliées en s'allongeant à chaque fois. La crainte grandissante de ne plus pouvoir vivre du métier que j'adore. La terreur pure à l'idée de devoir prendre un emploi "normal", avec des gens autour de moi toute la journée et un lieu de travail fixe qui foutrait ma vie en l'air. 
A côté de ça, une actualité de plus en plus anxiogène. L'accélération visible du réchauffement climatique, les mises en garde affolées de la communauté scientifique. La certitude grandissante que nous allons vers un bouleversement total de notre mode d'existence et sans doute une extinction de masse, pas d'ici la fin du siècle comme initialement prévu mais peut-être bien de mon vivant. La rage de voir que les gens en position de pouvoir ne veulent rien faire, parce qu'ils sont assez âgés et assez riches pour penser que les pires effets ne les concerneront pas. 
Bref, une impuissance de plus en plus grande face à des changements tant personnels que généraux qui me terrifient.

mercredi 23 janvier 2019

Se détacher de la colère, survoler les problèmes





Début juillet, ça fera 25 ans que j'exerce le métier de traductrice littéraire avec un statut de travailleuse indépendante. Des retards de paiement, j'en ai toujours connu. Mais là où autrefois, ils étaient l'exception (hormis en août et dans la seconde quinzaine de décembre), ils sont devenus la norme au cours de la dernière décennie. Désormais, j'ai de la chance quand j'arrive à me faire régler une facture moins de deux mois après son émission. En plus de me compliquer sérieusement la vie, ça me met dans une rage folle. Je suis toujours à l'heure pour rendre mon travail, même quand les délais sont hyper serrés, même quand j'ai été malade, même quand j'ai eu à résoudre des problèmes techniques ou personnels. Pourtant, presque systématiquement, je me retrouve à mendier mon dû pendant des semaines voire des mois après le délai de traitement acceptable. Ca m'use les nerfs, et je ne sais même pas si ça sert à quoi que ce soit. 

vendredi 16 novembre 2018

L'automne de l'angoisse (1/2)





C'est peu dire que je viens de vivre un mois difficile. 

Alors que j'étais en pleine déprime post-voyage raté, combinée à une actualité méga anxiogène et à une confrontation avec ma terreur phobie sévère des souris, je me suis pour la troisième fois cette année retrouvée au chômage technique. Et contrairement aux deux fois précédentes, aucun boulot n'a miraculeusement atterri dans ma boîte mail au bout d'une semaine à peine. Les jours passaient, et tous les messages que j'envoyais me revenaient avec plus ou moins la même réponse: "Désolé(e), mais nous avons déjà du mal à satisfaire les demandes de nos collaborateurs réguliers". Pourquoi? En gros, parce que les traducteurs littéraires sont de plus en plus nombreux alors que les maisons d'édition favorisent de plus en plus la création française en raison d'un coût moindre - et que par ailleurs, comme nos charges ne cessent d'augmenter, chacun de nous a besoin de bosser de plus en plus pour maintenir son niveau de vie.

mardi 17 juillet 2018

De la zone de confort et des coups de pied au cul qui nous en éjectent





J'avais prévu de consacrer mon mois de juin à la traduction d'un livre dont la VO n'était finalement pas disponible à ce moment-là, et ne le serait sans doute pas avant début juillet. Confrontée à la perspective d'un mois de chômage technique, j'ai paniqué et battu le rappel des troupes - autrement dit, j'ai contacté toutes les éditrices avec qui j'avais déjà travaillé pour leur demander si elles auraient quelque chose à me proposer en urgence. La réponse était non. Mais deux d'entre elles avec qui je m'entends particulièrement bien ont eu la gentillesse de parler de moi à leurs collègues. Résultat: avant la fin du mois, j'avais deux romans jeunesse au planning de mon été et, pour peu que je rende du bon boulot, l'assurance d'autres commandes à venir pour deux grosses maisons qui pratiquent des tarifs très satisfaisants. 

