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mercredi 20 juin 2018

"Solitude d'un autre genre" (Kabi Nagata)


A 28 ans, Kabi Nagata est une jeune femme profondément dépressive, incapable de s'accrocher ne serait-ce qu'à un emploi subalterne à mi-temps. Depuis sa sortie du lycée, elle a été tour à tour anorexique et boulimique; souvent, elle s'automutile pour exprimer d'une façon concrète une douleur mentale invisible qu'elle peine à identifier, et l'envie de mourir la taraude constamment. Après sa dernière grosse rechute, elle a dû revenir s'installer chez ses parents qui ne la comprennent pas - alors que son besoin d'être acceptée par eux prime sur toute autre motivation. Elle souffre aussi de phobie sociale, n'a aucun ami et commence juste à comprendre qu'elle est attirée par les femmes. Par soif de contact humain et pour perdre enfin sa virginité, elle décide de faire appel à un service d'escort girls...

Oeuvre 100% biographique, "Solitude d'un autre genre" décortique la maladie mentale de l'auteure avec une franchise si complète, si brutale qu'on se sent parfois gêné en lisant. Le dessin au trait en noir et blanc simplement rehaussé de rose, aux personnages de manga classiquement kawaii, contraste très fort avec l'enfer intérieur que décrit Kabi Nagata. Même les passages un peu drôles - quand elle s'interroge sur l'attitude à avoir avec l'escort girl, notamment - restent poignants de par leur contexte. On souffre vraiment avec elle; à la fin, on se réjouit qu'elle ait pris conscience de ses propres besoins et osé aller à l'encontre des attentes de son entourage pour trouver enfin une forme d'épanouissement. Une douloureuse et pourtant très accessible quête de l'acceptation de soi, que je recommande à tous les anglophones intéressés par les thèmes de la maladie mentale et de l'homosexualité. 

Traduction de Manon Debienne

dimanche 18 février 2018

"Je suis une fille de l'hiver" (Laurie Halse Anderson)


Cassie, l'ex-meilleure amie de Lia, vient d'être retrouvée morte dans une chambre de motel. Si les deux jeunes filles étaient brouillées depuis un accident survenu six mois plus tôt, elles gardaient un point commun crucial: l'obsession de devenir aussi mince que possible en avalant le moins de calories possibles. Lia, qui allait un peu mieux depuis qu'elle avait été hospitalisée puis avait déménagé de chez sa mère avec qui elle ne s'entend pas pour s'installer chez son père, sa belle-mère sympa et son adorable demi-soeur, replonge de plus belle...

Je n'avais pas été bouleversée par "Vous parler de ça" de la même auteure; l'anorexie n'est pas un sujet qui m'intéresse dans l'absolu, et on ne peut pas non plus dire que la caution littéraire d'Enjoy Phoenix soit un argument très convaincant à mes yeux. Je suis donc infichue de vous dire pourquoi j'ai fait l'acquisition du dernier roman de Laurie Halse Anderson. Probablement parce que je cherchais un poche rapide à lire pour mes longs trajets en train et ne trouvais rien de plus alléchant dans les nouveautés. Bref. 

Contre toute attente, j'ai au final beaucoup aimé  "Je suis une fille de l'hiver". L'auteure a fait des recherches assez poussées pour réussir à très bien rendre ce qui se passe dans la tête de son héroïne, une fille parfaitement intelligente et consciente du mal dont elle souffre, mais pourtant incapable de se voir autrement que comme une grosse vache même à 42 kilos pour 1m70, incapable de se forcer à manger malgré tous les efforts de sa famille et de ses médecins. Les parents de Lia ont divorcé quand elle avait neuf ou dix ans, ce qui a signalé le début de son mal-être sans pour autant fournir une explication décisive à sa plongée dans l'anorexie: pourquoi elle, alors que l'immense majorité des enfants de divorcés ne présentent jamais de troubles alimentaires ou même comportementaux au sens large du terme? On voit bien que le déclencheur est difficile à identifier, donc à anticiper et encore plus à maîtriser pour aider les victimes à s'en sortir.

Lia est une fille sincèrement gentille, docile et pleine de bonne volonté, mais son anorexie a aussi fait d'elle une maîtresse menteuse et une manipulatrice, prête à tout pour faire croire qu'elle mange normalement et maintient un poids raisonnable alors que tel n'est pas le cas. Son parcours, qui montre bien que les troubles alimentaires ne sont pas un choix mais une véritable maladie mentale, a des accents de vérité assez forts pour ne pas conseiller la lecture du roman à une personne directement concernée; en revanche, il pourrait être très intéressant et éducatif pour quelqu'un qui a un(e) anorexique dans son entourage. Et même en tant que "simple" oeuvre de fiction, je le trouve assez touchant pour mériter d'être lu.

Traduction de Marie de Prémonville