lundi 19 mars 2018

Du boulot, de l'Irlande, de la laine et du Japon





Après une journée éprouvante et une nuit blanche, ce n'est rien de dire que je ne suis pas au meilleur de ma forme lorsque je me lève vendredi matin... Pendant que je tente de me convaincre que je ne suis pas du tout épuisée et que mon rendez-vous va très bien se passer (méthode Coué, mon amour), Chouchou descend à la bonne boulangerie conseillée par notre logeuse pour en rapporter croissants et pains au chocolat fort bienvenus puisque j'ai également sauté le dîner d'hier. Un peu rassérénée, je me dirige vers le métro avec une marge suffisante pour pallier tout nouvel imprévu, et arrive donc avec une demi-heure d'avance. Histoire de tuer le temps, je fais un tour à la Fnac voisine de chez mon éditrice et y achète deux mangas (le T8 de "March comes in like a lion", qui vient juste de sortir, et le premier d'"Artiste", dont le thème culinaire pourrait me plaire). 

dimanche 18 mars 2018

"J'ai survécu à la soirée d'inauguration de Livre Paris", un témoignage poignant de notre envoyée spéciale




Jeudi midi, une heure avant le départ de l'Izy qui doit nous emmener à Paris où j'assisterai le soir même à l'inauguration de Livre Paris, je vérifie les billets achetés par Chouchou mi-janvier et imprimés la veille. 

Ils sont au départ de Paris Nord et à destination de Bruxelles. Bien entendu, non échangeables et non remboursables. 

lundi 26 février 2018

Le patois provençal appliqué à la littérature et à la traduction





Avoir la pigne = être fortement agacé
"Quand j'achète un livre à 20€ et qu'il me tombe des mains au bout de 50 pages, j'ai la pigne."

Escagasser = massacrer
"Si mes exemplaires de traductrice étaient emballés un peu plus soigneusement, ils n'arriveraient pas tout escagassés."

mardi 30 janvier 2018

Un Vrai Travail




J'ai eu des parents fonctionnaires, qui m'ont poussée à faire les meilleurs études possibles selon eux (une grande école de commerce, alors que je rêvais d'aller en fac de langues ou de psycho) afin qu'à la sortie, je sois certaine d'avoir un Bon Travail. Un Bon Travail, dans leur esprit, c'était un emploi dans une grande entreprise, avec possibilité de monter dans la hiérarchie et d'avoir un gros salaire. Mon père étant issu de la classe populaire, je peux comprendre qu'il ait eu pour moi ce genre d'aspiration synonyme, dans son esprit, de sécurité professionnelle et financière. Sauf que le monde du travail avait un peu changé depuis qu'il y était entré, et surtout que ce qu'il considérait comme une voie royale m'emmerdait à crever. Trois ans après ma sortie de Sup de Co Toulouse, j'ai opéré un virage à 180° en devenant traductrice littéraire. 

mardi 7 février 2017

February snapshot




J'ai beaucoup trop de travail en ce moment; je rêve de prendre un après-midi de congé juste pour aller me promener. En réalité, je n'ai même plus le temps d'assister au cours d'aerial yoga du mardi - et une fois par semaine, je sens bien que ce n'est pas assez, surtout alors que je fais actuellement une obsession sur les pâtes au gorgonzola. Je compte les jours jusqu'au 2 mars, date à laquelle j'aurai rendu mes deux traductions en cours: un roman de science-fiction jeunesse super sympa et le 25ème tome d'une série qui, que, bref. Il faudrait que je termine le tout dernier dossier comptable pour mon association de gestion agréée, que je refasse ma couleur et mon profil LinkedIn, mais j'ai la flemme. Je vis pelotonnée dans mes grands gilets en tricot et quand j'ai fini de bosser, l'après-midi, je n'ai pas le courage d'affronter le froid et le jour déclinant: je préfère me réfugier sous ma couette avec un bouquin. 

Pourtant, j'ai plein d'idées de sorties, de choses à tester, de projets autour du blog. Mais ma motivation risque d'hiberner quelques semaines encore. Je teste des séries télé et les rejette les unes après les autres, hormis "A series of unfortunate events" que je regarde avec un enthousiasme mitigé. Je manque d'inspiration pour remplir mon Hobonichi de la façon que je voulais. Du moins ai-je réussi à endiguer mon angoisse face à l'actualité. Je continue à suivre l'incroyable cirque médiatique autour des présidentielles françaises et l'incroyable résistance des Américains aux horreurs trumpiennes, mais avec un peu plus de distance. Je ne vais pas mal; je ne suis même pas réellement déprimée, mais je remets tout à plus tard: quand je serai venue à bout de cet Himalaya de travail, quand mon corps et mon esprit engourdis par le manque de lumière et de chaleur commenceront à se réveiller. 

Et vous, comment ça va en ce moment?

jeudi 24 novembre 2016

Le truc de l'auto-correct


Quand je suis devenue traductrice littéraire, une chose m'est apparue assez vite: ma productivité était limitée, non pas par la vitesse à laquelle je changeais l'anglais en français dans ma tête, mais par la vitesse à laquelle j'entrais le résultat dans mon traitement de texte. J'appartiens à la dernière génération qui n'a pas appris à se servir correctement d'un clavier d'ordinateur; aujourd'hui encore, je tape avec cinq doigts maximum, dans un joyeux désordre qui fait le désespoir de mon ancienne dactylo de mère. 

Bien sûr, j'aurais pu prendre des cours pour corriger mes mauvaises habitudes, mais ça me gonflait. Alors, en bonne feignasse soucieuse de maximiser le rapport effort déployé/résultat obtenu, j'ai trouvé un truc tout bête qui m'a permis de doubler ma vitesse de frappe. Je pensais que tout le monde faisait ça, et puis chaque fois que j'en discute avec des collègues, je me rends compte que non. Donc, juste au cas où vous auriez le même problème que moi, je vous livre mon astuce. 

Dans Word (ou Neo-Office), allez dans le menu déroulant "Options" tout en haut de votre écran, et cliquez sur "Corrections automatiques" (ou "Options d'Auto-Correct"). Vous y trouverez, déjà programmées, des corrections de fautes d'orthographe et de frappe les plus courantes. Ce que je vous propose, c'est d'y rajouter des raccourcis des mots et expressions que vous utilisez le plus couramment. Par exemple: dans la colonne de gauche Remplacer:, vous tapez qm, et dans celle de droite Par:, vous tapez quand même. Puis vous cliquez sur le bouton Nouveau à droite. Répétez la procédure pour créer autant de raccourcis que vous voulez, et tout à la fin, cliquez sur le bouton OK en bas pour valider l'ensemble. Désormais, chaque fois que vous taperez qm, votre traitement de texte écrira quand même



Quel que soit le secteur dans lequel vous travaillez, vous devez employer un bon 50% de termes et d'expressions récurrents. Créez pour chacun d'eux un raccourci en 2 ou 3 lettres qui ne se trouvent naturellement telles quelles dans aucun mot de la langue française: surtout pas de va, de il, de la... Commencez par une dizaine de choses faciles à retenir et, une fois que vous avez pris l'habitude d'utiliser ces premiers raccourcis, allongez progressivement la liste en fonction des mots ou expressions qui vous semblent les plus fréquents dans votre job. 

Pour ma part, en plus des termes généraux, j'ai toujours un tas de raccourcis liés à ma traduction en cours, notamment les noms de lieux ou de personnages. Par exemple, pour une série de bit-lit bien connue: vp = vampire, lg = loup-garou, mm = métamorphe, ly = lycanthrope, sl = Saint-Louis, cd = Cirque des Damnésjc = Jean-Claude, mh = Micah, nl = Nathaniel... Vous voyez l'idée. Parfois, quand je change de bouquin, je veux réutiliser un raccourci que j'avais déjà employé pour un autre. Par exemple, si mon nouveau héros s'appelle Jean-Christophe, il me suffit de retourner dans les options de correction automatiques et de modifier le contenu de la colonne de droite en face de jc. (Toujours sans oublier de valider en bas à la fin, sinon le changement ne sera pas pris en compte.)

Plus on s'habitue à utiliser le procédé, plus on peut gagner de temps de frappe - au premier jet, mais aussi en éliminant le risque de coquilles à corriger plus tard - en compliquant les raccourcis. Dans les bouquins que je traduis, il y a des expressions liées à la gestuelle qui reviennent tout le temps; souvent, elles tiennent en un seul mot en anglais mais sont bien plus longues en français. Exemple: "he shrugged" qui devient "il haussa les épaules", ou "he glanced" qui devient "il jeta un coup d'oeil". Et hop: he = haussa les épaules, jco = jeta un coup d'oeil. Je pourrais continuer comme ça pendant des pages et des pages, mais vous voyez l'idée. Comme je tape au kilomètre (km = kilomètre) dans mon boulot, ce bête truc me fait économiser un temps fou. Essayez, vous allez voir!

mercredi 23 novembre 2016

La carotte et le tunnel




Hier matin, alors que je lui annonçais que j'allais lui rendre en fin de semaine la trad qu'elle voulait pour début janvier, une de mes éditrices m'a demandé si je serais intéressée par un autre boulot à remettre début mars au plus tard. J'ai commencé par répondre que ça ne serait pas possible, car j'avais déjà un monstre d'un million quatre cent mille signes à boucler pour cette date. Puis j'ai regardé le bouquin: il avait l'air très sympa. Et j'aime bosser avec cette éditrice. Et je vais avoir des tas de dépenses extraordinaires en début d'année prochaine: le ravalement de façade de ma résidence, mon MacBook à changer, le début des prélèvements de la fameuse retraite complémentaire obligatoire de la RAAP qui va nous pomper 8% de nos revenus bruts... Bref, je ne cracherais pas sur quelques milliers d'euros supplémentaires. Mais ça voudrait dire me taper des semaines de damnée jusqu'à début mars. A mon âge canonique et compte tenu de ma fainéantise congénitale, est-ce bien raisonnable? Indécise, je feuilletais le bouquin en me disant que ça serait quand même bien que l'univers m'envoie un signe, lorsque j'ai remarqué que l'héroïne s'appelait comme Funambuline-en-vrai, coquetterie orthographique incluse, et que le personnage masculin principal portait le prénom de mon père, qui n'était pas un prénom courant. J'ai joué au Tétris avec mon planning et dit banco à mon éditrice. 

Dans la foulée, j'ai proposé à Chouchou: "Viens, on profite des super promos de Brussels Airlines qui se terminent ce soir et on se réserve un grand week-end quelque part en mars, parce que je l'aurai bien mérité." On a regardé les destinations pour lesquelles il y avait des aller-retour à 58€, à condition de revenir au plus tard le 22 mars. Immédiatement, j'ai piaillé: "Oslo, Oslo! C'est la dernière capitale scandinave qu'on n'a pas faite, parce que la vie est tellement chère là-bas, mais si on prend un appart Air B'n'B, ce sera peut-être jouable." On a regardé les apparts Air B'n'B: il y avait moyen de dégoter un studio équipé en centre-ville pour moins de 100€ la nuit. Je ne me tenais plus de joie, mais j'ai quand même eu l'idée de vérifier les températures moyennes à Oslo en mars. -3°. Ah. Euh, non. On dirait qu'on va se garder ça sous le coude pour le mois de juin ou de juillet, plutôt. Dans les autres destinations possibles, il n'y avait malheureusement pas Dublin, qui figure sur notre liste de villes à visiter depuis longtemps mais que Brussels Airlines ne dessert pas en direct. Chouchou était très tenté par Berlin, et moi toujours pas du tout. Naples, il faudrait avoir une grosse semaine pour se faire la côte amalfitaine en voiture. En fin de compte, on a donc opté pour Lisbonne. On avait eu un goût de trop peu en 2010 - et depuis, des tas d'escapes games ont ouvert là-bas. De plus, il devrait faire beau au Portugal début mars, la vie n'y est pas chère et on n'aura pas de mauvaise surprise avec le taux de change. 

Lisbonne est donc officiellement devenue la carotte au bout d'un tunnel de boulot de trois mois. Bah, de toute façon, qui a besoin de temps libre en hiver, quand il fait froid et moche et que c'est si difficile de se motiver pour sortir? 

samedi 6 février 2016

Le festival de la boulette


Je vous présente ma dernière traduction. 


A l'époque où mon planning de ce début d'année s'est brusquement vidé, j'ai paniqué un peu et fait savoir que je cherchais du boulot. Une éditrice et amie, qui avait besoin de faire traduire assez rapidement le tome 2 d'une série dont le traducteur du tome 1 n'était pas disponible à la bonne période, m'a envoyé un fichier .pdf pour que je voie si ça m'intéressait. J'ai parcouru quelques chapitres, trouvé ça sympa et dit OK. Je disposerais de quatre semaines pour traduire et relire 400 pages, ce qui était un peu chaud mais néanmoins jouable à condition de ne pas flâner en route. 

Le contrat signé, l'éditrice m'a envoyé deux livres-papier: le tome 1 en français et le tome 2 en anglais. Je voulais bien entendu lire le tome 1 avant de commencer, pour me mettre au parfum, mais juste avant cette traduction-là, j'en avais bouclé une autre en très peu de temps aussi, et j'avais envie de souffler. Donc, au lieu de lire le tome 1 le week-end avant d'entamer la traduction du tome 2, j'ai reporté au week-end suivant, en me disant que si j'avais fait des erreurs dans le premier quart, je les corrigerais à la relecture. 

La première semaine s'est très bien passée. Je suis rentrée tout de suite dans le style de l'auteur, je me sentais vraiment à l'aise. En plus, on devait garder le même contexte mais changer de personnage principal par rapport au tome 1, parce qu'on faisait vraiment la connaissance de l'héroïne, sa famille, son passé, ses motivations... Du coup, je me suis dit que comme le traducteur précédent avait établi un lexique, je pouvais sans doute me passer de lire le tome 1. Mais par conscience professionnelle, j'ai quand même voulu m'y mettre dès le vendredi soir, après avoir bouclé mon quota de pages pour la journée. 

C'est là que je me suis aperçue que le .pdf sur lequel je bossais (le seul dont je disposais, puisque par ailleurs j'avais des livres-papier) n'était pas celui du tome 2 mais du tome 1. Dont je venais de retraduire inutilement le premier quart. Tu m'étonnes qu'on faisait vraiment la connaissance de l'héroïne...

Il me restait 3 semaines pour traduire et relire 400 pages. Et je ne pouvais pas réclamer de délai, parce que l'éditrice avait déjà accepté de mordre d'une semaine sur son temps de relecture pour me permettre de faire la traduction en premier lieu. Moi qui suis tellement attentive aux détails d'habitude, je ne comprenais même pas comment j'avais pu faire une boulette pareille. 

Je me suis traitée de tous les noms d'oiseaux. Puis, au lieu de paniquer ou de me lamenter, j'ai mis au point un plan de bataille. J'ai redécoupé le texte en fonction du temps qui me restait, en faisant sauter les après-midi libres que je m'étais gardés pour boucler ma compta pro 2015 et remplir le dossier correspondant pour mon association de gestion agréée: je m'en occuperais le week-end, ou plus tard car j'avais un peu de marge. J'ai annulé tous les autres trucs que je comptais faire un jour de semaine pendant cette période-là - tant pis pour mes 10 000 pas par jour et mes promenades de santé. J'avais une boulette à rattraper, et une grosse.

La deuxième semaine, il faisait un beau temps d'hiver, froid mais sec et ensoleillé, ce qui me donnait très envie de sortir l'après-midi. J'avais énormément de mal à m'adapter au travail fait par le traducteur précédent: plusieurs termes importants de son lexique me chiffonnaient, mais j'étais obligée de les garder. Par ailleurs, le style que j'avais apprécié dans le (début du) tome 1 devenait ici franchement basique, avec beaucoup de répétitions et d'expressions vagues qui passaient en anglais mais pas en français, et quantité d'incohérences à corriger. Les boulettes de l'auteur venant s'additionner à la mienne - quel bonheur!

La troisième semaine, il faisait super moche, et j'avais très envie de passer mes journée à lire sous la couette avec un chocolat chaud. En plus, j'avais bien mal au ventre: j'ai d'abord cru que je couvais une gastro, mais au final, ce n'était sans doute "que" mon endométriose. Je tirais la langue un peu plus chaque jour devant mon ordinateur, mais arrivée au vendredi soir, j'étais toujours dans les temps.

La quatrième semaine, je me suis coincé un nerf sous l'omoplate droite en faisant des pompes (y'a pas à dire, le sport, c'est excellent pour la santé). J'ai tendance à traiter ce genre de bobo par le mépris, en me disant que ça passera tout seul, sauf que ça empirait au fil des jours et que je n'avais pas le temps d'aller voir un ostéo. Après avoir bataillé contre des incohérences de plus en plus tragiques, j'ai rendu ma traduction hier soir un peu avant 17h, en me retenant d'écrire dans le mail d'accompagnement à mon éditrice: "Je pense que ton homologue américaine était bourrée quand elle a signé le BAT". Puis je suis partie boire des cocktails pour oublier.

J'espère qu'il va bien marcher, ce bouquin. Franchement, je l'ai mérité.

mercredi 11 novembre 2015

Découpage




C'est un des moments que je préfère dans mon boulot, et pas juste parce qu'il survient dans la foulée de la remise de ma traduction précédente (toujours une grande source de satisfaction et de soulagement mélangés). Lorsque je me suis mise d'accord avec l'éditeur sur les termes du contrat, j'ai bien entendu calculé grosso modo le temps que je devrais passer sur la VO qu'il me propose. Je sais combien de signes français je suis capable de produire par jour en fonction de la difficulté d'un texte; je convertis ça en nombre de semaines et, s'il n'y a pas d'urgence, je rajoute une marge de 25% pour absorber d'éventuels imprévus. 

Mais à la veille d'attaquer une nouvelle traduction, je ressors mon calendrier, ma calculatrice et je note un chiffre précis de pages à traduire chaque jour. Je tiens compte de mes voyages en train, de mes autres obligations et, s'il y a moyen, je me ménage deux après-midi libres par semaine pour aller marcher, faire quelques courses, glander avec un bouquin dans un salon de thé, prendre des rendez-vous plaisir genre massage ou coiffeur. Je calcule quand je pourrai caser des séances de fitness si la motivation est au rendez-vous (péniblement deux fois par semaine, ces jours-ci). Si je suis à Bruxelles, je préserve mes week-ends pour faire des trucs avec Chouchou; si je suis à Monpatelin, je prévois de bosser le dimanche parce que ça n'est pas comme s'il y avait des masses d'autres occupations. 

Petit à petit, je vois se dessiner sous mes yeux les contours de ma tranche d'année suivante. J'aime bien quand elle est courte, parce qu'en matière de traduction comme pour le reste, je suis plus une sprinteuse qu'une coureuse de fond: passer très longtemps sur le même texte m'ennuie et fait chuter à la fois ma productivité et mon plaisir de travailler. L'idéal de mon point de vue, c'est un mois - le temps qu'il me faut pour traduire très peinardement un tome de "Pretty Little Liars" ou autre roman jeunesse de format standard. Deux mois, ça va encore; au-delà, je déprime d'avance. Bien que ce soit super mal payé, j'adore travailler sur des bédés parce qu'à chaque fois, ça me fait une sorte de récréation de deux ou trois jours. 

Hier, donc, j'ai attaqué un chouette stand alone pour ados: l'histoire d'une ado grosse et bien dans sa peau qui décide de participer à un concours de beauté. Ca me mènera jusqu'aux alentours du 10 décembre. Après ça, je consacrerai un autre mois bien rempli à un thriller, sans prendre de pause pour les fêtes car je n'aurai pas le temps. Puis encore un mois au tome 2 d'une série de fantasy jeunesse. Puis... je ne sais pas. J'attends des nouvelles de plusieurs projets. Il y a dix ans, mon planning était plein un an voire un an et demi à l'avance; maintenant, j'ai de la chance quand je sais ce que je vais faire trois mois plus tard. Ce n'est pas du tout agréable mais c'est comme ça, et je tente de m'adapter avec zénitude à cette insécurité grandissante. Me concentrer en détail sur ce que je vais faire pendant la période où j'ai du boulot assuré m'aide pas mal.